dimanche 17 novembre 2019

Une Semaine en Centrisme. Les Français ne croient plus au clivage gauche-droite selon les sondages… mais le pratique assidument!

Le questionnement sur la persistance d’un clivage gauche-droite est récurrent dans les médias qui commandent à périodes répétées des sondages qui sont autant de tartes à la crème.
Le dernier en date nous vient de l’institut Ifop réalisé pour Le Figaro.
Et, sans surprise, les sondés estiment, tous bords confondus, que le clivage «ne veut plus dire grand-chose et est dépassé à 64% ou «à encore un sens mais n’est plus le clivage dominant» à 27%.
Seuls 9% affirment qu’il continue à jouer un rôle important.
Si l’on regarde les résultats selon les proximités politiques, 56% des sympathisants LaREM, 67% de ceux du MoDem, 58% de ceux de LR, 44% de ceux du PS, 57% de ceux de EELV, 73% de ceux du RN, 53 de ceux de LFI et 81% de ceux qui disent n’avoir aucune proximité avec aucune des formations politiques répondent que le clivage est dépassé.
A l’inverse, on ne trouve que 6% des sympathisants de LaREM, 3% de ceux du MoDem, 8% de ceux de LR, 16% de ceux du PS, 7% de ceux d’EELV, 8% de ceux du RN, 20% de ceux de LFI et 6% de ceux sans proximité avec un parti politique qui disent que ce clivage demeure important.
Si l’on détaille les résultats par grands courants politiques, 56% du Centre, 51% de la Gauche, et 59% de la Droite pensent le clivage dépassé.
A noter que 61% des électeurs d’Emmanuel Macron lors de la présidentielle de 2017 disent que le clivage est dépassé (76% pour ceux de Marine Le Pen) et 6% qu’il est important (8% pour Le Pen).
Tout cela serait très clair et limpide si tous les votes de ces mêmes Français ainsi que leurs positionnements sur la plupart des questions politiques, économiques, sociales et sociétales ne contredisaient absolument ces résultats et montrent que ce clivage est bien réel et en pleine forme!
Un sondage réalisé par l’institut Ipsos en mars 2018 (lire ici) est, de ce point de vue, très révélateur des contradictions des Français sur cette question.
Ainsi, 70% (soir plus que dans ce sondage de 2019) affirmaient que ce clivage était dépassé mais ajoutaient dans la foulée à 71% qu’«être de gauche et de droite c’est pas pareil» et à 62% qu’«il existe de vraies différences entre la gauche et la droite».
Si l’on comprend bien les réponses des sondés, le clivage est dépassé mais nous la pratiquons quotidiennement parce que nous croyons qu’il existe et qu’il est pertinent…
Au-delà des résultats de ces enquêtes, nous pouvons constater tous les jours que toutes les grandes questions qui traversent la sphère politique au sens large sont traitées de manière partisane et idéologique où chacun se positionne au centre, à droite et à gauche.
Bien entendu, cela ne veut pas dire que d’autres clivages ne peuvent se surajouter à celui de l’échelle gauche-centre-droite, voire à mieux structurer cette dernière.
Celui qu’Emmanuel Macron a mis à l’honneur entre «progressistes» et «conservateurs» existe bien et traverse le paysage politique autrement que celui entre la gauche et la droite.
Mais on peut être progressiste différemment et être, de multiples manières, conservateur tout en restant avant tout de gauche, du centre ou de droite.
On pourrait ajouter d’autres clivages comme celui entre les «mondialistes» et les nationalistes», entre ceux qui sont écologistes et ceux qui ne le sont pas (l’écologie n’étant pas le domaine réservé d’EELV), etc.
De même, il y a nombre de clivages «secondaires» qui peuvent se révéler lors de débats sur des questions précises comme on l’a vu récemment avec la PMA et la GPA.
On peut se demander pourquoi ce clivage, alors même qu’il est utilisé sans cesse par chacun pour se positionner (positivement, «je suis du centre», par exemple ou, négativement «je ne suis pas d’extrême-droite»), est rejeté dans les sondages par les Français.
Si l’on peut comprendre que les sympathisants centristes soient plus enclins à penser que le clivage est obsolète, eux qui militent pour un large rassemblement autour d’une vision équilibrée de la politique, il est étrange qu’une majorité de sympathisants des partis extrêmes, RN et LFI le prétendent alors même que leurs critiques vis-à-vis du pouvoir en place est essentiellement idéologique (gouvernement qui brade la France pour l’extrême-droite, président des riches pour l’extrême-gauche).
Il est, bien sûr, tentant d’utiliser les justifications des personnes interrogées mais ce serait aller dans le sens de leurs réponses oxymoriques «il n’y a plus de clivage mais je crois et pratique ce clivage»!
Dès lors, on peut penser qu’il y a une sorte, à la fois, de désabusement dans les croyances idéologiques dont les Français estiment qu’aucune n’est réellement pertinente ou ne détient la vérité à elle seule, et, en même temps, d’estimer que ce que l’on pense politiquement est une vérité qui transcende les clivages partisans, c’est-à-dire en réactivant ces derniers de manière encore plus prégnante!
Toujours est-il qu’il faut rappeler, in fine, que l’échelle gauche-centre-droite n’est qu’un outil qui permet de pouvoir placer les différentes idéologies et opinions politiques.
Et qu’à preuve du contraire, elle demeure la plus pertinente pour cet exercice même si elle n’est pas la seule à pouvoir être utilisée.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC

(Sondage Ifop réalisé par internet les 5 et 6 novembre 2019 auprès d’un échantillon de 1007 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus / Méthode des quotas / Marge d’erreur de 3 points)

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