jeudi 11 mai 2017

Législatives 2017. Macron et le cas Valls: mauvaise gestion médiatique mais politiquement logique

Manuel Valls
Le cas Manuel Valls a été une erreur dans sa gestion humaine et médiatique de l’équipe d’Emmanuel Macron.
En revanche, sa logique politique est incontestable même si elle peut se retourner contre le nouveau président de la république.
D’abord l’erreur.
Après la déclaration de l’ancien premier ministre qui voulait inscrire sa candidature aux législatives dans le cadre de la nouvelle majorité présidentielle, sans pour autant demander à être membre de La République en marche (nouveau nom d’En marche!), ni même dans une investiture formelle, la réaction d’hostilité du camp du nouveau président, notamment de ses proches a été désastreuse en terme d’image.
Il n’y avait aucune raison particulière aux yeux du grand public de répondre de manière aussi négative et aussi agressive à cette offre de service.
De même, les arguments administratifs utilisés par Jean-Paul Delevoye qui dirige la cellule des investitures étaient pout le moins déplacés.
Il suffisait de prendre acte et même de se réjouir d’un ralliement tout en expliquant que des règles existaient pour se présenter sous la bannière de La République en marche mais que Valls pouvait, en socialiste ou en indépendant, aller devant le suffrage universel comme pro-Macron pour avoir une attitude digne et positive sans pour autant adouber l’ancien premier ministre.
Or, malheureusement, ce n’est pas ce qui s’est passé et Emmanuel Macron ou, en tout cas, son équipe, sont apparus comme des gens avec un hubris démesuré et une certaine mesquinerie.
Ce qui est totalement désastreux en terme d’image pour ceux qui prétendent faire de la politique autrement et qui sont, affirment-ils, dans la réconciliation et la réunion de tous les Français.
Ensuite, il y a la logique politique.
Et là, on peut estimer que la fin de non-recevoir de La République en marche vis-à-vis de la candidature de Manuel Valls possède des arguments solides.
D’abord, même si Macron a piqué l’espace politique de Valls, il a existé une agressivité de ce dernier à l’encontre du nouveau président lorsque celui-ci a fondé son mouvement puis a décidé de se présenter.
Cette agressivité venait d’un dépit de voir partir Macron du gouvernement et de ne plus pouvoir le contrôler (même si ses déclarations pouvaient mettre souvent Valls en porte-à-faux) mais aussi de ne pas accepter de voir celui-ci lui fermer la porte de la rénovation de la vie politique qu’il voulait incarner dans des alliances avec les centristes et les droitistes modérés ainsi que de le changement de nom du Parti socialiste.
Du coup, Emmanuel Macron n’a aucun devoir quelconque envers Manuel Valls et il peut estimer que son ralliement contient une dose d’opportunisme.
Ensuite, il est vrai que la règle pour se présenter sous l’appellation «majorité présidentielle» a été réservée aux membres d’En marche!
Tout simplement afin de pouvoir mieux contrôler les futurs élus mais aussi parce que seuls les élus encartés auprès de Macron financeront, selon la loi, La République en marche.
Enfin, non seulement Manuel Valls vient de la Gauche alors qu’Emmanuel Macron a besoin de personnalités de premier plan de droite en ce moment mais, pour nombre de Français, il fait partie de l’ancienne classe politique, celle que le nouveau président veut renvoyer définitivement du pouvoir.
Néanmoins, il y a un élément fondamental qu’Emmanuel Macron ou ses lieutenants ont oublié dans leur gestion du cas Valls et qui risque de leur poser des problèmes.
Pour gouverner et faire passer des réformes fortes et difficiles, le nouveau président aura besoin de ratisser le plus large possible.
En l’occurrence, il faudra qu’il s’allie le plus possible – même s’il a la majorité absolue à l’Assemblée nationale – sur les députés de l’axe central (Droite, Centre, Gauche réformistes et progressistes).
De ce point de vue, la mésaventure Valls peut, à la fois, détourner certains de ces élus d’une volonté de travailler avec Macron et rendre la tâche de ce dernier nettement plus compliquée, notamment s’il n’obtient pas cette majorité absolue en juin prochain.

Alexandre Vatimbella


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