mardi 31 mars 2015

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. La tricoalition, une cohérence et une clarification politiques saines pour la démocratie

Le tripartisme – et non une tripolarisation comme certains l’affirment – qui est sorti du premier tour des élections départementales (puis confirmé par les résultats du deuxième tour) et qui vient après la victoire du FN aux élections européennes; le «ni-ni» prônée par le président de l’UMP alors que son principal opposant à l’intérieur du parti est un adepte du désistement républicain, tout comme le premier ministre actuel mais qui n’a pas convaincu l’ensemble des électeurs socialistes, loin de là; l’existence des frondeurs au PS qui lorgnent plus sur une alliance avec le Front de gauche qu’avec les centristes alors qu’à l’UMP certains trouvent que le FN n’est pas aussi infréquentable et le mot «centriste» plutôt une moquerie voire une insulte: tout ce que je viens de dire et d’autres choses encore concourent à la création à terme d’une tricoalition (qui alors sera l’expression d’une tripolarisation droite-centre-gauche pour faire simple) qui aurait l’immense mérite, dans une démocratie comme la France, d’insuffler de la cohérence et de la clarification dans le débat politique et dans les choix de société au profit et dans le respect des citoyens-électeurs.
Ainsi, il semble aujourd’hui cohérent de réunir la droite dure et radicale de l’UMP (ainsi que de groupuscules issus de celle-ci comme celui de Nicolas Dupont-Aignan) avec le Front national, les frondeurs socialistes avec le Front de gauche et les sociaux-libéraux du PS (et ceux des Radicaux de gauche et une partie des écologistes) avec les libéraux-sociaux du Centre et les gaullo-réformistes de l’UMP.
Mais il ne s’agit pas – encore ou jamais? – de créer trois nouveaux partis mais bien d’un paysage politique à triple coalition sachant que, pour l’instant, ces nouveaux blocs ne sont pas monolithiques même s’ils ont assez de convergences internes pour être, chacun, une alliance électorale où ses composantes partagent de nombreux points de vue identiques sur la politique à mener.
Si la gauche du PS garde des différences avec le Front de gauche tout comme la droite dure de l’UMP avec le Front national, leur proximité dans nombre de domaines et sur des questions précises est évidente, en tout cas plus évidente que la proximité avec les ailes modérées des mêmes partis.
Quant aux sociaux-libéraux du PS et aux gaullo-réformistes de l’UMP, ils sont capables de trouver des points de convergence pour un programme de gouvernement avec la nécessaire présence des libéraux sociaux du Centre qui en sont le lien obligé, tout en gardant entre eux de notables différences.
Cette nouvelle architecture politique aurait le mérite de la clarification et d’éviter les grands écarts ridicules auxquels plus aucun électeur ne croit réellement lorsqu’un Nicolas Sarkozy ou un Manuel Valls prétendent s’adresser à toute la droite ou à toute la gauche républicaines alors que les différentes composantes de celles-ci ne partagent plus, concrètement, les mêmes objectifs, ni les mêmes références politiques et, parfois, les mêmes valeurs.
En outre, cela éviterait aux centristes de devoir critiquer les bonnes mesures venues des sociaux-libéraux de gauche tout en actant leur vraie proximité – et non seulement électorale – avec cette partie de la droite réformiste sans pour autant accepter à contrecœur le discours de la droite radicale conservatrice.
D’aucuns prétendront que cette nouvelle donne politique sera difficile à mettre en œuvre.
C’est fort probable que si elle accouche, ce sera dans la douleur.
Mais si l’on regarde ce qui se fait à l’étranger actuellement, on assiste de l’Espagne à la Grèce en passant par l’Italie mais aussi en Allemagne ou aux Pays Bas à des bouleversements dans le paysage politique du même ordre que celui qui se dessine en France sans que l’on sache exactement s’ils iront jusqu’au bout et/ou s’ils seront durables.
D’autres estimeront que la présence d’éléments modérateurs au PS et à l’UMP est préférable à des blocs plus radicaux tant à droite qu’à gauche.
C’est vrai que ces modérés du PS et de l’UMP empêchent souvent ces deux partis de dériver vers la radicalité dure et de défendre des positions idéologiques extrêmes, démagogiques, populistes et clientélistes.
Néanmoins, l’on peut voir cela différemment en estimant que les deux radicalités qui existent tant à l’UMP qu’au PS seraient, dans le cas de la tricoalition, des éléments modérateurs s’ils s’alliaient (et non se fondaient) avec le Front national et le Front de gauche, permettant au débat démocratique d’y gagner en transparence et en rationalité, ce qui serait un plus pour les citoyens et les électeurs.
Reste que transparence et rationalité, cohérence et clarification ne sont pas des qualités naturelles du débat politique…


lundi 30 mars 2015

Actualités du Centre. Fromantin a «un peu de mal à sauter de joie» face aux résultats des départementales

Décidément les leaders centristes rivalisent de préventions face à la victoire de la coalition Droite-Centre aux départementales de dimanche.
Après les réactions tout en retenue de François Bayrou et Jean-Christophe Lagarde (voir ici l’Actualité du Centre correspondante), c’est au tour du député-maire UDI de Neuilly-sur-Seine, Jean-Christophe Fromantin d’avoir «un peu de mal à sauter de joie» en regard des résultats du scrutin.
Car, selon lui, il s’agit, tout comme la précédente victoire du PS à ces mêmes élections, d’un «succès en trompe l’œil» qui éloigne «d’un débat de fond et du vote d’adhésion dont la France a besoin pour entamer de véritables réformes».
En outre, il s’inquiète de ce qu’«à peine 30% du corps électoral fait encore confiance aux partis politiques présents dans les assemblées parlementaires (…). C’est une rupture de confiance qu’on ne peut plus ignorer».
Enfin, il met en garde devant la menace du Front national, dont le score élevé «témoigne d’une radicalisation de l’opinion et préfigure des situations extrêmement compliquées à gérer aux prochaines élections».
Et de conclure: «Tout cela ressemble plutôt à une fin de cycle qu’il va bien falloir regarder en face plutôt que de persister dans l’autosatisfaction».


Actualités du Centre. Départementales: Bayrou minimise la victoire, Lagarde la relativise

Les leaders centristes se sont félicités de la très large victoire de l’alliance UMP-UDI+MoDem aux élections départementales mais pour mieux la minimiser et la relativiser.
Ainsi, François Bayrou, président du Mouvement démocrate, a estimé qu’il s’agissait d’un «vote de sanction» du gouvernement sans être un «vote d’adhésion» à la coalition électorale Droite-Centre pour ne pas à avoir à en donner le mérite à Nicolas Sarkozy et à en faire le candidat incontournable de l’UMP en 2017.
De son côté, Jean-Christophe Lagarde a estimé que cette victoire était évidemment celle de la stratégie d’alliance mais que celle-ci était «en construction», était loin d’être monolithique et devait aboutir à une meilleure équité dans le partage du pouvoir.
Le président de l’UDI veut ainsi garder une certaine autonomie en espérant toujours pouvoir présenter un candidat au premier tour des prochaines élections présidentielles.
Il faut dire que cette victoire gêne la stratégie et les ambitions à moyen terme de Bayrou et de Lagarde.
Reste que, grâce à leur union avec la Droite, les partis centristes auront un nombre d’élus départementaux bien supérieurs à celui qu’il était jusqu’à présent.

De quoi alimenter les débats entre centristes, loin de partager le même point de vue sur le type d’alliance avec l’UMP…

jeudi 26 mars 2015

Actualités du Centre. Juppé s’attribue le mérite de la victoire de l’alliance UMP-UDI-MoDem aux départementales

Alors que Nicolas Sarkozy continue de ressasser sa haine vis-à-vis de François Bayrou, expliquant qu’il n’a rien contre le Mouvement démocrate mais qu’il ne peut se réconcilier avec son président qui a appelé à voter pour François Hollande contre lui en 2012, Alain Juppé affirme à qui veut l’entendre que la victoire de la coalition UMP-UDI-MoDem au premier tour des départementales est largement de son fait, lui qui milite sans relâche pour que la Droite et le Centre soient des alliés et, dans les partis centristes, que le Mouvement démocrate et son leader soient traités comme l’UDI.
Reste que cette nouvelle déclaration et la réponse de Nicolas Sarkozy lui déniant ce rôle pivot dans l’alliance électorale Droite-Centre, illustrent une nouvelle fois l’instrumentalisation des partis centristes par les deux principaux rivaux pour la primaire UMP en vue de la présidentielle de 2017.
Cette «chasse aux centristes» dont les résultats du premier tour des départementales confirment toute la pertinence et l’intérêt pour l’UMP (dont son président n’aurait pu se targuer d’être à la tête du premier parti de France devant le FN), pourrait, si elle prend une telle tournure, provoquer des réactions indignées, voire hostiles, des militants centristes, voire, in fine, de l’électorat centriste.
Bien entendu, la dynamique de la victoire limitera celles-ci pour l’instant.

Mais les enjeux de la présidentielle et des législatives pourraient, paradoxalement, compliquer la stratégie de l’UMP face à des partis centristes qui joueront, en 2017, leur crédibilité de formations indépendantes mais aussi leur existence même.

Une Semaine en Centrisme. «Ni-ni» et «désistement républicain» centristes: ni extrême-droite, ni extrême-gauche

Le «ni-ni» façon Nicolas Sarkozy – ni désistement pour PS, ni pour le FN, deux partis mis sur un même pied – tourne tout aussi le dos aux valeurs de la démocratie et de la république que le «désistement républicain» à la sauce Manuel Valls – pourfendant tous ceux qui refusent sa sélectivité entre les partis à vocation totalitaire – qui fait du Front national son unique obsession en la matière tout en oubliant fort opportunément que le PS continue ses alliances avec un Parti communiste, comme c’est le cas, par exemple, à Paris, qui n’a pas tourné le dos à ses «combats révolutionnaires et internationalistes» ainsi qu’à sa fidélité aux «anticipations de Marx», comme il est écrit dans ses statuts, ceux-ci et celles-là ayant abouti dans l’histoire à des dictatures dont les tristes héros se nomment Lénine, Staline, Trotski, Mao, Pol Pot et quelques autres dont les régimes de terreur ont remplis les cimetières plutôt que développer une quelconque fraternité humaine.
Le vrai «ni-ni», démocratique, républicain et humaniste, le véritable «désistement républicain» sont ceux qui viennent directement de la vision du Centrisme et de son principe moteur, le juste équilibre.
C’est le barrage responsable et sans concession à tous les extrémismes qui se battent contre la démocratie républicaine libérale.
Le communisme léniniste et son avatar le trotskisme (sans parler du maoïsme) sont deux pensées totalitaires et criminelles tout comme le sont le fascisme et le nazisme et leurs avatars (franquisme, salazarisme, pétainisme, etc.).
Au nom de quoi, même en comparant le nombre de morts que les tenants de ces idéologies de l’exclusion et de la stigmatisation de l’autre, celui qui ne pense pas comme vous, celles d’extrême-droite seraient puantes et infréquentables et celles d’extrême-gauche seraient démocrates et républicaines?
Même en expliquant que l’extrême-droite est le lieu de rassemblement des haineux tandis que l’extrême-gauche est celui des envieux, in fine, les idéologies développées par ces deux ennemies de la démocratie libérale aboutissent à éliminer le déviant (selon leurs critères, évidemment) après avoir supprimé sa liberté et son droit à la réussite individuelle ainsi que sa pensée a-normale (toujours selon leurs critères) et son refus de se plier aux dogmes de leurs vérités mortifères.
En s’alliant aux démocraties pendant la Deuxième guerre mondiale après avoir signé un pacte avec Hitler, Staline a réussi le tour de force de donner une respectabilité de façade au communisme qui, rappelons-le, dès sa création par Marx et Engels, sur les traces de Babeuf et en s’inspirant de Rousseau, a été dénoncé par les penseurs les plus lucides, tel Proudhon, comme étant une idéologie criminelle et liberticide dans son essence même.
Dès lors, les forces démocrates et républicaines doivent dire non à ces deux extrêmes.
L’indignation du PS vis-à-vis du FN mais aussi vis-à-vis des attitudes parfois conciliantes de la Droite vis-à-vis de cette formation ainsi que le discours moral qu’il débite serait nettement plus crédibles s’il l’appliquait également à l’extrême-gauche, ce qui n’est pas le cas.
Le «ni-ni» et de le «désistement républicain» centristes, c’est donc faire barrage aux extrêmes d’où qu’ils viennent en votant pour les partis républicains quels qu’ils soient lorsqu’une élection oppose un parti extrémiste à un parti républicain au-delà des alliances électorales du moment.
Le seul moment où le bulletin blanc est de rigueur, où le «ni-ni» centriste s’applique lors d’un duel, c’est lorsque celui-ci oppose l’extrême-droite à l’extrême-gauche.
Mais pour que ce «ni-ni» et ce «désistement républicain» fonctionnent de manière honnête, transparente et avec une totale efficacité (notamment en convaincant les électeurs qu’il n’y a qu’un poids et qu’une mesure), il ne doit souffrir aucun faux-semblant et hypocrisie.
Si l’affirmation de Nicolas Sarkozy selon laquelle le PS et le FN sont deux partis que l’on peut mettre sur le même plan est une hypocrisie, les cries d’orfraie de Manuel Valls le sont tout autant alors que son parti gouverne ici ou là avec le Parti communiste.
Dans cette histoire, on ne peut que saluer la position de Jean-Christophe Lagarde, le président de l’UDI et demander à tous les centristes de l’appliquer systématiquement lors de toutes les élections en oubliant les petits calculs personnels et politiciens.
Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC
Jean-Louis Pommery

Directeur des études du CREC


mercredi 25 mars 2015

L’Humeur du Centriste. Quand est-ce que les centristes vont arrêter de jouer contre leur camp?!

Lagarde vient de rappeler qu'il est pour le désistement républicain face à la menace du Front national. Bayrou aussi. Morin est contre.
Morin vient de réaffirmer qu'il pour le «ni-ni» sarkozyste. Pas Lagarde. Ni Bayrou.
Morin voulait une candidature Nouveau centre en 2007. Pas Lagarde.
Lagarde veut une candidature UDI en 2017. Pas Morin. Ni Bayrou.
Morin veut participer à une primaire de la Droite et du Centre pour 2017. Pas Lagarde et Bayrou.
Bayrou veut supporter Juppé. Morin, pourquoi pas. Pas Lagarde.
Après 2007, Bayrou voulait un Centre indépendant, allant seul aux élections. Pas Morin et Lagarde, mais bien évidemment pas de la même façon, ça aurait été trop facile.
Aujourd’hui, Lagarde veut un Centre indépendant. Pas Morin et plus Bayrou, mais bien évidemment pas de la même façon.
Bayrou veut une grande alliance au centre avec les modérés du PS et de l’UMP. Pas Lagarde et Morin mais bien évidemment…
Fromantin ne voulait pas du mariage homosexuel. Lagarde oui, tout comme Morin et Bayrou.
Fromantin voulait voter la loi Macron. Comme Jégo et Bayrou. Mais pas Lagarde, ni Morin.
On continue?
N’en jetons plus aux adversaires du Centre trop contents de voir que décidément ces picrocholins leaders d’un espace centriste en peau de chagrin ne sont capables de s’entendre sur rien ou pas grand-chose.
Bien sûr, cette maladie de la division n’est pas réservée aux centristes.
Regardons le PS avec ces «frondeurs» souvent ridicules et l’UMP où la triplette Sarkozy-Fillon-Juppé ne jouera certainement pas à la pétanque ensemble.
On ne parle même pas des écologistes où il est quasiment impossible de trouver deux militants qui défendent la même position.
Evidemment, on ne préfère pas le doigt sur la couture du pantalon en vigueur au Front national et qui fut l’apanage pendant longtemps du Parti communiste.
Mais tous ces gens ne militent pas dans des partis dont l’un des combats fondamentaux est le consensus pour que les différents points de vue trouvent, in fine, à se fondre dans un compromis qui permet d’avancer.
Bien sûr, Bayrou, Fromantin, Jégo, Lagarde, Morin et consorts – dans l’ordre alphabétique pour ne heurter personne! – ne sont pas les premiers au centre à s’écharper.
La rivalité Lecanuet-Duhamel était épique dans les années 1960 et 1970, pour ne citer qu’un exemple bien connu des centristes.
Mais tout cela n’est pas une excuse.
Ni d’avoir créé une «organisation coopérative» (l’Alternative pour ceux qui auraient oublié), sensée rapprocher l’UDI et le Mouvement démocrate et dont l’utilité est aujourd’hui proche de zéro.
Le plus inquiétant est que l’on ne voit pas poindre à l’horizon un leader qui serait capable d’unir tous ces centristes qui se tirent dans les pattes ou, au moins, à les faire dialoguer sereinement et intelligemment.
Jean-Louis Borloo a eu la naïveté – certains disent la niaiserie (ou était-ce de l’orgueil?) – de croire qu’il pouvait être celui-là.
On a vu comment son challenge s’est terminé.
Et, comme ça, à vu de nez, on se dit qu’il a plus de chance d’électrifier tous les villages d’Afrique et même la brousse, voire le désert du Sahara, qu’il n’en a eu de pouvoir réunir les centristes…
Tout cela serait risible si cela n’avait comme conséquence de décrédibiliser un peu plus les centristes qui, à ce rythme-là de division, ne risquent pas de figurer dans le peloton de tête en 2017.
Encore une fois.

Centristement votre.

Le Centriste



mardi 24 mars 2015

Actualités du Centre. Cacophonie au Centre sur l’attitude face au Front national et à l’UMP

Alors que l’UDI et le Mouvement démocrate se félicitent d’avoir fait alliance dès le premier tour des départementales avec l’UMP et permis ainsi à cette coalition de devancer le Front national tout en engrangeant de nombreux sièges, l’unité de façade a une nouvelle fois volé en éclats sur l’attitude à adopter au deuxième tour face à un duel entre le Parti socialiste et l’extrême-droite ainsi que sur les termes de l’alliance avec l’UMP.
Concernant le Front national, Yves Jégo, vice-président de l’UDI demande, outre l’appel à voter dans tous les cas pour le candidat républicain face au candidat de l’extrême-droite, un désistement des candidats républicains arrivés en troisième position s’il y a un candidat FN encore en lice pour le deuxième tour.
Une position qui n’est pas reprise par les présidents de l’UDI et du Mouvement démocrate, Jean-Christophe Lagarde et François Bayrou qui appellent seulement à faire barrage au FN dans le cas de duel en votant pour le candidat républicain quel qu’il soit.
Mais des voix discordantes existent comme celle d’Hervé Morin qui, lui, prône le «ni-ni» de Nicolas Sarkozy, ni appel au vote pour le FN, ni pour le PS.
Un positionnement très minoritaire dont on ne comprend pas très bien les raisons sauf à rappeler que le député de l’Eure est entré dans une opposition systématique à Jean-Christophe Lagarde qui l’a battu récemment lors de l’élection pour la présidence de l’UDI.
En outre, dans cette stratégie de différenciation, Morin s’est également déclaré, immédiatement après les résultats du premier tour des départementales, pour l’union entre l’UDI et l’UMP dès le premier tour de toutes les élections au scrutin majoritaire, dont la présidentielle et les législatives de 2017.
Là encore, il est en opposition frontale à Jean-Christophe Lagarde qui souhaite un candidat UDI au premier tour de la présidentielle.
Rappelons qu’Hervé Morin avait fondé le Nouveau centre en 2007 entre la présidentielle et les législatives pour faire l’union avec l’UMP suite à l’élection de Nicolas Sarkozy, ce qui lui avait valu d’être récompensé par le poste de ministre de la Défense dans le gouvernement de François Fillon.

En outre, il avait souhaité se présenter à la présidentielle de 2012 mais il n’avait pu obtenir les 500 parrainages pour le faire et son score dans les sondages oscillait entre 1% et 2% des intentions de vote.

lundi 23 mars 2015

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Départementales: victoire électorale mais défaite politique pour le Centre?

Le Front national n’a donc pas viré en tête lors du premier tour des départementales.
Voilà une grosse satisfaction pour tous les démocrates et les républicains dont les centristes.
Il fallait voir la hargne de Marine Le Pen après ce demi-échec pour ne pas oublier qu’elle est bien la fille de son père et le FN un parti d’extrême-droite au populisme dangereux.
Mais cette «défaite» – à 25,19% des voix, tout de même – n’est-elle pas en trompe l’œil?
C’est en effet une coalition UMP-UDI-MoDem (bien que les médias oublient de citer ce dernier parti) qui arrive en tête avec 29,4% des suffrages.
Ce n’est donc pas l’UMP qui devance le FN – ni l’UDI ou le MoDem – mais une alliance électorale de plusieurs partis.
Ce qui montre, déjà, que la menace de l’extrême-droite et du populisme est toujours là, bien présente avec un quart des électeurs qui ont voté pour elle et les 49,83% d’abstentionnistes qui en sont les associés conscients et consentants.
Mais l’on pourra dire que grâce aux centristes, le FN n’a pu savourer le fait d’être en tête même si l’on ne peut savoir quel aurait été exactement le score de l’UMP si celle-ci était partie seule au combat des urnes.
Néanmoins, ce résultat, qui va permettre après le deuxième tour aux partis centristes d’avoir de nombreux élus et de se congratuler à nouveau d’avoir choisi la bonne recette, est aussi lourde de sens en vue des présidentielles et des législatives.
Car c’est bien la stratégie de l’union de la Droite et du Centre qui a porté ses fruits et qui permet d’ailleurs aux médias comme Le Figaro de titrer sur sa une «L’UMP l’emporte» et au Monde d’écrire que c’est une «très nette victoire de l’UMP».
Dès lors, cette victoire électorale n’est-elle pas une défaite politique pour un Centre indépendant?
Le succès du trio UMP-UDI-MoDem prouve effectivement toute la justesse d’une alliance dès la premier tour (dans une grande majorité de cantons) de la Droite et du Centre.
Comment, dès lors, les leaders centristes vont-ils pouvoir expliquer la pertinence d’une candidature autonome aux présidentielles de 2017, sachant qu’un succès aux départementales est évidemment très secondaire par rapport à une victoire aux présidentielles et aux législatives.
Comment donc refuser l’alliance et la coalition dès le premier tour en 2017 et même de participer à une primaire de la Droite et du Centre dont on sait déjà que ce dernier sera le perdant?
Le piège de la candidature unique s’est-il donc refermé sur les centristes?
Bien sûr, ceux-ci diront que non et qu’il ne faut pas extrapoler les résultats de ce dimanche sur ce qui va se passer dans deux ans notamment sur le pourcentage de Marine Le Pen (qui vient d’annoncer sa candidature pour 2017) au premier tour de la présidentielle et de la possible élimination du candidat de l’UMP dans la foulée, s’il n’est pas soutenu par le Centre.
Néanmoins, analysons cette victoire et ses conséquences pour les partis centristes.
D’abord, la victoire est celle de l’UMP, parti archi-dominant dans cette coalition.
Si les partis centristes sont allés à la bataille dans une alliance avec la formation de droite, c’était pour bénéficier de sa force électorale, de ses voix.
Comment dès lors refuser cette alliance aux législatives qui suivront les présidentielles.
Et comment mieux négocier les bonnes circonscriptions sans être alliés dès le premier tour à l’UMP aux présidentielles?
Ensuite, c’est une victoire du président de l’UMP, en l’occurrence Nicolas Sarkozy.
Or, celle-ci lui donne une évidente et manifeste légitimité qui lui était encore discutée après son élection sans gloire à la tête du parti et par des sondages peu encourageants concernant sa personne.
Si cette élection est un marchepied pour le président de l’UMP, voilà qui va poser un dilemme aux partis centristes qui ne veulent pas d’une candidature Sarkozy en 2017, le Mouvement démocrate penchant fortement pour Juppé et l’UDI préférant nettement ce dernier à l’ancien président de la république mais sans doute n’importe quel autre candidat plus consensuel.
Cependant, comment dire non à celui qui vient de vous faire gagner et qui sera peut-être en tête des sondages s’il est, comme cela semble très probable, désigné candidat de l’UMP?
Si l’apport des voix centristes a été importante voire déterminante dans un certain nombre de cantons, il est difficile de le savoir exactement là où il y a eu candidature commune.
Les partis centristes ayant refusé de se compter au premier tour de ces départementales, auront ainsi du mal à mettre en balance leur poids électoral largement inconnu sur la table des négociations pour peser réellement en 2017, à la fois, sur les investitures, sur le projet et le programme politique.
Sans doute que les élections régionales où est en vigueur la proportionnelle donneront une vue meilleure de ce poids si des listes autonomes centristes sont présentées.
Mais les législatives ne sont pas à la proportionnelle…
Pour autant, il n’y a pas que des conséquences négatives à cette victoire électorale.
Mettons de côté le corollaire mécanique de celle-ci, un nombre plus important d’élus locaux et de direction de départements, et attachons-nous aux fruits politiques.
Ainsi, les centristes en permettant à l’UMP d’être le premier parti de France, ont du même coup augmenté leur capacité de négociation pour les futures élections dans le cadre d’une alliance.
S’ils ne sont pas grand-chose (électoralement) sans l’UMP, celle-ci ne peut pourtant pas se passer des partis centristes pour l’emporter nationalement.
Ces derniers ne sont donc pas sans aucune marge de manœuvre pour obtenir quelques concessions sur les investitures, les postes et les programmes.
En outre, une alliance électorale permet de gagner ensemble mais n’oblige en rien, ensuite, à un alignement total des positions des différentes composantes sur celles du parti dominant, même si cela peut ressembler parfois à de la tambouille politicienne…
Reste que cela est assez maigre si l’on veut bien se rappeler que les partis centristes parlent constamment d’indépendance, de volonté de s’affranchir du duo PS-UMP qui gouverne la France depuis plus de 30 ans, comme le rappelle constamment Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, et du vote de réformes indispensables que, ni la Droite, ni la Gauche, clientélistes et enfermées dans leurs promesses irresponsables, sont capables de mettre en route.
Enfin, si être un appendice de la Droite est une fatalité pour les leaders de l’UDI et du MoDem, il faut qu’ils aient au moins le courage de le dire à leurs électeurs.



vendredi 20 mars 2015

Une Semaine en Centrisme. Départementales: à la recherche d’élus, les partis centristes en rang derrière l’UMP

On ne peut comprendre la stratégie d’alignement et d’alliance quasi-systématique de l’UDI et du Mouvement démocrate sur et avec l’UMP pour les élections départementales dont le premier tour a lieu ce dimanche 22 mars, que dans le cadre d’une recherche par les partis centristes de la plus grande efficacité possible afin d’avoir le plus grand nombre d’élus.
Ainsi, sur 700 candidatures UDI, seules 127 sont labellisées que du parti.
Et sur 342 candidatures MoDem, une cinquantaine sont étiquetées uniquement Mouvement démocrate.
Ce qui fait que les candidatures exclusivement UDI ou Mouvement démocrate représentent moins de 10% des cantons.
Une arithmétique qui se veut réaliste mais qui pose problème.
Les partis centristes veulent reconstituer leurs réseaux d’élus locaux respectifs (très bas à l’UDI malgré la présidence de 13 Conseils généraux, famélique au MoDem) mais veulent également profiter pleinement de la probable déconfiture du PS et de l’impossibilité du FN d’avoir de nombreux élus malgré son bon score du premier tour (aux alentours de 30% dans les sondages) pour gagner de très nombreux sièges supplémentaires.
Evidemment, cela ne se fait guère sur un programme commun entre l’UMP, l’UDI et le Mouvement démocrate et cela ressemble plus à de la cuisine électorale qu’à une vision commune de la gestion des départements.
Néanmoins, pour atténuer ce malaise, on pourrait dire la même chose de tous les partis qui présentent des candidats aux départementales
Mais si ce n’est qu’une explication et pas une excuse…
Et même si les enjeux locaux existent et qu’il ne s’agit pas uniquement de comptabilité cynique.
Pour autant, ces élections démontrent par l’absurde l’absence totale de ligne et de projet politiques des partis centristes, aucune discussion de ce type n’ayant eu lieu entre eux ou entre eux et l’UMP.
A part avoir le plus d’élus possibles, on est d’accord pour être contre le PS mais même pas pour faire barrage au FN (puisque les désistements face à un duel PS-FN ne seront pas systématiques et varieront selon les partis).
Les leaders centristes affirment que cette alliance avec l’UMP démontre que le parti de droite ne peut gagner sans les centristes et que ceux-ci disposent donc d’une capacité de faire pression sur celui-ci pour faire avancer leurs thèses et leurs candidats.
En revanche, les leaders de la droite expliquent qu’il s’agit d’un ralliement pur, simple et naturel de ces centristes qui penchent à droite et qui ne sont donc qu’à leur place dans une alliance dirigée par l’UMP.
Quelle que soit la bonne explication, force est de reconnaître que l’UDI et le Mouvement démocrate ont été incapables d’aller seuls et unis au sein de l’Alternative – au fait, où est-elle cette «organisation coopérative entre les deux partis?! – à la bataille des départementales.
Cette donc à une sorte de vassalisation de fait de l’UDI et du Mouvement démocrate envers l’UMP que l’on assiste – une fois de plus – et elle pose bien des questions sur la capacité des partis centristes à avoir une réelle indépendance sauf de façade.
Tout le travail de Jean-Christophe Lagarde (UDI) et de François Bayrou (MoDem) est de prouver le contraire au-delà de discours lénifiants et peu convaincants parce que contredits systématiquement par les faits.
Ils ont encore deux ans pour persuader les Français d’une réelle indépendance du Centre ou de leur volonté d’y parvenir, ce qui n’a rien d’une évidence aujourd’hui car cela suppose prendre des risques et avoir du courage, tout ce qui manque dans leur positionnement lors de ces départementales.
Les élections régionales qui auront lieu à la fin de cette année seront peut-être un moment de plus grande indépendance grâce au scrutin proportionnel.
Mais les centristes français demeurent pour l’instant dépendants de la droite pour avoir des élus dans la plupart des élections.
Au risque de n’exister que par elle.
Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC



mercredi 18 mars 2015

Actualités du Centre. Israël – Législatives: les centristes en nombre dans la future Knesset

Benjamin Netanyahu et son parti de droite, le Likoud, ont remporté les élections législatives israéliennes alors qu’ils semblaient proches de la défaite cette dernière semaine.
En remportant 30 sièges (et 24% des suffrages) sur les 120 de la Knesset (chambre des députés), le Likoud devance la coalition de l’Union sioniste de centre-gauche (les travaillistes d’Isaac Herzog et les centristes d’Hatnuah de Tzipi Livni) qui devrait en avoir 24 (et 19% des suffrages).
De son côté, le parti centriste Yesh Atid d’Yair Lapid allié lors de la précédente législature au Likoud avant que Netanyahu rompe leur collaboration, provoquant ainsi des élections anticipées, a obtenu 11 sièges, juste derrière la coalition des partis arabes (14 sièges).
Quant au nouveau parti de centre-droit, le Koulanou de Moshe Kahlon, ancien du Likoud, il obtient 10 sièges.
Le morcellement traditionnel de la Knesset impose évidemment des alliances.
Comme leader du parti vainqueur, Netanyahu sera chargé de mettre en place une coalition gouvernementale.
Il devrait, comme il l’a annoncé avant les élections, se tourner prioritairement vers Moshe Kahlon qui fut membre de son gouvernement jusqu’en 2013.
Mais également auprès des autres partis de droite ainsi que vers les partis religieux.
Reste que les alliances politiques en Israël sont parfois très étonnantes pour les observateurs étrangers puisque l’on peut retrouver des partis juifs orthodoxes alliés avec les travaillistes.
De même, il pourrait également y avoir une grande alliance entre le Likoud et le l’Union sioniste même si cette éventualité qui a eu lieu un temps lors de la précédente législature ne semble pas à l’ordre du jour pour l’instant.

Si Netanyahu devait échouer, le rôle de former un gouvernement reviendrait alors à Isaac Herzog.

Actualités du Centre. Etats-Unis – Hillary Clinton toujours favorite des sondages

Malgré les attaques incessantes dont elle est victime de la part des républicains, de la gauche du Parti démocrate et d’une majorité des médias, Hillary Clinton demeure pour l’instant la favorite de l’élection présidentielle de 2016 et ce alors qu’elle n’a pas encore officiellement annoncé sa candidature.
La gestion de ses e-mails lorsqu’elle était secrétaire d’Etat de Barack Obama de 2009 à 2012, que ses détracteurs tentent par tous les moyens de transformer en «scandale», tout en reconnaissance qu’il n’y a pas d’illégalité dans le fait qu’elle ait gardé un e-mail personnel pour son travail (alors que la Maison blanche préconisait d’utiliser un e-mail officiel), n’a pas changé l’opinion des Américains.
Ainsi, dans un sondage Gallup réalisé après la révélation de cette «affaire», la centriste est la personnalité politique et potentielle candidate en 2016 qui est la plus connue (89% devant Joe Biden, le vice-président avec 78%, Jeb Bush avec 65% et Chris Christie, le gouverneur républicain du New Jersey avec 68%).
Surtout, elle est la seule à obtenir 50% de bonnes opinions (devant Biden avec 39%, Bush avec 35% et Christie avec 31%).
A noter que Clinton et Biden sont considérés comme des démocrates centristes, Bush et Christie comme des républicains modérés.
De son côté, CNN a publié un sondage réalisé par l’institut ORC dans lequel 53% des Américains voient favorablement Hillary Clinton et 52% d’entre eux estiment que la gestion de ses e-mails ne dit rien son caractère ou sur sa capacité à être présidente du pays.

Pour autant, dans des questions plus spécifiques, les Américains estiment à de courtes majorités que sa gestion de cette affaire n’a pas été bonne.



mardi 17 mars 2015

Une Semaine en Centrisme. Axe central: Centrisme, gaullisme, socialisme libéral ou seulement opportunisme?

L’axe central qui regroupe des hommes comme Manuel Valls, François Bayrou, Jean-Christophe Lagarde, Jean-Pierre Raffarin ou encore Alain Juppé, allant de la gauche modérée à la droite modérée pourrait bien devenir l’axe incontournable de la vie politique française dans les années à venir.
C’est dire s’il attise les appétits et amène de plus en plus d’ambitieux à s’en revendiquer afin de se l’approprier ou d’avoir une part du gâteau.
De même, chacun y vient avec sa propre définition ou son propre positionnement politique ce qui fait que cet axe central a encore, pour l’instant, des contours flous qui devraient s’éclaircir au fil du temps s’il doit aboutir, évidemment, à une coalition en bonne et due forme de tous ceux ou d’une grande partie de ceux qui s’en revendiquent.
Ce qui semble acté c’est que cet espace politique encore informel regroupe des libéraux venus de tous les horizons politiques qui prônent des réformes profondes tout en mettant en avant une modération dans la pratique politique, cette fameuse «médiété» chère au philosophe grec Aristote qui voyait en elle la plus grande vertu.
Mais tous ne viennent pas avec la même vision politique et beaucoup avec comme principale ou seule motivation de se placer au bon endroit au bon moment.
En outre, pour certains d’entre eux, il s’agit de centrisme. Pour d’autres, de gaullisme. Pour d’autres encore, d’un socialisme libéral.
Toutes ces pensées politiques différentes sont certainement solubles en une alliance mais ont de nombreuses divergences que seule la lutte contre la radicalité et l’extrémisme ne suffit pas à réduire à néant.
L’on peut aussi y voir un simple opportunisme, en tout cas, la volonté de préempter cet axe central en devenir pour ses ambitions présentes et futures.
Ce pourrait être le cas pour trois des figures les plus médiatiques de celui-ci, Manuel Valls, François Bayrou et Alain Juppé.
Personne ne remet en cause leur proximité avec le centre de la vie politique et leur attachement aux valeurs libérales, même si elles peuvent être à géométrie variable.
Néanmoins, personne ne peut nier que ces trois personnalités ont des parcours politiques différents et que des questionnements légitimes peuvent se faire sur leur attachement à cette centralité qu’ils revendiquent.
Manuel Valls, formé en tant que rocardien, reste, par exemple, attaché à une égalité qui n’est pas seulement des chances et issues de la méritocratie mais qui renvoie à toutes les luttes de la Gauche au cours du dernier siècle.
Alain Juppé, venu du néo-gaullisme est, lui, un homme souvent attaché aux pouvoirs étatiques face à la société civile et où le pouvoir central conservent de très importantes prérogatives face aux pouvoirs locaux.
François Bayrou est certainement celui qui a le plus de légitimité à se trouver sur cet axe central mais également celui qui suscite le plus grand nombre d’interrogations!
Démocrate-chrétien et centriste revendiqué à l’UDF, il entame un virage social-démocrate lors de la création du Mouvement démocrate après les présidentielles de 2007 puis un virage gaulliste pour les présidentielles de 2012 avant de revenir vers le centre-gauche puis de se positionner au centre-droit et à revenir aux alliances avec la Droite.
Actuellement, il est difficile de définir très exactement le lieu politique de Bayrou et ce qu’il prône.
Et même si c’est le cas également pour Valls et Juppé, les nombreux allers-retours du président du Mouvement démocrate troublent quelque peu son image.
En outre, que ce soit pour Juppé ou Bayrou, tout comme la social-démocratie, le gaullisme n’est pas central même si c’est ce qu’aurait voulu le faire croire le Général de Gaulle en quête d’un consensus national extrêmement large qu’il n’a pu en fait réaliser que pendant une courte période à la Libération.
Bien sûr, que ce soit pendant la Deuxième guerre mondiale, à la Libération ou lors de son retour aux affaires en 1958, il est vrai que des gens de gauche et du Centre l’ont rejoint.
Mais il est tout aussi vrai que le gaullisme a été principalement un mouvement de droite ce que les présidentielle de 1965 ont démontré avec éclat (avec François Mitterrand et Jean Lecanuet) puis les événements de mai 1968, sans parler de ce qui s’est passé ensuite avec les héritiers revendiqués du gaullisme, Georges Pompidou, Jacques Chirac et même Nicolas Sarkozy.
Par ailleurs, on voit bien que c’est au nom d’un large rassemblement que Valls, Bayrou et Juppé se positionnent sur l’axe central.
Mais ils confondent alors souvent une sorte d’union nationale ad minima (tous les modérés contre les extrémistes de chaque côté) et cet axe central.
Ce faisant, ils participent à lui donner ses contours flous actuels.
Dès lors, il faudra sans doute attendre les projets politiques – qui tardent mais comme toujours –, plus sûrement les programmes électoraux en vue de la prochaine élection présidentielle (et les éventuelles négociations sur ceux-ci en vue de rapprochements) des personnalités qui veulent rassembler autour de l’axe central pour savoir si, au-delà de discours, de postures et de proximités affirmées, il y a possibilité de contrat de gouvernement pour 2017, voire pour 2022.
Ou s’il n’y avait là qu’opportunisme même si, au-delà de celui éventuel des différents protagonistes, l’axe central a bien une véritable existence politique.
Mais il se pourrait, comme souvent dans la politique, qu’il n’y ait pas d’hommes ou de femmes capables de l’incarner.
Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC
Jean-Louis Pommery
Directeur des études du CREC



Actualités du Centre. Grande-Bretagne – Législatives: les centristes en grand danger

7%, tel est le pourcentage d’intentions de vote que les instituts de sondage donnent aux Libéraux-démocrates (Lib-dem), le parti centriste britannique aux prochaines législatives de mai.
Le problème c’est qu’en 2010, aux précédentes élections, le parti du vice-premier ministre actuel, Nick Clegg, avait obtenu 24% des suffrages et avait été faiseur de roi en décidant de s’allier avec les Conservateurs de David Cameron contre les Travaillistes de Gordon Brown, alors même que politiquement parlant, son électorat mais aussi ses militants étaient souvent plus à gauche que le courant «third way» (troisième voie) du Parti travailliste dont le leader était Brown…
La décision de s’allier avec la Droite payait immédiatement puisque les Lib-dem obtenaient le poste de vice-premier ministre ainsi que la tête d’autres ministères importants et qu’un accord de gouvernement conclu avec les Conservateurs devait garantir qu’un certain nombre des thèses des centristes seraient retenues, notamment un ancrage plus important dans l’Union européenne ou la mise en place d’une dose de proportionnelle dans les élections législatives qui sont actuellement uninominales et majoritaires à un tour.
En réalité, le programme des Libéraux-démocrates fut passé à la trappe petit à petit, suscitant un mécontentement des leaders du parti et des militants mais surtout des électeurs.
Ainsi, élection après élection, les scores du parti s’effondrèrent et certains peuvent même penser qu’à 7%, il s’en tire plutôt bien (rappelons qu’aux élections européennes de 2014 il n’a été capable que de gagner 1 siège sur les 73 accordés au Royaume Uni).
Pourtant, Nick Clegg et ses troupes iront à la bataille avec les Conservateurs en espérant une nouvelle victoire de la coalition.
Il défend le bilan du gouvernement actuel en expliquant que les réformes et l’austérité sévère étaient nécessaires.
Les projections de siège donnent entre 25 et 35 sièges de députés (contre 56 actuellement sur un total de 650) aux Libéraux-démocrates ce qui pourrait leur permettre d’être indispensable aux conservateurs pour garder le pouvoir.
Toutefois, le parti ne s’interdit pas une éventuelle coalition avec les Travaillistes s’il venait à l’idée de David Cameron de gouverner avec le parti de la droite radicale et anti-européen, UKIP.
Mais cela seulement si la gauche refusait, elle, de gouverner avec le SNP, le parti indépendantiste écossais.
Selon Nick Clegg, «les Libéraux Démocrates sont là pour rester» afin de «maintenir la Grande-Bretagne unie et défendre l'intérêt général».
Il a affirmé se battre pour «un Royaume-Uni décent, modéré et tolérant» ainsi que de rejeter «tous les populismes» et de faire tout ce qui est possible afin d’empêcher les deux grands partis de gouverner avec «leurs extrêmes».

Il a également promise de mettre un terme à l'austérité dans les trois ans, tout en réduisant encore les impôts, en protégeant l'environnement, en investissant dans la santé et dans l'éducation.

lundi 16 mars 2015

Actualités du Centre. Espagne - L’émergence du parti centriste Cuidadados

Après l’échec et la dissolution de l’Union du centre démocratique dirigée par Adolfo Suarez dans les années 1980, coalition hétéroclite et minoritaire qui avait gouverné l’Espagne nouvellement démocratique après la chute du régime franquiste, pendant longtemps, il n’a pas existé de parti du Centre digne de ce nom en Espagne, les courants centristes s’étant développés dans le Parti populaire (droite) et le PSOE (gauche).
Cette donne politique pourrait changer depuis que Cuidadados (qui signifie Citoyens encore appelé Partido de la Ciudadanía, Parti de la citoyenneté), un parti créé en 2006 en Catalogne et dirigé par Albert Rivera, monte inexorablement dans les sondages ces derniers mois en vue des législatives qui se tiendront à la fin de cette année.
Ne possédant actuellement que très peu d’élus dont aucun député, la formation centriste est créditée de 18,4% des intentions de vote dans un dernier sondage, ce qui en fait, potentiellement la quatrième force politique du pays derrière les conservateurs, les socialistes et le nouveau parti populiste, Podemos, issu des manifestations de rue comme l’occupation de la Puerta del Sol à Madrid en réaction à la grave crise économique que connaît le pays ces dernières années.
En février, les sondages ne lui donnaient qu’autour de 12% des voix.
Les instituts d’opinion donnent généralement les socialistes du PSOE vainqueurs des prochaines législatives mais sans majorité absolue.

Une coalition avec Cuidadados serait alors envisageable.

samedi 14 mars 2015

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Le tripartisme FN-PS-UMP annonce une «tricoalition» Droite-Centre-Gauche

Le tripartisme qui se met en place lentement depuis 2002 et la présence improbable de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle n’est qu’une étape vers une recomposition plus profonde de l’échiquier politique qui devrait, à terme, se décliner en une «tricoalition» Droite (droite radicale et extrême-droite)-Centre (axe central avec sociaux-libéraux, libéraux sociaux et libéraux réformistes)-Gauche (gauche radicale et extrême-gauche).
La France, ici, ne ferait que se fondre dans ce mouvement plus large qui touche la plupart des pays démocratiques, à des vitesses de changement variables.
En Allemagne, sur les flancs de la coalition centriste CDU-SPD, il y a Die Linke, le parti de la gauche radicale et désormais l’afD (Alternative für Deutschland), parti de la droite radicale.
Au Royaume Uni, la recomposition est moins visible même si face à la coalition conservateurs-libéraux, on trouve désormais l’UKIP, parti de droite radicale voire d’extrême-droite mais, de l’autre côté, le Parti travailliste est toujours scindé en deux avec un courant centre-gauche (souvent plus à droite que les libéraux!) et un autre gauche-gauche.
Aux Etats-Unis, la droite radicale du Parti républicain fait pendant à la gauche du Parti démocrate alors qu’un espace central existe qui permet à Barack Obama d’avoir été élu à la Maison blanche et fait d’Hillary Clinton la favorite pour la présidentielle 2016, tous deux étant centristes.
Et les excès des radicaux du Parti républicain, devraient, tôt ou tard, amener les plus modérés de cette formation à se rapprocher des modérés du Parti démocrate.
En Espagne, on assiste à l’émergence d’une gauche radicale avec le parti Podemos mais aussi d’un Centre avec le parti Ciudadanos face aux conservateurs du Parti populaire et à la gauche traditionnelle du PSOE, tous deux en perte de vitesse.
Et ce ne sont que quelques exemples parmi d’autres.
Mais ne nous y trompons pas, l’alternative gauche-droite qui a dominé la vie politique depuis le début de la V° République n’a jamais consisté en un bipartisme.
Deux exemples.
Ainsi, en 1978 et en 1986, la victoire de la «droite» face à la «gauche» est celle du RPR et de l’UDF face au PS et au PC.
En 1981, la victoire de la «gauche» sur la «droite» est celle du PS et du PC sur le RPR et l’UDF.
Ce que montre la montée actuelle du FN, c’est la possibilité d’un match à trois qui préfigure celui qui opposera les coalitions droite radicale-extrême-droite, gauche modérée-centre-droite modérée, gauche radicale-extrême-gauche.
Bien entendu, des inconnues subsistent pour savoir comment le régime de la V° République peut s’adapter à cette recomposition du paysage politique.
Prenons le cas où la coalition centrale occupe le siège de président de la république et possède le plus d’élus à l’Assemblée nationale sans avoir la majorité.
Elle pourrait alors être en charge des affaires même avec un gouvernement minoritaire face à la coalition de droite et la coalition de gauche même si des alliances ponctuelles entre ces deux extrêmes pourraient avoir lieu sur certaines questions mais sans doute pas sur un contrat de gouvernement qui leur permettrait d’être une alternative.
Reste que ce pourrait être les institutions qui seraient amenées à changer face à cette nouvelle donne politique avec l’établissement d’une proportionnelle intégrale ou d’une dose forte de celle-ci pour les législatives et une prime à la coalition arrivée en tête afin qu’elle puisse gouverner en disposant d’une majorité à l’Assemblée nationale comme cela se fait dans certains pays déjà.
Quoi qu’il en soit, l’émergence de cette «tricoalition» en France et dans d’autres pays devrait avoir lieu mais, surtout, elle est hautement souhaitable.
Elle permettrait enfin de clarifier le débat politique au moment où les pays démocratiques et républicains doivent faire face à des enjeux capitaux pour leur avenir.
Et, sans doute, «débarrassées» de leurs alibis modérés et responsables, la droite et la gauche radicales ainsi que leurs alliés extrémistes montreraient finalement leurs irresponsabilités et leurs clientélismes qui conduisent, petit à petit, la France dans la pente si dangereuse d’un populisme qui n’a jamais donné rien de bon et qui se fracasse tôt ou tard contre le mur indestructible des réalités.

Espérons que cette recomposition ne tardera pas trop.


mercredi 11 mars 2015

Actualités du Centre. Alain Juppé se positionne pour la conquête du «cœur central»

Dans une interview au magazine l’Express, Alain Juppé revient sur son positionnement politique.
Il explique ainsi qu’il est un adepte de la «vertu de modération» prônée par Montesquieu en ajoutant, «c’est plus facile de se porter aux extrêmes et de caricaturer que de pondérer ses jugements» estimant que «la modération est une discipline, pas un facilité», sentence que ne renierait aucun centriste.
En outre, le maire de Bordeaux revient sur l’émergence possible d’un axe central qu’il préfère appeler un «cœur central».
«Beaucoup de clivages sont dépassés, affirme-t-il. Il y a une extrême-droite, une gauche radicale; c’est entre les deux que les choses seront peut-être possibles. (…) Je ne crois pas au débauchage individuel; François Mitterrand puis Nicolas Sarkozy s’y sont essayés, cela n’a pas marché. Cela doit se faire – et ce sera l’un des enjeux de l’élection de 2017 – sur un projet: après une présidentielle gagnée, lors de législatives: est-on capable, à ce moment-là, de faire un rassemblement du cœur central?

On comprend bien que c’est autour de cet axe ou ce cœur qu’Alain Juppé tente de dégager une majorité qui pourrait sa majorité présidentielle s’il était élu en 2017.

mardi 10 mars 2015

L’Humeur du Centriste. Oui le FN est dangereux, oui ses électeurs en sont responsables et oui il faut le dire

La fameuse pratique du grand écart, «le Front national est un parti d’extrême-droite, il n’est pas républicain et ses thèses sont dangereuses mais ses électeurs ne sont que de pauvres brebis égarées et trompées que l’on va remettre dans le droit chemin», est, non seulement, une faute des politiques qui le prétendent mais également totalement contre-productif.
Car cette stratégie de diaboliser le parti d’extrême-droite tout en ne trouvant que des excuses à ceux qui votent pour lui, fait qu’aujourd’hui, la «dédiabolisation» constante du vote en sa faveur donne des sondages où 30% des électeurs s’apprêtent à mettre un bulletin FN dans l’urne des départementales puis des présidentielles.
Beau résultat pour les stratèges politiques qui nous rabâchent ce discours depuis des années…
De plus, il permet aux thèses d’extrême-droite d’être légitimées, non par les discours du FN mais par l’adhésion de ses électeurs qui auraient bien des raisons compréhensibles de se tourner vers un vote extrême.
Il est temps, enfin, de dire que les électeurs du FN sont tout aussi responsables des paroles et des actes du parti d’extrême-droite que ses leaders.
C’est ce que disent les principes mêmes de la démocratie républicaine où l’électeur choisit les représentants qui sont le plus proches de ce qu’il pense.
Dit-on des électeurs du PS, de l’UMP, de l’UDI ou du Mouvement démocrate qu’ils ne savent pas ce qu’ils font?
Les excuse-t-on pour leur vote et tente-t-on de déresponsabiliser leur décision en leur trouvant toutes les excuses possibles et imaginables?
Qu’il s’agisse d’un vote d’adhésion au Front national, d’un vote de protestation contre les partis traditionnels, voire même d’une abstention de dépit ou de mauvaise humeur (qui gonfle le score du FN en toute connaissance de cause), c’est bien d’irresponsabilité que l’on doit parler ici.
Et oui, cela est effrayant si l’on est démocrate.
Et oui on peut avoir «peur pour son pays» qu’il se «fracasse contre le Front national» comme l’a dit Manuel Valls.
Que sa sortie médiatique soit aussi un coup de com et une tentative de remotiver ses électeurs, c’est assez probable.
Qu’il n’ait pas mis directement les électeurs de FN devant leurs responsabilités, c’est dommage.
De même, Manuel Valls serait plus crédible s’il estimait que s’allier avec l’extrême-gauche anti-démocratique (Parti communiste compris) est tout aussi irresponsable que de s’allier avec l’extrême-droite et que le PS se refuse désormais à le faire.
On ne peut pas faire le tri entre les extrémistes dont le but ultime est d’abattre la démocratie libérale.
Mais la réalité est là.
Et les centristes, qui doivent être sans répit défenseurs intransigeants de la démocratie républicaine libérale, ne devraient pas railler le message du Premier ministre comme ils ont été plusieurs à le faire, de François Bayrou à Jean Arthuis, eux qui, par le passé, ont eu au sein même de l’UDF nombre de brebis galeuses, de Jacques Blanc (Languedoc-Roussillon) à Charles Million (Rhône-Alpes) en passant par Charlie Baur (Picardie) ou Jean-Pierre Soissons (Bourgogne) qui se sont alliées au Front national.
Entendez-moi bien, personne ne dit qu’il faut condamner à perpétuité du sceau de l’infamie tous ceux qui ont été un jour où l’autre, membres, sympathisants ou électeurs du FN.
Personne ne dit que ces personnes deviennent des pestiférés irrécupérables.
Mais, tout aussi clairement, tant qu’ils sont membres, sympathisants ou électeurs de l’extrême-droite, les humanistes et les défenseurs de la démocratie républicaine ont le devoir de dire et d’écrire que ceux qui permettent au FN de se trouver là où il est et peut-être encore plus haut demain, se trompent de chemin, qu’ils sont dans l’erreur, qu’ils représentent un danger pour la France et qu’il faut donc les combattre politiquement parlant sans répit.
Ou alors tout est relatif, tout est identique et personne n’est responsable.
Si c’est le cas, il faut le dire mais cela ne sera jamais la manière de voir du Centrisme.

Centristement votre.

Le Centriste



dimanche 8 mars 2015

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Jean-Christophe Lagarde, danger potentiel pour le Centre et l’UDI?

Une des mises en garde répétées d’Hervé Morin, de Jean-Christophe Fromantin et de leurs amis respectifs avant, pendant et après l’élection de Jean-Christophe Lagarde au poste de président de l’UDI a été de dénoncer sa dangerosité sur la pérennité de la formation de centre-droit mais aussi sur ce qu’est et doit être le Centre, pointant ses pratiques, selon eux peu orthodoxes, voire de voyou, mais aussi une parole qui souvent dérape.
Quelques mois après son intronisation, certains éléments du discours et des actes de Lagarde laissent penser qu’ils n’avaient pas tout à fait tort.
L’impression que donne le président de l’UDI est double.
D’une part, celle d’une volonté d’imposer l’UDI et sa personne dans le débat politique à tout prix.
Voilà qui n’est pas négatif si l’on pense que le parti a un très important déficit de crédibilité dans l’opinion publique et que lui-même a un déficit de notoriété encore plus important.
Sans oublier que le Centre est aujourd’hui incarné, pour la plupart des gens, par François Bayrou, président du Mouvement démocrate, mais par aucune personnalité de l’UDI depuis la retraite politique de Jean-Louis Borloo, comme vient de le rappeler un sondage sur les personnalités qui feraient un «bon président» où Lagarde, certes apparaît mais dans les derniers du classement.
Dans cette optique, l’opposition frontale face à l’extrême-droite et au FN permet de positionner l’UDI comme la formation la plus pugnace contre leurs thèses et de donner de la visibilité médiatique à son président, le tout dans une légitimité sur le combat contre l’extrême-droite qui ne souffre aucune discussion.
Et puis, bousculer par une agressivité au bon sens du terme les situations acquises, tant à droite qu’à gauche qu’à l’intérieur même des partis centristes où certains notables locaux ont tout verrouillé au mépris de toute dynamique, est salutaire.
D’autre part, celle d’un homme qui est dans la surenchère systématique et dans la réaction virulente plutôt que dans l’échange d’arguments.
Après son élection à la tête de l’UDI, on pensait qu’il adopterait un profil plus consensuel que celui qu’on lui connaissait depuis des années à l’UDF puis au Nouveau centre et enfin à l’UDI et qui a poussé beaucoup de dirigeants de cette dernière à soutenir Hervé Morin pour la présidence de la formation de centre-droit.
Pas du tout. A plusieurs occasions, Jean-Christophe Lagarde a sur-réagi à une situation ou à une critique, faisant écho à ses humeurs dénoncées par ses opposants ainsi qu’à son surnom de «Sarkozy du 9-3», «compliment» donné, entre autres, par ses «amis» (critiques) UMP du département...
Ce fut le cas, dès sa prise de fonction de président de l’UDI, lorsqu’il a traité sans aucune preuve de «menteur» le secrétaire général de l’Elysée, Jean-Pierre Jouyet, lors de la polémique sur les propos tenus par François Fillon à l’encontre de Nicolas Sarkozy, une charge qui n’avait strictement aucun intérêt politique, ni pour lui, ni pour l’UDI, ni pour le Centre  –  il suffisait qu'il dise qu'il s'agissait d'une histoire entre le PS et l'UMP  –  mais qui semblait être un acte d’autorité (pour s’imposer) et de reconnaissance (pour exister).
Cela a été le cas sur la loi Macron qu’il a critiqué sans cesse et sans nuance alors qu’elle contenait, aux dires mêmes de plusieurs membres éminents de son parti, nombre de mesures positives que prônent, en plus, les centristes
Bien avant même de pouvoir savoir si la loi était amendable, il a déclaré qu’il ne la voterait pas quoiqu’il arrive.
Une posture d’opposition systématique qui le renvoie à son statut de second couteau qu’il a connu et qu’il a détesté de l’UDF à l’UDI et qui le faisait ruer dans les brancards plus que de nécessité.
Cela vient, à nouveau, d’être le cas sur le conflit en Syrie à propos de la visite d’un sénateur de son parti à Damas pour rencontrer Bachar Al-Assad.
Dans le dernier cas, non seulement, il a légitimé le voyage de François Zocchetto (en accord avec les sympathisants de son parti selon un sondage) en expliquant même qu’il faudra un jour reparler avec le dictateur syrien.
Mais, afin de contrer les critiques qui se sont multipliées sur cette visite à un boucher sanguinaire, il en a rajouté plus que de mesure en en profitant, comme l’ont noté les médias, à être le seul représentant d’un parti républicain à critiquer la conduite de la guerre contre Daesh (ou organisation de l’état islamique) et d’attaquer François Hollande directement pour sa soi-disant incohérence dans sa position dans ce conflit.
Si ses efforts pour donner une exposition à l’UDI et à son président doivent être salués, sa technique du bulldozer qui tire sur tout ce qui bouge pour faire le buzz ou pour avoir un diplôme de bon opposant ou encore pour être continuellement dans le rapport de force peut avoir, in fine, l’effet inverse de celui recherché.
Car Jean-Christophe Lagarde n’est pas là pour séduire les électeurs de la droite radicale et extrême et encore moins leurs militants.
Sa base, ce sont des électeurs qui refusent le plus souvent une vision d’opposition basique, un manichéisme partisan et l’absence de nuances, même s’ils sont de droite modérée et dont il doit s’attacher les votes en montrant son sérieux et sa responsabilité.
Aujourd’hui, peut-être, nombre d’entre eux sont séduits par un discours vigoureux qui permet au Centre de se faire – parfois – entendre.
Mais plus il sera martelé, avec les dérapages inéluctables qu’il comporte, plus il sèmera le doute chez les Français et, surtout, les sympathisants centristes.
Plus il continuera à adopter la stratégie médiatique d’un Sarkozy, plus il brouillera le message du Centre.
A ce moment là, si Jean-Christophe Lagarde n’a pas changé de style, forme et contenu compris, alors oui, il peut devenir dangereux pour l’UDI et le Centre, ouvrant, par ailleurs, un boulevard à François Bayrou qui n’en demande pas tant mais qui connaît bien l’homme.
Espérons qu’il saura cultiver ses qualités et corriger ses défauts pour être un digne représentant du Centre.
Il pourrait prendre exemple sur Yves Jégo, candidat malheureux à la présidence de l’UDI, dont les déclarations sont souvent justes «centristement» parlant ces dernières semaines, lui qui fut un inconditionnel de Sarkozy…
Et ça tombe plutôt bien puisque Jégo et Lagarde sont alliés au sein de la majorité qui gouverne l’UDI.


jeudi 5 mars 2015

L’humeur du Centriste. Bayrou entre le compagnonnage avec Juppé et un destin historique

François Bayrou affirme jouer la carte Alain Juppé pour 2017.
Il vient encore de le répéter à la télévision en estimant que l’ancien premier ministre de Jacques Chirac est «pour l’heure», le meilleur candidat pour la prochaine présidentielle.
Evidemment, beaucoup n’en croient pas un mot et Bayrou, lui-même, a déjà déclaré publiquement ainsi qu’en privé qu’il pensait que Juppé ne serait pas investi par l’UMP, ce qui lui permettrait d’y aller.
De plus, l’effet Juppé pourrait également faire «pschitt!» comme ce fut le cas, par le passé, pour de nombreux favoris des médias et des sondages.
Enfin, rien ne dit que le programme électoral de Juppé sera Bayrou-compatible.
Mais il est un élément essentiel qui milite en faveur d’une candidature Bayrou quoi qu’il arrive: son entrée dans l’histoire.
Pour le président du Mouvement démocrate, la seule façon d’y tenir la place qu’il estime être la sienne, est de passer par la case Elysée.
Sinon, que restera-t-il de son parcours politique?
Un passage au gouvernement comme ministre de l’Education, un poste député des Pyrénées-Atlantiques et d’avoir été le maire de Pau.
De même, avoir été président de l’UDF puis du Mouvement démocrate.
Ainsi que l’auteur de quelques livres.
Et évidemment d’avoir été trois fois candidats à la présidentielle avec une troisième place en 2007.
Beaucoup s’en contenterait mais pas François Bayrou.
D’abord parce que son passage gouvernemental n’a guère laissé de souvenirs marquant.
Idem pour sa présidence de l’UDF qui a fait passer le parti de près de 150 députés à trente et sa présidence du Mouvement démocrate où il n’a pu réussir mieux que d’avoir trois députés.
Ensuite parce que l’homme a des ambitions plus élevées et veut peser sur le devenir de son pays, ce qui n’a pas encore été le cas.
Et la seule façon pour lui d’y parvenir, c’est la présidence de la république, véritable obsession au même titre que pour d’autres hommes et femmes politiques, qui lui donnera, pense-t-il, la possibilité de réaliser de grandes choses à la manière d’un De Gaulle, son modèle, dans une période délicate et cruciale pour le pays, selon lui.
Alors, aujourd’hui, Alain Juppé est à la fois celui qui peut lui permettre de retrouver des ambitions (pourquoi ne pas être, en effet, le premier ministre d’un président Juppé?) mais aussi celui qui est en train de les brider en l’empêchant de réaliser son destin, celui qu’il croit avoir.
Dans ce schéma un tant soit peu schizophrène, François Bayrou table tout autant sur la victoire de Juppé que sur sa défaite…
Drôle de tandem où l’un (Juppé) a, à la fois, besoin du soutien de l’autre (Bayrou) tout en le minimisant continuellement, et l’autre a l’espoir, à la fois, que son partenaire soit assez fort pour aller jusqu’au bout de son aventure et qu’il en soit empêché.
Il y a vraiment des amitiés bien bizarres dans la politique…

Centristement votre

Le Centriste