mardi 5 mai 2026

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. En matière de service public audiovisuel, l’efficacité est d’abord démocratique


Tous ceux qui viennent critiquer un organisme unique chargé du service public de l’audiovisuel sortent des arguments économiques, sociaux, organisationnelles et autres professionnels qui sont tous discutables.

Mais, ils oublient l’essentiel.

En matière d’efficacité, le seul argument recevable et indiscutable est le démocratique.

Et pour être le plus efficace en la matière nul doute que le service public audiovisuel doit être unifié.

Pourquoi?

Parce que les règles qui le régissent et le fonctionnement doivent ressortir d’une charte qui en fait un organisme qui est unique et n’a rien à voir avec les entreprises audiovisuelles privées.

Car ce service public à une mission essentielle pour la démocratie: informer et cultiver les individus, transmettre donc du savoir, pour en faire de vrais citoyens c’est-à-dire responsables et capables de prendre en main leur existence et leur projet de vie tout en étant des membres intégrés de la société et ce, concomitamment avec l’école.

Cette mission éminemment importante et d’une grandeur humaniste implique un fonctionnement et des choix éditoriaux où les croyances personnelles et les taux d’audience n’ont aucune importance (même si évidemment il serait important pour la formation du citoyen qu’ils soient élevés).

Or, que ce soient les politiques ou les professionnels qui travaillent pour cette mission et dans ce service public, tous ont œuvré à faire en sorte que ce dernier ressemble de plus en plus aux médias de la sphère privée.

C’est non seulement une erreur mais une faute.

Une faute parce que cela pervertit la mission de service public pour la ramener au fonctionnement et aux objectifs des médias privés.

Vouloir qu’il fasse des programmes au fort taux d’audience, autoriser la publicité, être en concurrence avec les émissions les plus racoleuses du privé, tout transformer en «divertissement» même les informations, voilà quelques-unes des perversions du service public.

Si le taux d’audience ne doit pas être négligé car il mesure la qualité des programmes, ce n’est pas le critère le plus important pour un média du service public de l’audiovisuel est sa qualité, c’est-à-dire le fond et la manière dont celui-ci peut toucher le plus large public (ou le public ciblé s’il est destiné à un groupe spécifique).

Et cette qualité ne peut pas être atteinte avec des objectifs qui sont identiques aux médias commerciaux qui doivent se vendre principalement, non pas à leur audience, mais à leurs annonceurs tout en privilégiant le divertissement sur le culturel, le sensationnel sur le savoir.

Et pour être le plus efficace dans leurs missions, tous les médias participant au service public de l’audiovisuel doivent être regroupés.

Mais, et c’est primordial, ce regroupement ne doit pas se faire sous la tutelle étatique donc gouvernementale.

Un service public médiatique de l’information et de la culture doit être le quatrième pilier de la démocratie au même titre que l’exécutif, le législatif et le judiciaire.

Même s’il n’a pas le pouvoir de contraindre et/ou de légiférer comme ces trois-là, en revanche, il doit être aussi indépendant et rendre des comptes uniquement au peuple par le biais d’un contrôle par une autorité elle aussi indépendante élue par un collège dont on doit déterminer la composition qui peut être éventuellement chapeautée par un comité de surveillance nommé par les parlementaires.

Mais le gouvernement, à part lui assurer sa totale indépendance issue d’un statut votée par les représentants du peuple et inscrit dans la Constitution, n’a rien à faire dans son fonctionnement et dans la désignation de ceux qui y travaillent.

Ce n’est que de cette manière que l’on peut mettre en place un vrai service public qui aura un cahier des charges très précis et une déontologie, notamment journalistique, particulièrement détaillé allant de pair avec des critères de recrutement et la signature lors de l’embauche d’une charte éthique à respecter.

On doit enfin comprendre l’importance pour le présent et l’avenir de la démocratie républicaine libérale et l’émancipation du peuple de mettre en place une véritable institution capable de former et d’informer à côté des médias privés partisans et/ou commerciaux pour donner la matière qui permette aux citoyens de vraiment se faire une opinion par eux-mêmes sans interférence entre la réalité et sa médiatisation en ce qui concerne l’information.

 

 


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