jeudi 9 juin 2011

Une Semaine en Centrisme. Le Centre peut-il gagner la présidence du Sénat?


Le renouvellement d’un peu moins de la moitié des sénateurs (165 sur 348) dans un peut moins de quatre mois est très attendu par la classe politique. Les résultats  du scrutin du 25 septembre prochain pourraient être une indication intéressante sur le paysage politique de 2012 qui verra la tenue simultanée des élections présidentielle et législative.
La Gauche, fort de ses succès à répétition dans les élections locales, devrait les capitaliser en gagnant de nombreux sièges qui devrait lui permettre, selon de fortes probabilités, d’être majoritaire à la haute assemblée pour la première fois sous la V° République et d’assoir un des siens dans le siège de président de l’institution, ce qu’elle n’a pas réussi à faire depuis la présence du radical de centre-gauche Gaston Monnerville entre 1958 et 1968.
La Droite, elle, espère encore pouvoir endiguer la marée montante du Parti socialiste. Pour cela, comme l’a expliqué l’actuel président du Sénat, Gérard Larcher, elle se base sur la victoire moins forte qu’annoncée de la Gauche aux dernières régionales et, surtout, au fait que les grands électeurs qui élisent les sénateurs sont des notables qui votent souvent de manière beaucoup plus conservatrice que leur étiquette politique.
Mais la partie sera dure pour l’UMP. Le parti de Nicolas Sarkozy n’est déjà plus majoritaire au Palais du Luxembourg. Il doit compter sur l’apport des voix centristes pour faire passer les textes du gouvernement. Du coup, le Centre se sent pousser des ailes et croit en ses chances de remporter la bataille au nez et à la barbe de la Droite et de la Gauche.
Si l’on analyse le rapport des forces actuel, il semble que l’euphorie qui s’est emparée de certains sénateurs centristes - palpable dans les couloirs du Palais du Luxembourg- soit quelque peu exagérée. Même si l’on additionne les modérés qui se partagent dans différents groupes dans des mélanges parfois bizarres (mais qui permettent d’avoir un peu de pouvoir…), le Centre est loin d’être le favori.
Pour autant, il ne faut pas oublier que le Sénat a souvent eu à sa tête un homme du Centre ou, tout au moins, un modéré. Avant la prise de pouvoir par la Droite en 1998 avec Christian Poncelet puis, depuis 2008, avec Gérard Larcher, il faut se rappeler que la haute assemblée a eu comme président l’inusable Alain Poher (1968-1992) puis René Monory (1992-1998). Sans compter Gaston Monnerville cité plus haut.
En jouant sur le conservatisme et la modération d’un certain nombre d’élus à droite et à gauche, en réunissant tous les centristes dispersés dans plusieurs groupes et en jouant sur l’opposition entre l’UMP et le PS, le Centre pourrait donc avoir une chance.
Encore faut-il que les différentes chapelles centristes qui sévissent au Sénat parviennent à s’entendre sur un candidat alors que le groupe Union centriste, regroupant les élus Nouveau centre, Mouvement démocrate et Alliance centriste n’ont pas été capable de le faire lors de l’élection récente de leur président, François Zochetto de l’Alliance centriste. Celui-ci, en plus, n’était même pas soutenu par le président de son propre parti, Jean Arthuis (qui se voit en possible candidat à la présidence du Sénat, ce qui serait le couronnement de sa carrière) qui lui avait préféré un candidat Nouveau centre!
Néanmoins, dans la redistribution des cartes qui pourrait suivre l’élection de septembre, si le Centre sait bien jouer la partie, si les égos sont mis de côté et si les résultats lui sont favorables, il pourrait alors nourrir quelques espoirs.
Reste que, quel que soient les cas de figure, le Centre ne sera certainement pas majoritaire au Sénat à l’issu des prochaines élections. Alors, même si un des siens occupent le poste de président, il devra constamment composer soit avec la Droite, soit avec la Gauche. Sachant que le Nouveau centre ne veut pas travailler avec le Parti socialiste et que le Mouvement démocrate ne veut pas travailler avec l’UMP, cela promet d’intéressantes discussions animées entre les sénateurs centristes. Dans le calme poussiéreux du Palais du Luxembourg, voilà qui serait aussi une révolution…
Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC
Jean-Louis Pommery
Directeur des études du CREC