mercredi 27 janvier 2021

Vues du Centre. Selon la droite américaine, un président qui organise une attaque terroriste contre la démocratie ne doit pas être destitué!

Par Alexandre Vatimbella et Aris de Hesselin

Donald Trump

Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.          
Aris de Hesselin est un avocat international, centriste et un européen, défenseur d’une mondialisation humaniste.
Alexandre Vatimbella est le directeur du CREC.   

Après de nombreux politiques, journalistes et citoyens, la nouvelle cheffe de la police du Capitole, Yogananda Pittman, a défini l’envahissement du bâtiment qui abrite la Chambre des représentants et le Sénat comme une «attaque terroriste».

Mais il suffisait d’être devant son écran ce jour-là pour en être persuadé...

D’ailleurs, c’est ce que pense le chef des sénateurs républicains, Mitch McConnell qui l’a publiquement affirmé.

Cette attaque, on l’a vu de ses yeux vu et entendu avec ses oreilles bien ouvertes, a été organisée par Donald Trump qui a d’abord contesté sans relâche les résultats de la présidentielle puis réuni ses partisans devant la Maison blanche pour leur demander de  marcher vers le Capitole et d’exiger l’annulation de l’élection de Joe Biden, vainqueur incontestable, tant en voix qu’en nombre de délégués afin qu’il demeure au pouvoir.

Ceci, d’ailleurs, s’appelle une tentative de coup d’Etat!

D’autant que l’on sait que dans la foule haineuse et violente qui a pénétré dans le bâtiment, il y avait, outre des membres de groupes d’extrême-droite et de milices armées privées, des représentants des forces de l’ordre et qu’elle a bénéficié de complicité de membres de la police des lieux ainsi que d’un certain nombre d’élus républicains.

C’est donc bien une attaque terroriste contre la démocratie.

Eh bien, pour la majorité des élus républicains, un président qui l’organise ne doit pas être destitué…

Car, au moment où s’ouvre son procès devant le Sénat après qu’il ait été mis en accusation par la Chambre des représentants, 45 sénateurs républicains sur 50 ont tenté d’interdire sa tenue après que 197 représentants de ce parti avaient voté contre la demande de destitution, le 13 janvier dernier.

Ces chiffres disent à quel point le Parti républicain – fondé, entre autres, par Abraham Lincoln, un centriste dans l'âme qui estimait que la Guerre de sécession était avant tout une bataille essentielle pour que la démocratie, «le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple» puisse continuer à exister sur Terre (les Etats-Unis étant alors la seule démocratie au monde) – est devenu le lieu des populistes, radicaux et extrémistes.

Cela dit à quel point la démocratie américaine est gangrénée par ses ennemis.

Mais elle n’est pas la seule dans le monde à être fragilisée et mise en péril à l’intérieur même de ses frontières.

Refuser, d’abord, de mettre le principal instigateur de cette attaque terroriste en accusation puis d’organiser un procès et, comme on peut s’y attendre, de le déclarer coupable dans les jours à venir, faisant en sorte de l’innocenter d’un crime que tout le monde a pu voir en direct sur les chaînes d’information en continu, est une autre attaque inadmissible contre la démocratie dont on rappelle, en passant, que tous ses élus lui doivent leur siège…

Malheureusement, pour ceux qui s’intéressent à la politique intérieur des Etats-Unis, ce n’est guère une grande surprise même si c’est une triste constatation.

Déjà, l’année dernière et devant des preuves accablantes, les représentants et sénateurs républicains avaient refusé de destituer Trump lors d’une première procédure d’impeachment.

Pendant quatre ans, ces mêmes élus ont défendus le populiste démagogue qui était à la Maison blanche sans aucune réserve et quoi qu’il faisait ou disait.

Mais cela fait maintenant plus de vingt ans que le Parti républicain dérive lentement mais sûrement vers une formation de droite populiste et radicale qui compte dans ses rangs de plus en plus d’extrémistes au profil à la Ted Cruz ou à la Rand Paul et de couards à la Lindsay Graham, le tout sous la houlette de politiciens cyniques à l’image de Mitch McConnell.

C’est la raison pour laquelle un autre Trump, voire Trump lui-même, peuvent nourrir des espoirs d’un retour.

C’est la raison pour laquelle tous ces élus en portent déjà une responsabilité écrasante.

 

Alexandre Vatimbella & Aris de Hesselin