mercredi 20 mai 2026

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. La démocratie malgré nous


La démocratie est-elle le meilleur système politique? Oui.

Sommes-nous à la hauteur de la démocratie? Non.

Méritons-nous la démocratie? Non.

Devons-nous alors supprimer la démocratie? Non.

Peut-on réellement faire vivre la démocratie? Peut-être.

Mériterons-nous un jour la démocratie? Il faut l’espérer.

Le «oui» et le «peut-être» sont les réponses-clés de ce petit mais crucial questionnaire.

Oui, bien sûr, la démocratie républicaine est le meilleur régime politique pour n’importe quelle société ou peuple, sans contestation aucune.

Et il est peut-être possible de la faire réellement fonctionner même si nous ne sommes pas actuellement à la hauteur de son projet et de ses valeurs, si nos comportements démontrent trop souvent que nous ne la méritons pas mais que donc, face à et malgré nos incapacités à l’établir parfaitement et profondément dans n’importe quel endroit de la communauté humaine mondiale, nous ne devons surtout pas la supprimer.

D’autant que cette suppression serait une forfaiture aux générations futures qui ont et auront toujours le droit de vouloir vivre dans un régime de liberté et d’égalité tout en éliminant toutes les imperfections petites et grandes de son fonctionnement concret mais aussi de nos comportements inadéquats.

Sans oublier que la liberté et l’égalité ne sont pas discutables mais font partie de la condition de l’humain et sont imprescriptibles même si elles sont si souvent bafouées à travers le monde.

Il faut bien comprendre que la démocratie n’est pas un accident de l’Histoire mais une évolution historique des sociétés humaines et que les valeurs humanistes qu’elle porte sont la base des droits fondamentaux qui s’attachent à tout humain et qu’aucune société même par le vote de son peuple n’est autorisée à supprimer.

Et même si elle venait à être dénaturée voire supprimée de la surface de la Terre, ce ne serait pas une fin définitive mais un de ces mouvements dont l’histoire de l’Humanité est remplie, c’est-à-dire un retour en arrière avant sa résurgence parce qu’elle est le meilleur système possible que nous pouvons mettre en place concrètement même s’il peut être envisagé, une fois qu’elle sera appliquée correctement, son approfondissement et son dépassement par un régime encore plus profondément ancré dans les valeurs humanistes et leur application effectives que celui que nous avons actuellement la capacité de faire fonctionner.

La démocratie malgré nous c’est affirmer que même si nous ne pouvons pas la faire vivre correctement actuellement, que même si nous n’en voulions plus, elle n’est pas optionnelle mais l’obligation cardinale de toute société au même titre qu’elle doit assurer à ses membres une bonne existence dans la sécurité.

Ce qui en fait le seul régime politique légitime.

Ayant dit cela, la tâche principale de toutes les personnes éprises de liberté, d’égalité et de respect de la dignité humaine, est de se faire les ambassadeurs du projet démocratique tout en demandant que celui-ci soit effectivement implémenté dans les sociétés qui se réclament de ses principes et de ses règles.

Pour y parvenir, nous devons dégager les moyens nécessaires afin de faire de chaque individu un véritable citoyen, celui qui est capable de prendre en main son existence et de réaliser son projet de vie tout en s’insérant dans une communauté où l’autre est son égal, c’est-à-dire où, à côté de ses droits inaliénables, il a des devoirs tout aussi impératifs.

En ce début de troisième millénaire, à un moment où la démocratie républicaine libérale est fragilisée constamment par ses ennemis, qu’ils viennent du dedans ou du dehors, devant l’apathie d’une partie des peuples libres, devant le renoncement de certains, la revitalisation du projet démocratique est non seulement indispensable mais urgent.

Mais, quoi qu’il arrive à la démocratie, celle reste et restera le seul régime qui respecte véritablement l’humain.

Elle sera donc toujours l’horizon indépassable de l’Humanité.