vendredi 25 août 2023

La quotidienne centriste du 25 août 2023. Trump et la tradition américaine du «bad boy» populaire

Aux Etats-Unis, on aime ceux qui défient l’autorité de l’Etat.

De Jesse James à Bonne and Clyde en passant par Billy the kid, Dillinger ou Al Capone, les outlaws, les hors-la-loi, ont été et pour certains demeurent des icônes populaires dont on célèbre la légende faite de faits d’armes enjolivés et d’une image quasi-angélique ou héroïque (portée souvent par Hollywood, voire les films consacrés à tous ceux que l’on vient de citer) qui ne correspond à rien de ce qu’ont été ces personnages violents attirés seulement avant tout par l’appât du gain.

La légende du Far-West a évidemment à voir avec cette tradition du «bad boy» populaire.

Mais pas seulement.

Pour un peuple d’immigrés dont les aïeuls se sont souvent confrontés à la loi du fait de leur pauvreté ou de démêlés divers et variés qui les ont obligé à partir de leur pays d’origine pour la grande traversée, on a une indulgence pour ce qui ne sont en réalité, le plus souvent, que des petits malfrats qui n’avaient aucun message particulier à délivrer, sauf peut-être Jesse James qui était un sudiste pur et dur qui n’avait pas accepté pas la défaite de la Guerre de sécession et l’abolition de l’esclavage…

C’est sans doute là qu’il faut trouver la popularité qui a touché Trump depuis de nombreuses années – bien avant qu’il se lance en politique, avec des affaires sulfureuses qui l’on conduit plusieurs fois à la faillite – et qui continue à le porter auprès d’une frange très importante de militants et d’électeurs du Parti républicain après son passage à la Maison blanche et sa tentative de coup d’Etat.

Sondages après sondages il demeure le favori des primaires républicaines et ce malgré les quatre inculpations avec 91 chefs d’accusation qui le touchent sans parler de son passage par la case prison hier dans le cadre d’une de ces inculpations pour une photo anthropométrique et la prise de ses empreintes.

Oui, Trump est un «bad boy» qu’une partie des Américains apprécient et que ses fans – c’est comme ça que l’on doit parler de ses soutiens fanatiques – adulent se gavant de sa légende et refusant la réalité de ce qu’il est.

Ce qui est assez paradoxal, néanmoins, c’est qu’il soit devenu une égérie du Parti républicain qui est à l’origine le parti de l’ordre et du conservatisme.

Et ce n’est pas seulement auprès des libertariens et des suprémacistes blancs d’extrême-droite – nouvelles composantes des républicains depuis la fin des années 1960 – qu’il est populaire mais auprès de beaucoup de ceux qui vénèrent les soi-disant valeurs américaines d’une version de droite du rêve américain où l’heureux élu a, non seulement, forgé sa réussite individuelle grâce à son talent et à sa persévérance mais contre l’establishment, contre les «autorités» fédérales, ennemies acharnées de la «liberté» (c’est-à-dire de s’émanciper des règles sociales présentées comme «socialistes» voire comme «communistes») par ces électeurs devenus trumpistes.

Tout cela n’augure évidemment rien de bon pour 2024 où à défaut de victoire – il semble qu’une grande majorité d’Américains ne veut absolument pas de Trump même si beaucoup d’entre eux sont réticents à voter pour Biden –, sa présence plus que probable en tant que candidat du Parti républicain sera une nouvelle gifle pour la démocratie américaine et la démocratie tout court.

On peut espérer deux choses qui ont toujours été fatales aux «bad boys».

La première, c’est leur outrance dans leur domaine d’activité – la violence pour les criminels, par exemple – qui a fini par lasser une grande partie de leurs fans.

Mais il est difficile de prévoir à quel moment il dépassera le seuil de l’acceptabilité.

La deuxième, c’est la condamnation par la justice car, celle-ci rendure par le peuple américain et en son nom, est le plus souvent la preuve ultime que leurs méfaits n’était pas une épopée du cinéma hollywoodien...

C’est d’ailleurs pourquoi les avocats de Trump tentent par tous les moyens de reporter les procès après l’élection de novembre 2024 et que les procureurs font tout pour que ceux-ci se tiennent entre maintenant et l’été prochain.

 

[Retrouvez quotidiennement ce billet rédigé par l’équipe du CREC concernant l'actualité du jour]

 

 

Une Semaine en Centrisme. Oui, le discours de Macron a évolué mais, oui, il demeure républicain et démocrate

Tout observateur avisé de la vie politique aura remarqué une évolution dans le discours d’Emmanuel Macron.

Les thèmes de la sécurité et de l’ordre sont nettement plus présents et prégnants.

De même que les devoirs des citoyens puisqu’il a même estimé qu’ils sont supérieurs à leurs droits ou, en tout cas, que ces derniers découlent de ceux-ci.

Il a développé une vision holiste où la société prend le pas sur l’individu alors même que, lors de sa campagne de 2017, il insistait fortement sur les trajectoires individuelles dont il voulait que la société soit le simple support en permettant à chacun de pouvoir être capable de bâtir son propre projet de vie.

On pourrait ainsi dire que dans la controverse chère à Benjamin Constant entre les anciens et les modernes, c’est la conception antique de la démocratie qui semble avoir ses préférences aujourd’hui face à la démocratie libérale.

Pour autant, il demeure républicain et démocrate – dans cet ordre – cependant peut-être plus un libéral social, la définition du centriste.

Au lieu d’être au centre de l’axe central, il se serait déporté à la fois sur la droite pour ce qui est d’une vision sécuritaire de la société et sur sa gauche pour l’interventionnisme de l’Etat.

Sans doute que son évolution vient des conséquences qu’il a tiré des différentes crises qu’il a dû affronter durant sa présidence et notamment celles des gilets jaunes, de la covid19, de la réforme des retraites et des émeutes urbaines où les comportements de leurs acteurs ont montré une autonomisation débridée et irresponsable qui est mortifère à terme pour la démocratie.

Dès lors, l’ordre démocratique selon lui ne peut tenir que si l’ordre républicain règne.

Les circonstances semblent lui donner raison mais cette observation l’éloigne d’une vision libérale de la société.

Ce qui permet à certains, à gauche, de prétendre qu’il a viré à droite et à d’autres, à droite, qu’il a viré à gauche!

Il existe donc encore un dose d’«en même temps» mais qui n’est plus fondamentalement d’essence centriste puisqu’il ne s’agit plus de réunir des opposés dans une médiété mais plutôt de les séparer dans des sphères d’interventions spécifiques.

Rassurons tout de même les centristes, il demeure compatible avec leurs valeurs humanistes.

En revanche, au lieu de se rapprocher d’eux comme on pouvait le penser lors du débat de son premier quinquennat, il s’en est plutôt éloigné.

Nicolas Levé et Alexandre Vatimbella