Faut-il féliciter François Bayrou pour sa proposition
lucide d’organiser une primaire réunissant tous les candidats de l’axe central
(de la social-démocratie à la droite républicaine conservatrice) à la présidentielle
ou le fustiger pour cette faribole qui n’a aucune chance d’aboutir, ce dont il
est certainement au conscient.
Les deux sans doute!
Réglons tout de suite la question de savoir si l’ancien
premier ministre avec cette proposition veut occuper le terrain, exister et
peser sur la présidentielle.
La réponse est oui, évidemment et ce n’est absolument pas
un reproche ou une critique: tout leader politique, a fortiori un président de
parti et un ancien premier ministre est légitime à intervenir et donner son
point de vue et faire des suggestions.
Parlons d’abord, la lucidité du président du MoDem.
Tous les sondages sur la présidentielle indiquent que
les candidats extrémistes représentent plus de 50% des votes, comme en 2022, ce
qui signifie que les candidats de l’axe central sont minoritaires au premier
tour.
Bien sûr, les votes en faveur des extrêmes ne sont pas
partagés à égalité entre l’extrême-droite et l’extrême-gauche, la première
étant nettement plus en avance sur la seconde, ce qui signifie qu’un duel final
Le Pen-Mélenchon n’est pas du tout le cas de figure le plus probable.
Néanmoins, il convient peut-être de ne pas prendre le
risque d’une dispersion des voix en faveur des défenseurs de la démocratie républicaine
libérale, le précédent de 2002 avec la qualification surprise de Jean-Marie Le
Pen du fait du nombre de candidats de gauche qui ont plombé Lionel Jospin, prouve
que tout peut arriver comme une deuxième place de Jean-Luc Mélenchon.
L’organisation d’une primaire entre tous les candidats
de l’axe central serait en quelque sorte un tour préliminaire de la
présidentielle et permettrait de placer certainement – et malgré l’évident déperdition
d’un nombre de voix de gauche vers Mélenchon et de droite vers Le Pen sans
oublier des abstentions et des votes blancs – le vainqueur au second tour.
Et comme Marine Le Pen ne pourra pas ou peu compter
sur les voix de l’extrême-gauche, le candidat de l’axe central peut alors
remporter l’élection malgré les sondages actuels comme ce fut le cas pour Emmanuel
Macron en 2022 alors que le score de tous les candidats extrémistes et
populistes étaient de plus de 63% au premier tour..
Cette primaire serait donc le plus sûr moyen d’éviter
à la France l’aventure désastreuse de l’extrémisme populiste et démagogique
porté par des incompétents.
Ensuite la faribole.
Parce que la Gauche et la Droite ne sont absolument
pas prêtes à se réunir autour d’un seul candidat au premier tour et, donc, à ne
pas être présentes pour l’élection la plus importante de la Ve République même
si les scores de leurs candidats potentiels dans les sondages actuels ne sont
pas favorables à l’exception de celui d’Edouard Philippe.
Donc, ne pas être en lice en 2027 serait un terrible
aveu de faiblesse, voire une étape vers une disparition pour le PS et LR même
si leurs candidates en 2022 ont obtenu un nombre de voix ridiculement bas pour
Anne Hidalgo (1,75%) et pas beaucoup plus honorable pour Valérie Pécresse (5,28%).
D’autant que pour l’instant, le risque qu’il y ait un
deuxième tour entre les deux candidats extrémistes, Le Pen et Mélenchon est
faible sachant que la première nommée sera sans doute qualifiée mais ce qui
n’est pas le cas pour le second comme nous l’avons dit plus haut.
Pourquoi donc présenter un seul candidat pour toutes
ces formations alors que la probabilité qu’il y ait un représentant de l’axe
central au deuxième tour est élevée et que chaque parti de l’axe central peut
donc tenter sa chance de son point de vue (et c’est ce qui se produit
actuellement).
Mais cette primaire poserait également de nombreuses
questions quant à son organisation, son déroulement et le désistement des
candidats battus.
Parmi celles-ci il y a celle sur qui seront les électeurs
qui participeront au choix d’un candidat?
Une autre est de se demander ce que feront les battus si
les résultats sont complètement différents des sondages d’opinion et quelle
sera alors la légitimité du gagnant?
In fine, il n’y a aucune chance que le PS, Renaissance,
le MoDem, Horizons LR et les autres formations de l’axe central se mettent
d’accord sur un candidat unique pour le premier tour de la présidentielle.
En revanche, ce serait une faute lourde si le candidat
de l’axe central qualifié pour le second tour n’était pas soutenu par tous les partis
de cet espace politique et, surtout, ne reçoive pas la mobilisation essentielle
de leurs électeurs.
Parce que ce qui est en jeu c’est bien l’existence de
la démocratie républicaine.
Nicolas Levé et Alexandre Vatimbella