mardi 18 décembre 2018

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Non au référendum d’initiative populaire

Le meilleur système politique applicable aujourd’hui est la démocratie républicaine représentative libérale.
On peut faire des plans sur la comète sur un système idéal où les citoyens correctement formés et informés, passionnés de politique et capables de comprendre parfaitement tous les enjeux qui découlent de leur implication dans toutes les décisions et, surtout, auraient le temps nécessaires pour comprendre et décider de tout et n’importe quoi, seraient à la barre du pays dans une démocratie directe que même Rousseau, pourtant défenseur de ce type de régime, savait inapplicable, non seulement partout mais plus particulièrement dans de grands pays avec une importante population.
Dès lors, il faut bâtir un système qui fonctionne.
Dans le cadre d’une démocratie, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le regrette telle n’est même pas la question, seul la représentation dans un pays comme la France peut fonctionner.
On peut y ajouter, pour telle ou telle circonstance, ou pour des questions locales, une participation de la population encadrée et limitée à certains sujets.
Et, avec prudence, on peut, comme c’est le cas en France, instituer une procédure de référendum pour des problématiques particulièrement importantes (le vote d’une Constitution, par exemple), institué le référendum piloté par les institutions démocratiques issues de l’élection.
Mais, on sait que le référendum est une idée et une procédure venue plutôt de régimes autocratiques que démocratiques et qui permet à un leader de gouverner par plébiscites (comme ce fut le cas des deux Napoléons de notre histoire…).
N’entre pas dans ce cadre, le référendum d’initiative populaire que certains réclament et qui est une des revendications du mouvement de foule des gilets jaunes et que certains politiques ont repris à leur compte (voire qu’ils défendent depuis longtemps, comme c’est le cas des populistes extrémistes).
Celui-ci, rappelons-le, permettrait à une initiative venue du «peuple» d’être proposée au vote des Français et d’être adoptée en cas de majorité comme loi du pays.
Bien entendu, pour qu’une telle initiative soit prise en compte pour être l’objet d’un référendum, des garde-fous sont nécessaires comme un nombre minimum de signatures de citoyens, un nombre minimum d’élus qui la soutiennent et une liste restrictive de domaines qui peuvent être abordés, voire un pourcentage majoritaire pour qu’elle soit adoptée (une majorité «qualifiée» plus élevée que la seule règle des 50% plus une voix).
Néanmoins, mettre en place un tel référendum présente un risque pour le bon fonctionnement de la démocratie républicaine représentative libérale.
D’une part, si les domaines d’intervention d’une telle initiative «citoyenne» sont trop larges, on risque des référendums sur tout et n’importe quoi, surtout sur des questions fondamentales (du genre «faut-il supprimer l’impôt» ou «renvoyer tous les étrangers chez eux») ou des réactions épidermiques (le rétablissement de la peine de mort après un assassinat particulièrement horrible, la stigmatisation d’une partie de la population après un événement paroxystique, etc.) et donc l’ouverture de la boite de Pandore du populisme, de la démagogie et de l’irresponsabilité capable de détruire le lien social et de provoquer des confrontations violentes ou le chaos.
D’autre part, on peut se retrouver dans une campagne électorale éternelle, avec la succession de référendums, au cours de laquelle on met sans fin en jeu la légitimité du pouvoir en place, plus grave, du système politique en place avec un dysfonctionnement grave de ce dernier qui ne peut profiter, in fine, qu’aux extrêmes.
A l’inverse, si ce référendum n’est qu’un gadget où les questions sont sans intérêt, les domaines d’intervention restrictifs à l’extrême et la majorité pour les adopter beaucoup trop élevée, alors on en fait une sorte de jeu médiocre qui renvoie une image très négative de la démocratie.
Dès lors, soit ce référendum devient un outil de contestation en boucle du système, soit il ne sert à rien et, dans les deux cas est un danger pour la démocratie républicaine.
C’est pour cela qu’il est assez étonnant que plusieurs personnalités centristes se déclarent en faveur de l’établissement d’une telle procédure.
Faut-il leur rappeler que le Centre et le Centrisme se veulent un espace politique et une pensée politique du possible et de la responsabilité où c’est bien le peuple qui élit ses représentants après un débat politique ouvert et sans restrictive mais qu’il faut, ensuite, qu’il y ait un pilote dans l’avion et qu’il soit capable de prendre les décisions sans qu’elles ne soient remises en cause à n’importe quel moment ou que son action soit entravée par des possibles changements du socle même de sa légitimité démocratique.
Faut-il leur rappeler que la démocratie républicaine est le meilleur système que l’on peut mettre en pace mais certainement pas le système idéal parce que ce dernier ne fonctionnerait pas et que l’utopie du pouvoir du peuple en direct recèle plus des méfaits que de bienfaits comme l’Histoire nous l’apprend.
Quand on voit comment les lobbies ont instrumentalisé à leur profit certaines consultations populaires dans le monde et quand on écoute certains gilets jaunes sur les domaines qui devraient concerner le référendum d’initiative populaire (changer la Constitution, abroger une loi, révoquer les élus dont le Président de la république), on voit bien que ce n’est pas la démocratie républicaine qu’ils souhaitent défendre mais bien le contraire!
Alors, oui, imaginons des voies d’une démocratie participative, mais, non, ne donnons pas aux populistes, aux démagogues et aux extrémistes, un des outils qu’ils réclament depuis longtemps pour détruire de l’intérieur la démocratie républicaine.


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