Si l’on se demande quel sera l’avenir de Renaissance et du
macronisme, celui du MoDem et du «bayrouisme» sera aussi en question en 2027.
Et Renaissance, et le Mouvement démocrate sont des créations
autour d’une personne, Emmanuel Macron pour le premier, François Bayrou pour le
second et focalisés sur leur ambition présidentielle.
Si Renaissance (anciennement En marche! ou REM) a connu un
succès foudroyant et a rempli sa mission de propulser son créateur à l’Elysée,
tout autre a été le parcours du MoDem qui, moribond en 2017 après les échecs
successifs de François Bayrou à l’élection présidentielle (mais aussi aux
législatives) n’a dû son salut qu’à l’aide d’Emmanuel Macron après le «soutien»
(qui était en fait un ralliement désespéré et obligé) du centriste pour tenter
de sauver son avenir politique et celui de sa formation.
Depuis cette date, le parti centriste est devenu un parti
comme un autre, en tout cas, plus uniquement obsédé par la présidentielle et la
victoire de son chef.
De même, après avoir été sauvé par Emmanuel Macron, il
estime avoir payé sa dette envers le parti présidentiel même s’il demeure
fidèle au chef de l’Etat, souvent plus que Renaissance et Gabriel Attal!
On le voit avec les prises de position de Marc Fesneau, véritable
patron du MoDem depuis les échecs de François Bayrou à Matignon puis à Pau avec
des critiques parfois frontales contre son principal allié dans la coalition
présidentielle.
Une confrontation qui reste encore limitée mais qui est
réelle et de plus en plus fréquente, surtout, assumée.
Néanmoins, elle ne remet pas en question la nécessité d’une
alliance entre les deux formations ainsi que celle avec Horizons d’Edouard
Philippe, notamment pour 2027 où pour la présidentielle le Mouvement démocrate
n’aura sans doute pas de candidat et penche plus pour Edouard Philippe que pour
Gabriel Attal.
Reste que s’émanciper de François Bayrou – même si Marc Fesneau
déclare que celui-ci reste le chef incontesté du parti et que sa parole sera
primordiale en 2027 – et du macronisme n’est pas une mince affaire et l’avenir
du MoDem n’est pas encore écrit, ni même assuré.
Globalement, lors des élections qu’elles soient présidentielles
ou législatives et à part celle de 2007 où François Bayrou avait réussi à se place
en troisième position avec un score d’un peu plus de 18%, le MoDem, c’est
autour de 9%-10% des voix.
Ce n’est pas énorme mais ce n’est pas rien évidemment.
Cela impose d’abord de faire des alliances pour avoir des
élus mais cela permet aussi de ne pas être à la merci complète des exigences et
des injonctions de ses partenaires.
Pour autant, personne ne sait exactement ce que vaut électoralement
le MoDem sans François Bayrou (ou en tout cas sans lui en tête de gondole).
Peut-être la même chose, peut-être moins, peut-être plus.
Mais cette interrogation doit être levée l’année prochaine
si le parti veut se construire un avenir dans la durée et ne pas avoir été
simplement un outil pour les ambitions de son chef et créateur.
Un chef qui a déjà affirmé qu’il ne serait pas candidat à la
prochaine présidentielle et dont le futur en politique sera aussi dépendant de
son procès en appel concernant les attachés parlementaires européens du MoDem
(il a été relaxé en première instance mais pas le parti).
Cependant, quel que soit l’issue de cet épisode judiciaire,
il semble bien que François Bayrou a désormais et définitivement sa carrière
derrière lui – sauf événement singulier – même s’il restera, en tout cas symboliquement
et emblématiquement, la figure centrale et spirituelle du MoDem.
Une première indication a été donnée lors des municipales
où, en dehors de l’échec de François Bayrou à Pau, le MoDem n’a pas été à la
fête et peut être considéré comme un des vaincus de ces élections ce qui n’a
pas été le cas de Renaissance ou d’Horizons, ses «partenaires».
Une des solutions pour exister est de s’ouvrir et de
rassembler, le contraire ce qu’a fait François Bayrou depuis 2007 ce qui en
fait le principal responsable de la fragmentation actuelle du Centre autrefois
largement réuni dans l’UDF lorsqu’il en avait pris la direction.
Ainsi, Marc Fesneau parle d’un rapprochement avec l’UDI où
se sont réfugiés beaucoup d’anciens de l’UDF – et qui est devenu un parti de
droite modérée, sorte d’appendice de LR, mais plus du Centre – et de la
possibilité que des figures de Renaissance rejoignent le MoDem comme, par
exemple, l’ex-première ministre Elisabeth Borne qui s’est mise en retrait du
parti présidentiel et qui entretient de très mauvaises relations avec Gabriel Attal.
Au-delà du fait que l’UDI c’est entre 1% et 2% lors des
législatives au mieux et qu’il est difficile de quantifier l’apport électoral
de quelques figures du macronisme, le Mouvement démocrate devra prouver, non
pas qu’il existe ou qu’il a un programme, mais qu’il a la capacité à se développer
et à représenter tout le Centre.
Parce qu’il y a, en face, des concurrents.
D’abord Renaissance qui, s’il n’est pas uniquement centriste,
est néanmoins central et est, pour l’instant, le parti dominant dans cet espace
politique.
La «chance» du MoDem est qu’il est aussi un regroupement
allant de la gauche sociale-démocrate à la droite libérale et que son ciment,
Emmanuel Macron, ne pourra se représenter en 2027 ce qui peut augurer son implosion
comme des signes avant-coureur le laisse supposer, que ce soit avant le rendez-vous
électoral de l’année prochaine ou après.
Un autre concurrent est le revenant Jean-Louis Borloo –
créateur de l’UDI – qui s’était mis en retrait de la vie politique mais qui a
fait son retour et voudrait beaucoup se présenter à la présidentielle.
Pour l’instant, il n’a pas réussi à créer une envie
particulière chez les Français même si sa popularité demeure élevée lors de ses
dernières et récentes apparitions médiatiques.
On peut aussi parler d’Horizons avec un Edouard Philippe
requinqué avec sa victoire à la municipale du Havre et le seul candidat pour l’instant
à battre au second tour celui du RN – Jordan Bardella ou Marine Le Pen – selon les
derniers sondages.
S’il parvient à créer une dynamique dans l’axe central, cela
pourrait séduire une partie de l’électorat centriste mais aussi des élus et des
militants des partis du Centre.
On le voit, l’avenir du MoDem avec ou, plus certainement,
sans François Bayrou dépendra de sa capacité à s’imposer comme le noyau du
Centre et de l’axe central.
C’est la tâche que s’est assigné Marc Fesneau mais aussi
Jean-Noël Barrot.
Nicolas Levé
Alexandre Vatimbella