jeudi 9 avril 2026

La Quotidienne centriste du 9 avril 2026. Trump ne comprend pas grand-chose à la «stratégie du fou»


Imprévisible et incontrôlable voilà ce que Nixon, tout fraîchement élu président des Etats-Unis voulait faire croire en 1969 au Nord-vietnamien dans une «stratégie du fou», certains prétendant que ce n’était pas simplement une posture mais que c’était ce qu’il était, cinglé.

Un documentaire – politiquement engagé contre la guerre et Nixon – qui est rediffusé en ce moment sur la chaîne Histoire TV nous le rappelle avec l’idée qu’il avait vraiment l’intention d’utiliser l’arme nucléaire pour se désengager du bourbier au Vietnam où, malgré les victoires militaires, la défaite politique était de plus en plus probable comme le démontrait le refus de Johnson de se représenter à la présidentielle de 1968, ce qui lui avait permis de l’emporter.

Bien sûr, Nixon n’a pas inventé cette stratégie politique.

Ainsi, Machiavel, par exemple, affirmait «combien il y a de sagesse à feindre pour un temps la folie».[

Est-ce la même chose pour Trump en Iran (et ailleurs)?

Certes, sans parler de Machiavel, on ne comparera pas les qualités intellectuelles des deux présidents, Nixon était intelligent même s’il avait sans aucun doute des problèmes d’instabilité mentale.

Mais Trump qui aime bien s’inspirer et copier ses prédécesseurs connait cette stratégie et il en a déjà usé.

Ses déclarations et celles faites par ses collaborateurs, souvent sur son ordre, est de montrer qu’il est totalement imprévisible et prêt à tout.

Il l’a déjà utilisée lors de son premier mandat, notamment face à la Corée du Nord et il récidive aujourd’hui face à l’Iran (et il l’a tentée aussi face à la Russie ainsi que pour le Groenland).

Mais comme l’écrivent nombre d’experts en la matière, cette stratégie est rarement payante.

Ainsi de Brendan McManus, ancien, analyste de la DIA (Defense Intelligence Agency au Agence du renseignement de la Défense) étasunienne:
«Si le leader est capable de faire savoir qu'il est fou d'une manière limitée à un problème spécifique, il peut parfois réussir. Mais si les gens croient qu'il est totalement fou, déconnecté de la réalité ou qu'il veut prendre le contrôle du monde, il sera plus difficile de réussir, car les gens seront plus préoccupés par l'avenir. Il est très difficile de promettre la paix à des gens qui ont cette réputation d'extrême folie.»

De son côté, le politiste Abdullah Miroğlu explique:
«L’une des failles des scénarios du fou est qu’un dirigeant qui émet une menace apparemment irrationnelle ne doit pas être perçu comme un simple bluffeur. Si le leader en question n’est pas considéré comme véritablement fou, ses adversaires risquent de ne pas croire à ses menaces et de ne pas réagir comme attendu. La théorie du fou ne peut fonctionner efficacement que si le dirigeant parvient à convaincre ses rivaux de son instabilité potentielle, tout en leur communiquant clairement ce qu’il veut obtenir. (…) D’autre part, en l’absence d’un objectif stratégique rationnel, la théorie du fou peut se transformer en une provocation inutile, risquant de produire des conséquences non maîtrisées et potentiellement dangereuses.»

Et de poursuivre :
«Les études académiques montrent qu’il est très difficile de réussir à utiliser la ‘théorie du fou’ de manière efficace. Selon ces travaux, avoir une réputation de folie est rarement utile sur la scène internationale. Les dirigeants qui jouent le rôle du fou échouent généralement à convaincre leurs ennemis. D’autre part, en jouant le rôle du ‘fou’, un dirigeant prend également le risque d’aliéner ses alliés, car il sera perçu comme peu fiable.»

Outre le fait que cette stratégie donne rarement des résultats positifs, en l’occurrence, dans le conflit qu’il a initié au Moyen-Orient, Trump a terriblement mal joué parce qu’il est apparu surtout comme étant incapable de prendre une décision ce qui a induit une résistance iranienne forte et non une reddition tout en mettant tous ses alliés dans l’incompréhension et, pire, pour certains d’entre eux, en extrême danger avec comme résultat que tous ne lui font plus aucune confiance (ce qui était déjà le cas des Européens).

On ne parlera même pas de ce qu’il a obtenu qui risque simplement d’être la réouverture du détroit d’Ormuz qui était libre d’accès avant son intervention militaire…

 

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