mardi 16 janvier 2018

Actualités du Centre. Axe central: une offre unique aux européennes?

Valls, Macron, Bayrou, Lagarde, Juppé, cinq des leaders de l'axe central
Depuis qu’Emmanuel Macron a soufflé l’idée à Alain Juppé qui l’a proposée tout en ne la proposant pas, la possibilité d’une liste unique aux prochaines européennes des formations et des personnalités représentatives de l’axe central (regroupant les libéraux progressistes de droite, les libéraux sociaux du Centre et les sociaux-libéraux de gauche, tous en faveur d’une plus grande intégration européenne) fait son chemin.
Personne ne sait encore si une offre commune pourra voir le jour, ni même si celle-ci serait plus efficace que plusieurs listes face aux eurosceptiques de LR voire du PS et aux anti-européens de FI et du FN.
On sait que François Bayrou (MoDem) est favorable à cette liste unique tout comme l’est Christophe Castaner (LREM) ou Franck Riester (Agir).
En revanche, Hervé Morin (Les centristes) ne s’est pas prononcé tandis que Laurent Hénart et Sylvia Pinel (Mouvement radical social-libéral) veulent leur propre liste tout comme Jean-Christophe Lagarde (UDI).
Mais les choses ne sont pas si simples car dans les partis favorables à une offre commune, il y a des adversaires à cette option et pour ceux qui y sont opposés, il y a des défenseurs de ce regroupement des pro-européens.
Toujours est-il, comme l’a déclaré au quotidien Le Parisien, Hervé Marseille, membre de l’UDI er président du groupe Union centriste au Sénat, «Les européennes seront le vrai test de la reconfiguration politique initiée à la présidentielle».
Et de préciser: «Nous sommes en accord avec le discours européen tenu par le chef de l’Etat à la Sorbonne. Nous sommes favorables au principe d’une circonscription unique préconisé par l’Elysée. Mais c’est trop tôt pour décider d’une liste commune».
D’autant que le proche de Lagarde n’exclut pas une alliance avec LR sauf si Laurent Wauquiez, son président, continue à critiquer l’Union européenne.
Néanmoins, il ne semble pas favorable à une liste UDI qui gravite actuellement autour des 3% d’intentions de vote…
La récente déclaration de François Bayrou expliquant qu’il ne sera pas tête de liste lors des européennes, ni même candidat, paradoxalement ouvre cependant la voie à une possible liste de tout l’axe central.
En effet, pour beaucoup de centristes, il aurait été hors de question de se ranger derrière le leadership du président du MoDem.
Surtout, le «recul» qu’Alain Juppé vient de prendre avec LR renforce l’idée d’une possible alliance entre ses troupes (dont fait partie, rappelons-le, le premier ministre, Edouard Philippe) et celle de la majorité présidentielle ce qui aurait, mécaniquement, un effet d’entrainement pour celles de l’UDI, de Les centristes et du Mouvement radical, formations qui soutenaient le maire de Bordeaux, voire Bruno Le Maire (actuel ministre de l’Economie), lors de la primaire de LR.
Bien évidemment, l’état de l’opinion publique jouera également en faveur ou non de cette liste unique ainsi que la conjoncture économique et sociale.
Si la première n’est pas favorable au président de la république et si la seconde est mauvaise, parions que beaucoup de formations de l’axe central préfèreront alors y aller sous leurs propres couleurs que derrière celle de la majorité présidentielle.


Actualités du Centre. Immigration: Bayrou se définit en humaniste face au pouvoir exécutif

François Bayrou
François Bayrou, au micro de RTL, à propos de la future loi sur l’immigration et de la distinction entre les demandeurs du droit d’asile et l’immigration économique, a défendu, le 14 janvier dernier le point de vue du gouvernement.
«Quelle est la question? La France doit respecter un droit d'asile et moi je dis qu’elle a un devoir d'asile. Le mot de devoir d'asile pour un pays comme le nôtre, avec son histoire, et pour un pays qui, dans le concert des Nations, joue un rôle très important (…) est pour moi impératif, une chose essentielle (…) lorsque des femmes ou des hommes des êtres humains se trouvent en danger en raison de la guerre, de persécutions, de dictature, lorsque leur vie est menacée. Pour moi, c'est le premier impératif. Deuxièmement, il y a pour l’État un impératif qui est le même de celui que j'exprimais à propos de Notre-Dame-des-Landes qui est de faire respecter ou d’établir, dans la société dont il a la charge, le respect d'un certain nombre de règles. Cela, c'est un deuxième impératif et ce sont ces deux impératifs-là qui inspirent l'action du gouvernement. Ce que dit le Ministre de l'Intérieur et ce que dit, au fond, l'administration et l’État c'est: Il y a des examens au cas par cas. Il y a des situations dans lesquelles on regarde si oui ou non l'asile peut être accordé mais s'agissant des grands nombres, alors, c'est tout à fait légitime de vérifier qu'il y a le moins possible d'illégaux sur notre sol Pourquoi? Pas seulement par respect fétichiste de l’ordre que l'on établirait, pas du tout. La raison principale c'est que, si vous ne faites rien, alors se développent dans l'opinion publique un sentiment de l'impuissance de l’État et le sentiment du caractère irrémédiable d'un envahissement, c'est comme cela qu'ils disent. Le développement de ce sentiment-là s'accompagne évidemment du développement de la xénophobie, s'accompagne évidemment d'un sentiment de rejet et qui en est victime? Il y a deux victimes. Il y a la société qui devient une société de tension et de haine et de ciblage d'une partie de la population et également les migrants eux-mêmes. Les migrants eux-mêmes se trouvent les victimes du développement de ce sentiment de rejet.»
Et de poursuivre:
«Je témoigne ici qu'il peut y avoir une sensibilité politique qui dit d’abord, oui, ces femmes et ces hommes-là méritent qu'on les respecte, qu'on parle avec eux, c'est l'écoute que vous évoquiez à l'instant et, ensuite, oui, les règles qui sont établies par l’État, elles doivent être respectées et c'est la mission de l’État de le faire.»
Et même s’il ne pense pas être, dans ce domaine comme dans d’autres, «l’Antigone d’Emmanuel Macron», François Bayrou s’est permis une analogie entre sa position face au pouvoir exécutif et la sienne par rapport aux personnages de la pièce de Sophocle: «Vous me permettez une référence littéraire ou philosophique très vite parce que ce n'est pas souvent qu'on a l'occasion de le faire c'est un vieux débat, c'est un débat qui a vingt-cinq siècles. Dans Sophocle, dans l'immense pièce de théâtre dont je considère qu'elle est à l'origine de la civilisation qui est la nôtre ou une des origines, qui s'appelle Antigone, il y a deux positions: la position de celui qui a la charge de la loi qui s'appelle Créon c'est le roi et la position d'Antigone qui regarde, elle, l’être humain qui est touché par la loi.»


lundi 15 janvier 2018

Une Semaine en Centrisme. Axe central: clarification à droite avec le départ de Juppé de LR

Alain Juppé
L’aile droite de l’axe central (regroupant les libéraux progressistes de droite, de gauche et du centre, d’Alain Juppé à Manuel Valls en passant par Emmanuel Macron et François Bayrou) poursuit son émancipation.
Après le ralliement de certains de ses membres à Emmanuel Macron avant le premier tour de la présidentielle, après la présence de ministres de droite dans le gouvernement de ce dernier et notamment du premier ministre, Edouard Philippe, après la création de Les Constructifs puis de Agir, regroupant tous les droitistes qui se veulent dans un soutien critique au président de la république, après la départ de personnalités comme Xavier Bertrand, le président de la région des Hauts-de-France, c’est au tour désormais de l’aile modérée et libérale de Les républicains de quitter cette dernière formation qui a décidé, avec l’élection de Laurent Wauquiez à sa tête de se radicaliser et de se rapprocher des thèses du Front national.
Ainsi, en deux jours, ce sont deux de ces figures qui ont décidé ce rompre les amarres après bien d’autres militants et élus auparavant.
D’abord, c’est Dominique Bussereau, président du conseil départemental de la Charente Maritime et de l’Assemblée des départements de France qui s’est mis «en congé» de LR.
Mais c’est surtout, Alain Juppé, le maire de Bordeaux, ancien premier ministre et fondateur de feue l’UMP qui a décidé de «prendre du recul» de ne pas payer sa cotisation au parti pour 2018.
Le maire de Bordeaux, lors de sa présentation de ses vœux à la presse, a expliqué, «J'ai fait savoir que je ne souhaitais pas rester à la tête de la fédération LR de Gironde. Je prends du recul en attendant de voir ce que devient LR notamment dans la perspective des élections européennes de 2019».
Ces dernières, selon lui, seront «un rendez-vous majeur, un point de clivage fondamental. Il y aura ceux qui sont contre et ceux qui sont pour» l'Europe.
En outre, il a estimé que «L'un des problèmes du parti Les républicains, c'est que sa composante centriste s'est détachée».
Alain Juppé n’a, par ailleurs, ni l’intention d’adhérer à La république en marche, ni «à créer un parti ou une chapelle» mais «veux être libre»: «J'ai envie de liberté et d'analyse».
Si ces départs ne sont pas une surprise tant l’aile libérale progressiste de LR n’y avait plus sa place, elles sont, à la fois, un coup dur pour la formation de droite qui se réduit comme peau de chagrin et un passage à l’acte qui renforce cet axe central dont on rappelle que Juppé souhaite son regroupement dans une liste unique pour les prochaines élections européennes de 2019.
Cette recomposition de l’espace politique de la droite française est dans l’ordre des choses comme l’est celle de l’espace politique de la gauche où une partie des réformistes à rejoint la président de la république ou ont intégré cet axe central informel pour l’instant.
Il faut rappeler que si l’élection d’Emmanuel Macron a été un accélérateur de cette recomposition, elle en est aussi une des conséquences.
Ainsi, l’apparition d’un axe central est antérieure à son offre politique et à la création d’En marche!
Toute son intelligence a été de formaliser ce mouvement en profondeur et, grâce à des circonstances favorables (notamment la défaite d’Alain Juppé à la primaire de LR face à François Fillon), de l’incarner et de le porter au pouvoir.
Quant à la Droite, les mois qui viennent devraient clarifier une situation qui peut encore bouger dans un sens ou l’autre.
Ainsi, si Wauquiez se voit contester de l’intérieur de LR – ce qui n’est pas du tout le cas pour l’instant –, cela pourrait redonner des couleurs à une aile modérée qui n’aurait pas besoin d’aller chercher ailleurs un espace politique.
En revanche, si le nouveau président du parti parvient à conforter son pouvoir et à mettre en avant ses idées et sa stratégie, on ne voit pas comment les libéraux progressistes pourraient demeurer dans LR sauf à se fourvoyer, en abandonnant leurs valeurs.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC


dimanche 14 janvier 2018

Actualités du Centre. Obama: les «faits alternatifs», un des plus gros dangers pour la démocratie

Barack Obama
L’ancien président américain et centriste, Barack Obama, a inauguré la nouvelle émission d’une des stars de la télévision américaine, David Letterman, «Mon invité n’a pas besoin d’être présenté» (My guest needs no introduction), programmé sur Netflix.
Au cours de leur entretien, il a expliqué qu’«un des plus gros challenges qui se pose à notre démocratie est l’ampleur de ce que nous ne partageons pas un base commune de faits. C’est ce que les Russes ont exploités (lors de la présidentielle de 2016), mais c’était déjà là, c’est que nous nous mouvons dans des univers d’information complètement différents. Si vous regardez Fox News (télévision de la droite radicale et extrême), vous vivez sur une planète différente que si vous écoutez NPR (la radio publique).
Il a ajouté:
«Si vous recevez toutes vos informations d’algorithmes sur un téléphone, cela renforce tous vos préjugés. C’est ce qui se passe avec ces pages Facebook sur lesquelles de plus en plus de gens s’informent. Vous vivez alors dans une bulle et je crois que c’est pourquoi notre vie politique est si polarisé dorénavant. Je pense que l’on peut résoudre ce problème, mais nous avons besoin d’engager une grande réflexion à ce sujet.»
Poursuivant sur cette problématique ô combien essentielle pour l’avenir des régimes démocratiques, il est revenu sur les réseaux sociaux du web et leur utilisation pour délivrer de l’information et des messages:
«Lors de notre campagne de 2007-2008 (qui l’a portée à la Maison blanche) nous avons été parmi les premiers à utilisé les réseaux sociaux (…) et nous avons construit ce qui s’est avéré probablement être la campagne politique la plus efficace de l’histoire politique moderne. J’avais alors une vision très optimiste de ceux-ci. Je crois que ce que nous n’avons pas bien imaginé alors était la force avec laquelle les gens qui ont le pouvoir, les intérêts particuliers, les gouvernements étrangers, etc. pouvaient en réalité les manipuler et les utiliser pour de la propagande.»
Revenant sur la Grande récession qui a marqué les premiers temps de sa présidence, il a rappelé que «les gens ont oublié la gravité de la situation. L’économie était en train de s’effondrer encore plus vite que lors de la Grande dépression (de 1929). Le mois où j’ai commencé mon mandat, nous avons perdu 800.000 emplois, juste en un mois. Et une des choses dont je suis le plus fier c’est que, en moins d’un an, nous avons eu une croissance de l’économie et qu’en moins d’un an et demi, nous avons créé plus d’emplois qu’ils ne s’en détruisaient».
Mais, son diagnostic pour le futur n’est pas particulièrement optimiste quant à la survenance d’une autre très grave crise économique:
«Il y a ces tendances à long terme qui sont encore un problème, vous avez encore l’augmentation des inégalités. La combinaison de la technologie et de la globalisation (mondialisation économique) signifie qu’il y a des pans entiers de l’industrie et des catégories entières d’emplois qui vont disparaître. Si tout l’argent va à quelques personnes au sommet qu’ils investissent dans ces produits où ils peuvent maximiser leurs profits, alors nous aurons des bulles. C’est de cette façon que vous commencez la surchauffe du système financier».


samedi 13 janvier 2018

Actualités du Centre. Allemagne – Nouvelle gouvernance au centre et plus pro-européenne prévue

Angela Merkel (CDU) & Martin Schulz (SPD)
Avec l’accord entre la CDU-CSU et le SPD – qui doit être encore complété puis validé par les militants –, l’Allemagne s’achemine, à nouveau, vers un gouvernement de «grande coalition» (regroupant les deux partis dominants de la scène politique depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale) et, sans doute, une gouvernance, sinon du Centre, un peu plus au centre que lors de la précédente législature.
Si cette accord permet à Angela Merkel de demeurer chancelière et aux démocrates chrétiens de la CDU de ne pas revenir devant les électeurs (même si les sondages indiquent que les résultats seraient les mêmes que lors des législatives de septembre dernier) et au pays d’éviter une crise politique, voire une montée des extrémistes avec le parti d’extrême-gauche Die Linke mais surtout les fascistes de l’AfD, il posera sans doute plus de problèmes aux sociaux-démocrates du SPD qui avaient enregistré leur pire résultat depuis 1945 et qui vont devoir, à nouveau, être les alliés secondaires dans cette coalition.
Néanmoins, après la déconvenue électorale, Merkel et son parti vont sans doute adopter une politique plus sociale et plus pro-européenne, ce que demandait le SPD pour conclure une alliance.
Concernant l’Union européenne, le texte de l’accord indique que l’Allemagne veut un «nouveau départ» pour l'Europe qui doit «plus qu'avant prendre son destin entre ses mains».
Dans ce cadre, l'Allemagne veut participer «activement au débat sur l'avenir de l'UE» au niveau fiscal, économique (compétitivité, investissement, etc.) social (dont la mobilité) mais aussi sur les valeurs démocratiques devant la montée des extrémismes et des populismes.
Concernant la zone euro, l’accord indique que «nous soutenons les crédits budgétaires spécifiques destinés à la stabilisation économique et à la convergence sociale ainsi qu'au soutien des réformes structurelles dans la zone euro, qui pourraient constituer le point de départ d'un futur budget d'investissement pour la zone euro».
Un engagement qui a été salué par le président de la république français, Emmanuel Macron qui a déclaré, «Je suis heureux et satisfait que Mme Merkel puisse avancer vers un gouvernement de coalition qui sera utile et qui est attendu par l'Europe et la France».