mercredi 26 avril 2017

Une Semaine en Centrisme. L’état du Centre après le premier tour de la présidentielle

Beaucoup appellent désormais Emmanuel Macron, un centriste, et estiment que c’est le Centre qui a gagné le premier tour de l’élection présidentielle, certains allant même à prétendre que l’accession du leader d’En marche! serait une victoire historique du Centrisme depuis le début de la V° République.
Et de poursuivre en expliquant que Macron va réaliser les rêves de François Bayrou, le gardien de la maison centriste, qu’il serait en quelque sorte son fils spirituel et plus sûrement son héritier politique.
Mais, d’autres, affirment que les centristes, en tout cas certains d’entre eux, sont les grands perdants de ce premier tour, tous ceux qui se sont rangés, à l’initiative de l’UDI, derrière François Fillon.
Car, non seulement, ils ont choisi le mauvais cheval de manière totalement irresponsable mais leur motivation électoraliste et de récupérer des strapontins au gouvernement les conduit dans un mur qu’ils ont eux-mêmes construit…
Quoi qu’il en soit, il faut faire ici une différence entre le Centre et les centristes.
La première place d’Emmanuel Macron au premier tour et sa position de favori pour le second tour selon les sondages d’opinion est une évidente victoire pour le Centre.
Même s’il n’est pas un centriste revendiqué, Macron est totalement centro-compatible et il porte avec lui les valeurs humanistes et progressistes du Centrisme ainsi que son principe du juste équilibre.
Ses «ni gauche, ni droite» et «en même temps» caractérisent sémantiquement parlant cette proximité avec le Centre.
En revanche, l’éclosion d’Emmanuel Macron dans l’espace central, futur leader d’un axe central s’il gagne le 7 mai prochain, démontre le délabrement de l’espace centriste et des partis qui s’y trouvent et se prétendent du Centre.
Si, aujourd’hui, François Bayrou peut affirmer avec une fierté non feinte que sa stratégie et ses idées ont rencontré les Français, c’est bien la mort dans l’âme qu’il a du renoncer à se présenter à l’élection présidentielle parce qu’il ne récoltait qu’autour de 5% d’intentions de vote dans les sondages.
De même, son Mouvement démocrate est une coquille de plus en plus vide, ne comptant que quelques élus, dont aucun député, ce qui montre la faiblesse de son entreprise politique, notamment depuis 2007 et son score de plus de 18% à la présidentielle d’alors.
Bien entendu, la dynamique Macron lui a donné une exposition politico-médiatique et un avenir politique qu’il n’aurait pas eu et, surtout, qu’il ne risquait plus d’avoir, d’où d’ailleurs son alliance avec le leader d’En marche! qui lui a permis de préserver son futur et toutes les options qui vont avec.
Bien sûr, sa stature politico-médiatique a aidé Emmanuel Macron, notamment dans la sphère centriste, en lui donnant la caution d’une personnalité politique de premier plan.
Mais son entreprise qui était de diriger la France semble définitivement morte.
Il faudrait un concours de circonstances particulières pour qu’il puisse se présenter en 2022 et gagner.
Reste qu’en cas de victoire de Macron, il aura certainement un rôle majeur à jouer dans la future majorité présidentielle.
Certains le voient déjà premier ministre mais quelque soit son poste et ses fonctions, ils seront importants.
De même, les autres personnalités du MoDem devraient en bénéficier.
Enfin, les thèmes privilégiés portés par François Bayrou depuis longtemps ainsi que ses solutions devraient se retrouver au cœur des débats politiques dans les cinq années à venir avec un Macron président.
En revanche, la situation est totalement différente pour l’UDI qui vit certainement ses derniers moments en tant que parti politique.
Ses leaders, en décidant, d’abord, de ne présenter aucun candidat à la présidentielle puis d’aller soutenir un candidat de droite radicale, malhonnête et menteur, qui n’a pas hésité à lancer des fausses informations tout au long de la campagne (notamment qu’il parlait tous les jours avec Jean-Louis Borloo, le créateur de l’UDI, pour récolter des voix centristes supplémentaires), ont porté un coup fatal à cette confédération qui était déjà mal en point par la guéguerre minable que se livrent Jean-Christophe Lagarde et Hervé Morin.
Déjà, de nombreux militants sont partis pour aller soutenir Emmanuel Macron ainsi qu’une de ses formations, l’Alliance centriste.
Bien entendu, au vu du duel Macron-Le Pen, l’UDI a appelé à voter pour le premier nommé lors du second tour mais c’était le minimum qu’elle pouvait faire.
On entend ici ou là de nombre de ses membres affirmer qu’ils iront dans les meetings de Macron et qu’ils s’afficheront avec lui.
On espère simplement qu’il ne s’agit pas seulement d’un opportunisme indigne qui suivrait une position politique irresponsable qui a porté un coup très dur au Centre.
L’avenir de l’UDI passe par un éclatement avec ceux qui seront du côté de Macron, dans En marche! ou dans son alliance et ceux qui s’accoleront de manière encore plus proche avec LR, voire qui seront absorbés par le parti de droite.
En tout cas, on peut penser que, même si Macron accueillera ceux qui voudront le rejoindre, le poids politique de l’UDI et de ses leaders dans les cinq prochaines années devrait être minime sauf exceptions.
Quant aux quelques centristes qui sont encore dans LR, ils ont tous appelé à voter Macron au second tour, ce qui était prévisible, certains pensant même à faire partie de sa majorité s’il est victorieux le 7 mai prochain.
Paradoxalement, certains d’entre eux, proches d’Alain Juppé, pourraient même avoir des positions ou des postes nettement plus importants que les centristes de l’UDI.
Reste le cas de quelques personnalités indépendantes dont, évidemment, Jean-Louis Borloo.
Celui-ci a déjà dit toute la proximité qu’il avait avec les idées d’Emmanuel Macron mais ne l’a pas rejoint.
Pour autant, malgré les pressions évidentes et la manipulation du camp Fillon et de Fillon lui-même dans des déclarations indécentes, il n’a pas appelé à voter pour le candidat LR dont il ne partageait pas le programme et dont il condamnait les agissements.
Il pourrait être une personnalité importante de la future majorité et son profil correspond bien à ce que cherche Emmanuel Macron pour le poste de premier ministre.
Pour conclure, les idées et les valeurs du Centre ainsi que des personnalités centristes ont été en première ligne lors du premier tour de cette présidentielle et les résultats ont conforté leurs positions.
Si Emmanuel Macron devient le prochain président de la république, ils auront une place évidemment importante dans le prochain quinquennat.
En revanche, les partis centristes semblent être les grands perdants avec certains de leurs leaders qui traverseront sans doute leur désert pendant quelques temps.
La leçon politique pour le Centre français est, quoiqu’il arrive le 7 mai, de se refonder pour enfin bâtir du solide et être un élément central de la vie politique française, victoire ou non de Macron.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC