La victoire d’une courte-tête d’un «démocrate socialiste
d’Amérique» (DSA ou Democrat socialist of America) lors de la primaire du
Michigan face à une centriste ancienne collaboratrice d’Obama a relancé, après
l’élection de Mamdani à la mairie de new York et de quelques autres succès de
la gauche du Parti démocrate, le débat sur la capacité de ce dernier à gagner
les prochaines élections de mi-mandat en novembre et de mobiliser en sa faveur
les électeurs centristes «independents» (affiliés à aucun camp et majoritairement
mais pas unanimement modérés), ce qui sera indispensable pour battre les républicains.
Des sondages montrent que les sympathisants du Parti
démocrate sont très majoritairement prêts à voter pour un progressiste de gauche
voire un socialiste mais tel n’est pas le cas des independents.
Ainsi, le dernier sondage à ce propos, réalisé par
Ipsos pour le Washington Post indique que 75 % des électeurs démocrates affirment
qu’ils ne voient pas de problème à voter pour «un candidat à la présidence qui
s'identifie comme socialiste démocrate».
En revanche, 54% des independents refusent de le faire
(contre 36% qui sont prêts) et 54% des électeurs contre 42% partagent la même
opinion (avec évidemment 88% des électeurs républicains qui sont du même avis).
Et à la question de savoir s’ils apprécient les
politiques qui se déclarent DSA, seuls 33% des démocrates sondés ont répondu
par l’affirmative et 12% des independents.
Si un candidat socialiste n’a pas d’incidence sur la
victoire du Parti démocrate dans une ville comme New York, en revanche cela
pourrait faire perdre les démocrates dans le Michigan ou ailleurs.
Et le débat ne fait pas seulement rage dans les médias
et dans la population mais à l’intérieur même du Parti démocrate divisé où les
centristes – et pas seulement eux – pointent le danger encouru alors même que
Trump et les républicains sont au plus bas dans les sondages.
Comme l’explique l’essayiste Thomas Edsall dans le New York Times:
«Les politologues divergent largement quant à l'estimation de l'effet
négatif de l'identification comme socialiste ; cet effet varie de zéro à
plus de cinq points – un montant suffisant, dans le cas le plus élevé, pour
influencer le résultat de certaines élections à la Chambre des représentants ou
au Sénat. Il est en revanche plus largement admis que si le Parti démocrate est
perçu comme socialiste par le public, cela coûtera deux ou trois points de
pourcentage à ses candidats, ce qui suffit à lui seul à faire basculer
certaines élections.»
De son côté, la politiste de Stanford Brandice
Canes-Wrone confirme l’avantage à se présenter comme un démocrate centriste:
«Nos meilleurs indicateurs suggèrent que le Centrisme reste un atout lors des
élections générales, même si l'impact n'est pas considérable.»
Ainsi, si le Parti démocrate part favori pour les élections
de mi-mandat, majoritairement en raison de la présidence catastrophique de
l'impopulaire Trump, elle estime que l'ampleur de ses gains «pourrait être
atténuée par les candidats démocrates d'extrême gauche, qui contribuent à
forger une image du parti moins attrayante dans les circonscriptions indécises.»
Reste que tout cela n’est pas nouveau et les candidats
socialistes sont souvent un handicap pour le Parti démocrate en particulier
pour la présidentielle.
A chaque fois qu’il a présenté un candidat très à
gauche, il a perdu comme en 1972 avec George McGovern écrasé par Nixon, en 1952
et 1956 avec Adlai Stevenson, en 1896, 1900 et 1908 William Jennings Bryan.
Rappelons que ces échecs, notamment celui de 1972, est
une des raisons pour lesquelles il a adopté une ligne centriste.
Pour les élections de mi-mandat où l’entière Chambre
des représentants et un tiers des sénateurs sont renouvelés, la présence de
candidats de gauche ou d’extrême-gauche est sans doute moins problématique pour
le Parti démocrate.
Sauf si les électeurs modérés, qu’ils soient démocrates,
independents et républicains anti-Trump estiment que leur présence au Congrès
risque d’influer sur la ligne politique du parti en le déportant trop vers la
gauche selon eux et qu’ils décident ainsi de ne pas voter en sa faveur même si,
dans leur circonscription, le candidat démocrate est un centriste.