mardi 19 mai 2026

Propos centristes. France – Santé: nécessité d’une coopération mondiale / Mieux gérer l’eau / Assurer la sécurité au quotidien / Un Budget 2027 «de discipline républicaine» / Stratégie écologique / Nouvelle-Calédonie / Assurance chômage…


Voici une sélection, ce 19 mai 2026, des propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France.

► Emmanuel Macron (Président de la République)
> Face aux crises sanitaires, climatiques et géopolitiques qui s’entremêlent, l’Assemblée mondiale de la santé rappelle une évidence: la coopération est plus nécessaire que jamais. Ces dernières semaines encore, l’action collective a fait la différence. Je salue l’engagement de l’OMS dans l’évaluation des risques et la coordination de la réponse face à l’hantavirus et à ébola.

> Au Salon REuse ce matin, où nous avons tenu un Conseil de planification écologique, j’ai réaffirmé notre cap : la transition écologique est un combat pour notre indépendance, pour notre industrie et nos emplois, pour l’avenir. Continuer à extraire, produire, jeter : ce modèle nous fragilise. Dépendances industrielles, tensions sur les ressources, chaînes d’approvisionnement sous pression, ses limites sont désormais évidentes. La réponse est claire : faire du réemploi une priorité. La REuse economy structure cette dynamique à travers le réemploi, la réparation et le reconditionnement. C’est là que se joue une part de notre souveraineté économique et industrielle. Pour préserver la planète et atteindre nos objectifs climatiques, nous devons poursuivre ce que nous avons engagé depuis huit ans. Les émissions ont beaucoup baissé depuis 2017, continuons d’avancer sur le plan d’électrification, la lutte contre la pollution plastique, les investissements dans l’économie circulaire, la consigne et la planification territoriale. Derrière ces choix, il y a une ligne : faire de l’écologie un levier de puissance, au service de notre compétitivité et de notre souveraineté.

> [Propos introductifs lors du conseil de planification écologique (CPE)] Merci beaucoup d'être là. Je voulais qu'on puisse se réunir à l'occasion de ce salon sur l'économie circulaire et la réutilisation est une bonne illustration d'une partie des leviers d'action que nous avons et que nous avons encore en main, même si on les a activés par les lois des dernières années, dites AGEC et autres, qu'on puisse donc réunir un nouveau Conseil de la planification écologique, à la fois à quelques jours de l'ultime mise en consultation de la Stratégie nationale bas-carbone, et quelques semaines après la publication par le Gouvernement de la Programmation pluriannuelle de l'énergie, qui était tant attendue, et du plan électrification. La planification écologique, c'est l'engagement que j'avais pris devant les Françaises et les Français, c'est l'idée d'avoir justement auprès du Premier ministre, coordonnant l'action de beaucoup d'entre vous, une vision commune, et au fond de réconcilier, je dirais, plusieurs objectifs qu'on a trop souvent opposés artificiellement : le climat et la biodiversité, la souveraineté et la compétitivité.
Notre stratégie écologique et cette planification permettent véritablement de les réconcilier. Je veux dire qu'il n'y aura pas de compétitivité durable si elle ne touche pas les questions justement de souveraineté et d'écologie, et réciproquement. Ce triangle est à prendre comme un tout. On l'a vu ces trois dernières années, la dépendance aux énergies fossiles de l'Union européenne est une fragilité, on l'a vu au moment de la guerre d'agression russe en Ukraine. On le revoit aujourd'hui à Ormuz avec le blocage de ce détroit avec, à chaque fois, les mêmes ressorts, c’est-à-dire que nos dépendances aux hydrocarbures fossiles touchent évidemment beaucoup de chaînes d'activité : notre compétitivité, la compétitivité du pays, de plusieurs segments industriels. Notre dépendance aussi, par exemple, aux engrais et aux fertilisants non européens, à ces deux reprises, a aussi été touchée.
On voit, qu'il s'agisse donc des plastiques, des engrais, de la chimie lourde, nos dépendances ainsi se révéler. A côté de ça, je crois que ces dernières années, on a conforté et consolidé des choix énergétiques pertinents. On aura l'occasion d'y revenir, mais tout le travail qui a été fait, la stratégie de Belfort annoncée en février 2022, permet à la France, en ayant terminé aussi tous les travaux de grand carénage et de pouvoir utiliser quasi à plein potentiel le parc actuel, et en ayant décidé aussi de capacités nouvelles sur le plan à la fois renouvelable et nucléaire. Elle nous permet d'avoir l'un des mix les plus efficaces, d'avoir une politique de production énergétique qui est la bonne et qui nous permet d'aller dans le sens d'une réduction de notre dépendance aux fossiles et d'une amélioration de la facture énergétique. Notre ambition est claire avec la planification écologique, c'est de passer de plus de 60 % d'énergie fossile dans notre consommation à moins de 40 % en 2030. C'est atteignable, ce qui permettrait d'économiser entre 20 milliards et 40 milliards d'euros par an sur la balance commerciale.
Ça représente un point à deux points de PIB. Donc on ne parle pas d'une petite chose et c'est tout à fait faisable. C'est l'objectif de cette planification écologique qui permet donc de combiner une série d'objectifs, comme je viens de l'évoquer, à travers différents leviers. Si on regarde notre bilan des dernières années en matière d'émissions de gaz à effet de serre et de biodiversité, il est bon sur l'ensemble des deux quinquennats. Entre 2017 et 2023, on a réduit nos émissions d'au moins 20 %. La France, c'est grâce à son parc nucléaire, aux choix qui ont été faits, aux pratiques aussi de décarbonation, d'électrification, à la fois dans les usages dits de mobilité, comme sur nos sites industriels, ont commencé à donner leurs premiers effets. Entre 2017 et 2022, nous avons doublé le rythme de réduction des émissions par rapport à la période précédente. Nous sommes passés de 1 % à 2 % par an.
Entre 2022 et 2024, on a à nouveau doublé. On a été au-dessus des 4 % de réduction, ce qui est une très bonne chose. On a ainsi pu rattraper une bonne partie du retard qui nous avait été laissé et qui avait conduit à cette fameuse inaction climatique qui condamne la période, je le rappelle, 2015-2018. Pas du tout la période 2017-2022. On a été sur cette phase de reconquête qui est très bonne. On a repris en main notre destin énergétique avec des vrais résultats et qui sont l'illustration de ce que j'évoquais à l'instant, puisque nous sommes devenus en 2025 exportateurs d'électricité, là où en 2022, on importait parce qu'on n'utilisait pas à plein le parc, et qu'on était en fin de cette période de grand carénage. En 2025, on exporte 90 TWh, ce qui fait de nous non seulement un pays de production d'énergie décarbonée pilotable, mais un pays d'export.
Néanmoins, il faut être lucide, en 2024 et 2025, notre rythme de réduction des émissions a ralenti. Il ne faut pas le laisser s'installer. C'est pour moi l'un des objectifs aussi de ce Conseil. Il y a besoin d'un réveil, parce que les habitudes reprennent le dessus. Il y a beaucoup de secteurs qui sont là pour dire : « Ce n'est pas le moment, ne venez pas nous ennuyer ici, tout ça n'est pas bon », et qui, ce faisant, consolident nos dépendances. Partout où on ne change pas les habitudes, où il y a derrière des mauvais résultats, on construit la non-compétitivité de demain, les émissions d'aujourd'hui, et le manque de souveraineté. Il ne faut absolument pas renoncer à nos grands objectifs, sortir des énergies fossiles, électrifier les voitures comme les bus, les trains, etc., décarboner notre industrie, qui sont des nécessités, et qui d'ailleurs sont des nécessités nationales et européennes.
On a obtenu de vraies avancées au niveau européen depuis un an. L'Europe a suivi ce modèle français, et avec, là aussi, des principes simples qui ont irrigué notre action ces dernières années. Jamais d'objectifs irréalistes sans les moyens de les atteindre. C'est d'ailleurs pour ça que lorsque l’on a fixé des nouveaux objectifs en 2040, on a dit au niveau européen : « hors de question de les prendre si on ne prend pas les décisions pour se rendre capable de les obtenir ». Deuxièmement, une décarbonation au profit de nos industries. C’est totalement faux de dire que la voiture électrique, ce serait une histoire de bobo, etc., aller à Douai ou ailleurs expliquer que c'est une histoire de bobo. On a recréé de l'emploi industriel avec la décarbonation et l'électrification de notre parc véhicule. Là où, il y a 10 ans, il n'y avait pas une production en Europe de batteries électriques, on a des gigafactories, je prends toujours l'exemple, justement, de Douai. Je pourrais parler de Douai et de Maubeuge en même temps, mais on produit de la batterie électrique, maintenant, là-bas, on reproduit de la R5 électrique sur notre sol, et on produit la R4 à Maubeuge. On a montré qu'on pouvait réindustrialiser par ce levier.
Une politique de réciprocité, c'est aussi pour ça qu'on tient, dans tous les domaines du jeu, à ces fameuses clauses miroirs. C'est-à-dire que l'on veut que les acteurs avec lesquels on commerce aient les mêmes contraintes que celles que l'on se donne, parce qu'on pense qu'elles sont justes. C'est pourquoi, aussi, nous devons poursuivre nos efforts pour assurer ce maintien au niveau européen. Je pense à ces mécanismes dits ETS ou MACF, sans rentrer dans le détail ici, mais qui sont des vrais référentiels. Je pense aussi à la préférence européenne, qui réconcilie, encore une fois, compétitivité, souveraineté et climat. Ce combat européen est indissociable de celui qu'on a mené au niveau français. J'ai bien noté, ces dernières années, que l'écologie était devenue une cible facile, en particulier pour les extrêmes, et qu'elle est le théâtre d'opérations d'un populisme. Toutes les options, les actions qu'on a menées ont été prises sur la base de la science. Je pense qu'il faut continuer de le faire.
Partout où nous avons des questions, c'est la science qui doit éclairer nos choix. Ensuite, il y a une réalité qu'on ne peut pas nier, qu'il s'agisse du climat, de la biodiversité, mais aussi de notre compétitivité, il faut s'appuyer sur ce qu'on sait mesurer et ce qu'on a fait. A ce titre, nous devons continuer à avancer sur des enjeux très concrets. L'électrification, l'économie circulaire, l'accompagnement aussi des collectivités, la lutte, également contre la désinformation climatique. Ce salon, d'ailleurs, illustre très bien l'enjeu de tout cela. Il nous faut continuer à avancer sur ces sujets d'éco-conception et de réemploi, on le voit bien, en particulier sur le plastique. On va y venir dans nos débats. En accompagnant les collectivités qui souhaitent s'engager pour permettre l'atteinte de nos obligations européennes, après une concertation approfondie pour la mettre en œuvre.
Je rappelle qu'aujourd'hui, nous payons un milliard et demi d'euros parce qu'on ne respecte pas les normes européennes sur la consigne. S’il y a des ministères qui ont un milliard et demi d'euros en trop, il faut tout de suite le signaler. Si on pense que c'est un bon usage et de bons choix collectifs de dire : « La consigne, ça contrarie certains ou certains autres » et donc, il ne faut surtout pas y aller. Alors que des pays comme les Britanniques sont en train d'y aller à la marche forcée, que nous étions naguère en avance, expliquez aux gens que l'on a les moyens de payer chaque année un milliard et demi à l'Europe parce qu'on n'est pas au rendez-vous des obligations que l'on s’est données. C'est nous qui l'avons choisi, pour nous-mêmes, parce que c'est bon. Ce qui est montré dans le salon, on le montre très bien, d'ailleurs, ça réduit notre dépendance aux intrants et aux matières pour produire parce qu'on réutilise. On crée de l'emploi local, non délocalisable.
On recrée de la compétitivité sur certaines filières parce qu'on réduit aussi la volatilité des prix, parce qu'à chaque fois qu'on produit du consommable à usage unique, on dépend du prix des intrants. Si on a Ormuz de fermé pour trois ou quatre mois, le prix des intrants monte. Là où on fait de la réutilisation, on crée de la résilience, y compris sur ces prix. Je pense qu'il faut maintenant bouger. La consigne pourra faire partie des leviers d'action à étudier. Je demande au Gouvernement sous l'autorité du Premier ministre d'engager les concertations pour définir les actions concrètes qui nous permettront d'atteindre l'objectif de recyclage en 2030 et réunir à cette fin l'ensemble des acteurs de la filière pour identifier le chemin le plus réaliste pour y arriver. On sait qu'il y a des modèles variés, on sait qu'il y a des gens qui ont avancé. Il ne faut pas déstabiliser des filières qui se sont mises en place.
Je pense qu'il faut continuer à avancer là-dessus. Il faut continuer aussi à consolider notre bilan sur la réutilisation, sur la partie industrielle. La REP, on l'a longuement évoquée autour de ce salon et on y reviendra. Je pense qu'il faut défendre le bilan qui est le nôtre parce qu'il montre qu'il y a un chemin possible. Je pense qu'il ne faut pas désespérer les gens. Il faut sortir des oppositions stériles. Nous ne sommes pas confrontés, comme nation, à une forme d'alternative qui serait : « on ne change rien parce que tout peut continuer et il ne faut pas nous ennuyer » ou « il faut faire de la décroissance pour faire de la bonne écologie ». C'est faux. Il y a la possibilité, par le changement des pratiques avec les bonnes incitations, par de l'organisation collective, par de l'innovation, c'est aussi pour ça, c'est au cœur de France 2030, de ce qu'on a fait, par une construction cohérente nationale et européenne, il y a la possibilité d'avoir des résultats.
On l'a montré en passant d'1 % de réduction de nos émissions de CO₂ à 2 %, puis à plus de 4 %. Là, le petit repli que l'on a montre simplement qu'on rentre à la fois dans le dur, qu'il y a aussi des mauvaises habitudes qui ont parfois repris le dessus. Il est important de relancer les choses. L'objectif de ce Conseil de planification écologique est qu'on puisse faire un bilan un peu détaillé. Je propose qu'on le fasse dans le premier temps de nos échanges. Qu'on puisse ensuite faire un point sur le plan d'électrification, qui est essentiel. Le Premier ministre a eu raison, au-delà des aides de court terme pendant la crise, de relancer les choses sur ce volet. Que l'on puisse ensuite faire un point plus détaillé sur l'économie circulaire et le Plan plastique, que l'on finisse sur la planification territoriale, qui est évidemment un des leviers clés pour mettre tout cela en œuvre. Merci beaucoup.

> Le Québec et la France sont unis par bien plus qu’une langue : une histoire partagée, une proximité de cœur et des ambitions économiques fortes. Avec Christine Frechette, nous voulons donner un nouvel élan à cette relation singulière, en approfondissant notre coopération dans des secteurs stratégiques tels que l’intelligence artificielle, le quantique, l’aéronautique, les transports et les minerais critiques. Ensemble, faisons de cette relation unique une force d’avenir.

> La Suède a fait le choix de la frégate de défense et d'intervention de Naval Group pour moderniser sa marine. Je remercie la Suède et je mesure la confiance faite à la France. Après le choix fait par la France de se doter du Global Eye de Saab pour renouveler sa flotte d'avions radar Awacs, c'est une décision stratégique majeure, qui traduit la confiance mutuelle entre nos deux pays. Notre partenariat n’a en effet cessé de se renforcer ces dernières années jusqu’à la participation de la Suède à la dissuasion avancée. Une Europe forte et souveraine au sein de l'OTAN : voilà notre conception de notre défense et de notre sécurité commune. Elle se bâtit chaque jour.

 

► Sébastien Lecornu (Premier ministre)
[Nota: Nous faisons figurer Sébastien Lecornu dans cette liste alors qu’il n’est pas centriste mais appartient à l’aile droite de Renaissance, parti centriste/central et qu’il s’est toujours défini comme un homme de droite; c’est à ce titre que ses propos sont retranscrits ici et du fait qu’il a composé un gouvernement d’axe central.]
> Le Sénat vient d’adopter en deuxième lecture le projet de loi relatif à l’accord des partenaires sociaux sur l’assurance chômage. Nous avions fait le choix de respecter pleinement la démocratie sociale en laissant au Parlement toute sa place dans l’examen de cet accord conclu par les partenaires sociaux. Cette réforme permettra près d’1 milliard d’euros d’économies par an et favorisera environ 15 000 retours à l’emploi chaque année. Confiance désormais en l’Assemblée nationale, qui devra se prononcer le 26 mai prochain.

> Le Sénat a adopté ce soir, à une large majorité, la proposition de loi organique permettant l’inscription des natifs aujourd’hui exclus du corps électoral provincial en Nouvelle-Calédonie. C’est une bonne nouvelle. Le statu quo n’est souhaitable ni pour les Calédoniens, ni pour personne. Il faut avancer. Le Gouvernement a pris ses responsabilités et souhaite que le débat se poursuive. À l’Assemblée nationale de prendre les siennes.

> [Proposition de loi visant à intégrer les natifs dans le corps électoral provincial calédonien / Intervention au Sénat] Je reviens devant vous seulement quelques semaines après vous avoir présenté la vision du Gouvernement à l'occasion du projet de loi constitutionnel transposant l'Accord de Bougival. Le Sénat l'a discuté sereinement, il en a débattu sur le fond. Chaque groupe au sein de cet Hémicycle s'est exprimé, voire l'a amendé, et je dois le dire, amélioré. 
Je remercie le président Gérard Larcher pour son implication, non seulement institutionnelle mais aussi personnelle, de longue date sur ce dossier, car ce dossier doit nous unir. Et de la même manière que j'ai pu parfois regretter des divergences d'approche avec certains au sein de cet Hémicycle ou dans celui de l'Assemblée nationale, je vais vous souligner le sérieux et le courage de la Chambre haute sur ce dossier. Mesdames et Messieurs les sénatrices et sénateurs, en février dernier, je vous avais dit le rôle que je souhaitais porter à la tête du Gouvernement sur ce dossier, c'est-à-dire permettre un chemin de sortie politique durable, fidèle aux engagements pris et respectueux de toutes les sensibilités. Avec la ministre des Outre-mer, sous l'autorité du président de la République, nous y sommes astreints. Et dès le lendemain de l'adoption de la motion de rejet préalable à toute discussion sur le projet de loi constitutionnel par les députés, l'État, représenté par son Gouvernement comme il s'y était engagé, a réuni l'ensemble des signataires de l'Accord de Bougival, mais aussi les différents partis politiques calédoniens. 
Car l'État parle et doit parler avec toutes les formations politiques, car il est au service de toutes les Calédoniennes et de tous les Calédoniens. Nous avons donc ouvert un cycle de discussion avec chacune des parties, en bilatéral, mais aussi en multilatéral. Ce dialogue a permis d'avancer, il a permis d'éclaircir des points de fond, mais aussi de repousser quelques idées reçues, notamment sur le plan juridique. En tout cas, la clarté a été faite. 
Mais plus encore, ce dialogue a ouvert la voie pour sortir du statu quo. Et vous le savez comme moi, cette tentation du statu quo est facile. C'est même une pente naturelle pour de trop nombreux acteurs du dossier à ce moment précis de l'histoire calédonienne. C'est un mirage de stabilité et le statu quo n'est pas une mer calme, c'est une grande vague qui pointe au loin et se confond encore dans l'horizon. Car le statu quo ne donne au fond plus aucune perspective à personne. 
Je l'ai dit directement lors de mon adresse aux Calédoniennes et aux Calédoniens : le statu quo enferme, il ne peut être une base solide pour l'avenir. Il peut même être demain le ferment de la violence, et c'est une ombre qui ressurgit alors sur Le Caillou. Le statu quo ne répond aux aspirations de personne. C'est une fatalité, voire même peut-être une facilité. Je vous le dis avec gravité à ce moment précis de l'histoire de la Nouvelle-Calédonie, ce statu quo ne peut être un destin viable pour personne. 
Ni pour les indépendantistes, pour qui il condamne leurs aspirations, il bloque le processus de décolonisation, il éteint les perspectives dessinées par leurs anciens. Il ne l'est pas non plus pour les non-indépendantistes, il condamne la stabilité économique et donc sociale sur Le Caillou, il précipite vers le déclin sans apporter de réponse aux attentes de toutes celles et ceux qui vivent et qui sont attachés durablement à la Nouvelle-Calédonie et qui aspirent aussi à participer directement à sa vie démocratique. 
Enfin, le statu quo n'est certainement pas un destin pour l'État et cela vaut autant pour le pouvoir exécutif que pour le pouvoir législatif. Il nous condamnerait à entretenir une situation juridique fragile et porteuse de risques. Il conduirait inéluctablement l'État vers une faute devant la justice internationale et à la fin devant l'histoire. C'est ce que les signataires des accords avaient compris. C'est notre héritage. Il nous faut donc avancer. Mesdames et Messieurs les sénateurs, pour avancer, il a fallu repartir du travail réalisé grâce à l'implication des gouvernements successifs depuis quatre ans de travail, de dialogue et de négociation. C'est ce que nous avons fait au cours des dernières semaines. Cela a permis d'acter un principe clair, redonner la parole aux Calédoniennes et Calédoniens pour lever l'ombre de la violence et la remplacer par les lumières du vote et du débat démocratique. C'est une exigence qui fait consensus entre les partis. 
Dans un premier temps, les élections provinciales se tiendront. L'État les organisera le 28 juin prochain, avec toutes les garanties de neutralité et de sécurité nécessaires. Ces élections devront permettre aux partis et aux électeurs calédoniens de débattre de projets pour l'avenir économique, social, environnemental, industriel, mais aussi culturel ou éducatif pour le territoire. C'est ce débat qui a manqué depuis trop d'années, disons-le clairement, car la vie politique calédonienne était parfois trop enfermée dans les seuls débats politiques et institutionnels. Mesdames et Messieurs les sénateurs, pour la première fois depuis très longtemps, les partis ont pu, tout en constatant leur divergence d'approche, envisager différentes hypothèses d'une diminution du nombre d'exclus au sein du corps électoral provincial. Cette discussion était indispensable pour organiser sereinement ce scrutin. Toutes les propositions ont été discutées et chacun a envisagé différentes hypothèses d'une diminution du nombre d'exclus au sein de ce corps électoral provincial. Bien entendu, ces discussions sont sensibles, vous le savez, mais elles ont eu lieu avec transparence et, je le dis, beaucoup de respect. Je vous le disais là aussi, le statu quo n'est pas un destin. 
Et ces élections doivent marquer le refus précisément du statu quo qui peut s'installer. Et le refus de ce statu quo est la promesse pour chaque parti de poursuivre le dialogue au lendemain des élections provinciales. Ces élections ne doivent pas être un horizon indépassable pour les parties calédoniennes et encore moins pour l'État. Plus qu'une promesse, c'est désormais une garantie. Il nous a fallu collectivement dépasser l'horizon des seules élections provinciales et poser dès aujourd'hui les conditions d'un retour au dialogue au lendemain de celles-ci. Disons-le clairement là aussi, cela ne va pas de soi. Et c'est maintenant que les conditions de ce rendez-vous se définissent, sans quoi ensuite il sera trop tard. Et pour la première fois, en ce sens, l'État a donné en transparence les chiffres demandés par tous les acteurs depuis maintenant de nombreuses années. 37 492 citoyens français sont exclus de la liste électorale pour le scrutin provincial calédonien, dont 10 569 natifs et parmi ces natifs, 4 145 citoyens de statut civil coutumier. 
Mesdames et Messieurs les sénateurs, pour faire suite aux discussions avec l'ensemble des partis, le Gouvernement souhaite que les 10 569 natifs, aujourd'hui exclus, dans toutes les communes calédoniennes, soient inscrits d'office sur les listes électorales. Le Gouvernement sera attentif à ce que tous ces natifs, quel que soit leur statut civil, soient inscrits de la même manière sur les listes électorales. Ces natifs ont, en dépit de l'esprit initial des Accords de Matignon et de Nouméa, pu voter aux trois consultations référendaires, tout en se voyant pourtant exclus du corps électoral provincial. Reconnaissons-le, cela n'a aucun sens. 
Dans un deuxième temps, pour approcher le plus possible les conditions d'un compromis entre les parties, le Gouvernement a également proposé que les conjoints d'électeurs puissent également voter. Pour cela, ils devront faire une demande d'inscription, pourraient être concernés les conjoints de Calédoniens, unis depuis au moins 5 années et inscrits sur la liste électorale générale. Le Gouvernement proposera dans quelques instants un amendement en ce sens, comme il s'y était engagé auprès des partis pendant les discussions multilatérales menées. 
Le Gouvernement mène ce dialogue en transparence avec tous, à chaque parti aux accords, avec l'ensemble des Calédoniennes et des Calédoniens, et bien sûr avec vous, le Parlement. Ces chiffres sont désormais connus de tous. L'ajustement proposé est basé sur des critères objectifs. Cet ajustement est possible par voie organique, car il ne modifie pas les grands équilibres des Accords de Matignon et de Nouméa. Et pour vous répondre, Monsieur le sénateur Naturel, cette solution a été définie sur la base des analyses du Conseil d'État et plus généralement d'un travail mené par les équipes compétentes de l'État qui estiment que les effets de l'application prolongée dans le temps des Accords de Nouméa et l'évolution démographique amplifient les dérogations aux principes d'universalité et d'égalité du suffrage. Cela crée une distorsion grandissante au sein du corps électoral calédonien. Pour rappel, le nombre d'exclus du corps électoral représentait moins de 8 % des Calédoniens en 1998. Il représente aujourd'hui 17 %, soit un quasi-doublement. Ces règles étant consacrées largement par notre Constitution, depuis d'ailleurs la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, l'intervention du pouvoir constituant est un principe nécessaire pour les adapter afin de tenir compte de la situation présente et de son évolution, notamment démographique, je le disais, pour la composition de ce corps électoral. 
Toutefois, fort de ce constat, le Conseil d'État a admis qu'une modification du corps électoral était possible par voie organique. Il précise qu'elle ne doit avoir qu'un seul motif : tenir compte de la situation démographique pour atténuer les dérogations aux principes d'égalité et d'universalité du suffrage, excédant celles nécessaires à l'application de l'Accord de Nouméa. Sans passer par la voie constitutionnelle, il est alors loisible aux législateurs organiques de définir les contours de l'ajustement du corps électoral pertinent et strictement nécessaire. La solution proposée par le Gouvernement, on en rediscutera lors de la discussion de l'amendement, n'est donc pas une remise en cause du principe du gel, mais un aménagement destiné à corriger des situations particulières dans le respect de l'économie générale des accords. Ce compromis s'inscrit dans le cadre constitutionnel en vigueur et satisfait aux exigences dégagées par la jurisprudence du Conseil constitutionnel. Le Gouvernement emprunte donc la voie ouverte par le Conseil d'État qui admet certains ajustements par voie organique. Il convient donc désormais de traiter pendant les débats cette question sur le plan politique sans s'abriter inutilement derrière des arguments juridiques qui ne seraient pas les bons. Il en va là aussi du respect de l'état de droit et la question pour le coup mérite d'être discutée sur son opportunité politique et pas seulement sur une appréciation purement juridique. J'y reviendrai. 
Mesdames et messieurs les sénateurs et sénatrices, sénatrices et sénateurs, alors certes un compromis n'est pas un consensus. Les discussions qui ont réuni l'ensemble des parties autour de l'État au cours des 6 dernières semaines ont permis de définir le contour d'un compromis qui, par définition, ne satisfait totalement personne, puisqu'il est un point d'équilibre entre les aspirations des uns et celles des autres. De la même manière que l'Accord de Bougival, comme je l'avais exprimé à cette tribune, ne pouvait être l'Accord de tout le monde. Mais ne faisons pas semblant de découvrir, pour celles et ceux qui connaissent bien ce dossier, qu'il n'y avait pas d'unanimité non plus en 1988, ni non plus en 1998. Négocier un compromis demande du courage, ici d'ailleurs comme en Nouvelle-Calédonie. Il est sur Le Caillou, d'autant plus nécessaire qu'il est le socle d'un destin commun, la reconnaissance des tempéraments indispensables aux faits majoritaires et une réponse aux aspirations de chacune et chacun. La question d'un dégel du corps électoral ne pouvait pas faire l'objet d'un compromis. Elle a donc été écartée. Nous avons cherché une solution de compromis entre le statu quo et le dégel général. Un mois et demi de discussions ont permis de mettre deux hypothèses sur la table des négociations. 
La première, réduire le nombre d'exclus du corps électoral en incluant uniquement les natifs, ou la deuxième, réduire le nombre d'exclus du corps électoral en incluant les natifs et en vous proposant par amendement d'ajouter les conjoints. La première hypothèse n'est pas consensuelle. Les formations politiques non-indépendantistes y étant défavorables soulignent les 3 thèses de cette évolution. La seconde hypothèse n'est pas non plus consensuelle puisqu'elle ne répond pas totalement aux aspirations de tous et elle est refusée par une partie des formations politiques indépendantistes. Mais disons-le clairement, en mon âme et conscience, pour avoir mené avec la ministre de nombreuses heures de discussion, celle-ci, cette deuxième hypothèse, crée les conditions d'un compromis pour demain. Elle oblige chacun à se tenir disponible et présent dans les travaux du dialogue qui devront impérativement se tenir au lendemain des élections provinciales. Certains jugeront que c'est un pas insuffisant. D'autres diront que c'est un trop grand pas. Les discussions ont fait émerger ce fragile point d'équilibre. Ce n'est pas un consensus, mais une fois de plus, c'est le contour d'un compromis. 
C'est donc cette solution que le Gouvernement vous soumet. Non pas parce qu'elle correspond à nos convictions, je la garde d'ailleurs sur ce dossier particulièrement pour moi, mais parce que c'est un compromis fruit d'un dialogue qui n'avait plus eu lieu entre les parties à l'Accord de Nouméa depuis plus d'un an. Le Gouvernement a donc pris ses responsabilités, au Parlement bicaméral, nous tous représentant l'État dans ce dossier, de prendre les siennes. Il n'y a pas de mandat impératif, il n'y en a d'ailleurs jamais eu, y compris dans le passé, pour entériner les Accords de Nouméa ou de Matignon. Chaque groupe, chaque sénateur, sénatrice, défendra ses convictions et ses positions. Je vous demande simplement de prendre en compte, avec responsabilité mais aussi gravité, ce que les partis aux accords nous ont dit. Mais plus encore ce qu'elles ont sous-entendu pour la période qui s'ouvrira de juillet 2026 à l'élection présidentielle de 2027. Ce que nous faisons aujourd'hui, cet après-midi, c'est un petit pas, mais c'est aussi le début d'un chemin. L'histoire du dossier calédonien a toujours été d'avancer. Même quand le pas est petit, il faut s'engager sur un chemin pour la paix. 
Mais n'oublions ni l'histoire de ce dossier, ni le sens profond de ce qu'est une démocratie ; c'est-à-dire l'élection, l'égalité et l'universalité du suffrage. La République, je le crois, doit être défendue, y compris en Nouvelle-Calédonie et y compris au regard de notre histoire. Défendre ses convictions, c'est accepter de faire un pas l'un vers l'autre et de renoncer à une part de ses aspirations. Défendre ses convictions, c'est accepter d'avancer. Défendre ses convictions, ce n'est pas imposer sa seule vision. Le Gouvernement propose, avec humilité et respect, nous débattrons, vous voterez. Mesdames et Messieurs les sénatrices et sénateurs, le Gouvernement vous a donc saisi d'une proposition de loi organique, dont je salue l'auteur, le sénateur Georges Naturel, que je remercie pour le travail effectué. Le texte initial de la proposition de loi ne contient pas l'ensemble des propositions du Gouvernement. Nous en parlerons, là aussi, dans un instant, lors de la discussion des amendements. Cette proposition de loi, si vous le décidez, permettra alors d'inclure dans le corps électoral provincial les natifs et les conjoints des électeurs. Le Congrès de la Nouvelle-Calédonie s'est exprimé sur ce texte organique, vous l'avez rappelé Madame la rapporteure. Il a très largement soutenu le principe d'une réduction des exclus du corps électoral provincial. Le Gouvernement a suivi avec attention leur débat. Nombreux ont été ceux qui ont souligné qu'en 2018, à l'occasion de l'inscription des natifs dans le corps électoral référendaire, il n'y avait pas eu d'accord global, simplement une décision de bon sens, et j'ose le dire, d'humanité. La proposition du Gouvernement va donc dans ce sens pour accompagner et permettre la reprise du dialogue, pour poser le premier jalon du prochain consensus ou pour verrouiller Le Caillou dans un statu quo que plus personne ne peut sincèrement et réellement souhaiter, que tout le monde redoute, que personne n'assumera demain, qui serait alors inévitable, et nos travaux sont donc une étape décisive sur ce chemin du destin commun. 
Mesdames et Messieurs les sénateurs, les élections provinciales se tiendront. Une fois que les urnes auront parlé, le dialogue devra reprendre immédiatement. Tous les partis politiques calédoniens s'y sont engagés, à condition qu'un compromis équilibré permette aux élections provinciales de se tenir avec le moins d'exclus que par le passé. Le dialogue devra se poursuivre une fois la respiration démocratique des élections provinciales passées. Le dialogue devra se poursuivre avant la prochaine élection présidentielle, car rien ne serait pire que de laisser dériver le dossier, voire qu'il s'invite brutalement au cœur d'une campagne nationale. Nous avons donc cherché un compromis qui garantisse la présence de chacune des parties autour de la table dès le 29 juin. C'est aussi simple que cela. 
L'État tiendra sa parole après les élections provinciales comme il l'a toujours fait, quels qu'en soient les gouvernements, il sera là. Il continuera à faire des propositions. À ce moment viendra le temps du projet pour préparer l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Il débutera dès juillet et devra aboutir avant la fin de l'année. Il faudra sortir de la logique binaire, d'un simple oui ou d'un simple non, qui a réduit le débat politique à des sujets institutionnels et a condamné les Calédoniennes et les Calédoniens à un face-à-face. Cela n'était pas dans l'esprit des accords, mais c'est malheureusement ce qui s'est passé. L'État proposera des projets pour l'économie du Caillou, pour lutter contre les inégalités, pour donner un avenir à l'industrie du nickel, pour accompagner les politiques de santé, d'éducation, de culture, pour protéger la nature et les richesses du sol calédonien, pour s'adapter aux menaces que fait peser le réchauffement climatique sur le trait de côte, pour lutter contre les violences intrafamiliales et en particulier, on le sait, contre les femmes et contre les enfants. Bref, pour construire un destin pour toutes et tous, sans oublier bien sûr notre histoire et l'aspect mémoriel. Naturellement, le Parlement sera associé. Mais surtout, les Calédoniennes et les Calédoniens seront consultés sur ces projets. Le débat démocratique devra avoir lieu, des consultations de projets pourront être organisées. Le meilleur antidote à la violence, c'est la démocratie. C'est ce que nous a appris l'Accord de Nouméa. 
Désormais, le débat ne se réduira plus à un face-à-face, il portera sur un projet, des idées, un destin. Mesdames et Messieurs les sénateurs, s'agissant de la Nouvelle-Calédonie, le rôle du Gouvernement est clair : permettre un chemin de sortie politique durable, fidèle aux engagements pris et respectueux de toutes les sensibilités. Le moment que nous vivons impose une ligne de crête exigeante. Je le dis clairement, le passage en force serait une faute. Il raviverait les fractures et délégitimerait toute solution durable. Mais aux risques de me répéter, mais l'instant est grave, l'immobilisme serait tout aussi dangereux. Il prolongerait l'incertitude institutionnelle, fragiliserait l'économie et laisserait s'installer le doute sur la parole de l'État. Nous ne choisirons ni la brutalité, ni l'immobilisme. Le chemin est étroit, mais je le crois en conscience, il existe. En Nouvelle-Calédonie, chaque hésitation se paie en instabilité. Chaque imprécision nourrit la défiance. Avancer dans ces débats parlementaires, ce n'est pas contraindre. Avancer et débattre, ce n'est pas temporiser. Avancer et débattre, c'est tenir nos engagements, créer les conditions d'un vote incontestable et garantir que la République respecte sa parole. Je veux d'ailleurs remercier les deux présidents de Chambre pour leur engagement personnel constant et leur rapport au dialogue entre les Calédoniens. Il en est de même pour les deux Commissions des lois et les différents parlementaires investis sur ce sujet. Je tiens sincèrement, au-delà de toute forme de protocole, à vous en remercier. Il est évident que les solutions se trouvent au Parlement. Le Gouvernement a pris ses responsabilités. Mais l'État, ce n'est pas le seul gouvernement, c'est aussi le Parlement dans ce dossier. Les Calédoniens et les Calédoniennes nous regardent. Ils se sont déjà vus refuser un premier débat à l'Assemblée nationale avec l'adoption d'une motion en rejet préalable. Ils veulent avancer. À vous, à nous, de leur en donner les moyens. Je vous remercie.

 

► Gouvernement
● Ministres centristes/centraux
Laurent Nunez (ministre de l’Intérieur)

> Avec le projet de loi RIPOST, j’assume de soutenir un texte qui est un choc d’autorité pour renforcer les sanctions et envoyer ainsi un message clair aux auteurs de troubles comme des rodéos motorisés ou des raves parties interdites ou aux consommateurs de stupéfiants ! Ce texte constitue également un choc d’efficacité : il donne à nos forces de sécurité intérieure des moyens accrus pour agir et mieux protéger les Français.

> [Projet de loi RIPOST / Intervention au Sénat] Depuis 2017, nous avons investi massivement dans notre sécurité, faisant reculer la délinquance dans des domaines tels que les vols violents, avec ou sans armes, les vols de véhicules ou les cambriolages. En parallèle, le nombre de mis en cause pour usage et surtout trafic de stupéfiants a fortement augmenté. Je salue l'engagement sans faille de nos forces de sécurité intérieure, qui force mon admiration.
En dépit de ce recul sur des items décisifs, certains phénomènes ciblés s'accroissent, tant en milieu urbain que rural, profitant des angles morts de notre arsenal législatif et altérant l'ordre public, la tranquillité et la sécurité de nos concitoyens.
C'est le cas des rassemblements musicaux illégaux : il y a quinze jours, une rave-party rassemblait 20 000 personnes dans le Cher, sur un terrain militaire interdit, détériorant des parcelles agricoles en période critique de pousse.
C'est le cas des rodéos motorisés. Le 16 mai 2025, un gendarme de 24 ans était volontairement percuté à Neuves-Maisons, par un conducteur connu de la justice pour les mêmes faits. Le 1er septembre 2024, une fillette était fauchée à Vallauris. Il y a dix jours, un homme de 79 ans était mortellement percuté à Avignon.
Le Gouvernement soutiendra la plupart des recommandations formulées par les sénateurs Josende, Florennes et Bourgi dans leur rapport sur les rodéos et raves-parties.

C'est encore le cas de l'usage détourné du protoxyde d'azote, mis en évidence par les travaux des sénateurs Laouedj et Canalès. La mort de Mathis, 19 ans, percuté à Lille par un chauffard sous protoxyde d'azote, n'est pas un cas isolé : les affaires judiciaires mentionnant son usage ont augmenté de 76 % entre 2023 et 2025.
L'usage détourné des mortiers d'artifice constitue 15 % des faits de violences urbaines depuis janvier 2025. Lors de la récente qualification du PSG en finale de la Ligue des champions, une personne a été gravement blessée à la main. J'étais préfet de police lors de la victoire du PSG il y a un an, qui avait donné lieu à des tirs de mortier tendus contre les forces de l'ordre, et n'ai rien oublié des violences qui entourent régulièrement les rencontres sportives.
D'autres phénomènes nourrissent le désordre public et l'exaspération de nos concitoyens, de la consommation de stupéfiants en bas de leur immeuble au maintien de squatteurs dans leur meublé de location.
Il était urgent d'apporter des réponses d'autorité à ces phénomènes bien identifiés par les Français, les forces de l'ordre et les élus.
En durcissant la sanction pour chacun d'entre eux, le projet de loi Ripost envoie un message clair : dissuasion et répression. Ainsi de la participation à un rassemblement musical interdit, de l'inhalation de protoxyde d'azote et de la conduite sous son emprise, qui deviennent des délits ; ainsi du renforcement du quantum de la peine pour détention, transport ou acquisition sans motif légitime de mortier d'artifice.
Une réponse efficace n'est pas seulement sévère, mais rapide. Le texte renforce donc les sanctions administratives : fermeture d'établissements, suspension du permis de conduire, interdictions administratives de stade. Dans la même logique, le projet de loi instaure de nouvelles amendes forfaitaires délictuelles (AFD), dressées sur le champ pour simplifier les poursuites : pour consommation détournée de protoxyde d'azote, rodéo motorisé ou participation à une rave-party interdite. À la demande du Président de la République, l'AFD réprimant l'usage de stupéfiants serait fortement augmentée pour responsabiliser les consommateurs.
Plusieurs d'entre vous ont souligné les difficultés de recouvrement des AFD. Je proposerai des amendements pour y remédier, suivant ainsi les recommandations de la Cour des comptes.
µ
Ma doctrine est claire : réaffirmer l'autorité de l'État et ne laisser aucune atteinte à la sécurité et à l'ordre public sans réponse.
Parallèlement à ce choc d'autorité, il nous faut offrir aux forces de sécurité intérieure les moyens, juridiques, techniques et procéduraux, de nos ambitions.
Le 13 juin 2025, vous adoptiez la proposition de loi transpartisane sur le narcotrafic, qui a permis des avancées majeures. Le Gouvernement vous propose de prolonger ce combat en dotant nos forces de l'ordre d'outils essentiels : capacité de procéder hors réquisitions à des fouilles de coffres et bagages en zone frontalière ; possibilité pour les procureurs de partager les éléments judiciaires afin de nourrir le renseignement ; allongement à 72 heures de la durée de la garde à vue en matière de criminalité organisée financière.
Nos forces de l'ordre doivent pouvoir utiliser des outils modernes. Dans le prolongement de la proposition de loi du sénateur Rochette, le projet de loi défend l'extension du recours à la lecture automatisée de plaques d'immatriculation (Lapi), fort utile en cas de cambriolage ou de soustraction de mineurs. Idem pour la vidéoprotection assistée qui, rappelons-le, ne comporte ni reconnaissance faciale ni interconnexion avec d'autres fichiers.

Nous inscrivons dans la loi le recours aux caméras-piétons pour les douaniers et agents de sécurité privée. Ces derniers pourraient réaliser des inspections visuelles de coffres pour le contrôle d'accès aux lieux dont ils ont la garde ou lors de grands événements. Ce vide juridique avait été très pénalisant lors des jeux Olympiques de Paris 2024.
Ce projet de loi est un texte dense, opérationnel et respectueux des libertés publiques, comme l'a noté le Conseil d'État. Pragmatique, inspiré par les remontées du terrain, c'est un corpus de mesures qui rejoint de nombreuses initiatives sénatoriales ; nous les regroupons en un texte synthétique, enrichi par la commission que je remercie. Saluons, parmi ses apports, la possibilité pour le juge d'ordonner la remise en état du site après une rave-party par exemple.
Le Gouvernement sera favorable à plusieurs amendements et en défendra d'autres pour améliorer encore le texte. Je vous proposerai de rétablir certaines dispositions initiales : j'assume en effet quelques divergences avec la commission, concernant le remplacement du délit de participation à une rave-party par une simple contravention ou la subordination des fouilles transfrontalières à l'autorisation du procureur.
Fort de mon expérience au service de la sécurité de nos compatriotes et à la tête des forces de l'ordre, j'estime qu'il est grand temps d'apporter des réponses, en corrigeant certains angles morts.

> En cette journée internationale de lutte contre l’homophobie [17 mai], je veux redire une chose simple : aucune violence, aucune menace, aucune discrimination n’a sa place dans la République. Si vous êtes victime de violences, vous pouvez déposer plainte jusqu’à 6 ans après une agression. Ne renoncez jamais à vos droits. Policiers et gendarmes sont là pour vous écouter et vous accompagner dans cette démarche. Face à la haine, la République protègera toujours.

 

Catherine Vautrin (ministre des Armées et des Anciens combattants)
> Après plusieurs jours de débats à l’Assemblée sur le projet d’actualisation de la Loi de Programmation Militaire, je remercie l’ensemble des députés, de tous les groupes parlementaires, pour la qualité de nos échanges. Un débat exigeant, à la hauteur des enjeux de ce texte essentiel afin de poursuivre l’effort au service de la souveraineté de notre pays. Depuis 2017, le budget des Armées a été doublé afin de donner à nos militaires, les moyens d’assurer notre défense nationale.

> 25 ans de service. Derrière les 865 000 nautiques, plus de 60 000 catapultages et les missions menées au nom de la France sur toutes les mers du globe, il y a surtout les milliers de marins qui ont formé et forment encore son grand équipage. Des femmes et des hommes engagés, exigeants, loin des leurs, qui font vivre chaque jour le Charles de Gaulle. Le porte-avions est un outil de projection de puissance. Ses marins en sont la force.

 

Roland Lescure (ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique)
> Nous y sommes : aujourd'hui commence la ministérielle Finances du G7 France sous présidence française à Bercy.
J'ai l'honneur de présider cette réunion du G7 Finances avec François Villeroy de Galhau.
Je suis heureux d'accueillir à Paris mes homologues, tous ministres des finances des pays du G7 : M. Scott Bessent, M. François-Philippe Champagne, Mme Satsuki Katayama, M. Giancarlo Giorgetti, Mme Rachel Reeves et M. Lars Klingbeil.
Les gouverneurs des banques centrales ainsi que les dirigeants des principales organisations internationales sont aussi autour de la table.
Nos trois priorités :
1. Réduire les déséquilibres macroéconomiques mondiaux
2. Sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques
3. Redéfinir les partenariats internationaux
La gestion de la crise au Moyen-Orient s'est aussi imposée comme un enjeu prioritaire au cours des derniers mois pour garantir la stabilité économique et financière mondiale.
Le multilatéralisme est plus que jamais essentiel.
Au travail !

> Alors que certains doutaient du pouvoir du multilatéralisme lorsque la France a pris la présidence du G7 le 1er janvier 2026, les bouleversements géopolitiques de ces derniers mois ont rappelé l’absolue nécessité de maintenir et renforcer le dialogue entre nations partenaires.
Ce G7 s’inscrit comme un pôle de stabilité dans une crise mondiale. Face à la tentation du repli sur soi, la coordination internationale a montré toute son utilité.

 

Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et des Affaires étrangères)
> [Discours à l’occasion de la réouverture de l’Institut polonais de Paris]
Enfin ! Quelle joie de voir l’Institut polonais rouvrir ses portes au public après plusieurs années de travaux. Le voici de retour dans son siège historique, au cœur de Paris.
1/ L’histoire franco-polonaise
L’Institut polonais, témoignage vivant de notre histoire commune. Une histoire qui a pour fils conducteurs la fidélité et la liberté.
Depuis la Grande Émigration, qui suivit l’insurrection de 1830, la France a accueilli des générations de Polonais :
Adam Czartoryski, qui transforma Paris en capitale de l’exil.
Frédéric Chopin, qui fit résonner l’âme de son pays dans chacune de ses mazurkas.
Adam Mickiewicz, qui rappela par ses poèmes qu’une Nation peut tout perdre sans jamais être vaincue. 
Tous se battaient pour la liberté, la culture et l’identité du peuple polonais. Et tous contribuèrent à façonner Paris. Ils créèrent la Bibliothèque polonaise, sur l’Île Saint-Louis. Ils s’établirent dans le quartier de la « Petite Pologne », ici dans le 8e arrondissement.
Et lorsque la Pologne fut une nouvelle fois privée de liberté, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, c’est à nouveau en France que les Polonais s’organisèrent pour entretenir la flamme de l’indépendance. 
C’est à Maisons-Laffitte, dans les Yvelines, que s’établit le quartier général de l’institut littéraire et de la revue Kultura. Un haut-lieu de la dissidence contre le totalitarisme. 
Permettez-moi de saluer la décision du Sénat polonais d’honorer en 2026 la mémoire du fondateur de Kultura : Jerzy Giedroyc. 
Permettez-moi aussi de rendre hommage à la mémoire d’un autre artisan de l’aventure de Maisons-Laffitte : le peintre Józef Czapski. Un homme qui, dans la noirceur du Goulag soviétique, organisait des conférences clandestines pour parler de Marcel Proust et conjurer ainsi la déchéance. 
C’est à Yssingeaux, en Haute-Loire, que le consul général de Pologne Wladyslaw Marcinkowski trouva refuge, en 1943. Il fut aidé par quelques résistants français, parmi lesquels mon grand-père, Noël Barrot. Depuis, l’histoire de nos deux familles est liée à jamais. 
Cette histoire de la dissidence, je sais que c’est aussi la vôtre, cher Radek. 
Celle de Solidarnosc, illustrée par les photographies de Chris Niedenthal que le public parisien pourra admirer ici, à l’Institut polonais, au cours des prochaines semaines. 
Celle d’un espoir qui se leva chez des dizaines de millions d’Européens vivant de l’autre côté du Mur. 
Celle de la réunification de l’Europe et de la construction de notre Union européenne. 
Celle d’un idéal de liberté que certains, dans les couloirs du Kremlin, voudraient éteindre. Mais cet idéal continue d’inspirer les peuples. Car les Européens veulent rester libres et maîtres de leur destin. 
2/ Le Traité de Nancy
Fidèles à cet idéal, nos deux États ont fait le choix d’approfondir encore davantage leurs relations, à travers le Traité signé le 9 mai 2025 à Nancy, par le Président de la République et le Premier ministre Tusk. 
Le premier sommet bilatéral organisé dans le cadre de ce traité s’est tenu il y a un mois. Le 20 avril, à Gdansk, ville symbole de courage et de combats. Berceau de Solidarnosc. 
La France et le Pologne ont fait ce choix – je cite – au nom de « leur fraternité d’armes et leur lutte commune contre les régimes totalitaires » ; « en partageant l’objectif d’une Europe plus sûre, souveraine, démocratique et unie ». Parce qu’elles portent ensemble une « responsabilité particulière pour l’avenir de l’Union européenne ».
C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de placer la coopération culturelle, éducative et scientifique au cœur de notre partenariat. Ce n’est pas un hasard si la journée de l’amitié franco-polonaise a été instaurée le 20 avril, jour de l’entrée au Panthéon de Marie Curie, en 1995. Née en Pologne, elle fut la première femme ainsi honorée par la République française, elle qui reçut par deux fois le Prix Nobel, de physique et de chimie.
Ce n’est pas non plus un hasard si le premier Prix Geremek de nos deux ministères des Affaires étrangères a été décerné à l’acteur et metteur en scène Andrzej Seweryn, sociétaire honoraire de la Comédie française. Au fond, Jules Verne avait raison : « Qui dit polonais dit français » !
3/ La Saison croisée
C’est parce que nous croyons à la force de la culture que nous avons décidé d’organiser en 2027 une Saison croisée franco-polonaise. Elle sera portée par l’Institut français, l’Institut Adam Mickiewicz et l’Institut polonais de Paris. Avec le soutien du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Culture, et d’un comité de mécènes dont je veux saluer le président, Slawomir Krupa. 
La dernière édition d’une saison polonaise en France a eu lieu il y a 22 ans. C’était en 2004, année de l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne. Que de chemin parcouru depuis ! 
Notre Saison croisée permettra de renforcer le dialogue entre les sociétés civiles de France et de Pologne. 
Elle contribuera à éclairer notre réflexion commune face aux grands bouleversements du monde et aux enjeux de la guerre informationnelle.
Elle mettra en lumière la créativité et l'innovation de nos jeunesses. 
Elle valorisera l’importance de la culture, du savoir, de l’esprit critique au service de la cohésion sociale. 
Elle renforcera le projet européen que nous portons ensemble, fondé sur le respect des valeurs démocratiques et de liberté. 
Alors que le Festival de Cannes bat son plein, souvenons-nous de ce que nous disait Andrzej Wajda : « l’art peut sauver le monde ». Pour gagner la bataille des récits dans laquelle nous sommes engagés, nous devons opposer à nos adversaires les armes de l’esprit. Celles de la culture.
Je suis certain que l’Institut polonais prendra toute sa part dans ce combat. En faisant mieux connaître la culture polonaise aux Françaises et aux Français, à Paris et à travers toute la France. Comme continuera à s’y employer l’Institut français de Pologne. Ensemble, nous écrirons une nouvelle page du partenariat exceptionnel qui lie nos deux pays.
Victor Hugo qualifiait la France et la Pologne de « deux sœurs qui ont lutté ensemble pour la civilisation européenne ». Cette lutte est toujours d’actualité, et vous pouvez compter sur Radek et moi pour la mener. 
Pour que vive l’amitié et la fraternité entre la France et la Pologne.

> [Discours lors de la soirée « Saison Méditerranée »]
« J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer et tous les luxes alors m’ont paru gris. »
Personne mieux qu'Albert Camus n’a su dire avec autant d’émotion l’attachement charnel à la Méditerranée. Celui d’un enfant d’Alger, pupille de la nation qui aimait les mots, l’éclat du soleil, le goût du sel et celui de la révolte. Comme lui, des millions de Français, d’Européens et de Méditerranéens nourrissent un attachement profond aux rivages dorés de notre mer. C’est sur ces rives que la philosophie occidentale a plongé ses racines, c’est là qu’est née la démocratie et c’est aujourd’hui encore un carrefour d’influences profondes et multiples, un espace de dialogue.
Et c’est pourquoi la Méditerranée est au cœur des priorités diplomatiques de la France. Elle relie trois continents et constitue depuis des millénaires un lieu d’échanges humains et économiques. Elle est une zone hautement stratégique pour la prospérité du monde, où passe un quart du trafic maritime. Et c’est pourquoi, Méditerranéenne par sa géographie et son histoire, la France est engagée dans toutes les enceintes qui regroupent les pays de la région, en particulier l’Union pour la Méditerranée, la seule organisation qui compte parmi ses 42 membres tous les pays du pourtour méditerranéen. Aux côtés de ses partenaires, la France facilite les synergies entre l’Union européenne et l’Union pour la Méditerranée, dont je salue la secrétaire générale adjointe.
Rapprocher les rives est une nécessité car l’espace méditerranéen est un espace vulnérable. Il subit directement les conséquences du dérèglement climatique. La Méditerranée se réchauffe plus vite que le reste du monde : canicules, sécheresses, tempêtes, inondations, elle est en première ligne.
C’est un espace vulnérable aussi sur le plan géopolitique, parce que le Proche-Orient demeure profondément meurtri par les attaques terroristes du 7 octobre en Israël, par plus de deux ans et demi de guerre dévastatrice à Gaza et par une crise humanitaire qui, hélas, ne faiblit pas. Une crise qui a des répercussions directes au Liban et dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Des crises à répétition qui précipitent des femmes, des hommes et des enfants sur les routes de l’exil au péril de leur vie. Que la Méditerranée, notre mer, soit le cimetière de celles et ceux qui fuient les persécutions et la guerre, personne ne peut s’y résoudre. C’est pourquoi la France se mobilise chaque jour, dans un mouvement constant de résistance à la fatalité et à la résignation. 
La France se mobilise aussi pour l’environnement et le climat. Il y a un an, à Nice, nous avons accueilli plus de 100.000 personnes pour la Conférence des Nations unies sur l’Océan, la plus grande manifestation jamais organisée à ce sujet. Et notre mobilisation a permis l’entrée en vigueur du traité sur la haute mer, ce bien commun mondial que nous devons protéger. Ce succès doit nous inspirer.
La France se mobilise aussi pour la paix. Parce qu’il n’y a rien de plus précieux pour l’homme que de pouvoir se tenir libre et debout sur la terre dans laquelle plongent ses racines. Parce que le priver de ce droit est une négation de sa dignité, qui nourrit le ressentiment, la violence et la guerre. 
La France, par la voix du Président de la République, a pris le 22 septembre dernier la décision capitale de reconnaître l’État de Palestine. Elle l’a fait aux côtés de neuf autres pays et s’est mobilisée pour préserver la solution à deux États par la déclaration de New York, endossée par l’écrasante majorité des nations du monde.
Cette reconnaissance est avant tout un acte de justice historique qui affirme le droit fondamental à l’autodétermination du peuple palestinien, mais elle est aussi la seule véritable manière de combattre les extrémismes qui prospèrent sur l’absence d’horizon politique et qui se nourrissent du désespoir. Elle représente la voie la plus concrète pour renforcer la légitimité incontestable de l’État d’Israël à vivre en paix et en sécurité aux côtés de ses voisins, car la liberté, la sécurité et la dignité des uns ne peuvent se construire en niant celles des autres.
La paix ne se décrète pas. Elle s'enracine dans le cœur vaillant des femmes et des hommes qui la composent. C'est pourquoi la France organisera, le 12 juin prochain à l'Institut du monde arabe, une conférence internationale pour que les sociétés civiles israéliennes et palestiniennes puissent faire entendre leur voix.
Un an après l'appel de Paris du 13 juin 2025, à la veille du sommet du G7 que la France préside cette année, nous voulons à nouveau entendre celles et ceux qui, sur le terrain, construisent chaque jour les conditions de la confiance et de la paix.
Oui, la France défend un agenda méditerranéen tourné vers les sociétés civiles et la jeunesse, mais aussi les diasporas, les entreprises, les associations. Nous soutenons toutes celles et ceux qui portent des projets concrets pour développer le potentiel immense de la Méditerranée.
C'est le sens des initiatives portées par le Président de la République depuis l'organisation du Sommet des deux rives, ici même au Palais du Pharo, en juin 2019. Le Forum des mondes méditerranéens en 2022 nous a permis de poursuivre cette lancée, et en 2025, à l'occasion de la Conférence des Nations unies sur l'Océan, nous avons organisé le Sommet pour une Méditerranée connectée en présence du Président de la République et de nombreux chefs d'État et de gouvernement de toute la région. L'occasion de se tourner résolument vers l'avenir, d'encourager des initiatives et des projets concrets.
La France s'engage aussi aux côtés de toutes celles et ceux qui sont empêchés de créer librement. Grâce au programme PAUSE, plus de 600 artistes, chercheurs et doctorants ont trouvé en France une deuxième patrie. Et j'ai le plaisir de vous annoncer que le poète et écrivain palestinien Mahmoud al-Shaer a reçu le visa qui lui permettra de participer pleinement à la Saison Méditerranée.
D'autres suivront, et la France reste pleinement mobilisée pour permettre la reprise des évacuations depuis Gaza dans un cadre sécurisé et coordonné avec l'ensemble des partenaires concernés.
Le 27 juin 2023, depuis le Mucem, à quelques encablures d'ici, le Président de la République annonçait l'organisation d'une Saison Méditerranée en 2026. Trois ans plus tard, nous y sommes. Cette saison est la concrétisation vivante de notre agenda méditerranéen. Plus que jamais, la Méditerranée doit demeurer un espace de création et d'idées où se cultive notre humanité commune. Jusqu'au 31 octobre de cette année, partout en France, nous célébrerons la richesse des liens exceptionnels qui unissent les populations de la Méditerranée.
Le programme de cette saison aura une résonance hors de France, notamment en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Égypte et au Liban, en lien avec notre réseau diplomatique et culturel. Et je veux saluer, Madame la Présidente, le travail de l'Institut français qui pilote ces saisons avec le commissariat général de Julie Kretzschmar, qui a mis toute son énergie et sa créativité au service de ce projet qui a su fédérer ensemble tous les artistes que je veux saluer.
Je remercie la ministre de la Culture, ses équipes et ses services, la délégation interministérielle à la Méditerranée, les équipes du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères et les mécènes qui ont contribué à ce que cette saison puisse voir le jour. Cette saison n'aurait jamais été possible sans la ville de Marseille, sans son maire Benoît Payan que je remercie. Ici au Pharo, on le sait bien, Marseille a toujours les yeux rivés vers l'horizon, vers le grand large, vers cette Méditerranée dont elle est l'un des phares essentiels. Et aujourd'hui Monsieur le Maire, oui, nous sommes tous marseillais, et « à jamais les premiers ».
La saison sera l'occasion de mettre en avant nos identités plurielles, de réfléchir à nos récits communs et aux liens que nous entretenons avec les cinq pays mis à l'honneur :
L'Égypte, où le Président de la République s'est rendu il y a quelques jours pour y inaugurer le nouveau campus de l'Université de la francophonie Senghor, près d'Alexandrie, Monsieur le Gouverneur.
Le Maroc et la Tunisie, Monsieur l'Ambassadeur, qui fêtent cette année les 70 ans de leur indépendance. L'exposition « Résistances et désobéissances » à la Citadelle de Marseille, que nous venons de découvrir ensemble avec le Président du mouvement SOS, est l'héritage vivant de cette histoire.
L'Algérie, avec laquelle la France a engagé un travail mémoriel que nous entendons poursuivre ensemble en relançant une commission mixte d'historiens pour mieux comprendre et réconcilier les mémoires.
Le Liban, Monsieur le maire de Beyrouth, qui est aujourd'hui entraîné dans une guerre qu'il n'a pas choisie. Je veux redire que le peuple français se tient aux côtés du peuple libanais, que l'amitié qui existe entre nous est profonde et indéfectible. « Le peuple libanais est le seul peuple du monde », disait le général de Gaulle, « dont le cœur bat au même rythme que celui de la France ». L'exposition « Byblos, cité éternelle » à l'Institut du monde arabe en est la preuve. Je salue sa présidente et l'initiative qui a été prise d'organiser mercredi prochain un grand concert de soutien au Liban, en partenariat avec la Fondation de France et le centre de crise et de soutien de mon ministère.
Chacun de ces cinq pays entretient des liens particuliers avec la France, sa culture, ses écrivains, ses musiciens, ses danseurs. Cette saison rappelle ainsi qu'aucune Méditerranée ne peut se penser sans la langue arabe, langue de civilisation, de création et de dialogue.
C'est par la culture, cela a été dit par ceux qui m'ont précédé à cette tribune, que nous touchons les cœurs. Grâce à l'inspiration des artistes, leurs mots, leurs vibrations, leurs émotions. Parce que c'est sur le terreau de l'incompréhension et de la méconnaissance que prospèrent les discours de haine et d'intolérance. À l'heure où des vents mauvais soufflent en Méditerranée, cette saison constitue un havre où chacun pourra reprendre des forces loin des tempêtes. Un espace de rencontre pour les sociétés civiles à travers la musique, la langue, les témoignages, pour maintenir le ciment de notre humanité.
Ne laissons personne écrire notre histoire à notre place. Ne laissons pas les fanatiques s'emparer de nos récits. Retrouvons le chemin de l'engagement. L'engagement qui ne vaut que parce qu'il est choisi librement et en ayant conscience de sa propre imperfection. Alors engageons-nous, à l'occasion de cette saison, avec les armes de l'esprit, la force des idées, la capacité de partager des émotions universelles.
Parce qu'il y a toujours dans notre monde une part d'ombre et une part de lumière. Souvenons-nous des mots d'Albert Camus, encore lui : « Le travail de ceux qui ne veulent pas désespérer est de rappeler la lumière, les midis de la vie. » Les midis de la vie, voilà notre horizon, voilà notre vocation. Projetons-nous dans la lumière, dans l'éclat de la vie. Car la Méditerranée porte en elle une promesse lumineuse, celle du dialogue, de la beauté et de la vie.
Alors ensemble, continuons à créer, à transmettre et à espérer. Continuons à chanter et à danser au son du raï de Sofiane Saidi et Camélia Jordana, qui joueront ce soir pour le grand concert d'ouverture de la saison. Au son de toutes les musiques méditerranéennes et de toutes les musiques européennes. Demain à Vienne se déroulera la finale de l'Eurovision. Je souhaite bonne chance à notre prodige de 17 ans, chanteuse lyrique, Monroe, qui représentera la France avec talent, j'en suis certain. Tous nos vœux l'accompagnent.
Car la culture transcende tout. Laissons donc la poésie, le chant, le cinéma rapprocher les êtres. Ne laissons pas la brutalisation du monde s'emparer des consciences et dresser les peuples les uns contre les autres. Je le dis très clairement : le boycott culturel n'apporte aucune solution aux crises politiques. Alors que cette Saison Méditerranée permette de renforcer les liens qui nous unissent et de remettre la beauté et l'espoir au cœur de nos vies.
Pour que vive l'amitié entre les peuples de la Méditerranée, que vive la République, et que vive la France !

 

Stéphanie Rist (ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées)
> Lancement du Conseil des champions pour mettre fin aux violences faites aux enfants. 1 milliard d’enfants en sont victimes chaque année: la France est pleinement engagée pour leur protection, notamment dans l’espace numérique, priorité portée pendant sa présidence du G7.

> A Genève pour l’Assemblée mondiale de la Santé J’ai rencontré la ministre de la Santé allemande Nina Warken. De riches échanges pour renforcer le rôle de la France et de l’Allemagne dans le cadre du G7. Continuons de travailler ensemble pour une meilleure coordination et une réponse rapide en cas de crise sanitaire (ébola, hantavirus).
Entretien avec le ministre de la Santé ukrainien Viktor Liashko . L’occasion de rappeler le plein soutien de la France à l’Ukraine. Notre coopération en matière de santé peut encore être renforcée. J’ai échangé avec le Secrétaire Général du ministère de la Santé belge Dirk Ramaekers sur les récentes crises sanitaires dont l’épidémie d’ébola. Soutien renouvelé au travail de l’OMS. Discussions fructueuses avec la ministre de la Santé canadienne Marjorie Michel notamment sur notre coopération sanitaire en matière de recherche, santé mentale, ou des enjeux santé-climat.

> À Genève, en marge de la 79e Assemblée mondiale de la Santé, journée de travail consacrée aux grands enjeux de santé mondiale. Visite du Centre de crise de l’Organisation mondiale de la Santé, réunion sur la situation liée au virus ébola et échanges avec le Directeur général de l’OMS sur les crises sanitaires en cours et à venir. La France rappelle l’importance d’aboutir à la fin des négociations sur l’accord pandémie d’ici mai prochain.

> Heureuse d’être aujourd’hui à SantExpo, ce rendez-vous incontournable qui réunit chaque année l’ensemble des acteurs de notre système de santé : soignants, établissements, fédérations, industriels, innovateurs, collectivités et pouvoirs publics. À cette occasion, j’ai souhaité donner une perspective claire pour l’hôpital et annoncer l’ouverture d’un nouveau chapitre de l’investissement hospitalier : 6 milliards d’euros mobilisés par l’État sur les 10 prochaines années pour accompagner les projets dans les territoires et préparer les transformations à venir. Investir dans nos établissements, renforcer les coopérations entre les établissements de santé et le lien avec la ville, améliorer les conditions de travail des professionnels et placer toujours davantage le patient au cœur de nos organisations : c’est ensemble que nous construirons le système de santé de demain.

 

David Amiel (ministre de l’Action et des Comptes publics)
> Il faut être extrêmement sérieux avec l'argent des Français. Chaque euro dépensé doit être un euro efficace.

> Opération de transparence sur le Budget de l’État. Nous allons clarifier, ministère par ministère, les dépenses qui relèvent du fonctionnement du service public actuel et celles qui relèvent en fait des retraites. (…)
Le but de ce prochain budget c’est d’avoir un budget de discipline républicaine, c’est-à-dire de permettre au prochain président de la République d’être le plus libre possible. 

> Il nous faut une realpolitik de l'IA. Encadrer les usages pour protéger et gagner du temps. Pour les agents publics, j'ai décidé de généraliser des outils leur permettant de se concentrer sur leur cœur de métier et de se débarrasser de tâches rébarbatives.

> C’est la semaine de l’IA pour tous. Nous généralisons Transcript à tous les agents de l’État : un outil souverain qui transcrit automatiquement les réunions en comptes rendus précis. Plus de temps pour la prise de décision et l’analyse : du temps rendu aux agents publics.

> [Hostilités au Moyen-Orient] Ce qui est certain c’est que c’est extrêmement imprévisible. Il faut qu’on puisse se préparer à toutes les éventualités, d’une guerre qui peut s’arrêter rapidement comme d’une guerre qui peut se prolonger pendant de longues semaines voire de longs mois.

> [Prix des carburants] La solution de facilité, ce serait d’ouvrir grand les vannes et de laisser le soin à nos successeurs de régler la facture. Mais ce serait contraire à nos devoirs. Je ne serai pas le ministre de l’Action et des Comptes publics qui mettrai la poussière sous le tapis. Parce que des aides non financées aujourd’hui ce seraient des impôts demain. Ce serait donner aux Français dans une poche aujourd’hui ce qu’on viendrait leur reprendre demain. C’est la raison pour laquelle il faut des aides ciblées. Évidemment que ça peut continuer à augmenter mais chaque fois il faudra des économies équivalentes.

> [Taxer Total] J’entends le débat fiscal, il n’est pas illégitime. Il n’y a pas de tabou. ll n’y a jamais eu de tabou sur cette question-là. Quand il y a des profits exceptionnels, il doit y avoir une redistribution exceptionnelle. Aujourd’hui ce qui est le plus efficace, c’est le plafonnement des prix à la pompe parce que ça va immédiatement dans la poche des Français. Mais pour autant rien n’est tabou.

> Gabriel Attal est un bon candidat notamment parce qu’il met des idées sur la table. Et aujourd’hui, j’ai l’impression que cette élection présidentielle est une horloge montée à l’envers.

> On ne peut pas se contenter d’être le parti du barrage. Je suis inquiet pour la prochaine élection présidentielle parce que je vois la tentation qui va être celle de beaucoup qu’il suffit d’appeler à un vote du barrage. On ne peut pas être les partis de l’appareil d’Etat.

> [LFI et RN] Deux dangers majeurs pour le pays, deux forces populistes complices l’une de l’autre. Avec d’un côté LFI meilleur allié objectif du RN car il sape des pans essentiels de notre République et alimente l’antisémitisme et de l’autre le RN qui alimente la xénophobie et le racisme.

> LFI alimente l’antisémitisme en se couvrant des habits de l’antisionisme Une grande partie de l’antisémitisme avance masqué derrière l’antisionisme, l’un des nouveaux visages de l’antisémitisme. ET tout ça est fait à dessein par Jean-Luc Mélenchon.

> Le bon côté de l’Histoire c’est le côté des Lumières. Quand on est le continent des Lumières, on ne boycotte pas des artistes, des intellectuels. Et d’ailleurs la France s’est fortement mobilisée pour qu’Israël participe à l’Eurovision. Ce qui me terrifie ce sont les appels au boycott contre des artistes et des intellectuels. C’est toujours un crime contre l’esprit. Jamais la France n’appellera au boycott d’artistes, d’intellectuels, de scientifiques israéliens. C’est contraire à tout ce qui fonde notre République et les valeurs européennes. 

 

Sabrina Roubache (ministre déléguée auprès du ministre du Travail et des Solidarités et du ministre de l’Education nationale chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage)
> L'excellence de notre apprentissage n’a pas de frontières. À tous les élèves et apprentis de France : Erasmus+ est votre passeport pour l'Europe. La mobilité européenne est un droit pour chaque jeune. Quand un apprenti revient de mobilité, il ne revient pas seulement avec un bagage technique. Il revient avec la certitude qu'il est un citoyen européen à part entière. À l’heure des négociations du budget européen pour la période 2028-2034, Erasmus+ incarne un programme phare pour l’avenir des citoyens européens qu'il faut préserver. Investir dans Erasmus+, c'est investir dans la compétitivité de nos entreprises et dans la cohésion de notre société.

> Pour offrir plus de possibilités d'études et d'alternance aux élèves de la voie professionnelle, je souhaite leur faire bénéficier des places vacantes en internats publics.

 

Catherine Chabaud (ministre délégué auprès de la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature chargée de la Mer et de la Pêche)
> Les femmes représentent moins de 2 % des effectifs du maritime mondial. Dans les métiers embarqués, 1 %. Dans un secteur qui transporte 90 % des marchandises mondiales. Ce n'est pas un chiffre anecdotique : c'est un défi que nous devons relever.
A Marseille, j'ai souhaité lancer un élan : j'ai confié à WISTA France la mission de rédiger, avec tous les acteurs qui souhaitent y participer, un Livre blanc pour la féminisation des métiers du maritime à horizon 2030 que nous présenterons lors des Assises de l'économie de la mer 2026. Parce qu'une grande nation maritime ne peut pas construire son avenir en se privant de la moitié des talents dont elle a besoin.
En mer, la mer ne se demande pas si vous êtes une femme ou un homme. Elle vous demande si vous êtes là, si vous êtes prête, si vous savez tenir le cap.
À toutes celles qui hésitent encore : la mer vous attend.

> Une très belle journée à Quiberon pour l’inauguration de l’I2N - Institut National du Nautisme: un moment fort pour le nautisme français, et pour l’esprit d’équipage.
La journée a débuté en baie de Quiberon avec les Championnats du monde de voile, offrant un spectacle exceptionnel et un très haut niveau de compétition dans des conditions exigeantes. Félicitations aux équipes victorieuses du jour, ainsi qu’à l’ensemble des sportifs français pour leurs performances remarquables et leur combativité dans ce championnat. La Fédération Française de Voile confirme, une fois encore, par l’engagement et le talent de ses athlètes, son excellence et son dynamisme.
Cette inauguration illustre très concrètement la mise en œuvre de la feuille de route nautisme et plaisance portée par le ministère, avec une ambition claire : structurer et moderniser la filière, accompagner ses transitions écologiques et technologiques, et renforcer l’attractivité des métiers comme des territoires littoraux. À Quiberon, cette ambition s’est traduite par des avancées concrètes directement pensées pour répondre aux attentes du secteur. J’ai ainsi annoncé l’élargissement du dispositif « marins d’exception », afin de mieux reconnaître et accompagner les parcours d’excellence qui font rayonner le nautisme français. J’ai également acté la signature de la circulaire relative aux prérogatives des éducateurs sportifs dans le domaine de la voile, qui apporte un cadre clarifié et sécurisé pour les professionnels comme pour les structures, en réponse à des attentes exprimées depuis plusieurs années par la filière. (…)
La coopération entre acteurs publics, élus et filière nautique démontre une nouvelle fois sa capacité à faire émerger des projets utiles, concrets et structurants pour le littoral et ses professionnels.
Bon vent à l’I2N et à tous ses marins !

 

Mathieu Lefevre (ministre délégué auprès de la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature chargé de la Transition écologique)

Eléonore Caroit (ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger)
> « Love is love » : l’amour est l’amour, et l’homophobie un délit. Face au recul des droits dans le monde, la France se mobilise partout pour protéger les droits LGBTQIA+. Le combat continue !

 

● Autres ministres
Jean-Pierre Farandou (ministre du travail et des solidarités)

> [
Projet de loi portant transposition de l'avenant n°3 du 25 février 2026 au protocole d'accord du 10 novembre 2023 relatif à l'assurance chômage / Intervention au Sénat] Ce projet de loi, directement issu du dialogue social autonome, me tient à coeur. Je salue les partenaires sociaux qui, responsables, sont parvenus à un accord signé par trois organisations syndicales et par les trois organisations patronales.
En première lecture, le Sénat l'a adopté tel quel, marquant ainsi sa considération pour le travail des partenaires sociaux, qui ont su proposer des réformes utiles et structurelles pour pérenniser l'assurance chômage. Je suis un défenseur convaincu de la démocratie sociale. Un accord, ce n'est pas la victoire d'un camp contre un autre, mais la volonté de converger pour préserver notre modèle social.
Le Gouvernement avait demandé aux partenaires sociaux de négocier sur l'assurance chômage, notamment sur les ruptures conventionnelles. Ce texte retranscrit l'accord, rien de plus. Il n'est pas question de remettre en cause le principe de la rupture conventionnelle, qui a démontré son utilité depuis sa création en 2008, même si nous devons continuer à aider les salariés à retrouver rapidement un emploi.
En 2024, 515 000 ruptures conventionnelles individuelles ont été signées, un chiffre en hausse de 63 % depuis 2015. Elles représentent désormais plus du quart des dépenses d'assurance chômage, soit 9,4 milliards d'euros annuels, en raison notamment de comportements d'optimisation. En effet, les ruptures conventionnelles se substituent souvent à des démissions, au profit de bénéficiaires plus qualifiés, mieux indemnisés et plus longtemps. Or ces dérives sont coûteuses pour le régime d'assurance chômage.
Nous devons donc mieux ajuster les paramètres, pour favoriser le retour à l'emploi, car c'est ce qui protège le mieux les salariés.
Mesure symétrique : lors du dernier PLFSS, la cotisation forfaitaire patronale sur les indemnités de rupture est passée de 30 % à 40 %. Car lutter contre les effets d'aubaine est l'affaire de tous, salariés et employeurs.
La mesure centrale de cet accord est la réduction de la durée d'indemnisation, de dix-huit à quinze mois, avec des ajustements spécifiques pour les seniors et les territoires d'outre-mer.
France Travail renforcera aussi le suivi des bénéficiaires, avec un accompagnement intensif des seniors. J'ai aussi demandé à mon cabinet de s'atteler à un véritable plan Seniors, avec pour logique : moins de chômage long et subi, et un retour rapide à l'emploi.
Ce texte est un texte d'équilibre, entre protection des salariés et préservation des finances du régime d'assurance chômage, mais aussi entre démocratie sociale et démocratie représentative.
Cet accord engendrera des économies supérieures aux 400 millions d'euros annuels initialement demandés par le Gouvernement. La mesure sur les ruptures conventionnelles devrait conduire à une économie de 800 millions d'euros annuels à l'horizon 2029, avec 15 000 retours à l'emploi supplémentaires chaque année.
Nous avons aussi obtenu une belle victoire au niveau européen sur l'assurance chômage des travailleurs frontaliers, avec un accord entre États membres : j'ai bon espoir que nous mettions fin à ces surcoûts.
Pour accélérer le retour à l'emploi, rétablir l'équilibre financier du système et garantir l'équité du régime d'assurance chômage, je vous invite à transcrire tel quel l'accord trouvé par les partenaires sociaux : ne les décevons pas.

 

Monique Barbut (ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature
> Nous le savons toutes et tous : avec le changement climatique, les épisodes de sécheresse vont se multiplier et s’intensifier.
Ce qui relevait autrefois d’un aléa ponctuel devient progressivement une réalité structurelle qui affecte nos territoires, nos activités économiques et nos milieux naturels.
Les années 2022 et 2023 ont marqué un tournant.
En 2025, les canicules exceptionnelles de juin et d’août ont aggravé une situation hydrologique déjà très préoccupante : sols asséchés, cours d’eau affaiblis, nappes phréatiques en tension, restrictions d’usage prolongées dans de nombreux départements.
Au total, 224 jours de crise sécheresse ont été recensés sur le territoire métropolitain en 2025.
Et certains territoires, comme les Pyrénées-Orientales ou l’Aude, ont subi des restrictions continues pendant plusieurs années.
Cette réalité doit désormais être mieux anticipée.
Gérer l’eau aujourd’hui, ce n’est plus seulement répondre à une crise saisonnière. C’est planifier, adapter durablement nos usages et préserver une ressource devenue plus rare et plus précieuse.
À l’occasion de la réunion du Comité d’Anticipation et de Suivi Hydrologique (CASH), j’ai rappelé l’importance d’une stratégie fondée sur l’anticipation et la sobriété.
Le Plan Eau a permis des avancées concrètes pour mieux prévenir et gérer les épisodes de sécheresse :
- VigiEau, pour informer en temps réel sur les restrictions applicables ;
- un guide national des restrictions sécheresse, afin d’harmoniser et de rendre plus réactives les mesures prises sur le territoire ;
- de nouveaux outils d’aide à la décision, comme MétéoEau Nappes, pour mieux anticiper les tensions sur la ressource.
Il a aussi engagé un changement de méthode : anticiper plutôt que subir.
Avec un objectif clair : réduire de 10 % les prélèvements d’eau d’ici 2030, grâce à des actions concrètes sur les fuites, la mesure des prélèvements, la tarification et l’accompagnement des filières.
Notre objectif est désormais de construire une stratégie durable d’adaptation. Afin que la crise ne devienne pas la norme mais demeure l’exception.

 

Edouard Geffray (ministre de l’Education nationale)
> Permettre à nos élèves de découvrir notre patrimoine architectural : tel est l’objectif de la convention signée ce matin entre le ministère de l'Éducation nationale et la Cité de l'architecture et du patrimoine!
Ce partenariat avec le plus grand centre d’architecture au monde permettra de développer les projets d’éducation culturelle, d’accompagner les élèves dans la découverte de l’architecture et de soutenir leurs initiatives artistiques.
L'occasion aussi de rencontrer des classes de CE2, CM1, CM2 et Terminale dans les murs de ce magnifique musée, qui met à portée de vue la reproduction de certains de nos plus beaux éléments de patrimoine ! Et de parler aussi bien des chevaliers et des châteaux-forts que de Le Corbusier.
Assurer l'éducation artistique et culturelle, c'est permettre à nos élèves de s'approprier notre patrimoine commun, c'est-à-dire, au sens propre, de s'approprier l'héritage reçu de nos ascendants, pour le transmettre à nos descendants.

 

Catherine Pégard (ministre de la Culture)
> [Discours sur le Centre national du cinéma (CNC), les règles d'utilisation de l'intelligence artificielle et la défense du cinéma français à l'international]
Je suis très heureuse de vous retrouver ici à Cannes, dans cette ville qui a fait l'histoire du cinéma.
Cannes rime avec cinéma pour le monde. Et cette année encore, pour nous, pour la France.
Aux Oscars déjà, la France était largement représentée. La France a gagné là où s'écrit le cinéma de demain : dans le court métrage, avec Deux personnes échangeant de la salive d'Alexandre Singh et Natalie Musteata.
Ici, à Cannes, 67 films français ou coproduits avec la France et soutenus par le CNC ont été sélectionnés. D'année en année, le cinéma français nous fait découvrir les réalisateurs et réalisatrices de demain. Car les femmes s'affichent en force cette année dans toutes les sélections, ce qui me réjouit tout particulièrement.
Ce n'est pas un hasard si, depuis le début de l'année, les salles de cinéma françaises retrouvent des couleurs : déjà 62 millions d'entrées, plus de 20 % par rapport à l'année dernière, portées par de nombreux films tricolores, dans tous les genres, de Gourou à Juste une illusion.
Cette réussite ne vient pas de nulle part ! Et je veux vous le dire et vous le redire, à vous toutes et tous. C'est le fruit de votre travail, de votre audace artistique, de votre capacité à prendre des risques, de votre talent. Mais aussi d'un modèle de financement et de régulation qui vous en donne les moyens.
Un modèle qui permet à des films très différents de naître, de trouver leur public, de voyager.
Un modèle qui soutient des films là où la seule loi du marché montre ses limites, puisque 21 films sélectionnés cette année ont bénéficié de l'Avance sur recettes.
Un modèle qui fait de la France un partenaire privilégié pour les cinéastes du monde entier. 14 films sélectionnés ont bénéficié de l'Aide aux cinémas du monde du CNC : soutenir la coproduction avec d'autres pays, c'est défendre la diversité culturelle dont notre propre cinéma a besoin.
Quand un film iranien, italien, palestinien ou malien coproduit avec la France est sélectionné ou récompensé à Cannes, c'est tout notre modèle qui y gagne. Et c'est bien la preuve que la régulation facilite l'ouverture au monde, contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire.
Un modèle, enfin, qui encourage tous les genres, tous les formats. La vitalité du documentaire, de l'animation, du court métrage en est la preuve.
Ce modèle, incarné par le CNC, fête cette année ses 80 ans et je me réjouirai d'ailleurs d'ouvrir le colloque qui se tiendra au Sénat et à la Cinémathèque française en octobre prochain. Ce sera un rendez-vous important qui nous permettra de mesurer tout ce que notre modèle apporte à notre pays.
Tout ce qu'il apporte à l'échelle internationale, comme on l'a vu aux Oscars, et comme on le verra ici.
Tout ce qu'il apporte en termes de souveraineté économique, car le cinéma est une industrie extrêmement dynamique, qui exporte, qui est ancrée dans nos territoires, qui innove et qui attire des investissements étrangers.
Tout ce qu'il apporte en termes de préservation et de richesse de nos imaginaires, pour éviter que nos enfants ne grandissent qu'avec des films produits par quelques acteurs globaux tout-puissants, avec des histoires médiocres vite générés par de l'IA.
Ce modèle, nous y sommes toutes et tous profondément attachés. C'est la condition de notre souveraineté économique et de notre souveraineté culturelle.
C'est lui qui permet à ces œuvres singulières de voir le jour : cette singularité, dans un monde qui s'uniformise, est non seulement notre avantage compétitif le plus durable, mais aussi notre meilleur rempart contre une dégradation silencieuse de notre rapport au monde et à nous-mêmes.
Cette diversité, cette singularité, nous continuerons à les promouvoir dans nos politiques publiques, en France, en Europe, et à l'échelle internationale. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je devrai vous quitter très vite tout à l'heure, afin de retrouver mes homologues européens et la vice-présidente de la Commission européenne.
Mais le premier défi que je veux évoquer devant vous, c'est bien sûr celui de l'IA, et plus précisément l'objectif d'une IA responsable.
S'il est bien une conviction que je peux exprimer après d'autres haut et fort, c'est celle-ci : l'acte de création est le propre de notre humanité.
La création n'est pas la réutilisation  : c'est un acte d'innovation qui par définition se nourrit, souvent, de la confrontation, de la rupture avec les formes anciennes. L'artiste bouscule les conventions, propose une vision du monde. L'inédit est un moteur de la création artistique.
L'intelligence artificielle est un outil. Elle peut accélérer, faciliter, enrichir la fabrication des films. Mais une œuvre, c'est un regard. C'est une intention. Des sentiments. Aucun algorithme n'y peut rien. Pourquoi vous le dire à vous qui vivez dans cette exigence-là.
C'est pourquoi le CNC va très prochainement modifier les règles relatives à ses aides pour garantir le respect d'un principe simple : aider la création, c'est aider la création humaine.
Cela signifie que le CNC n'aidera pas, demain, une œuvre qui n'aurait pas d'auteur – si l'on peut encore parler d'œuvre, car notre conception française historique et notre droit de la propriété littéraire et artistique reposent avant tout sur la notion d'auteur.
Dans la même logique, s'agissant du doublage, seule l'interprétation humaine pourra être soutenue.
Cela ne veut évidemment pas dire qu'il faudrait interdire l'usage de l'intelligence artificielle dans les œuvres aidées. Le CNC a d'ailleurs très tôt pris des mesures de transparence qui assurent une bonne appréhension de l'utilisation de l'IA. Cela veut dire que nous n'aiderons pas des œuvres où l'IA se substituerait au créateur, au lieu de lui apporter des outils supplémentaires. Le respect de la création humaine vaut pour le partage de la valeur comme pour la protection de l'emploi.
Dans le domaine de l'écriture, la négociation entre les auteurs et les producteurs a déjà produit des résultats ces dernières années, à la fois en matière de rémunération et de pratiques contractuelles. L'accord récemment conclu dans le domaine de la fiction cinématographique, à l'automne 2025, pointait d'ailleurs l'importance du dialogue à mener entre auteurs et producteurs sur les conséquences actuelles et futures de l'IA.
En dehors du cas des auteurs, les conventions collectives doivent pleinement jouer leur rôle de protection pour tous les talents et les métiers qui font la richesse de notre cinéma.
Dans toutes ces configurations, le ministère et le CNC sont à l'entière disposition de la filière : pour faciliter des négociations, pour fournir des données, pour éclairer des problèmes épineux.
L'IA pose un défi global : une réponse cohérente passe nécessairement par un engagement sur le plan multilatéral. C'est l'enjeu du travail que nous menons à l'UNESCO pour que la Convention de 2005 sur la diversité culturelle s'applique pleinement à l'ère de l'IA. Pour que les principes que nous défendons ici, les droits des créateurs, la souveraineté culturelle, la diversité des œuvres, soient vigoureusement inscrits dans le droit international. Nous souhaitons ainsi qu'un protocole additionnel puisse renforcer, à terme, la Convention dans l'environnement numérique. Et je tiens à remercier la Coalition française pour la diversité culturelle pour son engagement sur ce sujet.
Car sur l'IA comme sur tout le reste, nous avons plus que jamais besoin de trouver des partenaires et des relais.
Personne ici n'ignore que notre modèle subit, depuis quelque temps, des attaques d'une nature et d'une ampleur inédites. Il nous incombe de faire la preuve de sa pertinence et de son utilité.
Ce que ce modèle apporte à notre pays, sur tous les plans, est inestimable. Il est financé par les acteurs du marché eux-mêmes, y compris les plateformes de vidéo à la demande, qui contribuent aujourd'hui à hauteur de 20 % aux ressources du CNC. Il soutient aussi bien la création que sa diffusion auprès du public, à tous les niveaux. Et il produit des résultats remarquables, sur le plan culturel et économique, mais aussi à l'international.
Ce modèle a aussi des effets majeurs sur notre société. La sélection française à Cannes réfute bien l'idée reçue d'un cinéma "hors sol". Notre cinéma est profondément ancré dans la société française, dans ses territoires. S'il fallait une preuve encore : nous venons de signer un partenariat renforcé avec 14 régions en faveur du cinéma et de l'image animée. Mais il puise aussi dans son imaginaire, dans ses doutes, dans ses espoirs. Il parle à tous et il faut que tous puissent y contribuer.
À cet égard il faut déplorer que la moitié de l'humanité reste encore trop peu présente derrière la caméra. Notre politique en faveur de l'égalité va donc franchir une étape importante.
En effet le bonus parité, mis en place en 2019, a produit des effets réels mais insuffisants. En 2025, à peine un quart des films d'initiative française ont été strictement réalisés par des femmes. Comme il y a dix ans. Le devis moyen des films réalisés par des femmes est inférieur de 44 % à celui des films réalisés par des hommes. Les femmes sont toujours moins présentes sur les postes clés, moins présentes dans les projets à fort budget.
C'est pourquoi le principe d'un "malus parité" avait été annoncé l'an dernier. Il sera mis en place au 1er janvier 2027, de façon progressive. Le dispositif est simple : les productions qui respectent les objectifs de parité continueront à être valorisées, mais celles qui s'en écartent de façon manifeste s'exposeront à des pénalisations financières. C'est un changement de paradigme assumé. L'égalité n'est pas un bonus, une récompense pour ceux qui font des efforts : c'est une condition préalable pour être soutenu pleinement.
Il ne s'agit pas seulement d'équité. Il s'agit aussi de créativité, des regards différents que l'on porte sur le monde. Et c'est précisément parce que nous croyons à l'importance d'une création diversifiée et ouverte à tous que nous continuerons à conforter notre modèle avec la même détermination, à tous les niveaux.
Au niveau national, d'abord. Je veux le dire très fermement : les ressources du CNC ont une finalité et une seule : financer la création française, dans toute sa diversité. Ce principe, je le défendrai dans chaque débat budgétaire, face à chaque tentative de dévoiement.
À ce sujet, je veux m'arrêter sur le rôle central des diffuseurs dans le financement de la création indépendante, avec deux points importants.
Tout d'abord, les taxes que les diffuseurs versent au CNC doivent intégralement servir à financer la création. Elles sont versées pour cela, et pas pour autre chose.
Ensuite, leur répartition doit être équitable, et donc tenir compte des capacités de chacun. Aujourd'hui, tous les diffuseurs ne jouent pas à armes égales. S'agissant des plateformes gratuites de partage de vidéos, leur contribution est encore loin de la valeur qu'elles créent sur le marché français. Cela doit évoluer.
Deuxième point important : les obligations d'investissement des diffuseurs permettent à des centaines de films et de séries de voir le jour chaque année, portés par des producteurs indépendants dont le talent et la prise de risque sont au fondement de tout ce que nous voyons ici, à Cannes, chaque année. Remettre en cause ces obligations, c'est remettre en cause la chaîne entière.
Mais nous devons également conforter notre modèle au niveau européen – et comme je vous le disais j'y consacrerai l'essentiel de mon séjour à Cannes.
Deux échéances majeures nous attendent dans les prochains mois.
La première, c'est AgoraUE – le programme qui remplacera Europe Créative dans le nouveau cadre financier pour 2028 à 2034. J'ai rencontré la vice-présidente de la Commission européenne ce matin-même. À vos côtés, les autorités françaises sont pleinement mobilisées pour qu'une enveloppe accrue soit véritablement dédiée à la création et à la production audiovisuelles et cinématographiques, et tout particulièrement à la production indépendante. Mais dans cette négociation à vingt-sept, il nous faut aussi convaincre les autres États-membres de la pertinence de nos positions. C'est l'enjeu décisif des prochains mois, et je sais pouvoir compter sur votre mobilisation pour que ces positions soient partagées par le plus grand nombre d'États-membres, mais aussi de parlementaires européens.
La seconde échéance, c'est l'évaluation de la directive sur les services de médias audiovisuels, ou SMA. Cet outil essentiel met à contribution les plateformes dans chaque pays. La révision de 2018 a transformé le paysage : ces plateformes investissent désormais massivement dans le cinéma indépendant français et ce mouvement fait tache d'huile dans toute l'Union. Soyez assurés de ma détermination pour préserver et conforter cette avancée majeure.
Enfin, je défendrai notre modèle unique au niveau international. De nombreux pays qui n'ont longtemps eu pour horizon que le cinéma américain se posent des questions sur leur propre souveraineté culturelle et ils se tournent vers la France, vers l'Europe, pour trouver des réponses. Il s'agit là d'une responsabilité autant que d'une opportunité.
Je reviens de Nairobi, où, avec le Président de la République, nous venons de lancer un nouveau fonds dédié aux auteurs et producteurs africains. C'est un acte de partenariat, mais c'est aussi un acte stratégique : aider d'autres cinémas à se développer, c'est défendre la diversité culturelle et favoriser la connexion de nos œuvres et de nos professionnels dans les marchés les plus dynamiques.
Et pour que ce dialogue mondial prenne toute son ampleur, la France organisera le premier sommet international sur le cinéma et l'image animée le 7 septembre prochain à la Fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence. Ce sera le Sommet Lumière, en hommage aux inventeurs français du cinéma il y a 130 ans, bien sûr, mais aussi à l'héritage universaliste du XVIIIe siècle. Ce Sommet sera co-présidé, aux côtés du Président de la République, par le Président de la République de Corée. Il réunira les principaux dirigeants mondiaux du cinéma, de l'audiovisuel et du jeu vidéo, en présence de responsables politiques des cinq continents et de talents engagés dans ces secteurs.
L'ambition du Sommet Lumière est d'engager une action mondiale pour répondre aux grands défis auxquels nous faisons tous face. C'est seulement ainsi que nous pourrons trouver des solutions concrètes sur la souveraineté culturelle, l'éducation aux images, la production durable, la préservation du patrimoine, la place des salles de cinéma dans le circuit de diffusion ou encore les conditions d'une IA au service de la création.
Le moment que nous traversons est exigeant, nous le savons, mais il est aussi passionnant.
Exigeant, parce que les forces hostiles à notre modèle sont importantes, parce que la bataille pour l'attention, la réflexion redessine les usages sous nos yeux, parce que l'IA pose des questions auxquelles personne n'a toutes les réponses et que pourtant nous devrions y répondre en temps réel.
Mais c'est aussi un moment passionnant, parce que des millions de Français reviennent dans les salles. Parce que le monde se tourne vers nous pour comprendre comment promouvoir une création libre, diverse, exigeante aussi.
Cette politique au service du cinéma, nous la portons ensemble. Le festival de Cannes nous rappelle chaque année pourquoi elle en vaut la peine.
Dans le grand auditorium Louis Lumière, on se presse, on monte les marches pour la première ou la centième fois, le noir se fait, on se laisse envahir par l'émotion : un plan, un regard, une réplique… Le rêve nous emporte. Et ce moment, ce souvenir resteront irremplaçables.

 

Alice Rufo (ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur de la ministre des Armées et des Anciens combattants)
> Il est dans l'intérêt de la France comme dans l'intérêt de l'Algérie d'avoir de bonnes relations. Les deux présidents sont extrêmement conscients de la responsabilité commune qu'ils ont de respecter les intérêts de leurs deux pays. De toute évidence, une reprise du dialogue assez intense est en cours. La méthode des deux côtés est soutenue. Il y a un accord sur la méthode de reprise de ce dialogue fonctionnel, exigeant par moments, car nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout mais fonctionnel. Le constat est là : les années de rupture n'ont pas produit d'effets, et ne vont pas dans le sens de l'intérêt de nos pays.

> La coopération sécuritaire entre la France et l’Algérie, sous tous ses angles de renseignement, de défense et également dans le domaine intérieur et judiciaire doit reprendre. C'est notre intérêt commun.

> Dès le début du conflit au Proche et Moyen-Orient, je l'ai dit et je le répète : il n'y a pas de solution facile. Ce conflit dure et va durer. Cela dépend de la capacité des Iraniens et des Américains à se remettre autour de la table. Nous pouvons agir, c'est le sens de la coalition maritime. Nous disons aux Iraniens comme aux Américains qu'il faudra négocier sur le nucléaire, sur le balistique et sur la déstabilisation régionale. Mais le détroit d'Ormuz doit être sorti du reste des problématiques. Je ne suis pas certaine que l’escalade militaire marche.

> Le Charles de Gaulle donne à la France une capacité d'appréciation sur zone autonome, une capacité d'analyser sur ce qu’il se passe, c’est un moyen extrêmement important par rapport à d'autres pays. Quand la France dit diplomatiquement qu'elle est prête à faire ce qu'il faut pour le respect de la liberté de circulation maritime, elle l'accompagne de moyens militaires, qui ne sont pas dans une action offensive ou de reprise de vive force du détroit d'Ormuz. Mais tant que la belligérance continue, le Charles de Gaulle ne peut pas fluidifier le trafic dans le détroit.

 

► Assemblée nationale 
Yaël Braun-Pivet (présidente) 

> Sur les réseaux sociaux, les publications mensongères se multiplient. Elles sont dangereuses pour le débat public et notre démocratie. Collectivement, soyons vigilants et n’amplifions pas leur visibilité.

 

► Partis politiques 
● Renaissance 
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne sont pas centristes et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus retranscrits]
Elisabeth Borne (députée)
> Dans le monde comme en France, la même tentation progresse : contourner les règles, affaiblir les contre-pouvoirs, remettre en cause les savoirs, opposer la force au droit. Nous refusons ce glissement. L’État de droit n’est ni un obstacle ni un luxe :
c’est ce qui permet à la démocratie d’agir avec autorité et légitimité. Face aux crises, face aux extrêmes, nos principes sont notre force.

> [Personne ne défend le bilan de Macron] C’est un constat. Je vois que personne ne rappelle que, peut-être, par exemple sur l’attractivité du pays, la création d’emplois, il y a des succès, sur la transition écologique aussi. Et puis c’est vrai qu’il y a d’autres domaines dans lesquels on a pu mettre beaucoup de moyens supplémentaires. Je pense par exemple à la création de 15.000 postes de policiers et gendarmes, et pour autant on n’a pas réglé les problèmes de narcotrafic. (…)
Moi, je ne suis pas en rupture. Je pense qu’il est important de dire ce qui a marché, par exemple sur l’emploi, mais aussi ce qui n’a pas marché, et de comprendre pourquoi. Cela suppose de la durée et de la constance dans l’action. L’instabilité de la fin du quinquennat, depuis la dissolution, ne donne pas cette capacité à agir dans la durée.

> La classe politique ne prend peut-être pas la mesure de la gravité de la situation, notamment au plan international. C’est aussi un appel à la lucidité. Il faut mesurer les défis qui sont devant nous. Les responsables politiques doivent se retrousser les manches pour s’attaquer aux causes, et pas seulement aux symptômes.”

> Pour moi, un parti politique est un endroit où l’on débat et où l’on échange sur des idées. Il y a des enjeux de méthode et des enjeux de ligne avec lesquels je peux ne pas être d’accord. C’est pour cela que j’ai souhaité me mettre en retrait. Je veux me consacrer à mon mouvement, Bâtissons ensemble, précisément pour rassembler.”

> [Programme d’Emmanuel Macron] Je reste convaincue que les intuitions de départ étaient pertinentes. Soutenir la création d’entreprises, l’innovation, l’égalité des chances, affronter la transition écologique, la transition démographique et la révolution de l’intelligence artificielle, cela reste essentiel. Je crois aussi qu’il faut porter un projet à l’échelle européenne. Les réponses doivent se bâtir à cette échelle-là.

> Aujourd’hui, les Français peuvent attendre qu’on leur propose des idées, des pistes d’action et un projet. On voit beaucoup d’aventures individuelles et de jeux tactiques. Peut-être que tout cela n’est pas à la hauteur de la situation. Il faut d’abord répondre aux attentes des Français.

> [Présidentielle 2027] Si le bloc central se divise, il y a un risque important d’avoir un deuxième tour entre les deux extrêmes. Ce n’est évidemment pas ce que je souhaite pour mon pays. Ce serait une erreur profonde d’avoir trop d’aventures individuelles. Il faut se rassembler, de la gauche réformiste à la droite modérée. (…)
Je n’ai pas de problème personnel. Je pense simplement qu’il faut sortir des aventures individuelles et des jeux personnels, quels qu’ils soient. L’objectif doit être de se rassembler pour proposer un projet aux Français. C’est ce que j’essaie de porter dans ce livre. (…)
Avant de parler d’aventure individuelle, il faut mettre des propositions sur la table. Il faut essayer de rassembler le plus largement possible. C’est seulement comme cela que l’on peut avancer.

> Je pense qu’on a intérêt à réfléchir aux législatives. Tout le monde parle de la présidentielle, mais s’il y a une élection présidentielle en 2027, il y aura sans doute une élection législative. Il faudra éviter de se retrouver dans la situation actuelle, avec une Assemblée sans majorité. Moi, je me projette dans les élections législatives.

> Notre responsabilité est précisément de nous rassembler, de la gauche réformiste à la droite modérée. Il faut un candidat qui porte un projet et qui donne de l’espoir aux Français. Il faut aussi s’attaquer vraiment aux causes des difficultés que rencontrent nos concitoyens. C’est comme cela que l’on peut avancer.

> [Les femmes ont-elles aujourd’hui trouvé toute leur place en politique?] Je pense qu’on est loin du compte. Il y a des listes paritaires aux élections municipales, mais 80 % des maires sont des hommes. Dans les débats sur la présidentielle, on voit encore beaucoup d’instances uniquement masculines. Il y a encore du chemin à faire pour avoir une véritable parité en politique. (…)
Quand il y a des instances de coordination, il n’y a aucune femme autour de la table. Ces messieurs seraient bien inspirés de remarquer que la moitié de l’humanité, ce sont des femmes. Il faut leur donner leur place. C’est aussi un enjeu pour les prochaines échéances politiques.

> Pour avoir des résultats, il faut du temps et de la constance. Les Français attendent que les annonces se traduisent concrètement dans leur vie quotidienne. Ces dernières années, on en a manqué.

> Je pense que tout n’est pas négatif, et cela mérite d’être dit. Le chômage a néanmoins baissé, et il n’y a jamais eu autant de personnes qui ont un travail. Mais nous faisons aussi face à des crises. Pour les surmonter, il faut agir à l’échelle européenne.

> On a besoin de durée et de constance. Beaucoup de réformes ont été engagées, mais elles ne sont pas forcément allées au bout. Je pense par exemple au service public de la petite enfance, voté en 2023, mais qui ne s’est pas déployé. Il faut moins voter de nouvelles lois et davantage traduire dans le concret les lois déjà votées.

> Je m’explique mal qu’il n’y ait pas plus de rigueur dans les recrutements de ceux qui accompagnent les jeunes enfants. Des procédures existent normalement pour vérifier les antécédents. Ces vérifications sont indispensables. On ne peut pas mettre des animateurs en contact avec des enfants sans ces garanties.

> On finit par confondre le rôle du président de la République et celui du Premier ministre. Je pense qu’il faut un responsable de l’exécutif bien identifié, et que ce soit le Premier ministre, puisqu’il est responsable devant le Parlement. Le septennat non renouvelable, le Conseil des ministres présidé par le Premier ministre et une dose de proportionnelle permettraient sans doute à nos institutions de mieux fonctionner. Nous avons besoin de durer et de trouver des compromis.”

> [Suppression de la taxe d’habitation] Ce que je constate, c’est que ce sont plus de 20 milliards d’euros de recettes en moins que l’État compense aux collectivités. Je n’ai pas croisé un Français qui me dise merci pour la suppression de la taxe d’habitation. Les collectivités n’ont plus la capacité de lever cet impôt. C’est un lien qui se rompt entre la commune et une partie des habitants. (…)
Je note que cette décision n’a pas répondu au problème de pouvoir d’achat que rencontrent beaucoup de Français. Elle a aussi privé les collectivités d’un levier indispensable. Lever l’impôt permet d’avoir une indépendance et une autonomie d’action. C’est une question importante pour les communes.

> [Retraites] On travaille moins chaque année et moins longtemps que nos voisins. Si l’on veut garder un modèle social généreux, il faut davantage de Français au travail. Cela passe par l’accompagnement des jeunes et le maintien des seniors dans l’emploi. Cela veut aussi dire que ceux qui le peuvent doivent travailler un peu plus longtemps.

> Il faut plus de moyens pour nos policiers et nos gendarmes, et plus de policiers et de gendarmes. Il faut aussi plus de moyens pour la justice. Quand les policiers arrêtent des malfaiteurs mais que la justice ne suit pas, c’est extrêmement frustrant. J’ai fait voter des lois de programmation pour augmenter les moyens de l’Intérieur et de la Justice”

> Il y a des problèmes réels de sécurité et il faut des réponses fermes. Cela suppose de donner des moyens à la police et à la gendarmerie. Cela suppose aussi d’en donner à la justice. C’est le sens de l’augmentation de 50 % des moyens de la justice votée quand j’étais Première ministre.

> Je ne dis pas qu’on s’est endormi dans l’action. Je dis qu’il faut prendre la mesure des défis devant nous, avec les crises internationales et un modèle social qui coûte de plus en plus cher. Il faut s’attaquer aux causes, pas seulement aux symptômes. Les solutions populistes ne marchent pas.

La concentration des médias est un problème. Les réseaux sociaux et les manipulations de l’information sont aussi un problème. Il faut des médias variés et un service public audiovisuel auquel je suis attachée. Il faut aussi des règles sur les réseaux sociaux, où c’est aujourd’hui la loi de la jungle.

 

● MoDem 
Marc Fesneau (député, président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale)

> [Pédocriminalité] Un crime sexuel sur un enfant est un crime sur toute une vie et mérite des mesures exceptionnelles de protection et de précaution

> [État de droit] Dans la séquence, la facilité, c’est de dire que c’est la faute du droit. Et c’est ça contre lequel on lutte.

> L’État de droit est un sujet démocratique, politique, scientifique, mais aussi une vision de l’humanité. C’est un sujet de société.

> L’État de droit n'a jamais été autant contesté. Vous voyez bien certains acteurs au RN ou Bruno Retailleau remettre en cause en permanence l'État de droit.

> [Loi d’urgence agricole] J’alerte sur le fait que nous en sommes au 4ème texte agricole. Sur les précédents textes, nous sommes à moins de 30 % d’application : on vote des lois, mais elles ne sont pas appliquées.

> «Fini la diplomatie de la courbette », nous dit le RN. 2017: Marine Le Pen reçue par Poutine en pleine présidentielle. 2025; Jordan Bardella sur Trump, «Où trouve-t-il toute cette énergie?». Des leçons de fermeté d'un parti qui s'aplatit devant Poutine et Trump? Il fallait oser!

> J’ai quelques souvenirs d’images de responsables du Rassemblement national qui allaient manifestement se soumettre à Poutine ou à Trump. Moi, je n’ai pas vu le président faire ça.

> [Algérie] Ce qui compte dans la relation avec Alger, c’est l’efficacité : retrouver un dialogue permettant des avancées concrètes, notamment sur les laissez-passer consulaires.

> [Prix des carburants] C’est le point d’équilibre qu’il faut essayer de trouver. L’enjeu est de poursuivre les mesures qui ont été prises pour un certain nombre de secteurs d’activité et pour les gros rouleurs, tout en réfléchissant à d’autres profils et d’autres Français qui peuvent être ciblés peut-être. MaisC ce qu’on donne aux Français d’un côté, on sera obligé de le rembourser par de la dette. (…)
Moi je partage l’opinion selon laquelle il vaudrait mieux leur donner du salaire mais en préservant les capacités de production ou la compétitivité de nos entreprises.

> La meilleure façon » d’augmenter le revenu des Français consiste à « regarder comment on peut faire un transfert de charges. (…) La question qu’on a posée depuis un certain nombre de temps au groupe Les Démocrates, c’est la question de la part du brut, la part du net.

> [Présidentielle 2027] Il est trop tôt pour déployer des soutiens à des candidatures. (…) Je pense que la question qu'on a devant nous, c'est qu'est-ce qu'on dit aux Français ? Qu'est-ce qu'on a comme projet ? Et pas seulement la question du casting. (…)
Le risque dans l’élection qui vient, c’est la bipolarisation à part les extrêmes et que l’espace central soit complètement avalé dans une logique droite-gauche. (…)
On essaie de regarder avec nos amis de l’UDI, avec nos amis du Parti Radical, avec d’autres forces, comment on peut mieux se parler, comment on peut mieux se coordonner
.

 

Patricia Maussion (députée)
> [Agriculture biologique / Intervention à l’Assemblée] L'agriculture biologique constitue un des outils dans le défi majeur de la transition écologique que l'agriculture doit relever, comme l'ensemble de notre société. Le programme Ambition Bio 2027, mis en place en 2024, avait une ambition forte : porter à 18% la surface agricole cultivée en bio en France d'ici 2027. Cet objectif a été porté à 21% en 2030, dans le cadre de la loi d'orientation agricole avec le soutien de votre prédécesseur Marc Fesneau. Pour atteindre cet objectif, les aides à la conversion dans le cadre de la politique agricole commune 2023-2027 atteignaient 340 millions d'euros par an. 
Mais la crise de consommation des produits biologiques amorcée en 2020 a profondément fragilisé ce secteur qui représente aujourd'hui 10,1% de la surface agricole utile. Elle a freiné les conversions, provoqué des déconversions et entraîné une sous-consommation significative des crédits dédiés : 257 millions d'euros non consommés entre 2023 et 2024 et 150 millions d'euros pour la seule année 2025. 
Face à ce constat, vous avez annoncé début mai le fléchage de 40 millions d'euros vers les zones intermédiaires en soutien, notamment aux mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC). Les MAEC représentent un levier de transition essentiel pour ensemble les agriculteurs et méritent d'être soutenues. 
Toutefois, alors que nous nous apprêtons à débuter l'examen du projet de loi d'urgence agricole, nous sommes nombreux sur ces bancs à avoir besoin de clarté sur l'utilisation des reliquats pour cette année et au-delà. 

 

► Autres 
● Organisations centristes 
♦ Renew Europe
(Députés français du groupe centriste au Parlement européen) 
Bernard Guetta (député)
> Les Russes reculent. Si peu que ce soit, ils reculent au lieu de progresser sur le terrain. Deuxième point: les Ukrainiens sont devenus en matière d'armement une puissance de premier rang mondiale. Ils inventent et produisent tous les mois de nouvelles armes, qui sont à chaque fois des perfectionnements de leurs drones, mais aussi des missiles de longue et moyenne portée. L'Ukraine, de plus en plus régulièrement, touche le territoire russe et fait des dégâts.

> Aujourd'hui, ce qui est frappant, c'est à quel point les objectifs de Benjamin Netanyahou et Donald Trump sont différents, pour ne pas dire divergents. Trump n'aspire qu'à une seule chose : sortir de ce qui est devenu un guêpier économique et politique absolument redoutable pour lui alors que Netanyahou, fidèle à sa ligne depuis trois décennies, veut une chose: le renversement du régime théocratique iranien.

> Il y a sur la table un document de travail qui parle très clairement d'une paix israélo-libanaise et même, entre les lignes, d'une reconnaissance mutuelle. Il y a en ce moment au Liban toute une partie de l'opinion qui défend très ouvertement, et c'est une nouveauté absolue, l'idée d'une reconnaissance mutuelle des deux Etats et donc d'une coopération économique et politique.

> [Opinion: Quatre puissances pour un seul siècle] Il y a un siècle, on savait. Au sortir de la Première guerre mondiale, on savait que les Etats-Unis domineraient le XX° siècle car ils venaient d’affirmer leur prééminence sur les deux superpuissances de l’époque, la France et la Grande-Bretagne. C’était clair, indiscutable et indiscuté, mais aujourd’hui ?
Ce qui frappe aujourd’hui est qu’aucune des puissances en lice ne prend vraiment le pas sur les autres, pas plus la Chine et ses fragilités que les Etats-Unis aux pieds d’argile, la Russie épuisée par la guerre ou l’Europe dont la renaissance reste tellement incertaine.
Deuxième économie du monde et bien près de ravir leur première place aux Etats-Unis, la Chine parait la mieux placée des quatre. Son éveil a été si rapide que c’est avec des airs de suzerain qu’elle reçoit cette semaine Vladimir Poutine après Donald Trump la semaine dernière.
Pour beaucoup de sachants, les jeux seraient faits. Ce siècle serait à coup sûr chinois mais un pouvoir qui ne parvient pas à donner du travail à ses jeunes diplômés et ne sait plus où exporter ses surproductions, qui devra gérer le vieillissement de sa population et n’en finit plus de purger ses cadres politiques et ses généraux, qui s’avère incapable de résoudre une crise immobilière tentaculaire et ne sait s’attacher d’alliés influents sur aucun continent, ce pouvoir-là est-il vraiment aussi fort qu’on le dit ?
Rien ne le prouve. Cela reste à voir car dans un pays où tout dépend d’un seul homme et dont les inégalités sociales et régionales sont aussi profondes, une crise de croissance pourrait vite tourner à la crise de régime. La Chine est un point d’interrogation mais pour ce qui est des Etats-Unis, nul mystère en revanche : ils s’essoufflent à vue d’œil.
Première puissance économique et militaire du monde, l’Amérique s’est décrédibilisée auprès de ses alliés d’Europe, du Golfe et d’Asie depuis qu’elle a réélu Donald Trump à sa présidence. Tout aussi divisée qu’à la veille de sa Guerre de sécession, elle ne fait plus peur qu’aux dirigeants cubains et se casse les dents en Iran sur un régime pourtant haï et désargenté. Il lui reste trois atouts de taille : un pouvoir de nuisance, le dollar et son avance technologique. Ce n’est bien sûr pas rien mais l’hyperpuissance d’hier en est à faire de Taïwan une « monnaie d’échange » avec Xi Jinping qui ne la craint plus guère et la méprise.
Même après Trump, les Etats-Unis auront du mal à refermer leurs plaies mais alors qu’ils peuvent encore rebondir, la Russie s’est, elle, d’ores et déjà condamnée à une longue éclipse. Depuis que son président a préféré une ambition de reconquête impériale à l’industrialisation et à la stabilisation socio-politique dont ses richesses énergétiques et son niveau culturel lui donnaient pourtant les moyens, la Fédération de Russie opère un grand bond en arrière.
Pays le plus étendu du monde, la Russie pourrait même se fractionner tandis qu’à l’inverse, l’Union européenne serre toujours plus ses rangs et va s’étendre à nouveau. Unie comme jamais dans son soutien à l’Ukraine, son refus de laisser l’Amérique annexer le Groënland et son opposition à l’aventure iranienne, l’Union a entrepris de se doter d’une défense commune et s’affirme en puissance politique.
Les autres démocraties européennes se rapprochent d’elle. Canada en tête, des pays d’autres continents sont également tentés de le faire. L’Europe remonte en puissance mais elle ne confirmera l’essai qu’en réussissant à constituer ses propres géants industriels civils et militaires, à unifier pour cela ses marchés de capitaux, à créer les conditions d’un codéveloppement avec l’Afrique et à définir les degrés d’intégration différenciés permettant à l’Union de s’élargir sans risquer de blocages institutionnels.
Les Etats membres, le Parlement et la Commission en sont conscients. A Bruxelles et dans les 27 capitales, on ne parle plus que de cela mais pour ne pas rater son rendez-vous avec l’Histoire, c’est maintenant que l’Europe doit passer des paroles aux actes.

 

Pascal Canfin (député)
> De bonnes nouvelles pour la transition énergétique !
Premièrement, les épisodes de prix négatifs sur les marchés de l'électricité se multiplient et prennent de l'ampleur, en France comme en Allemagne.
Des prix négatifs, c'est le reflet d'une production renouvelable qui dépasse parfois la demande. En clair : la transition énergétique avance, et plus vite qu'on ne le pensait. C'est aussi un signal fort pour les industriels qui hésitent encore à électrifier leurs processus : l'électricité est disponible en abondance. Un facteur de confiance non négligeable pour accélérer la décarbonation industrielle. La spirale de prix négatifs n'est pas désirable en soi car elle fragilise les investissements dans les renouvelables. Pour y remédier, il faut investir dans le stockage.
Bonne nouvelle car le coût du stockage par batterie a été divisé par deux depuis 2022.
Combinés au solaire ou à l'éolien, ces systèmes peuvent aujourd'hui alimenter des réseaux 24h/24 à prix compétitif. Ce que ça change concrètement :
- L'intermittence des ENR n'est plus un argument recevable ;
- Les fossiles passeront à terme du rôle de «baseload» (indispensable) à celui de «backup» (résiduel).
Ceux qui utilisent l'argument l'intermittence contre les renouvelables oublient une chose : les fossiles ont leur propre intermittence comme le rappelle le détroit d'Ormuz...
Ces deux signaux pointent vers la même solution : investir massivement dans les réseaux, le stockage et les flexibilités et produire chez nous une électricité décarbonée à partir de nucléaire et de renouvelables afin d’assurer notre souveraineté !

 

Christophe Grudler (député)
> L’IA multiplie les cybermenaces : celles-ci sont désormais plus sophistiquées, plus rapides et plus nombreuses. Si nous ne disposons pas d’outils de protection à la hauteur, l’Europe sera plus vulnérable que jamais. Pour le bien des citoyens, des entreprises et des institutions publiques, nous devons accélérer le développement d’une IA européenne dédiée à la cybersécurité et relever notre niveau général de défense numérique.

 

● Personnalités centristes
Clément Beaune (haut-commissaire au Plan)

> L’Observatoire du numérique est un dispositif simple et concret : recenser les dépendances aux outils numériques non européens, auprès des entreprises elles-mêmes, de toutes tailles et tous secteurs, pour identifier les points faibles et y remédier ensuite, en proposant des solutions alternatives françaises et européennes. Un levier d’action inédit qui part du terrain !

 

Sarah El Hairy (haut-commissaire à l’Enfance)
> 1 milliard d’enfants subissent chaque année des violences. Ce chiffre n’est pas une statistique parmi d’autres : c’est un signal mondial d’urgence. La France est pleinement engagée pour faire de la protection de l’enfance une priorité nationale et internationale.

> [Opinion: Humaniser l’algorithme: ce que la démocratie doit à ses enfants]
Les démocraties modernes savent désigner leurs vulnérabilités lorsqu’elles deviennent visibles dans l’ordre économique ou géopolitique. Elles parlent alors d’indépendance énergétique, d’autonomie stratégique, de sécurité économique, de souveraineté industrielle. Ce vocabulaire n’est pas pure rhétorique : il traduit l’expérience accumulée d’un siècle de désillusions, à savoir qu’il existe des dépendances qui, lorsqu’elles ne sont pas anticipées, affaiblissent durablement une collectivité : aucun marché, fut-il parfaitement informé, ne suffit à produire spontanément les conditions de sa propre continuité.
Il est pourtant frappant que ce mouvement n’ait pas encore véritablement concerné l’enfance. Nous continuons à la penser soit comme un domaine sectoriel de l’action publique (la santé scolaire, la protection judiciaire, la politique familiale, la régulation des contenus), soit comme l’objet d’une sollicitude privée que l’État viendrait, au mieux, accompagner. Dans les deux cas, nous sous-estimons sa portée politique. L’enfance n’est pas seulement une population à protéger ; elle est le moment où se forment les dispositions sans lesquelles ni la liberté, ni la confiance, ni l’apprentissage, ni la participation civique, ni le travail même, ne tiennent durablement.
Cette remarque prend une force nouvelle dans l’environnement contemporain. À chaque révolution technique majeure, les sociétés ont fini par découvrir, souvent avec retard, que les transformations engagées ne touchaient pas seulement les outils ou les marchés, mais les conditions mêmes de l’existence humaine. La révolution industrielle a transformé le travail physique ; il a fallu un siècle de doctrines, de mobilisations et d’institutions pour que l’on cesse de considérer le travailleur comme une simple variable de production et que l’on reconnaisse en lui une personne porteuse de droits. Nous sommes aujourd’hui devant un basculement comparable, mais qui ne porte plus seulement sur les corps : il porte sur l’esprit. L’économie numérique, l’organisation algorithmique de l’attention, les formes de socialisation médiée, la pression publicitaire ciblée et la circulation accélérée de contenus extrêmes modifient les conditions mêmes du développement cognitif, affectif et moral.
Nous ne sommes plus seulement confrontés à des risques externes, qu’il suffirait de signaler ou de contenir. Nous sommes confrontés à des environnements dans lesquels la vulnérabilité infantile est intégrée à des modèles d’affaires, à des logiques d’engagement et à des architectures techniques. Là où la machine industrielle modifiait la force de travail, les outils contemporains modifient les capacités mêmes par lesquelles l’enfant devient peu à peu un sujet : son attention, sa mémoire, son jugement, son rapport au temps long, sa capacité à supporter l’ennui d’où surgit la pensée. Ce n’est plus une question sectorielle : c’est une question anthropologique.
Si tel est le cas, alors la question de l’enfance relève bien de la puissance publique. Non au sens paternaliste d’un État qui se substituerait aux familles, celles-ci demeurent, par nature, le premier lieu de la formation et de la protection mais au sens plus profond d’un ordre politique qui reconnaît que certaines conditions de formation du sujet ne peuvent être abandonnées sans dommage à des intérêts privés, à des effets de marché ou à des architectures techniques sans boussole commune. C’est précisément ce que les grandes doctrines sociales ont rappelé, à chaque fois que la technique a paru se dispenser de la conscience qui devait l’accompagner : il existe des biens dont l’État n’est ni le propriétaire ni l’organisateur, mais dont il est le garant parce que personne d’autre ne peut l’être.
Une doctrine publique de l’enfance: trois exigences
Parler d’une doctrine publique de l’enfance n’est pas céder à une mode rhétorique. C’est tenter de donner à un sujet trop souvent traité par fragments un texte ici, une circulaire là, une campagne ponctuelle, la cohérence d’une vision. Une doctrine articule des principes, des institutions et des moyens. Trois exigences en composent l’ossature.
L’exigence normative : tracer ce qui ne se vend pas. La première exigence est normative. Une démocratie ne se définit pas seulement par ce qu’elle autorise ; elle se définit aussi par ce qu’elle refuse de soumettre à la transaction. Nous savons interdire la vente d’un certain nombre de choses parce que nous reconnaissons qu’elles ne sont pas, par nature, des marchandises : les organes humains, les votes, certaines formes de travail. Nous n’avons pas encore inscrit aussi clairement que la captation systématique de l’attention d’un mineur, l’optimisation de son engagement à des fins commerciales, l’exposition réglée à des contenus conçus pour exploiter ses fragilités, sont d’une nature qui appelle une limite, non une simple modération.
Définir des limites substantielles à ce qui peut être conçu, commercialisé ou diffusé lorsque les mineurs sont en jeu : telle est la première exigence. Cela suppose de quitter une logique purement procédurale exiger un consentement, afficher un avertissement, modérer a posteriori pour entrer dans une logique substantielle, qui interroge les finalités mêmes des dispositifs. Non pas seulement : ce contenu est-il licite ? Mais : cet environnement est-il compatible avec ce que nous devons à un être en formation ?
Le débat sur l’accès des moins de quinze ans aux réseaux sociaux est révélateur. Tant qu’il s’est limité à un encadrement procédural (vérification de l’âge, paramétrage par défaut, signalement), il avait buté sur l’écart abyssal entre les moyens publics et les ingénieries privées. Reconnaître que certaines architectures de captation ne sont pas conçues pour des esprits en construction, et qu’il existe par conséquent un seuil en deçà duquel l’usage doit être empêché, ce n’est pas brimer une liberté : c’est lui rendre son sens. La même logique vaut pour les jeux d’argent déguisés en mécaniques de jeu vidéo, pour la publicité ciblée sur mineurs, ou pour les contenus générés par intelligence artificielle qui simulent une intimité avec des enfants. Une doctrine ferme ouvre, ici, l’espace où une liberté véritable redevient possible.

Cette exigence normative ne s’oppose pas à la liberté ; elle en est la condition. La liberté n’est pas l’absence de cadre, elle est ce qui devient possible lorsque le cadre est juste. Renoncer à tracer les limites au nom d’un libéralisme indifférencié, c’est laisser ces limites être tracées par d’autres par les acteurs économiques les mieux armés, qui définiront alors, à notre place, les conditions dans lesquelles nos enfants apprendront, jugeront, aimeront.
L’exigence institutionnelle : sortir de la dispersion. La deuxième exigence est institutionnelle. Le sujet de l’enfance, dans la plupart de nos administrations, est éclaté entre l’éducation, la santé, le numérique, la consommation, la protection judiciaire, la culture, la famille. Cette dispersion n’est pas un détail technique ; elle traduit une absence d’organisation de la doctrine. Quand un sujet n’a pas de doctrine, il n’a pas de centre.
Cesser de disperser le sujet entre une dizaine de directions, et construire une capacité d’action réellement transversale, suppose de penser l’État dans son architecture même. Il ne s’agit pas de créer un guichet supplémentaire, ni d’empiler une nouvelle structure sur celles qui existent. Il s’agit de doter la puissance publique d’une fonction d’interpellation, d’expertise et de saisine, capable de regarder l’ensemble des politiques sectorielles depuis un point de vue unique : celui de l’enfant. Cette fonction existe. En France, il s’agit du Haut-commissariat à l’Enfance, sous des formes encore embryonnaires ; elle gagnerait à être affirmée comme une institution majeure, à l’image de ce que sont devenues, en leur temps, les autorités chargées de la concurrence ou de la protection des données.
Lorsqu’une plateforme déploie un nouvel outil susceptible d’affecter des mineurs (un assistant conversationnel par intelligence artificielle, un dispositif de recommandation, un système de monétisation), la question se pose à la fois en droit du numérique, en droit de la consommation, en santé publique, en éducation et en protection de l’enfance. Aucune administration, prise isolément, ne peut tenir l’ensemble du sujet. Une instance transversale, dotée de moyens d’audit, de saisine et d’interpellation, transformerait la régulation : elle passerait d’une logique de réaction en aval où l’on intervient quand le dommage est avéré à une logique d’anticipation en amont, où la conception même est interrogée. C’est cette inversion qu’une doctrine publique de l’enfance rend possible.
L’histoire des grandes politiques publiques le rappelle : il y a un moment où une intuition sociale doit devenir une institution. Le droit du travail, la protection sociale, la régulation financière, la protection des données : aucun de ces édifices n’est sorti spontanément du débat, mais chacun a procédé du choix lucide de doter une cause d’une architecture.
L’exigence économique : l’enfance comme investissement, non comme dépense. La troisième exigence est économique. Nous tenons souvent un discours qui oppose, implicitement, le sérieux des politiques productives (investissement, compétitivité, innovation) et parfois la sollicitude des politiques d’enfance, classées dans le registre des dépenses sociales, à arbitrer. Cette hiérarchie est un legs implicite : elle suppose que la production précède la formation, alors que c’est l’inverse. Aucun appareil productif ne tient longtemps si les sujets qui devront l’animer, l’habiter, le contester et le renouveler n’ont pas reçu, en amont, les conditions de leur formation.
Reconnaître que l’investissement dans l’enfance n’est pas une dépense mais une condition de productivité, de cohésion et de résilience démocratique, c’est restituer leur poids économique à des politiques aujourd’hui pas suffisamment considérées : la santé périnatale, la qualité des modes d’accueil de la petite enfance, la formation initiale des enseignants, la lutte contre l’illettrisme, la santé mentale des adolescents, l’accompagnement des familles. La littérature économique elle-même (celle qui a valu un prix Nobel à James Heckman pour ses travaux sur le rendement des investissements précoces) a établi de longue date que le rendement social et économique d’un euro investi dans la petite enfance dépasse, et de loin, celui de la plupart des dépenses publiques que nous traitons pourtant avec bien plus d’égards.
Par exemple, les pertes silencieuses liées à la santé mentale des adolescents (décrochage scolaire, ruptures de soins, désinsertion professionnelle, charges de long terme sur le système de protection sociale) sont rarement intégrées dans nos arbitrages budgétaires, parce qu’elles se manifestent à un horizon plus long que celui des annuités. Le coût d’une politique ambitieuse de prévention paraît élevé tant qu’on le compare à un budget à un an ; il devient dérisoire lorsqu’on le rapporte aux pertes économiques cumulées, sur une décennie, des troubles non traités. La même bascule de regard vaut pour la régulation des environnements numériques qui dégradent l’attention des plus jeunes : les coûts d’adaptation imposés par le marché à des esprits en formation finissent par peser sur le système éducatif, sur le système de santé et, à terme, sur la productivité même de l’économie. Une doctrine publique de l’enfance assume ce raisonnement et le rend lisible : elle réintègre dans la comptabilité de la nation ce que la comptabilité courante ne sait pas voir.
Cette exigence économique a une portée politique : elle déplace la conversation publique. Elle permet de dire que protéger n’est pas dépenser c’est investir. Et qu’investir dans l’enfance, ce n’est pas faire preuve de générosité ; c’est faire preuve de lucidité stratégique. Là est, sans doute, la formule la plus utile à transmettre à une époque qui aime les évidences mesurables : l’enfance est une politique de la puissance, autant qu’une politique de la dignité.
La liberté véritable suppose un cadre
Un tel déplacement oblige à reconsidérer le débat sur la liberté. L’argument selon lequel il suffirait de “mieux informer” les usagers ou de renvoyer chacun à ses choix ignore une asymétrie fondamentale. Les enfants ne se rencontrent pas comme des acteurs souverains dans un marché d’options neutres ; ils se forment au sein d’environnements conçus par d’autres, orientés par d’autres et optimisés selon des finalités qu’ils ne maîtrisent pas et que, le plus souvent, leurs parents eux-mêmes ne connaissent pas. La liberté ne consiste pas à abandonner cette formation au jeu des puissances les mieux armées ; elle consiste à instituer des limites pour rendre l’autonomie possible.
Cette intuition n’est pas neuve. C’est elle qui a inspiré, à chaque grande inflexion de la modernité, ceux qui ont refusé l’alternative paresseuse entre laisser-faire et coercition. Lorsque la révolution industrielle a fait apparaître la condition ouvrière, on a cru d’abord que le marché suffirait à corriger ses propres excès. Il a fallu plusieurs décennies pour reconnaître qu’une intervention de la puissance publique, loin de menacer la liberté, en restaurait les conditions. Le droit du travail, la sécurité sociale, l’encadrement de la durée du travail : aucune de ces grandes constructions n’a été pensée contre la liberté ; toutes ont été pensées pour qu’elle soit possible. La même logique s’impose aujourd’hui aux conditions cognitives et morales de la formation des plus jeunes. Ce n’est pas l’État qui restreint la liberté en encadrant un environnement numérique conçu pour l’exploiter ; c’est l’environnement qui la confisque, lorsqu’aucun cadre n’en discipline les finalités.
Cette troisième voie refuser à la fois le laisser-faire qui livre l’enfant aux modèles d’affaires, et la coercition qui prétendrait régir tout son développement, n’est pas un compromis paresseux. C’est une exigence civilisationnelle. Elle reconnaît que la famille demeure le lieu premier de la formation, que les corps intermédiaires (école, associations, mouvements de jeunesse, professionnels de la protection) en sont l’environnement nécessaire, et que l’État en est, non l’opérateur, mais le garant. Cette articulation a un nom : elle suppose que la société n’est pas réductible à la juxtaposition de l’individu et de l’État, et que les institutions intermédiaires y jouent un rôle structurant.
Une condition de la liberté politique
C’est pourquoi l’enfance doit redevenir une catégorie politique. Non pour moraliser le débat public, ni pour le saturer d’indignation, mais pour rappeler qu’une démocratie ne se perpétue pas seulement par ses procédures et ses institutions formelles. Elle se perpétue par la qualité des êtres qu’elle contribue à former. Si elle laisse s’installer des dispositifs qui compromettent l’attention, la confiance, le rapport au vrai et la stabilité psychique des plus jeunes, elle se rend vulnérable à un niveau beaucoup plus profond que celui qu’elle croit traiter par ailleurs. La défense des frontières, la sécurité économique, la souveraineté technologique ne suffiront pas si, dans le même temps, nous laissons s’étioler la matière même dont est faite la souveraineté : des sujets capables d’attention, de jugement et d’engagement.
Toutes les grandes doctrines publiques sont nées d’un même geste : refuser que la technique impose seule sa norme à la conscience commune. Hier, il s’agissait d’humaniser l’usine ; aujourd’hui, il s’agit d’humaniser l’algorithme. Les principes ont peu changé : la dignité de la personne avant l’efficacité du dispositif, le bien commun avant la maximisation des intérêts privés, la responsabilité partagée avant la délégation aveugle à l’automatisme. Ce qui a changé, c’est l’échelle. La nouvelle question sociale n’est plus seulement sociale ; elle est anthropologique. Elle ne porte plus seulement sur les conditions matérielles d’existence ; elle porte sur les conditions cognitives, affectives et morales de l’humain en devenir.
Une politique se juge à ce qu’elle fait des plus vulnérables. Une démocratie se juge à ce qu’elle réserve aux êtres qui ne votent pas encore, mais qui voteront ; qui ne produisent pas encore, mais qui produiront ; qui n’écrivent pas encore l’histoire, mais qui devront l’hériter. À cette condition seulement, le mot protection cessera d’être défensif pour devenir ce qu’il devrait toujours être : une condition positive de la liberté politique, et l’indice tangible qu’une civilisation continue de se penser.

 

 


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