lundi 23 mars 2015

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Départementales: victoire électorale mais défaite politique pour le Centre?

Le Front national n’a donc pas viré en tête lors du premier tour des départementales.
Voilà une grosse satisfaction pour tous les démocrates et les républicains dont les centristes.
Il fallait voir la hargne de Marine Le Pen après ce demi-échec pour ne pas oublier qu’elle est bien la fille de son père et le FN un parti d’extrême-droite au populisme dangereux.
Mais cette «défaite» – à 25,19% des voix, tout de même – n’est-elle pas en trompe l’œil?
C’est en effet une coalition UMP-UDI-MoDem (bien que les médias oublient de citer ce dernier parti) qui arrive en tête avec 29,4% des suffrages.
Ce n’est donc pas l’UMP qui devance le FN – ni l’UDI ou le MoDem – mais une alliance électorale de plusieurs partis.
Ce qui montre, déjà, que la menace de l’extrême-droite et du populisme est toujours là, bien présente avec un quart des électeurs qui ont voté pour elle et les 49,83% d’abstentionnistes qui en sont les associés conscients et consentants.
Mais l’on pourra dire que grâce aux centristes, le FN n’a pu savourer le fait d’être en tête même si l’on ne peut savoir quel aurait été exactement le score de l’UMP si celle-ci était partie seule au combat des urnes.
Néanmoins, ce résultat, qui va permettre après le deuxième tour aux partis centristes d’avoir de nombreux élus et de se congratuler à nouveau d’avoir choisi la bonne recette, est aussi lourde de sens en vue des présidentielles et des législatives.
Car c’est bien la stratégie de l’union de la Droite et du Centre qui a porté ses fruits et qui permet d’ailleurs aux médias comme Le Figaro de titrer sur sa une «L’UMP l’emporte» et au Monde d’écrire que c’est une «très nette victoire de l’UMP».
Dès lors, cette victoire électorale n’est-elle pas une défaite politique pour un Centre indépendant?
Le succès du trio UMP-UDI-MoDem prouve effectivement toute la justesse d’une alliance dès la premier tour (dans une grande majorité de cantons) de la Droite et du Centre.
Comment, dès lors, les leaders centristes vont-ils pouvoir expliquer la pertinence d’une candidature autonome aux présidentielles de 2017, sachant qu’un succès aux départementales est évidemment très secondaire par rapport à une victoire aux présidentielles et aux législatives.
Comment donc refuser l’alliance et la coalition dès le premier tour en 2017 et même de participer à une primaire de la Droite et du Centre dont on sait déjà que ce dernier sera le perdant?
Le piège de la candidature unique s’est-il donc refermé sur les centristes?
Bien sûr, ceux-ci diront que non et qu’il ne faut pas extrapoler les résultats de ce dimanche sur ce qui va se passer dans deux ans notamment sur le pourcentage de Marine Le Pen (qui vient d’annoncer sa candidature pour 2017) au premier tour de la présidentielle et de la possible élimination du candidat de l’UMP dans la foulée, s’il n’est pas soutenu par le Centre.
Néanmoins, analysons cette victoire et ses conséquences pour les partis centristes.
D’abord, la victoire est celle de l’UMP, parti archi-dominant dans cette coalition.
Si les partis centristes sont allés à la bataille dans une alliance avec la formation de droite, c’était pour bénéficier de sa force électorale, de ses voix.
Comment dès lors refuser cette alliance aux législatives qui suivront les présidentielles.
Et comment mieux négocier les bonnes circonscriptions sans être alliés dès le premier tour à l’UMP aux présidentielles?
Ensuite, c’est une victoire du président de l’UMP, en l’occurrence Nicolas Sarkozy.
Or, celle-ci lui donne une évidente et manifeste légitimité qui lui était encore discutée après son élection sans gloire à la tête du parti et par des sondages peu encourageants concernant sa personne.
Si cette élection est un marchepied pour le président de l’UMP, voilà qui va poser un dilemme aux partis centristes qui ne veulent pas d’une candidature Sarkozy en 2017, le Mouvement démocrate penchant fortement pour Juppé et l’UDI préférant nettement ce dernier à l’ancien président de la république mais sans doute n’importe quel autre candidat plus consensuel.
Cependant, comment dire non à celui qui vient de vous faire gagner et qui sera peut-être en tête des sondages s’il est, comme cela semble très probable, désigné candidat de l’UMP?
Si l’apport des voix centristes a été importante voire déterminante dans un certain nombre de cantons, il est difficile de le savoir exactement là où il y a eu candidature commune.
Les partis centristes ayant refusé de se compter au premier tour de ces départementales, auront ainsi du mal à mettre en balance leur poids électoral largement inconnu sur la table des négociations pour peser réellement en 2017, à la fois, sur les investitures, sur le projet et le programme politique.
Sans doute que les élections régionales où est en vigueur la proportionnelle donneront une vue meilleure de ce poids si des listes autonomes centristes sont présentées.
Mais les législatives ne sont pas à la proportionnelle…
Pour autant, il n’y a pas que des conséquences négatives à cette victoire électorale.
Mettons de côté le corollaire mécanique de celle-ci, un nombre plus important d’élus locaux et de direction de départements, et attachons-nous aux fruits politiques.
Ainsi, les centristes en permettant à l’UMP d’être le premier parti de France, ont du même coup augmenté leur capacité de négociation pour les futures élections dans le cadre d’une alliance.
S’ils ne sont pas grand-chose (électoralement) sans l’UMP, celle-ci ne peut pourtant pas se passer des partis centristes pour l’emporter nationalement.
Ces derniers ne sont donc pas sans aucune marge de manœuvre pour obtenir quelques concessions sur les investitures, les postes et les programmes.
En outre, une alliance électorale permet de gagner ensemble mais n’oblige en rien, ensuite, à un alignement total des positions des différentes composantes sur celles du parti dominant, même si cela peut ressembler parfois à de la tambouille politicienne…
Reste que cela est assez maigre si l’on veut bien se rappeler que les partis centristes parlent constamment d’indépendance, de volonté de s’affranchir du duo PS-UMP qui gouverne la France depuis plus de 30 ans, comme le rappelle constamment Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, et du vote de réformes indispensables que, ni la Droite, ni la Gauche, clientélistes et enfermées dans leurs promesses irresponsables, sont capables de mettre en route.
Enfin, si être un appendice de la Droite est une fatalité pour les leaders de l’UDI et du MoDem, il faut qu’ils aient au moins le courage de le dire à leurs électeurs.



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