Certains pourraient y voir une tentative pathétique mâtinée de règlements de compte.
Le dernier livre de François Bayrou ainsi que les sorties médiatiques qui l’accompagnent ressemblent fort à un plaidoyer en sa faveur mais aussi à une réécriture de son histoire qui doit faire sourire, souvent jaune, nombre de ceux qui ont suivi ou accompagné son parcours politique.
Arrêtons-nous sur sa trouvaille dont il est particulièrement fier, le Parti TPMG, celui du «Tout Pour Ma Gueule».
Selon lui, la prochaine présidentielle avec sa pléthore de candidats démontre le narcissisme mégalomaniaque de tous ces politiciens qui ne pensent qu’à eux, leur gloire et leur carrière avant le pays, estimant, au passage, qu’on lui a beaucoup reproché à ne penser qu’à lui pendant toutes les années passées alors qu’il n’avait en tête que le sauvetage de la France.
Voici ce qu’il déclare:
«Si j'étais candidat que penseraient ceux qui vous écoutent? Que penseraient
les Français et les lecteurs? Ils penseraient que j'écris pour moi. Ils
penseraient que moi aussi je suis adhérent à ce parti dont j'ai trouvé le nom,
qui s'appelle le TPMG, "Tout pour ma gueule". Ils penseraient, les
Français, que c'est une déclaration de plus pour se mettre en valeur. Et c'est
ce dont je n'ai pas voulu.»
Un bien beau récit répété à chacune de ses interventions médiatiques… qui est une totale falsification de son parcours!
Tout dans celui-ci est la preuve qu’il n’a eu qu’une ambition, la sienne, celle de devenir président de la république.
Ce qui n’est pas en soi un défaut mais, en tout cas, c’est un échec qui lui colle à la peau.
Et ce n’est pas sa sagesse qui lui a fait comprendre qu’il ne le serait jamais mais les Français.
Ainsi, s’il n’est pas candidat à la prochaine présidentielle, ce n’est pas pour éviter le trop plein et respecter les Français mais parce qu’il n’a aucune chance d’être élu.
Si l’on reprend toutes ses déclarations entre 2022 – date de la réélection d’Emmanuel Macron pour un second mandant – et la fin de son passage à Matignon, il n’a cessé d’affirmer qu’il pourrait se présenter et que son âge n’était pas un handicap mais plutôt un avantage…
Quant au Parti TPMG, il fait immédiatement penser au MoDem qu’il a fondé en 2007 dont la seule mission était uniquement d’être un outil pour son obsession présidentielle.
C’est tellement vrai qu’en 2017, avant son ralliement forcé à Emmanuel Macron, le MoDem était exsangue et proche d’une disparition programmée.
Les historiens comme les politologues d’aujourd’hui ne seront pas dupes.
Tout comme ils seront très critiques sur son analyse de son bilan comme premier ministre dont il ne voit que des succès ou des entraves de ses adversaires à redresser le pays.
Surtout sur sa faute politique qui a été de provoquer l’Assemblée en demandant une confiance dont il n’avait alors pas besoin même s’il est vrai que se préparaient des motions de censure très dangereuses pour la survie de son gouvernement.
Néanmoins, comme l’a montré Sébastien Lecornu pour lequel il n’a pas beaucoup de bienveillance, le pire n’est jamais sûr en la matière.
Quant à ses mises en garde et ses prédictions que la France
va s’effondrer, Emmanuel Macron lui a répondu de manière indirecte hier soir lors
d’une interview sur France 2:
«La maladie que nous avons, c'est une forme de perte de confiance et de
considération pour nous-mêmes. Si la France n'a plus d'estime de soi, que
voulez-vous qu'elle fasse de grandes choses ? Et moi je vous le dis, qu'on
parle de notre diplomatie, qu'on parle de nos armées, de notre économie et que
qu'on parle de notre justice aussi et de nos forces de sécurité, nous sommes un
grand pays et il faut regarder nos échecs et nos insuffisances avec lucidité.
Faut tous ensemble se mettre dans le même effort pour les réparer. Mais faut
pas dès qu'on a un drame, dès qu'on a un problème, tous s'entredéchirer et dire
"On est foutu, on est à l'arrêt." Moi, je calcule plus le nombre d’émissions
qui disent qu'on est en train de périr. Au fond, ça fait des années qu'on
devrait déjà être mort. Non, on est un grand pays et on l'a encore montré ces
derniers jours et pas que de façade parce que c'est un grand pays qui peut
faire ce qu'on a fait et c'est les Françaises et les Français qui ont réussi.»
In fine, la question sur la place dans l’Histoire de François Bayrou est de se demander si son souhait n’est pas d’apparaître comme celui qui aura prédit la chute du pays et qui aura été un incompris.
En tout cas, c’est le sentiment qui prédomine avec la sortie de son nouveau livre.
Jean-Louis Pommery
