jeudi 3 septembre 2015

L’Humeur du Centriste. Quand Bayrou s’intronise sauveur du Centre

Vous n’avez donc rien compris, vous qui pensiez que les allers-retours de François Bayrou, de la droite au centre, du centre à la gauche et de la gauche à la droite, ont joué contre le Centre, en le décrédibilisant, en provoquant des scissions et en l’affaiblissant.
Car, en réalité, le sauveur du Centre, c’est bien lui et personne d’autre.
Ainsi, le président du Mouvement démocrate justifie désormais son appel à voter François Hollande en 2012 par le fait qu’il s’agissait d’un «acte d’indépendance» qui a permis aux centristes de ne pas disparaître.
C’est ce qu’il vient d’expliquer sur BFM-TV.
Admettons donc qu’il dise vrai.
Mais une indépendance par rapport à quoi?
Si François Bayrou avait appelé à voter Nicolas Sarkozy, cela aurait donc été un acte de servitude, si on comprend bien son raisonnement.
Si c’est le cas, comment doit-on appeler son ralliement actuel à LR, le parti présidé par ledit Nicolas Sarkozy, et le fait qu’il ait été élu grâce aux voix de celui-ci à la mairie de Pau?!
Bon, je sais, j’ai mauvais esprit et je vais faire bouillir ses nombreux admirateurs.
Mais François Bayrou, par ses déclarations récurrentes dans lesquelles il se présente comme le seul vrai leader centriste, le seul qui permet à un Centre indépendant d’exister encore et le seul qui peut représenter dignement les centristes à l’élection présidentielle, s’expose à un examen critique de ses propos.
Peut-être que j’ai tort de chercher la petite bête.
Et si ses changements sur l’échiquier politique s’expliquaient par son indépendance.
Bon, d’accord, mais par rapport à quoi, disais-je?
Soyons un peu plus précis.
Selon le dictionnaire Larousse (je prends celui-ci qui est évidemment grand public puisque c’est bien avec ce langage-là que les hommes politiques s’adressent à leurs électeurs), l’indépendance possède plusieurs significations.
J’en retiens trois qui concernent notre affaire.
Il peut s’agir d’un «état de quelqu'un qui n'est tributaire de personne sur le plan matériel, moral, intellectuel».
Mais cela ne colle pas vraiment à la situation de François Bayrou puisque pour se faire élire à Pau, il a été tributaire de personnes, matériellement et intellectuellement parlant (si l’on estime que la politique est une activité intellectuelle).
Il peut aussi s’agir du «caractère de quelqu'un qui ne se sent pas lié ou qui ne veut pas être soumis aux autres».
Cette «indépendance de caractère» semble, au premier abord, plus coller à ce que le président du Mouvement démocrate voudrait exprimer par son «acte d’indépendance».
Mais ne pas se sentir lié quand on passe soi-même des accords électoraux pour se faire élire est une étrangeté, voire un oxymore ou alors une trahison pour ses alliés.
Reste la troisième version qui est l’état de «quelqu'un qui juge, décide, etc., en toute impartialité, sans se laisser influencer par ses appartenances politiques, religieuses, par des pressions extérieures ou par ses intérêts propres».
Dans sa carrière politique où l’essentiel est depuis toujours son destin personnel (comme beaucoup d’autres personnalités politiques), cette définition semble le plus correspondre à son comportement, surtout depuis 2007 (bien sûr si on enlève «par ses intérêts propres»!).
Mais alors François Bayrou ne peut décemment pas affirmer qu’il le fait pour le Centre et qu’il est son sauveur.
D’autant que les faits, têtus, sont là pour le contredire.
Deux rappels parmi tant d’autres.
Le parti qu’il préside avait plus de cent députés en 1998 et il n’en a plus qu’un aujourd’hui.
Au lieu de tenter de s’allier avec l’UDI, le partenaire naturel du Mouvement démocrate, pour mettre sur pied une candidature centriste crédible pour la prochaine présidentielle, il a décidé de soutenir Alain Juppé et de faire alliance avec LR sans même ouvrir des négociations avec Jean-Christophe Lagarde, la président de l’UDI.
Si c’est cela sauver le Centre…
Et puis, on peut se demander, quand on connait la suite de l’histoire, ce que cet «acte d’indépendance» avait comme fondement politique.
Etait-ce simplement de faire battre Nicolas Sarkozy parce que François Bayrou n’aime pas l’homme?
Parce que l’on comprend bien la déception énorme qu’il manifeste à l’égard de François Hollande depuis 2012 – avec la critique systématique de toute décision qu’’il prend – et qui est bien démesurée par rapport à ce que ce dernier était et le programme qu’il défendait.
D’autant que son alliance avec LR depuis 2014 démontre a contrario qu’il est proche du positionnement politique de ce parti.
Sinon ce ne serait que du cynisme.
Dès lors, ce n’est pas pour les idées de Hollande que Bayrou a voté pour lui mais uniquement pour faire battre Sarkozy.
Une «indépendance» qui ne serait donc qu’une démarche personnelle et non politique.
Cependant, admettons un instant qu’il s’agisse d’un véritable acte d’indépendance à caractère essentiellement politique.
Si l’on comprend bien, par rapport au Centre qui s’allie généralement à la Droite, marquer son indépendance, c’était de s’allier avec la Gauche.
Donc sans même se préoccuper de ce que proposaient la Droite et la Gauche.
Car s’il s’était agi d’une question de fond plutôt que de forme, cela n’aurait pas été un «acte d’indépendance» mais un «acte de conviction».
Voilà qui aurait été nettement plus valorisant.
Pourtant, cela signifie que François Bayrou aurait été d’accord avec le programme de François Hollande, donc proche de ses idées.
Difficile pour le président du Mouvement démocrate de défendre cette thèse qui rendrait son changement de cap peu compréhensible, voire peu sincère tout comme ses critiques acerbes envers le président de la république.
Chacun peut apprécier si François Bayrou est digne ou non de représenter les centristes.
Certains le croient, d’autres en sont moins sûrs.
Mais quelle que soit l’opinion que l’on peut avoir sur le sujet, force est de reconnaître que ses explications pour être passé d’un camp à un autre entre 2012 et 2014 ne sont guère convaincantes.
Ou alors les mots ne veulent plus rien dire.
Une injure que je m’abstiens de faire à un agrégé de lettres qui plus est, ancien ministre de l’Education…

Centristement votre.

Le Centriste



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