mardi 31 mars 2015

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. La tricoalition, une cohérence et une clarification politiques saines pour la démocratie

Le tripartisme – et non une tripolarisation comme certains l’affirment – qui est sorti du premier tour des élections départementales (puis confirmé par les résultats du deuxième tour) et qui vient après la victoire du FN aux élections européennes; le «ni-ni» prônée par le président de l’UMP alors que son principal opposant à l’intérieur du parti est un adepte du désistement républicain, tout comme le premier ministre actuel mais qui n’a pas convaincu l’ensemble des électeurs socialistes, loin de là; l’existence des frondeurs au PS qui lorgnent plus sur une alliance avec le Front de gauche qu’avec les centristes alors qu’à l’UMP certains trouvent que le FN n’est pas aussi infréquentable et le mot «centriste» plutôt une moquerie voire une insulte: tout ce que je viens de dire et d’autres choses encore concourent à la création à terme d’une tricoalition (qui alors sera l’expression d’une tripolarisation droite-centre-gauche pour faire simple) qui aurait l’immense mérite, dans une démocratie comme la France, d’insuffler de la cohérence et de la clarification dans le débat politique et dans les choix de société au profit et dans le respect des citoyens-électeurs.
Ainsi, il semble aujourd’hui cohérent de réunir la droite dure et radicale de l’UMP (ainsi que de groupuscules issus de celle-ci comme celui de Nicolas Dupont-Aignan) avec le Front national, les frondeurs socialistes avec le Front de gauche et les sociaux-libéraux du PS (et ceux des Radicaux de gauche et une partie des écologistes) avec les libéraux-sociaux du Centre et les gaullo-réformistes de l’UMP.
Mais il ne s’agit pas – encore ou jamais? – de créer trois nouveaux partis mais bien d’un paysage politique à triple coalition sachant que, pour l’instant, ces nouveaux blocs ne sont pas monolithiques même s’ils ont assez de convergences internes pour être, chacun, une alliance électorale où ses composantes partagent de nombreux points de vue identiques sur la politique à mener.
Si la gauche du PS garde des différences avec le Front de gauche tout comme la droite dure de l’UMP avec le Front national, leur proximité dans nombre de domaines et sur des questions précises est évidente, en tout cas plus évidente que la proximité avec les ailes modérées des mêmes partis.
Quant aux sociaux-libéraux du PS et aux gaullo-réformistes de l’UMP, ils sont capables de trouver des points de convergence pour un programme de gouvernement avec la nécessaire présence des libéraux sociaux du Centre qui en sont le lien obligé, tout en gardant entre eux de notables différences.
Cette nouvelle architecture politique aurait le mérite de la clarification et d’éviter les grands écarts ridicules auxquels plus aucun électeur ne croit réellement lorsqu’un Nicolas Sarkozy ou un Manuel Valls prétendent s’adresser à toute la droite ou à toute la gauche républicaines alors que les différentes composantes de celles-ci ne partagent plus, concrètement, les mêmes objectifs, ni les mêmes références politiques et, parfois, les mêmes valeurs.
En outre, cela éviterait aux centristes de devoir critiquer les bonnes mesures venues des sociaux-libéraux de gauche tout en actant leur vraie proximité – et non seulement électorale – avec cette partie de la droite réformiste sans pour autant accepter à contrecœur le discours de la droite radicale conservatrice.
D’aucuns prétendront que cette nouvelle donne politique sera difficile à mettre en œuvre.
C’est fort probable que si elle accouche, ce sera dans la douleur.
Mais si l’on regarde ce qui se fait à l’étranger actuellement, on assiste de l’Espagne à la Grèce en passant par l’Italie mais aussi en Allemagne ou aux Pays Bas à des bouleversements dans le paysage politique du même ordre que celui qui se dessine en France sans que l’on sache exactement s’ils iront jusqu’au bout et/ou s’ils seront durables.
D’autres estimeront que la présence d’éléments modérateurs au PS et à l’UMP est préférable à des blocs plus radicaux tant à droite qu’à gauche.
C’est vrai que ces modérés du PS et de l’UMP empêchent souvent ces deux partis de dériver vers la radicalité dure et de défendre des positions idéologiques extrêmes, démagogiques, populistes et clientélistes.
Néanmoins, l’on peut voir cela différemment en estimant que les deux radicalités qui existent tant à l’UMP qu’au PS seraient, dans le cas de la tricoalition, des éléments modérateurs s’ils s’alliaient (et non se fondaient) avec le Front national et le Front de gauche, permettant au débat démocratique d’y gagner en transparence et en rationalité, ce qui serait un plus pour les citoyens et les électeurs.
Reste que transparence et rationalité, cohérence et clarification ne sont pas des qualités naturelles du débat politique…


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