Soyons clairs, François Bayrou n’est pas plus mauvais premier ministre que Michel Barnier, le seul avec qui il peut être comparé réellement puisqu’il exerce ses fonctions dans la même situation politique et le même rapport des forces à l’Assemblée.
Le fait qu’il dure depuis plus longtemps que l’ancien commissaire européen ne dit pas grand-chose de ses qualités.
En revanche, il est parvenu à faire voter un Budget, ce qui était une performance non-négligeable au vu des stratégies électoralistes et du chaos des extrêmes ainsi que de l’échec de Barnier.
De même, on peut porter à son crédit d’avoir voulu que le Parlement retrouve un statut que lui donne la Constitution mais qui n’était plus guère celui qu’il avait dans les faits.
Bien sûr, il n’avait sans doute pas le choix, reste qu’il a choisi une voie que son prédécesseur n’avait pas voulu suivre en l’espèce.
Par ailleurs, il a pris à bras le corps la dette du pays en alertant les Français sur ses dangers et sur la nécessité de la réduire.
Enfin, il n’a pas été dans l’immobilisme comme veulent le faire croire les oppositions et une partie des médias.
Sans doute qu’il n’a pas été dans un volontarisme hyperactif mais la situation politique ne le permettait pas et les précédents, comme la présidence de Nicolas Sarkozy, montrent que ce n’est peut-être pas un défaut.
Pour autant, François Bayrou a échoué dans ce qui est son fonds de commerce depuis des années, unir les Français.
Sans parler des sondages où il est le premier ministre de la Ve république ayant la popularité la plus basse, il n’a pas convaincu ceux-ci de la nécessité d’une union nationale, son dada, face aux défis que rencontre le pays.
De même, il n’a pas réussi à unir l’ensemble des forces politiques démocrates, ni même celles l’axe central (qui va des sociaux-démocrates aux libéraux de droite) autour d’un projet de gouvernement.
Il faut dire que sa légitimité à occuper le poste de chef de gouvernement n’était pas évidente, lui qui est à la tête d’un parti qui doit son existence actuelle aux largesses d’Emmanuel Macron et dont les sondages montrent le peu d’appétence des Français quant à une nouvelle candidature de sa part à la prochaine présidentielle de 2027.
Enfin, il a surjoué sur deux tableaux, celui de laisser espérer à chacun de ses interlocuteurs qu’ils pouvaient espérer que leurs demandes seraient prises en compte et, surtout, celui de la dramatisation.
Or, si la situation du pays est difficile, s’il faut agir sur de nombreux plans comme la relance économique et évidemment sur le montant de la dette, elle n’est pas aussi catastrophique qu’il le répète sans cesse, ce qui n’est pas nouveau chez lui.
Depuis trente ans, il affirme que le pays va dans le mur à brève échéance, ce qui ne s’est pas produit.
Là, sa crédibilité a été écornée, non pas sur l’action à mener sur un rééquilibrage des comptes publics mais sur l’apocalypse qu’il promet au pays.
La question finale est: aurait-il pu faire mieux?
Au vu du paysage politique actuel et de la situation internationale, la réponse ne va pas de soi.
Néanmoins, son manque de charisme, son incapacité à persuader les Français de la justesse de son combat ne l’ont pas aidé sans sa tâche.
Et, subsidiairement, il est difficile de prétendre qu’un autre que lui aurait fait bien mieux si l’on considère que le profil de Bayrou semblait plus à même de permettre à un gouvernement de gouverner ad minima, en revanche, pas à créer un mouvement et une dynamique nécessaires pour s’imposer face aux déstabilisateurs professionnels de la démocratie que sont LFI et le RN.
Reste que le centriste n’est pas tombé dans les travers de la démagogie et du populisme et qu’il est un vrai démocrate, ce qui sont des qualités éminentes face à la montée des plus inquiétantes des extrêmes – que fera demain un premier ministre du RN ou sous la coupe de LFI? – et qui militent pour que son gouvernement obtienne la confiance de l’Assemblée afin qu’il puisse présenter un Budget où chacun camp se déterminera alors sur la direction du pays parce que c’est là qu’est la démocratie républicaine.
Nicolas Levé
Alexandre Vatimbella