Voici une sélection, ce 29 avril 2026, des propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France.
► Emmanuel Macron (Président de la République)
> L'accord d'association entre l'Andorre et l'Union européenne est une
promesse d'avenir, une ouverture vers l’Europe qui respecte les intérêts et
l’identité de la Principauté. Oui, l'Andorre, avec sa singularité, est
européenne !
> Dans le respect des institutions et de la conscience de chacun, je souhaite que le débat sur la dépénalisation de l’IVG pour les femmes andorranes progresse.
► Sébastien Lecornu (Premier ministre)
[Nota: Nous faisons figurer Sébastien Lecornu dans cette liste alors qu’il
n’est pas centriste mais appartient à l’aile droite de Renaissance, parti
centriste/central et qu’il s’est toujours défini comme un homme de droite;
c’est à ce titre que ses propos sont retranscrits ici et du fait qu’il a
composé un gouvernement d’axe central.]
> Électrifier, construire, rénover : tout ça ne se fera pas sans celles et
ceux qui travaillent sur les chantiers, partout en France. À Matignon, échange
avec les artisans et les entreprises du bâtiment. Eux aussi font fassent à la
hausse des coûts.
Le Gouvernement est à leur côté pour soutenir l’activité :
- aide équivalente à 20ct/L pour les entreprises de moins de 20 employés en
difficulté
- contrats publics adaptés à la réalité des prix
- accompagnement pour passer à la camionnette électrique
- lancement du Plan Relance Logement et poursuite de MaPrimeRénov’
Objectif clair : construire 2 millions de logement d’ici 2030 en s’appuyant sur
les artisans et entreprises du bâtiment.
► Gouvernement
● Ministres centristes/centraux
Laurent Nunez (ministre de l’Intérieur)
> [Racisme / Intervention à l’Assemblée] Ce que vous venez de dire, monsieur
le député, est très grave : j’espère que vous n’y croyez pas une
seconde ! La France poursuit les auteurs de propos et de crimes racistes,
quels qu’ils soient, quels qu’ils soient. Soyez-en certain ! Ne
tenez pas ce type de propos qui jettent assurément un gros doute sur notre
détermination à lutter contre le racisme alors qu’elle est totale et que nous
le démontrons tous les jours.
Dans l’affaire que vous citez, les effectifs de police ont été requis en
Haute-Loire, dans une commune voisine du Puy-en-Velay, à propos d’un individu
qui faisait usage d’armes à feu sur la voie publique. Ils sont intervenus
immédiatement et l’ont interpellé ; il a reconnu avoir fait usage d’une
arme à feu, d’abord sur des cibles puis, en l’air, pour – selon
ses dires – intimider des enfants. Il a été placé en garde à vu et il fait
l’objet d’une convocation par officier de police judiciaire pour violence avec
arme. C’est la première procédure ouverte.
Une seconde procédure a été engagée – vous avez raison – puisqu’il est apparu
que, dans des vidéos, cet individu tenait des propos où il affichait sa fierté
d’être raciste ; il en était très fier, il le revendiquait. Le procureur
de la République a donc ouvert une deuxième procédure, qui englobe la première.
Croyez bien que cet homme aura à répondre des propos qu’il a tenus et que – j’insiste –
le procureur a étendu sa procédure à la première enquête.
Pour conclure, si vous avez cité des crimes odieux, des crimes racistes – qui,
pour deux d’entre eux, ont été qualifiés de terroristes – croyez bien en
la détermination de tout le gouvernement, en celle du ministre de l’intérieur
comme en celle du ministre de la justice. Notre lutte contre le racisme est
intraitable ; elle ne supporte pas, elle ne souffre pas d’être contestée
comme vous venez de le faire.
Catherine Vautrin (ministre des Armées et des Anciens
combattants)
> Honneurs au sergent Anicet Girardin, mort pour la France. À Suippes, au
132e régiment d’infanterie cynotechnique, la Nation s’incline devant son
sacrifice.
Roland Lescure (ministre de l’Economie, des Finances
et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique)
> [Plan budgétaire et structurel à moyen terme / Intervention à l’Assemblée]
Juste avant cette séance, nous étions aux côtés du ministre de l’action et des
comptes publics, David Amiel, devant la commission des finances pour présenter
le rapport d’avancement annuel (RAA) 2026 : je suis heureux de poursuivre
cet échange avec vous dans un cadre plus large. Vous le savez, ce rapport, qui
permet de suivre et d’évaluer l’exécution du plan budgétaire et structurel à
moyen terme (PSMT), constitue un point d’étape dans la mise en œuvre de notre
trajectoire pluriannuelle de finances publiques.
Cette trajectoire repose sur un ajustement en sept ans, afin de lisser l’effort
budgétaire dans le temps et de préserver une politique économique ambitieuse au
service de la compétitivité, l’emploi, l’investissement, la croissance. Ce ne
sont pas là de vains mots ; l’équilibre entre redressement de nos finances
publiques et préservation de la croissance résulte d’une équation délicate, à
laquelle nous devons tous nous attacher. La plupart des jalons évoqués au sein
de ce programme à moyen terme sont d’ores et déjà atteints : revues des
dépenses, projet de loi de simplification adopté la semaine dernière dans cet
hémicycle, loi relative à l’industrie verte, accélération de l’exploitation des
énergies renouvelables, plan France 2030, etc. D’autres mesures sont en bonne
voie.
Visant, je le répète, à préserver la croissance, la trajectoire des finances
publiques doit être d’autant plus surveillée que la crise énergétique qui
touche le monde entier a un impact sur notre économie, la croissance,
l’inflation, mais aussi, évidemment, sur le déficit et la dette publics. Nous
sommes entrés dans cette crise avec une économie résiliente : 0,9 %
de croissance du PIB – soit davantage que le chiffre attendu,
0,7 % – en 2025, une inflation également de 0,9 % contre
1,7 % en Italie et 2,3 % en Allemagne, des signaux conjoncturels
positifs au début du premier trimestre 2026. Si la crise n’était pas
intervenue, sans doute aurions-nous été amenés à revoir à la hausse nos
prévisions de croissance pour cette année.
En outre, nous y sommes entrés mieux préparés, moins exposés que nos voisins,
grâce à un mix énergétique souverain et plus décarboné. Cette crise a cependant
entraîné une dégradation de la situation économique mondiale qui nous conduit à
revoir les prévisions macroéconomiques figurant dans la loi de finances pour
2026. Par rapport à ce texte, notre prévision de croissance est ainsi revue à
0,9 %, soit 0,1 point de moins : cela s’explique par
l’affaiblissement de la demande intérieure privée – consommation
des ménages et investissement privé – du fait de la hausse de l’inflation
et d’un regain d’incertitude que nous espérons temporaire. Il s’agit là d’une
révision minime en comparaison d’autres pays, dont la consommation énergétique
dépend davantage que la nôtre des importations en provenance du
Moyen-Orient : l’Allemagne a divisé par deux – 0,5 %
au lieu de 1 % – sa prévision de croissance pour 2026, l’Italie
s’attend à 0,6 %. Pour la France, une croissance de 0,9 % en 2026
équivaut aux prédictions de la Banque de France, du Fonds monétaire
international (FMI) et du consensus des économistes privés.
Notre prévision d’inflation en 2026, elle aussi, a été révisée :
1,9 % en moyenne, soit 0,6 point de plus, en raison de la hausse des
prix des hydrocarbures, que selon la loi de finances. Ces prévisions sont
fondées sur deux hypothèses importantes, dont nous suivrons de près le devenir
dans les semaines qui viennent : d’une part les anticipations de marché à
la date du 23 mars – un prix du baril qui se maintiendrait autour de
100 dollars jusqu’à la fin du deuxième trimestre et se stabiliserait
autour de 80 dollars d’ici à la fin de l’année –, d’autre part le
scénario d’une détente progressive et d’une réouverture du détroit d’Ormuz.
Comme nous nous y étions engagés, nous avons saisi au sujet de nos prévisions
le Haut Conseil des finances publiques (HCFP), lequel, dans son avis, publié le
22 avril, a estimé cohérent le scénario économique actualisé du
gouvernement pour 2026. La situation restant très incertaine, il convient
néanmoins de prendre ces chiffres avec précaution ; si le cessez-le-feu
qui dure depuis le 8 avril s’est traduit par une baisse – à
peu près 20 centimes par litre de gazole – des prix à la pompe, il
demeure fragile et, pour le moment, n’a pas véritablement conduit à une
réouverture du détroit. Avec le président de la République et l’ensemble des
membres du gouvernement, nous mobilisons pleinement la présidence française du
G7 pour élaborer des réponses à ce conflit et réduire autant que possible ses
conséquences économiques.
Par ailleurs, nous sommes entrés dans cette crise avec une amélioration
notable, bien qu’insuffisante, du déficit public, ramené l’année dernière, par
une gestion rigoureuse de nos finances publiques, à 5,1 % du PIB contre
5,8 % en 2024. Le taux de croissance de la dépense primaire nette,
c’est-à-dire l’indicateur de suivi européen qui correspond aux dépenses
publiques effectivement pilotées par l’État, hors intérêts de la dette,
dépenses conjoncturelles et exceptionnelles, mesures nouvelles en prélèvements
obligatoires, s’élevait en 2025 à 0,8 %, niveau conforme à la
recommandation du Conseil européen. Ces résultats sont encourageants, mais ne
doivent en aucun cas ralentir nos efforts : nous devons continuer de
réduire notre déficit, qui reste trop élevé.
Pendant près d’une décennie, la baisse des taux d’intérêt nous a permis de
financer à bas coût l’augmentation de notre stock de dette. Cette période est
révolue : depuis 2021, la normalisation des conditions de financement
change radicalement la donne pour notre trajectoire budgétaire. La charge de la
dette, qui augmente d’environ 10 milliards d’euros par an, est devenue
pour l’État un poste de dépense important : selon les prévisions révisées,
elle représentera en 2026 64 milliards, soit le double du budget du
ministère de l’intérieur et davantage – c’est une première – que celui de
l’éducation nationale. Il est fondamental de poursuivre la consolidation
budgétaire : nous réitérons notre engagement et notre volonté de faire
passer le déficit sous la barre des 3 % en 2029.
L’effort budgétaire des derniers mois prouve que nous pouvons tenir une telle
trajectoire ; or il y va de la crédibilité de la France vis-à-vis de nos
partenaires, de nos créanciers. Pour stabiliser notre endettement et respecter
nos engagements européens, cet objectif des 3 % est essentiel :
l’atteindre d’ici à 2029 fera de la France l’un des derniers pays à retrouver
le chemin de la stabilisation, puis de la décrue, de la dette publique.
Aujourd’hui, notre déficit est le quatrième plus élevé de la zone euro,
derrière ceux de la Roumanie, de la Pologne et de la Belgique. Toutefois, cet
effort ne doit pas s’opérer au détriment des investissements à réaliser pour
soutenir la croissance. Nous devons être en mesure de continuer à défendre
notre modèle social, à financer les transformations structurelles de notre
pays, et retrouver des marges de manœuvre budgétaires pour faire face à la
prochaine crise, car sans doute y en aura-t-il d’autres.
Réduire notre déficit public, c’est la condition de notre prospérité, de notre
défense, de notre souveraineté. La situation économique que nous traversons ne
doit pas nous faire dévier de notre trajectoire en la matière, mais au
contraire nous inciter à redoubler d’efforts pour piloter de près nos dépenses
publiques, et nous pousser à conserver une certaine prudence : il importe
que chaque euro dépensé le soit de manière efficace, en ciblant ceux qui en ont
le plus besoin.
Encore une fois, ce choc externe constitue une mauvaise nouvelle. Il engendre à
la fois une hausse de l’inflation et des taux souverains – d’où
un renchérissement du service de la dette aujourd’hui évalué à
3,6 milliards en année pleine –, une baisse des recettes publiques
évaluée à 0,6 milliard, une hausse des dépenses publiques estimée à
0,3 milliard, à quoi il faut ajouter les dépenses directement associées à
la crise : surcoûts des opérations extérieures, aides ciblées. Le coût
total pour les finances publiques est à ce jour estimé à environ
6 milliards. C’est pourquoi, depuis le début de la crise, nous apportons
une réponse graduée, ciblée, temporaire, avec des mesures pour soutenir les
secteurs et les travailleurs grands rouleurs les plus affectés par la hausse
des prix de l’énergie.
Parallèlement à ces mesures à court terme, le Premier ministre nous a demandé
d’agir pour que cette crise soit l’occasion de réduire structurellement notre
dépendance aux hydrocarbures, comme l’ont fait nos prédécesseurs dans les
années 1970. Après la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en
février, le Gouvernement a ainsi publié jeudi dernier son plan
d’électrification, qui comprend des mesures visant à accélérer sur le passage à
l’électrique dans les secteurs les plus émetteurs, les logements, les moyens de
transport. « Il ne faut jamais gâcher une bonne crise », disait
Winston Churchill ; nous devons profiter de celle-ci pour accélérer le
virage vers l’électrique. Les dernières informations concernant les ventes de
véhicules électriques, comme celles qui nous viennent des concessionnaires et
montrent que les commandes sont au rendez-vous, prouvent que les Françaises et
les Français ont compris cet impératif.
Pour faire face ensemble, avec toutes les parties prenantes, à cette crise,
notre stratégie est claire : suivre l’évolution de la situation en temps
réel avec, je le répète, tous les acteurs concernés, aider les entreprises et
ménages les plus affectés, réduire l’impact sur nos finances publiques. Je
continuerai de vous rendre compte de la situation et des réponses que nous
apportons.
> Les résultats de notre pilotage rigoureux des
finances publiques sont là : le déficit 2025 a été ramené à 5,1 % du PIB,
contre 5,4 % initialement prévu.
Ces chiffres, nous les avons présentés lundi 27 avril 2026 devant la Commission
des finances de l’Assemblée nationale mais aussi devant le Comité d’alerte des
finances publiques que nous avons réuni à Bercy mardi 21 avril dernier.
Lancé en avril 2025, le comité d'alerte rassemble l'ensemble des acteurs
concernés par les finances publiques de notre pays : parlementaires,
représentants des élus locaux, représentants des caisses de sécurité sociale,
représentants des partenaires sociaux et représentants institutionnels. Il a un
seul objectif clair : faire toute la transparence sur l’exécution budgétaire
2026 mais aussi mesurer l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur nos finances.
Concernant la crise au Moyen-Orient, nos finances publiques seront impactées.
La baisse des recettes fiscales sur les carburants, les aides aux secteurs
touchés et la hausse de la charge de la dette alourdissent nos comptes. Le coût
total pourrait atteindre 6 milliards d’euros en 2026 si tous les risques se
concrétisent.
Notre prévision de croissance pour 2026 a aussi été abaissée, de 1% à 0,9%.
Pour notre inflation, nos prévisions ont été revues à la hausse, passant de
1,3% à 1,9%.
Même si la France résiste mieux que d’autres nations grâce à sa préparation et
à son mix énergétique, la prudence s’impose plus que jamais. Notre priorité :
continuer à réduire le déficit, protéger les ménages et les entreprises, et
renforcer notre souveraineté.
> [Prix des carburants / Intervention à l’Assemblée]
Je note qu’au Rassemblement national, les députés passent mais les bonnes
habitudes ne se perdent pas: misérabilisme, exagérations, contrevérités et
solutions totalement inopérantes ! La crise énergétique est une
réalité pour nombre de nos concitoyens. Mais baisser la TVA coûte une fortune et
ne répond que très partiellement au problème, puisqu’une telle mesure aiderait
des gens qui n’en ont aucun besoin tandis que son effet serait insuffisant sur
ceux qui sont en première ligne.
Monsieur Jacobelli – qui faites des gestes à la limite de la décence
attendue dans un parlement –, vous savez que les agriculteurs, les
pêcheurs, les transporteurs routiers, que nous aidons régulièrement, ne paient
pas la plupart des impôts que vous mentionnez. La baisse de la TVA ne leur
servirait à rien ! En revanche, un certain nombre de cadres dirigeants – j’ai
compris que vous étiez maintenant les copains des patrons ! –, qui ne
nous demandent rien parce qu’ils n’ont pas de problème de pouvoir d’achat, en
bénéficieraient.
Je passe sur le fait que la diminution de la TVA suscite évidemment des pertes
en ligne : quand elle baisse, un certain nombre de marges augmentent et,
quand elle remonte, les marges augmentent également ! Monsieur le député,
vous venez d’arriver. Travaillez ! Essayez de nourrir votre groupe
d’idées un peu meilleures, qui se distinguent des autres et soient dotées de
quelque efficacité !
Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et des Affaires
étrangères)
> [Intervention au
conseil de sécurité sur la liberté de navigation en sécurité] Merci d’avoir pris l’initiative de
cette réunion qui porte sur une question cruciale et sur un droit
imprescriptible protégé par cette organisation : la sécurité maritime et
la liberté de navigation. Cette question se pose aujourd’hui avec une gravité
particulière, alors que le détroit d’Ormuz fait l’objet d’un blocage prolongé.
Mais de quoi parle-t-on ?
Ce qu’il se passe à Ormuz dépasse très largement les 40 kilomètres de ce
chenal. Derrière la flotte immobile des navires, c’est une certaine idée de
l’ordre international fondé sur les règles qui se joue, une certaine idée de
notre capacité ou de notre incapacité à gérer collectivement les biens publics
mondiaux.
80 % des échanges mondiaux circulent par la mer : notre énergie,
nos denrées alimentaires, nos matières premières. Les eaux internationales sont
un bien commun de l’humanité dont l’usage est protégé par la convention des
Nations unies sur le droit de la mer. Les détroits sont les artères du monde.
Ils ne sont la propriété de personne. Ils ne sont pas à vendre. Ils ne peuvent
donc être entravés par aucun obstacle, ni aucun droit de passage.
Ni blocage, ni chantage, ni péage.
Ni par l’Iran, ni par quiconque et sous aucun prétexte.
Car que se passerait-il si l’on acceptait la moindre exception à ces
principes ? On créerait là un dangereux précédent. D’autres prendraient
des initiatives similaires. Et l’exception deviendrait la norme.
L’accès à la mer serait un privilège réservé à quelques-uns. Les détroits
deviendraient des corridors militarisés. Le commerce mondial serait pris en
otage. Des régions entières seraient isolées. Le monde se retrouverait
étranglé, livré à l’arbitraire et à la loi du plus fort. Il serait moins
prospère et plus dangereux. Ce monde-là, nous le refusons.
Alors si, dans notre immense majorité, nous refusons la remise en cause de
la sécurité maritime et de la liberté de navigation : comment en
sommes-nous arrivés là ?
Ce blocage est le produit d’une accumulation de
décisions unilatérales et illégales de l’Iran. Il s’inscrit dans le cadre d’une
escalade militaire dont l’origine se trouve dans les opérations lancées par les
Etats-Unis et Israël sans but précisément définis et menées en dehors du droit
international.
Mais le régime iranien porte une responsabilité écrasante dans cette situation,
du fait de son obstination coupable à se doter des moyens de la déstabilisation
et de la menace : par son programme nucléaire, par ses missiles
balistiques, par son soutien constant à des groupes terroristes.
En choisissant de cibler de façon massive et indiscriminée les pays de la
région, en laissant le Hezbollah précipiter le Liban dans la guerre contre son
gré et en bloquant le détroit d’Ormuz, le régime iranien a violé les principes
fondamentaux de la Charte des Nations unies, comme ceux du droit de la mer, et
aggravé une situation déjà profondément dégradée.
Il n’y aura pas de solution durable à cette crise sans que le régime iranien ne
consente à des concessions majeures et un changement radical de posture
permettant la coexistence pacifique de l’Iran avec son environnement régional,
et au peuple iranien de construire librement son propre avenir.
Ce Conseil ne peut et ne doit pas détourner les yeux du sort des populations
civiles dans la région, premières victimes de la guerre, du sort du peuple
iranien, pris en étau entre la répression et la menace d’une reprise des
hostilités. Après la répression du mois de janvier, la plus violente dans
l’histoire contemporaine de l’Iran, les prisonniers politiques doivent être
libérés, les exécutions doivent cesser, la liberté des communications doit être
rétablie.
La guerre n’aura pas suffi à régler ces problèmes de fond. Elle en aura créé un
nouveau : le blocage du détroit d’Ormuz.
Un blocage qui ne fait que des perdants.
Les pays riverains, bien sûr, auxquels je veux redire la solidarité de la
France.
Les pays les plus vulnérables, qui dépendent des biens de première nécessité et
de l’assistance humanitaire vitale transportés par les navires immobilisés.
Mais aussi les pays comme le mien qui, au-delà des mers, sont frappés de plein
fouet par l’onde de choc de cette crise et qui payent le prix d’une guerre
qu’ils n’ont pas choisi.
Tout cela a assez duré. Tout cela doit cesser.
Je veux à cet instant avoir une pensée pour les équipages piégés dans le
détroit et saluer, à ce titre, le travail essentiel de l’Organisation maritime
internationale, votre travail, Monsieur le Secrétaire général, pour assurer
leur sécurité et établir un plan d’évacuation, plan qui sera crucial pour
trouver une issue à la crise et que nous soutenons pleinement.
Alors face à l’arbitraire de ce blocage du détroit, que faire ?
L’inaction n’est pas une option. Je salue l’adoption de la résolution 2817 du
Conseil de sécurité et les démarches entreprises depuis par le Bahreïn au sein
de ce Conseil pour parvenir à la réouverture du détroit.
Je rappelle l’initiative historique prise par le Président de la République et
lancée à Paris, le 17 avril dernier, avec le Premier ministre britannique pour
que le trafic maritime puisse reprendre au plus vite, dès que les conditions le
permettront, grâce à une mission internationale indépendante et strictement
défensive. Son but : protéger les navires marchands, rassurer les
opérateurs du transport maritime et mener des opérations de déminage dans le
détroit.
Plus de cinquante pays d’Europe, du Moyen-Orient et d’Asie, non belligérants,
ont répondu à l’appel.
Ensemble, ils ont formulé trois exigences :
- La réouverture immédiate, pleine et inconditionnelle du détroit d’Ormuz par
toutes les parties ;
- La restauration des conditions de libre passage qui étaient en vigueur avant
la guerre et le plein respect du droit de la mer ;
- L’absence de toute restriction, tout régime de convention qui équivaudrait
dans les faits à une tentative de privatiser le détroit et évidemment tout
système de péage.
L’océan est un espace de liberté, mais ce n’est pas un espace de non-droit.
C’est notre responsabilité que de lui donner des règles et de les faire
respecter.
C’est ce que nous avons fait à Nice l’été dernier en accueillant la 3e
conférence des Nations unies sur l’Océan. Avec l’entrée en vigueur du traité
sur la haute mer, la communauté internationale a démontré qu’elle pouvait
s’accorder pour protéger un bien commun mondial. Ce succès doit nous inspirer.
Car nous ne sommes pas condamnés à subir le démantèlement du droit
international, du droit international humanitaire ou du droit de la mer.
Résistons à la résignation et au découragement qui nous guettent. Levons-nous
pour dire « Non » lorsque la paix et la sécurité du monde sont en
jeu. C’est la vocation de ce Conseil. Soyons dignes de la confiance investie en
nous par les peuples du monde. Soyons à la hauteur de ce moment.
> [Discours à l’Université de Columbia (New
York)] Ce dont j'aimerais parler cet
après-midi, c'est du rôle que l'Europe est appelée à jouer au cours des
prochaines décennies du 21e siècle.
Nous vivons actuellement une
période de profonde transformation, un moment où le monde ne se contente pas de
changer ; il s’accélère et se durcit. Nombreux sont ceux qui affirment que
le cours des choses est déjà tracé, que le 21e siècle sera marqué par un seul
récit : la rivalité entre deux superpuissances, la superpuissance établie
et la superpuissance émergente. Une rivalité qui mènera inévitablement à une
forme de confrontation et qui obligera chaque nation, et chacun d’entre nous, à
choisir son camp. Or, l’idée que je souhaite vous présenter est que, dans cette
équation géopolitique, il existe une inconnue. Et cette inconnue, c’est
l’Europe.
L’Europe a le pouvoir de bouleverser cette équation géopolitique.
Mais avant cela, permettez-moi
de rappeler, comme je l'ai fait précédemment aux Nations Unies, que la force
n'a jamais disparu des relations internationales. Elle n'a jamais été abolie,
ni par le droit international, ni par les institutions mondiales. Elle a
toujours été encadrée par une idée simple, formulée il y a des siècles par le
philosophe français Blaise Pascal : « La justice sans force est
impuissante. La force sans justice est tyrannie. » Le défi est donc resté
le même : veiller à ce que ce qui est fort soit juste, et renforcer ce qui
est juste.
Tout au long du 20e siècle,
nous avons essayé de trouver cet équilibre.
Après la Première Guerre
mondiale, la Société des Nations constitua une première tentative, certes
admirable, mais incomplète. Car elle demandait aux États de renoncer à la force
sans leur donner les moyens de s'assurer que les autres en feraient autant.
L'équilibre ne fut donc pas atteint.
Après la Seconde Guerre
mondiale, nous avons tiré les leçons de ces échecs, et les Nations Unies et les
institutions de Bretton Woods ont vu le jour. Celles-ci n'ont pas nié le
pouvoir ; elles l'ont organisé, structuré et rendu prévisible.
Ne soyons pas naïfs. Les
grandes puissances n'ont pas adopté ce système par charité. Elles l'ont adopté
car la stabilité, la prévisibilité et l'ordre servent mieux leurs intérêts que
le chaos. Elles bénéficiaient également d'une position privilégiée, avec des
sièges permanents au Conseil de sécurité de l'ONU et un droit de veto. Sans cet
arrangement, aucun système multilatéral durable n'aurait pu se maintenir.
Et aucun pays n'en a autant
profité que la première puissance du XXe siècle : les États-Unis
d'Amérique. Ces derniers ont récolté des dividendes extraordinaires, voire
exorbitants, grâce au multilatéralisme.
Les dividendes en matière de
sécurité. Par le biais des missions de maintien de la paix de l'ONU, les
États-Unis se sont appuyés sur d'autres pays pour préserver la stabilité
mondiale. Grâce au régime de non-prolifération, ils ont évité l'engrenage d'une
course aux armements nucléaires.
Et grâce à l'OTAN, elle a fait
plus que garantir la sécurité de l'Atlantique Nord ; elle a également créé un
marché — un marché qui a soutenu la puissance de l'industrie de défense
américaine.
Dividende monétaire. Sous le
système de Bretton Woods, le dollar est devenu la monnaie de réserve mondiale.
Cela impliquait une chose très simple : les États-Unis pouvaient financer
leur économie, mais aussi leur déficit budgétaire, à moindre coût que
quiconque.
Les déficits sont devenus plus
faciles à supporter. Dividende monétaire.
Et des retombées commerciales.
Grâce au GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) et, plus
tard, grâce à l'OMC, les entreprises américaines — notamment dans les secteurs
de la finance et des services numériques — ont pu se développer à l'échelle
mondiale avec peu d'obstacles.
Pourtant, les choses ont
commencé à changer.
L’équilibre des pouvoirs,
patiemment construit pendant des décennies, commença à se relâcher avec la fin
de la Guerre froide. L’effondrement du bloc soviétique fut perçu, en Occident,
comme la preuve ultime de la victoire du modèle occidental : un monde régi
par le droit, organisé par les marchés et ancré dans la démocratie. On célébra
la « fin de l’Histoire » au moment même où, en réalité, l’Histoire
recommençait. La superpuissance américaine, sûre d’elle et incontestée,
commença à tordre les règles mêmes qu’elle avait jadis défendues.
Pour une grande partie du
monde, ce ne fut pas un moment d'émancipation. Ce fut plutôt une forme de
surveillance. Le souvenir de la domination coloniale était toujours présent,
tout comme le ressentiment envers les programmes d'ajustement structurel et les
cicatrices des interventions unilatérales. La frustration laissa place à un
sentiment plus aigu : un désir de revanche.
La Russie a perçu
l'élargissement de l'OTAN comme une forme d'agression.
La Chine voyait dans
l'économie libérale et les droits de l'homme un système construit sans
eux.
Dans une grande partie du
monde, le multilatéralisme a commencé à ressembler moins à un cadre partagé et
plus à une construction occidentale, un système conçu par l'Occident pour
l'Occident.
Ignorer cette perception ne la
fait pas disparaître. Cela signifie simplement que vous ne comprenez plus le
monde dans lequel vous vivez.
Nulle part ailleurs cette
dynamique n'a été aussi puissante qu'en Chine, une civilisation qui raisonne en
siècles, une civilisation qui se perçoit non pas comme en pleine ascension,
mais comme revenant de ce qu'elle appelle le « siècle d'humiliation », des
guerres de l'opium à l'effondrement impérial. Et la rapidité de ce retour a été
stupéfiante. En seulement quatre décennies, la Chine s'est métamorphosée. Sa
part du PIB mondial est passée de 2 % à près de 20 %, un déplacement du centre
de gravité de l'économie mondiale. Cette transformation a sorti des centaines
de millions de personnes de la pauvreté.
La prospérité s'accompagna
d'une autre ambition : celle de reconquérir un rôle central dans l'ordre
international et de se hisser, à terme, au rang d'égal, voire de supérieur, à
la superpuissance en place, les États-Unis.
La Chine a agi méthodiquement.
Elle a mobilisé tous les leviers de son pouvoir, de manière délibérée, patiente
et systématique.
Puissance économique. L'an
dernier, la Chine a enregistré un excédent commercial de plus de mille
milliards de dollars. Ce n'est pas un hasard. C'est le fruit d'une stratégie,
d'une politique industrielle offensive conçue non seulement pour croître, mais
aussi pour créer des interdépendances. Dépendances aux terres rares – dont la
Chine contrôle environ 90 % du raffinage. Dépendances aux chaînes
d'approvisionnement, au transport maritime, aux ports et aux réseaux
logistiques qui s'étendent sur plus de 150 pays grâce à l'initiative « la
Ceinture et la Route ».
Puissance diplomatique. La
Chine investit massivement dans l'influence, aux niveaux bilatéral, régional et
mondial. Par le biais de l'Organisation de coopération de Shanghai, elle ancre
son voisinage. À travers les BRICS, elle conteste la domination diplomatique du
G7, se positionnant comme la voix d'un « Sud global » insatisfait de l'ordre
établi sous l'égide de l'Occident. Aujourd'hui, les BRICS surpassent le G7,
tant en termes de population que de poids économique.
Puissance militaire. L'Armée
populaire de libération compte plus de deux millions d'hommes, la plus
importante au monde. La Chine dispose également de la plus grande marine du
monde en nombre de navires et d'un arsenal de missiles conçu dans un seul but :
tenir les forces américaines à distance.
L’objectif est clair :
sécuriser sa région, dissuader toute intervention et, à terme, atteindre la
parité stratégique.
En résumé, le constat est sans
appel : la Chine n’est pas seulement en pleine ascension. Elle se
positionne pour devenir un leader, pour devenir ce qu’elle estime avoir
toujours été destinée à être : l’Empire du Milieu.
Alors que la Chine monte en
puissance, les États-Unis se retrouvent confrontés à un piège familier et
dangereux, ce que certains appellent le piège de Thucydide, décrit il y a plus
de deux mille ans : la tension entre une puissance dominante et une puissance
émergente, une tension qui mène souvent à la confrontation. Revenons cinq
siècles avant Jésus-Christ. Sparte y fut confrontée lors de l’ascension
d’Athènes et choisit la guerre pour empêcher cette dernière d’accéder à la
domination. Ce fut la guerre du Péloponnèse. Trente ans plus tard, Sparte et
Athènes étaient épuisées par les combats. Un troisième acteur entra alors en
scène : la Macédoine, qui entreprit la conquête du monde grec.
La Macédoine n'a pas gagné par
hasard. Elle a gagné parce que, pendant que les autres combattaient ou
s'affrontaient, elle s'est préparée. Elle s'est réformée.
Sur le plan militaire, elle a
forgé une armée professionnelle, développé de nouvelles armes et perfectionné
la phalange.
Sur le plan politique, elle a
centralisé l'autorité et a constitué une nouvelle élite disciplinée.
Sur le plan financier, elle a
créé une monnaie stable et mobilisé ses ressources pour des ambitions à long
terme.
Tandis que d'autres
s'épuisaient dans des guerres sans fin, la Macédoine se positionnait comme un
troisième acteur. Vous vous demandez peut-être où je veux en venir.
Aujourd'hui, à Washington, la
Chine est bel et bien perçue comme le principal défi géopolitique de notre
époque. Et la réaction n'a cessé de se renforcer au fil du temps.
Des droits de douane visant
des centaines de milliards de dollars de marchandises chinoises.
L'interdiction de TikTok.
Restrictions de visas imposées
aux étudiants et chercheurs chinois travaillant dans des domaines sensibles.
La mise sur liste noire des
entreprises chinoises – coupées des infrastructures et des marchés publics
américains.
Contrôles à l'exportation des
microprocesseurs, des semi-conducteurs et des puces de pointe.
Un renforcement massif de la
présence militaire américaine dans le Pacifique.
Une tentative de rapprochement
avec la Russie, visant à éloigner Moscou de Pékin, en rupture avec la stratégie
de Nixon.
Une intervention militaire en
Amérique latine visant à remodeler le contrôle d'un pays producteur de pétrole
essentiel à l'approvisionnement de la Chine.
Revendications territoriales
sur un territoire européen sous protection de l'OTAN – justifiées comme un
moyen d'empêcher l'accès de la Chine à l'Atlantique Nord.
Il ne s'agit pas d'actions
isolées. Elles forment un schéma, une stratégie de confinement.
Nous nous trouvons donc bien
loin de l'esprit de 1945, bien loin de la Charte des Nations Unies.
Nous entrons plutôt dans un
monde d'ordres concurrents : la Chine promouvant sa propre vision de la
gouvernance mondiale, les États-Unis proposant de nouvelles structures, telles
que le Conseil de la paix.
Où cela va-t-il nous mener ?
Au mieux, à un monde
fragmenté, divisé en sphères d'influence.
Au pire, une confrontation
directe entre deux membres permanents du Conseil de sécurité, deux nations
équipées.
La question est donc la
suivante : est-ce inévitable ? Sommes-nous condamnés à choisir ? À nous aligner
ou à nous soumettre ?
Je ne crois pas que nous le
soyons, à cause de la Macédoine. Car dans cette équation complexe, instable et
encore en évolution, il existe une variable susceptible de changer l'issue.
Une variable qui n'a pas
encore été pleinement exploitée : l'Europe.
Oui, l'Europe est le facteur X
dans l'équation géopolitique actuelle.
Pourquoi ? Parce que c'est ici
que se dessine la résistance à la brutalisation du monde. De l'Asie du Sud-Est
à l'Amérique latine, en passant par l'Afrique, les peuples libres qui
souhaitent le rester observent l'Europe, attendant qu'elle prenne ses responsabilités
et qu'elle montre l'exemple.
Dans un monde de plus en plus
contraint de choisir entre soumission et confrontation, on attend de l’Europe
ce qu’elle a toujours été la plus forte : sa capacité à tracer une troisième
voie, une voie exigeante, ancrée dans la souveraineté nationale et dans le
respect du droit international.
De plus en plus d'États,
attachés à leur indépendance, rejettent la logique des blocs. Ils recherchent
l'équilibre, l'espace, une alternative. Et aujourd'hui, cette alternative
repose sur une seule chose : une Europe plus forte.
C’est pourquoi, à mon avis,
l’Europe est le facteur X.
Certains préféreraient voir
l'Europe affaiblie en tant qu'organisation politique. D'autres la préféreraient
divisée. Beaucoup seraient plus à l'aise si elle disparaissait tout simplement
de l'équation.
Du côté chinois, la stratégie
est subtile. Pékin s'efforce de contourner l'Europe en tant qu'Union, en nouant
des relations bilatérales avec les capitales une à une, tout en évitant les
institutions de l'UE.
Du côté américain, le défi est
plus explicite. Dans la Stratégie de sécurité nationale publiée en décembre
2025, l'Europe est dépeinte comme affaiblie : minée par les migrations,
privée de ses libertés et répressive envers l'opposition politique.
Un continent condamné à «
l’effacement civilisationnel ».
La logique est simple. Une
Europe fragmentée est plus facile à dominer. Une Europe divisée est plus facile
à unifier. Une Europe dépendante devient un acteur secondaire.
Mais non, l'Europe n'est pas
au bord de la disparition.
La civilisation européenne
n'est pas fragile. C'est une civilisation de l'esprit, forgée pendant plus de
deux millénaires, à travers les conflits et les réconciliations, les échecs et
les renaissances. Une civilisation qui a connu le pire et produit le meilleur.
Stefan Zweig qualifiait
l'Europe de « forge d'idées », et il avait raison. De la rencontre des mondes
latin, germanique, anglo-saxon et slave ont émergé des idées qui ont remodelé
l'histoire. Et c'est précisément cette capacité – d'absorber, de transformer et
de créer – qui confère à l'Europe sa profondeur civilisationnelle.
L'Europe était là avant. Elle
sera là longtemps après. C'est une civilisation qui a connu la division – à
maintes reprises – et qui, à chaque fois, a su la surmonter.
L'Europe a tant apporté au
monde. Elle a façonné des idées, déclenché des révolutions et défini ce que
nous entendons par liberté et démocratie.
Ce continent a donné naissance
à l'une des constructions politiques les plus ambitieuses de l'histoire :
l'Union européenne, née le 9 mai 1950 à Paris, au ministère des Affaires
étrangères.
Huit décennies de paix.
Huit décennies de démocratie.
Huit décennies de prospérité.
Regardez le monde
d'aujourd'hui. Dix pays sont candidats à l'adhésion à l'Union européenne. Quel
autre projet politique suscite un tel engouement ? Et quand je dis dix,
cela n'inclut ni l'Islande ni même le Canada.
À Tbilissi, en Géorgie, sur le
Maïdan en 2014, la population s'est rassemblée, brandissant le drapeau européen
et chantant l'hymne européen, symbole d'espoir. Quel autre idéal politique
inspire une telle ferveur ?
Considérons les résultats. Les
Européens vivent plus librement. Ils vivent plus longtemps et en meilleure
santé. L'espérance de vie est plus élevée, environ quatre ans de plus qu'aux
États-Unis ou en Chine. La mortalité infantile est plus faible, souvent deux
fois moins élevée. Les inégalités sont également moindres.
Voilà un modèle qui mérite
d'être défendu.
Lorsque les grandes puissances
rivalisent sans retenue, il ne faut pas oublier qu'elles s'affaiblissent
elles-mêmes. Et elles libèrent du terrain pour les autres. C'est dans ce
contexte que nous allons vivre. Et l'Europe prend ses responsabilités. Elle investit
l'espace qui se libère et saisit cette opportunité.
Depuis 2017 et le discours
prononcé par le président Macron à la Sorbonne, appelant à une autonomie
stratégique européenne, nous avons progressé sur les questions de sécurité, de
prospérité et de démocratie – trois valeurs au cœur des priorités de l’Europe.
En matière de sécurité.
Pendant des années, parler de
défense européenne était tabou. On nous disait que cela affaiblirait l'OTAN.
Aujourd'hui, ce débat est clos. La défense européenne devient une réalité. Ce
changement se traduit concrètement : nouveaux cadres stratégiques,
coordination renforcée, rôle accru de la Commission européenne, réactivation de
l'Agence européenne de défense et nouveaux instruments de financement
européens, avec une nette préférence européenne.
Certes, l'Ukraine a marqué un
tournant. Certains pensaient que l'Europe ne pouvait soutenir l'Ukraine sans
les États-Unis, que la paix se jouerait ailleurs. La réalité a prouvé le
contraire. À l'heure où nous parlons, l'Ukraine se redresse après avoir survécu
à l'un des hivers les plus rigoureux de l'histoire récente, tandis que la
Russie s'effondre : militairement, avec plus d'un million de victimes
depuis le début du conflit et plus de mille morts par jour sur le front ;
économiquement aussi, son économie étant au bord du gouffre.
Nous nous préparons à la paix.
Nous avons lancé la Coalition des volontaires. Et nous avons bâti quelque chose
de nouveau. Aujourd'hui, les Européens, aux côtés de partenaires comme la
Norvège, le Royaume-Uni et le Canada, apportent l'essentiel de leur soutien à
l'Ukraine et mettent en place les garanties de sécurité pour l'avenir. Nous
soutenons les efforts diplomatiques américains.
Mais nous veillons à ce que
nos intérêts ne soient pas négligés. Car la paix ne saurait être une
capitulation. Et elle ne peut se faire au détriment de la sécurité européenne.
L'Europe assume désormais sa responsabilité en matière de sécurité.
Sur la prospérité.
L'économie européenne est
confrontée à une double pression : la concurrence chinoise et les droits
de douane américains. Même les pays qui affichaient autrefois des excédents
avec la Chine enregistrent désormais des déficits. Même l'Allemagne, longtemps
considérée comme la référence industrielle, a perdu des dizaines de milliers
d'emplois au profit de la Chine. La réponse doit être claire, et elle commence
à se dessiner.
Premièrement : protéger notre
marché de la concurrence déloyale.
L’Europe n’est pas qu’un
simple marché. C’est une puissance économique, et elle doit agir comme telle.
Cette transformation est en cours. De l’acier aux technologies propres, de la
chimie à l’automobile, l’Europe déploie des instruments de défense commerciale.
Les droits de douane imposés
aux véhicules électriques chinois fortement subventionnés en sont un exemple.
La préférence européenne n'est plus un concept, elle se concrétise en
politique.
Deuxièmement : renforcer la
compétitivité.
Un marché de 450 millions de
personnes doit devenir une véritable force économique. Cela implique une
moindre fragmentation, des règles simplifiées, un marché unique plus étendu,
une union des marchés de capitaux et des systèmes énergétiques intégrés. Toutes
ces réformes sont à l'étude et nous œuvrons à leur mise en œuvre.
Troisièmement : investir.
L'Europe doit investir
davantage et plus rapidement dans les technologies stratégiques telles que
l'IA, l'informatique quantique, le spatial et les technologies vertes. Nous en
avons les capacités. L'Europe détient la plus grande réserve d'épargne au monde.
Pourtant, une trop grande partie de cette épargne est transférée à l'étranger.
Cette situation n'est pas viable et commence à évoluer.
Quatrièmement : diversifier.
L’Europe développe ses
partenariats – récemment avec l’Inde – pour ouvrir de nouveaux marchés et
réduire sa dépendance. Car la résilience naît du choix.
L’Europe possède tous les
atouts recherchés par les investisseurs : une monnaie stable, un cadre
réglementaire prévisible, des infrastructures de premier ordre et une
main-d’œuvre hautement qualifiée. Dans un monde incertain, l’Europe offre un
atout rare : la confiance.
Sécurité, prospérité,
démocratie.
L'indépendance de l'Europe,
c'est la protection des libertés : la liberté de décider, de s'exprimer, de
voter, de circuler librement, de prier. Notre démocratie et l'État de droit
sont les garants de ces libertés. C'est pourquoi nous avons tant œuvré pour
protéger notre espace démocratique.
Défendre la liberté
académique. Protéger l'indépendance de la science. Préserver un espace
informationnel ouvert, mais réglementé. Un espace où les idées circulent
librement, mais où les choix ne sont pas dictés par des algorithmes opaques.
Tel est l'objectif des réglementations récemment adoptées.
La montée en puissance de la
manipulation de l'information et de la désinformation divise nos sociétés et
érode la démocratie. Il s'agit d'une menace majeure. C'est pourquoi nous
mettons en place un Bouclier démocratique européen. Nous allons créer un Centre
européen pour la résilience démocratique qui rassemblera l'ensemble des
expertises et des capacités des États membres et des pays voisins afin de
lutter contre la désinformation et de protéger nos élections.
Ainsi, tout comme la Macédoine
durant la guerre du Péloponnèse, l'Europe renforce sa puissance.
Sécurité, prospérité et
démocratie : c’est ainsi que l’Europe se prépare à un monde marqué par une
rivalité croissante entre deux blocs. Non pas en choisissant un camp, mais en
renforçant sa force et son influence selon ses propres termes.
Ce faisant, l'Europe ne sert
pas seulement ses propres intérêts. Elle sert en réalité le monde en restant
ouverte – ou plutôt, en ouvrant et en maintenant ouverte non pas un détroit,
mais une troisième voie. Une voie qui refuse à la fois la soumission et la
confrontation.
L'Europe est bel et bien au
service du monde. Car elle défend la liberté et la souveraineté partout où
elles sont menacées. À l'heure de la polarisation, l'Europe peut être un
rempart, une force stabilisatrice pour de nombreux pays qui comptent sur elle,
une force qui absorbe les chocs et les surmonte, une force qui empêche le
système de s'effondrer.
L'Europe se mobilise pour la
grande majorité de la population.
Alors, si l'on vous demande
aujourd'hui ce qui définit le paysage géopolitique mondial, une chose est
sûre : l'Europe est en pleine ascension.
Alors, mes amis, surveillez
l'Europe. Surveillez-la attentivement.
Si vous recherchez la
puissance, tournez-vous vers l'Europe.
Si vous recherchez la
stabilité, tournez-vous vers l'Europe.
Si vous êtes en quête
d'opportunités, regardez vers l'Europe.
Car l'Europe est en train de
devenir une superpuissance attractive, démocratique et stable. Un lieu où la
prospérité est partagée et où la recherche du bonheur est une réalité.
Alors, mes amis, surveillez
l'Europe. Surveillez-la attentivement. Car elle jouera un rôle très important
dans l'équation géopolitique des décennies, voire du siècle à venir.
> [Algérie / Intervention à l’Assemblée] À de
nombreuses reprises, vous avez appelé à rompre définitivement tout dialogue
avec l’Algérie et à bloquer l’immigration algérienne. Si nous avions suivi vos
prescriptions, le président de la République aurait rencontré hier en Ariège
des médecins qui lui auraient expliqué qu’ils ne sont pas en mesure d’exercer
leur mission de service public et qu’il n’est pas possible d’étendre l’accès à
la santé dans ces territoires qui manquent de médecins. C’est un fait – vous-même
êtes élue d’un territoire rural. Si la solution que vous proposez était la
bonne pour défendre les intérêts de la France et des Français, ça se saurait.
En vérité, le gouvernement, sous l’autorité du premier ministre, a une seule
boussole : défendre les intérêts de la France et des Français. Cette
mission, s’agissant de l’Algérie, passe nécessairement – aussi
bien pour les questions sécuritaires, migratoires et économiques – par un
dialogue très exigeant pour obtenir des résultats.
Cette méthode fonctionne. Après le déplacement du ministre de l’intérieur, la
France et l’Algérie coopèrent de nouveau sur le plan migratoire et sécuritaire,
alors que le blocage était total depuis un an. Nous observons de premiers
résultats, qui doivent être consolidés.
Bien sûr, la situation n’est pas encore satisfaisante, il faut aller beaucoup
plus loin et nous restons mobilisés pour obtenir la libération définitive de
notre compatriote Christophe Gleizes.
En revanche, faire croire aux Françaises et aux Français que l’on peut obtenir
des résultats en rompant définitivement le dialogue avec les pays qui nous
entourent et en lançant des invectives, c’est soit de l’aveuglement soit de la
démagogie.
Stéphanie Rist (ministre de la Santé, des Familles, de
l’Autonomie et des Personnes handicapées)
> À l’occasion de la Semaine européenne de la vaccination, des médecins,
scientifiques et personnalités lancent un cri d’alarme. Parce que les vaccins
ont fait reculer, parfois disparaître, certaines maladies, leur utilité est
aujourd’hui parfois oubliée. Pourtant, la vaccination sauve chaque année entre
3 et 5 millions de vies dans le monde, et plus de 150 millions depuis 50 ans.
Soyons clairs : les contre-vérités et les discours antivaccins ne sont pas des
opinions, ce sont des manipulations qui mettent des vies en danger. Quand la
couverture vaccinale recule, les maladies réapparaissent. C’est déjà une
réalité. Face à cela, il n’y a pas de place pour l’ambiguïté : la science est
établie, les faits sont connus. La vaccination est un progrès majeur de santé
publique. La remettre en cause, c’est fragiliser les plus vulnérables.
> [Fin de vie / Intervention à l’Assemblée] les
Français attendent l’adoption des propositions de loi sur les soins palliatifs
et l’aide à mourir, qui de loi forment les deux phases d’un même
engagement : ne jamais abandonner et toujours écouter la volonté de la
personne. Avec l’aide à mourir, il nous faut répondre à des situations de
désespérance et de souffrance qui, malgré le formidable engagement quotidien
des équipes soignantes – à qui je veux rendre ici hommage –, sont
insupportables.
Vous le savez, ce texte est fondé sur un équilibre autour de quatre
principes : l’autonomie et la volonté du patient, le respect des critères
d’éligibilité – cumulatifs et strictement encadrés –, la
collégialité du processus de décision et le contrôle strict de la procédure. Après
quatre ans de travaux, près de dix rapports et une convention citoyenne, le
texte est dans sa dernière ligne droite parlementaire.
Sur un tel enjeu, le choix – vous le savez – a été de laisser au
Parlement le temps de délibérer. Ce temps du débat me semble absolument
nécessaire ; il se poursuivra – vous l’avez dit – début mai au Sénat. Le
gouvernement souhaite que nous puissions aller au bout de l’examen du texte.
> [Tarifs des mutuelles / Intervention à
l’Assemblée] Sur le gel des tarifs des organismes complémentaires. Je redis
l’intérêt de notre système : il articule assurance maladie obligatoire et
assurance complémentaire, et permet qu’en France, le reste à charge soit l’un
des plus bas qui existent et qu’il diminue depuis quinze ans.
Le gouvernement avait souhaité que la loi de financement de la sécurité sociale
pour 2026 prévoie un effort collectif dévolu au financement de ce système,
grâce à une taxe supplémentaire de 1 milliard d’euros incombant aux
organismes complémentaires. Le Parlement a souhaité que cet effort ne se
répercute pas sur les tarifs en insérant deux dispositions dans le texte par le
vote de deux amendements : l’un visait à interdire la hausse des tarifs
pour 2025, l’autre prévoyait le lancement d’une négociation avec les organismes
en question, sous la conduite du gouvernement.
La première disposition, le gel des tarifs, constitue un enjeu de droit privé
ayant trait à la relation entre assurés et organismes complémentaires. Lors du
débat sur le PLFSS, j’avais souligné un risque d’inconstitutionnalité. En
responsabilité, le gouvernement a saisi le Conseil d’État en vue de disposer
d’une analyse juridique fine.
Quand à la deuxième disposition, nous avons commencé d’aborder, avec les
organismes complémentaires, la nécessité d’ouvrir la négociation en question.
Les discussions sont en cours.
Enfin, je rappelle qu’une mission a été confiée à quatre personnalités
qualifiées, qui émettront des propositions relatives à l’articulation de
l’assurance maladie complémentaire et de l’assurance maladie obligatoire afin
de construire l’avenir de notre système.
> [Accidents médicaux / Intervention à l’Assemblée]
Le rapport de la Cour des comptes publié aujourd’hui met en évidence qu’il
existe entre 160 000 et 375 000 événements indésirables graves
survenus chaque année dans les établissements de santé, dont seulement moins de
7 200 ont été déclarés en 2024. Il faut toutefois mettre ces chiffres en
perspective, au regard des plus de cinquante millions d’actes réalisés chaque
année dans nos établissements de santé publics ou privés, dont je salue encore
une fois les soignants. Cependant, chaque événement indésirable grave est un
drame et j’ai aussi une pensée pour toutes les personnes qui en sont victimes.
Le sujet de la non-déclaration dans le domaine des accidents en santé est, je
le crois profondément, d’ordre culturel : les professionnels de santé, à
commencer par les médecins, considèrent en effet que l’erreur est une faute,
alors qu’il y a des erreurs qui ne sont pas des fautes. Il faut parvenir à
transformer cette culture pour faire de l’erreur une composante d’une
expérience collective qui permet d’apprendre. Une telle culture existe, par
exemple, dans l’aviation, d’où découlent plus de formation continue et une
conception bénéfique de l’erreur.
Nous agissons déjà depuis longtemps dans le domaine des accidents en santé, que
ce soit avec les professionnels à travers les revues de morbidité et de
mortalité, mais aussi par le truchement de la Haute autorité de santé, dont je
n’ai pas à rappeler l’indépendance, qui établit la certification des
établissements de santé. Je pense aussi à la certification périodique dans le
cadre de la formation continue des professionnels de santé. L’Académie de
médecine, pour sa part, travaille sur l’analyse des actes de chirurgie, ce qui
permettra de fournir l’ensemble de ces données aux établissements pour leur
permettre d’agir dans ce domaine.
Il faut aller encore plus loin : passer d’un système qui ignore les
erreurs à un système qui les exploitent massivement, ce qui suppose plus de
données disponibles, mais aussi plus de mobilisation des sociétés savantes,
ainsi que de la Haute autorité de santé et des ARS à travers plus de contrôles
pour améliorer ces chiffres.
David Amiel (ministre de l’Action et des Comptes
publics)
> [Plan budgétaire et structurel à moyen terme / Intervention à l’Assemblée]
Avant d’entrer dans le vif de ce débat, permettez-moi de partager avec vous
quelques convictions qui doivent guider nos réponses à la crise. Elles partent
du constat que l’argent public est rare – parce que les taux d’intérêt sont cinq fois
supérieurs à ce qu’ils étaient en 2022, les prélèvements obligatoires d’ores et
déjà très élevés, et les besoins en matière de financements publics
considérables, particulièrement dans des secteurs engageant l’avenir de notre
pays, depuis la défense jusqu’à la transition énergétique.
Il faut donc, pour répondre aux crises, une nouvelle doctrine :
lorsqu’elles deviennent annuelles ou presque, le « quoi qu’il en
coûte » ne fonctionne pas. Or la crise de 2022-2023, due à l’invasion de
l’Ukraine par la Russie, a été suivie en 2025 d’une guerre commerciale
internationale, dont nous débattions d’ailleurs dans cet hémicycle ;
depuis la promulgation de la loi de finances pour 2026, une nouvelle guerre a
été déclenchée dans le golfe Persique. Sans vouloir jouer les oiseaux de
mauvais augure, il y a fort à parier que les années à venir connaîtront aussi
leur lot de crises internationales et de chocs géopolitiques qui mettront nos
finances publiques à rude épreuve.
Il est vital de tenir les objectifs de dépenses publiques malgré ces crises.
C’est la meilleure façon de conserver notre capacité de réponse afin de
soutenir les ménages et les entreprises qui en ont le plus besoin tout en
continuant d’investir dans l’avenir pour mettre les Français à l’abri des chocs
extérieurs. C’est là tout l’enjeu du plan d’électrification des usages présenté
il y a quelques jours.
Le risque serait de céder à la facilité en laissant filer le déficit. Or, si
nous le laissions dériver année après année à chaque crise extérieure, la dette
suivrait une trajectoire explosive.
Ma deuxième conviction, qui découle de la première, est que les aides doivent
être ciblées, temporaires et financées. Elles doivent être ciblées sur les
travailleurs des classes populaires et les ménages les plus précaires ;
c’est le sens de l’indemnité pour les grands rouleurs et de l’intensification
du chèque énergie. Il s’agit également de cibler les aides sur les entreprises
et les secteurs qui en ont le plus besoin, à l’instar des mesures annoncées en
faveur des agriculteurs, des pêcheurs, du secteur du BTP ou des transporteurs.
Le coût de l’ensemble de ces mesures de soutien s’élève à 470 millions d’euros
à ce jour – je dis bien « à ce jour », car tout
dépendra ensuite de l’évolution de la situation économique, géopolitique et
militaire dans le golfe Persique. Ce montant se décompose en 250 millions
d’euros au titre des aides sectorielles et 220 millions d’euros au titre
des aides à destination des ménages, y compris les plus précaires, et des
travailleurs des classes populaires.
Le coût de la crise provient des mesures de soutien évoquées, mais aussi de
l’intensification des opérations extérieures, qui correspondent à ce stade à
environ un milliard d’euros de dépenses supplémentaires. S’y ajoute l’impact
macroéconomique sur l’inflation et l’activité, que nous chiffrons à
4,4 milliards d’euros, comme l’a rappelé le ministre Roland Lescure. À ce
jour, le coût total de la crise est estimé aux alentours de 6 milliards
d’euros.
Ma troisième conviction est que le coût de cette crise implique d’établir de
nouvelles priorités de dépenses publiques au cours de l’année 2026. Pour cela,
nous devrons prendre des mesures dans les jours et semaines à venir. Ce n’est
pas une pratique nouvelle : la loi organique relative aux lois de finances
(Lolf) permet de procéder à des mouvements de crédits en cours d’année. Cela a
été largement pratiqué par les gouvernements successifs, quelle que soit leur
couleur politique : entre 2008 et 2017, on a compté près de trois décrets
d’avance par an. Ces dispositifs sont précisément prévus pour tenir les
objectifs de dépenses pris devant l’Assemblée nationale tout en apportant des
mesures de soutien nécessaires aux ménages et aux entreprises.
Enfin, ma quatrième conviction est celle de la nécessité absolue de la
transparence. Face à une crise marquée par l’incertitude, nous devons rendre
compte, jour après jour, de l’usage des fonds publics devant la représentation
nationale, les organisations syndicales, les représentants des élus locaux et
l’ensemble de nos concitoyens. C’est pourquoi nous avons divisé par deux les
reports de crédits de 2025 sur 2026, afin de revenir à des niveaux d’avant-crise
et de garantir que les lois de finances correspondent aux montants
effectivement engagés.
De même, alors que la question des surplus de recettes fiscales liées à la
hausse des prix du carburant fait débat, j’ai tenu à rendre publics les
chiffres relatifs aux mois de mars et d’avril dès que j’en ai eu connaissance.
Lors de la réunion de la commission des finances qui vient de se tenir, aucune
question n’a été posée à ce sujet, signe que cette transparence est utile. Ces
données montrent que la baisse des volumes de consommation dès le début du mois
d’avril engendre une perte nette de 100 millions d’euros par rapport à la
même période en 2025. Le surplus de recettes enregistré en mars, lié à la fois
à la hausse des prix et à une augmentation de la consommation au début du mois,
est d’ores et déjà inférieur aux mesures de soutien apportées par l’État.
L’exigence de transparence s’applique également à l’estimation macroéconomique
du coût de la crise. C’était l’objet de l’audit réalisé la semaine dernière par
le comité d’alerte sur les finances publiques. Nous avons également saisi le
HCFP au sujet du rapport annuel d’avancement. Les prévisions macroéconomiques
que le ministre Roland Lescure vient de présenter sont conformes à celles des
organismes indépendants, et c’est un élément crucial.
Nous maintiendrons cette transparence tout au long de la crise. Nous marquons
aujourd’hui un point d’étape important ; un autre interviendra au mois de
juin, lorsqu’un nouveau comité d’alerte sur les finances publiques se réunira.
Cela nous permettra d’évaluer, le cas échéant, les adaptations nécessaires en
fonction de l’évolution de la situation, tant en termes de prévisions que de
mesures.
Ce discours n’est pas le plus facile à tenir. Nous pourrions être tentés
d’annoncer une pluie de milliards d’euros, notamment compte tenu du fait qu’il
y aura une élection présidentielle en 2027.
Le gouvernement pourrait être tenté de reporter la facture sur ses successeurs,
mais ce serait une faute grave envers les Français : ce serait leur
promettre de l’argent que nous n’avons pas et contraindre la future majorité à
venir le leur reprendre ultérieurement. Ce serait également contraire à notre
devoir, qui consiste à nous assurer que notre pays conserve des marges de
manœuvre pour répondre aux crises futures, et à permettre au prochain président
de la République et à la future majorité de financer ses priorités ratifiées
par le vote des Français l’année prochaine. C’est pourquoi nous nous en tenons
à cette politique d’aides ciblées et financées, fondée sur la transparence
quant à l’évolution de la crise, permettant de s’adapter en temps réel.
Marina Ferrari (ministre des Sports, de la Jeunesse et
de la Vie associative)
> [Associations sportives / Intervention à l’Assemblée] Le gouvernement
s’engage concrètement pour les associations sportives, d’abord pour les
accompagner financièrement. Le budget initial de l’Agence nationale du sport
pour 2026 prévoit 70 millions d’euros pour soutenir les projets sportifs
fédéraux qui permettent à chaque fédération de soutenir ses associations
affiliées. Nous avons également investi 64,3 millions pour soutenir les
projets sportifs territoriaux qui accompagnent les associations dans des
actions en faveur du développement des pratiques sportives. Par ailleurs,
l’État investit dans les infrastructures sportives aux côtés des collectivités
– il s’agit, vous le savez, d’une compétence partagée – afin que
les clubs aient les moyens d’accueillir leurs adhérents. Dans votre
département, depuis 2019, ce sont 6,2 millions qui ont été investis, à
travers l’Agence nationale du sport, au bénéfice de 70 projets. À ces
financements s’ajoutent les lignes classiques d’investissements – dotation
d’équipement des territoires ruraux (DETR), dotation de soutien à
l’investissement local (DSIL) et fonds Vert – dont les communes se
saisissent pour leurs équipements sportifs.
Nous soutenons l’action des bénévoles grâce au réseau Guid’Asso, qui compte
quinze structures en Saône-et-Loire et couvre 100 % des établissements
publics de coopération intercommunale (EPCI). Un label Sport permettra bientôt
de répondre aux questionnements propres au secteur sportif. Enfin, l’État
s’engage au bénéfice des associations par l’intermédiaire du fonds pour le
développement de la vie associative (FDVA) et du fonds de coopération de la
jeunesse et de l’éducation populaire (Fonjep).
Aurore Bergé (ministre déléguée auprès du Premier
ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte
contre les discriminations)
> Face à l’antisémitisme, notre devoir est celui de l’unité. Entendre les
victimes, les protéger, sanctionner les auteurs. Je lance aujourd’hui mes
consultations, dans le cadre du projet de loi contre les formes contemporaines
de l’antisémitisme, avec les associations. Elles sont en première ligne. Cette
loi se fera avec elles. (…) J'ai réuni aujourd'hui l'ensemble des groupes
parlementaires de l'Assemblée nationale et du Sénat. Tous ont répondu présents.
L’antisémitisme ne se débat pas, il se combat. Et ce combat ne doit jamais
diviser : il doit rassembler tous les Français. Combattre l'antisémitisme
et le racisme, c'est défendre la République. Nous continuons. Ensemble. (…)
Le travail continue. Dans le cadre du projet de loi de lutte contre
l’antisémitisme, j’ai reçu aujourd’hui les associations d’élus. Ils portent la
voix de nos territoires, ils sont les premiers témoins et parfois même les
premières victimes. Ce texte sera nourri de leur expérience.
> Je refuse qu'on enflamme le débat public : le combat contre l'antisémitisme doit rassembler les Français et non fracturer. Je réunis aujourd'hui toutes les forces politiques du pays. Tout le monde sera là. Tant mieux. C'est un point de départ utile.
> Ici, c'est ici. Là-bas, c'est là-bas. Point. Aucun Français juif ne doit être ramené à une situation qui se déroule à des milliers de kilomètres de la France. Aucun Français ne doit jamais douter de sa place ici, chez lui, chez nous, en France.
Marie-Pierre Vedrenne (ministre déléguée auprès du
ministre de l’Intérieur chargée de la citoyenneté)
> [Permis de conduire / Intervention à l’Assemblée] le permis de conduire
est un facteur de liberté et d’émancipation ; son objectif est également
de garantir la sécurité de chacun. La révision de cette fameuse directive sur
le permis de conduire, que j’ai votée quand j’étais députée européenne, fait
partie du paquet dit « sécurité routière » présenté en 2023 par la
Commission européenne. Il vise à établir des mesures juridiques communes, ce
qui est important pour la reconnaissance et la délivrance des permis de
conduire dans l’Union européenne. Il s’agit de renforcer la sécurité routière,
de tenir compte des évolutions technologiques et de faciliter la libre
circulation.
La directive du Parlement européen et du Conseil relative au permis de conduire
donne aux États membres un délai de quatre ans pour en transposer les mesures
dans leur droit. Lors des négociations au Conseil, un des principaux enjeux,
pour la France, concernait le contrôle de l’aptitude médicale à la conduite.
Les discussions ont porté sur la mise en place d’un contrôle médical
obligatoire, par un médecin, pour la délivrance et pour le renouvellement du
permis. La France, avec d’autres États membres, a notamment soutenu
l’introduction de modalités alternatives à cet examen médical obligatoire car
les bénéfices d’un tel examen périodique pour la sécurité routière ne sont pas
clairement établis.
Une généralisation de l’examen médical d’aptitude nécessiterait de plus, ainsi
que vous l’avez évoqué, un recours au médecin traitant, ce qui représenterait
environ 2,5 millions d’avis médicaux supplémentaires par an. Elle ferait
peser une charge excessive sur le système de santé, notamment dans les zones
rurales accusant déjà d’importantes difficultés d’accès aux médecins.
Une bonne conduite automobile est néanmoins une exigence pour la sécurité des
autres comme pour la sienne. Elle requiert du conducteur qu’il soit
juridiquement et médicalement apte. Sans attendre la directive européenne,
l’arrêté du 28 mars 2022 a mis à jour la liste des affections médicales
incompatibles, temporairement ou définitivement, avec la conduite. Il a innové,
en donnant la possibilité de conduire à des personnes ayant des affections
médicales graves, parfois des handicaps importants, sous réserve d’aménagements
pouvant être réalisés dans les véhicules. Le contrôle médical périodique a par
ailleurs été supprimé à chaque fois que cela était possible.
La rédaction de l’article 11 de la directive, vous l’avez dit, prévoit un
contrôle médical auquel les États membres peuvent cependant préférer
l’autoévaluation. Il revient donc à la France de choisir entre contrôle médical
et autoévaluation obligatoire. À ce jour, le gouvernement privilégie cette
dernière solution, dans un cadre qui reste à déterminer. Il s’agit de
responsabiliser le conducteur, qui, avant de prendre le volant, doit se poser
les bonnes questions sur son état de santé.
Sabrina Roubache (ministre déléguée auprès du ministre
du Travail et des Solidarités et du ministre de l’Education nationale chargée
de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage)
> [Sommet de l’OCDE sur les compétences 2026 « Libérer les talents à
travers les générations »] J’y ai porté trois convictions fortes :
- L’éducation est un investissement, pas une dépense. La baisse démographique
est une opportunité : baisser le nombre d’élèves par classe, repenser l’offre
scolaire dans les territoires ruraux et mieux accompagner les élèves à besoins
particuliers.
- Face à des parcours professionnels non linéaires, la formation tout au long
de la vie est un droit structurant. CPF, VAE, accompagnement des travailleurs
expérimentés : il s’agit de proposer des dispositifs pour que chacun trouve sa
place.
- Lutter contre les inégalités est un impératif social et une une exigence
économique. Égalité femmes-hommes, jeunes en décrochage, primo-arrivants,
personnes en situation de handicap, nous ne laisserons personne sur le bord de
la route.
Ce sommet l’a une nouvelle fois confirmé : face aux transitions de notre monde,
aucun pays ne peut répondre seul. Nous avançons avec nos partenaires.
> [Sommet de l’OCDE sur les compétences 2026 «
Libérer les talents à travers les générations »] à Istanbul avec mes homologues
pour porter la voix de la France sur 3 priorités partagées :
- Donner à chaque jeune des bases solides pour réussir
- Former tout au long de la vie face aux transitions démographique, numérique
et écologique
- Garantir l’égalité des chances pour tous La voie professionnelle est au cœur
de notre réponse.
Mathieu Lefevre (ministre délégué auprès de la
ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations
internationales sur le climat et la nature chargé de la Transition
écologique)
> Riches échanges avec le président de Chasseurs de France ce matin. Nous bâtissons des solutions
pragmatiques pour concilier nos traditions et la préservation de la
biodiversité, dont les chasseurs sont des défenseurs essentiels.
> Le frelon asiatique est une menace pour la sécurité des Français, la biodiversité et nos apiculteurs. Dès aujourd’hui, les collectivités et les coopératives peuvent accéder au guichet d’aides.
> [Eau potable / Intervention à l’Assemblée] Les
micropolluants et les organismes pathogènes sont présents dans les eaux de
surface. Ce problème concerne tous les producteurs d’eau potable qui prélèvent
ces ressources, particulièrement le Sedif, que vous avez évoqué. Les filières
actuelles de traitement des usines de Choisy-le-Roi, de Neuilly-sur-Marne et de
Méry-sur-Oise, du fait d’obligations réglementaires, ne peuvent retenir
certains pesticides que les progrès des connaissances scientifiques mettent au jour.
Les récents débats autour des polluants éternels que sont les substances
polyfluoroalkylées (PFAS) viennent illustrer ce problème.
Face aux incertitudes persistantes sur les effets de la combinaison simultanée
de certains micropolluants, le Sedif considère qu’il doit agir en vertu du
principe de précaution – ou du principe de prévention, quand les effets
sont connus.
Le projet que vous avez évoqué permettra au Sedif de viser trois objectifs qui
nous semblent indiscutables. Le premier est sanitaire : il s’agit
d’appliquer les principes de précaution et de prévention, d’anticiper la
réglementation, d’éliminer un maximum de micropolluants comme les PFAS, les
résidus médicamenteux, les perturbateurs endocriniens, et de diminuer le chlore
utilisé. Le second est écologique : améliorer la qualité et le goût de
l’eau afin de réduire la consommation d’eau en bouteille, de produits
d’entretien, de savon, de shampoing – et de leurs contenants. Le troisième est
économique et énergétique : distribuer une eau moins calcaire, c’est
réduire la consommation d’énergie chez les particuliers, allonger la durée de
vie des appareils électroménagers et gagner du pouvoir d’achat en réduisant la
consommation d’eau en bouteille. Je rappelle qu’une autorisation pour la mise
en place d’un pilote de traitement de l’eau potable à l’usine de Choisy-le-Roi
a été délivrée par arrêté préfectoral en février 2024.
Cependant, vous avez raison. Compte tenu des questions soulevées par les rejets
potentiellement concentrés de micropolluants, une autosurveillance des rejets
du pilote, ainsi que des suivis de la qualité du milieu ont été prescrits,
notamment par l’organisation de bioessais et d’échantillonnages, qui mesurent
en continu les rejets d’un ensemble de micropolluants, afin d’objectiver
l’impact de cette nouvelle technologie et d’ajuster la surveillance des rejets
des futures usines.
Enfin, les projets de modernisation des trois usines que vous avez évoquées
font l’objet de procédures d’autorisation environnementale. Les consultations du
public et des collectivités concernées se sont achevées le 7 mars pour les
usines de Méry-sur-Oise et de Choisy-le-Roi et celles de Neuilly-sur-Marne sont
en cours depuis le 7 avril. Le rapport de la commission d’enquête a été
publié pour l’usine de Méry-sur-Oise et le sera très prochainement pour l’usine
de Choisy-le-Roi. Les questions concernant les aspects environnementaux des
projets ont été posées lors de cette consultation ; des réponses
détaillées ont été apportées par le Sedif au fil de la consultation et prises
en compte dans les rapports d’enquête.
Les services de l’État veillent à la bonne application de la mise en demeure
effectuée auprès du Sedif, qui prescrit une transmission trimestrielle de
l’avancement des actions engagées. L’État est mobilisé pour accompagner le
déploiement de cette technologie et poursuivre les efforts visant la reconquête
et la préservation de la qualité de l’eau.
> [Gonflement des argiles / Intervention à l’Assemblée]
Le retrait-gonflement des argiles représente, en particulier dans le Nord, un
risque majeur, au point qu’il est désormais le premier péril couvert par le
régime d’indemnisation des catastrophes naturelles.
Ces dernières années, de nombreuses dispositions ont été prises pour tenir
compte de ces spécificités. D’abord, on a amélioré le traitement des demandes
des communes pour la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle.
Ensuite, deux décrets d’application ont facilité l’utilisation de l’indemnité
d’assurance et encadré la conduite de l’expertise en assurance pour garantir
l’indépendance et la qualification des experts en matière de retrait-gonflement
des argiles. Le troisième plan national d’adaptation au changement climatique
(Pnacc) prévoit par ailleurs un ensemble d’actions globales et coordonnées pour
lutter contre ces risques, dont la mise à jour de la carte d’exposition au
retrait-gonflement des argiles, qui conduira à soumettre, à partir du 1er juillet,
une plus grande partie de l’Hexagone aux dispositions de la loi ELAN permettant
des constructions neuves plus résilientes.
J’ajoute, en ce qui concerne les bâtiments existants, que le ministère de la
transition écologique a mis en ligne des documents de communication, notamment
un guide grand public des travaux de prévention. Surtout, à l’initiative de
votre collègue Vincent Ledoux, un fonds de prévention des désordres liés au
retrait-gonflement des argiles est en cours d’expérimentation dans onze
départements pilotes depuis le mois d’octobre 2025.
Les travaux de prévention financés par ce fonds contribuent directement à la
réduction des causes structurelles de ces désordres, en limitant les variations
d’humidité des sols au droit des fondations des constructions. Je vous annonce
qu’afin de rendre ce dispositif de prévention plus attractif et efficace, les
conditions d’éligibilité à l’expérimentation – notamment
la taille des fissures – jusqu’ici trop restrictives, seront assouplies
dans les prochains jours par la publication au Journal officiel d’un
arrêté commun du ministère de la transition écologique et de Bercy.
Enfin, le gouvernement confirme défendre, dans le cadre du troisième plan
national d’adaptation au changement climatique, une stratégie nationale
cohérente pour limiter les sinistres liés au retrait-gonflement des argiles.
> [Risques naturels / Intervention à l’Assemblée] Je
vous remercie pour votre engagement sur ce sujet et pour votre question, qui me
donne l’occasion de clarifier le point, souvent évoqué, des ressources
affectées à la prévention des risques naturels. Comme vous l’avez indiqué, la
taxation des assureurs sur la surprime Cat nat n’est plus affectée au fonds
Barnier, mais au budget général de l’État.
En 2025, cette taxe a généré 485 millions d’euros de recettes. En 2026,
les ressources votées en loi de finances au bénéfice de la prévention des
risques naturels s’élèvent à plus de 590 millions d’euros, car le fonds
Barnier ne constitue pas la seule ressource budgétaire de l’État consacrée à la
prévention des risques naturels. D’autres ressources existent, également
soumises au contrôle du Parlement, telles que les actions du programme 181
Prévention des risques ou le fonds Vert, créé en 2023, qui aide les
collectivités à s’adapter au changement climatique. En 2026, à partir des
crédits votés par le Parlement, le gouvernement a d’ailleurs décidé de faire de
l’adaptation au changement climatique, en particulier de la prévention des
risques naturels, une priorité d’intervention du fonds Vert.
S’agissant des modalités d’intervention du fonds Barnier, beaucoup de travaux
ont été menés ces dernières années pour trouver le juste équilibre entre, d’une
part, un bon ciblage sur les opérations qui présentent le meilleur coût
bénéfice, et, d’autre part, une souplesse d’usage pour les préfets et les
bénéficiaires.
Sur la protection des habitations, je rappelle que la priorité est aux mesures
de protection collective, comme les solutions fondées sur la nature, la
désimperméabilisation des sols ou la création de digues. Elles sont souvent
plus efficaces sur un plan économique et apportent usuellement plus de
garanties que des travaux menés sur des habitations individuelles. Lorsque de
tels travaux collectifs ne sont pas opportuns, les travaux individuels sur
chaque bâtiment peuvent être la bonne réponse.
Plusieurs dispositifs d’aides du fonds Barnier ont été déployés, notamment lorsque
les plans de prévention des risques ont prévu de tels travaux, ou lorsque les
programmes d’action pour la prévention des inondations (Papi) conduits par les
collectivités le prévoient. Dans les autres cas, en dehors du fonds Barnier, un
dispositif de financement des diagnostics et des travaux a été intégré l’an
dernier au programme 181.
Les ressources consacrées à la prévention des risques naturels, je le répète,
s’élèvent à plus de 590 millions d’euros – 591,2 millions
pour être précis – et se répartissent comme suit : dans le
programme 181, 300 millions au titre du fonds Barnier, 30 millions au
titre de l’action 15 Retrait-gonflement des argiles et
65,2 millions au titre de l’action 10 Prévention des risques
naturels et hydrauliques ; à quoi s’ajoutent les 196 millions du
fonds Vert.
Eléonore Caroit (ministre délégué auprès du
ministre de l’Europe et des affaires étrangères chargée de la Francophonie, des
Partenariats internationaux et des Français de l’étranger)
> J’ai échangé avec mon homologue irlandais, ministre délégué chargé du
Développement et de la Diaspora. Cet entretien a été l’occasion de marquer
notre attachement aux principes de la coopération internationale. Ces principes
ne traduisent pas uniquement sur nos valeurs, mais également nos intérêts. À
l’approche de la présidence Irlandaise du conseil de l’UE au second semestre
2026, nous avons également réaffirmé nos convergences sur les politiques
européennes de développement, avec une volonté commune de renforcer leur impact
et leur cohérence. Pour une Europe plus unie et plus forte, aux services de nos
concitoyens!
● Autres ministres
Gérald Darmanin (garde des sceaux, ministre de la Justice)
> [Droit de visite dans les lieux de privation de liberté / Intervention à l’Assemblée]
L’Assemblée nationale est appelée à se prononcer sur les conclusions de la
commission mixte paritaire chargée de proposer un texte sur les dispositions
restant en discussion de la proposition de loi, d’origine parlementaire, visant
à garantir le droit de visite des parlementaires et des bâtonniers dans les
lieux de privation de liberté.
Je l’ai dit à plusieurs reprises, je me réjouis que cette CMP soit parvenue à
un accord, dans les délais effectivement contraints imposés par le Conseil
constitutionnel. C’est l’aboutissement d’un travail parlementaire sérieux,
conduit dans un esprit de dialogue, que nous avons partagé, je crois, et que je
tiens à saluer, messieurs les rapporteurs, au nom du gouvernement.
Ce texte trouve son origine dans la décision rendue le 29 avril 2025 par
le Conseil constitutionnel. Celui-ci avait censuré les dispositions définissant
le périmètre du droit de visite des parlementaires et des bâtonniers au motif
qu’elles méconnaissaient le principe d’égalité devant la loi. Des personnes privées
de liberté se trouvaient en effet traitées différemment selon leur lieu de
détention, sans justification constitutionnellement admissible.
Le Conseil avait décidé de reporter les effets de sa censure, laissant ainsi au
législateur le temps de remédier à cette inconstitutionnalité. C’est chose
faite. Légiférer dans ces délais était donc une nécessité, non une option. Le
vide juridique est ainsi comblé.
Le gouvernement de la République, le garde des sceaux en particulier, est
profondément attaché à ce droit de visite, qui constitue depuis le début des
années 2000 l’une des expressions les plus concrètes du contrôle
parlementaire, mais aussi du contrôle du barreau, sur l’exercice du pouvoir
coercitif de l’État. Il était de notre responsabilité collective de le
préserver et de l’organiser.
Les deux assemblées ont abordé ce texte avec des sensibilités différentes.
C’est précisément de cette différence que le texte final tire sa force.
L’Assemblée nationale avait pris l’initiative d’abandonner la technique de l’énumération
limitative au profit d’une définition générique : sont désormais visés
tous les lieux où une personne est privée de liberté dans le cadre d’une
procédure pénale ou administrative. La CMP, messieurs les rapporteurs, a retenu
votre esprit d’initiative.
En renonçant à établir une liste, toujours susceptible d’être incomplète, le
législateur s’est prémuni efficacement contre le risque d’une nouvelle censure
fondée sur une inégalité de traitement entre personnes selon le lieu de leur
détention ou de leur rétention.
Sur la question de l’accompagnement par des journalistes, c’est la pondération
du Sénat qui a guidé la rédaction finale. Soucieux de préserver le secret de
l’enquête et de l’instruction, tout aussi important que la responsabilité des
barreaux et des parlementaires, mais aussi le secret médical, le Sénat a veillé
à ce que l’ouverture aux journalistes ne puisse s’appliquer dans les lieux où
ces impératifs constitutionnels sont les plus prégnants : les locaux de
garde à vue, les geôles et dépôts des juridictions, les établissements où sont
dispensés des soins psychiatriques sans consentement. Cette pondération est
sage et le gouvernement l’approuve pleinement.
La CMP a donc fonctionné comme elle le doit : non pas comme une instance
d’arbitrage entre deux versions, où l’une l’emporterait sur l’autre, mais comme
un lieu de synthèse, où chaque chambre apporte ce qu’elle a de meilleur.
L’élan réformateur de l’Assemblée nationale – que
vous incarnez, messieurs les rapporteurs – et la vigilance
constitutionnelle du Sénat se sont donc mutuellement enrichis pour produire un
texte plus solide que ses versions initiales, d’autant plus solide que ces
versions étaient défendues par des groupes politiques foncièrement différents.
Nous devons chérir un tel bicaméralisme.
Au-delà de la correction de l’inconstitutionnalité, le texte issu de la CMP
apporte plusieurs améliorations concrètes à l’exercice du droit de visite. En
premier lieu, le droit d’accompagnement est consacré dans la loi. Les
parlementaires pourront désormais officiellement être accompagnés d’un
collaborateur parlementaire ou d’un fonctionnaire des assemblées ; les
bâtonniers, ou leur délégué, pourront l’être d’un avocat préalablement désigné
au sein du conseil de l’ordre. Ces possibilités, qui correspondent à une
pratique de longue date – comme chacun ici l’a éprouvé –, notamment
dans les établissements pénitentiaires en vertu des circulaires prises par les
gardes des sceaux successifs, sont ainsi hissées au niveau législatif et
sécurisées pour l’avenir.
En deuxième lieu, le droit de visite des bâtonniers est étendu aux
établissements psychiatriques chargés des soins sans consentement. Cette
extension va au-delà de ce qu’imposait strictement la décision du Conseil
constitutionnel et comble un oubli législatif réel. Elle est bienvenue :
les établissements psychiatriques accueillant des personnes hospitalisées sans
leur consentement constituent – de manière croissante, d’ailleurs – des
lieux de privation de liberté au sens plein du terme. Il était cohérent d’y
étendre les prérogatives du barreau, même si le Contrôleur général des lieux de
privation et de liberté y exerce bien évidemment son office.
En troisième lieu, le texte ouvre, dans des conditions encadrées, la
possibilité pour les parlementaires d’être accompagnés de journalistes
titulaires de la carte professionnelle, selon des modalités fixées en Conseil
d’État. Ce droit s’exerce dans le respect des équilibres constitutionnels déjà
évoqués et contribue à la nécessaire transparence démocratique sur les
conditions de privation de liberté.
Au nom du gouvernement de la République, je tiens à exprimer ma sincère
reconnaissance aux parlementaires qui ont élaboré ce texte. Je salue le travail
des présidents Boudié et Jourda. Je remercie les trois rapporteurs – MM. Pouria
Amirshahi et Vincent Caure pour l’Assemblée nationale, Mme Laurence
Harribey pour le Sénat –, dont les échanges ont été empreints d’un réel
esprit de dialogue, qui a permis de construire ce texte solide, malgré des
positions initialement assez éloignées les unes des autres, et parfois même de
celles du gouvernement. Cette CMP illustre ce que le bicaméralisme peut
produire de meilleur : deux cultures législatives différentes, deux
approches distinctes, un résultat final plus robuste que chacune des versions
initiales.
Je précise que des dispositions à ce sujet figuraient dans la version initiale
du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes, que le
gouvernement avait soumise au Conseil d’État, mais qu’elles en ont été retirées
au vu des initiatives parlementaires prises par différents groupes politiques à
l’Assemblée comme au Sénat.
Le gouvernement soutient donc pleinement l’adoption des conclusions de la
commission mixte paritaire et vous invite, mesdames et messieurs les députés, à
voter ce texte.
> [Surveillants pénitentiaires / Intervention à l’Assemblée]
Tout d’abord, je vous remercie de vous intéresser, comme d’autres ici, au
travail extrêmement difficile de l’ensemble des agents de l’administration
pénitentiaire, et singulièrement des surveillants qui, dans des conditions très
difficiles, notamment dans les maisons d’arrêt surpeuplées, font face à toutes
les difficultés de la société, qu’il s’agisse de la violence, de la délinquance
ou encore de l’illettrisme. Et ils le font dans un contexte de récidive qui
montre que notre système judiciaire fonctionne mal.
Vous le savez, nous changeons beaucoup de choses, à commencer par la
construction de nouvelles prisons, trois fois plus vite et deux fois moins cher
désormais grâce aux prisons modulaires que j’ai proposées l’année dernière au
Parlement. Et ce sont 3 000 places qui arrivent dès le mois de
septembre. Il y en aura à Brest, mais nous commencerons par l’Aube, par
l’Île-de-France et par le Sud-Ouest.
Il faut évidemment des agents pénitentiaires supplémentaires. Vous avez voté à
cet effet un budget qui permet la création de 1 000 emplois nets, ce qui
va combler une partie de la vacance. Mais il faudra évidemment augmenter encore
les effectifs dans les deux à trois années qui viennent.
Notons aussi que l’administration pénitentiaire connaît un taux d’absentéisme
très important, ce qui représente 3 500 équivalents temps plein tout
de même. Et il faut lutter contre cet absentéisme, ce qui passe notamment par
la lutte contre les agressions que subissent les agents pénitentiaires, mais
aussi par la prise en compte de leur épuisement dû au manque de surveillants
sur les coursives.
Et puis, vous l’avez dit, ils font beaucoup d’heures supplémentaires, que nous
ne payons pas ou pas assez. J’ai demandé au ministère de l’économie et des
finances de payer ce qui leur est dû. C’est à peu près la même situation que
j’avais trouvée à mon arrivée au ministère de l’intérieur, et nous avons payé
aux policiers les heures supplémentaires dues.
À Brest comme ailleurs, il y aura des augmentations d’effectifs à partir de cet
été grâce au budget que vous nous avez voté, et ce sera la plus grande
promotion d’agents formés à l’École nationale pénitentiaire.
J’ai aussi à faire avec les syndicats, que je recevrai très bientôt, d’autres
annonces en lien avec ce que me permet de faire M. le premier ministre et
je l’en remercie.
Annie Genevard (ministre de l'Agriculture, de
l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire)
> [Pesticides / Intervention à l’Assemblée] Vous faites allusion à ce qu’on
appelle le paquet omnibus, une démarche de simplification qui tend à rompre
avec le principe de réévaluation systématique et périodique des substances
actives par l’Union européenne, en instaurant des autorisations de mise sur le
marché valables sans limite de durée, mais seulement – la
précision a son importance – lorsqu’il existe des raisons scientifiques de
le faire.
L’argument avancé par la Commission est d’ordre administratif : l’Autorité
européenne de sécurité des aliments – l’équivalent européen de l’Anses – est
submergée par le volume des dossiers à traiter.
Je précise que l’autorisation des substances les plus dangereuses restera
soumise à une obligation de réexamen périodique. Voilà le premier point que je
voulais aborder, car il mérite d’être souligné.
Quant à la France, elle est attachée à trois principes : la transparence
du processus d’homologation, l’uniformisation des pratiques au sein des pays
membres – il y va de l’équité de traitement –, la
lutte contre la concurrence déloyale. Notre pays a lancé un dispositif, le
Parsada, qui prépare le retrait des substances phytosanitaires. Nous sommes
engagés dans le plan Écophyto, dont les résultats seront communiqués dans
quelques semaines – vous pourrez constater les progrès réalisés dans
ce domaine. J’ai également décidé d’interdire les produits importés traités au
moyen de substances prohibées par l’Union européenne. La France a ainsi pris
l’initiative d’interdire cinq de ces substances, ce que peu de pays ont fait.
Enfin, nous défendons l’abaissement des limites maximales de résidus.
Edouard Geffray (ministre de l’Education nationale)
> [Ecole inclusive / Intervention à l’Assemblée] Je vais d’abord vous
répondre sur les AESH et, plus généralement, sur l’école inclusive. Vous le
savez, nous faisons face à une forte croissance du nombre d’élèves reconnus en
situation de handicap et, plus encore, du nombre d’élèves bénéficiant d’un droit
à un accompagnement notifié par la MDPH. Si l’on perd 1 % à 2 %
d’élèves chaque année, entre 8 % et 12 % d’élèves supplémentaires
font l’objet d’une notification de droit à un AESH – on
constate une forme d’effet de ciseau.
En l’espace d’une quinzaine d’années, nous avons créé un véritable service
public de l’école inclusive. Nous comptons aujourd’hui 145 000 AESH
dans le système éducatif ; c’est devenu le deuxième métier de l’éducation
nationale. Ce nombre est à mettre en perspective avec les quelque
800 000 professeurs. En Loire-Atlantique, ce sont
10 310 élèves en situation de handicap qui sont scolarisés, dont
5 379 font l’objet d’une notification MDPH.
Il est vrai qu’à la rentrée, 50 000 élèves ne bénéficiaient pas de
l’AESH auquel ils avaient droit. Je me permets toutefois de souligner la
différence entre la photographie et le film. Nous rencontrons un problème pour
satisfaire la demande ; c’est une réalité qu’il ne faut pas ignorer et à
laquelle je me suis attaqué dès mon arrivée au ministère. Mais il existe une
autre réalité : lorsque des dizaines de milliers de notifications tombent
entre le 15 juillet et le 31 août, il est extrêmement difficile, à
date du 10 ou du 12 septembre, d’obtenir un AESH pour chaque élève. Qu’il
y ait des pics de demandes, cela correspond au fonctionnement des familles,
mais il en résulte que nous ne sommes pas toujours capables d’y répondre
immédiatement. Nous essayons bien évidemment d’organiser les choses, mais il
faut avoir cette donnée en tête.
Au-delà des mesures prises au cours des dernières années en faveur des AESH – même
si elle reste insuffisante, leur rémunération a ainsi progressé de 41 % en
huit ans –, j’ai annoncé, à la suite des travaux sur la proposition de loi
de la sénatrice Marie-Pierre Monier, que j’ouvrirais une concertation sur leur
statut. La première réunion aura lieu dans les jours qui viennent ; la
deuxième se tiendra fin mai. Elle portera notamment sur la possibilité de
fonctionnaliser certains d’entre eux afin de leur offrir un cadre plus protecteur.
Je rappelle également que nous déployons des pôles d’appui à la scolarité, qui
permettent d’inverser la logique et de répondre, dans le bon ordre, d’abord à
la nécessité de l’accessibilité des apprentissages, puis à la question de la
compensation.
Tout cela forme un ensemble cohérent ; j’aurais aimé approfondir la
question mais, comme je souhaite répondre aussi à votre seconde question, je
m’arrêterai là.
Je l’ai dit : la carte de l’éducation prioritaire ne sera pas refaite au
cours des prochains mois car je ne souhaite pas engager la future majorité de
2027 s’agissant d’un sujet aussi fondamental. En revanche, j’ai demandé un
examen particulier de la situation des écoles dont l’indice de position sociale
des élèves (IPS) est très faible ou qui se trouvent dans des configurations
aussi contraintes que celles que vous mentionnez ; cela permettra de se
pencher spécifiquement sur leurs moyens, tant humains – le
nombre de professeurs – que médico-sociaux.
> [Démographie scolaire / Intervention à l’Assemblée]
Nous allons perdre 1,7 million d’élèves au cours des dix prochaines
années. Nous en avons déjà perdu 600 000, ce qui n’est pas anecdotique.
Néanmoins, nous avons créé 16 000 postes de professeurs dans le
premier degré. Pour ce qui est de l’amélioration du taux d’encadrement et de
l’offre scolaire, nous avons ainsi suivi une trajectoire inédite – il
me semble important de le signaler.
Je m’inscris en faux contre l’idée d’une logique purement comptable que vous
avez mentionnée. Que ces décisions ne soient pas prises de gaieté de cœur,
c’est certain ; ce sentiment est partagé par tous. C’est précisément pour
cette raison que nous avons déployé les observatoires des dynamiques rurales et
territoriales, les CDEN et diverses instances qui permettent d’échanger avec
les élus locaux et nationaux. Mon ambition profonde est que nous portions cette
vision à long terme pour faire de l’école un véritable outil d’aménagement du
territoire et d’amélioration de l’offre scolaire. Ces deux objectifs sont
indissociables. Il ne s’agit pas de fermer pour fermer, ni de subir une logique
annuelle où la suppression d’un nombre donné de postes entraînerait
mécaniquement autant de fermetures de classes.
S’agissant de la Côte-d’Or, vous l’avez dit, la baisse démographique est
substantielle. Ce département est particulièrement touché : il a perdu
11 % de ses effectifs dans le premier degré en l’espace de huit ans, et
une baisse de 2,5 % est anticipée pour la seule rentrée 2026. C’est une
diminution drastique, mais le retrait d’emplois ne suit pas cette courbe
démographique. Si nous l’avions suivi strictement, nous aurions supprimé
presque deux fois plus de postes.
Tout l’enjeu est là : tenir compte de la réalité démographique tout en
respectant des principes fondamentaux.
Premièrement, il ne doit y avoir aucune fermeture d’école sans l’accord du
maire. D’après les informations transmises par les acteurs en Côte-d’Or et à la
suite des concertations menées, il n’y aura pas de fermeture d’école à la
rentrée 2026, uniquement des fermetures de classes.
Deuxièmement, il faut un contrat scolaire d’accessibilité à l’école.
Troisièmement, précisément parce que nous ne suivons pas la démographie, nous
améliorons chaque année le taux d’encadrement. La Côte-d’Or compte déjà vingt
et un élèves par classe en moyenne ; ce chiffre passera sous cette barre
l’année prochaine. Il faut poursuivre cette trajectoire.
L’action publique ne peut se résumer à un tableau Excel ni à des moyennes.
Chaque situation doit être examinée individuellement. C’est pourquoi j’ai engagé
une expérimentation afin d’aboutir, pour construire le budget pour 2027, à une
méthode différente, partant des besoins constatés sur le terrain.
> [Langues vivantes / Intervention à l’Assemblée] Merci
pour cette question relative à l’apprentissage des langues vivantes, et plus
généralement au bilinguisme. Cette priorité doit être défendue de la maternelle
jusqu’au baccalauréat si l’on veut qu’elle soit pleinement efficace. Tout
l’enjeu est d’assurer un certain continuum éducatif permettant de répondre à la
demande.
Vous avez cité plusieurs dispositifs, mais permettez-moi de retracer sous cet
angle l’ensemble de la scolarité de l’élève. Depuis 2019, les dispositifs
existants ont été structurés par le plan Langues vivantes – nous
aimons bien les plans à l’éducation nationale, mais, en l’occurrence,
l’expression se justifie.
Dès la moyenne section de maternelle, les enfants sont éveillés à la diversité
des langues. À l’école élémentaire, les nouveaux programmes publiés en mars
2026 renforcent un enseignement des langues structuré dès le CP, conçu pour
s’inscrire dans la durée et se poursuivre naturellement au collège.
En outre, nous avons fait le choix de placer les élèves au contact vivant des
langues, le plus souvent possible – le dispositif que vous avez cité en est un
exemple. Les assistants de langues, locuteurs natifs, recrutés notamment par
France Éducation international, accompagnent les enseignants dans les classes
du premier degré. Dans certaines écoles, dès la maternelle ou le cours
préparatoire, des matières entières sont enseignées en langue étrangère – c’est
le principe du dispositif Emile, mentionné à l’occasion de la question
précédente et qui ancre la langue dans une réalité concrète plutôt que dans un
exercice formel. Le programme Élysée Prim, né de la coopération
franco-allemande, va encore plus loin en proposant dès la maternelle un
enseignement en allemand assuré par des professeurs allemands.
Tout cela se poursuit au collège et au lycée. Pour les élèves et les familles
qui souhaitent s’engager davantage, les sections internationales, qui
concernent plusieurs centaines de classes, offrent un cadre véritablement
bilingue, ouvert aux élèves français comme étrangers. Depuis quatre ans, nous
conditionnons l’ouverture de ces sections à une politique de mixité
sociale : la création de nouvelles sections internationales est réservée
soit à des établissements très défavorisés – appartenant
essentiellement aux trois déciles les plus défavorisés –, soit à des
établissements, publics ou privés, menant une véritable politique de mixité
sociale. Cela a eu un effet immédiat : chaque fois que nous ouvrons une
section internationale dans un établissement défavorisé, l’IPS augmente dès la
rentrée suivante, parce que l’établissement retrouve son attractivité.
C’est par ce continuum entre des dispositifs spécifiques, comme Emile, dans le
premier degré, des sections internationales dans le second degré, et une
reprise de l’intégralité des programmes de langues du cycle 1 jusqu’au
cycle 4, que nous arriverons à cultiver le bilinguisme que nous appelons
collectivement de nos vœux, aussi bien en anglais et en allemand que dans
d’autres langues.
Vincent Jeanbrun (ministre de la Ville et du Logement)
> [Crise du logement / Intervention à l’Assemblée] Je vous remercie pour
cette question qui me permet de souligner la priorité donnée par le Premier
ministre à la résolution de la crise du logement, ce dont je le remercie. Nous
avons, avec ce projet de loi, une ambition très forte, celle de produire des logements
massivement, partout et pour tous. Au-delà de la construction de logements
neufs, cet objectif passe par la réhabilitation de l’ancien et par une
rénovation urbaine de grande ampleur. Je suis extrêmement heureux et fier que
le Premier ministre ait annoncé jeudi dernier, à Marseille, où vous étiez
présente, un troisième programme de renouvellement urbain, que je pourrais
qualifier de programme à 360 degrés, car son ambition est d’aller beaucoup plus
loin que les deux premiers programmes. Au-delà de la rénovation bâtimentaire,
urbaine et physique du quartier, nous voulons penser la vie au quotidien à
360 degrés. Or comment le faire sans penser à la sécurité des habitants
des quartiers, aux services de proximité, aux politiques d’équipements publics,
aux politiques de santé et aux enjeux de pouvoir d’achat et de transition
écologique ? Telle est notre ambition, avec le Premier ministre, en
annonçant un Anru 3, très attendu je crois.
Je veux remercier les partenaires historiques de cette politique. On entend
souvent l’affirmation caricaturale selon laquelle l’argent des Français serait
jeté par les fenêtres. Ce n’est pas du tout le cas ! La rénovation urbaine
est financée d’abord et avant tout par Action logement, qui fédère le patronat
et les représentants des salariés. Elle est financée également par les
bailleurs sociaux, qui cotisent pour la rénovation de leur patrimoine, ainsi
que par la Caisse des dépôts et par l’État, qui complète le tour de table. Il
est important de le rappeler, car on loge dans ces quartiers un très grand
nombre de citoyens.
Enfin, vous l’avez dit, nous souhaitons poursuivre l’effort concernant les
grands ensembles d’après-guerre et lancer une innovation majeure en nous
adressant aux villes moyennes, à ce qu’on appelle parfois « la France des
sous-préfectures ». La rénovation urbaine doit irriguer et transformer la
vie des gens partout sur le territoire !
Maud Bregeon (porte-parole du Gouvernement et ministre
déléguée auprès du Premier ministre chargée de l’Énergie auprès du ministre de
l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et
numérique)
> [Prix des carburants / Intervention à l’Assemblée] Vous parlez de la
France qui travaille, mais cette France, avec le Premier ministre, nous avons
décidé de l’aider dès les premiers jours du conflit, en étant aux côtés des
secteurs les plus exposés. Je pense aux pêcheurs, aux agriculteurs, aux
professionnels du BTP et aux transporteurs les plus en difficulté. Derrière ces
activités, il y a des emplois, donc des salaires.
Nous avons également décidé d’être aux côtés des Français les plus fragiles, ce
que vous pouviez légitimement nous demander. Au total, ce sont 3 millions
de Français, ceux pour qui le prix à la pompe pèse le plus sur le pouvoir
d’achat, que nous avons soutenus.
Ces décisions, nous les avons prises en tenant compte de la réalité des
finances publiques. Je vous ai entendu dire, sur une chaîne de télévision, que
l’État s’enrichissait sur le dos de la crise. C’est complètement faux et
proprement irresponsable de tenir ce type de discours !
Jamais l’État ne s’est enrichi sur le dos d’une crise énergétique. Entre la
baisse de la consommation et la hausse des taux d’intérêt, l’État ne gagne
jamais d’argent dans un tel contexte. Pour le gouvernement, l’enjeu est de
concilier le soutien à l’activité, l’accompagnement des ménages les plus
modestes et le respect des objectifs fixés en matière de finances publiques – l’argent
que nous dépensons aujourd’hui, c’est l’argent que nous n’aurons pas demain
pour soutenir les services publics ou baisser les impôts !
> [Prix des carburants / Intervention à l’Assemblée]
Concernant les Français qui travaillent et les entreprises en difficulté, nous
avons fait le choix d’aides ciblant les secteurs les plus exposés, ceux où
l’enjeu en termes d’emplois, donc de salaires, est le plus important. Mises en
place pour le mois d’avril en faveur notamment des agriculteurs et des
pêcheurs, elles ont été prolongées et amplifiées pour le mois de mai.
Parmi les Français qui subissent de plein fouet l’augmentation des prix à la
pompe, nous avons décidé d’aider les plus précaires : 3 millions de
personnes vont recevoir pendant trois mois une aide correspondant à environ une
baisse de 20 centimes par litre de carburant.
Ce choix s’explique par l’attention que nous portons aux finances publiques. À
propos des hausses de recettes fiscales dont vous avez parlé, toute la lumière
a été faite par mon collègue David Amiel. Je ne rappelle donc qu’une chose
simple : l’État ne s’enrichit jamais pendant une crise car le surplus
fiscal est malheureusement plus que compensé par la perte de croissance, la
baisse de la consommation et la hausse des taux d’intérêt.
> [Prix des carburants] On prend des décisions de soutien qui nous semblent les plus efficaces car elles sont ciblées et en même temps respectueuses des finances publiques (...) Nous ne laisserons personne sur le carreau.
> [Prix des carburants] On demande aux distributeurs d'être raisonnables, d'avoir un comportement éthique et de répercuter les baisses aussi vite que les hausses l'ont été.
Benjamin Haddad (ministre délégué auprès du
ministre de l’Europe et des Affaires étrangères chargé de l’Europe)
> Alors que le Parlement européen a adopté aujourd’hui sa position sur le
prochain budget européen (le "cadre financier pluriannuel"), j'ai
échangé avec les différentes délégation française sur nos priorités dans ces
négociations. Nous avons besoin d’un budget ambitieux pour protéger nos
agriculteurs et nos territoires, en métropole et Outre-Mer, investir dans
l'innovation, l'IA, la défense et le spatial, la transition environnementale.
Notre objectif est clair: renforcer notre souveraineté collective. Ce budget ne
pourra pas reposer uniquement sur les contributions des États membres : nous
plaidons donc pour l’adoption de ressources propres et de nouveaux emprunts
communs.
> Le budget européen, c’est 1% du RNB de l’UE. C’est peu, encore moins que votre 1,8 en licence de géographie, mais ça ne doit pas vous permettre d’esquiver le fond comme d’habitude Monsieur Bardella. Oui, nous avons intérêt à investir en commun dans les défis auxquels notre continent fait face: sécurité, IA, quantique, transition environnementale. Pour réduire nos dépendances, pour refuser la vassalité aux puissances auxquelles vous souhaitez nous soumettre. Être gagnant c’est surtout être le premier bénéficiaire des fonds européens comme l’est la France: aides aux agriculteurs, défense, transport, spatial. Bien sûr le budget aura vocation à évoluer, nous devrons dégager des ressources propres qui ne pèseront pas sur le contribuable européen pour le financer par exemple. Ça c’est la négociation que nous menons au quotidien avec nos partenaires. C’est le travail au service des Francais, pas la posture.
> Comme chaque mois je me suis rendu à la plénière du parlement européen. J’ai notamment échangé avec le président de la commission du commerce international. Nous avons évoqué l’accord douanier avec les États-Unis sur lequel nous devons montrer fermeté et vigilance dans la mise en œuvre.
► Assemblée nationale
Yaël Braun-Pivet (présidente)
> Violences sexuelles : nous ne pouvons pas passer à côté de la prise en
charge et de l'accompagnement des victimes !
En 2025, plus de 132 300 victimes de violences sexuelles ont été enregistrées,
dont plus de la moitié sont mineures. Des chiffres alarmants qui nous
rappellent que le combat contre les violences sexuelles est bien loin d'être
terminé.
Au CHRU de Nancy, la Maison de la Résilience les prend en charge et les
accompagne avec une approche qui s’appuie sur une expertise unique du phénomène
de dissociation, qui peut survenir après un traumatisme lié à une violence
sexuelle.
Les professionnels qui y travaillent m'ont alertée sur la méconnaissance de ces
troubles dissociatifs. Cette méconnaissance engendre de graves préjudices pour
les victimes, sur le plan sanitaire mais aussi judiciaire :
- Une errance diagnostique qui détériore leur santé physique et mentale
- Une parole des victimes parfois incomprise par nos institutions
judiciaires et policières qui peuvent mal interpréter les comportements liés à
ce phénomène de dissociation
- En conséquence : un renforcement de l'impunité des auteurs, qui profitent
de la faiblesse de leurs victimes et d'expertises judiciaires mal orientées
J'ai pu le constater dans mes échanges avec les professionnels de santé et les
bénévoles lors de mes récentes visites au Mouvement du Nid et à la Maison de la
Résilience : la formation et la connaissance des services de l’État ne sont pas
au niveau de ces urgences. Certaines victimes se voient parfois nier le statut
de victime, et ne sont pas convenablement prises en charge. Pire encore, des
agressions sexuelles sont classées sans suite et les victimes sont laissées
sans solutions.
Cela aboutit à un non-sens insupportable : nos professionnels croulent sous les
demandes de prise en charge mais perdent du temps à faire de la pédagogie sur
des phénomènes déjà étudiés et observés ! Alors que les victimes s'engagent sur
le chemin du soin et de la reprise en main de leurs vies, elles doivent se
confronter à des institutions qui ne les écoutent pas.
Il faut de toute urgence une prise de conscience massive de nos ministères de
la Justice, de l'Intérieur et de la Santé pour collaborer ensemble et améliorer
la formation de nos agents publics. Plus aucune victime de violences sexuelles
ne doit être oubliée par nos institutions.
> Mon spectre politique c'est la droite intransigeante avec le RN et la gauche intransigeante avec LFI.
> Une commission d’enquête n’a pas besoin de “faire le buzz” pour être utile. Narcotrafic, aide sociale à l’enfance, ces travaux touchent à des sujets majeurs pour nos concitoyens. Le pouvoir d’enquête du Parlement est une garantie démocratique. Il doit être préservé.
> La politique reste encore trop souvent un monde masculin. Pourtant, les femmes représentent 50 % du pays. Notre place dans les lieux de décision change aussi les sujets que l’on porte : ASE, violences faites aux femmes, violences intrafamiliales. Il faut que cela change.
> 2026 doit être une année utile pour les Français. ASE, fin de vie, loi agricole : ces textes touchent directement leur quotidien et doivent avancer. Je souhaite que le Parlement puisse poursuivre ce travail lors d’une session extraordinaire cet été.
> Le 18 avril, une patrouille française de la
Force intérimaire des Nations unies au Liban a été la cible d’une embuscade
meurtrière. Touché par des tirs ennemis, l’adjudant Florian Montorio a succombé
à ses blessures. Âgé de 39 ans, père de deux enfants, il incarnait la
rigueur, le sang-froid et l’esprit de sacrifice. En 2010, en Afghanistan, il
avait ainsi héroïquement sauvé un camarade, ce qui lui valut une citation avec
attribution de la croix de la valeur militaire.
En portant secours à Florian Montorio, le sergent Anicet Girardin a été
grièvement blessé. Il nous a quittés le 22 avril dernier. Ce soldat, au
tempérament calme et réfléchi, s’était toujours distingué par un engagement et
une exemplarité sans faille, salués par la médaille d’argent de la défense
nationale. Il avait 31 ans, il était père d’un enfant.
Florian Montorio et Anicet Girardin étaient tous deux engagés pour la France.
Ils sont tous deux morts pour elles. En votre nom, j’exprime la solidarité
totale de l’Assemblée nationale à leurs compagnes, leurs proches ainsi qu’à
leurs frères et sœurs d’armes.
À nos deux autres soldats blessés dans cette même attaque, nous adressons nos
vœux de complet rétablissement.
Nos pensées se tournent enfin vers tous nos militaires mobilisés pour la paix
au Proche-Orient, comme partout dans le monde.
En signe d’hommage à Florian Montorio et Anicet Girardin, je vous demande
d’observer une minute de silence.
► Partis politiques
● Renaissance
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne sont pas centristes
et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus retranscrits]
Gabriel Attal (député, secrétaire général de Renaissance, président du
groupe Ensemble pour la république à l’Assemblée nationale)
> L'École, c'est l'assurance-vie de la République. C'est l'assurance-vie de
la démocratie. En 2027, il faudra qu'elle soit au sommet de toutes nos
priorités pour le pays.
> Il y a urgence à mieux partager le pouvoir. Pour rendre possible ce qui est nécessaire.
> La révolution de l'IA ne doit pas être subie, elle doit être maîtrisée. Mon ambition pour 2027 : former 20 millions d'actifs à l'Intelligence Artificielle en 5 ans.
> « Est-ce que vous n'avez pas peur de ce que notre génération peut faire au monde ? » Cette question posée par un collégien de 3ème dans le Rhône m'a profondément marqué. Comment en est-on arrivé à ce que notre jeunesse se perçoive comme une menace ? Face au doute qui ronge notre pays, notre urgence absolue est de redonner confiance et espoir aux Français, dès le plus jeune âge.
> Inaugurer la salle Samuel Paty au lycée Branly de Lyon, c’est refuser l’oubli. Samuel Paty était un professeur, un passeur de savoir, un éveilleur de conscience. Il a été assassiné parce qu’il était un rempart face au fanatisme. En gravant aujourd'hui son nom au lycée Branly, aux côtés du maire et des élus du 5ème arrondissement, nous réaffirmons que la République ne reculera jamais face à la menace et la violence. Face au terrorisme islamiste, face à tous ceux qui veulent nous faire plier, notre réponse ne sera jamais le silence. Elle sera toujours l’École, la laïcité, la liberté, la République.
> Ce qui fait tenir notre pays, c'est la France du travail, celle qui se lève tôt, qui souhaite entreprendre et être libre. Et elle a trop le sentiment d’avoir tous les devoirs et d’autres tous les droits. Échanges sans filtre avec de nombreux commerçants, industriels, artisans et acteurs économiques du Rhône. Simplifier leur quotidien est notre devoir.
> Nous devons bâtir une bulle de protection autour de notre jeunesse. Et l'École doit être ce premier sanctuaire. Merci aux élèves du collège Jacques Prévert, près de Lyon, pour nos échanges sans filtre sur leurs aspirations, sur l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans ou sur les rythmes scolaires.
Agnès Pannier-Runacher (députée)
> Gabriel Attal doit manifestement gagner des points en ce moment si
Marine Le Pen se sent obligée de l’attaquer sur le plan personnel. Je soutiens
mon parti et je soutiens Gabriel Attal son Secrétaire général. Nous voulons
peser sur l’élection de 2027. Mais je le redis : il est important d’avoir un
candidat unique à l’élection présidentielle qui représente le bloc central et
qui soit suffisamment fort pour l’emporter face au Rassemblement national. Cela
veut dire un programme et des idées.
> Quand on importe 99 % de son pétrole et de son gaz, nous sommes vulnérables. Nous sommes dans la main de Poutine, de Trump et des pays du Moyen-Orient. C’est pour cela qu’en tant que ministre de l’Énergie, je me suis battue pour baisser notre dépendance aux énergies fossiles. Ce n’est pas qu’un sujet climatique, c’est un sujet de souveraineté et d’indépendance pour la France. En France, nous avons un atout important : nous disposons de beaucoup de nucléaire et de renouvelable pour justement nous passer de ces énergies fossiles. Il faut accélérer.
> La France a déjà instauré une surtaxe sur les profits des grandes entreprises. Elle s’appliquera aux bénéfices réalisés en 2026. Mais attention à ceux qui vendent du rêve : en 2022 quand on a voulu taxer les profits des énergéticiens en pleine crise, la taxe a rapporté dix fois moins qu’espéré ! Pourquoi ? Parce que le gros des profits de crise ne se fait pas en France, mais dans les pays d’extraction. Aujourd’hui, les grands profiteurs de guerre sont les États-Unis, où se concentre une grande partie de la production de gaz et de pétrole, avec des infrastructures épargnées par les bombardements et les blocages à la circulation au Moyen-Orient.
Paul Midy (député)
> [Plan budgétaire et structurel à moyen terme / Intervention à
l’Assemblée] Avec un déficit à 5,1 % du produit intérieur brut et une
dette à 115,6 % du PIB, la France n’est pas encore tirée d’affaire sur le
plan budgétaire. Toutefois, reconnaissons-le sans détour : les chiffres de
2025 marquent un tournant. C’est le premier recul significatif du déficit
depuis la crise sanitaire, c’est le meilleur solde budgétaire depuis 2019, et
c’est 0,3 point de mieux que la cible que nous nous étions fixée en loi de
finances initiale. Saluons-le.
Cette amélioration ne tombe pas du ciel. Elle est le fruit des mesures votées
dans la loi de finances pour 2025, d’un pilotage budgétaire serré tout au long
de l’année, et de la mobilisation d’un comité d’alerte, qui a permis
d’identifier des mesures supplémentaires significatives en cours d’exécution.
Ce travail-là, monsieur le ministre, mérite d’être souligné. Le groupe Ensemble
pour la République y apporte son plein soutien.
Cela étant dit, il faut entendre la lucidité de la Cour des comptes : près
de la moitié du redressement de 2025 tient à des facteurs non pérennes :
la suppression du programme d’amortissement de la dette covid, une plus-value
exceptionnelle sur l’impôt sur les sociétés, une charge de la dette inférieure
aux prévisions. Autrement dit, l’effort structurel reste devant nous ;
c’est précisément l’objet du débat qui nous occupe aujourd’hui.
L’objectif de retour sous les 3 % de déficit à l’horizon 2029, fixé
dans le PSMT, est un bon objectif, que notre groupe soutient. Mais regardons la
réalité en face : la conjoncture s’est dégradée, la prévision de
croissance pour 2026 a été revue à la baisse à 0,9 %, le choc énergétique
consécutif au conflit au Proche et au Moyen-Orient a réveillé l’inflation à
1,9 %, et le coût pour les finances publiques est déjà estimé à
6 milliards d’euros. Dans ce contexte, deux questions se posent :
celle du contexte de l’effort, et celle de sa nature.
Sur le contexte, j’aurais souhaité, monsieur le ministre, que vous nous
précisiez les marges de manœuvre dont dispose le gouvernement face à un
éventuel durcissement du choc énergétique. La fermeture du détroit d’Ormuz,
l’évolution des prix du pétrole, la trajectoire de la charge de la dette, qui
pourrait dépasser 100 milliards d’euros d’ici 2029, constituent autant
d’aléas considérables.
Comment sécuriser notre trajectoire si ces hypothèses devaient se dégrader
davantage ? Certes, le HCFP a jugé votre scénario cohérent et votre
prévision d’inflation plausible – c’est donc une base saine –, mais les aléas
demeurent importants, ce que vous reconnaissez vous-même.
Le débat le plus important est celui de la nature de l’effort budgétaire. Les
recettes des oppositions sont connues et tiennent en un mot : matraquer.
Matraquer les entreprises, matraquer les ménages, matraquer le travail. Je ne
développerai pas. Je rappellerai simplement que la France est déjà championne
d’Europe des prélèvements obligatoires avec 43,6 % du PIB. Le ras-le-bol
fiscal reste un sentiment puissant dans le pays.
Dans le contexte actuel de guerre commerciale mondiale, alors que l’instabilité
américaine ouvre à l’Europe une fenêtre historique pour devenir le pôle de
stabilité économique du monde, tout impôt supplémentaire serait une faute
économique majeure.
La stabilité fiscale est le meilleur atout de l’attractivité de la France. Le
seul chemin sérieux, c’est celui des économies parce qu’il faut que chaque
euro, qui appartient à l’ensemble des Français, soit dépensé à bon escient avec
un impact maximal. Cela demande d’engager un travail certes fastidieux, mais
nécessaire, de réformes structurelles de l’État pour gagner en efficacité.
Faire des économies, c’est possible.
Il faut aussi faire des économies parce qu’il est absolument nécessaire de
réduire notre déficit, de maîtriser les finances publiques, pour redonner
confiance à la fois aux Français, à nos partenaires européens – auprès
desquels nous nous sommes engagés –, et à tous ceux auprès desquels nous
avons levé de la dette – pour que son coût cesse d’augmenter.
Il faut enfin faire des économies pour nous donner les moyens de réinvestir où
cela compte, c’est-à-dire dans ce qui crée durablement de la richesse.
Retrouver le chemin de la prospérité, c’est investir dans la croissance, dans
la productivité, dans l’innovation pour transformer notre économie et nos
entreprises au bénéfice du plus grand nombre. Continuer d’augmenter les
retraites les plus élevées au détriment des investissements d’avenir est le
choix qui a été fait pour 2026. C’est un mauvais choix. Arrêtons de faire de
mauvais choix.
Notre groupe vous accompagnera dans cette voie, mais nous serons exigeants sur
l’ampleur des économies. Le redressement des comptes publics n’est pas une
option. C’est un devoir vis-à-vis de tous les Français, en particulier de nos
enfants.
Céline Calvez (députée)
> [Rapport sur l’audiovisuel public] On était devant un dilemme
cornélien. D'un côté si on votait pour [sa publication], ça viendrait
cautionner le texte dans son ensemble, y compris ses nombreuses dérives, mais
voter contre ça peut être perçu comme un rejet et avoir de la suspicion sur
l'ensemble de l'institution parlementaire. (…)
Cette abstention était conditionnée. On a réussi à faire bouger le rapporteur
pour supprimer ses insinuations contre les parlementaires mais aussi supprimer
des propositions qui n'avaient rien à voir avec l'audiovisuel public. (…)
Il n'y a pas d'adoption de l'ensemble des propositions et nous nous opposerons
à ce qu'on considère comme dangereux, qui ne va ni dans le sens de
l'audiovisuel public ni dans le sens de la démocratie. (…)
Ce rapport est à charge contre l'audiovisuel public.
Danielle Brulebois (députée)
> [Petite enfance / Intervention à l’Assemblée] La France a construit
l’un des systèmes d’accueil de la petite enfance les plus développés
d’Europe : crèches collectives, assistantes maternelles agréées, MAM,
relais petite enfance (RPE). Cet écosystème est le fruit d’investissements
publics durables, portés conjointement par l’État, la branche famille de
l’assurance maladie, et très concrètement par les départements, car ce sont les
conseils départementaux qui agréent et contrôlent les assistantes maternelles
via la PMI – protection maternelle et infantile –,
qui cofinancent les crèches, qui forment les professionnels et animent les
réseaux locaux. Dans beaucoup de territoires, le département est le vrai pilote
opérationnel de cette politique. Son rôle mérite d’être reconnu et mieux
soutenu.
Mais ce système bien construit fait face à trois tensions que personne ne peut
ignorer. La première est démographique : le nombre d’assistantes
maternelles actives a chuté de 15 % en cinq ans. Ces professionnelles
partent à la retraite sans être suffisamment remplacées, en particulier dans
les territoires ruraux, où elles représentent souvent le seul mode d’accueil
disponible. Pour cette raison, les MAM, qui ont pourtant démontré leur
pertinence en territoire rural, peinent elles aussi à recruter. La deuxième est
financière : une place en crèche coûte entre 12 000 et
18 000 euros par an. La PSU – prestation de service unique – versée par
la CAF – caisse d’allocations familiales – ne couvre
qu’une partie de ce coût. Le reste repose sur des communes aux capacités très
inégales. Ce n’est pas une question de volonté locale ; c’est une question
de moyens structurels. La troisième est celle de la lisibilité : depuis la
loi pour le plein emploi entrée en vigueur en 2025, communes, départements, CAF
et État partagent des compétences qui se chevauchent. Les familles peinent
parfois à comprendre qui fait quoi, et à qui s’adresser quand elles ne trouvent
pas de place.
Pour avancer sans remettre en cause ce qui fonctionne, il faudrait renforcer la
péréquation financière. Il ne s’agit pas de dessaisir les acteurs locaux de
leur légitimité, mais de s’assurer que les territoires les plus fragiles
fiscalement ne soient pas structurellement désavantagés. Un mécanisme de
compensation nationale adossé à la branche famille permettrait de corriger ces
inégalités sans centraliser la gouvernance.
Il est urgent de revaloriser les métiers de la petite enfance. Le taux de
vacance des postes dans les crèches dépasse 20 % dans certains
territoires. On ne résoudra pas la crise de places sans mettre fin à la crise
de recrutement et sans remédier au manque d’attractivité de ces métiers. Une
revalorisation salariale concertée, sur le modèle du Ségur de la santé, est
indispensable. On nous dit qu’il y a eu une revalorisation salariale dans la
petite enfance. C’est vrai, mais partiellement. Le bonus attractivité de 100 à
150 euros net par mois est réservé aux crèches financées par la PSU, et
60 % des professionnels en sont exclus : les assistantes maternelles
n’en bénéficient pas, les microcrèches non plus, et ceux dont le salaire avait
été revalorisé avant 2024, par anticipation et responsabilité, ont été exclus
du dispositif. Ce n’est donc pas un Ségur, mais juste une ébauche inégalitaire.
Vous avez promis 200 000 nouvelles places, mais aucune création de
places ne sera effective si les postes ne sont pas pourvus.
Enfin, il faudrait clarifier la gouvernance territoriale. La loi de 2023 a posé
un cadre, mais il reste à le rendre opérationnel par des conventions
territoriales précises entre communes, départements et CAF. Dans le domaine de
la petite enfance, certains départements ont déjà expérimenté des schémas très
efficaces, comme le Jura qui en est à son troisième.
Véronique Riotton (députée)
> [Dissociation, syndromes traumatiques et décrédibilisation de la parole
des victimes de violences sexistes et sexuelles dans le processus judiciaire /
Intervention à l’Assemblée] Une question traverse ce débat, à laquelle nous
devons répondre honnêtement – je dis bien, honnêtement –, à savoir :
pourquoi le crime le plus fréquemment commis dans notre pays est-il le moins déclaré
aux autorités judiciaires ? Ce ne sont certainement pas les poncifs
populistes qu’on vient d’entendre qui apportent une réponse. En réalité, c’est
parce que les victimes ne croient plus en la justice, monsieur le ministre, et
ne croient plus que la justice les entendra. Trop souvent, elles portent
plainte, font tout ce qu’on leur demande et se retrouvent broyées une deuxième
fois par l’institution.
Selon la mission interministérielle pour la protection des femmes contre les
violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof), en 2023,
près de 30 % des femmes et 9 % des hommes ont subi une tentative de
viol ou un viol ; toutes les deux minutes, une personne est victime de
violences sexuelles. Cependant, seulement 6 % des victimes signalent les
faits, moins de 1 % des viols sont condamnés aux assises et 83 % des
plaintes sont classées sans suite, souvent alors que les auteurs sont
identifiés. Le triple constat est donc celui-ci : la criminalité sexuelle
ne recule pas, un climat d’impunité perdure et la culture du viol demeure une
réalité.
Pourquoi cette fracture ? Parce que nous avons longtemps jugé les victimes
à l’aune d’une fiction : celle de la victime parfaite, qui crie, qui
résiste, qui se souvient de tout, dans l’ordre, sans lacune ni contradiction.
Or cette victime-là n’existe pas, ni chez les enfants ni chez les femmes
adultes qui subissent des violences sexuelles.
Depuis des années, la science enseigne que face à un traumatisme extrême, le
cerveau ne fonctionne pas comme au tribunal : la victime se dissocie, peut
présenter une anesthésie psychique, une mémoire fragmentée, une apparente
froideur, une dissociation totale. Jusqu’à 40 % des cas graves
s’accompagnent d’amnésies traumatiques. Ce ne sont pas des signes de mensonge,
mais des symptômes cliniquement documentés du traumatisme que les violences
sexuelles infligent à la psyché. Le rapport du Haut Conseil à l’égalité entre
les femmes et les hommes, publié en octobre 2025, le formule avec
précision : la dissociation traumatique peut conduire la victime à se
couper de ses émotions, de son corps, de son environnement, et entraîner une
amnésie totale ou partielle, dont la réversibilité est imprévisible. Durant des
décennies, ces symptômes ont été retournés contre les victimes dans les
prétoires ; ce paradoxe doit cesser.
Nous avons unanimement dressé le même constat ; nous ne pouvons pas dire
que nous ne savions pas. Cependant, plusieurs actions ont été menées depuis
2019 : le Grenelle des violences conjugales, l’allongement des délais de
prescription, la création du 3919, l’amélioration du recueil de la parole, la
formation des forces de l’ordre. L’un des actes les plus structurants que nous
avons accomplis ensemble fut l’adoption de la loi du 6 novembre 2025, qui
a mis fin au silence du droit à l’égard du consentement, notion que la
jurisprudence, malgré sa richesse, ne parvenait pas à dégager.
Toutefois, le combat n’est pas terminé. Le constat établi, nous devons nous
orienter vers les solutions. Nous devons faire trois choses. Premièrement, la
formation obligatoire est nécessaire pour mettre un terme à
l’instrumentalisation des traumatismes des victimes dans la procédure
judiciaire. Cette formation doit être la même pour tous les acteurs de la
chaîne pénale. Certes, des policiers et des gendarmes sont déjà formés, mais
cela ne concerne pas l’ensemble du territoire de manière uniforme ; c’est
pourquoi cette formation doit être obligatoire. Comprendre les mécanismes
psychotraumatiques ne peut rester une option. Nous ne pouvons pas laisser des
symptômes du traumatisme être interprétés comme des signes d’incohérence ou de
mensonge. La formation, c’est ce qui transforme la culture judiciaire de
l’intérieur.
Deuxièmement, il faut instaurer un parcours cohérent pour la victime, de la
plainte jusqu’à l’exécution de la peine. Cela suppose la présence d’un avocat
dès le dépôt de plainte. Cela suppose aussi la notification motivée et
personnalisée des classements sans suite : nous ne pouvons pas nous borner
à des classements qui ne donnent aucune explication à la victime, l’abandonnant
une deuxième fois. Troisièmement, nous devons développer la prévention. Nous ne
pouvons pas nous contenter de soigner les plaies. Il faut déployer
l’enseignement de l’éducation à la vie affective et relationnelle et à la
sexualité (Evars) dans tous les établissements scolaires, de la maternelle au
lycée.
La Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France à maintes
reprises. Elle n’a pas simplement pointé le recours à des stéréotypes ou
l’absence d’analyse du contexte. Ces condamnations ne sont pas des symboles,
mais des alertes. Nous avons les moyens d’aller plus loin. Monsieur le
ministre, deux textes seront bientôt examinés à l’Assemblée : le projet de
loi sur la justice criminelle et le respect des victimes, et le projet de loi
relatif à l’exécution des peines. Le Sénat a déjà examiné le premier. Je
souhaite que nous puissions poursuivre ses avancées dans les trois directions
que j’ai indiquées, pour dire aux victimes : oui, vous serez
entendues ; oui, la justice peut être rendue ; non, la sexualité et
la violence ne sont pas la même chose.
● MoDem
Marc Fesneau (député, président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale)
> Le groupe du MoDem s'est abstenu sur la publication du rapport de la
commission d'enquête sur l'audiovisuel public. Voici pourquoi. Cette abstention
dit d'abord ce que nous pensons du rapport. Il est mauvais parce qu’imprécis,
entaché d'erreurs et d'approximations, à charge depuis le début. Il porte aussi
les stigmates d'auditions biaisées et construites à l’avance, trop souvent
conduites à charge par son rapporteur, au détriment du sérieux attendu d'un
travail parlementaire. Nous ne validons rien de tout cela. Mais cette abstention
dit aussi notre refus de tomber dans le piège tendu. Voter contre la
publication aurait offert au rapporteur la possibilité de crier à la
victimisation et de poursuivre son agenda politique de fragilisation de
l'audiovisuel public. C'eût été aussi priver les Français de la possibilité de
juger sur pièces. Et aux parlementaires de s’exprimer. Notre abstention dit
enfin une exigence : refuser l'instrumentalisation, sans céder à la tentation
du secret qui, in fine, aurait nourri les discours complotistes que les
populistes exploitent chaque jour. Je tiens à remercier Erwan Balanant et Sophie
Mette qui ont porté avec sérieux et constance la voix de notre groupe tout au
long des soixante-sept auditions. Ils ont su tenir une ligne rigoureuse, dans
un contexte parfois difficile. À l'heure de la désinformation et des ingérences
étrangères, un service public de l'information souverain est un pilier de notre
démocratie. Il méritait mieux que ce procès déséquilibré. Il mérite un travail
de fond auquel notre groupe continuera d’œuvrer.
Erwan Balanant (député)
> [Rapport de l’Assemblée sur le service public de l’audiovisuel] Nous
allons faire un contre-rapport. Le travail ne fait que commencer pour nous. Nous
allons produire un contre-document, évidemment pas aussi complet, mais réalisé
rapidement, pour analyser ces propositions et dire en quoi elles sont délétères.
Ce rapport n’a aucune portée normative et ne constitue pas une loi, mais "le
fruit d’un travail controversé.
Maud Petit (députée)
> [Dissociation, syndromes traumatiques et décrédibilisation de la parole
des victimes de violences sexistes et sexuelles dans le processus judiciaire /
Intervention à l’Assemblée] Certaines victimes se souviennent trop ;
d’autres, pas du tout. Parfois, les souvenirs reviennent des années plus tard,
par bribes ou en flot. Ce mécanisme protège l’enfant. Mais, dans le cadre
judiciaire, il fragilise l’adulte, car il est pris pour une invention.
Nous sommes face à un problème massif, quoique invisible. Les troubles
dissociatifs sont massivement sous-diagnostiqués. Selon les estimations
internationales, ils concerneraient 10 à 15 % de la population, et
plusieurs pourcents pour les formes sévères. Or les diagnostics demeurent
rarissimes en France. Pourquoi ? Parce que ces troubles sont polymorphes,
discrets et, surtout, caméléons – depuis l’enfance, leur but était de ne pas être
vus ; alors ils ne se montrent pas. C’est précisément pourquoi nous devons
changer de regard.
Former, former et encore former. Cela devient une nécessité absolue. Former à
la dissociation les professionnels de santé, de la justice, de la protection de
l’enfance n’est pas un luxe mais une obligation morale. Car se priver de cette
grille de lecture revient à commettre une erreur fondamentale, en interprétant
les conséquences des traumas comme des incohérences au lieu de les comprendre
comme des adaptations.
Cette erreur a un coût immense. Elle ajoute du doute là où il y a déjà eu de la
violence. D’où ma question, qui est au cœur de la commission d’enquête sur le
traitement judiciaire des violences incestueuses parentales commises contre les
enfants et la situation des parents protecteurs, notamment des mères
protectrices : sommes-nous prêts à revoir nos critères implicites de
crédibilité, pour les rendre enfin compatibles avec ce que nous savons
désormais du cerveau d’un enfant traumatisé devenu adulte ? Tant que nous
ne le ferons pas, la dissociation continuera de protéger les victimes pendant
l’agression et de les condamner dans les prétoires.
Emmanuel Mandon (député)
> [Plan budgétaire et structurel à moyen terme / Intervention à l’Assemblée]
Il y a un an, nous examinions comme nous le faisons aujourd’hui le rapport
d’avancement annuel du plan budgétaire et structurel à moyen terme. Le climat
économique était déjà exceptionnel. Souvenons-nous : le monde tentait
d’absorber les conséquences de la dégradation de la situation géopolitique et
le choc d’une guerre commerciale sans précédent. Aujourd’hui, nous voici pris
dans l’étau d’un conflit d’une tout autre ampleur, dont il est encore
impossible de prédire l’issue et la durée. On peut cependant déjà en mesurer
les répercussions, profondes et durables, que ce soit pour nos concitoyens, les
entreprises ou l’État.
Le document que nous étudions tire les conséquences de ces bouleversements. Il
révise donc à la baisse la prévision de croissance pour 2026, qui plafonne
désormais à 0,9 point du PIB. Cet ajustement rendu nécessaire par
l’incertitude globale témoigne de la réactivité du gouvernement.
Pour le groupe Les Démocrates, le cap demeure inchangé : nous visons la
lucidité et la responsabilité, principes qui ont guidé notre action lors de
l’examen du projet de loi de finances pour 2026.
À l’aune de ces principes, je le dis avec gravité, la situation budgétaire
reste extrêmement préoccupante. La trajectoire globale est certes
encourageante : un pilotage plus rigoureux porte enfin ses fruits. Le
déficit est passé de 5,8 % en 2024 à 5,1 % en 2025. Le gouvernement
entend maintenir ce cap à 5 % pour 2026 mais cette réduction est fragile,
comme le souligne la Cour des comptes. Elle repose pour moitié sur des hausses
d’impôts importantes et pour moitié sur des opérations non pérennes ou des
économies encore trop peu étayées.
Dans cette quête de recettes, nous comptons sur les travaux de la commission
d’enquête sur l’imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus
élevés, commission présidée par notre collègue Jean-Paul Mattei. Nous espérons
que ces travaux nourriront nos débats en apportant des propositions concrètes
visant à renforcer l’équité fiscale sans étouffer la croissance.
La charge de la dette constitue un point de vigilance majeur. Sous l’effet
conjugué de l’inflation et de la remontée des taux d’intérêt, elle devrait
atteindre 64 milliards d’euros en 2026. L’endettement public s’élèverait
alors à plus 118 % du PIB. Ce sont autant de moyens qui s’évaporent en
intérêts au lieu d’être investis dans l’industrie, l’agriculture ou
l’enseignement. C’est un poids que nous faisons porter aux générations futures,
et qui s’accroît chaque jour un peu plus.
À ces difficultés s’ajoute la portée de la crise au Moyen-Orient.
En proposant des mesures ciblées à destination des secteurs les plus fragilisés
par la hausse du prix des carburants – la pêche, l’agriculture, les transports
routiers, les travailleurs qui dépendent de leur voiture –, le
gouvernement a fait le choix d’une réponse graduée et prudente. Mais ce choix
traduit aussi l’étroitesse de la marge dont nous disposons compte tenu de
l’état de nos finances publiques.
Ainsi, pour la seule année 2026, le coût de ce conflit est évalué à
6 milliards d’euros.
Le groupe Les Démocrates salue, messieurs les ministres, votre approche et
votre transparence, mais il conviendra d’apporter des réponses précises quant à
la ventilation exacte de ces sommes. Un excès de précaution ne doit ni obérer
la croissance ni peser sur les plus fragiles.
Par ailleurs, le scénario macroéconomique retenu reste à la merci des aléas, ce
qui impose d’aborder le projet de loi de finances pour 2027, enjeu majeur, en
adoptant une posture prudente. Nos priorités restent claires, et nous ne
comptons pas en dévier : la rationalisation des dépenses et du train de
vie de l’État, en trouvant un juste partage de l’effort entre l’État, la
sécurité sociale et les collectivités territoriales, la préservation absolue
des dépenses d’avenir, la lutte contre la suroptimisation fiscale et la
protection des plus vulnérables, au premier rang desquels les enfants qui
dépendent de l’aide sociale à l’enfance (ASE). Nous veillerons avec une grande
vigilance à ce que ces priorités soient respectées.
Chaque échéance doit être abordée avec gravité. Le contexte international nous
le rappelle : la responsabilité budgétaire est la condition sine qua
non de notre souveraineté.
● Parti radical
> Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail : le
Parti Radical salue l’engagement d’Annick Girardin contre la souffrance
psychique au travail
En ce 28 avril, Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail,
le Parti Radical réaffirme l’urgence de lutter contre la violence psychique au
travail, devenue un défi sociétal majeur, et salue l’action déterminée d’Annick
Girardin, sénatrice de Saint-Pierre-et-Miquelon, à la tête de la mission
d’information « La souffrance psychique au travail : un défi sociétal et
collectif à relever », lancée à l’initiative du groupe RDSE.
Burn-out, harcèlement moral, anxiété chronique, perte de sens ou dissonance
éthique : ces maux, souvent banalisés, touchent des millions de salariés, dans
tous les secteurs et à tous les niveaux hiérarchiques. Longtemps minimisée,
parfois niée, elle est pourtant reconnue par les experts de santé publique
comme l’un des défis les plus pressants de notre époque avec l’accélération des
rythmes de travail, l’envahissement des nouvelles technologies et la pression
sociale de l’avis et de la notation qui ont aggravé une crise déjà profonde.
C’est pourquoi le Parti Radical se félicite que la mission d’information
portée par Annick Girardin place enfin ce sujet au cœur du débat parlementaire.
Par des auditions approfondies de médecins du travail, de psychologues, de
chefs d’entreprise et de salariés directement concernés ; dont la sociologue
Danièle Linhart, la psychologue Marie Pezé, fondatrice du réseau Souffrance et
Travail, ou encore des syndicats de salariés et du patronat, du public comme du
privé ; la mission construit un diagnostic précis et sans complaisance.
En tant que rapporteure, la sénatrice radicale s’attache à identifier les
angles morts du droit du travail (notamment l’affaiblissement des instances de
prévention avec le remplacement du CHSCT par le CSE), à évaluer les dispositifs
de prévention existants pour proposer, à terme dans son rapport, des pistes
d’action concrètes applicables par les entreprises comme par les pouvoirs
publics.
La prévention des risques psychosociaux par des indicateurs obligatoires,
la formation des managers, le renforcement de la médecine du travail et la
protection effective des lanceurs d’alerte en milieu professionnel doivent
devenir des priorités nationales.
« Alors que la santé mentale est à nouveau la grande cause nationale en
2026, à la demande des radicaux, le bien-être au travail est un enjeu clé. Loin
d’être un luxe réservé à quelques-uns, il est une condition fondamentale de la
dignité humaine et de la performance collective. Il défend une vision du
travail dans laquelle chaque salarié peut exercer ses fonctions dans un
environnement sain, respectueux et protecteur. Cette vision ne peut se
concrétiser sans une volonté politique claire, des outils législatifs adaptés
et une culture d’entreprise profondément renouvelée » précise la sénatrice
Nathalie Delattre, présidente du Parti radical.
► Autres
● Commission européenne
Stéphane Séjourné (Vice-président exécutif à la Prospérité et à la Stratégie
industrielle)
> Je suis convaincu qu’il arrive un moment où nous devons reconnaître que
tout est lié et qu’on ne peut pas se contenter d’adopter uniquement les
politiques que l’on souhaite sur un sujet particulier. (…)
L’objectif est de tout regrouper dans un accord interinstitutionnel qui nous
permette d’avoir une vue d’ensemble et de relier tous les textes entre eux. (…)
On ne peut pas, d’un côté, soutenir les accords commerciaux et les politiques
de simplification administrative, et de l’autre, refuser les politiques
pro-européennes visant à unifier le marché unique ; ce n’est pas possible. (…)
Je tiens à vous mettre en garde : il ne peut y avoir d’union des marchés de
capitaux sans supervision unique. C’est la première pierre du mur que nous
construisons.
● Organisations centristes
♦ Renew Europe
(Députés français du groupe centriste au Parlement européen)
Valérie Hayer (députée, présidente)
> Le pouvoir d’achat des Européens est en souffrance. Bien sûr nous
pouvons blâmer Donald Trump, bien sûr nous pouvons parler du détroit d’Ormuz.
Mais à la fin, c’est nous qui faisons nos propres choix et ce qui se passe en
Iran aujourd’hui n’est pas une excuse.
Parce
que ça fait plus de 50 ans que les Européens dépendent d’une énergie produite à
l’extérieur de l’Europe. Plus de 50 ans que nous sommes en faute politique par
nos retards à agir. La voie de notre indépendance, c’est la décarbonation de
notre économie. C’est l’électrification. Alors on doit y aller, vraiment. Faire
les réformes qui s’imposent sur nos infrastructures, sur nos marchés, sur les
aides aux ménages. Penser notre politique énergétique à l’échelle européenne et
agir sur le long terme. Financer tout cela. Changer l’intégralité de notre
modèle productif et nos façons de consommer, de nous loger, de nous déplacer.
C’est ce que Renew Europe soutient depuis 2019 et ce que la Commission met en
œuvre : le Pacte vert, RePowerEU, AccelerateEU. La préférence européenne,
l’industrie propre, le soutien au nucléaire et aux renouvelables.
> Étape essentielle dans l’adoption du budget de
l’Union européenne pour la période 2028-2034 : le Parlement européen a arrêté
ses positions avant négociations. Notre volonté ? Un budget ambitieux au
service d’une Europe indépendante.
- Un budget qui renforce notre compétitivité, notre industrie, la recherche et
l’innovation. Un budget qui préserve notre souveraineté alimentaire et accélère
sur celle énergétique. Un budget pour les territoires et pour la protection des
plus fragiles.
- Un budget qui permet d’assurer le soutien de l’Ukraine et de renforcer notre
sécurité avec une véritable Union européenne de la défense.
- Un budget qui protège nos valeurs.
Et soyons très clairs sur ce point : aucun centime du contribuable européen ne
pourra financer les régimes qui remettent en cause les libertés et l’état de
droit. Le vote d’aujourd’hui est une étape fondamentale mais tout commence.
Renew Europe continuera de défendre dans les négociations l’ambition d’une
Europe puissance, avec un budget doté de véritables ressources propres.
Bernard Guetta (député)
> [Opinion : La vraie place de l’Ukraine] Désolé, M. Zelenski, mais
c’est non. On est malheureux d’avoir à vous le dire mais non, M. le président,
l’Ukraine ne pourra pas devenir du jour au lendemain membre à part entière de
l’Union.
On comprend bien que vous veniez de refuser toute idée d’étapes ou d’adhésion « symbolique ».
Nous n’ignorons bien sûr pas qu’en résistant depuis quatre ans à l’agression
russe vous ne défendez pas seulement vos frontières mais également celles de la
Pologne, des Pays baltes et donc de l’Union tout entière. Nous savons ce que
nous vous devons mais comprenez de votre côté que c’est son délitement que
l’Union risquerait en vous disant oui et que rien ne saurait justifier que nous
allions, vous et nous, au-devant d’un tel danger.
Si l’Ukraine devenait, dès janvier, le vingt-huitième Etat de l’Union
européenne, cinq pays des Balkans occidentaux, six en comptant la Serbie,
seraient fondés à dire qu’eux non plus ne sauraient attendre plus longtemps.
Déjà bien difficile à gouverner à 27, l’Union passerait alors à 34 membres et,
toujours en vigueur, la règle de l’unanimité viendrait régulièrement en bloquer
le fonctionnement.
Il faudrait modifier les traités. Cela demanderait d’interminables négociations
et lorsqu’un compromis aurait enfin été scellé, il se trouverait à coup sûr un
ou plusieurs des Etats membres pour en refuser la ratification. Une crise
majeure paralyserait l’Union et en admettant même, M. le président, que nous ne
fassions d’exception que pour vous et n’ayons pas à modifier les traités, le
poids de votre secteur agricole est tel que la peur de la concurrence
mobiliserait les mondes ruraux contre l’adhésion de votre pays.
Faudrait-il vraiment risquer que l’Union finisse par refuser de s’élargir à
l’Ukraine et ulcère les Balkans au point d’y laisser le champ libre à Trump, Xi
Jinping et Poutine ?
Evidemment pas. Ne faisons surtout pas de si grands cadeaux à nos adversaires
mais alors quoi ?
Eh bien voyons grand. Ne raisonnons plus à l’ancienne. Ne pensons plus en
termes d’élargissement d’une zone économique régie par des règles uniques mais
de constitution d’un ensemble politique et militaire aux degrés d’intégration
différenciés. Certains des Etats membres, ceux qui le souhaiterons,
resserreront leurs liens politiques et le font déjà. Ceux qui ne le souhaitent
pas en resteront au seul contenu des traités auxquels ils ont souscrit en
entrant dans l’Union.
Il n’y aurait ainsi rien à changer aux textes qui nous régissent car ceux qui
voudraient aller plus loin plus vite le feraient sur la base de d’accords
n’engageant qu’eux et auxquels des pays non membres de l’Union pourraient se
rallier. C’est si simple et si vrai que les démarches communes de Paris,
Londres et Berlin esquissent dès maintenant cette évolution.
C’est à ces trois capitales qu’on doit la formation de la « coalition
des volontaires » en soutien à l’Ukraine puis du groupe des quelque
cinquante Etats prêts, quand les armes s’y seront tu, à assurer la liberté de
circulation dans le détroit d’Ormuz. Avec la Pologne et l’Italie, ce Groupe des
3 tend à devenir aujourd’hui Groupe des 5. Hors traités, l’Union a désormais
une avant-garde politique qui lui ouvre de nouveaux horizons. Elle est peu
nombreuse, presque élitaire diront certains, mais plusieurs grandes démocraties
n’appartenant pas plus à l’Union que la Grande-Bretagne s’en rapprochent déjà
et Donald Trump élargira toujours plus ses rangs en continuant à s’en prendre à
l’Alliance atlantique.
Devenue, sous le feu russe, une puissance militaire de premier plan, l’Ukraine
a toute sa place aux côtés de ceux qui cherchent à anticiper les conséquences
de la rupture transatlantique qu’elle aura été la première à éprouver. Avec
l’Union, l’Ukraine doit approfondir ses liens économiques mais sans perdre son
temps à des batailles inutiles, c’est à l’avant-garde des démocraties qu’elle
doit s’intégrer.
Grégory Allione (député)
> Une perte d'emploi, c'est toujours une épreuve difficile. Avec le
Fonds révisé, nous ne nous contentons plus de réagir aux pertes d’emploi : nous
agissons en amont pour autonomiser et former les citoyens concernés, tout en
renforçant la résilience et la compétitivité. Quand il s'agit de solidarité
européenne, mettons les moyens, soyons plus ambitieux. »
Fabienne Keller (députée)
> Nous tournerons une page avec ce budget 2027 de l’UE. Cette dernière «tranche»
du CFP précédent montre les changements que nous devons opérer pour l’avenir.
Le prochain CFP doit être plus flexible et plus ambitieux. Les temps l’exigent.
Ce budget 2027 de l’UE sera aussi – nous l’espérons – le dernier à être financé
très majoritairement par les contributions directes des États membres. Le
prochain budget à long terme doit s’appuyer sur des sources de revenus plus
européennes. Ce sera l’une des lignes rouges de Renew pour les négociations à
venir sur le CFP.
Sandro Gozi (député)
> Assez, c’est assez. Meta a ignoré les preuves scientifiques
disponibles montrant que les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables
aux dangers des plateformes comme Instagram et Facebook. Ce n’est plus de
la négligence, c’est un véritable modèle économique. Le DSA donne à
l’Europe les outils pour agir. Nous devons les utiliser. »
Stéphanie Yon-Courtin (députée)
> Cette décision met fin à l’ère de l’impunité des plateformes en
Europe. Mais pointer une violation des règles par Meta ne suffit pas. Une
violation doit entraîner des conséquences immédiates : action, sanctions et
suspension temporaire jusqu’au respect total de nos règles. La protection des
mineurs en ligne n’est pas une option. Elle est non négociable.
● Personnalités centristes
Clément Beaune (haut-commissaire au Plan)
> J’ai institué la Nuit du futur pour que le Haut-commissariat s’ouvre vers
l’extérieur et que nos chercheurs aillent «hors les murs», hors de Paris,
échangent avec les étudiants. Nos travaux ne sont pas faits pour dormir sur les
étagères, mais pour nourrir le débat public. Nous sommes un service public,
depuis 1946! C’est la quatrième édition, ici à Marseille. Le Haut-commissariat
n’est pas un think tank, ni un centre de recherche, il fait
des propositions pour éclairer la décision publique, et être connu de
tous. Nous avons par exemple été choisis pour évaluer le coût réel des Jeux
olympiques et paralympiques de 2024, y compris sur la pratique du sport par
exemple.
Sarah El Hairy (haut-commissaire à l’Enfance)
> La fragmentation des responsabilités fragilise les protections.
Pédocriminels, plateformes, créateurs : chacun doit répondre de ses actes.
Responsabilité pleine et entière à tous les niveaux. C’est la condition pour
stopper la prolifération.
> Intervenir après coup ne suffit pas. Face à des plateformes qui renaissent sans cesse, il faut changer de logique : sécurité dès la conception, vérification d’âge robuste, responsabilité totale des acteurs. Condamner chaque maillon. Sans échappatoire.
> La traque continue. Dès que j’ai appris la réouverture de Coco mi avril, j’ai immédiatement saisi la justice via l’article 40. Suite à ce signalement, la justice ouvre aujourd'hui une enquête. L’« académie des viols » doit être combattue partout, en ligne comme dans la vie réelle.
● Propos collectifs
> [Communiqué de presse: Saisine du Conseil constitutionnel sur les
cavaliers législatifs introduits dans la loi de simplification de la vie
économique) Soixante-dix députés des groupes Les Démocrates (DEM), Ensemble
pour la République (EPR), Horizons (HOR) et Libertés, indépendants, outre-mer
et territoires (LIOT) ont saisi, dans une démarche conjointe, ce mardi 28
avril, le Conseil constitutionnel sur plusieurs dispositions de la loi de
simplification de la vie économique définitivement adoptée par le Parlement :
la suppression unilatérale des ZFE, les dispositions relatives au ZAN et la
remise en cause du caractère obligatoire des CESER. Cette saisine fédère des
parlementaires aux sensibilités diverses : Élisabeth Borne, ancienne Première
ministre ; quatre présidents de commissions permanentes de l'Assemblée
nationale : Sandrine Le Feur (Développement durable et aménagement), Florent
Boudié (Lois), Bruno Fuchs (Affaires étrangères) et Stéphane Travert (Affaires
économiques) ; plusieurs anciens ministres, parmi lesquels Marc Ferracci,
Geneviève Darrieussecq, Philippe Vigier, Agnès Pannier-Runacher, Olga Givernet
ou encore Marc Fesneau. Une convergence entre députés issus de groupes
distincts qui dit à elle seule la portée de l'enjeu. La saisine soutient que
ces mesures, introduites en cours de débat, n’ont pas de lien, même indirect,
avec l’objet initial du texte et doivent être regardées comme des cavaliers
législatifs. Cette initiative est inédite, puisque c’est la première fois
depuis 2017 que soixante-dix députés du bloc central saisissent le Conseil
constitutionnel. Elle répond à une conviction simple : le respect de notre
Constitution ne se défend pas à moitié et plus encore lorsque des procédures
parlementaires sont sciemment utilisées pour faire passer, en détournant nos
règles constitutionnelles, des choix politiques qui devraient être assumés
frontalement devant les Français. Car il ne s’agit pas ici uniquement de
simples cavaliers « techniques ». Il s’agit de dispositions introduites pour
remettre en cause, par opportunité, des mesures touchant à la lutte contre la
pollution, l’artificialisation des sols ou à la démocratie sociale locale
(CESER). On peut considérer que les ZFE ou le ZAN sont mal calibrés,
insuffisants ou contre-productifs. Ce débat est légitime et n’est souvent pas
sans fondement, mais il doit être mené pour ce qu’il est : un débat politique
de fond, au Parlement ou demain devant les Français, pas sous la forme de
passagers clandestins dans un texte de simplification de la vie des
entreprises. Depuis plusieurs années, les procédures parlementaires sont trop
souvent bafouées, contournées ou instrumentalisées. Les règles de recevabilité,
notamment financières, des amendements sont de moins en moins respectées par
ceux qui doivent pourtant veiller à leur application. À force, c’est la qualité
de la loi qui se dégrade, ce sont de faux espoirs qui sont créés dans le débat
public et, finalement, c’est l’antiparlementarisme et donc les populismes qui
progressent. Pour les députés signataires, défendre l’État de droit n’est pas
un réflexe de circonstance ni un simple argument de procédure : c’est une
colonne vertébrale politique et la condition de l’exercice démocratique.

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