samedi 20 octobre 2018

Vues du Centre. Mélenchon, l’étonnant mix de Trump, Le Pen et Chavèz

Par Jean-François Borrou

Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.
Jean-François Borrou est le pseudonyme d’un journaliste proche des idées centristes.


Le Pen & Mélenchon, alliés objectifs contre la démocratie
Rappelez-vous, lors des dernières élections présidentielles dans leurs pays respectifs, un candidat (Trump aux Etats-Unis) avait dit qu’il ne reconnaitrait pas la victoire de sa rivale et un autre (Mélenchon en France) a été le seul à contester les résultats du premier tour, parlant de fraude, estimant qu’il était arrivé en seconde position (en réalité quatrième) et devait affronter Macron.
Aujourd’hui, un autre candidat affirme qu’il ne reconnaitra pas les résultats s’il est battu, c’est le candidat d’extrême-droite à la présidentielle brésilienne (Bolsonaro)…
Comme Trump et Bolsonaro (mais aussi Marine Le Pen), Mélenchon s’en prend systématiquement aux médias et aux journalistes, les menaçant, les insultant et en les rendant coupable d’un grand complot, évidemment dirigé contre lui.
C’est aussi ce qu’a fait durant des années Jean-Marie Le Pen ou Georges Marchais…
Mélenchon est tellement dans la haine qu’il critique même les médias qui le soutiennent (franceinfo et Médiapart) comme le fait Marine Le Pen avec BFMTV!
Et ses «indignations» à l’Assemblée nationale après les perquisitions légales des locaux de son mouvement et de son domicile suite à des enquêtes sur de possibles fraudes et détournements de fonds ont été applaudies par tous les députés d’extrême-droite avec un soutien particulièrement fort de Marine Le Pen qui a expliqué que le pouvoir s’en prenait aux «deux principaux partis d’opposition» dont désormais, grâce aux dites perquisitions, détenaient toutes les listes, tous les noms et tous les documents de la France insoumise et du Rassemblement national, allant dans le sens complotiste de Jean-Luc Mélenchon.
Tout ce cirque granguignolesque ferait une mauvaise comédie de série Z.
Malheureusement, ce sont des élus de la nation qui tapent sans discontinuer sur le système et appellent à la rébellion et à la résistance.
Alors oui, voilà les ennemis de la démocratie républicaine, de l’état de droit, des valeurs humanistes et libérales que doivent affronter sans relâche, ici, dans notre pays, le Centre et, plus largement, l’axe central défini par Alexandre Vatimbella.
J’ai été très étonné, à ce propos, de la réaction très mesurée de François Bayrou devant les agissements inqualifiables de Mélenchon lors de la perquisition voulue par la justice républicaine et réalisée avec le concours de la police républicaine.
Notre époque produit des personnages comme Trump et Mélenchon, comme Orban et Maduro (successeur de Chavèz, apprenti-dictateur admiré par le leader de la France insoumise), comme Duterte et Iglesias.
ils surfent sur les instincts les plus noirs des populations et leurs récriminations populistes.
C’est avec l’énergie de ceux qui ne veulent pas le retour des hydres totalitaires que les défenseurs de la liberté doivent les empêcher de conduire le monde à des années de plomb avec le concours des tristes sires que sont Poutine, Xi, Kim, Assad, Khamenei et quelques autres, tous parmi les individus les plus détestables de la planète.

Jean-François Borrou


vendredi 19 octobre 2018

Actualités du Centre. L’UDI se veut dans l’opposition mais regrette de n’être pas au gouvernement!

Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI
Les contradictions politiques sont légions ainsi que les déclarations des politiques qui disent tout et son contraire.
En voici une nouvelle preuve éclatante avec les récriminations de l’UDI qui se plaint d’avoir été oubliée par Emmanuel Macron lors du remaniement alors que son président, Jean-Christophe Lagarde, se targue, à longueur de journées et d’interviews, d’être dans l’«opposition constructive» et que son bras droit, le sénateur Hervé Marseille fricote sans cesse avec les éléments les plus à droite de LR au Palais du Luxembourg, notamment ceux qui ont été les plus offensifs contre le Président de la république à la Commission d’enquête sur l’«affaire» Benalla.
Ainsi, dans l’hebdomadaire L’Express, Lagarde déclare, sans rire, que:
«Devant les difficultés de sa majorité et sa baisse de popularité dans les sondages, l'intérêt d'Emmanuel Macron aurait dû être d'élargir sa base. Si le président parle beaucoup de rassemblement, il semble davantage croyant que pratiquant.»
Et Marseille en rajoute une dose dans le grotesque:
«L'exécutif ne nous calcule pas. Pourtant, sans nos voix, plus de réforme constitutionnelle! Il paraît que Christophe Castaner était ministre des Relations avec le Parlement. Lui seul était au courant! Il ne nous a jamais invités à discuter, ni même à boire un verre de mousseux.»
La faute serait aussi celle de François Bayrou selon le même Marseille:
«Bayrou estime être le seul à incarner le Centre. Il monte la garde à l'entrée de la majorité actuelle, il choisit qui a le droit ou pas de soutenir le gouvernement. Nous sommes priés de rester dans l'opposition.»
Mais le même sénateur aurait-il oublié qu’il est le président du groupe Union centriste de la Haute assemblée où sont inscrits ses collègues MoDem?!
Or donc tout cela est pour la galerie, à moins que l’UDI se pose quelques questions sur son avenir depuis que les députés Les centristes ainsi que plusieurs du Mouvement radical ont créé un nouveau groupe à l’Assemblée nationale, «Libertés et Territoires», tournant le dos à Lagarde et sa formation.
Apparemment, cette nouvelle donne pour cette dernière n’a pas l’air de tourmenter Maurice Leroy, député UDI et vice-président de l’Assemblée nationale, opportuniste bien connu (ex-PC, ex-UDF, ex-Nouveau centre, ex-UDI, ex-Les centristes) qui a quitté Hervé Morin pour rejoindre Jean-Christophe Lagarde.
Il n’a ainsi aucune gêne à jouer la victimisation du pouvoir et à affirmer qu’«Edouard Philippe et Emmanuel Macron veulent tuer dans l'œuf toute idée de liste autonome au centre-droit» pour les élections européennes.
Le député oublie bien vite que les sondages sur une telle liste lui donnent entre 2% et 3% (soit aucun élu) et que l’UDI n’a pas les moyens de financer une campagne qui serait à perte.
A force d’essayer d’être partout, l’UDI risque de se retrouver nulle part.


Actualités du Centre. Hervé Morin enfin débarrassé de Lagarde et de l’UDI

Hervé Morin
La vengeance est un plat qui se mange froid.
Pour Hervé Morin, celui-ci est même proche de la congélation!
Car il lui en a fallu du temps pour ne plus avoir aucun lien avec l’UDI, depuis son départ (le vrai) en 2017 de la confédération centriste avec ses (maigres) troupes et surtout son retrait de toute réelle activité dans cette formation (sauf celle consistant à tenter constamment de la torpiller) depuis sa défaite – qu’il a toujours contestée – face à Jean-Christophe Lagarde, son pire ennemi qu’il hait littéralement, lors de l’élection de celui-ci à la tête de celle-ci en 2014.
Quatre ans ont été nécessaires pour définitivement claquer la porte d’un parti qu’il avait rejoint contraint et forcé afin d’éviter l’hémorragie du Nouveau centre, ancêtre de Les centristes qu’il dirige dorénavant.
Ainsi, depuis le 17 octobre, les deux députés de son parti, (Philippe Vigier et Charles de Courson) ne sont plus membres du groupe UDI à l’Assemblée nationale mais de «Libertés et Territoires» avec comme président, le précité Vigier.
Peu importe que ce groupe soit fait de bric et de broc, sans réelle unité politique, il a pu ainsi twitter avec fierté que «Le groupe ‘Liberté et Territoires’ est né. Heureux pour mon ami Philippe Vigier et heureux que les territoires puissent avoir un groupe à l’Assemblée nationale qui défende la cause de la démocratie locale!»
Car l’essentiel est, pour lui, son honneur enfin retrouvé et sa haine un peu assouvie.
Reste, malgré tout, un dernier lien entre les amis de Morin et ceux de Lagarde.
Il s’agit du groupe Union centriste au Sénat, présidé par un proche de Lagarde et membre de l’UDI, Hervé Marseille.
Mais dans ce groupe on y trouve aussi des MoDem et des radicaux, ce qui permet aux six sénateurs de Morin d’éviter d’être seuls en face-à-face avec ceux de Lagarde.
Cette lutte picrocholine de plusieurs années qui trouve un aboutissement aujourd’hui est plus risible qu’autre chose.
Malheureusement, elle a constamment affaibli la crédibilité du Centre.
Heureusement pour ce dernier, peu de gens se sont vraiment intéressé à ce feuilleton aussi minable que pathétique.
C’est le cas également du nouveau positionnement politique d’Hervé Morin.
Ce dernier a décidé, dès les résultats de l’élection présidentielle de 2017, de devenir un opposant national à Emmanuel Macron (il avait soutenu la candidature de François Fillon) par le biais de sa présidence de l’association des Régions de France (lui-même dirigeant celui de Normandie).
Pour ce faire, il multiplie les prises de position très critiques, parfois même surréalistes dans leur contenu, à l’encontre du Président de la république et a établi une alliance de fait avec le président de l’association des maires de France et celui de l’assemblée des départements, deux personnalités de droite anti-Macron (François Baroin et Dominique Bussereau), tout en continuant à voir Laurent Wauquiez, malgré ses prises de positions proches du Rassemblement national de Marine Le Pen, dont il avait soutenu la candidature à la tête de LR en 2017.



jeudi 18 octobre 2018

Une Semaine en Centrisme. Bayrou surjoue-t-il son soutien à Macron?

François Bayrou & Emmanuel Macron en 2017
François Bayrou semble agacé que, lors de ses dernières interviews, les journalistes lui demandent systématiquement s’il soutient vraiment Emmanuel Macron, s’il a composer largement le nouveau gouvernement et s’il est devenu l’homme fort de la majorité présidentielle surfant sur les difficultés du Président de la république.
Il faut dire que sa tactique de «soutien critique» qu’il a développé ces derniers mois et qu’il semble avoir abandonné pour un soutien plus clair du Président de la république a donné du grain à moudre aux médias.

Une tactique qui semble avoir été gagnante et qui l’est pratiquement toujours en matière politique pour que le plus faible d’une majorité puisse, à un moment donné, se présenter en position de force face au plus fort pour obtenir des gains et des concessions.

Il suffisait d’attendre les inexorables et incontournables difficultés du président et de son gouvernement pour être la soupape qui leur donne un peu d’air tout en permettant d’être mieux servi.

Mais, une fois cette carte mise sur la table, on ne peut pas la réutiliser immédiatement sous peine de perdre toute crédibilité et tout moyen de pression pour les prochains trous d’air qui seront tout aussi inexorables et incontournables.

Dès lors, on peut se poser la question de savoir si, aujourd’hui, il ne surjoue pas trop son soutien.

Car, beaucoup de ses griefs, personnels et politiques, n’ont pas disparu puisqu’Emmanuel Macron n’a pas changé de politique et qu’il a déclaré qu’il n’en changerait pas.

De même, François Bayrou n’a pas été servi (il assure qu’il ne veut rien…) et son parti, même s’il a des ministres plus en vue, n’a pas une position beaucoup plus importante dans le gouvernement d’Edouard Philippe.

Alors, oui, les propos de fidélité, d’adhésion sans aucun état d’âme à la politique mise en place, les félicitations pour l’homme Macron et son action, jusque dans les justifications du comportement de ce dernier face aux attaques de l’opposition et des médias, même des «défauts» que Bayrou pointait lui-même il y a peu, cela fait beaucoup, trop sans doute pour être tout à fait crédible.

Si on replace le nouvel état d’esprit du président du Mouvement démocrate uniquement là où il doit être, la stratégie politique (portée en partie par le projet politique du MoDem), l’évidence de se repaître d’une phase particulièrement positive est évidente comme l’est la volonté de la faire fructifier le plus longtemps possible avant de repartir en tête-à-tête voir face-à-face avec Emmanuel Macron.

Car il en va de la survie politique de François Bayrou et du Mouvement démocrate sur le moyen et long terme.

En effet, et contrairement à ce que veux faire croire l’éphémère ministre de la Justice et numéro deux du premier gouvernement d’Edouard Philippe, il n’a pas fait gagné Emmanuel Macron en 2017, ni par son soutien, ni par les voix qu’il a apporté lorsqu’il a fait «alliance» avec lui (voix du MoDem qui étaient déjà largement acquises au candidat d’En marche et qui l’auraient été encore plus, plus le scrutin aurait approché) et, plus important, son parti est encore vivant aujourd’hui parce que le Président de la république l’a bien voulu en lui permettant d’avoir une quarantaine de députés à l’Assemblée nationale pour le remercier de ce soutien plus symbolique que sonnant et trébuchant.

Du coup, Bayrou doit absolument faire en sorte que cette manne inespérée (puisque le candidat de la droite – qui était majoritaire dans le pays – était le favori de la présidentielle de 2017 et que son nom était François Fillon) ne soit pas éphémère et que ce coup de chance soit le moyen de bâtir un parti pérenne avec nombre d’élus mais aussi une nouvelle dynamique pour son destin personnel qui, malgré ses dénégations, est encore sa principale priorité.

Cette volonté est évidemment éminemment légitime pour le responsable de parti qu’il est et pour quelqu’un qui a une ambition politique nationale.

Aujourd’hui, il peut savourer, malgré les anicroches, le chemin parcourut depuis janvier 2017 (et son ralliement à Macron).

D’homme du passé en déclin inexorable à la tête d’un parti vide et criblé de dettes, il est revenu sur le devant de la scène.

De quoi penser fortement à l’avenir et à ses opportunités mais aussi à surjouer un soutien à Emmanuel Macron car les gains de cette manœuvre à double-détente (soutien critique/soutien inconditionnel) peut encore lui rapporter gros.



Alexandre Vatimbella

Directeur du CREC