samedi 19 mai 2018

Actualités du Centre. La «niche sociale» du MoDem est-elle crédible?

Emboitant les pas de son chef, François Bayrou, les centristes du Mouvement démocrate veulent apparaître comme les «sociaux» de la majorité présidentielle face aux «libéraux» de LREM.
Tout un discours s’est ainsi structuré depuis quasiment les élections législatives de 2017 où une quarantaine d’élus MoDem ont été élus à l’Assemblée nationale.
Il fallait bien tenter de se différencier au plus vite du partenaire LREM hégémonique ;
Un discours relayé complaisamment par les médias anti-Macron ces derniers temps qui trouvent là une «preuve» que le président est de droite et celui des riches.
Le parti centriste vient même de se targuer d’avoir fait adopter des propositions de loi «sociales».
Le problème est que, ni François Bayrou, ni le MoDem, ne se sont jamais illustrés par des propositions sociales révolutionnaires, voire novatrices.
Et que les fameuses propositions adoptées sont loin d’être «sociales» dans le sens où elles s’attaqueraient à des inégalités, à la précarité ou à la pauvreté.
En réalité, le Mouvement démocrate joue sur son fond démocrate-chrétien, Bayrou étant un digne héritier du MRP (Mouvement républicain populaire) qui, lors de la IV République fut une force centriste puissante avant de disparaître au cours de la V° République et dont l’idéologie centriste était fortement teintée des thèses de la démocratie chrétienne.
Néanmoins, ni lui, ni son parti n’ont développé un corpus social qui se voudrait correctif des inégalités dans ce domaine mais plutôt tout une logique de réduction des déficits publics, dont des dépenses publiques notamment en matière sociale ;
En réalité, comme l’a affirmé récemment François Bayrou dans des entretiens avec des journalistes, c’est dans la libéralisation de l’esprit d’entreprise, dans une restructuration de l’Education nationale et dans des réajustements à la marge dans les revenus (avec la participation et l’intéressement dans l’entreprise) qu’il inscrit sa politique qu’il appelle «sociale».
De même, un des principaux porteurs du soi-disant projet social du MoDem, Patrick Mignola, serait plus crédible s’il n’était pas l’allié assez zélé de Laurent Wauquiez au Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes…
Reste à savoir si ce positionnement aura des effets positifs pour le MoDem et/ou s’il n’énervera pas à terme LREM.
S’il est un peu tôt pour répondre, on peut aussi avancer l’idée que cette revendication sociale de François Bayrou et de ses troupes est peut-être une tactique concertée avec ses alliés pour faire apparaître une aile sociale de la majorité au moment où le temps social n’est pas encore venu selon le calendrier du programme électoral proposé par Emmanuel Macron.



vendredi 18 mai 2018

Actualités du Centre. UDI: Lagarde fait semblant de ne pas craindre la création d’un nouveau groupe de députés «centristes»

Jean-Christophe Lagarde
Alors qu’il serait sans doute le premier parti impacté par la création d’un huitième groupe à l’Assemblée nationale où pourraient se retrouver les députés Les centristes d’Hervé Morin et les députés radicaux n’ayant pas rejoint les Mouvement radical, tous encore comptabilisés comme membres de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, le président de cette dernière affirme ne pas la craindre tout en envoyant une pique à ses futurs membres.
Ainsi, Pour Lagarde, la création de groupe viendrait d’«aigris» de LREM, du MoDem, du PS et, simplement de «déçus» (sic!) de l’UDI.
Quand on connait la haine entre Lagarde et Morin, cet euphémisme est assez comique.
Plus sérieusement, le président de l’UDI estime que le «rassemblement d’aigris ne fait pas une politique car moi je crois à la cohérence en politique».
En effet, rappelons que ce groupe dont on ne sait pas qui pourrait réellement en faire partie s’il existe un jour, réunirait des députés de centre-gauche proches du PS, de centre-droit proches de LR, des élus corses et quelques autres personnages en déshérence comme Jean Lassalle dont les positions le rapprochent plus d’un populisme de bas étage.
En outre, Jean-Christophe Lagarde continue de faire croire que l’UDI pourrait se présenter «tout seule» aux prochaines élections européennes avec sa propre liste.
Rappelons que, selon les sondages, cette liste ne dépasserait pas les 3,5%, ce qui ne lui donnerait aucun élu.
Sans doute que le président de la formation centriste veut négocier un bon accord (sans doute avec LREM et le MoDem en n’oubliant pas que l’UDI et le MoDem avaient fait liste commune lors des dernières européennes) mais que cela ne sera guère facile d’autant plus si le nombre de ses élus font comme neige au soleil.
Car, s’il estime qu’une alliance avec LREM «dépend du projet», il ajoute, dans la foulée que «l’on est plus fort en rassemblant».


jeudi 17 mai 2018

Actualités du Centre. Le «nouveau modèle social» de Bayrou passe par moins de dépenses… sociales

François Bayrou
Dans une interview au quotidien Sud Ouest, François Bayrou est revenu longuement sur le «projet social» qu’il veut développer pour la France, se présentant ainsi, lui et son parti, le MoDem, comme l’aile sociale de la majorité présidentielle.
Mais, quand on l’interroge sur ce que devrait être ce «nouveau modèle social» le président du Mouvement démocrate explique que «jusqu'à maintenant, quand on parlait de social en France, on pensait allocations, argent public distribué à une catégorie de la population» et que «ce modèle est épuisé» «parce qu'il n'y a plus d'argent public» entre autres.
Et «donc, cela ne peut pas durer».
Du coup, ses propositions concrètes se limitent à l’intéressement des salariés et la défiscalisation des heures supplémentaires.
Plus généralement, explique-t-il, «cela passe par l'investissement sur l'éducation, par un travail plus facile, par les «emplois francs» au coût allégé, par le statut d'auto-entrepreneur, par la deuxième chance», tout ce que propose... LREM, soit l’aile soi-disant libérale de la majorité présidentielle dont le MoDem veut être le pendant!

Voici les principaux extraits de cette interview
- Le curseur de la politique de l'exécutif actuel penche-t-il à droite?
Le président de la République n'est pas partisan. Il n'est pas du côté des uns contre les autres. La clé de l'élection d'Emmanuel Macron, c'est le «en même temps»: les réformes pour rendre à la société française de la souplesse et de la créativité, et «en même temps» l'attention à tous ceux qui ne sont pas privilégiés. Une économie plus créatrice de richesses et d'emploi, au service d'une vision sociale renouvelée. Telle est la promesse de cette élection.
- Ce n'est pourtant pas le sentiment des Français...
Cette dernière année, cet équilibre n'a pas été perçu. Il y a eu l'augmentation du minimum vieillesse ou de l'allocation adulte handicapé, la baisse de la taxe d'habitation ou des augmentations de salaire direct, même légères. Mais les Français ont davantage été frappés par l'annonce simultanée des facilités accordées aux investisseurs et des efforts demandés à d'autres parties de la population : par exemple, la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), annoncée en même temps que la décision inopportune de diminuer les aides personnalisées au logement (APL). Il n'y avait pas besoin de sortir de Polytechnique pour deviner les effets que cela aurait au sein de la population française.
- Vous appelez à un «nouveau modèle social»?
Le problème de la France, c'est la cohésion sociale. Bien sûr, il était vital de rendre au pays son dynamisme. Mais la France est un pays explosé, avec une rupture, plus profonde qu'elle n'a jamais existé, entre le «haut» et la base de la société. Je décrivais déjà, il y a dix ans, ce mécanisme des «inégalités croissantes» entre les uns qui ont et accumulent toujours plus, et les autres qui sont de plus en plus relégués et qui n'ont pas d'espoir de progression. C'est le moment de proposer, chez nous et au monde, un modèle différent.
- A quoi ressemblerait-il?
Jusqu'à maintenant, quand on parlait de social en France, on pensait allocations, argent public distribué à une catégorie de la population. Or, ce modèle est épuisé. D'abord parce qu'il n'y a plus d'argent public. La France vit à crédit et emprunte chaque jour pour payer la vie quotidienne du pays, sa santé, le salaire de ses fonctionnaires, les retraites et les intérêts de sa dette. Donc cela ne peut pas durer. Et ce modèle n'a pas permis à ceux qui en bénéficiaient d'obtenir la reconnaissance, l'emploi, la sécurité, la confiance qu'ils méritaient. Cela passe par l'investissement sur l'éducation, par un travail plus facile, par les " emplois francs " au coût allégé, par le statut d'auto-entrepreneur, par la deuxième chance.
- Justement, quelles mesures rapides préconiseriez-vous ?
Deux décisions significatives devraient être prises sans tarder. En premier lieu, la participation et l'intéressement dans les entreprises. Quand l'entreprise va bien, les cadres et les salariés doivent en bénéficier, pas seulement les actionnaires. Il faut ensuite reprendre le dossier des heures supplémentaires. Soit sous le mode défiscalisation, soit en allégeant les charges sociales. Mais il est juste de donner à cet effort supplémentaire une rémunération significative.
- C'est résister aux «premiers de cordée»?
Je ne me reconnais pas dans cette expression. Pour moi, les premiers de cordée, ce ne sont pas ceux qui ont acquis une situation matérielle plus prospère, mais bien ceux qui montrent l'exemple, qui inventent, qui innovent, ceux qui se dévouent.
- Vous avez été un des premiers à soupçonner Emmanuel Macron d'être le représentant des riches?
Avant de le connaître, j'avais des craintes. Mais ayant mené campagne avec lui et en ayant beaucoup échangé avec lui depuis son élection, ces craintes se sont effacées. Ce n'est pas un homme dépendant de ces influences, il est totalement libre par rapport aux deux univers dont il est issu. Il n'est en rien attaché au luxe, au confort et encore moins au conformisme.
- Emmanuel Macron est-il jacobin?
Non. J'atteste qu'Emmanuel Macron sait parfaitement que bon nombre de problèmes insolubles ne peuvent avoir de réponses qu'au plus près du terrain. Mais l'organisation actuelle de l'État, héritée du passé, est par nature hostile à cette certitude. La réforme de l'État est donc essentielle. Et c'est un chantier auquel on n'échappera pas, car une très grande part de l'inefficacité de la société vient de là.
- L'État a promis de compenser aux communes la suppression de la taxe d'habitation. Êtes-vous rassuré sur ce point?
Oui. Cet impôt est le plus injuste et honteux. Imaginez que dans les quartiers de Pau, on payait plus cher qu'au cœur du 7° arrondissement de Paris! En fait, une telle exonération, avec compensation intégrale, intervient depuis des décennies pour la moitié des foyers fiscaux. Mais il est vrai qu'il faudra trouver une ressource juste et dynamique, autrement ce serait la révolution des élus...
- Sur la réforme de la SNCF, Emmanuel Macron joue-t-il une part de son quinquennat?
Il joue une question essentielle: est-ce que la réforme est possible en France?
- Justement, à Athènes, en août dernier, il avait déclaré que «la France n'est pas un pays réformable»...
Ce n'est pas mon sentiment. Le pays est réformable. Il faut faire preuve de volonté avec la dose de pédagogie nécessaire. Ce qu'on est train de faire avec la SNCF, c'est une société à capitaux publics, c'est-à-dire une SNCF telle que le Front populaire l'avait définie à la fin des années 1930. Il n'y a pas l'ombre d'une privatisation. Mais la SNCFdoit sortir de ses rigidités et de ses blocages. Il me semble que le climat est plutôt à une perspective de discussion. Car il faut réussir cette réforme, c'est vital pour le pays. C'est une bonne nouvelle qu'on soit entré enfin dans une phase où, au lieu de laisser pourrir les choses, on les règle.


mercredi 16 mai 2018

Une Semaine en Centrisme. Pourquoi Bayrou présente Macron comme un président non-partisan (et se trompe)

François Bayrou & Emmanuel Macron
Pour François Bayrou, Emmanuel Macron n’est plus centriste ou central – ou en tout cas, il l’est mais en creux.
Sa nouvelle façon de désigner l’action de Président de la république est de le déclarer non-partisan, adepte du «en même temps» qui signifierait cette absence partisane comme il l’a dit dans deux interviews consécutives au Parisien et à Sud Ouest.
Mais il fait un contresens.
Comme toute personnalité politique quelle qu’elle soit, Emmanuel Macron est partisan, il défend une ligne politique, des valeurs, des principes et une philosophie politique.
En revanche, en se situant au centre, comme centriste ou central, en faisant du «en même temps» son principe d’action et du «et de gauche, et de droite» couplé ou «ni de gauche, ni de droite» son positionnement, il affirme qu’il n’est pas clientélisme.
En cela, il pratique le Centrisme qui, face aux clientélismes de gauche et de droite, les transcende avec son principe du «juste équilibre» dont le «en même temps» est le pendant.
François Bayrou n’est pas censé ignorer cela.
Alors, son appellation de «non partisan» qu’il accole à Emmanuel Macron recouvre trois choses.
D’abord, Bayrou, dans sa posture gaullienne et dans son appel constant ces dernières années à une «union nationale», à l’unité des forces démocratiques, veut faire passer l’idée que la fonction présidentielle n’est pas partisane.
Or si elle est «non partisane» pour un certain nombre de domaines et de prérogatives du chef de l’Etat, elle ne l’a jamais été et ne le sera jamais dans le domaine de l’action politique puisque sous la V° République, il est élu par le suffrage universel, sur un programme partisan dont il possède les pouvoirs pour le mettre en place.
Ensuite, comme nous l’avons vu plus haut, le Centre est, pour François Bayrou, une sorte de point d’appui pour ratisser large et unir le plus grand nombre dans le cadre d’un rassemblement du style «unité nationale».
Or, le Centre et le Centrisme n’ont pas vocation à se diluer dans une union qui noie son identité, sa personnalité et ses idées.
Même si le Centrisme veut servir tout le monde «en même temps» par le «juste équilibre», il n’est pas une nébuleuse à laquelle tous pourraient s’agréger tellement il serait malléable et modelable.
Enfin, le président du Mouvement démocrate, et c’est de bonne guerre, tente de déminer les attaques venues de la Droite et de la Gauche et, beaucoup, des médias, qui présentent sans cesse Macron comme un président de droite et le président des riches.
En voulant faire de lui un «non partisan», il explique qu’il ne recherche que l’intérêt général.
Or, là aussi, Bayrou se trompe puisqu’il devrait savoir que la mise en route des réformes impliquait de d’abord «libérer» l’économie avant de «protéger» le social pour reprendre la distinction faite par le Premier ministre, Edouard Philippe dans une interview au quotidien Le Monde.
Dès lors, on est bien dans la phase de la libération (même si des mesures de protection ont été prises) et on sera dans la phase de protection après, selon le calendrier proposé par Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC


Actualités du Centre. Le Gouvernement ne compte pas revenir sur les 15% de proportionnelle

Edouard Philippe
Dans une interview au quotidien Le Monde, le Premier ministre, Edouard Philippe, estime que, pour ce qui concerne, la réforme des institutions et en matière d’introduction d’une dose de proportionnelle pour les élections législatives, le Président de la république a fait les gestes qu’il fallait et que le niveau de 15% de députés élus à la proportionnelle ne devrait pas bouger.
Une position qui risque de braquer les partis centristes de l’UDI et du Mouvement démocrate qui plaident pour une beaucoup plus forte dose de proportionnelle, autour des 25%.
En revanche, sur l’organisation du travail parlementaire et sur les prérogatives du Parlement, il estime que des compromis sont possibles.
En outre, il réfute les critiques, portées notamment par François Bayrou, selon lesquelles il n’y aurait pas de volet social suffisant à la politique menée par le pouvoir.
Par ailleurs, il estime que le macronisme est «un programme, une volonté, une façon d'appréhender la France dans un monde qui s'est transformé».
Voici les principaux extraits de cette interview:
- Le jour de la passation des pouvoirs à Matignon, le 15  mai 2017, vous disiez à Bernard Cazeneuve être de droite. Aujourd'hui, les Français perçoivent la politique de votre gouvernement comme de droite. Vous assumez?
J'assume parfaitement toute la politique que nous menons. D'autant que cette politique est la mise en œuvre des engagements du président. Et que deux élections – la présidentielle, puis les législatives – ont conforté la volonté de transformation du pays.
- Certains dans la majorité, comme François Bayrou, ont pourtant le sentiment que vous avez plus libéré que protégé…
Il est sain que des voix s'expriment au sein de la majorité pour apporter leur sensibilité. Le «libérer» est sans doute plus visible à leurs yeux que le «protéger». C'est parce que nous inventons de nouveaux mécanismes de protection. Nous avons pris de nombreuses mesures pour remettre en marche l'ascenseur social : le dédoublement des classes de CP dans les zones défavorisées, la police de sécurité du quotidien, nos mesures en faveur de la formation ou l'apprentissage.
- En fait, vous faites du Juppé sans Juppé?
Non, je suis là pour faire du Macron, pas du Juppé. Emmanuel Macron n'est pas Alain Juppé. Ils sont différents à bien des égards, même s'ils ont tous deux porté au moment de la campagne des projets inspirés par une volonté semblable de transformer le pays, de le réparer, de l'inscrire dans une Europe à laquelle ils croient, d'ouvrir le jeu politique.
- Etes-vous toujours de droite?
Je viens de la droite. Mais un an après mon arrivée à Matignon, je ne me pose plus cette question, et les Français ne me la posent pas non plus. Je mets en œuvre les engagements du président Une seule chose m'intéresse : que les Français perçoivent que notre politique est efficace, qu'elle permet de réparer le pays, après des années d'immobilisme.
- Qu'est-ce que le macronisme?
C'est un programme, une volonté, une façon d'appréhender la France dans un monde qui s'est transformé.
- M. Macron affirme que les mesures prises en faveur des plus aisés vont relancer l'investissement, et que les ordonnances travail, qui facilitent les licenciements, vont faire baisser le chômage. Votre politique est-elle un pari?
L'honnêteté intellectuelle invite à être prudent en matière de prédiction. Les économistes savent souvent expliquer le passé, mais ils ont rarement des certitudes sur l'avenir. Je m'appuie pour ma part sur des réalités. J'observe que l'introduction de l'impôt sur la fortune a conduit, avec d'autres facteurs, de nombreux investisseurs à quitter le pays. J'observe que notre taux de chômage est plus élevé que celui d'autres pays européens qui ont pris des décisions comparables à celles que nous sommes en train de prendre. Notre pays est aujourd'hui jugé comme ayant une économie plus attractive, c'est un fait.
- Etes-vous d'accord avec la théorie des premiers de cordée du chef de l'Etat?
Il s'agit d'une image plus que d'une théorie ! Elle montre que dans un pays, il y a toujours un lien entre tout le monde. L'image de la cordée a cette vertu extraordinaire dans un monde perçu souvent comme individualiste : elle rappelle qu'on est tous attachés. La cordée est le contraire de l'individualisme.
- Après la réforme des retraites en  2019, le gros du programme aura été fait. Quel est le plan pour le deuxième temps du quinquennat ?
Il n'y a pas de temps 1 et de temps 2 du quinquennat. Je ne crois pas ceux qui disent qu'on aura terminé en  2019 l'ensemble du programme, et qu'après il n'y aura plus rien à faire. Il y a immensément à faire dans le pays pour le réparer. Le programme de travail sera dense jusqu'au bout.
- Quelles sont les marges de négociation avec l'opposition sur la réforme constitutionnelle ?
Il y a trois blocs. Un premier sur la modernisation du Conseil supérieur de la magistrature, les ex-présidents de la République qui ne pourront plus siéger automatiquement au Conseil constitutionnel ou encore la suppression de la Cour de justice de la République. Sur ces points, nous avons un accord. Il y a un deuxième bloc, qui comprend les engagements du président : réduction d'un tiers du nombre de parlementaires, limitation du cumul des mandats dans le temps et introduction d'une dose de proportionnelle aux élections législatives. Là-dessus, je considère que le président, dans ses consultations, a fait les gestes pour dégager un accord politique. Puis il y a un troisième paquet, sur la fabrique de la loi et le contrôle parlementaire. Sur ce dernier volet, notre objectif est d'avoir une discussion parlementaire riche sur la meilleure façon d'arriver à une forme d'efficacité réciproque.
- La recomposition politique impulsée par M. Macron est-elle terminée ?
Les cultures de droite et de gauche continuent d'irriguer le débat public et de marquer l'appartenance des individus. Les gens me disent: «Je suis plutôt de droite ou plutôt de gauche, mais j'aime bien ce que vous faites.» Je pense que l'erreur des partis, et leur échec considérable jusqu'en  2017, vient de ce qu'ils n'ont pas voulu comprendre que raisonner exclusivement en ces termes, au-delà des évolutions du monde, c'était très appauvrissant. La recomposition est encore en cours et les européennes vont continuer à la traduire.