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mardi 21 avril 2026

Chronique centriste. Y a-t-il un avenir politique pour François Bayrou mais aussi pour le MoDem?


Si l’on se demande quel sera l’avenir de Renaissance et du macronisme, celui du MoDem et du «bayrouisme» sera aussi en question en 2027.

Et Renaissance, et le Mouvement démocrate sont des créations autour d’une personne, Emmanuel Macron pour le premier, François Bayrou pour le second et focalisés sur leur ambition présidentielle.

Si Renaissance (anciennement En marche! ou REM) a connu un succès foudroyant et a rempli sa mission de propulser son créateur à l’Elysée, tout autre a été le parcours du MoDem qui, moribond en 2017 après les échecs successifs de François Bayrou à l’élection présidentielle (mais aussi aux législatives) n’a dû son salut qu’à l’aide d’Emmanuel Macron après le «soutien» (qui était en fait un ralliement désespéré et obligé) du centriste pour tenter de sauver son avenir politique et celui de sa formation.

Depuis cette date, le parti centriste est devenu un parti comme un autre, en tout cas, plus uniquement obsédé par la présidentielle et la victoire de son chef.

De même, après avoir été sauvé par Emmanuel Macron, il estime avoir payé sa dette envers le parti présidentiel même s’il demeure fidèle au chef de l’Etat, souvent plus que Renaissance et Gabriel Attal!

On le voit avec les prises de position de Marc Fesneau, véritable patron du MoDem depuis les échecs de François Bayrou à Matignon puis à Pau avec des critiques parfois frontales contre son principal allié dans la coalition présidentielle.

Une confrontation qui reste encore limitée mais qui est réelle et de plus en plus fréquente, surtout, assumée.

Néanmoins, elle ne remet pas en question la nécessité d’une alliance entre les deux formations ainsi que celle avec Horizons d’Edouard Philippe, notamment pour 2027 où pour la présidentielle le Mouvement démocrate n’aura sans doute pas de candidat et penche plus pour Edouard Philippe que pour Gabriel Attal.

Reste que s’émanciper de François Bayrou – même si Marc Fesneau déclare que celui-ci reste le chef incontesté du parti et que sa parole sera primordiale en 2027 – et du macronisme n’est pas une mince affaire et l’avenir du MoDem n’est pas encore écrit, ni même assuré.

Globalement, lors des élections qu’elles soient présidentielles ou législatives et à part celle de 2007 où François Bayrou avait réussi à se place en troisième position avec un score d’un peu plus de 18%, le MoDem, c’est autour de 9%-10% des voix.

Ce n’est pas énorme mais ce n’est pas rien évidemment.

Cela impose d’abord de faire des alliances pour avoir des élus mais cela permet aussi de ne pas être à la merci complète des exigences et des injonctions de ses partenaires.

Pour autant, personne ne sait exactement ce que vaut électoralement le MoDem sans François Bayrou (ou en tout cas sans lui en tête de gondole).

Peut-être la même chose, peut-être moins, peut-être plus.

Mais cette interrogation doit être levée l’année prochaine si le parti veut se construire un avenir dans la durée et ne pas avoir été simplement un outil pour les ambitions de son chef et créateur.

Un chef qui a déjà affirmé qu’il ne serait pas candidat à la prochaine présidentielle et dont le futur en politique sera aussi dépendant de son procès en appel concernant les attachés parlementaires européens du MoDem (il a été relaxé en première instance mais pas le parti).

Cependant, quel que soit l’issue de cet épisode judiciaire, il semble bien que François Bayrou a désormais et définitivement sa carrière derrière lui – sauf événement singulier – même s’il restera, en tout cas symboliquement et emblématiquement, la figure centrale et spirituelle du MoDem.

Une première indication a été donnée lors des municipales où, en dehors de l’échec de François Bayrou à Pau, le MoDem n’a pas été à la fête et peut être considéré comme un des vaincus de ces élections ce qui n’a pas été le cas de Renaissance ou d’Horizons, ses «partenaires».

Une des solutions pour exister est de s’ouvrir et de rassembler, le contraire ce qu’a fait François Bayrou depuis 2007 ce qui en fait le principal responsable de la fragmentation actuelle du Centre autrefois largement réuni dans l’UDF lorsqu’il en avait pris la direction.

Ainsi, Marc Fesneau parle d’un rapprochement avec l’UDI où se sont réfugiés beaucoup d’anciens de l’UDF – et qui est devenu un parti de droite modérée, sorte d’appendice de LR, mais plus du Centre – et de la possibilité que des figures de Renaissance rejoignent le MoDem comme, par exemple, l’ex-première ministre Elisabeth Borne qui s’est mise en retrait du parti présidentiel et qui entretient de très mauvaises relations avec Gabriel Attal.

Au-delà du fait que l’UDI c’est entre 1% et 2% lors des législatives au mieux et qu’il est difficile de quantifier l’apport électoral de quelques figures du macronisme, le Mouvement démocrate devra prouver, non pas qu’il existe ou qu’il a un programme, mais qu’il a la capacité à se développer et à représenter tout le Centre.

Parce qu’il y a, en face, des concurrents.

D’abord Renaissance qui, s’il n’est pas uniquement centriste, est néanmoins central et est, pour l’instant, le parti dominant dans cet espace politique.

La «chance» du MoDem est qu’il est aussi un regroupement allant de la gauche sociale-démocrate à la droite libérale et que son ciment, Emmanuel Macron, ne pourra se représenter en 2027 ce qui peut augurer son implosion comme des signes avant-coureur le laisse supposer, que ce soit avant le rendez-vous électoral de l’année prochaine ou après.

Un autre concurrent est le revenant Jean-Louis Borloo – créateur de l’UDI – qui s’était mis en retrait de la vie politique mais qui a fait son retour et voudrait beaucoup se présenter à la présidentielle.

Pour l’instant, il n’a pas réussi à créer une envie particulière chez les Français même si sa popularité demeure élevée lors de ses dernières et récentes apparitions médiatiques.

On peut aussi parler d’Horizons avec un Edouard Philippe requinqué avec sa victoire à la municipale du Havre et le seul candidat pour l’instant à battre au second tour celui du RN – Jordan Bardella ou Marine Le Pen – selon les derniers sondages.

S’il parvient à créer une dynamique dans l’axe central, cela pourrait séduire une partie de l’électorat centriste mais aussi des élus et des militants des partis du Centre.

On le voit, l’avenir du MoDem avec ou, plus certainement, sans François Bayrou dépendra de sa capacité à s’imposer comme le noyau du Centre et de l’axe central.

C’est la tâche que s’est assigné Marc Fesneau mais aussi Jean-Noël Barrot.

Nicolas Levé
Alexandre Vatimbella

 

 


vendredi 5 décembre 2025

Vues du Centre. Pourquoi les centristes auront du mal à voter pour Edouard Philippe

Par Jean-François Borrou et Nicolas Levé


Jouer contre son camp pour ses ambitions personnelles n’a jamais été très glorieux

Mais, en plus, ça ne rapporte pas toujours.

Même Nicolas Sarkozy qui a «tué le père» Jacques Chirac n’a pas osé demander son départ de l’Elysée.

Pourtant c’est ce que fait Edouard Philippe à propos d’Emmanuel Macron.

De plus, il menace, par le vote de ses partisans à l’Assemblée, de faire tomber le gouvernement Lecornu en ne votant pas les budgets de l’Etat et de la Sécurité sociale.

Ce qui créerait évidemment une crise politique avec une éventuelle dissolution de l’Assemblée et, espère-t-il, une démission d’Emmanuel Macron même si ce dernier a annoncé qu’il resterait en poste jusqu’à la fin de son mandat.

Que son parti, Horizons, le fasse ou non, on peut dire que, quoi qu’il arrive, il a déjà franchi la ligne rouge.

Le but de ce position politicien: son ambition présidentielle.

Sa radicalisation anti-Macron – au-delà de l’inimitié qu’il lui porte depuis son départ de Matignon – vient d’une stratégie de droitisation pour récupérer l’électorat LR, voire celui de l’UDR de Ciotti, actuellement allié avec le RN de Le Pen, tout en estimant que l’électorat du camp présidentiel lui est déjà acquis en partie au premier tour et en totalité au second.

Une analyse sans doute portée par les sondages mais qui ne prend guère en compte deux éléments.

Le premier est que l’électorat centriste, en particulier celui de centre-gauche ne partage pas nombre de ses prises de position droitière et ses clins d’œil à la droite radicale.

Des électeurs qui pourraient lui faire défaut au premier tour en se reportant sur un candidat centriste ou même socialiste, ce qui enlèverait les voix nécessaires pour être présent au second tour.

Le deuxième est que cet électorat centriste et plus particulièrement celui qui est fidèle à Emmanuel Macron, ne pourrait voter pour celui qu’il considère déjà comme un traitre.

Ce pourrait être toujours ces voix qui lui feront défaut pour être au second tour.

Ce qu’Edouard Philippe espère c’est qu’il parviendra tout de même à être en finale face à un candidat d’extrême-droite et que la peur de la victoire de Bardella ou de Le Pen ramèneront à lui tous ces électeurs et qu’une sorte de front républicain pourra encore exister alors.

Sans doute qu’alors les centristes et les macronistes iront mettre un bulletin à son nom dans l’urne afin d’éviter la catastrophe.

Mais beaucoup le feront certainement à contre-cœur.

Sans oublier que s’il est élu, des législatives suivront et, là, les voix centristes ne seront sans doute pas au rendez-vous.

Mais, la stratégie d’Edouard Philippe sera alors de s’appuyer sur une alliance des droites pour avoir une majorité au Palais Bourbon et les centristes en seront pour leur frais…

 

[Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste. 
Jean-François Borrou est le pseudonyme d’un journaliste proche des idées centristes. 
Nicolas Levé est directeur des études du CREC]

 

 


dimanche 23 novembre 2025

Chronique centriste. Borloo se prépare pour 2027 en dressant un tableau apocalyptique et populiste de la France


Jean-Louis Borloo a donc décidé de revenir en politique et il va de studios de radio en plateaux de télévision pour porter sa bonne parole.

Cette bonne parole est de faire un constat particulièrement effrayant et anxiogène de la situation de la France, «un pays où rien ne fonctionne» et «où rien ne va» afin de proposer évidemment sa solution miracle puisqu’il a même affirmé sur BFMTV que l’on pouvait faire un changement radical en six mois!

Il serait donc une sorte de messie de la politique avec quelques miracles à la clé car tous ceux qui sont en charge de la France ont échoué depuis qu’évidemment, il ne fait plus partie du gouvernement…

Une de ses recettes c’est de créer des «provinces» et de supprimer les départements et les régions pour éliminer des strates administratives…

Une autre est d’avoir une vision ultra-libérale du rôle de l’Etat, renvoyant aux plus extrêmes conceptions de l’Etat minimum qui ne doit plus se charger que de la sécurité intérieur et extérieur ainsi que de la diplomatie.

Tout le reste va au secteur privé ou aux «provinces» qui auront des pouvoirs qui ressemblent aux Landers allemands ou aux Etats étasuniens qui, selon Borloo, sont plus capables de déterminer les besoins de la population qu’une administration centrale.

En outre, il porte désormais un discours anti-européen et préfère s’occuper de l’Afrique plutôt que de l’Ukraine…

Le problème, selon lui, c’est que tout va mal et que toute mesure est critiquable sauf celles qu’il propose, bien sûr.

Au-delà d’une révolution qui semble impossible à faire en six mois, ce discours aux relents populistes va dans le sens de ce que disent les extrêmes.

Avec cette antienne bien connue, «c’était mieux avant» -- entre autres quand il était aux affaires – qui est celle des conservateurs nostalgiques.

Même si les constats ne sont pas tous faux, les solutions sont, soit éloignées de la réalité politique, soit des promesses qui n’ont aucune chance d’être implémentées en quelques semaines ou en quelques années, voire pas du tout.

Jean-Louis Borloo surfe donc sur le mécontentement ambiant, ce qui ne fait pas une politique responsable et efficace, ni réalisable.

Il profite de sa cote de popularité dans les sondages, due en grande partie à son éloignement des affaires depuis plusieurs années qui lui a redonné une virginité bien connue.

Par ailleurs, à part une UDI moribonde qu’il avait créé puis quitté avec fracas en critiquant ses membres et qui semble soutenir son retour, il n’a guère de troupes pour aller à l’assaut de l’Elysée puisque c’est bien de cela qu’il s’agit.

Enfin, se pose la question de savoir où il se situe sur l’échiquier politique.

Sans doute pas au Centre.

Nicolas Levé

 

 


vendredi 17 octobre 2025

Chronique centriste. Le retour de Borloo pourquoi faire?


Jean-Louis Borloo est de nouveau atteint du virus de la politique.

C’est en tout cas ce qu’il a déclaré alors qu’un sondage le place en tête des personnalités politiques préférées des Français, lui, qui n’a eu aucune activité dans ce domaine depuis longtemps.

C’est d’ailleurs le pourquoi de sa popularité…

Toujours est-il qu’il a expliqué dans plusieurs interventions et interviews, ses intentions au moment où il va y avoir une place à prendre dans l’espace central avec la fin de la présidence d’Emmanuel Macron en 2027.

Comme prévu, au vu de ses relations conflictuelles avec le Président de la république mais aussi avec l’ensemble de la majorité présidentielle, il s’est alarmé de la situation du pays:
«On n'a pas un problème de gouvernement, on a un problème de gouvernance globale de la France. Le sujet du gouvernement de l'instant n'est pas très important. Pas plus, d'ailleurs, que la question du budget de l'instant. (…)
La réalité est assez simple, on fait 40% de déficit. (...) Et à côté de ça, vous voyez l'état des écoles, des prisons, de l'université, de l'agriculture, la chaîne judiciaire, les gamins, on a un million et demi de gamins au pied des immeubles. Enfin, tout ça est délirant.»

Un constat qu’il a répété plusieurs fois, se désolant de «l'état de la jeunesse de France, l'état des mamans de France, l'état des prisons de France, l'état de l'hôpital de France».

Décryptage: le problème, ce n’est pas Lecornu, c’est Macron!

Mais c’est aussi l’existence d’un Etat chaotique:
«La question c'est l'organisation de notre pays. Nous sommes la seule organisation du monde qui n'a pas d'organisation. Dans tout l'aspect public, tout le monde fait tout. Avant c'était simple, l'État faisait tout, on savait qui faisait quoi. (…)
Il n'y a pas une armée, un État, une organisation religieuse ou syndicale qui est aussi émiettée, désorganisée que nous.»

Selon lui, «Il y a urgence, on ne va pas attendre cette espèce de grigri sacré qu'est la présidentielle, dans 18 mois et d'ici là, on ne fait rien. Il faut 18 mois utiles parce que sinon ça va être le meilleur à la télé qui va gagner» et le temps «qu'on prenne des dispositions, il va se passer trois-quatre ans».

Voilà quelques jalons en vue d’une candidature à la prochaine présidentielle…

Toujours est-il qu’il est disponible «comme tiers de confiance, comme animateur, comme perturbateur, comme trouble fête, peu importe», précisant, «je suis en pleine forme, je ne vais pas ménager mes efforts pour y arriver».

Et d’ajouter, «je suis quelqu'un de responsable, si un jour quelqu'un m'appelle, je répondrai de manière responsable à cette personne, point final.»

Si on lui avait demandé de prendre la place de Sébastien Lecornu, «ça aurait été sous réserve qu'il y ait un chemin immédiat pour réunir l'ensemble des Français dans les trois mois, pour rebâtir la France et sortir de cette société de la suspicion, de l'agacement, de la violence, de l'incompréhension».

Le problème avec Jean-Louis Borloo, c’est que personne ne l’a jamais nommé Premier ministre, ni Jacques Chirac, ni Nicolas Sarkozy, ni François Hollande, ni Emmanuel Macron alors qu’il était sans cesse disponible…

Reste à savoir si son retour serait une bonne chose.

L’homme est intelligent et possède de nombreuses qualités mais il a également démontré qu’il n’était pas toujours fiable et qu’il pouvait être soudainement aux abonnés absents.

Il n’a jamais digéré que Chirac nomme de Villepin à sa place à Matignon et que Macron n’ait pas plus de considération à son encontre montrant une susceptibilité pas très «responsable» ce qui lui a fait quitter abruptement l’UDI, parti qu’il avait pourtant créé pour ses ambitions personnelles mais où il était très mal entouré avec la présence de politiciens de peu d’envergure comme Jean-Christophe Lagarde ou Hervé Morin, entre autres.

Allié un temps avec François Bayrou dans une union des Centres lors d’élections européennes, la rupture fut aussi brutale que l’association avec le président du MoDem avait été une surprise, les deux hommes ne s’appréciant guère.

Quant à son positionnement politique, il est difficile à cerner, lui qui a été un pilier des gouvernements de Jacque Chirac et de Nicolas Sarkozy, ce qui le classerait plutôt à droite, mais qui a développé toute une rhétorique plutôt de gauche sur les questions urbaines et qui a enfin créé une formation qui voulait réunir le centre-droit et le Centre dans une tentative de recréer l’UDF.

C’est la raison pour laquelle, il est raisonnable de s’interroger sur ce qu’il pourrait apporter à la France.

Nicolas Levé