vendredi 27 janvier 2012

USA élection 2012 vue du Centre – Obama lance sa campagne avec son discours sur l’état de l’Union / Elire Obama, tout autant pour ce qu’il fera que pour ce qu’il empêchera les républicains de faire?! / Romney empêché de se recentrer face à la meute des conservateurs de la droite extrême


«Populiste», Barack Obama? C’est ce que certains commentateurs ont conclu en écoutant ses propos lors du troisième Discours sur l’état de l’Union que le président des Etats-Unis a prononcé en début de semaine. Et si certains affirment qu’être traité de populiste est moins négatif aux Etats-Unis qu’en France, cela signifie, tout de même, que, selon une partie de la presse américaine, Obama a choisi le petit peuple contre les élites, notamment financières, et que c’est un tournant dans sa vision politique.
Pourtant, ce n’est pas aussi simple. Il est vrai qu’Obama a décidé de passer à l’offensive depuis quelques mois face au Parti républicain qui a largement bloqué sciemment sa présidence depuis sa victoire à la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat de novembre 2010 et dont les membres, notamment les candidats à la primaire qui doit désigner leur candidat pour la présidentielle de novembre prochain, n’ont que mépris et, souvent, insultes à la bouche envers sa personne (la dernière offense en date vient du gouverneur de l’Arizona, Jan Brewer, qui a pointé, mercredi dernier, un doigt vengeur en direction du président lors d’une discussion semble-t-il animée, ce qui lui a valu d’être applaudie par l’extrême-droite républicaine qui demande maintenant à Newt Gingrich d’en faire sa colistière pour les présidentielles…).
On comprend, dès lors, que, d’une part, il doit se montrer conquérant et que, d’autre part, il n’a aucun cadeau à faire à des adversaires aussi virulents dont le seul mot d’ordre demeure encore de faire de lui un «one-term-president».
Mais les propos qu’il a tenus devant le peuple américain mardi soir n’ont été souvent que le rappel de sa position depuis sa campagne de 2008. Comme nous l’avons dit ici, c’est avant tout le déplacement vers la droite extrême des républicains et leur matraquage incessant sur son «socialisme» qui ont fait croire que Barack Obama s’était déplacé vers la gauche.
Disons qu’il a mis en avant, ces derniers temps, plutôt des mesures de justice sociale qui ont «gauchisé» un discours qui demeure largement centriste.
Car, pour l’essentiel, Barack Obama est resté sur ses positions de modéré cherchant le consensus et demandant avant tout que le rêve américain permette à chacun une part équitable de celui-ci s’il donne en retour son dû équitable et qu’il joue le jeu avec les mêmes règles que les autres.
Une formule qu’il va maintenant décliner jusqu’à l’élection en se posant comme le défenseur des classes moyennes, celles qui ont été les chouchoutes des présidents depuis la fin de la deuxième guerre mondiale jusqu’à la présidence de Ronald Reagan, surtout jusqu’à celle de George W Bush, ce dernier détruisant le consensus social américain établi dans les années 1950, cher à l’économiste Paul Krugman, pour favoriser, à la place, l’enrichissement des plus riches qui, en retour, devait entraîner l’enrichissement de toute la société mais qui a produit l’effet inverse, creusant de plus en plus un fossé entre les très riches et les autres, la crise économique ayant accentué ce mouvement.

Même si les sondages s’améliorent en ce moment pour Barack Obama, il se pourrait que son élection soit plutôt un vote contre les républicains plutôt qu’un vote en sa faveur.
Le spectacle, parfois piteux, des primaires républicaines où les candidats s’insultent avec une rare violence tout en prenant des positions idéologiques proches de l’extrême-droite et le blocage des institutions à Washington dû essentiellement aux élus républicains élus en novembre 2010 avec la vague populiste conservatrice du Tea Party (qui a très largement reflué depuis dans l’opinion publique), sont en effet deux des grands atouts actuels d’Obama pour sa réélection.
Ils pourraient permettre de mobiliser toute une frange des «liberals» qui, actuellement, ne veut pas se rendre aux urnes, déçue par le centrisme du président mais aussi faire pencher les «independents» modérés qui pourtant sont plutôt enclins à sanctionner Obama pour, selon eux, sa responsabilité dans l‘échec du gouvernement à faire baisser largement le chômage.
C’est en tout cas une arme que ne se privera pas d’utiliser l’équipe de campagne du président.

La prochaine primaire républicaine aura lieu mardi 31 janvier en Floride. Après deux débats d’une rare violence, le dernier ayant vu Mitt Romney demander à Newt Gingrich d’arrêter de l’agresser en racontant des mensonges (ce dernier l’attaquait sur ses positions «anti-immigrés» dans un Etat, la Floride, où le vote des immigrés cubains est très important…).
Romney, selon un dernier sondage, remporterait cette primaire avec 38% des voix contre 29% à Newt Gingrich. Mais, jusqu’à présent, les sondages ont souvent été démentis par les résultats des urnes…
Toujours est-il qu’en attaquant sans cesse Mitt Romney, les autres candidats de la primaire (Newt Gingrich, Rick Santorum, Ron Paul) empêchent l’ancien gouverneur du Massachussetts de se recentrer afin de ratisser large, ce qui lui sera obligatoire s’il veut remporter la présidentielle de novembre (mais qui est un handicap pour remporter les primaires…).
Et toutes les déclarations qu’il est obligé de tenir en ce moment pour gagner son certificat de bon conservateur de la droite extrême seront évidemment des armes dans les mains d’Obama par la suite.
Cependant, Mitt Romney, s’il demeure le favori de cette course républicaine, n’est pas du tout sûr de l’emporter. Même si peu de gens voient en Newt Gingrich le candidat du Parti républicain (et beaucoup de républicains espèrent qu’il ne le sera pas), celui-ci n’a pas dit son dernier mot, loin de là.

Alexandre Vatimbella

Actualités du Centre – Sondage présidentielle: Bayrou à 14%; le Centre à 16%


La nouvelle vague du sondage Opinionway pour Le Figaro et LCI donne 14% des intentions de vote pour François Bayrou (soit un point de moins que la précédente). C’est la première fois depuis le mois de décembre qu’une vague d’un même sondage donne le président du Mouvement démocrate en baisse.
Il demeure à la quatrième place derrière Marine Le Pen (17%), Nicolas Sarkozy (24%), en deuxième position et François Hollande, en tête (27,5%).
Hervé Morin et Corinne Lepage sont crédités chacun d’1% d’intentions de vote. Le Centre réalise un score cumulé de 16%.
(Sondage Opinionway réalisé du 23 au 25 janvier auprès d'un échantillon national représentatif de 1087 personnes âgées de 18 ans et plus / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points)

2012 -Carnet de campagne centriste – La percée réelle mais fragile de François Bayrou / Le courage mais surtout l’honnêteté, qualités principales demandées à un président

François Bayrou se situe actuellement entre 13% et 15% des intentions de vote dans les différents sondages. Cela lui vaut une progression significative de 5 à 7 points depuis début décembre et l’a campé en quatrième position, encore loin derrière François Hollande et Nicolas Sarkozy mais beaucoup moins de Marine Le Pen.
Ce qu’il y a également de remarquable, c’est la progression de sa popularité puisqu’il a gagné de nombreux points dans les différents baromètres (Paris Match, Le Point, Le Figaro Magazine) disputant la première place à François Hollande ou l’occupant.
De même, il a gagné en crédibilité. Dans un sondage CSA (1) pour BFMTV, RMC et 20 minutes, il arrive souvent en deuxième position (toujours derrière François Hollande, le premier, sauf en matière d’insécurité et d’immigration où Le Pen arrive en tête). C’est le cas sur les thèmes de l’éducation et de la lutte contre la dette qui lui sont chers mais aussi sur celui du pouvoir d’achat.
Selon l’enquête ISPOS (2) pour le Cevipof (Centre d’étude de la vie politique française de Sciences Po Paris), la Fondapol, la Fondation Jean Jaurès et publiée par Le Monde, il devance les autres candidats en matière qualitatif dans plusieurs domaines. Ainsi, il est en tête pour les affirmations, «est sympathique» (65%), «est honnête» (64%), qualité principale demandée par électeurs (voir ci-dessous), «est sincère» (61%).
Par ailleurs, 52% des Français estiment, selon un sondage SOFRES (3) pour iTélé qu’il a gagné des points récemment dans sa course à l’Elysée. Ce qui se concrétise dans un sondage BVA (4) pour Le Parisien Aujourd’hui en France avec un potentiel électoral du leader du Mouvement démocrate qui est passé de 29% à 36% (21% des électeurs actuels de François Hollande pourraient voter pour lui, 24% de ceux de Nicolas Sarkozy et 28% de ceux de Marine Le Pen).
Néanmoins, la percée de François Bayrou demeure fragile pour plusieurs raisons.
La première vient de son électorat qui est le plus volatile des cinq grands candidats. Dans le sondage IPSOS pour le Cevipof, 77% de ceux qui voteraient pour lui si l’élection avait lieu aujourd’hui se déclarent prêt à changer leur choix. Dans le sondage CSA pour BFMTV, pour les électeurs sûrs de leurs choix, ils sont 68% de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon, 67% de celui de François Hollande, 59% de celui de Nicolas Sarkozy, 56% de celui de Marine Le Pen mais seulement 30% de celui de François Bayrou (contre 70% qui déclarent qu’ils peuvent encore changer d’avis.
La deuxième tient à ce que, jusqu’à présent, ni François Hollande, ni Nicolas Sarkozy n’avaient présenté leurs programmes respectifs, demeurant dans le flou au grand dam de leurs supporters qui s’impatientaient, ce qui avantageait celui qui offrait un moyen de marquer cette impatience devant ce vide programmatique (François Bayrou). François Hollande vient de dévoiler largement son programme. Cela devrait être bientôt le cas de Nicolas Sarkozy. Et il faudra voir si les primo-déçus de François Hollande et de Nicolas Sarkozy rentrent au bercail ou s’ils ont trouvé une nouvelle maison plus accueillante à leurs visions politiques.
La troisième c’est que les Français sont encore dubitatifs sur ses chances de parvenir au second tour et de remporter la présidentielle. Selon l’étude IPSOS pour le Cevipof, seuls40% des sondés pensent qu’il possède la stature présidentielle. De même, ils demeurent circonspects sur comment il pourrait gouverner alors que son parti, le Mouvement démocrate, ne compte que deux députés dans l’Assemblée nationale actuelle. Et il y n’y a encore que 42% d’entre eux qui veulent le voir au second tour selon un sondage SOFRES pour Canal Plus(5).
Pour fortifier sa position, François Bayrou a donc besoin d’un deuxième rebond dans les sondages et d’une fidélisation de son électorat. Comme l’explique dans Le Figaro Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d’Opinionway et spécialiste du Centre, «on peut parler de consolidation de son électorat, mais à un niveau encore très insuffisant pour espérer accéder au second tour». Il doit absolument, dans les jours et les semaines qui viennent venir titiller Marine Le Pen et lui chiper la troisième place pour ensuite s’attaquer à ceux qui sont à l’heure actuelle les deux finalistes.
Peut-être que ce rebond pourra venir lorsqu’il aura dévoilé son programme. Mais le président du Mouvement démocrate n’était pas pressé jusqu’à présent de le faire, préférant attendre que François Hollande et Nicolas Sarkozy se dévoilent avant lui. La présentation du programme d’Hollande changera peut-être la donne.

Quelles sont les qualités que les Français souhaitent de leur prochain président? Et qu’est-ce qui est le plus important pour le vote. Deux sondages en apportent des réponses.
Pour un sondage CSA (6) pour Terrafemina, c’est l’honnêteté qui vient en premier avec 53% et, loin derrière, le courage avec 23%. Quant à ce qui motive un vote c’est d’abord le programme du candidat (60%), puis sa personnalité du candidat (19%) et enfin le parti auquel il appartient (18%).
Pour l’enquête IPSOS pour le Cevipof, ce sont d’abord ses propositions et ses idées (64%), sa capacité à vraiment changer les choses en France (63%), sa capacité à faire face à la crise économique (52%), sa personnalité ne venant qu’en cinquième position (25%) et son appartenance à un parti politique en huitième et dernière position (9%).
Donc, si c’est bien la rencontre d’une personnalité avec la France et les Français, comme le dit François Bayrou, ces derniers attendent tout de même qu’il ait des articles en magasin…

Alexandre Vatimbella

(1) Sondage CSA réalisé les 18 et 19 janvier auprès d'un échantillon national représentatif de 974 personnes âgées de 18 ans et plus / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points)
(2) Sondage IPSOS réalisé du 12 et 16 janvier auprès d'un échantillon national représentatif de 4910 personnes âgées de 18 ans et plus / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points)
(3) Sondage SOFRES réalisé les 17 et 18 janvier auprès d'un échantillon national représentatif de 961 personnes âgées de 18 ans et plus / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points)
(4) Sondage BVA réalisé les 23 et 24 janvier auprès d'un échantillon national représentatif de 1011 personnes âgées de 18 ans et plus / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points)
(5) Sondage SOFRES réalisé les 17 et 18 janvier auprès d'un échantillon national représentatif de 961 personnes âgées de 18 ans et plus / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points)
(6) Sondage CSA réalisé les 18 et 19 janvier auprès d'un échantillon national représentatif de 1007 personnes âgées de 18 ans et plus / méthode des quotas / marge d’erreur de 3 points)