lundi 11 septembre 2023

Propos centristes. France – G20 décevant / Sortir du pétrole et du charbon au plus vite / Pouvoir d’achat des Français / Revaloriser les bas salaires / Loi d’orientation agricole / Contrôle des crèches…

Voici une sélection, ce 11 septembre 2023, des derniers propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France.

Emmanuel Macron (Président de la République)
> Le Pacte de Paris pour les Peuples et la Planète se matérialise. Nous allons réformer la Banque mondiale pour donner plus de place aux pays émergents. La contrepartie devra être le rehaussement des ambitions sur le climat et l'engagement à sortir des énergies fossiles.

> Qu’aucun pays n’ait à choisir entre la lutte contre la pauvreté et la protection de la planète : c’est le sens du Pacte de Paris pour les Peuples et la Planète. Au G20 de Delhi, je viens le porter et poursuivre le dialogue avec mes homologues de tous les continents.

> Le bilan de l’Accord de Paris a été publié vendredi. Au niveau mondial, nous ne sommes pas sur la bonne trajectoire. Chacun doit prendre sa part.
Je vois naître un discours qui consisterait à dire qu'on pourrait continuer à vivre durablement avec le pétrole tout en réussissant la transition climatique. C’est faux.
> Une planète, une famille, un futur. Ce slogan est celui du G20 de New Delhi. Face au risque croissant de fracturation du monde, le dialogue avec les économies émergentes de tous les continents est indispensable. La stabilité mondiale et notre capacité à agir en dépendent.
> [G20] Sur les 19 autres pays que la Russie au sein du groupe, 16 avaient voté toutes les résolutions (à l'Onu) qui sanctionnent et condamnent la Russie, trois se sont abstenus. Je n'ai pas le sentiment que ce soit une victoire diplomatique massive ni autre chose qu'une réalité d'isolement et de situation très minoritaire. Mais le G20 n'est pas le lieu où vous aurez des progrès diplomatiques sur cette question.
> Je vois naître un discours qui consisterait à dire qu’on pourrait continuer à vivre très durablement au-delà de 2040-2045 avec le pétrole. (…) C’est faux.

> Je suis pour ma part  très préoccupé de l’esprit qui commence à régner y compris d'ailleurs au sein des membres du G20, sur la question du climat, avec un discours trop facile qui s’installe chez certains émergents pour dire que seuls les pays les plus riches ont une responsabilité climatique. (…) J'alerte tout le monde, nous n'y sommes pas.

> J’appelle à sortir très rapidement et beaucoup plus vite qu'aujourd'hui du charbon, dès 2030 et le plus vite possible du pétrole bien avant 2050. « Les pays les plus riches doivent faire l'effort, nous sommes en train de le faire, ça nous coûte mais nous le faisons, c'est légitime et normal.

> [Niger] Si nous redéployons quoi que ce soit, je ne le ferai qu'à la demande du président Bazoum et en coordination avec lui. Pas avec des responsables qui aujourd'hui prennent en otage un président. (…) Nous ne reconnaissons aucune légitimité aux déclarations des putschistes . (…) Je demande la libération du président Bazoum et la restauration de l'ordre constitutionnel.

 

Gouvernement
[Nota: dans ce gouvernement, certains membres ne sont pas centristes; nous retranscrivons cependant leurs propos en rapport avec leur fonction parce qu’ils font partie selon nos critères d’une équipe qui suit une politique globalement centriste]

Gérald Darmanin (ministre de l’Intérieur et des Outre-mer)
> Il y a quelques semaines, nous avons évité un attentat de jeunes radicalisés qui visaient des représentations diplomatiques. La plus grande menace terroriste vient de notre territoire, elle est endogène.

> Il y a un lien entre l'étranger et la drogue mais pas un lien égal entre les étrangers et les trafiquants.

> La paix publique se rétablit à Mayotte, grâce aux moyens exceptionnels déployés.
- 400 habitats insalubres détruits
- 1327 interpellations dont la quasi intégralité des chefs de gang qui avaient été identifiés (55 sur 59)
- baisse des violences physiques de - 10.8% et des vols avec violences de -11.3%.

> Vous qui fumez un joint ou prenez parfois un rail de coke, vous faites vivres des trafiquants qui tuent des gamins de 10 ans. Vous êtes en partie responsables de ce qu'il se passe.

 

Marc Fesneau (ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire)
> Le socle, pour bâtir ce Pacte [Loi d’orientation et d’avenir agricoles] au service du renouvellement des générations en agriculture, c’est la confiance. Et je suis donc venu rappeler aux Terres de Jim que le Gouvernement a tenu ses engagements : priorité donnée à la rémunération, aides face à la crise de l’énergie, déploiement sur le terrain de la réforme de l’assurance récolte, soutien à la viticulture, stratégie de vaccination contre l’influenza aviaire hautement pathogène, soutien à l'agriculture biologique, sobriété à l’hectare dans le cadre du plan eau ou encore plan de souveraineté fruits et légumes…
Ce Pacte aura pour ambition de renouer le lien entre la société agriculture et notre agriculture, en commençant par la jeunesse. C’est pourquoi l’orientation en sera un des piliers, avec une campagne nationale de communication sur les métiers du vivant et le lancement d’un programme national pour faire en sorte que, dès la rentrée 2024, les jeunes enfants et les collégiens puissent davantage les découvrir.
La formation sera également l’un des principaux leviers de ce Pacte. Nous consoliderons notre enseignement agricole. Le Pacte en rénovera les missions, fera évoluer ses formations, instituera un « Bachelor Agro » et créera, en lien avec les Régions, des contrats locaux pour relancer ou ouvrir des classes aux métiers de l'agriculture dans nos territoires.
La formation continue sera également pleinement mobilisée, à travers un programme national de formation accélérée pour former en trois ans tous les acteurs de la formation et de l'accompagnement en agriculture, afin qu'ils disposent et transmettent des compétences de pointe pour faire face aux transitions. C’est un choc de compétences d’une ambition inédite au service des transitions en agriculture.
Pour favoriser l’installation et de la transmission, nous mettrons en place un réseau «France service agriculture» dont la cheville ouvrière sera le réseau des Chambres d’agriculture et qui sera ouvert à tous les porteurs de projet, permettant de lier installation, formation, salariat et transmission, et de combiner à la fois un guichet unique et une offre d’accompagnement plurielle. Cet outil nouveau sera construit main dans la main avec les différents acteurs, et les régions en particulier.
Ce Pacte d’avenir mettra aussi des moyens nouveaux au service de notre agriculture, que ce soit sur l’attractivité des métiers, avec l’amélioration du service de remplacement, en faveur de l’innovation, avec davantage de fonds pour le CASDAR, ou pour favoriser l’installation, avec un fonds de garantie qui facilitera les prêts à destination de ceux qui souhaitent s’installer ou financer des investissements transformants. Le Pacte concrétisera aussi l’annonce du président de la République sur le fonds entrepreneur du vivant. Doté de 400 millions d’euros, il pourra prendre des participations dans des fonds de portage nationaux ou régionaux, mettre le foncier à disposition des agriculteurs progressivement, et leur permettre de l’acquérir au moment de leur choix. (…)
Échanges fructueux avec les acteurs engagés dans le renouvellement des générations d'actifs et les transitions agricoles. Merci à eux d'agir concrètement dans les filières et les territoires. Le Pacte sera l'affaire de tous, agriculteurs, collectivités territoriales, entreprises de l'amont et de l'aval, filières, acteurs du conseil, de l'enseignement et de la recherche, et l'État bien sûr qui sera au rendez-vous.

 

Agnès Pannier-Runacher (ministre de la Transition énergétique)
> Qu’est ce qui dérègle le climat ? Ce sont les énergies fossiles. Qu’est-ce qui fait monter la facture des Français ? Ce sont les énergies fossiles. En sortir est un impératif climatique, mais c’est aussi un impératif pour reconquérir notre souveraineté et notre pouvoir d’achat.

> Sur un sujet d’avenir comme l’électricité, il nous faut préserver la confiance des Français dans leurs fournisseurs. Je ne laisserai pas des fournisseurs voyous entacher ceux qui assument dans leur très grande majorité leurs devoirs. J’y veillerai.

> Les entreprises pétrolières, si elles ne se transforment pas, n'ont aucune chance de survie dans les années qui viennent.

> Dans l'industrie, nous avons un plan pour les 50 sites les plus émetteurs de France. Dans l'agriculture, nous avons un plan pour réduire l'usage des engrais azotés qui émettent du gaz à effet de serre et utiliser d'autres engrais qui ont un impact environnemental moindre. Dans les transports, nous avons un plan sur le covoiturage, un plan pour équiper les agglomérations de RER métropolitains, pour développer le train, etc.

 

Aurélien Rousseau (ministre de la Santé et de la Prévention)
> [Covid19] L'épidémie reprend lentement, à faible intensité mais avec deux variants qu'on suit. On ne gouverne pas par la peur, moi je suis transparent, aujourd'hui on est à une progression faible.

> [Canicule] On n'a pas eu d'afflux aux urgences ou dans les appels au 15, mais il est clair qu'on aura des conséquences

 

Aurore Bergé (ministre des Solidarités et des Familles)
> Sur la loi immigration, la responsabilité incombe aussi aux oppositions. Que la gauche explique qu'elle s'opposera malgré des régularisations ciblées dans les métiers en tension. Que la droite explique qu'elle s'opposera malgré le rétablissement de la double peine.

> Nous avons plus que doublé les moyens sur l'aide alimentaire. Ce sont 156 millions d'euros qui sont mobilisés par le gouvernement pour soutenir les Français les plus vulnérables et donc nos associations.

> Les entreprises ont un rôle déterminant sur les organisations de travail et les salaires. Comment voulez-vous qu’une mère qui part le matin à 4h30 de chez elle pour nettoyer des bureaux à 6h soit auprès de ses enfants ? Nous devons impérativement changer ces pratiques.

> Nous allons intensifier les contrôles dans les crèches. Nous allons changer la loi pour garantir des contrôles aux sièges des entreprises. Je les convoque dès la semaine prochaine : aucun modèle économique ne peut exister sur le dos de la sécurité de nos enfants.

> Dans nos crèches, je veux renforcer les droits des parents car ça veut dire renforcer les droits des tout-petits. A l'école, vous avez des fédérations de parents d'élèves, vous avez des conseils d'école. Nous devons avoir demain des parents référents dans les crèches.

 

Stanislas Guerini (ministre de la Transformation et de la Fonction publiques)
> J’assume de concentrer mes efforts sur la protection des agents les moins bien rémunérés, les plus touchés par l’inflation. C’est le sens de la prime pouvoir d’achat que toucheront, à partir d’octobre, 2 millions de fonctionnaires.

> Avec le RN, c'est toujours la même rengaine. Leur sport national : critiquer notre pays. Loin des commentaires, nous agissons, en rapprochant les services publics des Français les plus éloignés, en revalorisant les salaires des agents publics. N’en déplaise à Madame Le Pen.

 

Olivia Grégoire (ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme)
> Le premier hypermarché, c’est 1963. Nous sommes en 2023. En soixante-ans, les zones commerciales ont été l’incarnation de la consommation de masse dans une société d’abondance. Ce modèle est obsolète, y compris du point de vue environnemental. (…)
Ce que nous voulons, c’est impulser les zones commerciales de ces soixante prochaines années. Avec de la nature et des bâtiments sobres et innovants, mêlant commerces, logements, services, activités culturelles et sportives. Un modèle qui ne serait pas le tout-voiture et dont une partie des terrains seraient renaturée ou recyclée pour accueillir de nouvelles activités et participer à la réindustrialisation du pays tout en améliorant le quotidien de millions de Français.

 

Thomas Cazenave (ministre délégué chargé des Comptes publics)
> Le pouvoir d’achat des Français est un combat quotidien. La 1ere garantie pour le préserver : pas d’augmentation d’impôts ! Sur les prix de l’alimentaire, nous avons obtenu la stabilisation, voire la baisse des prix de 5000 produits du quotidien!

> L’objectif des « Dialogues de Bercy » est d’associer en amont les parlementaires de la majorité comme de l’opposition dans la construction d’un budget pour les Français. L’objectif est de constuire des mesures communes au service de tous.

 

Clément Beaune (ministre délégué chargé des Transports)
> Pour tous nos modes de transport, un même cap : améliorer le quotidien des Français et se décarboner.

 

► Haut-commissariat au Plan

François Bayrou (Commissaire, président du Mouvement démocrate)
> Il faudrait changer la Constitution, ce qui suppose l’accord conjoint de l’Assemblée nationale et du Sénat. L’obstacle est de taille ! Et ensuite, il faut un texte de loi à soumettre au peuple. Voilà ce qu’on fait semblant d’ignorer quand on parle de cette question. Sur le fond, je ne suis pas pour qu’on fasse de l’immigration un sujet qui allume le feu, sur lequel on verse tous les jours de l’essence. Mais je suis pour affirmer, dans la Constitution, qu’un peuple a le droit de défendre son identité et ses valeurs même quand il accueille et qu’il donne asile.

> [Régularisation des travailleurs exerçant dans des métiers en tension] Ce serait une disposition utile et juste. Des personnes qui travaillent, qui apprennent le français, qui veulent s’intégrer, ce serait une faute de les laisser en situation irrégulière. (…)
Je distingue les textes « essentiels », pour lesquels le 49.3 s’impose en cas de blocage, et les textes « utiles » mais qui ne sont pas vitaux. Si après discussion, le Parlement ne trouvait pas d’accord sur ce texte utile, ce serait regrettable, et les Français verraient qui empêche cette amélioration ! Mais on le surmonterait.
Je ne crois pas que la question de l’immigration soit aujourd’hui adaptée au 49.3.

> [Conférence sociale sur les bas salaires] Il y a la flambée des prix, et il y a les bas salaires. Sur les bas salaires, il y a 80 branches dont les minima sont inférieurs au smic. Voilà un sujet à traiter d’urgence. Et pour les salaires en général, le principe doit être que les bénéfices de l’entreprise doivent être aussi le bénéfice du salarié. Dans les grandes entreprises, une augmentation de l’actionnariat salarié, et dans les petites une pression en direction de l’intéressement.

> Le carburant, et notamment le diesel, c’est la charge la plus pénalisante pour ceux qui bossent et habitent loin. Les actions volontaristes comme le plafonnement à 2 euros le litre de Total sont à saluer. Mais si la situation dure et s’aggrave, le gouvernement devra se poser la question d’un amortisseur par adaptation des taxes.

> [Interdiction de l’abaya] La décision de Gabriel Attal a été confirmée par le Conseil d’État. C’est un signe positif. Mais sur toute la France, on a recensé 4 450 abayas et la grande majorité de celles qui en portaient a accepté de changer de vêtement. C’est un autre signe positif. Nous savons tous qu’au-delà du rappel bienvenu des principes de laïcité, les questions vitales de l’Éducation nationale portent sur la transmission des connaissances, la maîtrise des fondamentaux, le climat de l’école, une confiance retrouvée des enseignants…

> [Pas de classe sans profs à la rentrée] Ces promesses sont plus faciles à exprimer qu’à réaliser… Mais cet engagement a permis des progrès notables.

> Le président de la République tourne inlassablement en fait autour de la même idée : il cherche constamment à réduire la fracture entre les Français et les pouvoirs. Alors du Grand Débat au CNR, il avance par essais multiples. Et quelque chose bouge : les forces politiques ont accepté de parler ensemble alors que jusqu’à présent, elles se faisaient la guerre systématiquement.

> Le 49.3 n’a rien de négatif, c’est même la clé de voûte de nos institutions pour qu’un gouvernement ne soit pas constamment soumis au chantage.

> Je crois que la proportionnelle peut s’appliquer aux prochaines élections législatives. J’ai été frappé, lors de la rencontre entre le président et les chefs de partis, que tout le monde ait défendu ou accepté cette évolution. Il y a plusieurs façons de faire la proportionnelle, mais je suis persuadé que l’on peut arriver à trouver un accord. Et ça, c’est un très beau sujet de référendum !

 

Partis politiques

● Renaissance
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne sont pas centristes et se considèrent de droite ou de gauche ne sont pas retranscrits]
Stéphane Séjourné (Secrétaire général & président du groupe Renew Europe au Parlement européen)
> Nous appelons les partis pro-européens du Parlement européen à rejeter le populisme et la coopération avec l'extrême droite ou l'extrême gauche. Nos partenaires doivent revenir à notre accord de coalition de mi-mandat et agir pour les citoyens. Le paysage politique est de plus en plus polarisé, mais nous savons que l'Europe de demain sera construite à partir du centre politique. Nous devons proposer un nouveau récit au nom des pro-européens afin d'offrir une Union européenne plus efficace

 

Benjamin Haddad (porte-parole du groupe à l’Assemblée nationale)
> De retour de Kiev avec une délégation transpartisane du groupe d’amitié France-Ukraine. Six député de six partis différents. L’occasion de réaffirmer le soutien de la France pour la victoire ukrainienne et son intégration dans la famille européenne. Mais aussi d’écouter les besoins face à une guerre longue.

 

● MoDem
Maud Gatel (Secrétaire générale)
> De retour de Kiev avec le groupe d’amitié où nous avons réaffirmé notre soutien à l’Ukraine, mesuré l’impact de l’aide française et européenne et évalué ce qui doit encore être fait. Chers amis ukrainiens, nous resterons à vos côtés, jusqu’à la victoire.

 

Frédéric Petit (député)
> Nous avons dansé pendant des années sur les ruines du mur de Berlin en pensant que l’époque communiste et soviétique était finie. Poutine a signé la fin de la parenthèse Eltsine, le soviétisme et le KGB sont revenus au pouvoir. C’est ce que nous affrontons aujourd’hui en Ukraine et au Bélarus. L’Europe ne sera pas réellement en paix tant que ces deux pays ne seront pas totalement libres et indépendants. Nous partageons une communauté de destins avec ces deux pays.

 

Autres

● Organisations centristes
♦ Renaissance
(Députés français du groupe centriste Renew Europe au Parlement européen)
Nathalie Loiseau
> Marine Le Pen ne connaît pas le montant du SMIC. Sébastien Chenu ne connaît pas le montant de la TVA. Mais a part ça le RN veut gouverner la France.

 

Bernard Guetta
> [Opinion: «Docteur Musk et la milliardocratie»]
Ce n’est plus la démocratie. Lorsqu’une personne privée, Elon Musk, peut décider du cours d’une guerre du seul fait qu’il contrôle un système de communication international dont il est seul à disposer, ce n’est plus le pouvoir du peuple mais celui d’un homme.
Cela ne signifie pas que les Etats-Unis seraient devenus une dictature puisque cet entrepreneur de génie, l’un des deux hommes les plus riches du monde, est bien loin d’y décider de tout en tout circonstance mais on est entré là dans une zone grise. Ce n’est pas déjà la dictature mais ce n’est plus vraiment la démocratie car en coupant, l’année dernière, aux Ukrainiens toute liaison satellitaire au-dessus de la Crimée pour les empêcher de s’attaquer à la flotte russe, Elon Musk a pris entre ses seules mains les pouvoirs dévolus au Congrès et au Président qu’élisent les Américains.
Il l’a fait, raconte son biographe, après s’être entretenu avec le chef d’état-major des forces américaines, avec le conseiller de la Maison-Blanche à la sécurité nationale et ave l’ambassadeur de Russie à Washington qui l’a assuré qu’une attaque contre la flotte russe de Sébastopol induirait une riposte nucléaire du Kremlin. Jusque dans ces consultations et, évidemment, par la décision qui s’est ensuivie, Elon Musk s’est comporté en Président de la première puissance du monde, en mauvais Président qui plus est puisqu’il a averti par là-même les Russes des intentions ukrainienne et eu la naïveté de croire cet ambassadeur qui avait toute raison de le convaincre que l’apocalypse menaçait.
L’homme aux 220 milliards a, autrement dit, usurpé et bien mal exercé une fonction politique essentielle. On ne dira pas « coup d’Etat » puisqu’il n’a pas pris par la force la plénitude du pouvoir présidentiel mais ce n’était plus la démocratie car cet entrepreneur n’avait aucun mandat populaire l’autorisant tout à la fois à empêcher les Ukrainiens d’infliger une défaite majeure à Vladimir Poutine et à laisser au président russe le temps de s’installer dans une position défensive après avoir échoué à prendre Kiev.
On ne peut pas réécrire l’Histoire mais si Elon Musk n’avait pas coupé les ailes aux Ukrainiens il y a un an, Vladimir Poutine ne serait peut-être plus aux commandes à Moscou et les rapports de force seraient en tout cas singulièrement différents sur le champ de bataille. On hésite entre affliction et consternation, entre colère et accablement, mais le plus terrible est qu’Elon Musk était dans son droit.
Aussi condamnable qu’il ait été d’un point de vue politique et moral, il était parfaitement fondé, juridiquement parlant, à refuser, comme il l’explique aujourd’hui, que son entreprise « soit complice d’un acte de guerre majeur et d’une escalade du conflit » qu’il jugeait dommageables à l’intérêt général et, peut-on l’imaginer, à ses intérêts propres.

Tout le monde a le droit de se tromper mais ce que nous dit cette vertigineuse erreur est que jamais dans l’Histoire une personne privée n’aura eu assez de pouvoir pour aller à l’encontre de la politique de son pays et ne pas souffrir d’avoir prêté la main à une puissance adverse, pour inverser un rapport de forces entre les Etats-Unis et la Russie. Si l’on voulait en sourire, la seule comparaison possible serait le Docteur No des James Bond mais ce n’est pas à un personnage de fiction mais à une réalité historique, la révolution néo-libérale, qu’en revient la responsabilité.
Conçue par les disciples de Hayek et initiée par Margaret Thatcher et Ronald Reagan, elle a remodelé le monde en réduisant le poids économique et industriel des Etats au profit d’entreprises privées dont l’essor a été encouragé par le recul des pressions fiscales et réglementaires. C’est l’érosion des financements de la Nasa qui avait ainsi ouvert la voie de l’espace à Elon Musk et, si rien n’était fait pour freiner cette évolution liberticide, les guerres de demain, celles de d’espace et de l’informatique, pourraient bien n’être plus décidées et conduites par des élus mais par des conseils d’administration ou des multimilliardaires logiquement guidées par leurs intérêts et choix personnels.
Docteur Musk, en un mot, pourrait bien avoir été le premier à incarner un changement de monde dans lequel l’intérêt privé l’emporterait sur l’intérêt collectif et la milliardocratie sur la démocratie.