Comment faire confiance à l’information,
surtout aux supports qui la délivre.
Cette problématique ne date pas
d’aujourd’hui, ni d’hier mais de la création des premiers médias.
Un homme politique comme Thomas Jefferson, un des Pères
fondateurs et troisième président des Etats-Unis déclarait il y a plus de deux
cents ans, «notre liberté dépend de la
liberté de la presse, et elle ne saurait être limitée sans être perdue» et
il préférait «une presse sans gouvernement à un gouvernement sans presse».
Mais, dans le même temps, il affirmait qu’«un homme qui ne
lit jamais est plus cultivé qu'un homme qui ne lit que les journaux» et
ajoutait «dans la presse, seules les publicités disent la vérité»!
Et, in fine, désabusé, il écrivait:
«Je vais renoncer à lire les journaux. Ils sont tellement mensongers et
excessifs qu'ils troublent la tranquillité sans apporter d'informations.»
Toute l’histoire de la presse, notamment depuis la fin du 19e
siècle où l’on passe théoriquement d’une presse très majoritairement d’opinion
à une presse d’information où les faits sont plus importants que les
commentaires, est de savoir si ce que racontent les journalistes est vrai.
Aujourd’hui, où les médias «traditionnels» sont concurrencés
par les nouvelles formes de communication comme les réseaux sociaux, cette problématique
est au cœur même de l’information dont on rappelle qu’elle est indispensable au
citoyen d’une démocratie comme le dit fort justement Jefferson.
Mais comme il le note, la presse n’a jamais été capable de
remplir correctement cette mission.
Pour autant, il y a des médias qui essayent d’y parvenir,
d’autres non.
C’est dans ce cadre qu’une réflexion à cours chez tous les
professionnels de l’information mais aussi dans la société pour trouver une
solution qui permettrait de crédibiliser ceux qui font un travail de recherche
et de transmission de l’information en suivant les règles de la déontologie
journalistique.
Évoquant ce problème lors d’une rencontre avec des lecteurs
de la presse régionale, Emmanuel Macron a déclaré à propos de l’idée de
Reporters sans frontières de créer une labellisation en ce sens:
«C'est aussi un point important de qualité. Parce que si on laisse
l'espace informationnel de manière totalement indifférenciée, le lecteur est un
peu perdu, parce qu'il a l'impression parfois d'être dans un journal. Là, vous
garantissez que vos journalistes ont une déontologie, une méthodologie de
travail, et donc vont vérifier. Je dis ça, c'est important, parce que ce n'est
pas l'État qui doit vérifier. Si c'est l'État qui doit vérifier, ce n'est pas
mieux que le système où on vit aujourd'hui. Parce que là, ça devient une
dictature. Mais il faut que les journalistes garantissent à leurs lecteurs
qu'eux ont vérifiés avec une déontologie, dont ils sont les garants entre eux,
et une méthodologie qui est bâtie entre eux et garantie par des tiers, des
pairs. Ça, c'est très important, et ça, je pense, c'est clé, et c'est aussi
important que la différence entre le numérique et le physique.»
On a bien lu les propos du Président de la République.
Non seulement il ne parle pas d’un label qui serait délivré
par l’Etat mais il indique que si tel était le cas, on serait alors dans une
dictature.
Pourtant l’extrême-droite et la droite radicale, de Bruno
Retailleau à Marine Le Pen en passant par Eric Ciotti et Jordan Bardella, avec
l’aimable concours des médias Bolloré, est «vent debout» devant la soi-disant
volonté d’Emmanuel Macron de vouloir créer une «labellisation d’Etat», «un
ministère de la vérité» et parle d’une «dérive totalitaire», et d’une volonté «de
maîtriser l'information».
Et de lancer des pétitions pour la liberté de la presse!
Ce serait risible si le sujet n’était pas aussi important et
la déformation des propos du Président de la République aussi vulgaire.
Mais tout ce petit monde furibond qui joue l’indignation
jusqu’à l’écœurement en propageant une fake news, sont des admirateurs de Donald
Trump dont on voit quotidiennement la volonté de contrôler les médias, d’en
interdire certains et de demander la démission de tous les journalistes qui ne
sont pas d’accord avec lui après les avoir copieusement insultés.
Surtout, s’ils veulent voir ce qu’est une vraie
labellisation des «bons» médias, on ne saurait donc trop encourager ces
politiciens, soutiens sans faille du régime de Vladimir Poutine, de se rendre
en Russie où n’a droit de citer que la presse labellisée par le dictateur du
Kremlin.
Tant d’indécence nous rappelle ce qu’est l’extrême-droite et
ses proxys et pourquoi elle ne doit jamais parvenir au pouvoir.
Centristement votre.
Le Centriste