mercredi 18 juillet 2018

Une Semaine en Centrisme. Les dérapages centristes sont-ils contrôlés?

Depuis plusieurs semaines et après un an de pouvoir de la majorité présidentielle, les partis centristes de l’UDI, de Les centristes et du Mouvement démocrate ainsi que leurs représentants abreuvent la sphère politico-médiatique de propos, parfois ambigus, parfois d’une agressivité forte contre ce que l’on croyait qu’ils défendaient, le plus souvent pour se payer le Gouvernement et le Président de la république.
Même si les critiques ont toujours existé depuis l’élection d’Emmanuel Macron de la part de centristes, elles n’avaient jamais eu autant, en nombre, d’importance et d’intensité.
Est-ce voulu et dans quel but?
Avant de répondre à ces deux interrogations, petit tour d’horizon.
- Mouvement démocrate
Les descentes de François Bayrou, membre à part entière de la majorité présidentielle faut-il le rappeler encore une fois, contre un Gouvernement et un Président de la république qui ne seraient pas assez dans le social sont désormais une sorte de tarte à la crème même si le leader du MoDem a affirmé qu’il avait enfin compris le projet d’Emmanuel Macron lors du discours de ce dernier à Versailles devant le Congrès.
Mais il n’y a pas que lui et le social, un thème que pratiquement tous les membres du Mouvement démocrate ont utilisé pour critiquer le pouvoir en place.
Il y a bien sûr la réforme des institutions où le même Bayrou avait expliqué qu’elle était inacceptable en l’état, que Macron avait trahi les promesses qu’il lui avait faites lorsqu’il lui avait accordé son soutien pendant la campagne présidentielle.
On a même vu un député MoDem critiquer l’économie qui ne serait pas libérale.
- UDI
Un coup le «gentil flic», un coup le «méchant flic», voilà comment on pourrait caricaturer le comportement de l’UDI et de son président, Jean-Christophe Lagarde vis-à-vis du pouvoir.
Ainsi, Lagarde a trouvé une sorte de mécanisme qu’il utilise pratiquement à chaque intervention (un peu comme son ennemi intime, Hervé Morin, président de Les centristes…), qui est de d’abord louer l’action du Président de la république avant de tomber à bras raccourcis sur son action, son comportement et sa personne, tout en prétendant être d’accord avec de dernier «à 60%» tout en expliquant qu’il n’est «pas membre de la majorité»…
Ses lieutenants utilisent à peu près la même stratégie, comme par exemple le président du groupe Union centriste au Sénat, Hervé Marseille.
- Les Centristes
Hervé Morin est atteint de la maladie d’hubris et se croit capable de se réintroduire dans le jeu national de par ses fonctions régionales (président de la région Normandie et de l’association sans aucun pouvoir des présidents de région), les Normands apprécieront.
Alors il n’y va pas avec le dos de la cuillère avec des attaques personnelles contre le Président de la république et un discours de l’à peu près voire du mensonge et avec beaucoup de violence verbale qui ressemble parfois à celui de Trump.
A noter, tout de même, que les autres membres de son parti demeurent dans une critique nettement moins systématique et outrancière.
Tous ces dérapages, au-delà de leur forme et parfois de leur ineptie, sont voulus, c’est le premier point.
Personne ne doute un instant que des personnalités politiques comme Bayrou, comme Lagarde ou comme Morin et leurs acolytes disent des choses sans en savoir les possibles conséquences même si les coquilles existent en l’espèce.
Pourquoi?
Sans doute plusieurs raisons:
- Vouloir exister dans un paysage politique où c’est le Centre qui est au pouvoir mais où La république en marche vampirise le pouvoir au détriment des formations issues du Centre «historique». Dès lors, la parole médiatique est souvent la seule façon de se rappeler au bon souvenir des citoyens, de leur dire qu’on est encore là, que l’on a encore des choses à dire, d’où l’envie de marquer le moment, de faire le buzz sur le dos du pouvoir en place pourtant sensé être du même bord.
- Les partis centristes sont composés de personnes parfois en total désaccord entre elles au sein d’une même formation sur des sujets importants ce qui cause une cacophonie non-voulue mais représentative des différents points de vue parfois antinomiques quand ce n’est pas à l’opposé les uns des autres. Cette cacophonie est aussi la résultante de la recomposition politique où certains centristes sont plutôt enclins à se fondre dans la nouvelle majorité présidentielle pendant que d’autres veulent se rapprocher d’une certaine droite libérale, voire pour quelques uns de Les républicains de Wauquiez.
- Les ambitions personnelles qui sont l’apanage depuis longtemps d’un François Bayrou (qui n’a pas abandonné l’idée de devenir Premier ministre de Macron voire de se présenter en 2022 à la présidentielle), d’un Jean-Christophe Lagarde qui court après un vrai destin national depuis dix ans, d’un Hervé Morin, marginalisé mais qui croit toujours en une bonne étoile qui lui a permis avec stupéfaction d’être ministre de le Défense de Nicolas Sarkozy (on pourrait dire la même chose de quelques seconds couteaux centristes).
- Avoir le beurre et l’argent du beurre dans un opportunisme parfois des plus détestables, c’est-à-dire endosser les réformes qui marchent ou qui sont soutenues par les Français tout en critiquant, de manière totalement poujadiste (on dit aujourd’hui «populiste») toutes celles que ces mêmes Français rejettent même si elles sont souvent aussi nécessaires que les autres et réussies.
Ce comportement des partis centristes et de leurs leaders peut être dangereux pour le Centre.
Car si Macron et LREM réussissent, ils risquent de payer au prix fort leurs critiques par une plus grande marginalisation (avec des électeurs centristes qui feront défection) et s’ils faillissent, il est fort probable que tous les centristes seront mis dans le même sac de l’échec.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC
Jean-Louis Pommery
Directeur des études du CREC


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