lundi 25 mars 2019

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Confucius et le rêve instrumentalisés par Xi Jinping

Grâce au duo Poutine-Trump qui occupe le devant de la scène médiatique par ses frasques (et les bribes de conclusions du rapport Mueller qui viennent d’être rendues publiques ne changeront rien à l’affaire), monsieur Xi – profession: dictateur chinois et en villégiature actuelle en Europe dont la France – a, dans l’ombre, les mains libres dans son pays mais aussi pour ses visées impérialistes et la domination économique mondiale malgré les inquiétudes jamais suivies d’actes forts de la part des démocraties occidentales.
Il ne faudrait pas oublier un des pires dictateurs de la planète, en tout cas le plus dangereux parce que son pays est la deuxième puissance mondiale, même si son économie connait quelques difficultés en ce moment, possède la population la plus nombreuse avec une armée pléthorique (et un déficit de femmes par rapport aux hommes dans la population qui rend, l’Histoire fourmille d’exemples, un pays plus agressif) ainsi que l’arme nucléaire et que son ambition ouvertement proclamée est de dominer le monde comme la Chine le faisait avant que les puissances occidentales l’humilient, il ne faut jamais oublier cette dimension de revanche présente chez nombre de ses compatriotes.
Pour y parvenir, il faut une propagande d’accompagnement qui puisse fédérer une population et donner une image, si ce n’est positive en tout cas forte, du pays à l’extérieur.
Cette propagande repose aujourd’hui sur deux piliers: le «rêve chinois» et la pensée de Confucius.
Sauf que la notion de rêve et la personne de Confucius sont entièrement instrumentalisées par monsieur Xi par le biais d’une supercherie intellectuelle et politique complète en regard de la société totalitaire qu’il est en train de mettre en place.
Surtout attachée à la terre de tous les possibles, l’Amérique, la notion de rêve dans le débat politique avait, jusqu’à présent, une signification heureuse et une portée universelle (quelle que soit la réalité concrète du rêve américain).
Or le rêve chinois de monsieur Xi est avant tout nationaliste et impérialiste puisqu’il s’agit de redonner à la Chine la place qu'elle «mérite» dans le monde, c'est-à-dire la première.
En outre, monsieur Xi a décidé de momifier une nouvelle fois Confucius  en en faisant le guide de son nouveau pouvoir dictatorial basé sur sa soi-disant «société harmonieuse».
En cela, il ne fait que suivre les empereurs chinois qui érigèrent le confucianisme en doctrine d’Etat pour leur assurer le pouvoir, c’est-à-dire une idéologie qui a détourné grandement le message du sage philosophe du pays de Lu.
Quelle ironie de l’Histoire, par ailleurs, puisque le modèle indépassable de monsieur Xi, Mao, tenta d’éradiquer la pensée du maitre Kong (Kongfuzi, son nom chinois) de la république démocratique de Chine comme «contre-révolutionnaire»…
Mais la ruse des pouvoirs communistes, comme tout pouvoir totalitaire, est bien connue et documentée.
Lénine et Staline en leur temps ne se privèrent pas de contradictions idéologiques pour affermir leur pouvoir, voire firent semblant d’être ce qu’ils n’avaient jamais été et ne furent jamais.
Ils instrumentalisèrent ainsi quelques gloires nationales comme Léon Tolstoï à l’instar de ce que fait Xi en Chine actuellement.
Si l’on doit dénoncer cette récupération éhontée de celui qui est aussi appelé le père de l’«humanisme chinois», c’est parce que celui-ci avait une vision équilibrée du fonctionnement d’une société humaine développant dans un certain sens une vision proto-centriste de la vie en commun.
Son milieu est ainsi très proche d’un autre lointain ancêtre des centristes, Aristote, qui développa son juste milieu dans le cadre de sa médéité.
Si Confucius à des héritiers, ils se trouvent plutôt au centre de l’échiquier politique que dans les maîtres d’une société totalitaire…
Rappelons aussi que Confucius prônait la destitution des gouvernants lorsqu’ils ne remplissaient pas leur rôle, principe que monsieur Xi n’est pas prêt de mettre en œuvre…
Rien à voir donc avec le monde fermé que nous propose aujourd’hui le Parti communiste chinois arcbouté sur son pouvoir et la peur de la parole libre.
Un monde qui est l’antinomie de ce que les centristes veulent mettre en place dans la cadre d’une mondialisation humaniste qui est aux antipodes de la «nouvelle route de la soie» que Beijing es en train de bâtir pour assoir sa domination mondiale future et à laquelle trop de pays ont déjà succombés, le dernier en date étant l’Italie…
La Chine est assurément un grand pays et possède une civilisation rayonnante mais monsieur Xi est un tout petit personnage aux ténébreux desseins.
Comme nous le rappelle la sinologue Anne Cheng, «l’idéal que propose Confucius est ‘l’homme de bien’».
Toute ressemblance avec monsieur Xi serait une usurpation d’identité.