dimanche 31 juillet 2016

Regards Centristes. 8 – La mondialisation humaniste du Centrisme

Regards Centristes est une série d’études du CREC qui se penchent sur une question politique, économique, sociale ou sociétale sous le prisme d’une vision centriste. Septième numéro consacré à la vision centriste de la mondialisation.

La mondialisation n’a plus très bonne presse en ce moment de repli identitaire, de volonté protectionniste, de nationalisme économique et d’isolationnisme rampant.
Certains augures prédisent même sa disparition alors que la globalisation, la mondialisation économique, ne fait plus rêver et connaît des difficultés.
Pour autant, un monde fermé où les échanges internationaux de toute nature connaîtraient des barrières plus ou moins insurmontables serait une vértiable catastrophe.
Néanmoins, la mondialisation ne serait faire fi de l’élément humain et de la nécessité d’être raisonnée et équitable.
C’est la raison pour laquelle le Centrisme défend la mondialisation à condition qu’elle soit humaniste.
Ses origines démocrates chrétiennes et libérales, l’appellent d’ailleurs à être une pensée de la mondialisation humaniste.
Cet internationalisme se retrouve dans la défense de la construction européenne par tous les partis centristes de l’UE et de la volonté d’aller plus loin dans l’établissement d’une fédération européenne.

- Mondialisation, définition
La mondialisation est le mot français pour parler de la «globalisation», terme inventé par les anglo-saxons.
Il n’y a pas de définition unique de la mondialisation et il n’y a pas une seule mondialisation mais plusieurs touchant des domaines différents.
Cependant, on peut dire qu’il s’agit d’une mise en réseau du monde par un processus d’ouverture volontaire ou non de chacune de ses parties (continent, région, pays, ville et de leurs populations) aux échanges et aux influences de toute nature venus de toutes les autres parties.
La mondialisation doit, en théorie, aboutir à un monde global où ces échanges et ces influences créent un lien direct entre tous les humains au-delà des frontières d’un pays, au-delà de l’appartenance à une nation, au-delà de la culture que l’on a reçue.
Dans ce monde global continuellement interconnecté, la division internationale du travail permet une rationalisation de la production dans un fonctionnement gagnant-gagnant alors que l’individu mondialisé devient un citoyen du monde.
Ainsi, pour le Dictionnaire des mondialisations (Editions Armand-Colin), «la mondialisation consiste à produire un niveau de société pertinent à l’échelle de l’ensemble des hommes, la planète».
Evidemment, il s’agit d’un but à atteindre et l’état actuel de la mondialisation montre que l’on en est très loin encore. D’autant qu’aucune gouvernance mondiale digne de ce nom ne peut encore l’organiser efficacement dans cette optique.
Cette utopie est, pied de nez de l’histoire, à la convergence des pensées libérales, communistes et anarchistes qui, toutes trois, se sont affrontées durement depuis le milieu du XIX° siècle.
Car, contrairement à ce qu’en disent ses détracteurs, la mondialisation n’est ni une idée de droite, ni une idée de gauche, ni une idée du Centre mais cette volonté, de tout temps, des êtres humains de se parler, d’échanger et de se réunir.
Une volonté, il est vrai, contrebalancer par une autre, celle de la différence.
Mais la mondialisation n’est-elle pas, in fine, un mouvement de réunion de l’humanité dans la différence de ses membres?

- Les phénomènes de mondialisation
La mondialisation n’est pas une mais multiple, recoupant des phénomènes qui impactent tout le tissu social et sociétal, de la globalisation économique au cosmopolitisme des cultures en passant par le métissage des populations et la gouvernance mondiale, revitalisant le vieux rêve universaliste d’une humanité unie.
Mais ces mondialisations agressent également les populations qui les ressentent, à la fois, comme une ouverture positive sur le monde mais aussi comme une attaque destructrices de leurs identités et de leurs valeurs, voire, à terme, de leur existence.
Des mondialisations dont les trajectoires sont loin d’être rectilignes ni mêmes sans cassures, pannes ou reflux.
Néanmoins, les mondialisations sont autant une volonté des humains de construire le village global qu’une conséquence de leurs nouveaux modes de vie.
De même, l’interaction local-global ne va pas que dans le sens du global vers le local, loin de là, mais est bien symétrique.
D’où une multitude de strates dans des mondialisations qui engendrent le pire comme les trafics d’êtres humains à l’échelle planétaire et le meilleur comme le rapprochement de ces mêmes êtres humains dans les réseaux sociaux tout aussi planétaires.
Des mondialisations que l’on peut qualifier in fine de «naturelles» tant l’humain depuis ses origines s’est distingué par son envie et son aptitude à découvrir et à connaître son environnement, à le maîtriser et à instaurer dans sa communauté au sens large (l’humanité) la communication, l’échange et la coopération, comme en témoigne, par exemple, les religions qui se veulent toutes universalistes dans leurs fondements (si ce n’est pas dans leurs pratiques…), s’adressant à tous les êtres humains sans distinction de sexe, d’ethnie, de provenance géographique ou de rang social.
Enfin, dans leur essence, les mondialisations, quelles que soient leurs bienfaits et leurs méfaits, sont des mouvements de rapprochement des différents éléments de la communauté humaine. De ce point de vue, elles ont besoin de stabilité, de sécurité et de paix, ce qui n’est pas rien dans un monde où, depuis ses origines, il y a eu plus de jours de guerres que de paix.

- La mondialisation humaniste
Refuser la mondialisation ne la fera pas disparaître d’un coup de baguette magique et n’aboutira qu’à la subir au lieu de la maîtriser et de s’en servir positivement.
Prôner la fameuse «démondialisation» à la mode chez quelques intellectuels et politiques populistes en mal de buzz médiatique est une attitude qui ne résoudra pas les problèmes de la France ou de l’Europe, bien au contraire.
A l’inverse, n’accepter qu’une mondialisation financière, sans règle et sans gouvernance digne de ce nom est irresponsable.
La bonne réponse est une mondialisation humaniste.
C’est le but du Centrisme.
Seule, en effet, la dimension humaniste peut apporter à la mondialisation l’équilibre nécessaire.
Une mondialisation humaniste est celle qui réunit sans uniformiser, qui rapproche sans contrainte, qui fait coopérer les individus volontairement et sur un pied d’égalité, qui crée des réseaux de communication et d’échange fonctionnant sur le principe du juste équilibre.
C’est également une mondialisation qui se réforme et se régule constamment, qui place le progrès de l’humanité au cœur de son projet et où la gouvernance mondiale a comme but la paix perpétuelle ainsi que le développement de la vie bonne (le vivre bien ensemble, le vivre bien individuel et la réalisation de soi) au niveau global.
Cette mondialisation ne se construit pas sur un fantasme mais sur le réel, c’est-à-dire en reconnaissant que toute société, mondiale ou nationale, fonctionne sur les mêmes principes du libéralisme social où la liberté et la solidarité sont deux piliers qui se complètent et non qui s’opposent pour bâtir l’optimum de l’organisation de la société réelle.
Voilà donc cette mondialisation humaniste que prône le Centre qui est essentielle dans ce monde global où les défis et les solutions à ceux-ci sont, le plus souvent, du domaine de la communauté humaine et non de communautés nationales divisées et n’ayant pas les moyens de réussir en agissant chacune de leur côté.
Relier les personnes entre elles – économiquement, socialement, sociétalement – au bénéfice de chacun, individuellement, et de tous, collectivement, telle est la raison d’être de la mondialisation humaniste, cette mondialisation respectueuse, progressiste, équilibrée.
Tel est l’espoir de l’humanité depuis toujours.
Et, au lieu de fermer les portes à double tours et de se barricader derrière des murs en béton, dans une régression que nous paierons cher, tous autant que nous sommes dans le monde, nous devons prendre nos responsabilités.
C’est peut-être cela qui fait peur, la responsabilité, aux adversaires de la mondialisation humaniste, qu’ils se trouvent autant chez les profiteurs d’une mondialisation sauvage que chez les craintifs supporters d’une renationalisation antagoniste de la planète.

Etude du CREC sous la direction d’Alexandre Vatimbella

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