Emmanuel Macron a prononcé un discours (lire ci-dessous) lors de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York dans lequel il a estimé que la question principale qui se pose à l’Humanité aujourd’hui «consiste à savoir si nous voulons vivre dans cet état de nature, avec une forme de retour de la loi de la jungle ou dans une société internationale civilisée».
Si nous optons pour la seconde option, alors nous devons renforcer l’ONU, cette «maison commune» «des peuples libres et égaux», afin d’œuvrer pour un monde de «l’intérêt commun».
Pour cela le Président de la république a dégagé cinq
principes d’action prioritaires, cinq résistances:
- ne pas céder à une forme de fatalité face à la guerre et au malheur des
peuples ;
- ne pas céder à la tentation permanente du double standard qui divise notre
planète et qui décrédibilise la cohérence de l’ordre international ;
- ne pas céder à la division du monde et à une fracture entre le Nord et le Sud ;
- ne pas céder à la fatalité en matière de climat et de biodiversité
- ne pas céder à l’état du monde qui est en train d’émerger sur l’intelligence
artificielle avec deux puissances, les États-Unis et la Chine, qui pourraient
décider de tout.
Concernant ce dernier principe, Emmanuel Macron a insisté «notre jeunesse et nos enfants» en estimant que «nous avons trop tardé à protéger nos enfants et nos adolescents des réseaux sociaux».
Et de conclure:
«Ne rien céder à ce qui est en train de s’installer, qui est, au fond, une
lente division du monde, un esprit de défaite qui s’installe et qui laisserait
quelques-uns dans l’abus de pouvoir : abus de pouvoir des empires qui
menacent la souveraineté des uns ou des autres, abus de pouvoir de quelques-uns
qui concentrent les capacités capitalistiques et qui auraient le droit ou de
polluer ou d’agréger les capacités de calcul pour tous, abus de pouvoir de
quelques-uns qui voudraient concentrer les richesses. Face aux abus de pouvoir,
nous devons retrouver ce qu’est la vitalité de notre organisation, ce
multilatéralisme qui est la défense d’un intérêt commun, d’une justice pour
tous, et qui est, au fond, par l’unité, la justice et la coopération, de
retrouver la seule efficacité, celle qui permet de rétablir une paix juste et
durable dans nos pays, celle qui permet de retrouver l’unité entre le Nord et
le Sud, celle qui permet de rebâtir un agenda d’action en matière de climat
comme en matière technologique.»
►Discours d’Emmanuel Macron lors de la 81e Assemblée
générale des Nations Unies
Depuis ce matin, ici se succèdent les discours qui disent l'état du monde.
Et j'ai peur de manquer d'originalité en le décrivant. Chacun décrit en effet
le retour de l'impérialisme, de l'arrogance, du retour à la force sans règle ni
retenue. Un monde au fond de concentration du pouvoir où quelques-uns pensent
qu'on peut battre en brèche l'ordre international pour élargir ses frontières,
où d'autres pensent qu'on peut fouler au pied la souveraineté des peuples pour
en disposer soi-même, et où quelques-uns pensent pouvoir décider de l'avenir de
la planète, qu'il s'agisse du climat ou de l'intelligence artificielle. Au
fond, la question qui nous est posée de manière très simple consiste à savoir
si nous voulons vivre dans cet état de nature, avec une forme de retour de la
loi de la jungle ou dans une société internationale civilisée. Notre devoir,
plus que jamais, est de nous tenir droit aux côtés des Nations unies pour
décider précisément ensemble de l'intérêt commun, c'est-à-dire du côté de ceux
qui veulent choisir librement leur destin, leurs alliances, leurs modèles de
développement, leur avenir, du côté de ceux qui refusent que leur souveraineté
soit confisquée par la force injuste ou par la peur, et du côté de l'espoir.
C'est la raison d'être de notre organisation, cette maison commune qui réunit
les peuples libres, égaux, qui est fondée sur l'égalité souveraine de chacun de
ses membres. C'est notre charte qui empêche que la puissance des uns leur
permette de décider pour les autres. C'est elle surtout qui nous oblige à faire
ensemble la démonstration de notre engagement et de notre capacité d'agir
utilement.
Vous savez, l'attachement de la France aux Nations unies et sa volonté
d'assumer pleinement les responsabilités particulières que la charte lui
confie. Je veux vous dire aussi l'engagement de mon pays à agir avec chacun
d'entre vous pour renouveler les conditions de l'action multilatérale et faire
la démonstration que nous sommes plus forts, plus efficaces, mieux capables de
faire face ensemble aux défis communs. Ceux d'aujourd'hui et ceux qui viennent,
qui nous échappent encore alors même que tout change autour de nous, j'évoquais
le climat et l'environnement, c'est vrai aussi pour la guerre et la paix, c'est
vrai évidemment pour les technologies comme pour le développement. Au fond,
dans chacun de ces domaines, là où la loi du plus fort tente de s'imposer, il
nous faut défendre la justice, l'intérêt commun et il faut le faire dans notre
intérêt même à chacun, car c'est notre charte qui protège cette possibilité de
vivre ensemble.
Alors, face au cours du monde et au fait que ce que nous sommes en train de
vivre aujourd'hui, c'est l'accumulation de guerres que nous n'arrivons pas à
résoudre, de crises qui se multiplient et de défis contemporains qui viennent
porter une ombre nouvelle sur les générations nouvelles, je crois que notre
devoir, c'est de ne pas céder. Au fond, le message que je suis venu porter
aujourd'hui, comme je le fais depuis neuf ans, c'est celui d'une détermination,
d'un optimisme de l'action, mais c'est de vous dire ne cédons pas à l'esprit de
défaite, à la fatalité, au fond à ce qui est à la mode, qui serait de nous
résoudre à dire cette organisation, nous y venons pour faire des discours mais
elle ne sert plus à grand-chose, mettons en place d'autres organisations où la
loi du plus fort peut réussir et on peut peut-être imposer une autre paix. Mais
ne cédons pas à cela, encore moins aujourd'hui qu'hier. N'y cédons pas à cinq
égards. Ce sont les cinq remarques que je voudrais faire.
La première, ne cédons pas à une forme de fatalité face à la guerre et au
malheur des peuples. Nous devons nous réengager pour trouver des solutions
concrètes et bâtir la paix. Le droit international n'a jamais prétendu décrire
la réalité. Il dit les limites que des puissances souveraines se sont
volontairement fixées. Pour que la force ne soit pas le seul recours en cas de
désaccord, pour que même dans le face-à-face de la guerre, l'ennemi demeure un
être humain. Ce sont les leçons du XXe siècle. Ceux qui veulent les oublier
aujourd'hui commettent tout à la fois une faute morale et une erreur politique.
Mais la réalité est là. Au Moyen-Orient, en Ukraine, en Afrique,
l'industrialisation des crimes de guerre, des violations du droit et de la
destruction des infrastructures civiles ouvrent un nouvel âge de la barbarie.
Aucun d'entre nous ne peut vouloir être celui qui démantèle le cadre protecteur
des conventions de Genève, alors que les attaques se multiplient de Dnipro à
Gaza, de Bukavu à El Fasher, avec la Jordanie et le CICR. La France poursuivra
donc ses efforts pour que l'initiative mondiale en faveur du droit
international humanitaire, déjà rejointe par plus de 116 États, nous amène à
renouveler ensemble nos engagements. Nous devons nous remobiliser pour défendre
nos humanitaires, défendre le droit international humanitaire dans cette
période.
Comme nombre d'entre nous l'avons dit souvent, c'est aussi parce qu'il n'y a
pas de paix sans justice que la France continue d'apporter un soutien à la fois
politique et opérationnel aux mécanismes internationaux de justice, d'enquête,
de collecte des preuves, notamment les missions d'établissement des faits, et
que nous continuons et continuerons d'appuyer la Cour internationale de justice
et son rôle central. Nous ne pouvons pas accepter le nouvel ordre de l'impunité
que certains voudraient bâtir. C'est aussi pour cela qu'au Conseil de sécurité,
la France soutient les réformes qui garantissent son efficacité. Sur le format,
bien sûr, nous devons l'ouvrir à de nouveaux membres, à de nouvelles régions du
monde, à commencer par l'Afrique, mais aussi sur le fond, le Conseil de
sécurité doit pouvoir agir face à des violations massives du droit
international. Qui peut se satisfaire d'une impasse procédurale face à la
barbarie ? L'initiative franco-mexicaine d'encadrement du droit de véto en
cas d'atrocité de masse est plus que jamais nécessaire, et je me félicite que
128 États membres la soutiennent désormais. La campagne doit continuer et
permettre de l'emporter, donc obtenir l'engagement de chacun des membres
permanents du Conseil de sécurité.
Mais il ne suffit pas de convoquer le droit et d'invoquer nos valeurs pour
satisfaire les obligations auxquelles nous avons chacun consenti en rejoignant
les Nations unies. Notre devoir, c'est l'action. La France y est prête, en
coalition avec tous ceux qui veulent agir dans le respect des principes de la
Charte et qui n'acceptent pas l'impuissance. Ainsi, en Ukraine, la coalition
des volontaires que nous avons formée avec le Royaume-Uni et l'Allemagne
rassemble l'ensemble de ceux qui sont prêts à garantir la paix et la stabilité
au cœur de l'Europe, là où deux guerres mondiales ont commencé et dont personne
ne peut se désintéresser. Beaucoup ici savent mieux que quiconque ce que le
retour de la guerre en Europe peut signifier. Nous n'y cèderons rien. La
coalition des volontaires porte ce combat. Au Moyen-Orient, nous avons mis sur
pied une coalition indépendante et multinationale pour restaurer la liberté de
navigation dans le détroit d'Ormuz. Celle-ci ne doit pas être un objet de
chantage. C'est un principe cardinal du droit international et il est dans
l'intérêt de tous que les navires passent le détroit en toute sécurité et que
l'approvisionnement énergétique de nos pays soit assuré. La réouverture du
détroit d'Ormuz est une priorité. Le respect du droit international y est une
priorité, c'est dans l'intérêt de tous et la France s'y engagera.
En Afrique, nous portons une responsabilité collective face aux crises qui
s'accumulent et aux réponses qui ne viennent pas. Au cœur des conflits, les
opérations de paix doivent être plus efficaces et, pour cela, elles doivent
disposer des moyens adéquats et s'inscrire dans une meilleure coordination
entre les Nations unies et les États hôtes. J'évoquais déjà en 2018 le rôle des
organisations régionales et l'organisation d'une meilleure coordination entre
celles-ci et les Nations unies. Lors du sommet Africa Forward à Nairobi, avec
plus de 30 chefs d'État africains, puis au siège de l'Union africaine à
Addis-Abeba, aux côtés de l'ONU, nous l'avons dit clairement, l'Union africaine
et les organisations régionales doivent être en capacité de jouer pleinement
leur rôle en matière de paix et de sécurité sur le continent. Nous organiserons
à Paris en novembre une réunion de reconstitution du fonds de paix de l'Union
africaine, en marge du Forum de Paris sur la paix, et j'appelle tous les
contributeurs potentiels à y prendre des engagements forts et concrets. Ne pas
céder donc face aux guerres, nous réengager, chercher à bâtir dans le respect
de la charte des solutions.
Le deuxième principe, c'est de ne pas céder à la tentation permanente du double
standard, car c'est celui qui divise notre planète et qui décrédibilise la
cohérence de notre ordre international et de notre charte. Combien de fois
avons-nous entendu que la souveraineté des peuples était valable en Europe,
mais que, quand il s'agissait de regarder le Moyen-Orient ou l'Afrique, on
pouvait bien s'en passer ? Non, nous devons défendre partout les mêmes
principes et le faire dans le respect de la charte, c'est-à-dire de la
souveraineté de ces mêmes peuples, jamais en nous substituant à eux. À chaque
fois que quelques États, parfois au nom même de l'ordre international, ont
voulu se substituer au peuple pour changer tel régime ou changer tel système,
ils ont plongé ces États dans des chaos plus grands encore. Aucun double
standard, une vie égale une vie, la paix et la sécurité sont indivisibles et
tous y ont droit. En Ukraine, depuis près de cinq ans, la Russie poursuit une
guerre cruelle contre les civils et occupe le territoire d'un pays souverain.
La France continuera d'apporter un soutien sans faille aux aspirations
légitimes du peuple ukrainien à la paix, à la sécurité et à l'avenir. Dans le
même temps, elle ne ménagera aucun effort pour que s'engage au plus vite une
négociation utile entre l'Ukraine et la Russie. Nous devons défendre les
Ukrainiens et les défendre plus que jamais avant l'hiver qui s'annonce, les
défendre en matière d'énergie, les défendre pour avoir davantage
d'intercepteurs et protéger leur population civile. C'est aussi pour cela que
nous soutenons l'initiative d'un double moratoire, un moratoire sur l'énergie
et les infrastructures civiles de part et d'autre et un moratoire sur la mer
Noire qui permettra de libérer les céréales et d'apporter une réponse à la
question de sécurité alimentaire ô combien cruciale pour tant de pays émergents
et en développement. Ce double moratoire est une nécessité. Proposons-le et
mettons la Russie face à ses propres discours.
Au Proche et Moyen-Orient, c'est encore le respect de la souveraineté de chacun
qui peut seul amener la paix et la sécurité à tous et c'est ce que nous
défendons. Respect de la souveraineté pour les Libanais déplacés et dont les
villages sont détruits les uns après les autres dans le sud. Seul un Liban
pleinement souverain pourra conduire à faire rendre les armes au Hezbollah et à
rétablir la sécurité pour les Libanais et tous les voisins. Souveraineté du
Liban et de son peuple. Souveraineté pour les Palestiniens dont les droits les
plus élémentaires sont encore aujourd'hui bafoués. Il y a un an, ici même, nous
étions une douzaine d'États à reconnaître la Palestine. J'entends le cynisme de
certains « reconnaissance de papier, regardez la réalité ».
Mais quelle est notre crédibilité si nous continuons de rester inactifs face à
Gaza ? Certains se flattent d'une paix prétendue. Mais cette paix n'a pas
rouvert une seule seconde les voies humanitaires. Devons-nous contempler ce
spectacle qui nous fait honte à tous ? Jamais.
Regardez ce qui se passe en Cisjordanie où chaque jour, des violations sont
faites au nom de quoi ? Le Hamas n'a jamais sévi en Cisjordanie. C'est
construire chaque jour l'impossibilité d'un projet qui est le respect des
droits légitimes du peuple palestinien à exister. Mais c'est en même temps les
conditions mêmes de la sécurité d'aujourd'hui et de demain pour Israël et son
peuple. Sécurité à laquelle nous sommes attachés, existence à laquelle nous
sommes attachés. Mais tous ceux qui prétendent que la sécurité d'Israël passe
par la violation de la souveraineté de tous ses voisins font une erreur
funeste, affaiblissent la sécurité d'Israël pour aujourd'hui et pour demain et
la menace.
Souveraineté aussi pour la Syrie dont la révolution ne doit pas être déçue.
J’étais il y a quelques mois à Damas pour apporter le soutien de la France à la
construction de la Syrie libre. Et nous devons poursuivre ces efforts et là
aussi permettre à la Syrie de restaurer pleinement sa souveraineté et son
unité. La France est engagée dans chacun de ces combats. Comme nous sommes
engagés avec l’Italie, avec l’aide de la Jordanie et de quelques autres, et de
tous les amis du Liban, pour trouver une suite efficace à notre engagement d’un
demi-siècle au sein de la FINUL, au service de tous les Libanais et de la
souveraineté de leur pays. Pas de double standard, donc. Souveraineté des
peuples partout.
Ma troisième conviction, c’est que nous ne devons pas céder à la division du
monde et à cette fracture que beaucoup décrivent, que certains utilisent, entre
le Nord et le Sud. Nous ne réglerons aucun des défis de la planète si nous
laissons cette division s’installer. Alors, elle s’installe, elle se nourrit du
double standard quand il est pratiqué par certains, mais nous avons besoin de
réconcilier le Nord et le Sud pour répondre aux défis, qu’il s’agisse du
climat, de la santé, du développement. C’est à ce titre que nous avons, ces
dernières années, multiplié les initiatives face au Covid, avec les initiatives
ACT-A et COVAX, en partenariat avec l’Organisation mondiale de la santé et
l’Union africaine, lorsqu’il s’agit de relancer les économies avec le Fonds
monétaire international pour réallouer des droits de tirage spéciaux et
permettre de mieux financer les économies africaines. Et nous avons tenu parole
en réallouant plus de 100 milliards de dollars de droits de tirage pour aider
les pays africains. Mais nous devons constamment veiller à garder l’unité et ne
pas opposer les blocs. C’est pourquoi il est si important de ne pas laisser se
fracturer l’architecture mondiale de la santé. Nous devons continuer d’avancer
sur sa réforme, mais en n’affaiblissant jamais l’Organisation mondiale de la
santé, en permettant de finaliser le traité pandémie et en soutenant l’OMS et
Africa CDC pour lutter encore plus efficacement contre Ebola. Nous devons aussi
savoir lucidement réformer notre aide publique au développement et bâtir un
investissement solidaire beaucoup plus efficace. C’est le sens de ce que nous
avons fait en 2023 avec le Pacte pour la prospérité, les peuples et la planète.
C’est le sens de l’initiative prise à Nairobi il y a quelques mois lors du sommet
Africa Forward : bâtir un nouveau consensus de l’investissement solidaire.
Là où tant de pays sont en train de réduire leurs transferts et pourtant où les
besoins de nombre de pays du Sud augmentent, nous devons aller plus vite et
plus fort pour aider le FMI et la Banque mondiale à avoir plus d’efficacité, à
améliorer l’efficacité de leurs instruments, à mieux mobiliser le secteur
privé, à bâtir des mécanismes de garantie pour que, dans les pays émergents,
les pays à revenus intermédiaires et les pays en développement, nous puissions
apporter une réponse plus efficace. C’est ce partenariat nouveau financier
qu’il nous faut bâtir pour éviter la fracture entre le Nord et le Sud. De la
même manière, ce partenariat Nord-Sud passe et passera par notre capacité à
réouvrir des dialogues sur nos histoires communes, nos mémoires et nos relations
culturelles. C’est ce que la France a cherché à faire ces dernières années par
un travail de connaissance et de reconnaissance sur la base de travaux
scientifiques conjoints, en lançant un processus législatif qui nous a permis
d’enclencher la restitution des biens culturels, d’avoir là aussi, en quelque
sorte, un partenariat de mémoire, de culture, d’histoire avec nombre des pays
du Sud. Et nous poursuivons, avec le Ghana notamment, mais aussi avec tous les
partenaires qui le souhaitent, le travail pour répondre aux besoins de justice
réparatrice qui a été formulé. C’est une question de respect et c’est sur ce
respect aussi que se bâtit la réunion du Nord et du Sud.
Au-delà des politiques de développement et de mémoire, de nouveaux partenariats
impliquent aussi d’avoir une mondialisation, un commerce mondial plus efficace
et plus équitable. C’est ce que nous avons cherché à faire lors du G7, organisé
par la France, en associant plusieurs pays du Sud, en bâtissant à travers le
sommet des convergences un dialogue au-delà du G7 avec la Chine, l’Inde, le
Brésil, la Corée, le Kenya et j’en passe, pour permettre d’améliorer notre
organisation collective, d’éviter l’accumulation par quelques-uns des minerais
critiques et des terres rares, et de permettre une coopération plus efficace en
matière de commerce qu’en matière monétaire. Au fond, vous le comprenez, nous
avons une responsabilité pour ne pas laisser s’installer cette fracture entre
deux blocs.
Le quatrième principe, c’est de ne pas céder à la fatalité en matière de climat
et de biodiversité. Nous avons beaucoup fait ces dernières années, depuis les
accords de Paris, il y a onze ans, dont les principes restent valables, dont
les accords sont à défendre et dont nous ne devons pas dévier. Mais j’entends
comme vous le doute qui naît chez certains, la remise en cause de la science
chez d’autres, et donc, là aussi, ne cédons rien. Si nous voulons répondre aux
défis de la planète, ceux du climat, de la biodiversité, nous avons besoin du
multilatéralisme d’action. C’est ce que nous avons cherché à faire à travers
les One Planet Summit. C’est ce que nous avons aussi cherché à faire
collectivement, et réussi, si on regarde la question des océans. Il y a
quelques années, tout le monde nous disait qu’il était impossible de bâtir des
accords pour protéger nos aires marines, nos océans. Regardez ce que nous avons
fait il y a quelques années : protéger 30% de notre espace terrestre et de
nos mers. Nous avons bâti cet accord, nous améliorons chaque année sa mise en
œuvre.
Et puis, beaucoup nous disaient que nous n’arrivions jamais, au fond, à
préserver ce qui représente plus des deux tiers de nos océans, la haute mer,
au-delà de nos zones économiques exclusives. Nous avons réussi à mener cette
négociation en engageant, là aussi, les grandes puissances. Ce fut l’accord
BBNJ, et en quelques mois, nous avons finalisé les plus de 60 ratifications, ce
qui fait que cet accord, aujourd’hui, est en œuvre. Le sommet de Nice,
rassemblant les nations pour l’UNOC 3 en juin de l’année dernière, a permis
d’accélérer ce travail, plus quelques autres réalisations, et la première COP
sur les océans se tiendra dans quelques mois, en janvier. C’est une formidable
preuve de notre capacité à avoir des résultats concrets lorsque nous nous mobilisons
et agissons ensemble. Et donc, ne cédons rien à la fatalité du moment.
Défendons nos acquis, mais défendons aussi nos principes. Nous devons défendre
la science indépendante et libre. Protégeons le GIEC, l’IPBES, nos
scientifiques qui nous alertent, qui mesurent, qui évaluent. Restons attachés
aux accords de Paris, à nos trajectoires nationales, à notre décarbonation et à
l’objectif de neutralité carbone à 2050. Prenons nos responsabilités,
accélérons les coopérations, l’innovation, relançons le travail sur le crédit
biodiversité et mettons en œuvre nos objectifs sur la protection des forêts et
des océans. Il n’y a aucune fatalité que des décisions à prendre pour nous, dès
aujourd’hui, qui sommes déjà les victimes du dérèglement climatique, et plus
encore pour nos enfants.
Enfin, ne cédons rien à l’état du monde qui est en train d’émerger sur
l’intelligence artificielle, et par lequel quelques-uns voudraient nous faire
croire que seules deux puissances, les États-Unis et la Chine, pourraient
décider, ou plus exactement que quelques acteurs économiques pourraient décider
de tout : décider des innovations qu’ils veulent faire, décider les uns de
faire une pause, les autres non, décider de savoir si les innovations qu’ils
feront viendront attenter à la sécurité nationale de nos États, pourront demain
permettre d’attaquer nos hôpitaux ou nos banques, et décider aussi de ce que
sera l’avenir de nos sociétés. Non, non. Et nous ne découvrons pas cela. Dès
2018, au sein du G7, avec nos amis canadiens, nous avons lancé le Partenariat
mondial pour l’intelligence artificielle, adossant cette structure à l’OCDE
pour commencer la discussion et la nécessité de régulation. Lors du Sommet pour
l’action sur l’intelligence artificielle organisé à Paris en 2025, poursuivi
par l’Inde en 2026, et qui se tiendra en Suisse l’année prochaine, nous avons
plaidé pour deux éléments très simples. Que chaque région du monde puisse se
doter de ses capacités propres, de calculs, de modèles LLM, d’écosystèmes
d’intelligence artificielle, et pour que nous puissions développer la
possibilité d’auditer ces modèles et de ne pas être dépendants simplement de
quelques acteurs privés. L’Europe, d’ailleurs, a été la première, avec l’AI
Act, à bâtir ses principes et en particulier la capacité à auditer ces modèles.
Nous devons poursuivre sur cette voie.
Et à cet égard, je veux ici insister sur un point. Notre jeunesse et nos
enfants. Nous avons trop tardé à protéger nos enfants et nos adolescents des
réseaux sociaux. Partout dans nos sociétés, nous voyons les conséquences.
Baisse de la capacité à apprendre, épidémie d’obésité chez les uns, de troubles
de la santé mentale chez les autres. Les constats sont là et les éléments de
corrélation sont bien établis. C’est pourquoi nous avons lancé à quelques-uns
une grande initiative pour protéger nos enfants et nos adolescents de l’accès
aux réseaux sociaux avant 15 ans ou 16 ans, selon les pays. Et l’Europe a suivi
maintenant ce pas, qui a décidé de lancer une régulation. Et je veux saluer ici
le caractère pionnier des Australiens qui ont été les premiers à légiférer en
la matière. Nous allons poursuivre jusqu’au bout ce combat. Mais n’attendons
pas les mêmes conséquences quand il s’agira de l’intelligence artificielle. Dès
maintenant, nous devons protéger nos enfants et nos adolescents à cet égard.
Regardez l’impact des chatbots sur nos enfants. C’est pourquoi nous avons réuni
avec le Kenya, l’Espagne, l’Australie, la Coalition pour les droits et la
protection des enfants à l’ère de l’intelligence artificielle. Dès cet
après-midi, nous la mobilisons. Et le Forum de Paris sur la paix sera le lieu
où, les 10 et 11 novembre prochains, nous voulons réunir l’ensemble des
gouvernements, l’ensemble des organisations, l’ensemble des acteurs publics,
privés, des entreprises et des académiques qui veulent accélérer cet agenda de
protection de nos enfants. Et je vous donne rendez-vous le 10 et 11 novembre
prochain à Paris à cet égard.
Au-delà de cela, nous voyons bien la course au modèle frontière qui est lancée.
Nous devons continuer d’investir, chacun dans nos géographies, pour y
participer, et la France est fière d’avoir un acteur qui est dans la
compétition des modèles frontières, et nous allons continuer d’investir,
d’accompagner Mistral AI pour pouvoir tenir notre rang et essayer d’avoir un
tel modèle. Mais nous devons aussi bâtir des coopérations nouvelles. Et je
souhaite très profondément que tous les États souverains attachés à leur
indépendance, européens, canadiens, brésiliens, indiens, indonésiens,
africains, États du Golfe, Singapour et j’en passe, cette coalition des
indépendants que j’ai plusieurs fois évoquée, ceux au fond qui ne veulent pas
devenir les vassaux de l’un ou l’autre des deux grandes puissances mondiales,
se mettent ensemble pour développer un modèle frontière open source, en
mutualisant les capacités de calcul qui sont à leur disposition, en mutualisant
leurs capacités d’investissement pour bâtir un modèle frontière d’intelligence
artificielle en open source que nous partagerions. Nous ne devons pas dépendre
de l’un ou de l’autre et nous devons réussir à pousser justement un tel agenda
par la coopération.
Enfin, il est des domaines sur lesquels nous devons clairement établir les
nouvelles règles du jeu. L’intelligence artificielle dans le spatial, dans la
défense, dans la cybersécurité, comme je l’évoquais, a des conséquences
profondes qui touchent notre sécurité nationale. Nous avons lancé ce dialogue
lors du G7 de juin dernier à Évian. Plusieurs se sont aujourd’hui mobilisés, et
nous soutenons l’appel qui a été lancé par nos amis norvégiens et finlandais,
et nous voulons continuer, dans le cadre du G7, en lien aussi étroit avec nos
amis britanniques qui auront l’année prochaine la responsabilité du G20, à
bâtir justement un agenda de coopération en matière d’intelligence
artificielle, pour protéger les éléments les plus sensibles qui touchent notre
sécurité nationale. Comme nous avons, par le passé, su nous mettre d’accord
pour bâtir une architecture internationale nouvelle, quand il s’agissait des
armes chimiques ou d’autres risques, nous devons acter qu’émergent aujourd’hui
des sujets, quand il s’agit du spatial, de la défense, de la cybersécurité, sur
lesquels nous devons reprendre le contrôle, qui imposent des coopérations
spécifiques et un cadre spécifique entre États membres, et nous devons bâtir
cette coopération et ce cadre. Là-dessus, nous ne devons rien céder.
Voilà les cinq principes d’action, et je ne suis à cet égard pas exhaustif,
mais je vais m’arrêter là, auxquels la France croit et que je voulais
aujourd’hui défendre devant vous. Et au fond, sur ces cinq points, mon message
est de ne rien céder. Ne rien céder à ce qui est en train de s’installer, qui
est, au fond, une lente division du monde, un esprit de défaite qui s’installe
et qui laisserait quelques-uns dans l’abus de pouvoir : abus de pouvoir
des empires qui menacent la souveraineté des uns ou des autres, abus de pouvoir
de quelques-uns qui concentrent les capacités capitalistiques et qui auraient
le droit ou de polluer ou d’agréger les capacités de calcul pour tous, abus de
pouvoir de quelques-uns qui voudraient concentrer les richesses. Face aux abus
de pouvoir, nous devons retrouver ce qu’est la vitalité de notre organisation,
ce multilatéralisme qui est la défense d’un intérêt commun, d’une justice pour
tous, et qui est, au fond, par l’unité, la justice et la coopération, de
retrouver la seule efficacité, celle qui permet de rétablir une paix juste et
durable dans nos pays, celle qui permet de retrouver l’unité entre le Nord et
le Sud, celle qui permet de rebâtir un agenda d’action en matière de climat
comme en matière technologique.
Ne cédons rien. Plus que jamais, nous avons besoin de nos Nations unies. Et à
l’heure où nous procédons au choix de notre secrétaire général, et je veux
rendre ici hommage à l’action d’António Guterres durant toutes ces années, dans
ce climat si dur, il n’a jamais rien cédé. À cette heure où nous avons à
affronter des crises anciennes et des défis nouveaux, nous devons, en effet,
continuer d’agir. Aujourd’hui plus que jamais. Nous devons avoir le courage
d’être optimistes, de nous mobiliser et d’être utiles, de ne rien céder à
l’esprit du temps pour toutes et pour tous.
Vive les Nations unies !

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