mercredi 29 juillet 2020

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Notre pouvoir procréateur devrait nous donner plus de devoirs que de droits


«Je veux tomber enceint», je dis.
«Mais, mon bon monsieur, me répond-on, les hommes ne le peuvent pas!»
«Mais alors, pourquoi, je demande, les femmes seules et les femmes homosexuelles peuvent tomber enceintes, je croyais qu’il fallait un homme pour que cela marche?»
«Pour ne pas discriminer» on me répond.
«C’est pourquoi, je veux tomber enceint, je dis, pour que les hommes ne soient pas discriminés!»
On comprend bien dans l’absurdité de ce petit dialogue imaginaire que l’argument de la discrimination est complètement illégitime car, en l’occurrence, en matière de procréation c’est la nature, ici, qui discrimine depuis que l’humain est apparu comme espèce et, à moins de nous créer par quelque médication ou opération hermaphrodite capable de s’inséminer, deux femmes ou deux hommes ne seront jamais capables de donner naissance à un enfant naturellement (c’est pourquoi ils font appel à des techniques où des hommes et des femmes interviennent pour uniquement donner la vie sans aucune préoccupation de la personne à qui ils la donnent).
Pour ce qui est de l’adoption par des couples homosexuels, la question posée et non résolue faut-il encore le rappeler, est celle de l’absence d’éventuels problèmes et séquelles dans le développement de l’enfant et dans sa vie d’adulte.
Question qui se pose évidemment également pour la PMA pour toutes mais à laquelle se surajoute la conception même d’un enfant à naître donc qui n’existe pas en dehors de ce projet de désir/plaisir d’un ou deux individus.
Cependant, et c’est là l’essentiel, in fine, dans les deux cas, on se préoccupe d’abord du droit à l’enfant (enfant objet) puis, de manière auxiliaire, du droit de l’enfant (enfant sujet) quand on s’en préoccupe tout court.
En tant que défenseur intransigeant du droit des enfants, permettez-moi de ne pas être d’accord sur ce que je considère comme une inversion des valeurs.
Je veux préciser immédiatement que je ne suis pas et je n’ai jamais été pour les thèses de l’introuvable «famille traditionnelle», ce n’est pas ce qui me motive, ce n’est jamais ce qui m’a motivé.
Alors, parlons du droit des enfants, seule référence acceptable ici.
Nous sommes des sortes de dieux, nous, humains et animaux (certains prétendent que les plantes aussi), qui sommes capables de donner ce qui est le plus sacré: la vie.
Mais ce qui nous caractérise par rapport à la plupart des animaux (et aux plantes), c’est que, nous, humains modernes, nous sommes conscients de ce pouvoir de procréation et de son importance et que nous avons les moyens de la provoquer avec des techniques et pas simplement la donner naturellement.
Dès lors, cette conscience dans notre capacité à donner la vie, à faire exister un être nous impose de réfléchir à cet acte, en regard de nos valeurs humanistes, sur nos comportements moraux et éthiques.
D’autant que nous sommes capables de créer la vie en dehors du processus naturel et donc de pouvoir offrir un enfant à une personne qui ne pourrait pas en avoir normalement, soit à cause de problèmes médicaux, soit par orientation sexuelle.
En un mot, notre pouvoir procréateur, dans une société humaine du XXI° siècle, doit nous amener à considérer avant tout nos devoirs sur l’être que nous créons, faisons naître et impliquons dans l’existence terrestre et non les droits que nous avons sur lui, notre droit de l’avoir sur son droit d’être.
Que les esprits chagrins se rassurent: donner un cadre comportemental à partir des valeurs qui fondent nos sociétés fait bien partie de nos devoirs.
Il ne s’agit pas de faire de l’enfant un roi, ce qui n’a jamais existé, comme nous, nous nous considérons souvent comme des tout-puissants notamment vis-à-vis… de nos enfants!
Non, il s’agit de ne pas faire des adultes des empereurs sans conscience et sans responsabilité et, plus simplement, de parler des droits de l’enfant avant les nôtres, de nos devoirs avant les siens, de son bienêtre avant nos désirs.
Et ici une évidence: nous devons éviter toute action légale qui peut avoir un effet négatif sur la vie de l’enfant et son développement.
Nous devons ainsi éviter que la société autorise des pratiques dont nous ne sommes pas capables d’apprécier les conséquences.
Et c’est le cas pour ce qui est de la PMA pour toutes et de l’adoption par tous.
Ce devoir catégorique est incontournable pour tout humaniste alors que l’opposition à la PMA pour toutes et à l’adoption par tous peut n’être que conjoncturelle s’il existe un consensus d’études sérieuses et incontestables qui nous démontrent l’innocuité de ces actes.
Ce qui n’est absolument pas le cas actuellement malgré les affirmations des promoteurs de la PMA pour toutes et de l’adoption par tous.
Mais c’est bien alors le principe de précaution qui doit guider nos décisions en la matière parce qu’il en va de la vie d’un être humain.
Enfin, pour les esprits chagrins évoqués plus haut et qui feront en sorte de me cataloguer comme un opposant aux personnes LGTBQ+, je tiens à leur rappeler que j’estime qu’elles sont égales à toutes les autres personnes donc doivent voir leur dignité reconnues de la même manière et qu’elles doivent bénéficier exactement des mêmes droits mais comme pour tout autre personne si ceux-ci ne vont pas à l’encontre de la dignité de certains, s’ils ne nient pas leurs droits.
Or c’est bien de cela qu’il s’agit dans le débat sur leurs droits à l’enfant aujourd’hui.


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