lundi 5 décembre 2016

Présidentielle 2017. Candidat, Manuel Valls peut-il séduire les centristes?

Finalement, Manuel Valls sera présent à la présidentielle.
Après le retrait de François Hollande qui ne voulait pas se faire ridiculiser, la voie est ouverte au premier ministre pour être le candidat du Parti socialiste.
Il va annoncer aujourd’hui sa décision alors qu’il est en tête des intentions de vote de la primaire PS.
La question que tout le monde se pose est de savoir s’il a une chance de devenir le nouvel hôte de l’Elysée le 7 mai prochain.
Pour y parvenir, il doit séduire une grande partie des sympathisants de gauche – rappelons qu’il a estimé qu’il y avait deux gauches qui ne sont pas solubles l’une dans l’autre – ainsi qu’une part substantielle des sympathisants du centre-gauche et du Centre tout court.
Or, s’il paraît en bonne position pour attirer à lui beaucoup d’électeurs socialistes, ce sera une autre paire de manche en ce qui concerne les autres électeurs de gauche, sans parler de ceux de la gauche radicale et de l’extrême-gauche.
Globalement, il doit démontrer à l’univers politique qui va de Martine Aubry à Philippe Poutou, qu’il est un candidat acceptable à défaut d’être compatible.
Il devra également faire de même pour réunir sous son nom l’électorat de centre-gauche et du Centre, non pas que celui-ci ne puisse être séduit par le premier ministre mais il y a déjà sur ce créneau Emmanuel Macron et il y aura peut-être François Bayrou (sans oublier quelques micros candidats comme Sylvia Pinel des Radicaux de gauche).
De plus, contrairement à Macron, cela ne devrait pas être dans ses cordes de mordre sur l’électorat de la droite modérée et du centre-droit, qui, traditionnellement, se range derrière le candidat de droite, en l’occurrence François Fillon, mais dont une partie non-négligeable devrait rejoindre le fondateur d’En marche.
Les trois derniers sondages sur les intentions de vote à la présidentielle, donnent quelques renseignements sur les capacités d’un rassemblement large autour de Manuel Valls même s’il ne faut pas oublier que ceux-ci datent d’un moment où il ne s’était pas encore déclaré candidat et que François Hollande n’avait pas encore renoncé.
Dans celui de Kantar-Sofres pour Le Figaro, il obtient dans les deux hypothèses où il est teste 9,5% et 11% des intentions de vote se classant en cinquième position, derrière Fillon, Le Pen, Macron et Mélenchon dans l’ordre.
S’il n’est pas très loin des deux derniers, il accuse pour l’instant un retard autour de 14 points sur la place qualificative pour le deuxième tour alors que Macron est à 11 et 10 points de celle-ci.
Dans celui de Louis Harris Interactive Macron est à 13%, toujours en troisième position et Bayrou est sixième avec 7%, devancé par Manuel Valls à 9%, toujours cinquième.
En prenant la ventilation de ses scores par rapport au vote lors de la présidentielle de 2012, 30% des électeurs de Hollande choisiraient Valls (contre 23% Macron et 20% Mélenchon), 3% des électeurs de Bayrou (contre 21% Macron), 5% des électeurs de Mélenchon (contre 6% à Macron).
Dans celui d’Elabe pour Les Echos, BFMTV et Radio classique, il obtient 9% et se classe également en cinquième position derrière les mêmes cités plus haut.
Et il est à 15 points de la deuxième place.
Si l’on prend la ventilation de ce score du premier ministre, 40% des sympathisants du PS voteraient pour lui (contre 29% à Macron) et 10% à Mélenchon), 2% des sympathisants du Front de gauche (contre 80% à Mélenchon et 1% à Macron), 7% des sympathisants du MoDem (contre 33% à Macron et 4% à Mélenchon), 4% des sympathisants de l’UDI (contre 22% à Macron et 4% à Mélenchon).
On le voit très clairement, Manuel Valls doit dans un premier temps réunir son camp, ce qui est loin d’être le cas, s’il veut avoir une chance de bien figurer, voire de gagner.
Mais il devra également ramener vers lui beaucoup d’électeurs de la gauche de la Gauche et/ou un nombre conséquent d’électeurs centristes.
Sans doute a-t-il un plan – il faut l’espérer pour lui! – mais la tâche sera tout sauf simple car, au-delà de la constitution d’une coalition très hétéroclite, il devra défendre un bilan que les Français rejettent très majoritairement.
Sa chance est que les candidatures de Marine Le Pen mais aussi celle de François Fillon sont très clivantes à droite.
De même, la surenchère que ne manquera pas de faire Jean-Luc Mélenchon durant la campagne officielle ainsi que celle des autres candidats lors de celle de la primaire du PS, peuvent lui donner le statut d’homme responsable qui a, en plus, exercé des hautes fonctions politiques (ministre de l’Intérieur, ce qui n’est pas rien en période d’inquiétude sécuritaire de la population, et premier ministre).
Enfin, débarrassé de la social-démocratie hésitante de François Hollande, il va pouvoir développer son projet politique et son programme électoral en donnant du contenu à son social-réformisme qu’il a naguère opposé au social-libéralisme de celui qui risque d’être son principal concurrent, Emmanuel Macron.
(Sondage Kantar-Sofres réalisé le 28 novembre 2016 par internet auprès d’un échantillon de 1011 personnes, âgées de plus de 18 ans et représentatives de la population française / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points // Sondage Odoxa réalisé le 25 novembre 2016 par internet auprès d’un échantillon de 998 personnes, âgées de plus de 18 ans et représentatives de la population française / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points // Sondage Louis Harris Interactive réalisé le 27 novembre 2016 par internet auprès d’un échantillon de 6093 personnes, âgées de plus de 18 ans et représentatives de la population française / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points)


Alexandre Vatimbella



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