mercredi 1 octobre 2008

Une semaine en centrisme. Quand Nicolas Sarkozy prend des accents gaulliens et... centristes!

Comme son maître et mentor, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy a toujours été un pragmatiste, voire un opportuniste en politique. Cette qualité (pragmatisme) ou ce défaut (opportunisme), il en a joué tout au long de sa carrière. Entré en politique par attachement aux idées gaullistes d’un capitalisme au service de l’ambition nationale, il se fait le chantre du libéralisme américain au début des années 2000. Il est celui qui offre, dès son élection, des cadeaux fiscaux aux plus riches dans la pure tradition de la théorie libérale la plus libertarienne mais il est également celui qui fait intervenir l’Etat au moment où Alstom est en passe de mettre la clé sous la porte ou qui fait promettre au PDG de Renault, Carlos Goshn de ne pas fermer l’usine de Sandouville.
La crise financière n’a évidemment pas dérogé à cette règle d’alternance de professions de foi libérales et d’interventionnisme étatique. Voilà qu’après un début de quinquennat placé sous la libéralisation des énergies entrepreneuriales, il demande maintenant une forte régulation du capitalisme en fustigeant les financiers dont les agissements irresponsables ont conduit à la crise financière actuelle.
C’est de bonne guerre, dira-t-on, d’autant que l’ensemble de la classe politique mondiale, de droite ou de gauche, fait à peu près la même chose et que même George W. Bush élabore la politique la plus interventionniste des Etats-Unis depuis la présidence de Franklin Roosevelt. Néanmoins, ce qui est intéressant dans le discours qu’il a prononcé récemment à Caen ce sont, non seulement, les accents gaulliens qu’il a pris mais également les accents centristes…
Ecoutons-le : « C’est une certaine idée de la mondialisation qui s’achève avec la fin d’un capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l’économie et avait contribué à la pervertir. L’idée de la toute-puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, cette idée de la toute puissante du marché était une idée folle. L’idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle. » Voilà pour l’enterrement des nouveaux dogmes du libéralisme qui s’étaient imposés ces dernières décennies de chaque côté de l’Atlantique grâce à l’école de Chicago et à Milton Friedman.
Que faire alors ? Nicolas Sarkozy propose rien de moins de que « refonder le capitalisme ». Il faut « le refonder sur une éthique, celle de l’effort, celle du travail, à retrouver un équilibre entre la liberté nécessaire et la règle, entre la responsabilité collective et la responsabilité individuelle. Il nous faut un nouvel équilibre entre l’Etat et le marché. (…) Un nouveau rapport soit s’instaurer entre l’économie et la politique (…). » Cette refondation ressemble furieusement aux thèses centristes d’un libéralisme social et d’un juste équilibre à trouver pour conduire une politique responsable et harmonieuse. Car, effectivement, le capitalisme débridé qui a cours depuis la présidence de Ronald Reagan aux Etats-Unis au début des années 1980 a montré qu’il pouvait produire de la richesse mais à un prix économique et social très élevé qui a des conséquences désastreuses sur la nécessaire solidarité qu’une société se doit d’avoir envers tous ses membres. Le Centrisme le dit depuis longtemps. Mais il ne suffit pas que Nicolas Sarkozy le dise. Il faut maintenant qu’il le fasse car, lui, il est au pouvoir …
Alexandre Vatimbella & Jean-Louis Pommery
Directeur du Crec & Directeur des études du CREC

Actualités-France

Le Nouveau Centre veut être « l’aiguillon social et réformiste » de la majorité


Le Nouveau Centre (NC) a affiché sa volonté d'être l'"aiguillon social et réformiste" de la majorité, mardi à Beaune (Côte-d'Or), dans un contexte de crise qui a conduit le Premier ministre François Fillon à réitérer son appel à l'unité nationale. Lancées lundi soir par un dîner qui a réuni une dizaine de ministres, ces rencontres parlementaires ont été dominées par la tourmente financière, après le plan de sauvetage de plus de 6 milliards d'euros annoncé dans la matinée par Paris, Bruxelles et Luxembourg pour sauver le « bancassureur » franco-belge Dexia. "Cette crise est la plus profonde que le monde ait connue depuis les années 30", a déclaré le chef du gouvernement, qui a clôturé la journée. "La situation réclame du sang-froid et de la ténacité. Elle réclame aussi l'unité nationale". Le président du Nouveau Centre, Hervé Morin, ministre de la Défense, venait d'appeler les parlementaires de son parti (23 députés, 8 sénateurs, une députée européenne) à apporter au gouvernement "un appui irréprochable dès lors qu'il s'agit de réformes utiles au pays". Car "c'est en poursuivant le rythme des réformes que nous atteindrons les alizés porteurs", a-t-il affirmé. Les responsables du NC ont en particulier rappelé leur soutien de longue date à la réforme de l'Etat - "le meilleur moyen de lutter de façon pérenne contre les déficits" - et à "la fusion des départements et régions". En réponse à l'appel de M. Fillon, Maurice Leroy, porte-parole du NC, a déclaré à l'AFP qu'il souhaitait que le président de la République, "garant de l'unité nationale", reçoive "à l'Elysée les dirigeants de toutes les formations politiques" représentées au Parlement. Dans la matinée, le député Nicolas Perruchot avait souhaité que Nicolas Sarkozy "s'exprime devant tous les parlementaires dans les heures qui viennent sur la crise". François Sauvadet, président du groupe NC à l'Assemblée (23 députés), a insisté sur la nécessité de continuer, "y compris dans ce contexte de récession", la lutte contre les déficits publics. Tout en défendant le "partenariat" avec l'UMP, il a réaffirmé la volonté du Nouveau Centre d'assumer sa "différence", et d'être davantage pris en compte par son partenaire de la majorité, dont il veut être "l'aiguillon social et réformiste, face aux conservatismes de gauche comme de droite". "La loi du nombre ne peut, à elle seule, s'imposer dans nos groupes parlementaires", a-t-il affirmé, appelant le groupe UMP à "jouer collectif". Argument entendu par François Fillon, qui a promis d'aider à "maintenir les équilibres, et faire en sorte que chacun se sente écouté et respecté". Le NC, a rappelé M. Sauvadet, veut une présidence de commission à l'Assemblée. "Et si on ne l'a pas, ça va chauffer", a-t-il prévenu. Le chef de file des députés UMP, Jean-François Copé, avait, lors du dîner lundi, proposé aux députés du Nouveau Centre de travailler "main dans la main", notamment sur la réforme des collectivités locales. Mais une présidence de commission NC, "c'est compliqué", avait-il dit à la presse. "J'ai beaucoup de candidatures au sein du groupe (UMP)".