mercredi 1 avril 2020

Propos centristes. France – Spécial guerre contre le coronavirus: utilité du confinement, pas de pénurie alimentaire, appel à l’union nationale, mécanisme d’aide aux entreprises, reconstruire les souverainetés nationale et européenne, protection des salariés…


Voici une sélection, ce 1er avril 2020, des derniers propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France à propos de l’épidémie de coronavirus et de ses conséquences.

● Emmanuel Macron (Président de la République)
- Notre combat contre le COVID-19 ne serait pas possible sans l’engagement de femmes et d’hommes qui ne comptent pas leurs heures et qui, avec courage, sont là pour faire avancer le pays. C’est cette #FranceUnie qui nous permettra de gagner contre cet ennemi invisible.
- Il nous faut rebâtir notre souveraineté nationale et européenne. C’est ce que nous faisons en ce moment sur les produits de première nécessité pour cette crise et c’est ce que nous continuerons à faire le jour d'après.
- Chaque jour je vous vois vous engager. Ensemble, vous formez la #FranceUnie contre le COVID-19. Celle qui arrivera à le vaincre. Pour inspirer d'autres à suivre vos exemples, je partagerai vos initiatives solidaires.
- Il nous faut produire davantage sur notre sol. D’ici mi-mai, nos industries françaises auront produit 10 000 respirateurs.
- Il nous faut produire davantage sur notre sol. Avant la crise, nous produisions en France 3,3 millions de masques par semaine. Fin avril, nous serons à 15 millions par semaine. Et nous poursuivrons cet effort.
- Pour vaincre le COVID-19, la France est engagée dans un effort de production sans précédent. À Saint-Barthélemy-d’Anjou, avec les salariés de l’entreprise Kolmi-Hopen qui produisent des masques chirurgicaux et FFP2.

● Gouvernement
[Nota: dans ce gouvernement, certains membres ne sont pas centristes; nous retranscrivons cependant leurs propos en rapport avec leur fonction parce qu’ils font partie selon nos critères d’une équipe qui suit une politique globalement centriste]

Edouard Philippe (Premier ministre)
- La consommation des médicaments liés à la réanimation explose partout dans le monde. C’est pourquoi nous avons mis en place un plan d'approvisionnements nationaux: commandes groupées, influence de la diplomatie française, répartition dans les régions en fonction des besoins.
- Pour protéger nos soignants dans la durée face au virus, la mobilisation de l’État est totale. Un pont aérien est en place pour garantir l'acheminement de masques depuis la Chine : une première livraison de 8 millions de masques est arrivée cet après-midi, d'autres suivront.
- J’ai réuni les acteurs économiques, notamment pour m'assurer de la continuité de l’approvisionnement en biens et services essentiels aux Français. Merci à eux pour leur forte mobilisation, en particulier pour produire des masques, gels, respirateurs et médicaments.

Christophe Castaner (ministre de l’Intérieur)
- Le confinement ne doit pas réduire au silence les victimes de violences intrafamiliales. Nous agissons: partenariat avec l’Ordre des pharmaciens, appels d'initiative des forces de l'ordre, possibilité d'utiliser le 114 pour une alerte discrète par SMS.
- Vous êtes victime ou témoin de violences intrafamiliales? Pendant toute la durée du confinement, vous pouvez trouver de l’aide dans votre pharmacie de quartier.

Jean-Yves Le Drian (ministre des Affaires étrangères)
- C'est vrai que l'Europe est face à la croisée des chemins mais je n'ai pas le pessimisme que certains ont sur l’action européenne.
- L'État affrète de plus en plus de vols, y compris des vols intérieurs, pour ramener les Français le plus rapidement possible. Il restait hier soir environ 10.000 de nos compatriotes qui sont dans l'impossibilité de revenir.
- Nos expatriés sont plus de 3 millions dans le monde (...) Nous pensons que leur intérêt n'est pas de rentrer. Il vaut mieux qu'ils soient confinés chez eux plutôt que de venir en France
- La pandémie aura du retard en Afrique mais elle va y arriver. (...) Il faut l’aider par solidarité et par sécurité, car le risque majeur c'est l'effet boomerang, la deuxième vague.
- Merci aux 3 pays Allemagne, Suisse, Luxembourg d’accueillir dans leurs hôpitaux + de 100 patients en soins intensifs hospitalisés dans la région Grand Est très touchée par COVID19. Plus de 80 ont déjà été transférés.

Florence Parly (ministre des Armées)
- Entretien téléphonique avec mon homologue australienne. Nous avons échangé sur la situation dans le Pacifique Sud (notamment la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française), les moyens de nous épauler réciproquement dans la crise et de venir en aide aux autres pays de la région.
- Entretien avec Mark Esper, mon homologue améicain. Je lui ai témoigné notre solidarité dans le cadre de la crise que nous traversons. Nous avons échangé sur l’action de nos armées en soutien à la population, la continuité de nos opérations et la situation au Levant, notamment en Irak.
- Opération Résilience - Les rotations continuent, les Armées sont mobilisées pour nos concitoyens.
- J’adresse tout mon soutien à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris et au bataillon de marins-pompiers de Marseille, engagés en première ligne dans la lutte contre le Covid19. Votre mobilisation aux côtés des soignants est exemplaire. Merci de protéger les Français. À tous les gendarmes qui se mobilisent au quotidien contre le Covid-19, je veux dire mon respect et ma reconnaissance. Vous appartenez à la grande famille des militaires qui œuvre pour les Français.

Bruno Le Maire (ministre de l’Economie et des Finances)
- A la suite de très nombreux échanges avec les parlementaires et les organisations professionnelles, le gouvernement élargit dès le mois de mars l’accès au Fonds de solidarité : le seuil de perte de chiffre d'affaires passe de 70 à 50%. Pour rappel, l’aide est destinée aux TPE de moins de 10 salariés, aux indépendants, microentrepreneurs, professions libérales qui ont fait l’objet d’une fermeture administrative OU dont le chiffre d’affaires a baissé de 50% entre mars 2019 et mars 2020. L’aide est composée de 2 niveaux: jusqu’à 1500 € versés par l’Etat; pour les entreprises ayant le plus de difficultés, une aide complémentaire peut être obtenue auprès des régions.
- Nous sommes à un moment critique de la construction européenne. Soit l'Europe retrouve du sens politique et elle en sortira renforcée. Soit elle oublie sa vocation et elle disparaîtra.
- Maintenir l’activité à l’exportation de nos entreprises est vital. Le plan de soutien aux entreprises exportatrices que nous déployons aujourd'hui leur permettra de préserver leurs positions à l’international dans ce contexte difficile.
- Prêts garantis de l’État pour faire face à l’impact du Covid19: 21 000 entreprises ont déjà fait une demande de prêt pour un montant total de 3,8 milliards €. Ce dispositif correspond à la demande et aux besoins des entreprises.
- Le report des échéances fiscales et sociales et les prêts garantis par l’État seront interdits aux grandes entreprises qui versent des dividendes. Les rachats d’actions ne sont pas compatibles non plus avec le soutien de l’État.
- Le Fonds de solidarité, qui vient en aide aux TPE, indépendants, micro-entrepreneurs et professions libérales, sera maintenu tant que durera l’état d’urgence sanitaire. En avril, nous élargissons l'accès à ce Fonds : le seuil de perte de chiffre d'affaires passe de 70 à 50%.
- Reconnaissons tout ce que nous devons aux personnes qui travaillent : au personnel soignant mais aussi aux salariés de nombreux secteurs. Il y a toute une France du travail qui est digne, solide, courageuse. Elle mérite notre respect et notre reconnaissance.
- Beaucoup de choses ont été faites pour la sécurité sanitaire des routiers. S’il y a mieux à faire, nous le ferons. J’invite chacun à faire preuve de la plus grande solidarité vis-à-vis des routiers, notamment concernant leur accueil.
- Non, il n’y a pas de pénurie aujourd’hui dans les commerces alimentaires. S’il devait y en avoir une, je le dirai aux Français. Il y a des tensions sur certains produits mais pas de pénurie.

Elisabeth Borne (ministre de la Transition écologique et solidaire)
- Le jour d’après ne ressemblera pas au jour d’avant. Nous devons rebâtir notre souveraineté nationale et européenne. C’est ce que nous commençons à faire sur les produits de première nécessité, c’est ce que nous continuerons à faire le jour d’après.
- Les routiers sont essentiels au fonctionnement du pays et nous sommes mobilisés pour leur assurer de bonnes conditions de travail. Après avoir réouvert les aires de repos, nous définissons un guide de bonnes pratiques des protections à mettre en œuvre par leurs employeurs.
- Rotation des équipes, mise en place des gestes barrières : le secteur de l’eau s’est réorganisé pour protéger ses salariés et permettre au pays de continuer d’avoir accès à cette ressource vitale. Grâce à eux, nous bénéficions tous d’une eau parfaitement saine.

Jean-Michel Blanquer (ministre de l’Education)
- Consulter pour décider. Après les organisations syndicales et les fédérations de parents d’élèves avec qui nous échangeons par visioconférence, dialogue nourri et très utile avec les délégués à la vie lycéenne pour trouver ensemble la meilleure formule pour le Baccalauréat 2020.
- Le temps des vacances est un temps spécifique. Les élèves pourront: se reposer ; avoir des activités éducatives (lectures recommandées de livres, programmes radio #NationApprenante, musique) ;  bénéficier pour les plus en difficulté de soutien scolaire gratuit à distance.
- Le cyber harcèlement peut faire encore plus de ravages que d’habitude en cette période. Il peut y avoir aussi différentes formes de violences à l’intérieur d’une famille, comme la violence homophobe. Soyons tous attentifs et réactifs, fraternels.

Olivier Véran (ministre de la Solidarité et de la Santé)
- Selon une étude de l'Imperial college, une vie est sauvée toutes les 8 minutes en France grâce au confinement. Vous savez ce qu'il vous reste à faire: #RestezChezVous!
- L'effet du confinement, il est majeur. D'après cette étude anglaise, en 12 jours de confinement, ce sont 2500 vies qui ont déjà été épargnées dans notre pays. Toutes les 8 minutes nous sauvons une vie en restant chez nous.
- Notre système de santé est notre meilleure arme. Je souhaite que, comme les établissements, les professionnels de santé libéraux bénéficient d’un mécanisme de soutien financier. J’ai demandé à l’Assurance maladie d’évaluer les besoins pour une avance, régularisable après la crise. Ils peuvent bénéficier d’une avance s’ils le souhaitent et / ou demander à bénéficier d’un soutien financier a posteriori.
- Partout, hôpitaux publics et privés sont mobilisés. Dans les régions très touchées, nous montons les capacités d'accueil. Dans celles où le virus circule moins, nous transférons des malades et conservons des lits pour faire face à toute éventualité.

Didier Guillaume (ministre de l’Agriculture)
- Je peux vous dire maintenant qu'il n'y aura pas de pénurie alimentaire dans notre pays. (...) Je veux saluer les agriculteurs. Cette chaîne alimentaire, elle tient. Il n'y aura pas de pénurie alimentaire parce que la production est là.
- La chaîne alimentaire est solide grâce à tous ses maillons: agriculteurs, producteurs, entreprises agro-alimentaires PME TPE, commerces alimentaires de proximité, GMS. Mangeons français frais, poissons, fruits, légumes protéines, œufs, fromages, viande, lait et produits lactés.

Gérald Darmanin (ministre des Comptes publics)
- À l’exception des Direccte [des services déconcentrés du ministère du Travail, NDLR], c’est l’administration placée sous ma responsabilité qui a été chargée de monter et, aujourd’hui, de mettre en œuvre ce plan pour l’ensemble de l’économie française. Et je tiens à dire que je suis très fier de ces agents qui ne comptent ni leurs heures ni leur dévouement. Ils ont su répondre présent et je les en remercie profondément.507.000 entreprises de moins de 50 salariés ont demandé que leur échéance de paiement des cotisations sociales qui tombait le 15 mars soit reportée, ce qui est équivalent à 3,8 milliards d’euros de cotisations qui n’ont pas été prélevées sur les 9 milliards d’euros alors appelées. Ensuite, 100 % des travailleurs indépendants ont obtenu automatiquement le 20 mars le report de leurs cotisations, pour un montant de 250 millions d’euros. Et on attend ce que les entreprises de plus de 50 salariés, dont l’appel est prévu le 5 avril, vont décider. Ce n’est pas rien: on parle de 13 milliards d’euros de cotisations prévus à l’encaissement en début de semaine prochaine et j’espère que les entreprises qui pourront honorer cette échéance le feront. Enfin, pour les demandes de reports d’impôts, nous avons reçu, au 26 mars, 39 039 demandes qui ont obtenu 84 % de réponses positives, pour un montant de 2 milliards d’euros. Je précise que ces demandes de report, géographiquement, émanent essentiellement des territoires qui ont été les premiers, et sont aujourd’hui le plus touchés par la crise: le Grand Est, l’Île-de-France, les Hauts-de-France…
- Je constate le comportement citoyen de la très grande majorité des grandes entreprises. Certaines demandes de report sont justifiées. Il m’est arrivé cependant d’appeler les directeurs généraux de quelques-unes de ces entreprises pour échanger avec eux et vérifier s’ils ont vraiment besoin ou non d’une aide. Et s’il est justifié de prévoir un report ou un étalement, on en convient avec eux. Il faut bien comprendre que ces reports de charges ne sont pas des annulations, il faudra bien les payer à un moment ou un autre pour financer notre modèle social dont on perçoit pleinement l’utilité aujourd’hui. Ces reports ne sont que des facilités de paiement pour ceux, entreprises et indépendants, qui en ont le plus besoin aujourd’hui.
- La Direction générale des finances publiques (DGFiP) a monté en un temps record, moins de dix jours, un fonds d’urgence. Il est opérationnel à compter de ce mardi. Toute entreprise concernée (il faut, en substance, réaliser moins de 1 million d’euros de chiffre d’affaires par an et avoir subi une baisse d’activité de 70% en mars) doit remplir un formulaire extrêmement simple de demande d’aide (numéro de SIRET, RIB…) sur sa page personnelle du site impots.gouv.fr pour obtenir, sous 3 ou 4 jours, le versement de l’aide sur le compte de l’entreprise. Le deuxième étage du fonds de solidarité, avec une aide, au cas par cas, de 2000 euros, sera déployé courant avril par les régions.
- Je lance un grand appel à la solidarité nationale. Beaucoup de particuliers ou d’entreprises nous demandent comment participer et nous aider. Tous ceux qui le souhaitent pourront le faire prochainement, via une plateforme de dons que nous allons mettre en ligne. Pour ceux qui le peuvent, notamment pour les entreprises dont l’activité continue ou qui sont le moins affectées, c’est une façon d’apporter leur contribution à l’effort de solidarité de la nation envers ceux qui sont dans les situations économiques les plus difficiles.
- Le fonds de solidarité sera naturellement prorogé en avril et le seuil de baisse de chiffre d’affaires nécessaire pour en bénéficier va être abaissé de 70% à 50% pour prendre en compte ceux qui souffrent du prolongement du confinement.
- Nous ne sommes qu’au début d’une crise dont on ne connaît ni le coût ni la durée, et il est donc trop tôt pour anticiper des annulations de charges. Pour l’heure, l’État assume ces reports de trésorerie pour les entreprises et les indépendants qui en ont le plus besoin ; il en supporte le coût sans précédent, de manière solide et efficace. Mais il devra récupérer à terme ces recettes non perçues. On verra plus tard si, dans certains secteurs particulièrement impactés et pour certaines entreprises, il faut aller plus loin. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour.
- S’il faut reconduire les mesures de report, notamment pour les échéances sociales qui tombent entre le 15 et le 20 avril pour les entreprises de moins de 50 salariés, on le fera après avoir fait le bilan de ce premier mois. On n’y est pas encore… Il faut avoir conscience que le gros de l’effort de l’État vient des mesures de financement, là encore sans précédent, du chômage partiel pour lequel on a budgété 8,5 milliards d’euros. Cela représente une dépense nette qu’on ne récupérera pas mais c’est surtout un investissement pour ne pas perdre les compétences des salariés mis à l’arrêt et préparer les conditions du retour à la normale, quand la crise sera passée.
- Nous avons bâti ce PLFR [projet de loi de finances rectificatif] extrêmement vite sur la base des prévisions de la Commission européenne qui laissaient présager un recul pour la France de la croissance de 1% et un déficit de 3,9% en 2020. Le résultat sera sans doute plus négatif et il faudra probablement corriger le tir dans un nouveau PLFR. Ce PLFR sera également l’occasion de financer un plan de rebond pour la sortie de crise. L’Europe nous aide en ayant décidé de suspendre les règles du pacte de stabilité. Le programme de stabilité sur lequel nous travaillons et que nous enverrons à la fin du mois d’avril à Bruxelles en tiendra compte. Quoi qu’il en soit et d’après les premiers retours que l’on a, cette crise est bien plus forte que celle de 2008 et nécessitera des réponses, elles aussi, bien plus fortes.

Muriel Pénicaud (ministre du Travail)
- Produire en France pour lutter contre le COVID19: je salue l’initiative des PME du textile et des entreprises d’insertion et du handicap qui se mobilisent pour fabriquer des masques pour la protection des Français.
- Il n'est pas acceptable que les salariés aillent travailler la peur au ventre. Le dialogue social, plus que jamais, est essentiel dans cette période pour adapter l'organisation du travail et mettre en place les mesures de santé et sécurité pour les salariés.
- Chômage partiel : Nous exonérons de charges sociales et patronales (hors CSG- CRDS) les sommes versées au-delà des 84% pour les entreprises qui souhaitent maintenir intégralement la rémunération de leurs salariés.
- L’entreprise ne peut pas demander à un salarié placé en chômage partiel de travailler en même temps, y compris en télétravail: c'est illégal et sanctionné.

Julien Denormandie (ministre de la Ville et du Logement)
- Pour accompagner les Français dans l'impossibilité de payer leur loyer, l'Etat, les départements se mobilisent car des aides existent.
- En une semaine, plus de 5000 logements ont été mis à disposition des soignants via la plateforme #AppartSolidaire lancée avec Airbnb. Le Gouvernement est là pour aider celles et ceux qui vont au front, y compris pour leur trouver un logement.

Frédérique Vidal (ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’innovation)
Le gouvernement mobilisé pour apporter des réponses aux besoins les plus urgents des étudiants. Une aide financière sera accessible à tous les étudiants qui en ont besoin, notamment ceux qui, du fait du confinement, ont perdu un emploi étudiant ou un stage.

Adrien Taquet (secrétaire d’Etat à la Protection de l’enfance)
80% des femmes victimes de violences conjugales sont aussi des mères. Dans ces situations, l'enfant est toujours victime lui-aussi, des coups et/ou du traumatisme psychologique. Les pharmaciens sont également formés à recueillir le témoignage de violences sur enfant.

Amélie de Montchalin (secrétaire d’Etat aux Affaires européennes)
- La solidarité européenne est cruciale pour que nous puissions protéger tous les citoyens. C’est par la solidarité que nous arriverons à freiner le virus, à sauver des vies, à protéger nos économies.
- Avec l’Espagne, la France soutient la même ambition pour la relance européenne de nos pays durement touchés par le COVID19. Appel ce matin avec mon homologue Juan Gonzalez-Barba: ensemble pour une Europe pleinement solidaire aujourd’hui et demain.

Agnès Pannier-Runacher (secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances)
- L’industrie française mobilisée pour combattre le Covid19. Heureuse de voir aboutir l’initiative que nous avons lancée avec Air Liquide, Groupe PSA, Schneider Electric et Valéo pour relever le défi de produire 10.000 respirateurs de réanimation d’ici mi-mai.
- En cette période de crise, chacun peut apporter sa pierre à l’édifice pour lutter contre le virus. La mobilisation des entreprises d’insertion et des entreprises adaptées aux côtés d’autres acteurs de la filière textile fait la fierté de notre pays.
- Dans le contexte du moment il est essentiel que chacun fasse sa part (...) et c'est le cas des entreprises.
- Il faudra probablement mettre en place une réflexion sur la reconnaissance d'un état de catastrophe sanitaire.

Christelle Dubos (secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Solidarité et de la Santé)
En France, 5,5 millions de personnes bénéficient de l’aide alimentaire. Son maintien en cette période de crise épidémique n’est pas une option. Le gouvernement, en lien avec les associations, prend des mesures inédites pour que la solidarité perdure.

● LaREM
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne sont pas centristes et se considèrent de droite ou de gauche ne sont pas retranscrits]

Richard Ferrand (président de l’Assemblée nationale)
- Professionnels de santé, du secours, du soin, de l’aide, fonctionnaires, militaires, cheminots, transporteurs, livreurs, paysans, ouvriers, pêcheurs... Ils sauvent des vies ou s’exposent pour la collectivité. Plus que notre gratitude, je veux leur dire notre admiration.
- Je voudrais, au nom de la représentation nationale, saluer le courage et la mobilisation des habitants de notre pays, dans les heures difficiles que nous traversons. Le pays n’est pas à l’arrêt, la France lutte et surmontera cette épreuve.
- La loi d’urgence votée par 94% des députés prévoit un contrôle par le Parlement de l’état d’urgence sanitaire. Lorsque le Parlement donne son autorisation au gouvernement pour adopter toute mesure nécessaire pour faire face à une crise, il contrôle et vérifie la mise en œuvre des autorisations données. La confiance n’exclut pas le contrôle, et ce contrôle nourrit la confiance. Aussi vrai que le gouvernement doit être transparent, le Parlement se doit d’être exigeant. L’objet de cette mission est aussi la gestion de la crise dans tous ses aspects et la lutte contre le Covid19. Nous veillerons bien évidemment à ne pas entraver l’action des pouvoirs publics et des acteurs sanitaires, qui sont en première ligne. Mais pour autant, nous devons exercer notre travail de contrôle démocratique. (…) D’abord de s’assurer de la bonne application de l’état d’urgence sanitaire et de pouvoir échanger sur les mesures qui ont été prises. Le second temps sera celui de la résilience. Il s’agira de comprendre, d’établir la généalogie de cette crise. Nous tirerons des enseignements et formulerons des propositions pour qu’à l’avenir, notre pays soit mieux armé pour faire face à une crise sanitaire de cette ampleur. Un retour d’expérience solide pour garantir une sécurité sanitaire plus forte face à une pandémie mondiale. (…) Un ensemble de préconisations dont certaines pourront nécessiter des textes de loi. Nous mesurons tous qu’il y a des enjeux sanitaires, sociaux, économiques, de protection de notre industrie, de souveraineté, de sécurité alimentaire. Il y aura sans doute aussi des leçons à tirer sur la manière dont fonctionne l’enseignement à distance. Il faudra forcément remonter loin dans le temps, voir comment les choses se sont construites. C’est un vaste chantier qui incombe à l’Assemblée nationale. (…) La mission se dotera des pouvoirs d’une commission d’enquête quand nous aurons surmonté la crise. Ces prérogatives permettront de faire des contrôles sur pièce et sur place. Il sera aussi utile, à ce moment, de voir quelles réponses ont été apportées ailleurs en Europe, aux États-Unis ou sur d’autres continents. (…) Tous les présidents de commission et tous les présidents de groupe seront associés à cette mission. Cela permet à l’ensemble des sensibilités politiques d’être représentées au plus haut niveau et d’articuler ce travail avec celui des commissions. Cette organisation permettra de travailler dans l’unité et dans l’esprit de contrôle du Parlement. Cette mission sera d’ailleurs publique, diffusée en ligne, et les Français pourront constater par eux-mêmes la transparence de cet exercice démocratique. Je présiderai cette mission de manière exigeante. Dans le premier temps de la mission d’information, chaque président de commission sera corapporteur et j’assurerai la synthèse des travaux. Dans un second temps, dès lors que nous nous doterons des pouvoirs d’une commission d’enquête, le rapporteur général sera membre du principal groupe d’opposition, c’est-à-dire des Républicains, ce qui est une garantie supplémentaire. Il aura à ses côtés un corapporteur de la majorité.
- La «déchéance de rationalité» nous guette. Il faut dire tout ce que nous savons et ce que nous ne savons pas, pour citer le premier ministre. Plus l’inquiétude est grande, plus le doute s’installe. Notre mission est de faire la transparence, de partager toutes les complexités, de comprendre les décisions qui ont été prises ces quinze dernières années: aujourd’hui rien n’est caché. Ce qui inquiète aussi, ce sont les différentes appréciations au sein de la communauté scientifique face à l’émergence d’un nouveau virus. C’est par la solidarité nationale qu’on arrivera ensemble à surmonter cette terrible épreuve. Avançons ensemble dans l’humilité et en toute liberté. L’enjeu est de trouver des solutions, de formuler des propositions et non pas de traquer prioritairement je ne sais quelle responsabilité.
- Le premier ministre a plusieurs fois dit qu’il avait besoin du Parlement. La démocratie est vitale. Il est quand même normal, lorsque le Parlement donne son accord pour adopter toute mesure jugée nécessaire face à une crise, qu’il demande des explications sur l’action conduite par le gouvernement. Nous devons préserver notre démocratie au cœur de cette crise sans jamais gêner ceux qui agissent en première ligne.
- [Plusieurs plaintes ont été déposées contre des membres de l’exécutif] Dans un moment où nous sommes tous dans le devoir de donner le meilleur de nous-mêmes, je vois bien qu’un certain nombre d’individus ou de groupements veulent jouer les Fouquier-Tinville. Cela ne me paraît pas la priorité.

Stanislas Guerini (délégué général)
- Les personnalités politiques qui se prennent pour des médecins et appellent à l'utilisation massive de la chloroquine ne sont pas à la hauteur de la situation. Nous devons continuer les essais sans déroger à la méthode scientifique.
- Certains dans l'opposition sont dans une logique de procès politique contre le Gouvernement. Ce comportement est irresponsable.
- La réactivité du Gouvernement a été totale face COVID19. Il agit avec méthode : en transparence et en suivant les recommandations de la science.

Gilles Le Gendre (président du groupe à l’Assemblée nationale)
Le groupe LaREM se félicite de la décision annoncée par Bruno Le Maire élargissant le dispositif du Fonds de solidarité destiné à soulager la trésorerie des PME et des professions indépendantes : le seuil de perte de chiffre d'affaires passe désormais de 70 à 50%.

●MoDem
François Bayrou (président)
- La première mission des dirigeants démocratiques est de hiérarchiser les urgences. L’urgence absolue est à ralentir la propagation du virus et donc à toutes les mesures de confinement. C’est le seul moyen de préserver les capacités de nos hôpitaux, notamment en réanimation, et espérer l’arrivée à temps des autres armes, des dépistages en nombre, un traitement ou un vaccin. Cela, c’est l’urgence. Mais le confinement, à lui seul, ne vaincra pas le virus. Il y aura un jour d’après. Ce jour-là, et les semaines et les mois suivants, il nous faudra une stratégie de maîtrise sanitaire. Des tests en nombre suffisant pour distinguer ceux qui ont rencontré le virus, avec ou sans symptômes, et dont on peut penser qu’ils sont immunisés, ceux qui ne l’ont pas (encore) rencontré, et ceux qui sont contagieux. Pour chacun de ces groupes, il faudra une stratégie. Et de nouvelles conduites sociales pour que le pays puisse redémarrer. Et une stratégie internationale pour éviter de nouvelles explosions, je pense par exemple à l’Afrique!
- Devant tout événement imprévu et qui prend le visage d’une catastrophe, l’action publique, comme chacun d’entre nous, peut tâtonner. La communauté médicale et scientifique elle aussi a hésité. Au début de l’épidémie, tous les spécialistes, ou presque, indiquaient que ce n’était pas si grave. C’est pourquoi les polémiques dans des périodes comme celles-ci sont nuisibles et malvenues.
- L’union nationale doit s’imposer! Elle implique de remettre les polémiques à plus tard et de joindre nos forces dans le moment pour ralentir la contagion. Il sera temps ensuite de poser les questions sur la préparation, les précautions qui auraient dû être prises.
- En voyant la situation bouleversante de l’Italie, je voyais monter la marée de l’épidémie. Dès lors qu’on devait fermer les écoles, puis les bars et les restaurants, il était évident pour moi que la conclusion logique et immédiate ne pouvait être que le report des élections. C’était précisément l’avis du président de la République. Mais les oppositions ont poussé de hauts cris en criant au déni de démocratie. Le consensus nécessaire est devenu impossible et la décision n’a pas été prise.
- Nous sortons de décennies qui avaient de graves problèmes économiques et sociaux, mais n’avaient pas à affronter au sens propre les questions de vie ou de mort. Dans ces moments, les choses changent de nature. Les questions de vie ou de mort nécessitent une capacité de gravité personnelle. Les Romains disaient «gravitas». C’est cela qu’il nous faut réapprendre.
- Le risque d’explosion est réel. Je ne connais pas de crise sans secousses ni violences. Mais ce drame va changer notre perception du monde. On apprend que les frontières n’existent pas. Que nous sommes une seule humanité, menacée par une seule épidémie, et que notre mode d’organisation nous a rendus plus fragiles. Nous ne produisons pas nous-même les éléments de notre protection. Notre indépendance et notre sécurité collective sont mises en cause. Nous devons retrouver cette maîtrise, ce que je traduisais il y a des années par le «produire en France, produire en Europe».
- La crise que nous vivons ébranle en profondeur les piliers de notre vie en commun. Beaucoup pensent que très vite, on recommencera comme avant. Je n’en crois rien. L’après sera très long. Cette crise sera d’une gravité et d’une ampleur jamais rencontrées: crise sans précédent, économique, sociale, peut-être démocratique. L’axe de l’accélération constante des échanges internationaux va être évidemment remis en cause. La question du nouveau modèle se posera nécessairement. De cet énorme bouleversement doit sortir un nouveau monde. Dans ce monde, on devra lire à nouveau les principes qui nous font vivre ensemble, un certain idéal de justice et d’humanité.
- Il y a quelque chose qui a profondément changé. La dette était auparavant une dette nationale. Devant une telle catastrophe, elle va devenir inéluctablement une dette partagée. La Banque centrale européenne a pris la juste décision de racheter cette «dette de guerre». Et rien n’est plus juste que ce choix! Car aucun pays n’est responsable de ce qui est arrivé sur son sol! La solidarité s’impose, quoi qu’en pensent aujourd’hui les gouvernements allemand et néerlandais. Si cette solidarité ne jouait pas devant une telle catastrophe, l’Europe n’y survivrait pas.
- Je ne suis pas de ceux qui croient que «les scientifiques» doivent en tout point commander la décision politique. Leurs connaissances sont très utiles, mais la décision politique est d’un autre ordre. Ce qu’elle doit prendre en compte est plus large, plus subtil, l’histoire aussi bien que les ressorts symboliques des peuples.
- Si les démocraties ne savent pas entraîner les peuples, les convaincre que tout ce qui doit être fait est fait, et obtenir des résultats, alors les peuples peuvent se retourner contre la démocratie.
- La crise de 2008 avait pour cadre les banques et les journaux. En rien elle ne concernait la vie quotidienne, familiale. La crise de 2020, c’est le contraire. Les conséquences sont si lourdes que le statu quo sera impossible.

Patrick Mignola (président du groupe à l’Assemblée nationale)
Je salue le décision du gouvernement d’abaisser le seuil de l’aide aux indépendants à 50% de perte d’activité en mars. Tous sont concernés : TPE, professions libérales, micro-entrepreneurs.


lundi 30 mars 2020

Actualités du Centre. Covid19: Bayrou veut l’union nationale maintenant, un «nouveau modèle» après et craint pour la démocratie

François Bayrou
On l’avait peu entendu depuis sa mise en examen dans le cadre de l’affaire des attachés parlementaires européens et pratiquement pas depuis le début de l’épidémie de covid19.
Dans une interview au Figaro, François Bayrou détaille sa vision de la situation actuelle et ce qu’il pense de l’après-crise ainsi que de ses craintes vis-à-vis de la démocratie en regard de la capacité des gouvernements des pays où elle existe à gérer au mieux l’épidémie.
Face à cette dernière, il demande que sa fameuse union nationale – qui est devenue une de ses priorités depuis des années – «s’impose» comme l’ont réclamé plusieurs responsables du Mouvement démocrate qu’il préside ainsi que ceux de LaREM, mais il semble bien que les oppositions n’en veulent pas.
Il critique les polémiques venues de droite et de gauche, les estimant «malvenues» au moment où le pays doit se réunir mais estime que le débat sur la gestion de la crise devra avoir lieu une fois celle-ci derrière nous.
Par ailleurs, il estime qu’il faudra inventer un «nouveau modèle» après la crise tant au niveau national qu’international où «on devra lire à nouveau les principes qui nous font vivre ensemble, un certain idéal de justice et d’humanité».
Enfin, il craint que ce moment difficile puisse susciter des troubles et de la violence en parlant d’un «risque d’explosion» «réel»

► Voici les principaux passages de ses propos:
- Après une semaine de cacophonie, le premier ministre a tenté samedi de reprendre la main. Comment maintenir, dans cette période de grande tourmente, une unité de la parole publique?
La première mission des dirigeants démocratiques est de hiérarchiser les urgences. L’urgence absolue est à ralentir la propagation du virus et donc à toutes les mesures de confinement. C’est le seul moyen de préserver les capacités de nos hôpitaux, notamment en réanimation, et espérer l’arrivée à temps des autres armes, des dépistages en nombre, un traitement ou un vaccin. Cela, c’est l’urgence. Mais le confinement, à lui seul, ne vaincra pas le virus. Il y aura un jour d’après. Ce jour-là, et les semaines et les mois suivants, il nous faudra une stratégie de maîtrise sanitaire. Des tests en nombre suffisant pour distinguer ceux qui ont rencontré le virus, avec ou sans symptômes, et dont on peut penser qu’ils sont immunisés, ceux qui ne l’ont pas (encore) rencontré, et ceux qui sont contagieux. Pour chacun de ces groupes, il faudra une stratégie. Et de nouvelles conduites sociales pour que le pays puisse redémarrer. Et une stratégie internationale pour éviter de nouvelles explosions, je pense par exemple à l’Afrique!
- Avez-vous pris des dispositions particulières, à Pau, pour faire face à l’épidémie?
Le Sud-Ouest n’est pas encore atteint de plein fouet. Mais tout le monde se prépare à la vague. À Pau, nous avons travaillé en amont, fait beaucoup d’efforts pour trouver des masques, pour mettre en place un centre médical avancé, des services nouveaux pour la population en temps de confinement. Nous avons porté nos efforts sur les tests, car sans tests, on se bat en aveugles. Nous allons enfin pouvoir conduire plusieurs centaines de tests par jour.
- Vous évoquez les tests et les masques. Quel regard portez-vous sur la communication du gouvernement sur ces deux sujets majeurs?
Devant tout événement imprévu et qui prend le visage d’une catastrophe, l’action publique, comme chacun d’entre nous, peut tâtonner. La communauté médicale et scientifique elle aussi a hésité. Au début de l’épidémie, tous les spécialistes, ou presque, indiquaient que ce n’était pas si grave. C’est pourquoi les polémiques dans des périodes comme celles-ci sont nuisibles et malvenues.
- Le manque d’équipements ne vous a-t-il pas interrogé?
À Pau, nos équipes ont passé des journées à chercher, et à trouver des masques. L’incroyable est que nombre de masques étaient là, distribués en 2008, mais tout le monde, y compris l’État, les avait oubliés. Dans nos différentes institutions, nous en avons trouvé au moins 150.000. Ceci pose aussi la question de l’organisation de l’État, de son efficacité, de sa mémoire.
- Pourquoi n’y a-t-il pas d’union nationale du côté de la classe politique?
L’union nationale doit s’imposer! Elle implique de remettre les polémiques à plus tard et de joindre nos forces dans le moment pour ralentir la contagion. Il sera temps ensuite de poser les questions sur la préparation, les précautions qui auraient dû être prises.
- Pourquoi vous étiez-vous opposé à la tenue du premier tour des élections municipales?
En voyant la situation bouleversante de l’Italie, je voyais monter la marée de l’épidémie. Dès lors qu’on devait fermer les écoles, puis les bars et les restaurants, il était évident pour moi que la conclusion logique et immédiate ne pouvait être que le report des élections. C’était précisément l’avis du président de la République. Mais les oppositions ont poussé de hauts cris en criant au déni de démocratie. Le consensus nécessaire est devenu impossible et la décision n’a pas été prise.
- Le président doit-il rapidement s’exprimer pour esquisser la sortie de crise?
Lorsque les éléments de la sortie de crise seront définis, cette expression sera un moment important pour rassurer le pays.
- Quel regard portez-vous sur la parole de l’exécutif? Ne trouvez-vous pas qu’il y a eu des expressions désordonnées et parfois légères?
Nous sortons de décennies qui avaient de graves problèmes économiques et sociaux, mais n’avaient pas à affronter au sens propre les questions de vie ou de mort. Dans ces moments, les choses changent de nature. Les questions de vie ou de mort nécessitent une capacité de gravité personnelle. Les Romains disaient «gravitas». C’est cela qu’il nous faut réapprendre.
- Craignez-vous que cette crise n’élargisse un peu plus ces fractures, redoutez-vous une explosion du corps social?
Le risque d’explosion est réel. Je ne connais pas de crise sans secousses ni violences. Mais ce drame va changer notre perception du monde. On apprend que les frontières n’existent pas. Que nous sommes une seule humanité, menacée par une seule épidémie, et que notre mode d’organisation nous a rendus plus fragiles. Nous ne produisons pas nous-même les éléments de notre protection. Notre indépendance et notre sécurité collective sont mises en cause. Nous devons retrouver cette maîtrise, ce que je traduisais il y a des années par le «produire en France, produire en Europe».
- Comment imaginez-vous la France d’après?
La crise que nous vivons ébranle en profondeur les piliers de notre vie en commun. Beaucoup pensent que très vite, on recommencera comme avant. Je n’en crois rien. L’après sera très long. Cette crise sera d’une gravité et d’une ampleur jamais rencontrées: crise sans précédent, économique, sociale, peut-être démocratique. L’axe de l’accélération constante des échanges internationaux va être évidemment remis en cause. La question du nouveau modèle se posera nécessairement. De cet énorme bouleversement doit sortir un nouveau monde. Dans ce monde, on devra lire à nouveau les principes qui nous font vivre ensemble, un certain idéal de justice et d’humanité.
- Vous aviez fait campagne sur la dette, celle-ci va s’alourdir de façon considérable. Comment va-t-on payer le «quoi qu’il en coûte»?
Il y a quelque chose qui a profondément changé. La dette était auparavant une dette nationale. Devant une telle catastrophe, elle va devenir inéluctablement une dette partagée. La Banque centrale européenne a pris la juste décision de racheter cette «dette de guerre». Et rien n’est plus juste que ce choix! Car aucun pays n’est responsable de ce qui est arrivé sur son sol! La solidarité s’impose, quoi qu’en pensent aujourd’hui les gouvernements allemand et néerlandais. Si cette solidarité ne jouait pas devant une telle catastrophe, l’Europe n’y survivrait pas.
- Une personnalité du champ médical s’est imposée, le docteur Raoult. Quelle est votre position sur le recours à la chloroquine?
Comment écarter une piste thérapeutique qui apporte de l’espoir dès lors que la balance risques/chances est maîtrisée? L’administration de ces molécules, seules ou en association, entraîne-t-elle des risques supplémentaires? Il semble bien que non, puisque nous avons des décennies de recul sur l’usage quotidien et les effets de ce médicament. L’expérimentation doit donc continuer et les résultats trancheront.
- L’exécutif peut-il s’éloigner des recommandations scientifiques?
Je ne suis pas de ceux qui croient que «les scientifiques» doivent en tout point commander la décision politique. Leurs connaissances sont très utiles, mais la décision politique est d’un autre ordre. Ce qu’elle doit prendre en compte est plus large, plus subtil, l’histoire aussi bien que les ressorts symboliques des peuples.
- Vous identifiez un risque de crise démocratique. À quel niveau?
Si les démocraties ne savent pas entraîner les peuples, les convaincre que tout ce qui doit être fait est fait, et obtenir des résultats, alors les peuples peuvent se retourner contre la démocratie.
- Faut-il une vigilance particulière pour la sortie de crise? En 2008, on avait dit qu’il fallait tout changer et tout a repris comme avant…
La crise de 2008 avait pour cadre les banques et les journaux. En rien elle ne concernait la vie quotidienne, familiale. La crise de 2020, c’est le contraire. Les conséquences sont si lourdes que le statu quo sera impossible.