Par Jean-François Borrou et Alexandre Vatimbella
La mort récente de l’Américain Ted Turner, le fondateur de la première chaîne d’information en continu, CNN, le 1er juin 1980 à Atlanta rappelle quel rôle lui et sa création ont révolutionné les médias et de monde de l’information pour le meilleur et le pire.
Et cette révolution a eu d’énormes conséquences planétaires
Que ce soit sur la prise de décision des dirigeants, de la perception du monde et de leur environnement proche et lointain par les peuples, sur l’émergence de mouvements populaires, sur la mise en scène par des individus et des groupes d’événements parfois tragiques comme des attentats terroristes avec cet évident calage sur le temps des chaînes d’information en continu.
Ted Turner a été un précurseur.
Cependant, on peut se demander au vu de ce que sont devenus le monde médiatique, de la presse écrite aux réseaux sociaux en passant par les chaînes de télévision et les stations de radio, s’il doit être considéré comme un héros ou un fossoyeur de l’information citoyenne.
Il est certain que grâce à CNN puis à toutes les chaînes qui ont suivi peu ou prou son modèle, les populations sont plus informées aujourd’hui de ce qui se passe dans le monde.
Mais le sont-elles mieux, c’est-à-dire cet afflux d’information, cette sur-information, est-elle bénéfique pour leur permettre d’être des citoyens éclairés et éveillés capables de prendre leurs vies en main?
Rien n’est moins sûr.
Car ce déversement continu de «nouvelles» charrie tout et n’importe quoi, de la vraie information à la pire fake news, de l’analyse précise à une théorie du complot.
On peut même considérer que nous ne sommes pas surinformés mais surdésinformés!
Il y aurait donc une régression de l’information citoyenne au profit d’un spectacle médiatique où le chaos règnerait pour des motifs commerciaux et/ou idéologiques.
Ici, la responsabilité de cette situation vient en partie des chaînes d’information en continu donc de la pionnière en la matière, CNN.
Ce n’est sans doute pas ce que voulait Ted Turner mais c’est ce qui s’est passé.
Au-delà de sa personne, ce modèle d’information 24 heures sur 24 qui prédomine dans le monde en ce début de troisième millénaire peut-il être réformé pour être au service du citoyen?
Sans doute pas parce que sa logique propre est de créer sans cesse l’événement pour assurer son modèle économique (et/ou d’audience), ce qui le condamne à toujours traiter l’information comme un produit, pire, comme un simple prétexte.
En revanche, on peut créer à ses côtés un pôle de services publics de l’information, indépendants des autorités politiques et des contingences commerciales ainsi que des idéologies qui se focaliserait sur le mieux et non le plus, qui agirait selon une déontologie précise.
Malheureusement, aucun des services publics existant à travers le monde ne remplit pour l’instant cette mission, préférant être un organisme de propagande ou ayant rejoint l’univers chaotique de la surdésinformation.
Commercialement, le pari de Ted Turner a été atteint.
En revanche, pour ce qui est de l’information citoyenne, c’est un échec.
Jean-François Borrou
Alexandre Vatimbella
[Dans cette rubrique, nous publions
les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas
nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat
et de faire progresser la pensée centriste.
Jean-François Borrou est le pseudonyme d’un journaliste proche des idées
centristes.
Alexandre Vatimbella est directeur du CREC]
