mercredi 18 juillet 2018

Actualités du Centre. Dans son plaidoyer pour la démocratie, Obama dénonce les autocrates et les populistes

Barack Obama
Invité à prononcer un discours los de la commémoration du centenaire de la naissance de Nelson Mandela, l’ancien président américain s’est voulu un défenseur intransigeant de la démocratie libérale et a critiqué les autocrates et populistes qui sont des menaces pour les libertés.
Il a insisté sur la nécessité de former les citoyens pour qu’ils ne cèdent pas aux sirènes trompeuses des adversaires de la démocratie et qui utilisent aujourd’hui le mensonge avec la généralisation des «fake news» pour parvenir à leurs fins.
En outre, il s’est dit convaincu que le combat contre les tendances autoritaires qui se font jour partout dans le monde, pouvait être gagné et que la démocratie demeurait le meilleur système de gouvernement des humains.
Dans ce discours on retrouve toute la pensée de Barack Obama, tout l’Obamisme, qui se base sur des valeurs humanistes et une volonté progressiste et centriste de réformer la société, de l’adapter au réel et de lutter pour que chacun ait sa chance de réussir.
Alors qu’il était demeuré très discret depuis son départ de la Maison blanche – ce qui lui était reproché par certains mais qui procédait de sa volonté de respecter le choix des urnes –, il semble bien que les dérapages à répétition de Trump et les menaces que sa présidence fait peser sur le monde libre ont fait prendre conscience à Barack Obama qu’il devait intervenir de manière plus systématique.
Néanmoins, fidèle à sa ligne de conduite, il n’a pas attaqué ad hominem l’homme Donald Trump même si la teneur de ses propos ne laisse aucun doute sur son désaccord profond avec l’action du président actuel des Etats-Unis.

Voici les principaux extraits de son intervention en Afrique du Sud:
(…) Dans presque tous les pays, l'influence économique disproportionnée de ceux qui sont au sommet a donné à ces individus une influence extrêmement disproportionnée sur la vie politique de leurs pays, sur leurs médias, sur les politiques qui sont mises en place et sur les intérêts qui finissent par être ignorés. C'est pourquoi, à la fin du XX° siècle, alors que certains commentateurs occidentaux déclaraient la fin de l'Histoire et le triomphe inévitable de la démocratie libérale, la plupart ont ignoré tous les signes qui indiquaient l'imminence d'un retour de bâton.
(…) Aux Etats-Unis, au sein de l'Union européenne, les critiques de la mondialisation sont d'abord venues des rangs de la Gauche, puis, avec plus de vigueur, de ceux de la Droite. Des mouvements populistes, souvent financés par des milliardaires cyniques désireux de réduire l'emprise du gouvernement sur leurs intérêts commerciaux, ont mis à profit le malaise ressenti par de nombreuses couches de la société, qui craignent que leur stabilité économique ne s'effrite, que leur statut social et leurs privilèges soient amoindris, et que leurs identités culturelles soient menacées par des étrangers ou des personnes qui ne leur ressemblent pas.
(…) Une politique de la peur et de la rancœur est apparue, une politique qui est aujourd'hui en pleine expansion, ce qui aurait semblé inimaginable il y a quelques années. Je ne suis pas alarmiste, je dis simplement les faits. Regardez autour de vous : les hommes forts ont la cote, et si les élections et des apparences démocratiques sont maintenues, ceux qui sont au pouvoir cherchent à saper consciencieusement les institutions et les normes qui donnent à la démocratie tout son sens.
(…) Deux histoires différentes, deux scénarios différents de ce que nous sommes et ce que nous devrions être. J'ai foi en la vision de Nelson Mandela. Une vision partagée par Gandhi, Martin Luther King et Abraham Lincoln. Je crois en une vision de l'égalité, de la justice, de la liberté et de la démocratie multiraciale, fondée sur le principe selon lequel tous les êtres humains sont créés égaux et qu'ils sont dotés par notre créateur de certains droits inaliénables.
Dans ses écrits, Mandela montre à ceux d'entre nous qui croient en la liberté et la démocratie que nous allons devoir nous battre plus fort pour réduire les inégalités et promouvoir des opportunités économiques durables pour tous. Il faut un capitalisme inclusif à la fois au sein des nations et entre les nations. Mandela nous enseigne aussi que certains principes sont vraiment universels – le plus important étant que nous sommes unis par une humanité commune et que chaque individu a une dignité et une valeur inhérentes.
Il m'est surprenant de devoir continuer à affirmer cette vérité encore aujourd'hui. Plus d'un quart de siècle après la libération de Mandela, je dois encore dire que les Noirs, les Blancs, les Asiatiques, les Latino-Américains, les femmes et les hommes, les homosexuels et les hétérosexuels sont tous humains, que nos différences sont superficielles et que nous devons nous traiter les uns les autres avec respect. Comme nous le voyons dans les récentes dérives de la politique réactionnaire, il se trouve que la lutte pour des principes basiques de justice n'est jamais vraiment terminée.
C'est une vérité qui est au cœur de chaque religion mondiale – que nous devrions traiter autrui comme nous voudrions être traités. Que nous pouvons partager des espoirs communs et des rêves communs.
Mandela nous rappelle enfin que la démocratie, ce n'est pas juste des élections. Lorsqu'il a été libéré de prison, il était au summum de sa popularité. S'il l’avait voulu, il aurait pu être président à vie, gouverner par décrets, sans se préoccuper de l'équilibre des pouvoirs. Mais au lieu de cela, il a guidé l'Afrique du Sud dans la rédaction d'une nouvelle Constitution, en s'inspirant de toutes les pratiques institutionnelles et des idéaux démocratiques les plus solides, bien conscient du fait que personne ne détient le monopole de la sagesse. Il a compris qu'il ne s'agit pas seulement de savoir qui obtient le plus de votes. C'est aussi la culture civique que nous construisons qui fait fonctionner la démocratie.
Il faut donc cesser de prétendre que les pays qui organisent des élections où parfois le gagnant remporte 90% des voix parce que l'opposition est en prison sont des démocraties. Certes, parfois, la démocratie, c'est le désordre, c'est lent et frustrant. Mais la promesse d'efficacité qu'offre un autocrate est un mensonge. Ne vous méprenez pas, car cela conduit invariablement à une plus grande concentration de richesse et de pouvoir au sommet, qui facilite la dissimulation de la corruption et des abus. Malgré toutes ses imperfections, la vraie démocratie est celle qui respecte le mieux l'idée que le gouvernement existe pour servir l'individu et non l'inverse.
Pour que tout cela fonctionne, il faut croire en la réalité objective, et aux faits. Sans faits, il n'y a pas de coopération. Je ne peux pas trouver de terrain d'entente avec quelqu'un qui proclame que le changement climatique n'existe pas, alors que tous les scientifiques du monde l'affirment. Malheureusement, trop de politiques d'aujourd'hui rejettent le concept même de vérité objective. Ils inventent n'importe quoi. On le voit dans la propagande sponsorisée par l'Etat, sur Internet, dans le flou entretenu entre information et divertissement. Les dirigeants politiques n'ont plus honte, lorsqu'ils sont pris dans un mensonge, de se contenter de mentir davantage.
Comme pour le déni des droits, le déni des faits va à l'encontre de la démocratie, et pourrait conduire à sa perte. C'est pourquoi il faut protéger les médias indépendants, veiller à ce que les réseaux sociaux ne soient pas seulement une plate-forme pour s'indigner ou désinformer, et enfin insister pour que nos écoles enseignent la pensée critique à nos jeunes, pas seulement l'obéissance aveugle. Il serait tentant de céder au cynisme, de croire que les récents changements dans la politique mondiale sont trop puissants pour être combattus. Tout comme les gens parlaient du triomphe de la démocratie libérale dans les années 1990, on entend maintenant des gens parler de la fin de la démocratie et du triomphe de l'homme fort. Il faut résister à ce cynisme. (…)


Une Semaine en Centrisme. Les dérapages centristes sont-ils contrôlés?

Depuis plusieurs semaines et après un an de pouvoir de la majorité présidentielle, les partis centristes de l’UDI, de Les centristes et du Mouvement démocrate ainsi que leurs représentants abreuvent la sphère politico-médiatique de propos, parfois ambigus, parfois d’une agressivité forte contre ce que l’on croyait qu’ils défendaient, le plus souvent pour se payer le Gouvernement et le Président de la république.
Même si les critiques ont toujours existé depuis l’élection d’Emmanuel Macron de la part de centristes, elles n’avaient jamais eu autant, en nombre, d’importance et d’intensité.
Est-ce voulu et dans quel but?
Avant de répondre à ces deux interrogations, petit tour d’horizon.
- Mouvement démocrate
Les descentes de François Bayrou, membre à part entière de la majorité présidentielle faut-il le rappeler encore une fois, contre un Gouvernement et un Président de la république qui ne seraient pas assez dans le social sont désormais une sorte de tarte à la crème même si le leader du MoDem a affirmé qu’il avait enfin compris le projet d’Emmanuel Macron lors du discours de ce dernier à Versailles devant le Congrès.
Mais il n’y a pas que lui et le social, un thème que pratiquement tous les membres du Mouvement démocrate ont utilisé pour critiquer le pouvoir en place.
Il y a bien sûr la réforme des institutions où le même Bayrou avait expliqué qu’elle était inacceptable en l’état, que Macron avait trahi les promesses qu’il lui avait faites lorsqu’il lui avait accordé son soutien pendant la campagne présidentielle.
On a même vu un député MoDem critiquer l’économie qui ne serait pas libérale.
- UDI
Un coup le «gentil flic», un coup le «méchant flic», voilà comment on pourrait caricaturer le comportement de l’UDI et de son président, Jean-Christophe Lagarde vis-à-vis du pouvoir.
Ainsi, Lagarde a trouvé une sorte de mécanisme qu’il utilise pratiquement à chaque intervention (un peu comme son ennemi intime, Hervé Morin, président de Les centristes…), qui est de d’abord louer l’action du Président de la république avant de tomber à bras raccourcis sur son action, son comportement et sa personne, tout en prétendant être d’accord avec de dernier «à 60%» tout en expliquant qu’il n’est «pas membre de la majorité»…
Ses lieutenants utilisent à peu près la même stratégie, comme par exemple le président du groupe Union centriste au Sénat, Hervé Marseille.
- Les Centristes
Hervé Morin est atteint de la maladie d’hubris et se croit capable de se réintroduire dans le jeu national de par ses fonctions régionales (président de la région Normandie et de l’association sans aucun pouvoir des présidents de région), les Normands apprécieront.
Alors il n’y va pas avec le dos de la cuillère avec des attaques personnelles contre le Président de la république et un discours de l’à peu près voire du mensonge et avec beaucoup de violence verbale qui ressemble parfois à celui de Trump.
A noter, tout de même, que les autres membres de son parti demeurent dans une critique nettement moins systématique et outrancière.
Tous ces dérapages, au-delà de leur forme et parfois de leur ineptie, sont voulus, c’est le premier point.
Personne ne doute un instant que des personnalités politiques comme Bayrou, comme Lagarde ou comme Morin et leurs acolytes disent des choses sans en savoir les possibles conséquences même si les coquilles existent en l’espèce.
Pourquoi?
Sans doute plusieurs raisons:
- Vouloir exister dans un paysage politique où c’est le Centre qui est au pouvoir mais où La république en marche vampirise le pouvoir au détriment des formations issues du Centre «historique». Dès lors, la parole médiatique est souvent la seule façon de se rappeler au bon souvenir des citoyens, de leur dire qu’on est encore là, que l’on a encore des choses à dire, d’où l’envie de marquer le moment, de faire le buzz sur le dos du pouvoir en place pourtant sensé être du même bord.
- Les partis centristes sont composés de personnes parfois en total désaccord entre elles au sein d’une même formation sur des sujets importants ce qui cause une cacophonie non-voulue mais représentative des différents points de vue parfois antinomiques quand ce n’est pas à l’opposé les uns des autres. Cette cacophonie est aussi la résultante de la recomposition politique où certains centristes sont plutôt enclins à se fondre dans la nouvelle majorité présidentielle pendant que d’autres veulent se rapprocher d’une certaine droite libérale, voire pour quelques uns de Les républicains de Wauquiez.
- Les ambitions personnelles qui sont l’apanage depuis longtemps d’un François Bayrou (qui n’a pas abandonné l’idée de devenir Premier ministre de Macron voire de se présenter en 2022 à la présidentielle), d’un Jean-Christophe Lagarde qui court après un vrai destin national depuis dix ans, d’un Hervé Morin, marginalisé mais qui croit toujours en une bonne étoile qui lui a permis avec stupéfaction d’être ministre de le Défense de Nicolas Sarkozy (on pourrait dire la même chose de quelques seconds couteaux centristes).
- Avoir le beurre et l’argent du beurre dans un opportunisme parfois des plus détestables, c’est-à-dire endosser les réformes qui marchent ou qui sont soutenues par les Français tout en critiquant, de manière totalement poujadiste (on dit aujourd’hui «populiste») toutes celles que ces mêmes Français rejettent même si elles sont souvent aussi nécessaires que les autres et réussies.
Ce comportement des partis centristes et de leurs leaders peut être dangereux pour le Centre.
Car si Macron et LREM réussissent, ils risquent de payer au prix fort leurs critiques par une plus grande marginalisation (avec des électeurs centristes qui feront défection) et s’ils faillissent, il est fort probable que tous les centristes seront mis dans le même sac de l’échec.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC
Jean-Louis Pommery
Directeur des études du CREC