vendredi 16 février 2018

Regards Centristes. 12 – Pour le Centrisme, l’humanisme intégral doit régir les règles de bioéthique

Regards Centristes est une série d’études du CREC qui se penchent sur une question politique, économique, sociale ou sociétale sous le prisme d’une vision centriste. Douzième numéro consacré à la question fondamental aux réponses du Centrisme concernant la bioéthique, face aux avancées scientifiques et technologiques ainsi que face à l’évolution de la société et des mentalités.

Selon un sondage réalisé en décembre 2017 (Ifop pour le quotidien La Croix), 92% des Français estiment que les enjeux de bioéthique soulevés par les questions sur la fin de vie, sur la procréation assistée, sur les nouvelles techniques génétiques, sur le stockage des données médicales, etc. sont importants.
Les centristes sont d’ailleurs en pointe dans cette sensibilisation puisque le pourcentage monte même à 97% pour les sympathisants du MoDem, 94% pour ceux de LREM (92% pour ceux de l’UDI).
C’est dire l’importance pour le Centre et les centristes de définir une ligne directrice face à ces enjeux.

Face aux avancées scientifique, technologique, biologique, médicale mais aussi sociétale ainsi que des mentalités, le Centrisme doit pouvoir se positionner par rapport à ses valeurs et ses principes sur les questions de bioéthique et proposer des réponses et des comportements adéquats.
Ainsi, il doit préciser, alors qu’un débat citoyen a lieu en vue de la réforme décennale programmée de la loi de bioéthique (dont la précédente réforme date de 2011), ce qu’il entend dans ce domaine ô combien essentiel de l’humain où son essence est en jeu, par liberté, égalité, fraternité, responsabilité, respect, dignité, où se trouve son humanisme et à quel degré il se situe au vu de l’état de la pratique et de la recherche actuelle sans préjuger des avancées futures pas encore réelles et applicables ou d’études à venir qui viendraient confirmer ou, au contraire, infirmer les bienfaits globaux (c’est-à-dire en prenant en compte tous les paramètres de ses conséquences) d’une pratique déjà au point.

Mais, d’abord, précisons ce qu’est exactement la bioéthique (grâce aux définitions données par le comité international de la bioéthique rattaché à l’UNESCO, le Comité consultatif national d’éthique français, l’encyclopédie Larousse, Wikipédia, etc.):
La bioéthique est l'étude des problèmes éthiques et moraux posés par les avancées de la recherche en matières de biologie, de génétique et de médecine et de leurs applications possibles concernant l’être humain et pouvant mettre en cause son intégrité physique et psychologique ainsi que le respect de sa dignité.
C'est une partie de l'éthique (comportement individuel vis-à-vis de ses valeurs morales) et de la morale (comportement individuel et collectif vis-à-vis des valeurs et principes moraux) qui est apparue, en tant que champ de réflexion et de discipline nouvelle, après la seconde guerre mondiale, dans la foulée du procès de Nuremberg contre les nazis et les horreurs qu’ils avaient commises (notamment leurs médecins dans les camps de concentration et ailleurs) et qui a pris un essor important dans le courant des années 1960 face à l’accélération du développement de la biomédecine et des technosciences et aux interrogations que suscitent ces évolutions et leurs implications concrètes dans les domaines social, culturelle, légale, moral et sociétal.
Si les interrogations éthiques et morales concernant la médecine ne sont pas neuves avec la déontologie du médecin et du corps médical, la bioéthique s’en distingue en ce que celle-ci constitue davantage un code éthique et moral concernant une pluralité d'acteurs (médecins, biologistes, généticiens, politiques, philosophes, juristes, sociologues, théologiens, etc.) et leurs disciplines respectives sans oublier, évidemment, les citoyens.
La bioéthique s’est développée dans deux orientations principales:
- l’orientation descriptive, s'appuyant sur la philosophie morale, qui vise à éclaircir les choix éthiques et les valeurs présupposées par ceux-ci, en écartant les arguments contradictoires;
- l'orientation prescriptive qui recherche les normes morales qui sont applicables aux sciences du vivant, y compris la médecine, puis propose certaines règles et certaines postures face à d'éventuels dilemmes.

En France, cinq lois régissent la bioéthique (1994, 2004, 2011, 2013).

Le Centrisme part toujours de l’individu, de la personne pour se situer dans un débat, d’autant plus lorsque celui-ci est sociétal comme l’est avant tout celui sur les questions bioéthiques.
En outre, si la Droite est largement conservatrice en ce domaine (sauf pour les libertariens) pendant que la Gauche est grandement ouverte à toutes les autorisations (alors que c’est le contraire en matière économique…), le Centre, lui, ne veut pas adopter des principes rigides d’un côté, comme de l’autre au nom d’une idéologie fermée.
Pour autant, il faut bien des lignes directrices claires, des limites à ne pas dépasser.
Mais l’on comprend bien que les choses ne sont pas aussi simples.
Ainsi dans les valeurs défendues par le Centrisme, certaines, dans ce domaine, peuvent se contredire.
Comme celle de la liberté et du respect ou, encore, de la liberté et de la responsabilité.
La débat le plus représentatif est celui où se collisionnent les droits de l’enfant avec toutes les techniques de procréation assistée et de gestation pour autrui qui permettent aux adultes de réclamer un «droit à l’enfant», notamment pour les couples de même sexe mais aussi pour les couples hétérosexuels frappés par l’infertilité.
Autre question très délicate, celle qui oppose la liberté d’un individu de vouloir mettre fin à ses jours et la responsabilité du médecin de tout faire pour maintenir en vie un patient.
L’on pourrait également parler de toutes les techniques qui se développent et qui permettent l’implantation dans le corps humain d’outils dont la finalité est, au départ, médicale mais qui peuvent être détournées à des fins moins évidentes (comme l’implantation de puces électroniques qui pourraient préfigurer une mise sous surveillance de toute la population si celle-ci avait lieu dès la naissance).
Ou de la médecine prédictive qui permettrait à tous (dont l’Etat ou les possibles employeurs) de tout savoir sur les problèmes médicaux qui pourraient toucher un individu et ainsi créer des exclusions sociales préventives et définitives.
On le voit, les débats et les questions sont multiples et nécessitent à chaque fois une réponse particulière.
Cependant, celle-ci ne peut être donnée que dans un cadre où prime le respect de la dignité de la personne.
Respect, dignité et personne ne sont pas des concepts creux mais le cœur même de la problématique de la place de l’individu dans la société et de la reconnaissance de son individualité.
En appliquant le principe de l’humanisme intégral, le Centrisme affirme que l’individu ne peut jamais être utilisé à des fins contraires à son essence (ce qui inclut le fait d’être l’objet d’une commercialisation comme être mis en vente).
Ainsi, l’individu ne peut être considéré comme un objet que ce soit pour satisfaire des désirs égoïstes d’autres individus ou pour être utilisé en faveur d’autres individus ou de la société.
Cela concerne évidemment l’individu existant mais aussi l’individu à naître (quel que soit, d’ailleurs, son mode de conception).
Ici, se pose bien sûr la question de la manière dont est conçu un enfant.
Le désir des parents est une évidence de nos jours pour avoir un enfant (puisqu’il existe, à la fois, des modes de contraception et la possibilité d’un avortement, même s’il existe encore des «ratés» dans la mise en œuvre des uns et de l’autre).
Cependant, on ne peut en conclure que cela pose un «droit à l’enfant» uniquement tourné vers un désir égoïste.
Bien entendu, il est difficile de sonder le cerveau de parents pour savoir la raison de leur envie d’enfant.
Néanmoins, lorsque la voie naturelle n’est pas possible, alors ce questionnement prend tout son sens et peut-être mis en opposition avec le «droit de l’enfant».
Dès lors, en ce qui concerne la PMA et la GPA mais aussi tout ce qui concerne l’enfant, le «droit de l’enfant» (ainsi que son respect et le respect de sa dignité) devra toujours primer sur le «droit à l’enfant» pour l’humanisme intégral défendu par le Centrisme.
Ainsi, en cas de doute sur les effets négatifs qui peuvent affecter un enfant, c’est le droite «de» l’enfant qui doit primer sur le droit «à» l’enfant avec une des seules utilisations justifiées du fameux et controversé «principe de précaution».
Concrètement cela signifie que la commercialisation de l’enfant par la GPA de même que l’absence actuelle d’étude confirmant l’innocuité de l’adoption par des parents de même sexe sur le développement psychologique de l’enfant, c’est bien le droit «de» l’enfant qui doit s’appliquer pour les centristes au nom de l’humanisme.

Pour revenir à une plus grande généralité, la bioéthique doit protéger avant tout l’individu et son individualité en respectant ses droits au regard des valeurs et des principes qui régissent le bien vivre ensemble, qui fondent le lien social et qui font partie de ce que certains appellent le bien commun de l’Humanité toute entière.
Mais, dans le même temps, elle doit permettre de mettre à son service toutes les avancées positives de la science, de la médecine et des technologies associées sans que celles-ci, néanmoins, ne mettent en danger d’autres individus, leurs individualités et leurs droits.
Cela n’enlève en rien l’évaluation qui doit être de mise pour toute pratique et toute technique afin de juger de son utilité et de son bienfait.
Mais, en ayant systématiquement à l’esprit la nécessité de l’humanisme intégral, on peut éviter les fausses routes qui peuvent se payer très cher, à la fois, au niveau de chacun de nous et à celui de la communauté.
Car la bioéthique ne peut être un enrobage ou un accompagnement à l’inéluctabilité de l’avancée de la science (sous le fameux adage que toute invention ou découverte sont un jour utilisées par les humains).
Au contraire, elle doit être un garde-fou contre toutes les dérives possibles et imaginables même si cela nécessite de faire confiance en la sagesse des peuples que l’on a souvent peine à imaginer.

Etude du CREC sous la direction d’Alexandre Vatimbella

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