vendredi 24 avril 2026

La Quotidienne centriste du 24 avril 2026. La crise du logement est européenne


Crise du logement en France, oui.

Mais aussi en Italie, en Irlande, en Suède, en Espagne, etc. dans tous les pays l’UE.
D’autres pays développés connaissent aussi de graves tensions comme le Royaume-Uni ou le Canada.

Pour ce qui est de l’UE, dont la France, les raisons sont multiples:

- Une hausse des prix des logements et des loyers.
Ainsi, entre 2015 et 2024, les prix des logements dans l’UE ont augmenté en moyenne de 53%.
De même, les locations ont connu une forte hausse. Entre 2010 et le premier trimestre 2025, les loyers ont augmenté dans tous les pays de l’UE sauf en Grèce et de 27,8 % en moyenne.

- Un manque de logements disponibles.
Selon la Banque européenne d’investissement, les pays européens avaient besoin d’environ 2,25 millions de logements supplémentaires en 2025, ce qui est loin d’avoir été le cas.

- Les conséquences de la crise financière et de la pandémie de la covid19
La crise financière mondiale de 2008 avait déjà entraîné une forte baisse des investissements dans la construction de nouveaux logements.
Sur ce, la pandémie a encore ralenti la construction résidentielle avec des dysfonctionnements comme le retard de livraisons de matériaux et la pénurie de main-d’œuvre.

- Une augmentation de la demande de logements urbains.

- Un manque et une baisse de logements sociaux qui représentent moins de 10% du parc total.

- L’augmentation des locations de courte durée.
En 2024, 854,1 millions de nuitées ont été réservées dans l’UE
ce qui représente une hausse de 18,8 % par rapport à 2023 (719 millions de nuits) et un nouveau record.

Toutes ces raisons font que cette crise est faite pour durer d’où des mesures prises par tous les gouvernements ainsi que par la Commission européenne mais qui ont un effet limité.

C’est pourquoi, en France, Sébastien Lecornu vient d’annoncer plusieurs nouvelles mesures qui ont pour objectif d’accélérer les projets de construction, de relancer la location et de rénover les quartiers afin de construire davantage et de remettre des logements sur le marché.

Voici le message qu’il a posté sur les réseaux sociaux:
«Relancer la construction ne suffit pas pour faire face à la crise du logement. Il faut aussi transformer en profondeur les quartiers qui en ont le plus besoin.
150 quartiers seront intégralement rénovés et reconstruits. Avec une transformation en profondeur : rénovation des logements, amélioration du cadre de vie et adaptation de l’urbanisme aux réalités locales, pour mieux prévenir les phénomènes de délinquance. Ils seront sélectionnés sur la base de critères objectifs, en lien avec les collectivités. Un appel à projets est lancé dès aujourd’hui, avec des premières annonces à l’automne, et pour la première fois 20% des projets seront réalisés dans des villes moyennes, au-delà des métropoles.
L’ANRU 3 permettra aussi d’agir sur les conditions de vie : santé avec des maisons de santé, rénovation énergétique des logements et électrification progressive des quartiers. Le financement reposera sur un partenariat renforcé entre l’État, les collectivités et les acteurs du logement.
À Marseille comme ailleurs, nous agissons pour transformer les quartiers en profondeur.
Construire plus vite est aussi impératif. Les maires pourront recourir à l’outil “Urgence Relance Logement”. Lorsqu’un projet est “tamponné” Urgence Relance Logement, il bénéficie de dérogations sur les règles d’urbanisme et de construction. Objectif : réduire fortement les délais de construction. Concrètement, construire en 2 ans ce qui prenait 6 ans.
Remettre des logements sur le marché est aussi une priorité. 1,4 million de logements, ayant un DPE classé F ou G, ne peuvent plus être mis en location aujourd’hui. Ils pourront être remis en location, avec une exigence : engager des travaux sous 3 ans pour améliorer leur performance énergétique. Répondre à la crise du logement sans abandonner nos exigences énergétiques.
Relancer l’investissement dans le logement locatif est indispensable. Les dispositifs sont renforcés pour encourager les Français à investir dans le logement. Dans l’ancien, le seuil de travaux pour bénéficier de l’avantage fiscal est abaissé de 30% à 20% du prix du bien. Rénover plus. Partout.
Le logement ne peut pas attendre. Avoir un toit, comme avoir un travail, fait partie de la promesse républicaine. Aujourd’hui, elle est fragilisée. Nous faisons face à une panne du logement. La demande est là. Mais l’offre ne suit plus. Il faut accélérer. Maintenant. Aujourd’hui à Marseille pour parler du projet de loi de relance du logement. Une nouvelle étape de la décentralisation.
Faire confiance aux maires est une des conditions de la réussite. Ils auront la main sur l’attribution des logements sociaux dans leur commune. Les aides à la construction et à la rénovation seront confiées aux intercommunalités en particulier les Métropoles et Communautés urbaines. C’est par exemple le cas de MaPrimeRénov’, l’aide à la rénovation énergétique. Ce sont des avancées majeures en matière de décentralisation.»

 

 

[Retrouvez quotidiennement ce billet rédigé par l’équipe du CREC concernant l'actualité du jour] 

 


Chronique centriste. Attal est-il l’avenir du macronisme?


Dans son ressentiment sans fin un peu ridicule et surtout très immature envers Emmanuel Macron Gabriel Attal oublie une chose: il doit à celui-ci son entière notoriété dont il veut se servir pour ses hautes ambitions politiques.

Non pas que l’ancien premier ministre n’était rien avant de rejoindre l’alors candidat à l’élection présidentielle.

Militant socialiste, fréquentant les cabinets ministériels, il avait un corpus idéologique personnel.

Mais ce n’est pas celui-ci qui l’a propulsé sur le devant de la scène politico-médiatique et qui lui a permis de s’installer à Matignon.

Et si la dissolution a mis un terme à son passage à la tête du gouvernement, sa légitimité n’était pas telle que son remplacement par Michel Barnier ait été un déni de justice.

Son parcours ressemble quelque peu à celui de Nicolas Sarkozy jusque dans sa volonté de tuer son «père politique».

Si ce dernier a également tué le chiraquisme, il lui a fallu un peu plus de temps qu’il n’en reste à Gabriel Attal pour tuer le macronisme avant la présidentielle de 2027.

Mais peut-être que celle-ci n’est en réalité qu’un galop d’essai et que le vrai objectif est 2032.

Reste à savoir s’il compte être le représentant du macronisme de demain ou celui de son dépassement voire de sa négation.

Quoi qu’il en soit, il sera obligé de s’appuyer sur celui-ci afin de capter sa base électorale comme l’a fait Nicolas Sarkozy.

Sa conquête de Renaissance, le parti présidentiel était la première étape comme la conquête de l’UMP le fut pour l’ancien protégé de la famille Chirac.

Si l’on peut émettre des doutes sur le bienfondé de sa rancœur envers Emmanuel Macron, sa stratégie semble être validée par les Français.

En tout cas, un sondage d’Odoxa pour le Figaro qui vient d’être publié montre que 94% des sympathisants de Renaissance ont une bonne opinion de sa personne.

Et sauf pour les sympathisants des extrêmes, il dépasse les 50% de bonnes opinions chez ceux du PS, des Ecologistes et de LR (43% pour l’ensemble des Français).

Quant à savoir s’il serait un bon candidat pour les sympathisants du Centre, 68% d’entre eux répondent par l’affirmative mais il est loin derrière Edouard Philippe (88%).

Rappelons que lors d’un sondage du même institut en 2024, 57% des Français estimaient que, président de la république, il mènerait la même politique, ce qui montre qu’il n’est pas considéré comme un clone d’Emmanuel Macron mais qu’il a son propre espace politico-médiatique.

Reste à savoir ce qui se passerait en cas de candidature de sa part à la présidentielle de 2027.

Sans doute qu’il devait, à la fois, s’expliquer plus profondément sur son animosité envers Emmanuel Macron tout en développant ce qui le distingue de lui en matière politique alors même que les sympathisants de Renaissance ont une vision positive de ses deux quinquennats et sont attachés au «macronisme» et à ses principes.

Pour reprendre le parallèle avec Nicolas Sarkozy, la mollesse de Jacques Chirac permettait à son ancien ministre de l’Intérieur de pouvoir aisément se démarquer de sa présidence.

En revanche, ce sera certainement plus difficile pour Gabriel Attal de passer les réalisations d’Emmanuel Macron par pertes et profits.

S’il lui prenait l’envie de procéder à une critique en règle de ses dix ans de pouvoir, sans doute que son image serait écornée et qu’il apparaîtrait avant tout comme un politicien qui ne peut pas dépasser sa rancune.

Un peu comme Michel Rocard face à François Mitterrand.

Dernière chose: le camp macroniste est loin d’être monolithique et la vision de ce qu’est le macronisme encore moins.

Dès lors, un des challenges de Gabriel Attal sera sa capacité à réunir le plus possible ceux qui ont rejoint Emmanuel Macron en 2017, ce qui ne sera pas une mince affaire à réaliser.

Il y aura certainement des défections.

Si elles venaient à être trop nombreuses, sa tâche deviendrait très ardue et pourrait l’empêcher de se réclamer d’un «en même temps» qui a fait le succès du macronisme et sans doute fera celui de son éventuel dépassement.

 

Nicolas Levé
Alexandre Vatimbella