vendredi 29 avril 2016

Présidentielle 2017. Sondages: Bayrou largement battu par Macron, l’axe central en force

L'axe central avec Juppé, Bayrou, Macron
Selon un sondage Elabe pour Les Echos et Radio classique, s’il devait y avoir une candidature d’Emmanuel Macron à la présidentielle de 2017, celui-ci se qualifierait pour le second tour s’il était opposé à Nicolas Sarkozy (25% contre 18%) ou Bruno Le Maire (25,5% contre 18%) comme candidats LR et à François Bayrou (11% dans le premier cas, 11,5% dans le deuxième).
Le ministre de l’Economie arriverait même en tête des intentions de vote au premier tour, devant Marine Le Pen (25,5% contre 25% avec Le Maire et 25% contre 24% avec Sarkozy).
En revanche, il serait largement battu par Alain Juppé (21% contre 36%).
Ce dernier, comme à son habitude, serait en tête dans tous les cas de figure au premier tour (candidat socialiste Hollande, 39% contre 15%, ou Valls, 38% contre 15,5%, ou Macron, 36% contre 21%), largement devant Marine Le Pen (qui obtiendrait entre 23% et 26%).
François Bayrou selon les cas de figure obtiendraient entre 11% et 14%, (entre 11% et 11,5% face à Macron, entre 12% et 13% face à Manuel Valls, 14% face à Hollande et Sarkozy)
Le président du Mouvement démocrate arrive en quatrième position selon tous les cas de figure sauf face à Macron où il rétrograde alors en cinquième position, devancé par Jean-Luc Mélenchon.
A la question annexe de savoir quel serait le meilleur président pour relancer l’activité économique en France, Alain Juppé (36%) et Emmanuel Macron (33%) arrivent largement en tête, Manuel Valls étant sixième (13%) et François Bayrou (10%), neuvième et dernier ex-aequo avec François Fillon des personnalités proposées aux sondés.
Et si les sympathisants du MoDem sont 62% à penser que Bayrou serait le meilleur président en la matière, ils ne sont que 11% chez ceux de l’UDI, préférant Alain Juppé, Emmanuel Macron, François Fillon et Bruno Le Maire, dans cet ordre, avant le maire de Pau.
Si l’on analyse les résultats des personnalités sous l’angle de l’axe central (allant des gaullo-réformistes aux sociaux-libéraux en passant par les libéraux sociaux), Alain Juppé et Emmanuel Macron sont les deux personnalités qui arrivent en tête avec une nette avance pour le maire de Bordeaux face au ministre de l’Economie.
Manuel Valls n’obtient pas de bons résultats puisque dans les cas de figure où il est présent, il est battu par le candidat LR (Juppé, Sarkozy) ou est à égalité (Fillon).
Il semble bien qu’Emmanuel Macron ait désormais pris sa place comme la personnalité capable de réconcilier la gauche et le réel.
On comprend dès lors que le premier ministre s’agace de plus en plus de la médiatisation à outrance de son ministre de l’Economie.
Néanmoins, cette rivalité qui s’exacerbe n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la cohésion future d’un axe central en tant que force politique et coalition gouvernementale.
François Bayrou, on l’a dit, est quatrième dans tous les cas de figure sauf dans celui où il est opposé à Emmanuel Macron qui le fait glisser en cinquième.
A noter que Macron séduit entre 18% et 20% de l’électorat qui a voté pour Bayrou en 2012, même quand ils sont opposés, ce qui est assez conséquent.
Et l’on comprend pourquoi François Bayrou est assez agressif avec Emmanuel Macron ces dernières semaines, notamment depuis que ce dernier se revendique clairement d’un «ni droite, ni gauche».
Quant aux personnalités qui ont le plus la confiance des Français pour redresser l’économie du pays, l’axe central une nouvelle fois l’emporte aisément avec Juppé et Macron.
En revanche, Valls obtient un résultat décevant puisqu’il est sixième derrière Juppé, Macron, Le Pen, Mélenchon et Sarkozy.
Quant à Bayrou, il ne semble pas être crédible aux yeux des Français en la matière.
(Sondage Elabe réalisé les 26 et 27 avril 2016 par internet auprès d’un échantillon de 911 personnes de plus de 18 ans représentatif de la population française / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points)

Alexandre Vatimbella


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- Pour 65% des Français, Bayrou serait un mauvais président



mercredi 27 avril 2016

Présidentielle USA 2016. Clinton-Sanders, les deux Partis démocrates

Il est faux de dire qu’il n’y a que deux partis politiques aux Etats-Unis.
Il y en a autant, voire plus, que dans les autres démocraties.
On trouve des partis communistes (dont le Communist party USA), des partis socialistes (dont le Socialist party USA), des partis centristes (comme le Modern whig party), un parti libertairien (Libertarian party), un parti écologiste (Green party), des partis d’extrême-droite et d’extrême-gauche comme le Socialist workers party ou le parti nazi, National socialist movement.
Mais il est vrai que le Parti démocrate et le Parti républicain dominent outrageusement la vie politique étasunienne.
C’est pourquoi, lorsque Bernie Sanders, socialiste revendiqué, se présente à l’élection présidentielle, il préfère concourir à la primaire démocrate que de se présenter sous la bannière du parti socialiste.
De même, le libertarien Rand Paul a préféré concourir à la primaire républicaine plutôt que de se présenter à celle du Libertarian party.
Résultat, les deux grands partis couvrent, chacun, un large spectre de l’échiquier politique.
Du côté républicain, jusque récemment, cela allait de l’extrême-droite au centre-droit, voire au centre.
Aujourd’hui, la tendance centriste chez les républicains est devenue quasi-inexistante.
Du côté démocrate, cela va de l’extrême-gauche au centre.
Ainsi, pour la primaire actuelle, les deux candidats représentent deux grandes tendances qui agitent le parti depuis le début du XX° siècle, surtout les deux seules restantes depuis le départ de l’aile conservatrice (et souvent raciste) des démocrates du sud, les «dixicrats», à la fin des années 1960 pour rejoindre les républicains.
Si en matière sociétale, les deux ailes démocrates sont libérales, la ligne de partage entre la tendance de gauche et celle du Centre se fait surtout sur la politique économique et sociale ainsi que sur la politique étrangère.
Ainsi, il y a une vraie différence entre les propos de Bernie Sanders et le programme d’Hillary Clinton.
Le premier parle d’interventionnisme étatique, de redistribution sociale, de lutter contre les milliardaires, de prendre nombre de mesures protectionnistes et d’installer une social-démocratie européenne aux Etats-Unis, tout en indiquant que le rôle de l’Amérique dans le monde ne sera plus celui d’une grande puissance qui se mêle de toutes les affaires de la planète et qu’il mettra un frein à la globalisation.
La deuxième, elle, parle, d’opportunités, de libéralisme économique, de solidarité sociale et veut libérer les énergies entrepreneuriales, tout en affirmant que les Etats-Unis continueront à être les leaders du monde libre et qu’ils prendront toutes leurs responsabilités dans la mondialisation.
C’est évidemment la différence entre un programme de gauche et un programme centriste.
Actuellement, la majorité du Parti démocrate est sur la ligne politique d’Hillary Clinton comme viennent de le montrer le résultat des primaires du mardi 26 avril où celle-ci a remporté quatre scrutins sur cinq dont la Pennsylvanie et le Maryland.
Elle est désormais pratiquement assurée d’être la candidate du parti le 8 novembre prochain, démontrant que les démocrates ont choisi une nouvelle fois une ligne modérée, pragmatiste et basée sur le réel.
Il faut dire qu’ils ont essuyé de sévères échecs quand ils lui ont tourné le dos, préférant des candidats marqués à gauche.
Pour autant, la ligne socialiste et social-démocrate n’a pas été enfoncée, loin de là.
Et même si elle a bénéficié du fait que Sanders était le seul opposant à Clinton, ce qui a apporté des voix au sénateur du Vermont qui se seraient portées sur des candidats moins à gauche s’il y en avait eu, Hillary Clinton va devoir récupérer tous ceux qui soutiennent Sanders.
Sa chance est qu’elle aura en face d’elle un populiste démagogue comme Donald Trump qui a remporté facilement les cinq primaires républicaines du 26 avril, ce qui fait de lui, désormais l’ultra-favori pour être le candidat du parti.
Car les sondages le disent, les pro-Sanders voteront pour Clinton contre la menace Trump.
Mais même si c’était par un hasard extraordinaire Ted Cruz, son extrémisme de droite et son personnage largement détesté par une majorité d’Américains en fait un repoussoir encore plus puissant pour les électeurs démocrates, «independents» et républicains modérés.
Surtout que, dans une dernière tentative pour survivre dans cette élection, il vient de choisir celle qui serait sa vice-présidente, Carly Fiorina, une républicaine très à droite et controversée qui a été une dirigeante d’entreprise, à la fois, très antipathique et aux résultats catastrophiques, ce qui ne devrait pas l’aider beaucoup s’il se présentait le 8 novembre prochain.

Alexandre Vatimbella avec l’équipe du CREC


Présidentielle USA 2016

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mardi 26 avril 2016

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Brexit or not Brexit, that is the question?

Pour certains, l’Union européenne serait bien mieux sans le Royaume Uni, sorte de ver de la confusion dans le fruit de l’union.
Pour d’autres, l’Union européenne aurait beaucoup à perdre si le Royaume Uni décidait de s’en aller lors du référendum du 23 juin prochain.
C’est vrai que le Royaume Uni a presque tué l’Europe telle que les pères de celle-ci la voyaient, cet idéal fédéral pour lequel les centristes se battent depuis les années 1950.
Avant que ne se produise l’implosion finale, il vaudrait mieux qu’il s’en aille pour l’en préserver.
Et s’il le fait de lui-même, tant mieux.
Mais l’idéal européen – celui-là même des pères fondateurs – est et était bien de réunir tous les pays démocratiques sous la même bannière.
Le Royaume Uni est loin d’être le dernier et son départ serait extrêmement dommageable pour un continent uni dans la paix et, quoi que l’on pense, dans le progrès.
Une majorité d’Européens – et de Français – souhaitent que le Royaume Uni demeure dans l’Union européenne.
Et le plaidoyer de Barack Obama en faveur de la construction européenne et de la présence des britannique dans l’UE lors du discours de Hanovre ce 25 avril montre que le monde entier se sent concerné par le devenir de cette Europe qui, au sortir de la Deuxième guerre mondiale qu’elle avait provoquée, est devenue un modèle à imiter aux quatre coins de la planète.
La réponse à la question de savoir si le Royaume Uni doit demeurer dans l’Union européenne n’est donc pas si simple.
Oui, les Britanniques ont été d’exécrables européens, dans la lignée de tout ce qu’ils avaient entrepris avant d’y rentrer, c’est-à-dire en essayant vainement de la détruire de l’extérieur.
Les agissements du Margaret Thatcher laissaient d’ailleurs à penser que faute de la tuer de l’extérieur, ils avaient décidé de le faire de l’intérieur comme l’avaient pressenti de nombreux défenseurs de l’Europe lors de l’entrée du pays dans ce qui était à l’époque la CEE (Communauté économique européenne, ancêtre de l’Union européenne) en 1973.
Leur mauvais exemple a d’ailleurs donné des idées à tous les ennemis de l’UE, de la France à l’Allemagne en passant par les Pays Bas ou la Grèce.
Sans parler des nombreux pays de l’Est qui y sont entrés tout en refusant de jouer le jeu d’une vraie union, comme la Pologne, la Hongrie, la République tchèque ou la Slovaquie.
Du coup, avant d’être un espace d’intégration fédéraliste, l’Union européenne est devenu, avant tout, un espace de paix doublé d’un grand marché,  ce qui n’est déjà pas si mal.
Fort de constat, la sortie des Britanniques peut donc être une chance pour un nouveau départ de l’Union européenne débarrassée de l’obstacle le plus conséquent à son approfondissement qui est indispensable pour tous ceux qui ne veulent pas jouer l’avenir des Européens à la roulette russe.
On peut imaginer que des initiatives soient prises en France et en Allemagne, voire dans d’autres pays en cas de départ du Royaume Uni, pour relancer et consolider l’Europe.
En tout cas, il faut l’espérer.
Mais, oui aussi, le Royaume Uni a sa place en Europe et dans une Union européenne.
Non seulement pour assurer la paix à ce continent qui a été particulièrement touché par les guerres sanguinaires au cours de son histoire mais également pour continuer à avancer vers une meilleure intégration parce que le XXI° siècle et ses défis demandent que les Européens soient unis pour défendre la démocratie, la république ainsi que leur économie avancée que nous envie la planète.
Sauf qu’ils ne doivent plus être, à la fois, dedans et dehors.
Ce n’est pas viable et pas acceptable.
Pour autant, si les Britanniques décident de demeurer dans l’Union européenne, ce ne sera pas une grande victoire pour cette dernière, loin de là.
Car il faudra, quoi qu’il arrive, relancer la machine, à la fois, pour que l’intégration européenne devienne plus forte afin de rendre chacun des membres de l’UE plus fort, surtout pour que les peuples européens y voient à nouveau leur avenir et non un monstre froid et bureaucratique qui manipule leurs vies.
Les vrais travaux herculéens des Européens commenceront le 24 juin avec ou sans le Royaume Uni.
Et il faudra sans doute que se mette enfin en place une nouvelle organisation regroupant les pays de l’Union européenne qui veulent aller plus loin dans leur destin commun, certainement sans le Royaume Uni.



lundi 25 avril 2016

Regards Centristes. 6 – «Extrême-centre» et «centrisme révolutionnaire», fâcheux oxymores

Regards Centristes est une série d’études du CREC qui se penchent sur une question politique, économique, sociale ou sociétale sous le prisme d’une vision centriste. Sixième numéro consacré aux notions d’extrême-centre et de centrisme révolutionnaire.

Tout comme il y a une extrême-droite et une extrême-gauche, certains prétendent qu’il y a aussi un «extrême-centre».
D’autres vont plus loin encore en affirmant représenter un «centrisme révolutionnaire».
Mais, si tels était le cas, quels seraient-ils, pourquoi avoir inventé ces concepts et existent-ils?

- Extrême-centre
On pourrait qualifier l’extrême-centre de courant politique qui voudrait mettre en place une société régie par les valeurs et les principes centristes en mettant en œuvre un centrisme «pur, sans concession et sans compromission», notamment avec les idéologies de droite et de gauche.
Avant d’analyser ce que cela signifie, il faut d’abord parler de deux définitions marginales de l’extrême-centre.
Ainsi, pour l’historien américain Tom Paxton, l’extrême-centre définirait un courant individualiste, antiétatique qui serait la forme extrême du mouvement libertarien qui prône un chacun pour soi au nom d’une liberté totale.
Ce rapprochement, selon lui, viendrait de ce que le Centre est un libéralisme et que, donc, sa forme extrême serait une demande sans frein de liberté au-delà de toute solidarité.
Paxton cite comme représentant emblématique de cet extrême-centre, le candidat à la primaire républicaine pour la présidentielle américaine de 2016, Donald Trump.
Mais, d’une part, ce dernier ne s’est jamais revendiqué d’un quelconque centrisme (même, s’il devient le candidat du parti en novembre prochain, il devra nécessairement se recentrer) et, d’autre part, réduire le Centrisme à la seule dimension d’un individualisme débridé à l’unique recherche de la liberté (et son extrême, d’une liberté sans frein) est réducteur, ne correspondant pas au principe premier du Centre, le juste équilibre, ni même à sa volonté de promouvoir ce qu’Albert Camus appelle le «nouvel individualisme» du «nous sommes».
On doit donc écarter cette définition de l’extrême-centre.
La deuxième vient de l’historien Pierre Serna qui a défini l’extrême-centre comme le mode de gouvernement qui a existé en France lors du Consulat (1799-1804) et de la Restauration (notamment entre 1814 et 1820).
Il s’agirait d’une politique «modérée conduite par un exécutif autoritaire» et s’opposerait à la démocratie.
Il est évident que l’on ne peut appliquer les notions de Centre et de Centrisme à des définitions de régimes politiques antidémocratiques sachant que les centristes sont les premiers défenseurs de la démocratie républicaine, libérale et représentative.
On doit, comme pour la précédente, écarter cette définition de l’extrême-centre.
Analysons maintenant le concept d’extrême-centre en commençant par la notion d’«extrémisme».
Pour le dictionnaire Larousse, il s’agit d’un «Comportement politique consistant à défendre les positions les plus radicales d’une idéologie ou d’une tendance».
Pour le site Wikipedia, «L'extrémisme est un terme utilisé pour qualifier une doctrine ou attitude dont les adeptes refusent toute alternative à ce que leur dicte cette doctrine. Les actions extrémistes sont par conséquent des méthodes ayant pour but un changement radical de leur environnement».
La radicalité est donc l’essence même de l’extrémisme, sa recherche.
Or, l’essence même du Centrisme, c’est le refus de la radicalité, c’est-à-dire de la division et de l’opposition entre factions en recherchant ce qui unit plutôt que ce qui éloigne.
Pour autant, en accolant extrême à centre, cela signifierait qu’il y a un Centre qui veut aller plus loin que la démocratie, plus loin que la république, plus loin que la représentativité, plus loin que le libéralisme, plus loin que le solidarisme, plus loin qu’une économie sociale de marché.
Cependant, le dépassement de ces notions ne serait plus une politique centriste.
Mais cela signifierait aussi d’imposer ses vues alors même que le Centrisme est toujours dans la recherche du compromis et du consensus et que son principe de base est le juste équilibre.
De même sa médéité est le contraire de la radicalité.
Sa recherche constante de consensus et de compromis n’est évidemment pas là pour diluer ou dénaturer les réformes nécessaires mais pour les rendre toujours plus efficace car s’appuyant sur une base citoyenne le plus large possible.
En outre, l’extrémisme est, par essence, un diviseur puisqu’il s’oppose à un autre extrémisme qui partage des vues diamétralement opposées mais aussi qui nie le compromis qu’il associe à la compromission avec le camp adverse et le consensus qu’il raille pour n’être qu’un unanimisme mou et sans saveur.
Par ailleurs, l’extrémisme réfute l’existence de l’autre qui ne pense pas comme lui puisqu’il affirme détenir la vérité.
Il veut donc bâtir une société fermée, là où le Centrisme veut bâtir une société ouverte.
Dès lors, mélanger les termes «extrême» et «centre» introduit, au minimum, une grave confusion faisant accréditer une thèse selon laquelle il y aurait des centristes intolérants, qui lutteraient contre toutes les idées et les initiatives qui ne rentrent pas dans un corpus fermé et qui voudraient imposer leurs vues de manière autoritaire, voire violente.

- Centrisme révolutionnaire
L’expression de «centrisme révolutionnaire» se retrouve dans des écrits et des déclarations divers.
Citons, par exemple, celle du trublion de la sphère politico-médiatique, Jean-François Kahn qui, après avoir fait commerce du Centre pendant des années, a pu affirmer sérieusement, «Je ne me réclame pas du centrisme, ou alors du ‘centrisme révolutionnaire’. Pour moi, la vérité n’est jamais au milieu. Entre un résistant et un SS, elle est à 100 % du côté du résistant. Et de plus en plus souvent, la vérité n’est ni à droite, ni à gauche, ni au centre, elle est en avant… Il faut inventer autre chose, changer de logiciel».
On voit bien que Kahn mélange tout, diluant l’idée de Centrisme dans une sorte de milieu minable où le centriste serait celui qui ne prendrait jamais position, pire, qui estimerait qu’entre le bien et le mal, il y a égalité puisqu’il se situerait à équidistance des deux…
On passerait bien vite à autre chose s’il n’avait été recruté par François Bayrou et le Mouvement démocrate et qu’il devint même, pour peu de temps, député européen de la formation centriste.
Car le terme de «centrisme révolutionnaire» a été repris par Bayrou lors de la campagne présidentielle de 2007 comme l’écrivait alors le journaliste Charles Jaigu dans Le Figaro: «Citant le ‘centrisme révolutionnaire’ de son ami Jean-François Kahn, François Bayrou a décidé de rompre en visière avec ‘l'establishment’. Une stratégie que le député européen (UDF) Jean-Louis Bourlanges a baptisé ‘syndrome de la forêt de Sherwood’. ‘Tous ceux qui sont en délicatesse avec les autorités se retrouvent dans la forêt de Sherwood, emmenés par Bayrou-Robin des bois’, explique-t-il. En revanche, ceux qui ‘font allégeance au shérif de Nottingham sont exclus’».
Analysons maintenant le concept de «centrisme révolutionnaire» en nous attachant d’abord à la notion de «révolution».
Selon le dictionnaire Larousse il s’agit d’un «changement brusque et violent dans la structure politique et sociale d'un État, qui se produit quand un groupe se révolte contre les autorités en place, prend le pouvoir et réussit à le garder».
En fait, la révolution est liée à ce mouvement violent qui veut détruire l’ordre établi mais elle n’est pas ce mouvement.
La révolution n’existe vraiment a posteriori que si, après le renversement du vieil ordre, un nouveau émerge dans le temps grâce à cette violence.
Par ailleurs, l’idéal du révolutionnaire est de changer de monde.
Or, l’idéal du centriste est de changer le monde, une différence fondamentale.
Ce qui caractérise le Centrisme, c’est qu’il est un réformisme et un progressisme aux valeurs humanistes qui est à l’opposé même de l’idée de révolution.
Schématiquement, le réformiste veut changer la société, le révolutionnaire veut changer de société, en établir une totalement nouvelle.
Ce sont donc des projets politiques antinomiques même s’ils peuvent se rejoindre sur telle ou telle mesure, à la fois, réformiste et révolutionnaire, parce que progressiste.
Mais leurs buts finaux ne correspondent aucunement.
Pour le centriste, changer de monde est une utopie dangereuse qui aboutit, comme l’histoire nous l’apprend, à une destruction violente et meurtrière de l’ordre établi pour en mettre un nouveau à la place qui se révèle le plus souvent, autoritaire, voire dictatorial.
Les «révolutions» russe, chinoise ou iranienne du XX° siècle en sont une preuve éclatante.
De son côté, le réformisme est un pragmatisme qui reconnait le réel et s’attèle à travailler à partir de ce constat pour le changer en l’améliorant.
En tant que réformisme et progressisme, le Centrisme veut adapter la société démocratique et républicaine au réel et l’améliorer pour qu’elle soit plus performante économiquement, socialement, politiquement et sociétalement parlant et non la détruire.

Pourquoi donc ces expressions d’«extrême-centre» et de «centrisme révolutionnaire» sont parfois utilisées.
En parodiant un célèbre humoriste, on pourrait dire que certains veulent être plus centristes que centristes en se revendiquant de l’«extrême-centre».
D’autres, estimant sans doute que le Centrisme est un terme peu «sexy» et poussiéreux, veulent le rendre à la mode et «jeuniste» en lui accolant l’idée de révolution pour tenter de séduire un électorat particulier.
Mais, faisant cela, ils nient ce qui fait deux grandes spécificités du Centre: il est l’adversaire déterminé de l’extrémisme et de la révolution parce qu’ils voient en eux des dangers pour la démocratie et la république.

Il n’existe donc d’«extrême-centre» pas plus qu’il n’existe de «centrisme révolutionnaire».
Mais existe-t-il un centre «pur» qui serait gardien du dogme centriste?
Au niveau des valeurs et des principes, il y a bien un corpus centriste qui se situerait au centre du Centre en quelque sorte.
Cependant, ce corpus n’est pas figé dans sa vision politique et son action politique.
En cela, le Centrisme est une pensée ouverte.
En outre, au niveau de la pratique, il ne faut jamais oublier que le Centrisme est un pragmatisme et que le Centre est un lieu de rencontre de plusieurs courants politiques (libéralisme, démocratie-chrétienne, radicalisme, solidarisme pour les principaux) et que les centristes sont les défenseurs d’une pluralité d’intérêts par le principe même du juste équilibre, là où la Droite et la Gauche sont essentiellement des clientélismes qui défendent des intérêts particuliers et qui, souvent, utilisent des oppositions simplistes pour définir ceux qui sont «pour» et ceux qui son «contre» leurs idéologies respectives.


Etude du CREC sous la direction d’Alexandre Vatimbella

Dans la même collection:


samedi 23 avril 2016

L’Humeur du Centriste. Mais, bon sang, où est passée l’Alternative?!

Et pourtant, ils avaient l'air sérieux...
Rappelez-vous, c’était à l’automne 2013…
Une éternité en matière politique où les promesses ont une date de péremption la veille de leur annonce.
Jean-Louis Borloo et François Bayrou, respectivement président de l’UDI et président du Mouvement démocrate, fondaient en se congratulant, L’Alternative, cet objet politique non-identifiable qui devait être le premier jalon de la réunification du Centre.
Il ne fut, en réalité, même pas cette «organisation collaborative» (sic!) dont on cherche encore la signification et dont parlait Bayrou, mais un simple cartel électoral qui permit aux deux partis de ne pas se prendre une raclée lors des élections européennes  de 2014.
Une sorte d’attrape-nigaud en quelque sorte qui servit les visées électoralistes des deux formations.
Pas très politiquement éthique, tout ça.
Enfin, depuis, elle a complètement disparu des radars et son site internet ne répond même plus.
En revanche, personne n’a eu le courage d’aller effacer son existence, ou plutôt sa non-existence, sur Wikipédia qui présente encore ce machin politique comme «la troisième force politique en termes d’élus» (avec des chiffres obsolètes…).
«Troisième force politique», bigre, voilà un titre de gloire pour un «machin» comme dirait le Général qui n’existe même pas.
Mais c’est peut-être ça le secret des centristes.
Exister dans l’inexistence.
Comme être incontournables tout en étant très contournables.
Ou affirmer péremptoirement que les autres ne peuvent gagner sans vous alors que vous ne gagnez jamais sans les autres.
Ou encore se donner la mission de réunir les Français, tout en étant incapables de s’unir.
Et on en passe et des meilleurs.
Peut-être qu’ils représentent la première force politique du pays mais uniquement dans le subconscient des électeurs, pas dans la réalité des urnes.
Bien évidemment, pour tout (vrai) centriste qui se respecte cela est triste de voir tant de ridicule et de bêtise.
Ah! au fait, dans ce domaine, il y a, parait-il, une certaine Rama Yade qui se présente à l’élection présidentielle.
Pourquoi pas puisqu'on a entendu quelque part qu'un certain Jean Lassalle était également dans les starting-blocks.
Espérons que le ridicule et la bêtise ne deviennent pas une spécialité centriste.
Heureusement, en la matière, les partis centristes ont de multiples adversaires très compétents qui parviennent souvent à leur souffler la première place, ce qui est, avouons-le, une performance de choix.

Centristement votre.

Le Centriste



jeudi 21 avril 2016

Présidentielle 2017. Les «déçus» de Hollande vers Mélenchon, pas Bayrou

Mélenchon & Bayrou
Deux sondages viennent d’être publiés montrant, à la fois, la chute des intentions de vote en faveur de François Hollande, une stabilité, voire une baisse, de celles en faveur de François Bayrou et une hausse de celles de Jean-Luc Mélenchon, le tout dans un second tour où s’affronteraient le candidat LR quel qu’il soit (Juppé, Sarkozy, Fillon, Le Maire) et Marine Le Pen.
Ainsi, dans un sondage BVA pour la presse régionale, au premier tour, dans le cas de figure où s’affrontent Sarkozy, Hollande, Bayrou et Mélenchon, le premier obtient 22% des voix, le deuxième, 14%, le troisième et le quatrième, 12%.
Dans le cas de figure où s’affrontent Fillon, Hollande, Bayrou et Mélenchon, le premier obtient 21% des voix, le deuxième 14%, le troisième, 11% et le quatrième, 13%.
Dans le cas de figure où s’affrontent Bruno Le Maire, Hollande, Bayrou et Mélenchon, le premier obtient 18% des voix, le deuxième, 15%, le troisième, 11% et le quatrième, 13%.
Dans un sondage IFOP pour Paris Match, Sud radio et iTélé, pour chaque cas de figure (Sarkozy à 21%, Fillon à 21%, Le Maire à 20%), Hollande est à 16% alors que Bayrou ne devance Mélenchon qu’en cas de candidature Sarkozy (14% contre 12,5%) mais est devancé en cas de candidature de Fillon (12% contre 12,5%) ou de Le Maire (13% contre 13,5%)
Force est de constater que les «déçus» de François Hollande ne se recrutent pas dans la frange modérée qui a voté pour lui en 2012 mais dans celle des sympathisants d’une gauche socialiste voire plus radicale.
C’est donc «naturellement» qu’en délaissant Hollande, ils vont chez Mélenchon et pas chez Bayrou.
Un constat qui met à mal la thèse de François Bayrou qui espère, s’il se présente, récupérer les «déçus» des deux derniers présidents en poste.
Mais la partie de l’électorat de François Hollande qu’il pense pouvoir récupérer est celle qui est modérée et qui, pour l’instant, semble la plus fidèle au président de la république.
Et la partie de l’électorat qui a voté pour Nicolas Sarkozy en 2012 qu’il pense récupérer semble très limitée puisque, dans le cas de figure où Bayrou se voit opposer à Sarkozy, ce dernier obtient 22% des voix dans le sondage BVA et 21% dans le sondage IFOP, loin devant les scores du président du Mouvement démocrate.
Mais cela en est de même si le candidat LR est François Fillon ou Bruno Le Maire.
Il apparait donc que, pour l’instant, il n’existe pas de voie vers l’Elysée pour François Bayrou.
(Sondage BVA réalisé du 15 au 17 avril 2016 par internet auprès d’un échantillon de 949 personnes de plus de 18 ans représentatif de la population française / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points // Sondage IFOP réalisé les 12 au 14 avril 2016 par internet auprès d’un échantillon de 1876 personnes de plus de 18 ans représentatif de la population française / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points)

Alexandre Vatimbella


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mercredi 20 avril 2016

Présidentielle USA 2016. Clinton-Trump, la bataille des deux New York

Donald Trump & Hillary Clinton
Comme le titre le New York Times, «Donald Trump et Hillary Clinton ont gagné facilement à New York», ce qui devrait les mener sans problème vers l’élection présidentielle.
Les deux gros succès de Clinton (près de 58% des voix et plus de 63% pour la ville de New York) et de Trump (aux alentours de 60% des voix) aux primaires de cet Etat du Nord-est font d’eux, en effet, les grandissimes favoris pour représenter, l’une le Parti démocrate, l’autre le Parti républicain le 8 novembre prochain.
Même s’ils étaient déjà largement en tête de la course dans leurs partis respectifs, les deux Newyorkais (Trump est né dans la ville et Clinton en a été la sénatrice) ont vu leurs positions confortées, non seulement arithmétiquement mais politiquement.
Il n’y a aujourd’hui quasiment plus aucune chance à moins d’un séisme politique majeur, que Bernie Sanders puisse obtenir le nombre de délégués nécessaires à la Convention démocrate de Philadelphie pour être le représentant du parti à l’élection générale.
Du côte républicain, on savait depuis longtemps que ce serait très dur pour Ted Cruz de remonter son handicap et, d’ailleurs, les dirigeants du parti, la plupart opposés fermement à Trump, espèrent simplement que ce dernier ne puisse avoir le nombre de délégués requis pour être élu au premier tour à la Convention de Cleveland.
Ce qui pourrait permettre, lors des tours de scrutin suivants de voir se former une coalition majoritaire contre le natif du Queens pour lui barrer la route dans ce que l’on appelle une «contested convention» (que l’on peut traduire par convention «disputée» où aucun des prétendants ne pouvant obtenir la victoire dès le premier tour à la majorité ce qui permet aux délégués des différents candidats de voter pour qui ils veulent par la suite).
Mais si Clinton et Trump sont deux Newyorkais, ils sont les deux pendants de la personnalité complexe de la capitale économique et financière des Etats-Unis et de la mondialisation, cette métropole où le monde se donne rendez-vous depuis la fin du XIX° siècle.
Car s’ils sont les représentants assumés des «valeurs newyorkaises», honnies par l’extrême-droite – Ted Cruz en ayant fait un repoussoir pour sa campagne – pour qui la ville est celle du péché, «Sin city», au même titre que Las Vegas, ils ne défendent pourtant pas exactement les mêmes…
Cette différence entre une ville ouverte et tolérante défendue par Clinton et une ville à la dureté légendaire où fait constamment rage une compétition entre tous défendue par Trump sera, cette année, au cœur de la bataille pour la Maison blanche.
Ces deux New-York existent et s’entrechoquent constamment.
La ville de Clinton est aujourd’hui majoritaire comme l’est le Parti démocrate qui écrase le Parti républicain dans la Grosse pomme.
Cette alchimie improbable et, évidemment, très imparfaite, mais qui marche montre au reste du monde ainsi et surtout qu’au reste du pays comment l’on peut bâtir une Amérique du XXI° siècle, diverse et capable de relever tous les défis en s’unissant au-delà des différences grâce au fait que les Etats-Unis sont une idée, voire un idéal, avant d’être un pays.
La ville de Trump, celle du «struggle for life» (combat pour la vie) et du chacun pour soi, même si elle est minoritaire, est également dans l’ADN de New York depuis toujours avec ces vieilles familles assagies et ces nouveaux riches suffisants, ces entrepreneurs aux dents longues et ces financiers sans morale.
C’est le New York des Morgan, Vanderbilt, Rockefeller, Carnegie et bien d’autres dont… Trump.
Mais, comme pour ces deux facettes de New York, les lignes politiques de Clinton et de Trump offrent un mélange newyorkais original.
Ainsi, Hillary Clinton défend des valeurs «liberals» qui sont aussi celles d’une partie des classes supérieures de la ville qui vivent dans l’Upper East Side et Donald Trump défend une vision réactionnaire et protectionniste de l’Amérique que l’on peut trouver notamment dans ses classes moyennes inférieures comme, par exemple, dans le «borough» de Staten Island.
Mais Clinton représente aussi le centrisme d’une ville qui, si elle a élu le démocrate liberal Bill de Blasio comme maire en 2014, a souvent également choisi des démocrates et des républicains modérés comme Fiorelle LaGuardia ou Michael Bloomberg, se voulant toujours progressiste mais pas extrémiste.
Et, paradoxe avec ce que nous venons de voir, pendant que Trump défend bec et ongles les avantages et les privilèges des milliardaires de l’Upper East Side, Clinton est la préférée des communautés noires et hispaniques, en particulier dans les coins les plus pauvres du Bronx, de Harlem, de Brooklyn.
Quant à la tradition politique newyorkaise, elle se divise entre celle des personnalités fortes et aux grandes qualités dans la lignée des Theodore Roosevelt, seul président des Etats-Unis à être né à New York, Franklin Roosevelt ou Grover Cleveland et à laquelle se rattache Hillary Clinton, et celle des personnalités populistes et démagogiques, à la réputation parfois sulfureuse, comme le tristement célèbre William «boss» Tweed et à laquelle Donald Trump serait proche.
Quoi qu’il en soit, si duel Clinton-Trump il y a, il sera la revanche d’une mégalopole qui fascine toute l’Amérique mais qui a souvent été marginalisée pour sa personnalité trop sulfureuse.

Alexandre Vatimbella avec l’équipe du CREC


Présidentielle USA 2016

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mardi 19 avril 2016

Présidentielle 2017. Sondages: Bayrou entre 7% et 14%, Juppé super-favori

Alain Juppé & François Bayrou
Deux nouveaux sondages montrent une stabilité des intentions de vote en faveur de François Bayrou.
Dans le sondage TNS-SOFRES pour Le Figaro, LCI et RTL, le président du Mouvement démocrate obtient 12% des intentions de vote.
Dans le sondage IFOP pour Paris Match, Sud radio et iTélé, il obtient 7% des intentions de vote (candidature LR: Juppé), 12% (candidature LR: Fillon), 13% (candidature LR: Le Maire) et 14% (candidature LR: Sarkozy).
A noter qu’Alain Juppé obtient 34% des intentions de vote au cas où François Bayrou se présente contre lui et 37% si le président du MoDem n’est pas candidat.
En outre, dans tous les cas de figure, le candidat LR est qualifié pour le second tour, la candidature de Bayrou ne l’empêchant pas de battre François Hollande.
Dans le sondage TNS-SOFRES, François Bayrou arrive en cinquième position puisqu’il est devance pout la première fois par Jean-Luc Mélenchon (13% contre 12%).
Dans le sondage IFOP, il arrive en quatrième position (sauf s’il se présente contre Juppé, il est alors cinquième).
A chaque fois, il est devancé par François Hollande qui même s’il est en forte baisse et n’est plus capable d’être au second tour, se classe en troisième position.
Dans l’hypothèse où Manuel Valls serait le candidat du PS, François Bayrou obtiendrait 12,5% des intentions de vote.
Ces résultats confirment pour le leader du MoDem les scores qui lui sont attribués généralement par les enquêtes d’opinion à propos de la présidentielle.
Ils ne montrent pas, pour l’instant, de dynamique en sa faveur au cas où Alain Juppé ne serait pas candidat.
En revanche, les deux sondages montrent qu’Alain Juppé demeure le grandissime favori pour s’installer à l’Elysée en 2017.
Enfin, dans tous les cas de figurer, Marine Le Pen est au second tour.
Il faut toutefois noter quelques bizarreries dans ces deux sondages.
Ainsi, dans l’étude de TNS-SOFRES, si la candidature de Bayrou est proposée aux sondés dans le cas de la candidature de Sarkozy, ce n’est plus le cas dans les cas où le candidat LR serait Fillon ou Le Maire, sans que cela ne soit justifié puisque François Bayrou a rappelé que sa non-candidature à la présidentielle était uniquement liée à la présence du maire de Bordeaux.
De même dans l’étude IFOP, la candidature de Bayrou n’est pas proposée au sondés dans le cas de candidatures d’Emmanuel Macron, d’Arnaud Montebourg et de Nicolas Hulot parce que celle d’Alain Juppé est également proposée sauf que l’institut à tout de même proposé un cas de figure où Juppé et Bayrou s’affrontaient…
(Sondage TNS-SOFRES réalisé les 15 et 16 avril 2016 par internet auprès d’un échantillon de 1011 personnes de plus de 18 ans représentatif de la population française / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points // Sondage IFOP réalisé les 12 au 14 avril 2016 par internet auprès d’un échantillon de 1876 personnes de plus de 18 ans représentatif de la population française / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points)



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- Pour 65% des Français, Bayrou serait un mauvais président



lundi 18 avril 2016

Actualités du Centre. Le gros mensonge de Fillon sur Bayrou

François Bayrou & François Fillon
Dans une confidence au JDD, François Fillon avait affirmé que s’il gagnait la primaire de LR, François Bayrou, comme il l’avait fait pour Alain Juppé, lui aurait promis de le soutenir et de ne pas se présenter contre lui à la présidentielle.
Et même de rapporter les propos du président du Mouvement démocrate: «Si tu gagnes les primaires, je ne me présenterais pas contre toi».
Ce «scoop» du JDD n’en était pas un puisque dès sa parution, François Bayrou a déclaré, «Cette information est sans aucun fondement. Ma position n'a pas changé depuis 18 mois. J'ai indiqué que si Alain Juppé remportait cette primaire, je ne serai pas candidat et que je le soutiendrai. Cet engagement public est pris à l'égard d'Alain Juppé et d'aucun autre. Ce soutien tient à la fois à des liens de confiance anciens et à la position, très tôt exprimée par Alain Juppé, qu'il rechercherait, s'il était élu, la majorité la plus large possible en dehors d'approches exclusivement partisanes».
Et au cas où Juppé était battu à la primaire, Bayrou est tout aussi clair: «Je serais libre, y compris de me présenter pour proposer au pays un autre avenir que celui qui se dessine aujourd'hui».
Ce procédé utilisé par Fillon est indigne d’un homme politique qui brigue la présidence de la république.
Mais il n’est pas sans rappeler le coup tordu de Ted Cruz lors de la primaire républicaine de l’Iowa où il fit courir le bruit que Ben Carson allait sans doute se retirer de la compétition afin d’attirer à lui ses électeurs chrétiens extrémistes et l’emporter face à Donald Trump, ce qu’il fit, alors que tout ceci n’était que désinformation.
Pour se tirer de ce mauvais coup, l’équipe de campagne de François Fillon estime que ses propos ont été «surinterprétés» (sic) par le JDD.
Ce qui rappelle également l’explication de Cruz qui affirma qu’il avait appris la nouvelle sur CNN, un nouveau mensonge que la chaîne de télévision américaine démonta sans peine …
Fillon dans les pas de Cruz, extrémiste de droite républicain, après avoir affirmé qu’il voulait être le Margaret Thatcher (premier ministre néolibéral et ultraconservateur britannique) français, voilà qui n’est pas de bon augure pour obtenir le soutien des centristes…



dimanche 17 avril 2016

Une Semaine en Centrisme. Axe central, danger mortel pour les partis centristes?

L'axe central avec Valls, Macron, Bayrou, Lagarde & Juppé
Alors qu’ils devraient se féliciter de l’émergence d’un axe central où les réformistes de droite et les libéraux de gauche les rejoignent sur leurs positions, on constate que les partis centristes ressentent plutôt une grande peur que ces nouveaux venus ne les phagocytent avant de les avaler et de les faire disparaître dans une grande mouvance «centrale».
Car, oui, l’axe central devient de jour en jour une réalité même si elle ne l’est pour l’instant qu’au niveau d’une ligne politique et non de celui d’un regroupement dans une coalition ou dans un parti prêts à se présenter aux élections puis à gouverner ensemble.
Mais cette réalité profite surtout aux réformistes de droite avec Alain Juppé et aux libéraux et réformistes de gauche avec Emmanuel Macron et Manuel Valls.
Les voilà qui envahissent les Unes des quotidiens et des magazines, qui squattent les plateaux télé et les studios radio, sans parler aux multiples reportages audiovisuels qu’ils leur sont consacrés.
Surtout, ils caracolent en tête dans tous les sondages.
Alain Juppé avec sa «centralité» a, non seulement, séduit une majorité de Français en s’installant en tête de toutes les enquêtes d’opinion mais il fait un véritable tabac chez les sympathisants centristes, qu’ils soient du Mouvement démocrate ou de l’UDI.
Quant à Emmanuel Macron, avec son «ni gauche, ni droite», il suit de près le maire de Bordeaux dans le cœur de l’opinion publique.
Ainsi, dans le dernier sondage Odoxa pour BFMTV et Le Parisien, Juppé et Macron sont les deux seules personnalités politiques dont les Français estiment majoritairement qu’ils seraient de «bons» présidents de la république.
Seul centriste à tirer un peu son épingle du jeu dans les sondages, François Bayrou est constamment devancé par le duo, voire par Valls qui s’installent sans vergogne dans son espace politique en le marginalisant, pire, en le ringardisant.
Dès lors, il n’est pas étonnant de voir les leaders centristes monter au créneau, un peu tard, pour confier leurs doutes sur Juppé et Macron.
Comme Hervé Morin qui explique qu’Alain Juppé ne peut être le candidat du Centre à la présidentielle sinon à le faire disparaître.
Comme François Bayrou qui, se voyant piquer sa «centralité» par Juppé et son «ni gauche ni droite» par Macron, tout doucement éjecté de son rôle pivot du Centre par cette vague juppéiste-macronesque, se veut particulièrement critique sur l’initiative «En-marche» du ministre de l’Economie tout en rappelant constamment ses différences avec le maire de Bordeaux même s’il le soutient pour la primaire de LR.
Comme Jean-Christophe Lagarde qui, à chaque fois qu’il parle de Macron, c’est pour l’inviter à rejoindre l’UDI et non à lui proposer une alliance et qui se garde bien, dans le même temps, de dire s’il soutiendra Juppé en 2017.
Eh oui, les partis centristes et leurs dirigeants ont peur d’être délogés de l’espace au centre, voire de leur propre espace centriste par un Juppé qui leur rappelle pas forcément avec plaisir un Balladur ou un Macron et un Valls qui leur rappellent un Rocard…
Très concrètement l’axe central est capable de porter du tort aux partis centristes voire même un coup fatal, même si cette dernière hypothèse demeure encore largement fictionnelle.
La raison principale est que l’axe central, d’opportunité fantastique est devenu un danger terrible pour eux.
Et c’est majoritairement de leur faute.
Pourquoi?
Tout simplement parce que les partis centristes ont renoncé à occuper le terrain.
Ni l’UDI, ni le Mouvement démocrate n’ont décidé de présenter un candidat à la prochaine présidentielle, la reine des élections, la seule qui offre une exposition médiatico-politique aussi importante dans la durée et dans l’intensité.
Du coup, Juppé, Macron, Valls et pourquoi pas d’autres, ont pu investir l’espace au centre sans aucune difficulté
Le plus funeste étant que cela s’est fait avec l’aide des partis centristes qui n’ont pas vu venir le coup, mettant eux-mêmes le ver à l’intérieur du fruit en adoubant Juppé, en félicitant Macron et en encourageant Valls.
Disparation des partis centristes (évidemment pas du Centre comme pensée politique) ou renouveau de ceux-ci, de quel côté l’histoire penchera in fine, si elle doit pencher au cas l’axe central devienne pérenne et pas simplement un feu de paille, il est certes trop tôt pour le dire même si la dynamique ne semble guère être de leur côté.
Quoi de plus terrible serait que les partis centristes n’aient déjà plus leur destin en main avec comme seule alternative, soit de rallier un mouvement dont ils ne sont pas les initiateurs et encore moins les leaders, soit de disparaître du paysage politique.
Si l’axe central, d’opportunité fantastique se transformait pour eux en fossoyeur, voilà qui serait d’une ironie tragique, sachant qu’ils seraient un des instigateurs de leur propre ruine et que celle-ci proviendrait de leurs idées….

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC