dimanche 14 juin 2009

Actualités – Liban – Pour Walid Joumblatt, le front centriste n’est pas sorti des urnes lors des législatives

Le bloc majoritaire pro-occidental au pouvoir depuis 2005 au Liban depuis le départ de l'armée syrienne après l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri, a conservé la majorité absolue à la Chambre des députés lors des élections législatives. Le camp pro-syrien emmené par le Hezbollah pro-iranien et ses alliés pro-syriens, la milice chiite Amal de Nabih Berri, président sortant de la Chambre et le Courant patriotique libre de l'ex-général chrétien Michel Aoun, ancien chef de l'armée, a reconnu sa défaite. Le bloc majoritaire est composé du Courant du futur (sunnite) de Saad Hariri, du Parti socialiste progressiste du leader druze Walid Joumblatt et de deux mouvements chrétiens, les Forces libanaises et le Parti phalangiste. Il a obtenu 71 des 128 sièges en jeu.

Voici des extraits d’une interview de Walid Joumblatt au quotidien Le Figaro après les élections dans lequel il estime que le front centriste évoqué par plusieurs hommes politiques n’est pas devenu une réalité politique.

LE FIGARO. - Votre camp, l'alliance du 14 Mars a remporté les législatives. Vous avez aussitôt appelé au dialogue, cela signifie-t-il que vous êtes favorable à un gouvernement d'union nationale ?
Walid JOUMBLATT. - Nous avons remporté une victoire importante, suffisante pour continuer dans un rapport de forces assez difficile le dialogue avec les autres parties. Car au-delà des slogans de campagne évoquant la coalition du 14 mars contre celle du 8 mars, en pratique, on s'est retrouvé avec d'un côté trois communautés - les sunnites, les druzes et les chrétiens, même si ces derniers sont divisés - et de l'autre côté, les chiites. C'est dangereux. D'où la nécessité de dialoguer. Je dois consulter mes alliés sur la question du gouvernement d'union nationale, mais je le pense inévitable, sans tomber toutefois dans le piège de la minorité de blocage qui a paralysé tout le pays. Il faut sortir de l'impasse politique et commencer à penser social, économie…

(…)

La perspective de la création d'un bloc centriste autour du président de la République a été évoquée pour casser la logique de bipolarisation extrême du pays. Cette option est-elle toujours d'actualité?
Le bloc centriste devait sortir des urnes. Cela ne s'est pas produit. Cela dit, les trois grandes communautés du pays peuvent tout à fait s'entendre pour élargir les pouvoirs du président sans toucher à la Constitution de Taëf. Chaque camp pourrait par exemple se désister en sa faveur d'un certain nombre de portefeuilles ministériels. Je suis favorable à une telle option.

Quelle influence le processus de détente régionale peut-il avoir sur le Liban ? Le discours d'Obama au Caire, en particulier, a-t-il joué un rôle dans le résultat du scrutin?
Ce discours était très beau, mais il n'a pas eu d'influence directe sur les élections libanaises ! Pour nous, la principale question est celle de la Palestine. Obama bénéficie d'une période de grâce de dix mois pour pouvoir débloquer ce qu'on appelle le processus de paix. S'il peut arrêter la colonisation et ensuite trouver une solution à ces colonies israéliennes, alors on est sur la bonne voie. Car la colonisation de la Cisjordanie est telle qu'il est presque impossible d'y ériger un État palestinien. À défaut, si l'on reprend des négociations pour les négociations, comme cela se passe depuis quinze ans, cela ne donnera rien. (…)