2005-2025: 20 ANS D'INFORMATION SUR LE CENTRE ET LE CENTRISME

jeudi 11 décembre 2025

La Chronique de Jean-Louis Pommery. La «culture du compromis» n’a pas encore gagné mais elle a montré qu’elle était possible


Le vote du budget de la Sécurité sociale grâce à un compromis d’une majorité des députés des forces de l’axe central serait-il la preuve que la «culture du compromis» a regagné sa place dans la politique française?

Sans doute pas encore mais il a démontré qu’elle était possible ce qui est tout de même une victoire de la démocratie républicaine libérale et de sa branche législative dans un régime de la Constitution de la Ve république où beaucoup pensaient qu’elle était perdue à jamais.

Bien sûr, ce n’est pas la première fois que des partis qui ne sont pas du même bord votent ensemble sur des textes au Parlement et certains d’entre eux sont même adoptés à l’unanimité.

Mais le vote d’un budget n’a pas la même signification.

On a coutume de dire que, dans la Ve république, on délimite les partisans du gouvernement et ses opposants dans le fait que les premiers adoptent le Budget du pays tandis que les autres votent contre.

Cette frontière qui semblait infranchissable l’a pourtant été.

Alors, il ne s’agit que du budget de la Sécurité sociale mais c’est tout de même le financement d’une des politiques principales du pouvoir en place.

Trouver un compromis entre ceux qui le soutiennent et ceux qui le combattent est donc d’un degré supérieur aux votes communs de lois ordinaires.

Peut-être qu’il s’agira d’un «one shot», d’une exception qui confirmera la règle.

On le saura bientôt lorsqu’il s’agira d’adopter le Budget 2026.

Mais, encore une fois, on sait désormais que c’est un cas de figure crédible.

Ce dont ne peuvent que se féliciter les centristes.

 


La Quotidienne centriste du 11 décembre 2025. Quel que soit son bilan, le service public de l’audiovisuel est indispensable à la démocratie


La commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public est une arme de la droite notamment radicale et extrémiste pour attaquer le principe même de son existence.

Or, quel que soit son bilan, le service public de l’audiovisuel est indispensable aux citoyens d’une démocratie républicaine.

Sa mission d’informer et de cultiver ne peut être remplie par aucun média privé quelle que soient ses intentions et même son mode de financement.

Seul un service public financé par l’argent des citoyens et suivant un cahier des charges strict en est capable.

Ayant dit cela, jusqu’à aujourd’hui, ce service public n’a jamais rempli correctement sa mission que ce soit en France ou dans les autres démocraties.

Pour ce qui est de la France, les raisons sont multiples mais quatre dominent: les interférences politiques, les biais idéologiques des personnels notamment des journalistes, l’incompétence et la concurrence assumée avec les médias privés.

Même si les interférences politiques sont moins présentes aujourd’hui qu’à l’époque du gaullisme triomphant puis de la tutelle du giscardisme et enfin de la gauche revancharde, les liens existent encore alors qu’ils ne devraient plus exister sauf pour assurer son financement.

En revanche, les biais idéologiques sont toujours fortement présents et il suffit d’une journée d’écoute ou de visionnage d’un des médias de service public pour s’en rendre compte.

Quant à l’incompétence, elle vient principalement du mode de recrutement.

Enfin, la concurrence avec le secteur privé est au cœur même de son fonctionnement – notamment parce que le politique a décidé qu’il se financerait en partie par la publicité – alors même que sa mission est le plus souvent à l’opposé des objectifs des médias commerciaux.

Ces problématiques ainsi que leur résolution par la création d’un cadre précis de service au citoyen et la tutelle d’une autorité représentative des citoyens appliquant des directives non-interprétatives n’est pas du tout l’objectif de cette commission d’enquête qui ne veut que régler ses comptes avec l’audiovisuel public.

Quant aux responsables de ce dernier, ils sont toujours dans leurs discours lénifiants et d’autocongratulation bien éloignés de la réalité mais aussi de cette mission pourtant essentielle pour l’existence d’une vraie démocratie.

 

[Retrouvez quotidiennement ce billet rédigé par l’équipe du CREC concernant l'actualité du jour] 

 

 


L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Ne jamais parier sur la sagesse du peuple


Apparemment les forces démocratiques n’avaient pas prévu le retour de Trump au pouvoir et les Etats-Unis en payent le prix actuellement.

Elles pensaient que le peuple américain avait vu ce qu’était l’extrémiste populiste incompétent durant son premier mandat et que jamais il n’accepterait son retour.

Qu’il avait compris le danger.

Une immense et tragique erreur.

Mais le peuple américain n’est pas le seul à manquer de sagacité et de sagesse.

Emmanuel Macron et François Bayrou ont également voulu croire à ces deux qualités chez le peuple français.

Le premier connait une forte impopularité tandis que le second a été renvoyé dans ses foyers par des députés largement soutenus par les sondages.

Et je pourrais multiplier les exemples de ce qui se passe de l’Italie au Brésil en passant par l’Allemagne ou le Royaume-Uni.

Dans tous ces pays montent les extrémismes et les populismes qu’ils soient de droite – le plus souvent – ou de gauche.

S’ils connaissent cet état de grâce, c’est bien évidemment parce qu’ils ont une grande popularité parmi une partie grandissante de la population.

Cette histoire nous l’avons déjà connu par le passé et elle s’est mal terminée ce qui n’empêche pas les peuples d’y revenir.

Encore faudrait-il qu’ils connaissent vraiment l’Histoire avec un grand H, ce qui n’est pas le cas.

Mais ce n’est nullement une excuse car la dangerosité des extrêmes et des populismes se voit aussi dans leurs propos, leurs agirs et leurs idéologies.

Dès lors, comme le disait avec justesse Hillary Clinton lors de sa campagne électorale en 2016 face à Donald Trump, ceux qui se laissent attirer par les sirènes extrémistes et populistes sont des «déplorables», n’ont, en tout cas, aucune excuse sauf peut-être leur bêtise mais ils ne sont pas tous des crétins, loin de là.

Dans tous ces mouvements extrémistes et populistes, il y a systématiquement de la haine et une violence latente ou exprimée.

Il y a une volonté de s’en prendre à l’autre, à un bouc-émissaire qui serait responsable de tous les malheurs de la Terre dont ceux qui adhèrent à ces mouvements.

Ici, aucune sagacité, ni sagesse, seulement des comportements où les émotions négatives, et l’irrationnel sont prédominants.

On ne peut même pas prétendre que ceux qui votent pour les populistes et les extrêmes le feraient pour leurs propres intérêts, petits ou grands.

Si l’on fait les bilans des derniers dictateurs, autocrates et populistes qui sont arrivés au pouvoir grâce à la «volonté populaire», ils sont tous négatifs d’Hitler à Poutine en passant par Mussolini, Erdogan, Loukachenko, Peron ou Trump (Je ne parle pas ici de tous ceux qui pris le pouvoir de manière violente comme Mao, Staline, Franco ou Pinochet, par exemple, ni d’élections truquées une fois certains de ceux que je viens de citer sont parvenus à la tête de leurs pays respectifs).

Et les premiers touchés ont été ces couches les plus défavorisées qui ont voté pour eux dans ce mélange de crédulité en des promesses intenables, de fascination pour la rhétorique de puissance et de ressentiment voire de haine pour la société qui ne les traiterait pas comme elles estimeraient devoir l’être.

Bien sûr, il se peut que cette société qu’elles exècrent ne soit pas parvenue à réaliser l’idéal démocratique et n’est pas pris en considération autant qu’il le faudrait leurs intérêts mais cela ne donne aucune prééminence à des régimes liberticides et violents qui ont tous connu ou connaissent des échecs beaucoup plus grands avec des conséquences d’une toute autre ampleur.

Parce que c’est bien en réformant inlassablement la démocratie républicaine libérale pour la rendre de plus en plus proche de l’idéal qu’elle poursuit que l’ensemble du peuple, dont les plus défavorisés ou laissés pour compte, ont une réelle chance de voir leurs intérêts pris en compte et réalisés.

Mais cela suppose que le peuple ait cette propension à ne pas croire aux bateleurs d’estrades et autres illusionnistes, à ne pas être fasciné par leurs bobards.

De ce point de vue, le projet démocratique qui s’appuie sur la formation et l’information du citoyen n’a pas atteint, loin de là, les objectifs qu’il s’était fixé.

Non pas que ceux-ci soient erronés mais il fallait sans doute une volonté collective guidée par des élus investis dans cette mission de vraiment réaliser la liberté, l’égalité et la fraternité dans le respect de l’autre qui a souvent fait défaut malgré les réalisations indéniables des régimes qui s’appuient sur ces valeurs humanistes.

Résultat, aucune sagesse n’est là pour faire contrepoids à ces émotions négatives et à cette disposition à être dupé.

Et dans les périodes difficiles, cette absence de sagesse conduit le peuple à accepter de prendre le chemin d’aventures cataclysmiques.

Oui, en ce début de troisième millénaire, personne ne devrait parier sur la sagesse du peuple.