vendredi 16 août 2019

Regards Centristes. 17 – Pour le Centrisme, la sécurité est au cœur d’une société libre

Regards Centristes est une série d’études du CREC qui se penchent sur une question politique, économique, sociale ou sociétale sous le prisme d’une vision centriste. Dix- septième numéro consacré au rapport du Centrisme avec la sécurité, composante incontournable de sociétés qui se veulent démocratiques, c’est-à-dire qui veulent assurer la liberté de tous et dont les centristes sont les défenseurs.

La sécurité est, sans doute, une des raisons essentielles, si ce n’est la première, qui a fait que les humains aient décidé de faire société, c'est-à-dire de s’associer en nombre pour être plus à même d’affronter du mieux possible les défis que leur présence sur terre les obligeaient à relever.
On retrouve cette nécessité chez nombre d’espèces animales, nécessité qui permet de protéger sa vie contre les agressions multiples.

Dans une société démocratique et républicaine moderne, la sécurité que l’Etat doit à la population est multiforme.
Il y a évidemment la sécurité contre la violence physique qu’elle vient de l’intérieure de la société (lutte dévolue à la police) ou qu’elle lui soit extérieure (lutte dévolue à l’armée).
Il y a, ensuite, la sécurité contre l’atteinte à ses biens qui revient à la police et à la justice.
Il y a également la sécurité quant au cadre juridique dans lequel les individus nouent des relations et des contrats avec d’autres, sécurité qui est dévolue, également, à la police et à la justice.
Mais il y a également la sécurité quant à l’existence des personnes au-delà de leur intégrité physique et psychologique face à la violence, la sécurité d’avoir une vie digne (avec la sécurité d’être à l’abri du besoin), la sécurité d’être en bonne santé physiologique et psychologique.
Sans oublier la sécurité vis-à-vis des produits et des services pour que ceux-ci ne soient pas dangereux pour les citoyens (comme la sécurité alimentaire ou celle du transport aérien).
On le voit, la sécurité regroupe de nombreux domaines – loin de la vision libérale originelle qui la limitait à la défense de l’individu et de ses biens contre la violence physique et le vol dans le cadre de la loi – où les pouvoirs publics doivent faire en sorte qu’elle obéisse à des règles claires et efficaces.

Mais cette sécurité multiforme indispensable et nécessaire dans des sociétés complexes du XXI° siècle pour le Centrisme ne doit pas devenir un moyen de contrôle social ou de limitation des libertés.
En effet, pour les centristes, sécurité et liberté doivent se mouvoir dans une relation de juste équilibre.

Sur le plan moral il ne peut y a avoir de liberté sans sécurité, cela est chose sûre.
Ou, plus concrètement, sans la sécurité, seule la liberté (c'est-à-dire la licence) du plus fort, du plus retors et du plus malhonnête peut réellement avoir cours puisque sans règles (système juridique) et sans moyen de les faire appliquer (police, justice, armée) aucune véritable liberté pour chaque citoyen ne peut exister.
Du coup, la sécurité est consubstantielle à la démocratie, régime de la liberté pour tous, puisqu’elle assure la régulation de la violence au sens large et permet à chacun de pouvoir exercer réellement sa liberté à l’abri du danger.
Mais, bien sûr, pour le Centrisme, tout cela doit se faire dans le juste équilibre.
L’ordre sécuritaire ne doit pas être liberticide et la liberté ne doit pas être confondue avec la licence.

Mais comment assurer correctement – c'est-à-dire au mieux que l’on puisse faire – la sécurité tant intérieure qu’extérieure.
Si face aux menaces externes, on n’a pas mieux inventé que la force pour les grands pays (les petits pouvant jouer sur un autre registre tant que les grands le tolèrent…), même si le «soft power» peut également amener de la stabilité dans le rapport de force, sans oublier les organisations internationales (comme l’ONU) ou fédératives (comme l’Union européenne), ne doit-on pas également, voire avant tout, penser à un ordre mondial plus juste qui éloignerait le risque de conflits de toute sorte et, in fine, armés?
Si, sur le plan intérieur, l’existence d’une police semble une évidence, est-ce que celle-ci ne doit pas être mise en regard également d’une justice sociale qui pacifierait les rapports sociaux et feraient en sorte que la violence serait moins importante?
Sachant, tout de même, que l’éradication totale de la violence est sans doute impossible parce qu’il y aura toujours un gouvernement d’un pays qui voudra dominer sa sphère soi-disant «naturelle» d’influence ou même le monde par des moyens guerriers et parce qu’il y aura toujours des individus qui voudront profiter des autres par la contrainte physique et psychologique.
Pour autant, on ne peut réduire la sécurité à l’intervention d’une force de répression.
Celle-ci doit être couplée avec des moyens de prévention et des mesures permettant d’éviter les causes même de l’insécurité (comme la lutte contre la pauvreté qui est, au-delà de son caractère moral, une action très en amont pour assurer la sécurité collective).
Cependant, la proportionnalité de la prévention et de ses mesures est indispensable pour garantir le plus haut degré de liberté individuelle (dont fait partie le respect de la vie privée).
En ce XXI° siècle, on pense évidemment à toutes les technologies de surveillance qui peuvent être liberticides et qui le sont dans certains pays, la Chine étant le leader incontesté en ce domaine et le fait qu’elle est un régime totalitaire n’y est évidemment pas étranger.
Pour autant, on ne peut tomber dans un excès inverse qui serait de réduire la sécurité au minimum, ce que demandent nombre de courants politiques (comme les libertariens aux Etats-Unis) parce que cela reviendrait à faire de la liberté un bien uniquement accessible à certains.
On l’aura compris, pour le Centrisme, c’est bien la notion même de sa vision politique, le juste équilibre, qui peut résoudre la problématique.
Celle-ci doit évidemment se coupler avec la situation présente.
Ainsi, on ne peut suivre ceux qui condamnent des lois anti-terroristes prises dans les démocraties républicaines ces dernières années comme uniquement liberticides en oubliant, non seulement, les menaces réelles et les victimes des terroristes mais aussi du sentiment d’insécurité qui irradie les sociétés où il est présent (qu’il soit interne ou externe à celles-ci), sentiment qui grève l’existence de leurs membres, donc qu’il faut canaliser par des mesures qui ramènent la confiance.
A l’inverse, le terrorisme ne doit pas être l’alibi et le paravent pour établir un contrôle social et policier sur une population comme c’est, par exemple, le cas dans la province chinois du Xinjiang où les Ouïghours musulmans font l’objet d’une véritable chasse à l’homme et sont incarcérés dans des proportions gigantesques dans des «camps de rééducation» sans parler de leur élimination physique.

Cette question de la proportionnalité entre sécurité et liberté est un des débats essentiels dans les démocraties républicaines depuis l’avènement de républiques aux régimes démocratiques au XVIII° et XIX° siècle aux Etats-Unis et en France.
En devenant plus complexes, les sociétés démocratiques ont complexifiées le débat même si le principe demeure le même «sans sécurité pas de liberté».
Aujourd’hui, comme hier, trouver le point d’équilibre est difficile d’autant que la pression des événements joue constamment sur sa position sur la balance.
On le voit avec la question migratoire qui agite toutes les sociétés démocratiques occidentales avec des réponses diverses où les mesures sécuritaires sont souvent le seul outil utilisé fasse à l’incapacité de trouver de vraies solutions pérennes ou à la mauvaise volonté de les trouver et de les mettre en place.

Le Centrisme et le principe de précaution
L’immobilisme a toujours été, pour les sociétés, un danger de stagnation voire, souvent, de régression, surtout dans le monde tel qu’il s’est constitué depuis le XIX° siècle. A l’inverse, l’action est une vertu essentielle permettant à une société de devenir plus humaniste, plus développée et plus juste. Une action qui doit s’accompagner tout à la fois de la nécessaire prévention du risque mais aussi de l’indispensable promotion de la prise de risque.
Or, c’est tout le contraire qui se passe aujourd’hui en France! La reconnaissance juridique du principe de précaution (qui se trouve dans la Constitution suite à une volonté de Jacques Chirac) et le refus de la prise de risque par les citoyens et leurs élus, rendant impossible toute réforme, montrent, s’il en était encore besoin, comment notre société devient frileuse, apeurée devant un futur qu’elle semble incapable de maîtriser, pire de conceptualiser. Dès lors, elle dresse des barrières aussi futiles et inutiles que dangereuses pour son avenir sans pour autant agir efficacement contre certains risques. Ainsi, avec ce fameux principe de précaution, nous pourrions assister, dans les années à venir, à la multiplication d’actions juridiques dont les conséquences seront de paralyser l’action et la positive prise de risque. Ce risque qui est, par ailleurs, un constituant incontournable de notre existence individuelle et collective.
Ce n’est pas d’un principe de précaution castrateur dans un monde où le risque est inhérent à la vie que nous avons besoin mais d’un principe de prévention. Car précaution n’est point prévention. Prévenir, c’est être capable d’identifier puis de traiter le mal à temps pour l’éliminer tout en garantissant la vitalité d’une société. En revanche, le principe de précaution est un principe contre la vie. Il interdit, a priori et sans aucun motif prégnant, toute prise de risque et même toute activité qui pourrait comporter potentiellement ou éventuellement un risque. Les philosophes, les scientifiques et les chefs d’entreprise qui sont au cœur de la réflexion sur la prise de risque et sur son application ne s’y sont pas trompés en condamnant sa mise en place.
La prévention a, en plus, d’autres atouts. Elle est ainsi beaucoup plus efficace et beaucoup plus économique que l’interdiction, la répression, la punition et la réparation. Nous devons totalement repenser nos sociétés sur la base de la prévention qui doit être le fil rouge de leur développement. Il ne faut plus se contenter de punir puis de réparer des dégâts qui, par ailleurs, sont la plus souvent impossibles à réellement réparer, il faut faire en sorte qu’ils ne se produisent pas.
Il n’y a pas de vie sans risques, disions-nous. Le risque fait donc partie intégrante de notre vie. C’est d’ailleurs ce que nous disent les philosophes, les physiciens et les biologistes quand ils affirment que nous devons apprendre à vivre avec le risque et à le gérer. Les sociologues nous disent même que nous sommes entrés dans une société du risque depuis que l’être humain est devenu capable de détruire l’humanité tout entière grâce à l’atome. Or donc, le risque fait partie de notre quotidien.
Dans le même temps, de nombreux hommes politiques et observateurs attentifs de la société nous affirment que nous ne sommes plus capables, nous, les Français (et les Européens), de prendre des risques. En fait, nous ne désirons plus en prendre et nous demandons une société de sécurité totale que ce soit au plan économique, social et physique tout en demandant à être plus autonomes... Ce qui est évidemment impossible.
Mais tout ceci n’est-il pas un méli-mélo où l’on mélange tout et n’importe quoi? Lorsque l’on parle de risque, il est essentiel de faire des distinguos pour clarifier ce fatras d’idées reçues. La première et la plus fondamentale des distinctions est à faire entre le risque pris et le risque subi.
Il y a, dans la société, deux sortes de risques : les risques subis et les risques pris. Il n’est pas question d’agir sur les seconds (sauf lorsqu’ils mettent en danger des personnes extérieures qui subissent alors le risque) mais sur les premiers. D’ailleurs, la recherche constante des êtres humains et des sociétés a été de réduire ce risque subi, de le confiner voire de le faire disparaître.
Prendre un risque n’a rien à voir dans le processus de décision avec se prémunir d’un risque subi. Un alpiniste qui gravit une montagne pour son plaisir prend consciemment le risque d’être emporté par une avalanche. Les enfants qui vont à l’école du village dans la vallée subiront cette avalanche. Dans le premier cas, c’est de responsabilité et de liberté individuelle dont on parle. Dans le second cas, on parle de responsabilité collective et de sécurité individuelle et collective. La distinction est énorme.
Dans les risque subis, il faut une nouvelle distinction entre ceux qui sont inhérents à la vie, inévitables à plus ou moins long terme (comme la mort), qui sont généralement des risques « naturels » mais qui sont néanmoins reportables dans le temps et ceux que nous pouvons prévenir (comme un accident de la route), qui sont généralement des risques « sociétaux », des risques créés par la société, mais qui sont contrôlables et dont on peut tenter de les éradiquer (même s’il faut distinguer aussi avec les risques nés du fait même de la constitution d’une société qui, eux, sont inévitables sauf à vouloir la détruire). Nous devons vivre avec les premiers même en s’en protégeant et nous devons travailler à éliminer plus ou moins totalement les seconds.
C’est cette dernière catégorie qui doit être l’objet de toute l’attention du politique lorsqu’il met en place des politiques de sécurité et de protection. Mais le politique doit aussi garantir le risque pris et même le promouvoir. Bien entendu, le risque pris ne doit pas être un risque subi pour d’autres car alors il entre en conflit avec la liberté et la sécurité de l’autre. Prévenir le risque de guerre est un but humaniste. Promouvoir le risque d’entreprendre l’est également puisque entreprendre est une action d’émancipation indispensable à la vie et au progrès humaniste. Risquer sa vie ou une partie de sa vie doit avoir un sens émancipateur et non être une fatalité voire une imposition.
Dans le domaine du risque pris, il faut distinguer le risque à vocation sociale et celui à vocation individuelle. Bien entendu, dans le risque à vocation sociale (créer une entreprise commerciale, par exemple), la dimension individuelle est présente. Mais, il ne peut être totalement assimilé au risque que l’on prend, par exemple, lorsque l’on fait du parapente pour son plaisir.
En outre, dans tous ces types de risque, la prévention ne peut pas agir de même et, dans certains cas, ne doit pas agir. On peut, évidemment, informer sur les risques encourus mais il serait vain et même contre-productif de prévenir certains risques sauf à créer une société sclérosée même si l’on doit aussi réfléchir sur qui doit prendre le risque social et en supporter les éventuelles conséquences (par exemple, lors de la faillite d’une entreprise).
Le principe de prévention ne peut que concerner les risques subis. Et encore, il ne doit pas intervenir de manière systématique dans la mécanique d’un risque pris qui peut parfois être assimilé à tort à un risque subi. Ainsi, toute opération chirurgicale comporte un risque. Celui-ci est pris par le patient. Si une erreur est commise, le patient prétend qu’il a été la victime d’un risque subi. Mais cela ne peut et ne doit être vrai que s’il y a eu une faute réelle ou un désir de nuire. Le seul fait du danger de l’opération ne peut être retenue à la fois pour ne pas prendre le risque ou pour condamner ceux qui ont agi afin d’opérer et donc de rendre sa santé au patient.
Quoiqu’il en soit, il est important de promouvoir le risque pris, notamment en matière économique, et bâtir une protection efficace contre le risque subi évitable. Il ne faudrait pas oublier que la conquête d’une plus grande liberté et d’une plus grande autonomie de l’individu s’accompagnent d’une plus grande incertitude face à son existence et donc à une augmentation de certains risques ou à la perception du risque. S’il n’est plus obligé d’entrer dans un moule, il n’a plus, en conséquence à en suivre le cadre et il se retrouve souvent dans une angoisse existentielle qui s’apparente à un risque subi. Nous sommes dans une société où l’individu a gagné en liberté ce qu’il a perdu en certitudes. L’idée n’est pas de revenir en arrière, ce que même les citoyens ne souhaitent pas, mais d’accompagner cette nouvelle réalité de l’individu par l’invention d’un lien social rénové et par une formation adéquate de l’individu qui lui permette d’affronter le monde et de prendre les bonnes décisions pour lui-même, sa famille et son entourage en minimisant au maximum les risques subis mais en maximisant la prise de risque.
Réconcilier la France avec elle-même, réconcilier les Français avec l’effort, l’envie d’entreprendre et la réalité des choses passent par un discours honnête, une concertation continue de la population et de ses médiateurs, une volonté de promouvoir l’initiative individuelle dans ce qu’elle a de meilleur pour l’individu tout en s’attachant à offrir le maximum de sécurité et protection possible en rapport de la situation sociale et économique du moment. Car si le risque est inhérent à la vie, si la prise de risque est fondamentale, n’oublions pas pour autant que la fonction première de la collectivité est d’assurer la protection de ses membres. C’est même la raison principale pour laquelle les êtres humains ont fondé les premières communautés.

Alexandre Vatimbella avec l’équipe du CREC

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