samedi 11 novembre 2023

Actualités du Centre. Emmanuel Macron écrit aux Français pour rappeler que l’universalisme de la France ne tolère pas l’antisémitisme

Avant la manifestation du 12 novembre contre l’antisémitisme qui se déroulera à Paris en présence de la Première ministre, Elisabeth Borne, de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, et du président du Sénat, Gérard Larcher, le Président de la république a écrit à ses compatriotes pour leur rappeler que les valeurs universalistes de la France ne toléraient aucune stigmatisation, notamment celle des Français juifs.

Par ailleurs, il a rappelé qu’une vie est égale à une autre et que les Palestiniens ne devaient pas payer pour les terroristes du Hamas et leur barbarie, notamment lors de leur massacre de civils le 7 octobre dernier en Israël, ajoutant que cette organisation devait être éradiquée.

►Voici sa lettre:
Mes chers compatriotes,
L’attaque terroriste perpétrée le 7 octobre par le Hamas en Israël a suscité un effroi sans frontières. Mille deux cents personnes ont été assassinées avec une cruauté absolue. Quarante de nos compatriotes ont été victimes de la barbarie, huit sont portés disparus ou retenus en otage. Nous sommes tous meurtris. Tous aux côtés des familles. Tous mobilisés pour obtenir la libération de tous les otages.
À cette douleur de la Nation s’est ajoutée l’insupportable résurgence d’un antisémitisme débridé. Qu’il soit religieux, social, identitaire ou racial, l’antisémitisme est toujours tel que le présentait Émile Zola : odieux. En un mois, plus d’un millier d’actes antisémites ont été commis sur notre sol. Trois fois plus d’actes de haine contre nos compatriotes juifs en quelques semaines que pendant toute l’année passée.
Nos compatriotes juifs éprouvent dès lors une légitime angoisse. Peur d’emmener leurs enfants à l’école. Peur de rentrer seuls chez eux. Peur jusqu’à gommer leur nom pour se protéger. Comme si le chagrin ne suffisait pas, les voilà étreints par l’angoisse et la solitude. Comme si les sentiments passés transmis par leurs parents, leurs grands-parents ressurgissaient soudain.
Une France où nos concitoyens juifs ont peur n’est pas la France. Une France où des Français ont peur en raison de leur religion ou de leur origine n’est pas la France. Voilà pourquoi, au nom du peuple français, nos forces de sécurité intérieure comme nos magistrats sont mobilisés pour donner force à la loi. En un mois, des centaines d’arrestations ont été réalisées et des dizaines de procédures judiciaires ouvertes. Pour ramener l’antisémitisme à la seule place qui doit être la sienne : devant les tribunaux et derrière les barreaux. Pas de tolérance pour l’intolérable. Cette lutte contre l’antisémitisme ne doit jamais nous diviser ni jamais conduire à opposer certains de nos compatriotes à d’autres. Dans notre Histoire, l’antisémitisme fut toujours le prélude à d’autres haines et au racisme.
L’attaque terroriste du 7 octobre a entraîné une réponse armée d’Israël. Israël, je l’ai dit dès le premier jour, a le droit de se défendre. Il n’y a pas de « oui mais » : mettre hors d’état de nuire le Hamas est une nécessité. J’ai proposé une initiative internationale en ce sens. Cette défense doit s’accompagner de la reprise d’un dialogue politique et veiller à protéger les civils et les otages à Gaza qui ne sauraient payer du prix de leur vie la folie sanguinaire des terroristes. Voilà pourquoi la France s’est engagée pour bâtir une coalition humanitaire, dont la première réunion s’est tenue ce jeudi à Paris, au cours de laquelle nous avons appelé à une trêve humanitaire immédiate devant conduire à un cessez-le-feu.
Le dessein des terroristes est de créer partout des clivages pour nourrir les affrontements et le chaos. Nous ne tomberons pas dans ce piège. Nous sommes la Nation de l’universel. Un peuple qui n’a jamais rien cédé de ce principe simple, installé par la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen : une vie vaut une vie. Par-delà les origines, les parcours, les croyances, les choix. Nous voulons la justice, la paix et la sécurité pour le peuple d’Israël, pour le peuple palestinien et pour les États de la région. Nous voulons l’unité des Français.
Je vois donc comme un motif d’espérance les marches qui sont organisées pour la République, contre l’antisémitisme, pour la libération des otages et pour la paix. Elles exprimeront ce qui est l’essence-même du projet français : le refus de l’assignation à différence. La défense de l’universalisme. Cette idée fondamentale qu’il n’y a pas de communautés, seulement des citoyens égaux à des citoyens. Des vies qui valent d’autres vies. Ainsi parle la France dès qu’il s’agit de porter un message d’humanité. Et sur ce chemin, dans les moments que nous vivons, rien ne doit nous diviser. La France doit rester unie derrière ses valeurs, son universalisme, unie pour elle-même, pour porter son projet et œuvrer à la paix et la sécurité de tous au Proche-Orient.
En pensées et en actes.

 

 

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Assistons-nous à l’effondrement de la démocratie?

Il nous faut bien nous poser une question qui semblait émaner il n’y a pas si longtemps des pessimistes chroniques mais aussi des extrémistes vivant dans leur monde utopique: sommes-nous en train d’assister à l’effondrement de la démocratie?

Je ne dis pas au début de l’effondrement parce qu’en la matière l’Histoire nous a montré que tout pouvait aller très vite.

Mais ce qui est important c’est que cet effondrement que tous les démocrates ont toujours redouté sachant la fragilité du meilleur régime politique applicable à ce qu’est l’Humanité, est désormais possible et qu’il n’est pas un événement sorti tout à coup de nulle part.

Cela fait des années, depuis le début de ce troisième millénaire en gros, que la fragilisation de la démocratie sous les coups de boutoir de ses ennemis est un processus en marche constante.

Ainsi, les craintes et alarmes de nombre de gens autrefois posés nous disent que cette interrogation est maintenant bien installée dans la discussion et le débat politiques, non plus comme un exercice de style mais comme un constat face à la réalité du moment.

Comme le pire ne survient pas toujours, il faut également dire que tout n’est pas irréversible dans cette tendance à la disparition du régime démocratique.

Au-delà de cette touche d’optimisme, ce que l’on peut, en revanche, affirmer c’est que les signes se multiplient dans le sens négatif.

Evidemment dans nombre de régions du monde où la démocratie, parfois embryonnaire il est vrai, est en train de disparaître comme en Asie ou en Afrique sous la houlette de pays comme la Russie et la Chine qui veulent imposer leur nouvel ordre mondial où la liberté n’est pas comprise.

Néanmoins, le danger principal qui gangrène déjà les démocraties, ce sont les forces internes qui sont en train de saper méthodiquement tout l’édifice que nous avons construit depuis plus de 250 ans, en partant des Etats-Unis puis de la France, nous rappelant au passage que nous avons déjà assisté par le passé à son implosion dans plusieurs pays comme, bien sûr, l’Allemagne dans les années 1930.

La disparition quasi-totale de la démocratie dans nombre de pays comme la Russie mais aussi le recul manifeste dans d’autres comme la Hongrie, le Venezuela ou la Turquie, par exemple, ainsi que la prise du pouvoir par des partis autoritaires comme en Italie, en Slovaquie et, jusqu’à peu, en Pologne (on va voir,  cependant, comment va se passer la transition entre la droite radicale, battue, et le centre vainqueur aux dernières législatives) sans oublier les expériences comme Bolsonaro au Brésil et, bien sûr, Trump aux Etats-Unis qui risque, en plus, de se reproduire en 2024.

D’ailleurs, une victoire du populiste extrémiste, raciste, corrompu et menteur dans la plus vieille et plus puissante démocratie, serait un signe extrêmement puissant que le processus d’effondrement est en marche.

Déjà, dans les démocraties qui résistent aux extrémismes, on a assisté à un déplacement plus que préoccupant des lignes politiques des partis dits «de gouvernement» de droite et de gauche vers des positionnements proches, voire identiques, à ceux de leurs extrêmes et, par conséquent, un affaiblissement de l’axe central qui regroupe tous les partis qui vont de la droite libérale réformiste à la gauche social-démocrate en passant par le centre libéral social.

En France, l’alliance du PS et d’EELV avec LFI dans la Nupes en est un exemple emblématique mais il n’est pas le seul.

Dans les pays où deux partis principaux s’opposent pour le pouvoir, les ailes radicales gagnent inexorablement du terrain comme c’est le cas aux Etats-Unis où une majorité d’élus républicains est aujourd’hui extrémisée et où l’aile gauche du Parti démocrate se renforce.

Et dans le débat politique, ce sont de plus en plus de thèmes autrefois défendus uniquement pas les extrêmes qui s’imposent.

Comment expliquer ce possible effondrement qui guette la démocratie?

Les causes sont évidemment multiples mais l’une d’elle doit nous interpeler particulièrement, celle de la perversion des valeurs, principes et règles démocratiques par des individus et des groupes soit sciemment, soit par des comportements irresponsables.

Ainsi, la démocratie est, en partie, en train de mourir parce qu’elle a réalisé nombre de ses promesses mais que les peuples qui en ont été bénéficiaires ont été incapables de les utiliser de manière responsable et à bon escient.

Ce qui pose une question encore plus angoissante: le pari démocratique qui consiste à faire naître un citoyen libre et responsable, capable de faire des choix pour ses intérêts et ceux de la communauté dans laquelle il vit est-il voué à être éternellement perdant?

En tout cas, force est de constater qu’en 250 ans, nous n’avons pas réussi à le gagner…

 

 

La quotidienne centriste du 11 novembre 2023. La faute politique de Macron

En voulant être ailleurs ainsi que et d’un bord et de l’autre, Emmanuel Macron a commis au cours de ses mandats de président plusieurs anachronismes mais, plus grave, plusieurs fautes politiques.

Celle de ne pas se rendre à la manifestation contre l’antisémitisme, demain 12 novembre à Paris, en est une qui plus est, aggravée par son interview à la BBC – chaine qui refuse de qualifier de terroriste le Hamas – où il a «oublié» de dire que le massacre en cours à Gaza était de la responsabilité exclusive de ce même Hamas qui a lancé d’abord un massacre en Israël, connaissant les conséquences d’un tel acte terroriste, puis en obligeant les populations civiles palestiniennes à demeurer sur place pour servir de boucliers humains aux représailles d’Israël afin de susciter une indignation internationale.

On aurait cru, on aurait voulu, que le Président de la république française délivre évidemment un message humaniste en appelant à la protection des populations civiles, notamment à tous les enfants palestiniens otages du Hamas et qui meurent pour protéger des terroristes et servir leur ignoble cause.

Mais, dans une volonté quelque peu mégalomaniaque, le voilà qui réédite sa faute initiale – qu’il a corrigé depuis – lors de l’invasion de l’Ukraine par Poutine lorsqu’il a voulu être l’intermédiaire entre le tueur et sa victime, croyant que son «aura» parviendrait à amadouer le maître du Kremlin…

Du coup, sa condamnation de Poutine puis du Hamas se perdent dans cette volonté un peu pathétique de vouloir jouer ce rôle de faiseur de paix alors qu’il n’en a pas les moyens.

Non seulement il s’est fait rouler dans la farine par Poutine mais il sert aujourd’hui la propagande du Hamas.

Le tout dans une hubris gaullienne, oubliant qu’en la matière le général a commis, lui aussi, de lourdes fautes au nom d’une France fantasmée loin du réel et surtout loin de ses idéaux démocratiques.

Emmanuel Macron a tenté de justifier son absence en déclarant:
«Je n'ai jamais été à une manifestation, quelle qu'elle soit. Mais je serai avec vous par le cœur et par la pensée. Mon rôle est de bâtir l'unité de notre pays, d'être clair sur nos valeurs et de prendre des décisions. Je suis en action.»

Mais, justement, l'action est fait de gestes symboliques comme la présence à cette manifestation qui est un symbole de la défense et de l'unité du pays et des valeurs de la démocratie.

Espérons, puisque la manifestation aura lieu demain, qu’Emmanuel Macron s’y rendra en définitive pour tenter d’évacuer le même malaise que l’on avait ressenti avec son comportement lors du déclenchement de l’invasion de l’Ukraine.

 

 

[Retrouvez quotidiennement ce billet rédigé par l’équipe du CREC concernant l'actualité du jour]