vendredi 13 février 2009

Actualités – France

Hervé Morin : «Nous vivons dans une société du bonheur privé et du malheur public qui confond trop souvent solidarité et assistance»


Voici des extraites du discours prononcé par Hervé Morin, président du Nouveau Centre lors du deuxième Carrefour des Centres intitulé « Face à la crise, réinventons la solidarité » qui s’est tenu à Drancy.

Le monde change et avec lui notre société. Une société française profondément transformée par des mutations qui s’accélèrent et qui concernent tous les domaines de notre vie : notre famille, notre travail, nos modes de consommation, notre accès à la santé, notre rapport au monde. (…) Une société où l’individu, porté sur les fonts baptismaux, est prêt à troquer sa liberté contre une aliénation à l’Etat, au point d’en oublier son devoir de solidarité. Cette individualisation de la société, elle pèse sur les solidarités. Elle pèse sur les solidarités car elle aboutit à vouloir transférer l’essentiel des risques sociaux à la puissance publique pour ne conserver, dans la sphère privée, que ce qu’il y a de meilleur. Nous vivons dans une société du bonheur privé et du malheur public qui confond trop souvent solidarité et assistance. La solidarité, c’est l’expression d’une communauté d’intérêts qui implique une réciprocité. L’assistance, ce n’est que la redistribution unilatérale d’une aide. Les solidarités sont actives – c’est un lien, c’est l’expression d’une communauté vivante – quand l’assistance est seulement passive. Ce que nous devons défendre, au Nouveau Centre, ce n’est pas l’assistance, mais la solidarité car c’est elle qui respecte l’individu et qui créé du lien social. La publicisation du risque est finalement la conséquence ultime de l’effacement des corps intermédiaires, porteurs de solidarité et sur lesquels s’est fondé notre pacte social. Je veux parler de la famille, de l’école, de l’entreprise, des syndicats et aussi d’une certaine façon, de la religion.

(…) L’individualisation de la société et l’affaiblissement des corps intermédiaires posent plusieurs défis. Premier défi, celui des tensions entre les générations, dans une société qui écrase les jeunes et qui rejette les plus vieux. (…) Second défi, celui de la lutte contre l’exclusion. Comment la combattre quand d’un côté les solidarités spontanées sont désactivées et que, de l’autre, l’Etat social ne fonctionne plus ? Les trois quart de nos compatriotes vivent bien quand le quart restant est privé de l’enrichissement de la société. (…) La création du revenu de solidarité active correspond à l’expression d’une nouvelle vision de la solidarité, plus équitable et plus performante pour lutter contre les trappes à pauvreté. Mais il y en a d’autres. Je pense en particulier au bouclier sanitaire. (…) Le troisième défi que nous devons relever, c’est celui de la morale et de l’éthique. Car la crise actuelle n’est pas seulement une crise économique et sociale. C’est aussi une crise de l’éthique, une crise de la morale.

Alors, comment répondre à ces différents défis ? La priorité, c’est d’abord d’offrir un horizon aux plus fragiles.

- Aux jeunes en difficulté d’insertion, nous répondons par une proposition concrète : les « emplois chance » qui permettraient aux PME d’embaucher trois personnes supplémentaires en bénéficiant d’une exonération des charges sociales patronales, hormis les cotisations retraite, pendant trois ans. Et pour favoriser le retour à l’insertion par l’économie, nous proposons que pour les titulaires des minima sociaux et les chômeurs de longue durée, l’Etat s’engage à financer la formation proposée par l’entreprise, qui sera également exonérée de toute cotisation sociale.

- Aux victimes du surendettement, nous répondons par un changement d’approche : prévenir les risques en amont plutôt que de traiter les conséquences de ce fléau qui gangrène notre pays, qui ruine des familles pendant des décennies et qui fait basculer des vies. (…)

- Enfin, pour les plus démunis, nous devons travailler sur l’idée du « reste à vivre », c’est-à-dire l’argent qui reste après le paiement de toutes les charges. On ne peut appréhender la question du revenu minimum qu’à partir de cette notion de reste à vivre.

Nous ne redonnerons un horizon au plus fragiles que si nous sommes également capables de recréer du lien social, en remobilisant les corps intermédiaires. Car nous ne pouvons pas tout attendre de l’Etat.

(…)Les entreprises, aussi, doivent prendre leur part à l’œuvre de refondation sociale. Elles doivent commencer par le faire sur le terrain de la morale et de l’éthique car nos compatriotes ne supportent plus le discours qu’ils entendent. On ne peut pas à la fois sanctionner les chômeurs qui ne respectent pas leurs obligations, et ne pas sanctionner les comportements coupables du sommet. Car alors, on créé de la violence et on fragilise notre pacte social et républicain. (…) Toutes ces questions, nous devons aussi nous les poser à l’aune de la construction européenne. Le monde s’est construit sous le modèle de la concurrence, de la compétition entre les Etats. La construction européenne, c’est au contraire un système de coopération entre les communautés. A l’image de l’Europe, le système international doit passer d’un modèle de compétition à un modèle coopératif. Le modèle européen, il opère à mes yeux la plus belle conciliation entre l’Homme et l’économie de marché. Ce modèle européen, c’est le plus beau projet collectif qui existe sur la planète, et nous avons vocation à le promouvoir et à le proposer au reste du monde. Mais nous savons bien que seule une Europe unie – une Europe politique – sera en mesure de peser sur la définition de nouvelles solidarités mondiales dans des domaines aussi importants que la gouvernance économique et financière, l’environnement, le commerce international, la diversité culturelle. Voilà à mes yeux le vrai défi de la construction européenne au 21e siècle : œuvrer à l’instauration d’une mondialisation équitable, plus juste et plus humaine.

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