Ce n’est sans doute pas la faute d’Emmanuel Macron, en tout cas, il n’en est pas l’unique responsable, mais son «en même temps» accompagné de son «et de droite, et de gauche» ainsi que de son «ni droite, ni gauche» est moribond et ce qui en restait a été sans doute enterré par les municipales, non pas avec des obsèques en grandes pompes mais du côté du carré de la fosse commune…
Attention, ici, il ne faut pas faire d’erreur.
Ce qui est en voie de disparition n’est pas le «juste équilibre» centriste, ni même la nécessité actuelle de l’existence d’un axe central où se retrouvent tous les partis qui défendent la démocratie républicaine libérale.
Ce dont on parle, c’est de ce regroupement «macroniste» dans un seul parti de gens issus de la Gauche, du Centre et de la Droite.
En cela, le rassemblement voulu par Emmanuel Macron connait la même trajectoire que celui mis en place en son temps par le Général de Gaulle où, après avoir réuni autour de lui des gens venant d’horizons politiques très divers, il s’est retrouvé, in fine, entouré quasi uniquement de ceux penchant à droite.
Les municipales ne sont pas, évidemment, l’événement qui a détruit ce «en même temps», disons qu’il a consacré définitivement sa disparition sachant que les prochaines élections se feront sans son liant indispensable qui s’appelle Emmanuel Macron.
Ce qui ne veut pas dire qu’il pourra y avoir des alliances électorales entre gens de gauche, du centre et de droite mais cela ressemblera sans doute plus à l’axe central qu’à un mouvement structuré.
Si l’on devait prendre un exemple emblématique de la disparition du «en même temps» – qu’il serait abusif de confondre avec le macronisme qui va au-delà de ce positionnement politico-électoral – ce serait ce qui se passe à Paris quel que soit l’accord qui pourrait être trouvé entre la liste de Rachida Dati et celle de Pierre-Yves Bournazel.
Ici, les élus et militant macronistes se sont divisés comme jamais autour de ces deux candidatures qui sont, ne l’oublions pas, toutes deux de personnalités de droite.
Ainsi, déjà, il faut noter l’absence d’une liste du Centre à Paris ce qui est problématique alors même que celui-ci était donné favori en 2020 mais que la pandémie de covid19 et l’incompréhensible décision d’Emmanuel Macron d’organiser des élections pendant celle-ci (rappelons qu’Anne Hidalgo n’a été élue que par 12,5% du corps électoral parisien!) a complètement détruit toute probabilité de victoire de la liste d’Agnès Buzyn.
Mais, au-delà de cette absence préjudiciable pour le Centre et le Centrisme, le fait que les macronistes aient dû se ranger derrière des personnalités de droite (dure avec Dati, modérée avec Bournazel) indique déjà une absence du «en même temps».
Et si l’on a retrouve derrière Rachida Dati toute l’aile droite parisienne de Renaissance (avec Sylvain Maillard et Benjamin Haddad, entre autres), qu’elle n’a pas été la surprise d’y voir aussi le MoDem de François Bayrou sachant que la tête de liste est une sarkozyste convaincue et que l’on connait l’opinion de l’ancien président de la république sur les centristes…
«En face», alors même qu’ils sont censés être dans la même majorité présidentielle voire dans le même parti, on retrouve toute l’aile gauche du macronisme avec, en tête le soutien du leader de Renaissance, Gabriel Attal, qui, faute de mieux, a dû faire allégeance à un candidat qui appartient à un parti dont le chef, Edouard Philippe, a demandé la démission d’Emmanuel Macron après les municipales!
Les attaques entre les membres deux listes ont été rudes et sans concession, ce qui va au-delà d’une simple joute électorale, mais démontre une vision politique différente.
Par exemple, Rachida Dati n’a cessé de faire de l’œil aux électeurs de l’extrême-droite pendant que Pierre-Yves Bournazel a fait d’un absolu rejet de tout mouvement vers le RN de Mariani ou Reconquête de knafo, un principe fondamental de sa candidature.
Alors, peut-être, les appels à l’union des deux listes par Emmanuel Macron aboutiront un rabibochage de façade afin de tenter de prendre la mairie de Paris à la Gauche qui est arrivée nettement en tête, mais cela ne changera pas la disparition programmée du «en même temps».
Nicolas Levé
Alexandre Vatimbella
