Dans son ressentiment sans fin un peu ridicule et surtout très immature envers Emmanuel Macron Gabriel Attal oublie une chose: il doit à celui-ci son entière notoriété dont il veut se servir pour ses hautes ambitions politiques.
Non pas que l’ancien premier ministre n’était rien avant de rejoindre l’alors candidat à l’élection présidentielle.
Militant socialiste, fréquentant les cabinets ministériels, il avait un corpus idéologique personnel.
Mais ce n’est pas celui-ci qui l’a propulsé sur le devant de la scène politico-médiatique et qui lui a permis de s’installer à Matignon.
Et si la dissolution a mis un terme à son passage à la tête du gouvernement, sa légitimité n’était pas telle que son remplacement par Michel Barnier ait été un déni de justice.
Son parcours ressemble quelque peu à celui de Nicolas Sarkozy jusque dans sa volonté de tuer son «père politique».
Si ce dernier a également tué le chiraquisme, il lui a fallu un peu plus de temps qu’il n’en reste à Gabriel Attal pour tuer le macronisme avant la présidentielle de 2027.
Mais peut-être que celle-ci n’est en réalité qu’un galop d’essai et que le vrai objectif est 2032.
Reste à savoir s’il compte être le représentant du macronisme de demain ou celui de son dépassement voire de sa négation.
Quoi qu’il en soit, il sera obligé de s’appuyer sur celui-ci afin de capter sa base électorale comme l’a fait Nicolas Sarkozy.
Sa conquête de Renaissance, le parti présidentiel était la première étape comme la conquête de l’UMP le fut pour l’ancien protégé de la famille Chirac.
Si l’on peut émettre des doutes sur le bienfondé de sa rancœur envers Emmanuel Macron, sa stratégie semble être validée par les Français.
En tout cas, un sondage d’Odoxa pour le Figaro qui vient d’être publié montre que 94% des sympathisants de Renaissance ont une bonne opinion de sa personne.
Et sauf pour les sympathisants des extrêmes, il dépasse les 50% de bonnes opinions chez ceux du PS, des Ecologistes et de LR (43% pour l’ensemble des Français).
Quant à savoir s’il serait un bon candidat pour les sympathisants du Centre, 68% d’entre eux répondent par l’affirmative mais il est loin derrière Edouard Philippe (88%).
Rappelons que lors d’un sondage du même institut en 2024, 57% des Français estimaient que, président de la république, il mènerait la même politique, ce qui montre qu’il n’est pas considéré comme un clone d’Emmanuel Macron mais qu’il a son propre espace politico-médiatique.
Reste à savoir ce qui se passerait en cas de candidature de sa part à la présidentielle de 2027.
Sans doute qu’il devait, à la fois, s’expliquer plus profondément sur son animosité envers Emmanuel Macron tout en développant ce qui le distingue de lui en matière politique alors même que les sympathisants de Renaissance ont une vision positive de ses deux quinquennats et sont attachés au «macronisme» et à ses principes.
Pour reprendre le parallèle avec Nicolas Sarkozy, la mollesse de Jacques Chirac permettait à son ancien ministre de l’Intérieur de pouvoir aisément se démarquer de sa présidence.
En revanche, ce sera certainement plus difficile pour Gabriel Attal de passer les réalisations d’Emmanuel Macron par pertes et profits.
S’il lui prenait l’envie de procéder à une critique en règle de ses dix ans de pouvoir, sans doute que son image serait écornée et qu’il apparaîtrait avant tout comme un politicien qui ne peut pas dépasser sa rancune.
Un peu comme Michel Rocard face à François Mitterrand.
Dernière chose: le camp macroniste est loin d’être monolithique et la vision de ce qu’est le macronisme encore moins.
Dès lors, un des challenges de Gabriel Attal sera sa capacité à réunir le plus possible ceux qui ont rejoint Emmanuel Macron en 2017, ce qui ne sera pas une mince affaire à réaliser.
Il y aura certainement des défections.
Si elles venaient à être trop nombreuses, sa tâche deviendrait très ardue et pourrait l’empêcher de se réclamer d’un «en même temps» qui a fait le succès du macronisme et sans doute fera celui de son éventuel dépassement.
Nicolas Levé
Alexandre Vatimbella
