samedi 20 mai 2017

Une Semaine en Centrisme. Forces et fragilités du gouvernement Macron

Le gouvernement Macron
Le nouveau gouvernement d’Emmanuel Macron est sans conteste un gouvernement de l’espace central réunissant des progressistes réformistes de droite, de gauche et du Centre, donc est composé de personnalités de ce que l’on appelle l’axe central, une nouveauté dans le paysage de la V° République.
Cependant, il n’est pas issu d’une alliance entre les différentes composantes de l’axe central, c’est-à-dire de formations clairement identifiées ou de courants, voire même de groupes, homogènes appartenant à celles-ci.
Ainsi, seul le Mouvement démocrate a, pour l’instant, formalisé une alliance avec La république en marche même si celle-ci a donné lieu à quelques tensions, notamment sur la nature de cette alliance, lors de l’établissement de la liste des candidats aux législatives.
Les autres membres du gouvernement faisant partie de l’axe central sont venus en leur nom.
Tout comme l’ont été les personnalités politiques qui ont signé les appels à accepter la main tendue par Emmanuel Macron et ce, même si dans les signatures on peut repérer la présence de courants réformistes mais sans que ces derniers aient une réalité structurelle ou soient là en tant que groupes constitués.
Dans ce cadre, on peut déjà pointer les forces mais aussi les fragilités de ce premier gouvernement Macron qui viennent directement de sa composition transpartisane et donc de la transgression du paysage politique établi que cela a engendré.
On peut tenter de les analyser tout en sachant qu’aucun précédent ne peut être pris comme comparaison pour affirmer que cette tentative de recomposition politique peut fonctionner ou pas.
Commençons par les fragilités qui sont de deux ordres.
Les premières fragilités viennent de ce que cette reconfiguration partisane dans le cadre de l’espace central et avec des personnalités de l’axe central s’est faite sans une alliance politique en bonne et due forme et sans que cette recomposition – qui ne concerne pour l’instant que l’exécutif – ait reçu l’onction du suffrage universel.
Même si l’on peut considérer que l’élection de Macron – qui avait été très clair sur ses intentions en la matière – ainsi que le fait qu’il soit arrivé en tête au premier tour, apportent la légitimité démocratique nécessaire et indispensable à la composition transpartisane de ce gouvernement (rappelons que pour ses adversaires, il n’aurait été élu que pour faire barrage au FN).
Les deuxièmes fragilités viennent de la capacité des représentants de cet axe central à travailler ensemble dans un même gouvernement et, surtout, de travailler avec la feuille de route imposée par Emmanuel Macron.
Il se pourrait bien que des incompatibilités naissent assez rapidement et que les réflexes partisans (re)prennent le pas sur la recomposition politique que soutiennent pourtant en principe tous les membres du gouvernement.
Ces fragilités pourraient devenir prégnantes et déstabiliser ce bel édifice de consensus et de compromis en cas de défaite ou même de non-victoire (c’est-à-dire sans majorité absolue) pour La république en marche lors des législatives.
Dans le cas d’une cohabitation traditionnelle, ce gouvernement devra démissionner et sa durée de vie aura donc été très courte.
Mais dans les cas d’un gouvernement minoritaire qui peut se maintenir parce que La république en marche sera le principal groupe de l’Assemblée national ou d’une coalition, il est probable que Macron doive faire des concessions sur la composition de son gouvernement ou, plus important, sur sa ligne politique entraînant le départ de certains de ses membres qui ne seraient plus en phase avec les nouveaux objectifs ou qui seraient remplacés par des personnalités pour permettre soit de faire accepter qu’il soit minoritaire, soit de le faire fonctionner sous les auspices d’une nouvelle majorité de gouvernement.
Dans ces deux derniers cas de figure, quoi qu’il arrive, Emmanuel Macron sera obligé de conduire des tractations, soit pour négocier un pacte de non-agression vis-à-vis de son gouvernement minoritaire, soit afin d’officialiser une alliance entre un ou plusieurs partis (ou un ou plusieurs courants de partis) de l’axe central.
Rien ne dit, pour l’instant et malgré la volonté de beaucoup à droite et à gauche ainsi qu’au centre de travailler avec Emmanuel Macron sans rejoindre La république en marche, que le nouveau président pourra bâtir une coalition en bonne et due forme.
Pour ce qui est d’un gouvernement minoritaire, il pourra tenter de faire passer ses mesures au Parlement en s’appuyant sur des majorités de circonstances selon les textes et leurs domaines d’intervention dans une pratique post-partisane.
Mais, ici, les précédents, tant en France qu’à l’étranger sont peu nombreux et l’ont été sur des textes précis et non sur une série de texte sur une longue période.
La seule tentative de mettre sur pied cette architecture post-partisane a été celle de Barack Obama aux Etats-Unis en 2009, juste après sa première élection et elle fut un échec complet.
Il ne faut oublier, bien sûr, la situation dans laquelle certains des ministres qui se présentent à la députation, soient battus, ce qui entraînera alors leur départ prématuré automatique.
Cependant, le gouvernement actuel possède des forces indéniables.
D’abord auprès de l’opinion publique comme l’ont montré tous les sondages publiés depuis sa constitution.
Les Français approuvent qu’il soit transpartisan et souhaitent qu’il réussisse, ce qui lui donne une certaine latitude d’action et une capacité à durer.
Ensuite, du côté de LR et du PS, on sait que nombre des élus de ces deux partis sont favorables à travailler avec le nouveau pouvoir.
Même s’ils ne participent pas à la future majorité, ils pourraient ne pas s’opposer frontalement au gouvernement lui permettant quel que soit le résultat des législatives de pouvoir travailler et légiférer.
D’autant que plusieurs membres de l’équipe gouvernementale sont des personnalités appréciées dans leurs camps respectifs comme Jean-Yves Le Drian au PS, Edouard Philippe et Gérald Darmanin à LR, Nicolas Hulot chez les écologistes, François Bayrou au MoDem.
En outre, la dynamique qui peut se créer autour de ce gouvernement et à l’intérieur de celui-ci peut également lui donner la capacité d’agir et d’obtenir des résultats, donc, non seulement, de le souder mais de permettre, en plus, de nouveaux ralliements.
Et puis, ce qui n’est pas rien, les conjonctures sociétale et économique, à défaut peut-être de la sociale, sont favorables, pour l’instant, à ce gouvernement.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC


Législatives 2017. Sondage: La République en marche, loin devant à 32%

Selon la nouvelle vague du sondage Harris-Interactive pour la chaîne LCP, La République en marche obtient 32% des intentions de vote pour les prochaines élections législatives.
Un score identique à la précédente vague qui permet au mouvement d’Emmanuel Macron d’avoir 13 points d’avance sur le second, le Front national, et 14 sur le troisième, LR, qui baisse et voit la France Insoumise pas loin derrière avec un gain d’un point.
Quant au PS il reste à 6% et doit certainement se préparer à une défaite catastrophique.

Voici les résultats:
- Front national, 19% (=)
- Debout la France, 3% (=)
- Les républicains (& Union des démocrates et indépendants), 18% (-1)
- La république en marche (& Mouvement démocrate), 32% (=)
- Parti socialiste (& Parti radical de gauche), 6% (=)
- Europe-écologie-les-verts, 3% (=)
- France insoumise, 16% (+1)
- Parti communiste, 2% (=)
- Extrême-gauche, 1% (=)

(Sondage Harris-Interactive réalisé du 16 au 18 mai 2017 par internet auprès d’un échantillon de 1019 personnes âgées de plus de 18 ans et représentatives de la population française / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points)



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L’Humeur du Centriste. Déjà des bisbilles entre centristes macroniens!

François Bayrou & Jean Arthuis
Il n’a pas fallu très longtemps pour que les centristes pro-Macron se tirent dans les pattes.
Comme si se battre entre eux était dans l’ADN des centristes!
L’histoire du Centre est ainsi ponctuée de multiples querelles, scissions, recompositions, haines et autres coups de poignards dans le dos.
Ces attitudes sont d’autant plus pathétiques et inadmissibles, que ces centristes se présentent en hérauts du rassemblement et du consensus.
Elles ont tant coûté au Centre par le passé que l’on espère, à chaque fois, qu’une petite dose de responsabilité – oh! pas plus – entre de leur crâne et tempère leurs égos.
Peine perdue, encore une fois!
Ainsi, après la guerre interne qui fait rage à l’UDI depuis trois ans où deux roitelets, sans envergure, sans troupes, ni idées, du nom de Lagarde et Morin s’affrontent dans un combat à mort qui les a irrémédiablement discrédités, voici que les centristes qui ont rejoint Emmanuel Macron font exactement de même.
Corinne Lepage et Jean Arthuis, qui ont été parmi les premiers centristes à soutenir le nouveau président de la république ne décolèrent pas depuis que François Bayrou, le rallié de la dernière heure qui, plus est, affirme à qui veut bien le croire, qu’il est le grand artisan de la victoire de Macron, a obtenu par chantage et menaces un traitement de faveur pour les élections législatives et se retrouve au gouvernement en numéro trois avec, à ses côtés, sa fidèle collaboratrice, Marielle de Sarnez.
Une colère d’autant plus forte qu’eux-mêmes ne sont pas devenus ministres malgré leurs fidélités et leurs appels du pied et qu’en plus peu de leurs amis ont été investis par La république en marche pour les législatives, pire, certains d’entre eux ayant même été remplacés par des membres du Mouvement démocrate de Bayrou après que celui-ci ait rué dans les brancards.
Corinne Lepage, président de Cap21, a dénoncé le comportement insupportable du président du MoDem en déclarant être «ulcérée» accusant ce dernier de vouloir revenir à la «vieille politique».
Elle a ajouté, «franchement, ça ce n'est pas possible. Ce n'est vraiment pas conforme à l'esprit d'En marche!», tout en espérant que «François Bayrou revienne à la raison», ce qui n’a pas été le cas.
Quant à Jean Arthuis, député européen, ancien président de l’Alliance centriste et ministre de l’Economie, il est monté au créneau en affirmant qu’il en avait «gros sur la patate» des méthodes de Bayrou.
Dans un premier tweet, il a expliqué qu’«ayant voté pour Emmanuel Macron je n’accepte pas de devoir voter pour un candidat MoDem qui nous est arbitrairement imposé».
Puis, il a posté un second tweet pour dire, «je ne comprends pas qu'un arbitrage d’En marche publié soit ensuite annulé par décision du Modem. Ou sont les grands principes?».
Et enfin un troisième tweet où il écrivait, «l'élection d'Emmanuel Macron me réjouit. Je croyais que les investitures étaient délivrées par la Commission nationale d’investiture. En fait, c'est Le Modem. Humiliation»
Mais il ne s’est pas arrêté là puisqu’il a déclaré à la presse que «Bayrou est un maquignon. C'est le vice-président. Maintenant qu'il est ministre d'Etat, il se croit tout permis! La commission d’investiture d’En Marche! se décrédibilise totalement».
Au-delà de savoir qui a raison ou tort, chacun se fera son opinion, c’est cette incapacité à s’unir entre eux pour constituer un pôle centriste d’importance dans la nouvelle majorité présidentielle qui est hautement coupable de la part de politiques dont l’intérêt général et la défense de leurs valeurs et principes devraient primer sur les comportements électoralistes et la recherche de postes ministériels.
Car, encore une fois, on parle du Centre comme ce marais d’opportunistes.
Et le pire, c’est que ceux qui en sont les responsables n’en ont même pas honte.

Centristement votre.

Le Centriste