Voici une sélection, ce 3 août 2026, des propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France.
► Sébastien Lecornu (Premier ministre)
[Nota: Nous faisons figurer Sébastien Lecornu dans cette liste alors qu’il
n’est pas centriste mais appartient à l’aile droite de Renaissance, parti
centriste/central et qu’il s’est toujours défini comme un homme de droite;
c’est à ce titre que ses propos sont retranscrits ici et du fait qu’il a
composé un gouvernement d’axe central.]
> Protéger nos entreprises stratégiques, c’est protéger notre souveraineté.
Dans un contexte géopolitique marqué par de fortes tensions, nous renforçons le
contrôle des investissements étrangers dans les secteurs sensibles. Désormais,
toute prise de participation d’au moins 10% par un investisseur non européen
dans une entreprise française cotée sur un marché réglementé hors de l’Union
européenne devra être autorisée par l’État, selon une procédure accélérée.
Notre responsabilité est double : favoriser le développement de nos entreprises
tout en préservant nos intérêts stratégiques.
> Les faits sont simples. Sous l’impulsion du Président de la République, en dix ans, nous avons quasiment doublé le budget de la sécurité civile. Nous avons renouvelé la flotte aérienne, modernisé nos moyens et consacré près d’un milliard d’euros supplémentaire aux services départementaux d’incendie et de secours. Et les moyens continueront d’augmenter. Ils augmenteront encore dans le budget pour 2027. C’est vrai pour la sécurité civile comme pour nos armées, nos hôpitaux ou notre justice. Mais il y a une contradiction que chacun pourra constater : ceux qui dénoncent aujourd’hui un prétendu manque de moyens sont souvent les mêmes qui ont voté contre les budgets qui les augmentaient.
> La France a tenu face à une crise inédite. Grâce à l’engagement exceptionnel de nos sapeurs-pompiers, des forces de sécurité, des militaires, des soignants, des élus, des agents de l’État et des collectivités, nous avons fait face. Les incendies sont aujourd’hui sous contrôle dans notre pays. En Gironde, nous sommes entrés dans une nouvelle phase : les personnes évacuées regagnent progressivement leur domicile. La prudence reste toutefois de mise, notamment dans le Var.
> La Nation sera au rendez-vous pour la reconstruction. Un coordonnateur national, directement rattaché à mes services, sera nommé pour piloter ce chantier avec l’ensemble des ministères concernés, en lien permanent avec les élus et les acteurs de terrain. Chaque sinistré fera l’objet d’un suivi individuel, dans la durée, pour le relogement puis la reconstruction. Les entreprises touchées doivent pouvoir redémarrer le plus vite possible. Pour les petites et moyennes entreprises, l’État remboursera intégralement les indemnités de chômage partiel versées à leurs salariés entre le début de l’incendie et la fin du mois d’août. J’ai demandé aux services de l’État de traiter ces demandes dans un délai de huit jours.
> Au-delà des communes directement touchées, je pense au tourisme, à l’agriculture et à la filière sylvicole. Dans chacun de ces secteurs, des initiatives locales ont déjà vu le jour, portées notamment par les chambres consulaires ou les organisations professionnelles. L’État viendra compléter ces dispositifs conçus au plus près du terrain. Je veux aussi dire aux Français que partir en vacances en Gironde, c’est un geste de solidarité.
> De manière générale, les incendies sont
aujourd’hui sous contrôle dans notre pays. En Gironde, nous avons été
confrontés à une situation particulière et inédite en raison du caractère
convectif de cet incendie, une première en France, qui l’a rendu extrêmement
difficile à maîtriser. Aujourd’hui, nous sommes revenus à une situation plus
stable grâce au travail remarquable des services de secours, à l’évolution des
conditions météorologiques et à la surveillance permanente du feu.
Je voudrais remercier tous nos partenaires étrangers qui nous ont apporté leur
soutien dans cette lutte. Nous sommes surtout entrés dans une nouvelle phase :
les personnes évacuées regagnent progressivement leur domicile. C’est
évidemment un signal positif même s’il faut rester prudent. Sans oublier les
pyromanes qui, ici ou là, allument de nouveaux foyers. Si les conditions
changeaient, nous reprendrions immédiatement les mesures de précaution qui
s’imposent. Tout cela reste très évolutif, nous le voyons avec ce qui se passe
dans le Var, qui est suivi de près. (…)
La priorité reste et restera le nombre de vies sauvées, et nous n’avons pas eu
à déplorer de victime civile. Cela n’efface pas la douleur liée à la perte de
nos quatre courageux sapeurs-pompiers. Cette séquence a aussi démontré la
robustesse de notre culture de gestion de crise : qu’il s’agisse de la doctrine
de sécurité civile, des prévisions météorologiques ou de la mobilisation des
pompiers, pilotes, policiers, gendarmes, soignants, et plus largement de tous
les services de l’État en lien avec les élus locaux et les services des
communes, la réponse a été à la hauteur.
► Gouvernement
● Ministres centristes/centraux
Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et des Affaires étrangères)
> Il y a un an, à New York,
la France a obtenu de la communauté internationale qu’elle condamne pour la
première fois l’attaque terroriste barbare du 7-Octobre et qu’elle appelle au
désarmement du Hamas et à son exclusion de tout rôle dans l’avenir de la Palestine.
C’est notamment sur cette base que la France, par la voix du président de la
République, a pris la décision capitale de reconnaître l’État de
Palestine.
Le désarmement du Hamas annoncé est évidemment une bonne nouvelle. Elle
doit se concrétiser pour permettre le retrait de l’armée israélienne.
Elle doit également s’accompagner de l’entrée massive de l’aide humanitaire
dans Gaza, de la levée du blocus médiatique à Gaza, de l’arrêt des violences et
de la colonisation effrénée en Cisjordanie ainsi que de la mise en œuvre de la
solution à deux États, seule alternative à l’état de guerre permanente.
> L’antisémitisme est un danger mortel pour la France et pour la démocratie, que nous devons combattre avec les armes de l’esprit, de la culture, de la mémoire.
> La France prendra en 2027 la présidence de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste dont le congrès se tiendra au camp des Milles. Nous placerons cette présidence française sous le thème unificateur des ponts que la mémoire peut créer entre les peuples. Au niveau national, le gouvernement entend être intraitable face à tous les actes de racisme et d’antisémitisme et c’est l’objet du plan présenté récemment par la ministre Aurore Berger.
> Je suis défavorable par principe au boycott des événements culturels et sportifs qui doivent rester des enceintes de dialogue entre les citoyens et les peuples.
> Ce à quoi nous avons assisté récemment à Grenoble lors du concert de Barbara Butch n’a rien du boycott, c’est une attaque antisémite délibérée qui visait une artiste parce qu’elle est juive, ce qui est totalement inacceptable. Ses auteurs desservent la cause palestinienne qu’ils prétendent défendre et au service de laquelle la France est mobilisée.
> Je regrette que des pressions inacceptables se soient exercées sur les organisateurs du concert d’Amir et je souhaite vivement qu'il puisse se produire dans les plus brefs délais à Marseille.
> [Etats-Unis-Iran] Nous les appelons à reprendre les négociations dans lesquelles elles se sont engagées. Personne n’a intérêt à une nouvelle escalade qui ne ferait que des perdants et dont nous payerions aussi le prix.
> Nous discutons avec nos partenaires pour diversifier nos routes commerciales. C'est tout l'enjeu du projet dit Imec qui relie l’Inde à l’Europe : Marseille et son grand port en seront le point d’entrée sur notre continent. Ce sujet sera au cœur des discussions lors de la visite dans un mois du prince héritier d’Arabie saoudite à Paris, puis lors de la réunion des ministres du G7 les 9 et 10 novembre à Marseille.
> [Feux de forêts] La solidarité européenne a été
au rendez-vous, puisque nous avons reçu le soutien d’une douzaine de pays à la
fois en termes de vecteurs aériens ou de pompiers venus renforcer les rangs des
valeureux soldats du feu qui se battent en Gironde, dans les Landes ou dans le
Var.
En dix ans, nous avons pris les décisions qui s’imposaient en doublant le
budget
consacré à la sécurité civile dans notre pays.
Pour l’avenir, il y a beaucoup à faire, à la fois pour équiper nos pompiers et surtout, pour mobiliser la communauté internationale face au changement climatique.
> La France a baissé considérablement ses émissions de CO2, la France est exemplaire. Mais cela ne suffit pas, c’est pourquoi la diplomatie française s’est mobilisée il y a 10 ans pour faire aboutir l’Accord de Paris. C’est pourquoi nous nous sommes battus l’an dernier à Nice pour qu’entre en vigueur un traité de protection de la haute mer, qui est notre principal puits de carbone dont nous avons besoin pour éviter que ne se multiplient les catastrophes comme celles que nous vivons.
> Nous avons réengagé un dialogue franc et exigeant avec l’Algérie qui répond à une préoccupation : défendre les intérêts de la France et des Français en matière sécuritaire, migratoire, de lutte contre le narcotrafic et la criminalité organisée. Sans oublier le sort de notre compatriote, le journaliste Christophe Gleizes.
> Il y a un mois, lorsque j’ai réuni mes amis à Versailles à l’occasion d’une fête de la démocratie, j’ai alerté sur la poussée des extrêmes, de droite comme de gauche, deux poisons différents, mais deux poisons mortels pour notre pays et la démocratie. Cette élection présidentielle sera cruciale parce que du choix que les Français feront dépendra l’avenir de l’Europe telle que nous la connaissons. Seule l’Europe peut nous prémunir contre les conséquences de plus en plus inquiétantes de la rivalité grandissante entre les États-Unis et la Chine. Et seule la France peut entraîner l’Europe vers une indépendance véritable.
● Autres ministres
Jean-Pierre Farandou (ministre du travail et des solidarités)
> Face aux conséquences économiques provoquées par les incendies en Gironde
et dans les Landes, le Gouvernement est pleinement mobilisé pour protéger les
salariés, préserver l'emploi et accompagner les entreprises touchées. Pour
rappel, les entreprises sinistrées ou contraintes de fermer en raison des
évacuations peuvent recourir au dispositif d'activité partielle.
Conformément aux annonces du Premier ministre : pour les TPE et PME, l'État
remboursera intégralement les indemnités d'activité partielle versées à leurs
salariés entre le début de l'incendie et la fin du mois d'août.
Personne ne sera laissé seul face à cette épreuve. La nation répondra présente.
Benjamin Haddad (ministre délégué auprès du
ministre de l’Europe et des Affaires étrangères chargé de l’Europe)
> La Russie continue son escalade criminelle contre les civils ukrainiens
avec au moins neuf tués cette nuit. Notre soutien à l’Ukraine ne faillira pas.
► Partis politiques
● Renaissance
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne sont pas centristes
et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus retranscrits]
Gabriel Attal (député, secrétaire général de Renaissance, président du
groupe Ensemble pour la république à l’Assemblée nationale)
> [Immigration] J’ai fait des frontières un des quatre chantiers capitaux de
ma campagne, et ce qui se passe à Ceuta nous rappelle l’urgence d’agir. Là-bas,
ce sont nos frontières et notre autorité qui sont mises à l’épreuve et un drame
humanitaire qui se joue. Chaque pays doit pouvoir mieux contrôler ses
frontières, expulser plus facilement, évidemment.
Mais c’est au niveau européen que les choses se jouent vraiment et vont se
jouer de plus en plus. Le pacte asile et migration, auquel la droite et
l’extrême droite se sont opposés, nous donne des premiers moyens pour
agir : il doit être mis en place rapidement et Frontex être renforcé. Je
veux aussi réformer les règles de Schengen : les pays doivent pouvoir
refouler des personnes en situation irrégulière à leurs frontières et un pays
ne devrait pas décider unilatéralement de régularisations massives impactant
ses voisins.
> [Feux de forêts]. La France insoumise fait du Trump bas de gamme. D’abord, plutôt que de polémiquer, il faut remercier tous ceux qui sont mobilisés sur le terrain. Je veux avoir une pensée pour eux, et notamment pour les blessés ou ceux qui y ont perdu la vie. Je veux aussi souligner le travail remarquable de Laurent Nuñez qui gère ces crises avec sang-froid et efficacité. Ensuite, l’année où j’étais Premier ministre, nous avons lancé avec Gérald Darmanin le Beauvau de la sécurité civile et le budget de la sécurité civile a augmenté de 288 millions d’euros, contre l’avis de La France insoumise qui a voté contre. J’ai lancé la commande de deux Canadair: une première depuis vingt ans. Ils seront livrés en 2028 et deux autres Canadair ont été commandés depuis. J’ai également lancé la commande de 36 hélicoptères bombardiers d’eau : LFI avait voté contre leur commande ! Tout cela n’est rien d’autre qu’une diversion pour tenter de faire oublier qu’ils ont toujours voté contre les pompiers. On savait qu’ils voulaient désarmer les policiers, Jean-Luc Mélenchon veut aussi désarmer les pompiers.
> [Environnement] Je présente quatre grands chantiers, mais aussi deux dettes que nous devons résorber: la dette publique et la dette écologique. Sur ce sujet, j’ai un cap clair. Pour moi, ce cap, ce sont les accords de Paris. Notre responsabilité est de respecter la trajectoire de réduction des émissions de CO₂ qu’ils fixent. Cela suppose de poursuivre la décarbonation de notre économie, notamment dans l’industrie et les transports. Je présenterai des propositions pour accélérer le développement des véhicules électriques, accompagner la décarbonation industrielle et réduire durablement nos émissions.
> Il y a surtout une urgence à agir ! Année après année, les installations sauvages et illégales des gens du voyage gâchent la vie des maires et des Français. La loi est bafouée, c’est inacceptable et je vais y mettre fin. Je serai dès cette semaine auprès d’élus et de Français concernés par ces phénomènes pour présenter des propositions très fortes sur le sujet. Ils méritent le soutien sans faille de l’État. Il y en a marre.
> [Présidentielle] Ma campagne est en nette
dynamique. Je le ressens sur le terrain en échangeant avec les Français. Et
dans tous les sondages réalisés depuis mon lancement, je progresse par rapport
à ceux qui l’ont précédé.
Le dernier sondage en date, par exemple, me place trois points derrière Édouard
Philippe, contre dix avant mon annonce de candidature : c’est dans la
marge d’erreur. Encore en fin de semaine, un baromètre nous plaçait à égalité.
Nous sommes encore à un peu moins d’un an de l’élection, tout va bouger.
> J’assume mon bilan : je suis comptable de ce que j’ai fait, ou pas fait, dans chacune des fonctions qui m’ont été confiées au moment où elles m’ont été confiées. J’assume aussi d’être le seul candidat qui ne soit pas en politique depuis plusieurs décennies. Je crois aussi être le seul à vouloir changer le système en profondeur. Ce n’est pas simplement un vœu pieux mais une conviction forgée par mon expérience du pouvoir. Cette expérience m’a permis de toucher du doigt les limites du système actuel : je les ai vues de l’intérieur. Je suis donc très au clair sur la rupture profonde qu’il faut pour notre pays, je serai donc prêt, dès le premier jour de mon mandat, à la mettre en œuvre. Je veux renverser la table.
> [Présidentielle] Le principal risque serait plutôt qu’il n’y ait pas de vrai débat ni de vraie campagne. Les Français n’attendent pas une coalition d’appareils ou de personnes dont le seul projet serait de « faire barrage aux extrêmes ». Ils en ont marre de faire barrage et veulent élire un président pour bâtir. Moi, je veux convaincre sur le fond. C’est comme cela que nous éviterons un second tour RN-LFI l’année prochaine.
> Je veux remettre la France en mouvement. Ensuite, mon projet repose sur un constat simple : en 2027, il faudra tout changer. Je sais que si beaucoup de Français sont à bout, c’est parce que nous arrivons au bout d’un système. Ce système, bâti en 1945 pour la protection sociale ou en 1958 pour nos institutions, je veux le changer, pas seulement faire des ajustements de paramètres. Un projet qui se résumerait à passer l’âge de la retraite à 66 ou 67 ans et à faire un peu plus de décrets ne convaincra jamais les Français. Car ce dont la France a besoin, c’est de changer radicalement notre modèle social, nos institutions, notre organisation régalienne, notre école. Dans un monde qui accélère, on doit accélérer aussi. Certains veulent faire rouler la France à 50 km/h, d’autres à 80. Moi, je veux qu’elle fonce à 140. Sinon, nous serons durablement dépassés. La Chine et les États-Unis ne nous attendent pas sur l’aire d’autoroute.
> Je ne crois plus au « en même temps ». Sur les questions d’autorité et de sécurité notamment, cette approche a montré ses limites. Je crois au dépassement politique avec une ligne claire et des choix assumés. Le retour de la guerre en Europe, la révolution de l’intelligence artificielle, l’accélération du dérèglement climatique ou encore le retour du protectionnisme rendent le clivage gauche-droite obsolète. Aujourd’hui, on le voit à l’Assemblée, le clivage gauche-droite produit davantage de divisions que de solutions. C’est pour cela que contrairement à d’autres, je ne pense pas que l’urgence soit de refaire l’UMP d’il y a vingt ans avec ceux d’il y a vingt ans. Je crois que c’est trop étroit pour gagner et trop étroit pour gouverner. Le sujet n’est plus seulement de savoir qui gouverne. Le sujet est de savoir si notre pays est encore gouvernable. Ma priorité, c’est de rendre la France gouvernable à nouveau. Pour cela, il faut des convictions, de la détermination et la volonté de faire. C’est pour cela que je demanderai aux Français une majorité claire. Les alternances sans majorité, les compromis permanents et les blocages institutionnels ont montré leurs limites. Je veux une majorité pour transformer le pays, et j’accepterai d’être jugé sur les résultats.
> [Réforme institutionnelle] Quand il faut cinq,
six ou sept ans de procédures à un entrepreneur pour bâtir une usine ou à un
maire pour construire une école ou une ligne de transport, quand une peine
prononcée est rarement exécutée, c’est que le système est à bout de souffle. Il
y a une part de bilan positif des dix dernières années, par exemple sur la
baisse du chômage ou notre réarmement militaire. Mais les Français nous
disent : pourquoi vous n’avez pas renversé la table ? Pour moi la
réponse est simple : le renoncement dès 2018 à la mère des réformes, celle
de nos institutions. Le cadre est resté le même, alors malgré tous les efforts
déployés, notre pays souffre toujours de trois grands maux.
D’abord, une forme d’impunité face à ceux qui sèment le désordre et
affaiblissent ainsi l’autorité de l’État. Ensuite, une lenteur qui donne le
sentiment que notre démocratie est devenue une « vétocratie », où
quand un citoyen, un entrepreneur, un élu local porte un projet, il se trouve
toujours quelqu’un pour l’en empêcher. Enfin, le sentiment d’un entre-soi et
d’une forme de « copinage » qui nourrit l’idée que toutes les
décisions sont prises à Paris, par les mêmes, dans des institutions qui ne
correspondent plus à notre époque. Face à cela je ne vois qu’un chemin :
lever ces blocages. Sinon, le pays connaîtra une révolte majeure comme cela a
été le cas pendant les Gilets jaunes.
Le prochain président ne pourra pas être le gestionnaire du déclin. Je veux
donc soumettre aux Français, après l’élection, la plus grande réforme
institutionnelle depuis 1958. Une réforme qui engagera le fonctionnement même
de notre démocratie et qui sera tranchée directement par les Français. Il n’y
aura pas de changement profond dans le pays sans réforme majeure de nos
institutions. À l’automne, j’aurai l’occasion de proposer une nouvelle
organisation territoriale pour déparisianiser la France et faire du maire l’élu
le plus puissant. L’État doit se concentrer sur ses grandes missions
régaliennes et faire confiance aux élus locaux pour l’essentiel des décisions.
Jean-Louis Borloo a, selon moi, posé le bon diagnostic et formulé plusieurs
propositions intéressantes. C’est dans cet esprit que je travaille.
> La vétocratie, c’est un système où le pouvoir appartient à ceux qui empêchent de faire. En sortir, c’est le redonner à ceux qui veulent faire. Pour cela, je propose d’abord d’inscrire dans la Constitution un principe de rapidité avec un délai maximal de deux mois pour que l’administration réponde à tout porteur de projet. En l’absence de réponse, le silence vaudra accord. Ce ne sera plus aux citoyens de subir les dysfonctionnements administratifs, mais à l’administration d’en assumer les conséquences. Suivant ce principe, je propose aussi de limiter à dix-huit mois maximum l’empilement de tous les recours administratifs, entre la première saisine et la décision définitive. Aujourd’hui, des projets restent bloqués des années. Je ne veux plus que des entrepreneurs, des élus locaux, des investisseurs soient condamnés à renoncer.
> Je veux un « spoil system » à la française. Le président élu doit nommer à la tête des grandes administrations des responsables avec le mandat politique d’appliquer le projet politique sur lequel il a été élu. C’est ce que nous aurions dû faire en 2017. Certaines politiques publiques ont été gérées par les mêmes personnes sous Nicolas Sarkozy, François Hollande puis Emmanuel Macron. Or on ne transforme pas profondément un pays si ceux qui mettent en œuvre les politiques publiques restent les mêmes. Je veux aussi simplifier l’organisation administrative. Les niveaux hiérarchiques ont été multipliés sans qu’on ait de responsables clairement identifiés sur le terrain. Il faut remettre des chefs sur le terrain. Le directeur d’une école doit être le vrai chef de son école. Le président d’un tribunal le vrai chef de sa juridiction. Avec davantage d’autonomie sur les moyens et une vraie évaluation sur les résultats.
> Il faudra revoir en profondeur le pouvoir de nomination du président de la République aux fonctions concernées par l’article 13 de la Constitution pour mieux l’encadrer et restaurer la confiance.
> Je me suis toujours heurté à des résistances considérables. Quand j’ai interdit l’abaya, rétabli le redoublement, interdit le versement des aides sociales sur des comptes bancaires étrangers ou encore engagé une réforme de la justice des mineurs. Et pourtant je n’ai pas lâché et je l’ai fait. J’ai toujours eu la force d’agir et je n’ai jamais reculé. Et je suis convaincu qu’une majorité de Français veut ce changement de modèle.
> Je propose de ramener le nombre de députés à 350 et celui des sénateurs à 200. C’est d’abord une question d’efficacité : notre Parlement est trop pléthorique pour bien fonctionner. De plus, ce n’est pas cela qui résorbera le déficit mais avec un budget cumulé pour le Parlement de 900 millions d’euros par an, supprimer près de 400 parlementaires permettra de faire plusieurs centaines de millions d’euros d’économie chaque année.
> En 2027, cela fera vingt-deux ans que les Français n’ont pas été consultés. Démocratiquement, cela n’est plus tenable. Si je suis élu président de la République, je souhaite qu’un référendum soit organisé chaque année lors d’une journée référendaire, avec plusieurs questions à choix multiples sur des sujets préalablement discutés et travaillés avec les forces politiques et les partenaires sociaux. Il faudra d’ailleurs revoir la Constitution pour faciliter massivement le recours au référendum. Je veux également permettre aux maires d’organiser plus facilement des référendums locaux. Cela pourrait notamment permettre de faire aboutir certains projets aujourd’hui bloqués. Je n’ai pas de tabou sur les sujets qui pourraient être soumis aux Français.
> [«Choc d’autorité»] Cela suppose d’abord une réforme profonde de notre système judiciaire. Il faut construire davantage de places de prison. Or, trop peu de communes acceptent d’en accueillir. Ces constructions doivent relever d’opérations d’intérêt national. L’État doit décider où elles seront implantées. Ensuite, une peine prononcée doit être une peine exécutée. Je propose de supprimer le juge de l’application des peines ainsi que les remises automatiques de peine. Enfin, je souhaite réécrire entièrement le Code de procédure pénale afin de le rendre plus simple et éviter que des vices de procédure permettent à des criminels d’échapper à leur condamnation.
> [Mineurs délinquants] C’est mon combat ! Et c’est aujourd’hui l’un des principaux défis en matière de sécurité. Je l’ai dit dans toutes les responsabilités que j’ai exercées : comme secrétaire d’État à la jeunesse, ministre de l’Éducation nationale puis comme Premier ministre en affirmant le «tu casses, tu répares» dans ma déclaration de politique générale. La dissolution m’a empêché d’accomplir le tournant que je proposais. Je le porte dans mon projet présidentiel. Là aussi, notre cadre constitutionnel empêche d’aller suffisamment loin face à la délinquance des mineurs. Là aussi, il faudra changer.
> [Immigration] Il faut accueillir moins pour accueillir mieux. Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que la France pourrait vivre sans immigration. Une partie de notre économie tourne avec l’immigration et notre pays s’est construit avec une part d’immigration. En revanche, la maîtrise de l’immigration est l’un des grands échecs des deux derniers quinquennats. Je propose une « préférence travail ». Les partenaires sociaux évalueraient les besoins de notre économie. Ces besoins seraient ensuite transmis au Parlement, qui voterait de véritables quotas. Et je parle bien de quotas limitatifs, pas simplement indicatifs. Ils seraient définis par secteur professionnel mais aussi par origine géographique, afin de préserver une diversité des flux migratoires. Cela suppose de modifier la Constitution, mais j’assume là aussi de lever ce tabou.
> Nous avons passé la semaine dernière le
« jour de libération fiscale» à partir duquel les contribuables Français
commencent à travailler pour eux-mêmes. Je pense qu’on paye largement assez
d’impôts en France pour ne pas avoir à en rajouter : nous sommes déjà dans
le pays où les prélèvements obligatoires sont les plus élevés de l’OCDE.
Augmenter encore les impôts reviendrait à creuser davantage l’écart avec nos
voisins européens. La priorité est donc de faire des économies avec plus
d’exemplarité, et surtout avec des réformes de structure. Nous devons apprendre
à faire mieux avec moins, dans nos services publics comme dans notre modèle
social. Les deux tiers de nos dépenses publiques sont des dépenses sociales.
C’est donc là que doivent porter les deux tiers de nos efforts. Je propose de
revoir en profondeur l’assurance chômage, le système des arrêts maladie devenu
hors de contrôle et notre système de retraite. La réforme de l’État que je
défends permettra également de dégager des économies importantes. (…)
Je propose un plan de départs volontaires de 100 000 fonctionnaires,
accompagné d’une prime de départ volontaire. Cela concernera l’État comme les
collectivités locales. Je ne crois pas aux saignées irréalisables de
500 000 fonctionnaires comme certains candidats l’avaient proposé lors de
précédentes élections. Mais notre pays ne peut plus vivre durablement à crédit.
Il faut inverser la tendance en contraignant les gouvernements à respecter les
budgets avec une véritable règle d’or budgétaire dans la Constitution qui
oblige à redresser des finances publiques. On ne peut plus s’endetter avec la
carte de crédit de nos enfants et de nos petits-enfants.
> J’ai la conviction profonde que c’est par le travail que nous rééquilibrerons notre modèle social. Mais tout dépend de la manière dont on réforme. Sur la retraite par exemple, je pense que l’on peut inciter à travailler davantage en donnant aussi de la liberté. Plutôt que de passer l’âge à 67 ans, je défends un système universel, avec les mêmes règles pour tous. Un système libre en ne gardant que la durée de cotisation avec une vraie décote pour ceux qui partent tôt et une vraie surcote pour ceux qui travaillent plus longtemps. Je veux également introduire une part de capitalisation. À mes yeux, cette transformation sera bien plus efficace, y compris pour nos finances publiques, que la simple modification de l’âge légal.
> [Refaire de la France la première puissance d’Europe d’ici dix ans] à condition de réussir quatre grands chantiers : l’école, les salaires, les frontières et l’intelligence artificielle. L’école libérera le potentiel de chaque jeune Français. L’IA sera décisive parce qu’elle déterminera notre productivité, notre croissance et, au fond, notre niveau de vie. Si la France avait connu le même gain de productivité que les États-Unis lors de la révolution numérique, le salaire médian ne serait pas aujourd’hui d’environ 2 200 euros net, mais de près de 3 300 euros.
> Pour nous, un animal, c’est un moment de notre vie. Pour eux, c’est toute leur vie. Adopter un animal, ce n’est pas un caprice. C’est un engagement sur le long terme.
> [Maltraitance animale] Le principe est finalement simple : tu maltraites, on te fait payer.
Marc Ferracci (député)
> L’expulsion de Xenia Fedorova n’est pas une simple mesure d’ordre public.
De Munich à Rethondes, notre histoire est jalonnée de moments où s’affirmèrent
sans vergogne l’esprit de compromission et la lâcheté capitularde. Nous en
vivons un. Derrière le cynisme de « l’appel à la paix » de Fedorova
et de ses relais médiatiques comme le JDD, il y a une question existentielle: sommes-nous
déterminés à nous battre pour ce que nous sommes ? Un peuple épris de liberté,
qui respecte la souveraineté des nations et ne cède pas face à l’injustice et
la violence. Il n’y aurait aucun courage à accepter la paix aux conditions de
Poutine, comme nous y invite madame Fedorova. Rien que du déshonneur. Et la
promesse de nouvelles guerres à venir avec un régime qui a érigé l’impérialisme
en doctrine, et le mensonge en méthode.
Daniel Labaronne (député)
> La France ne manque ni de talents ni d'énergie. Elle manque d'un
système qui permette d'agir plus vite et plus efficacement. C'est le cap fixé
par Gabriel Attal: réformer nos institutions pour libérer l'action, accélérer
les projets et redonner aux Français la puissance d'agir.
● Parti radical
Nathalie Delattre (présidente)
> Je salue les premières annonces du Premier ministre, Sébastien Lecornu.
Elles rejoignent plusieurs des propositions que j’ai récemment défendues auprès
du Président de la République, du Gouvernement et des services de l’État, à la
lumière de mon RETEX consacré aux mégafeux de 2022, enrichi des premiers
enseignements des feux hors norme de 2026 et des nombreux échanges que j’ai eus
avec les maires, les élus locaux et les acteurs de terrain.
La désignation d’un coordinateur national chargé de piloter la reconstruction,
l’accompagnement durable des sinistrés, l’accélération des indemnisations, le
soutien aux filières économiques touchées et la reconstruction de notre forêt
constituent de premières décisions importantes.
Les mégafeux de 2022 étaient un avertissement. Ceux de 2026 marquent un
basculement.
Nous devons désormais changer d’échelle. Les incendies de 2026 nous obligent à
repenser durablement notre modèle. Cela suppose un véritable Plan national de
reconstruction des territoires sinistrés, mais aussi une sécurité civile dotée
de moyens humains, matériels et technologiques à la hauteur de ces crises :
conforter les effectifs, renforcer les moyens terrestres et aériens, accélérer
l’innovation, améliorer la coordination de l’ensemble des acteurs et développer
une véritable culture du risque fondée sur la prévention.
Les événements climatiques extrêmes seront plus fréquents, plus intenses et
parfois simultanés : incendies, inondations, tempêtes, épisodes de grêle,
submersions marines… Nos politiques publiques doivent désormais intégrer cette
nouvelle réalité et préparer les territoires autant qu’elles les protègent.
J’invite le Premier ministre à venir très rapidement nous rencontrer en
Gironde. C’est au plus près des territoires que nous bâtirons les réponses les
plus efficaces.
► Autres
● Organisations centristes
♦ Renew Europe
(Députés français du groupe centriste au Parlement européen)
Nathalie Loiseau (député)
> Les réseaux de propagande russes diffuseraient activement et
intensément les images de Ceuta. Qui est surpris ?
Sandro Gozi (député)
> [Opinion: « Le Président et le Général : pour Giorgia Meloni, l'heure
du choix »] Contestée sur sa droite par le général Roberto Vannacci et
rattrapée par les crises migratoires, Giorgia Meloni voit son équilibre
stratégique vaciller, avec des répercussions qui dépassent largement les
frontières de l'Italie.
Pendant des années, Giorgia Meloni a réussi un tour de force politique : ne
choisir entre aucune de ses fidélités. Cette époque s'achève. Son principal
défi porte désormais un nom – le général Roberto Vannacci – et il l'oblige à
répondre à une question qu'elle a toujours esquivée : qui est-elle vraiment ?
Issue de la droite post-fasciste italienne, la présidente du Conseil s'est
construite autour d'une conviction simple : dans son univers politique, la
fidélité au camp compte davantage que l'évolution des idées ou la compétence.
C'est ce code d'honneur qui a fait sa carrière. C'est lui, aujourd'hui, qui
menace de la défaire.
Car l'exercice du pouvoir l'a progressivement conduite à défendre des choix en
rupture avec son parcours : soutien à l'Ukraine, fidélité à l'Alliance
atlantique, participation aux compromis européens, responsabilité budgétaire.
Autant de positions éloignées des attentes d'une partie de sa base. Meloni
rassurait Bruxelles tout en conservant la confiance d'un électorat issu de
l'extrême droite nationale. Sa véritable force résidait dans cette capacité à
ne rompre avec aucun de ses univers : elle cultivait l'équilibre plutôt que le
choix.
Cet équilibre se fissure. À sa droite, le général Roberto Vannacci entend
incarner une extrême droite plus radicale et plus assumée. Il accuse Giorgia
Meloni d'avoir édulcoré les valeurs identitaires qui l'ont portée au pouvoir et
revendique une ligne sans compromis. En Europe, beaucoup continuent de douter,
à juste titre, de la sincérité de son engagement européen, qu'ils jugent
davantage tactique que véritablement politique. Les contradictions, si
longtemps différées, apparaissent désormais au grand jour.
Les événements de Ceuta en apportent une illustration saisissante. Face à
l'afflux massif de migrants vers l'enclave espagnole, Giorgia Meloni a
immédiatement retrouvé les accents qui avaient fait son ascension politique,
allant jusqu'à évoquer une suspension de Schengen avec l'Espagne. Quelques
jours plus tôt, elle cherchait encore à apparaître comme une dirigeante
européenne capable de rapprocher les positions des États membres. En quelques
heures, la logique de politique intérieure a repris le dessus. Ce n'est pas une
contradiction passagère : c'est le signe que, lorsqu'elle est confrontée à une
crise politique, son identité partisane reprend le pas sur sa posture
européenne.
L'Italie est, une fois encore, le laboratoire politique de l'Europe.
Sa proximité avec Donald Trump accentue encore ce malaise. Ce qu'elle
présentait comme un atout diplomatique – être le pont entre Washington et
Bruxelles – apparaît aujourd'hui comme une source d'ambiguïté. Ses prises de
distance ponctuelles avec certaines déclarations du président américain ont été
remarquées. Mais elles ne dissipent pas le doute : le trumpisme demeure une
composante importante de son identité politique, à laquelle elle sera tentée de
revenir chaque fois que la concurrence de sa droite se renforcera.
Pourquoi ce dilemme italien devrait-il intéresser les Français? Parce que
Giorgia Meloni est devenue, pour une partie de la droite européenne et
française, la preuve supposée qu'une extrême droite « normalisée » peut
gouverner sans danger. Si cette démonstration s'effondre, si la présidente du
Conseil doit se radicaliser pour contenir une droite encore plus radicale
qu'elle, c'est tout le récit de la « dédiabolisation » qui vacille. L'Italie
est, une fois encore, le laboratoire politique de l'Europe.
Ceuta n'est donc pas seulement une crise migratoire. C'est un révélateur politique.
La question n'est plus de savoir si Giorgia Meloni devra choisir entre la
dirigeante européenne qu'elle aspire à être et la responsable politique issue
de la droite radicale qui l'a portée au pouvoir. Cette question est désormais
posée devant tous les Européens.
Pendant des années, Giorgia Meloni a cru pouvoir repousser le moment du choix.
Mais, en politique comme dans les fables, vient toujours l'heure où il faut
choisir son camp. Car, comme chez Corneille, le choix révèle la femme autant
que le responsable politique. Et, en politique plus encore qu'au théâtre, on ne
peut servir deux maîtres éternellement.
● Personnalités centristes
Sarah El Hairy (haut-commissaire à l’Enfance)
> [Opinion: «Les enfants sont les grands oubliés de nos démocraties»] Je reviens
de Dublin où, dans le cadre de la présidence irlandaise du Conseil de l’Union
européenne, ministres, chercheurs, associations, autorités de régulation et
acteurs du numérique se sont réunis pour réfléchir à un défi majeur : comment
faire vivre les droits de l’enfant à l’heure des réseaux sociaux, de
l’intelligence artificielle et des grandes plateformes numériques ?
Cette conférence a été un moment important de dialogue européen. Elle a
notamment permis d’ouvrir un espace de consultation inédit, en donnant toute
leur place aux expertises, aux acteurs de terrain et à la parole des enfants
eux-mêmes. La présidence irlandaise a aujourd’hui une occasion unique : celle
de transformer cette dynamique en véritable élan politique européen.
Car derrière nos échanges sur la majorité numérique, la protection des mineurs
en ligne, la participation des enfants aux décisions publiques ou encore la
responsabilité des entreprises technologiques, une même question s’est imposée
: quelle place accordons-nous réellement aux enfants dans nos démocraties ?
Les démocraties occidentales aiment parler des enfants. En revanche, elles
parlent beaucoup moins avec eux
Nous débattons de leur santé mentale, de leur sécurité en ligne, de leur
réussite scolaire ou du climat dans lequel ils grandiront. Nous multiplions les
stratégies, les lois et les plans d’action. Pourtant, au moment où ces
décisions sont prises, ceux qu’elles concernent en premier restent absents de
la table.
Les enfants sont devenus les objets de nos politiques publiques. Ils n’en sont
toujours pas les sujets. Cette contradiction n’est pas seulement un défaut de
méthode. C’est une faiblesse démocratique.
Pendant longtemps, nous avons considéré les enfants comme des citoyens « en
devenir ». C’est une erreur. Les enfants ne sont pas seulement les citoyens de
demain : ils sont les citoyens d’aujourd’hui. Ils vivent déjà les conséquences
de nos décisions. Ils expérimentent déjà les réussites comme les échecs de nos
politiques publiques.
Les écouter ne signifie pas leur abandonner la décision. Gouverner demeure la
responsabilité des adultes. Mais gouverner ne peut plus signifier décider sans
ceux qui vivent concrètement les effets de nos choix.
Cette exigence apparaît avec une force particulière dans l’univers numérique.
Les réseaux sociaux ont profondément transformé l’enfance. Ils offrent des
espaces extraordinaires de découverte, de création et de sociabilité. Mais ils
exposent aussi les plus jeunes au harcèlement, à des contenus inadaptés ou
violents, à des mécanismes de captation de l’attention et à des modèles
économiques qui ne sont pas toujours conçus en fonction de leurs besoins et de
leur développement.
Pendant des années, nous avons demandé aux enfants de s’adapter à des
plateformes qui n’avaient jamais été pensées pour eux.
Nous avons demandé aux familles de surveiller attentivement, aux enseignants de
prévenir davantage, aux adolescents d’être plus prudents. Comme si la
responsabilité reposait d’abord sur eux. Cette logique atteint aujourd’hui
ses limites.
C’est pourquoi la France a décidé de légiférer sur la majorité numérique. Mais
cette action ne prendra tout son sens que si elle s’accompagne d’une
transformation plus profonde. Nous devons passer d’une logique de
réparation à une logique de conception.
Les plateformes numériques devraient être pensées, dès leur développement, en
intégrant pleinement l’intérêt supérieur de l’enfant. C’est le sens du principe
de « Safe Child by Design » que je souhaite porter au niveau européen.
Nous avons demandé aux entreprises d’intégrer la protection des données
personnelles dès la conception de leurs services. Pourquoi ne leur
demanderions-nous pas d’intégrer également les droits et les besoins de
l’enfant ?
Des paramètres protecteurs par défaut. Une exposition limitée aux contenus les
plus nocifs. Des mécanismes qui réduisent les risques d’addiction plutôt que de
les exploiter. Une conception adaptée à l’âge des utilisateurs.
Il ne s’agit pas d’opposer innovation et protection.
L’Europe a souvent démontré qu’elle savait transformer des exigences éthiques
en standards internationaux. Le RGPD en est la preuve. Elle peut aujourd’hui
faire de la protection des enfants le prochain grand standard européen.
La présidence irlandaise a les clés en main pour faire avancer cette ambition.
En s’appuyant sur les échanges engagés à Dublin, elle peut contribuer à fédérer
les États membres autour d’une vision commune : une Europe qui ne se contente
pas de protéger les enfants, mais qui construit ses politiques avec eux et pour
eux.
Mais notre responsabilité va au-delà du numérique.
Nous avons appris à mesurer l’impact environnemental de nos décisions. Nous
évaluons leur coût budgétaire, leurs effets économiques, leur impact social.
Pourquoi ne mesurerions-nous pas aussi leur impact sur les enfants ?
Chaque réforme, chaque loi, chaque politique publique, chaque innovation
devrait répondre à une question simple : qu’est-ce que cette décision changera
dans la vie d’un enfant ?
Le rendra-t-elle davantage protégé ? Plus autonome ? Plus libre ? En meilleure
santé ? Plus écouté ?
Je souhaite que l’Union européenne se dote d’un véritable indicateur d’impact
sur l’enfance. Non pour ajouter une nouvelle contrainte administrative, mais
pour nous obliger collectivement à regarder nos décisions depuis la hauteur
d’un enfant.
Car une société qui ne mesure jamais les conséquences de ses choix sur les
enfants construit son avenir à l’aveugle.
Enfin, nous devons sortir d’une démocratie de la consultation pour entrer
pleinement dans une démocratie de la participation.
Nous organisons parfois des consultations de jeunes. Nous recueillons leur
parole. Nous publions des rapports.
Mais savons-nous toujours leur dire ce que cette parole a changé ?
La participation n’est pas un exercice de communication. Elle est un principe
démocratique.
La consultation menée dans le cadre de cette conférence à Dublin montre
pourtant une voie possible : lorsque nous créons les espaces pour écouter les
enfants, ils apportent une expertise précieuse sur les réalités qu’ils vivent.
À nous désormais de transformer cette écoute en décisions concrètes.
Écouter un enfant, c’est accepter que son expérience améliore nos choix. C’est
reconnaître que l’on a le droit d’être jeune et d’être acteur. La manière
dont une démocratie traite ses enfants dit toujours quelque chose de la manière
dont elle conçoit sa propre nation, son contrat social. Une démocratie
véritable ne protège pas seulement les enfants. Elle leur fait une place.
Parce qu’au fond, les enfants ne demandent pas que nous leur cédions le
pouvoir. Ils nous demandent simplement que, lorsque nous décidons de leur
avenir, nous cessions enfin de le faire sans eux.
> [Opinion: « Ce 2 août, l'Europe fait enfin un
choix : celui de nos enfants] L'intelligence artificielle progresse tous les
jours et s'immisce jusque dans nos les aspects les plus intimes de nos
quotidiens. Continuons à profiter de ses avancées tout en protégeant les plus
vulnérables.
L’innovation technologique est une formidable opportunité, à condition que les
pouvoirs publics interviennent pour l’accompagner, en adaptant le droit et en
faisant vivre le débat démocratique. Cela, afin que ses avancées profitent à
tous, protègent en particulier les plus vulnérables, et qu’elles contribuent à
réduire les inégalités plutôt qu’à les renforcer. Les réseaux sociaux nous ont
servi de leçon.
Nous avons laissé des plateformes devenir les terrains de jeu de modèles
économiques fondés sur la captation de l’attention, la viralité et la collecte
de données. Les conséquences sont désormais documentées : cyberharcèlement,
désinformation, addiction, troubles de la santé mentale, exposition à des
contenus violents ou sexuels. Et les premières victimes sont les plus
jeunes.
Nous n’avons pas le droit de reproduire cette erreur avec l’intelligence
artificielle. Ce dimanche, une nouvelle étape de l’IA Act entre en vigueur.
Certains y voient une contrainte supplémentaire. J’y vois un acte politique
majeur. Car derrière ce règlement se cache une question fondamentale : qui
décide des règles du monde numérique ? Les démocraties ou les algorithmes?
L’intelligence artificielle transforme déjà notre manière d’apprendre, de
travailler, de créer et de nous informer. Elle accompagne déjà nos enfants dans
leurs devoirs et leurs loisirs. Demain, ce seront leurs relations sociales
elles-mêmes qui seront bouleversées : l’IA conversationnelle s’invite déjà dans
leurs échanges, leurs confidences, parfois leur intimité affective. Une
économie de l’affection est en train de naître, où des agents conversationnels
sont conçus pour simuler l’écoute, voire l’attachement. Une telle puissance ne
peut pas relever du seul marché.
Le choix européen est donc le bon. Il est même indispensable. Oui, l’innovation
doit continuer. Oui, l’Europe doit rester une terre d’excellence technologique.
Mais l’innovation n’a jamais été synonyme d’absence de règles. Nous n’acceptons
pas qu’une voiture circule sans freins ni ceinture de sécurité. Pourquoi
accepterions-nous que des intelligences artificielles, capables d’influencer
des millions de personnes, évoluent sans obligations de transparence ni
responsabilité ?
L’obligation d’identifier les contenus générés par une IA constitue une avancée
essentielle. Dans un univers où une image, une vidéo ou une voix peuvent être
fabriquées en quelques secondes, distinguer le vrai du faux devient un
impératif démocratique. La transparence n’est pas un luxe bureaucratique ; elle
est devenue une infrastructure de la confiance.
Depuis 2024, l’IA Act est le règlement européen qui encadre l’intelligence
artificielle avec un objectif simple : protéger les citoyens sans freiner
l’innovation. Plutôt que de réglementer l’IA dans son ensemble, il adopte une
approche fondée sur les risques. Les usages jugés inacceptables sont interdits,
les systèmes à haut risque sont soumis à des obligations strictes de sécurité,
de transparence et de contrôle humain, tandis que les applications à faible
risque restent largement libres. Ce cadre harmonisé remplace une mosaïque de
règles nationales et offre aux entreprises comme aux citoyens une plus grande
sécurité juridique.
À partir de ce 2 août, de nouvelles obligations de transparence entrent en
vigueur. Les personnes devront notamment être informées lorsqu’elles
interagissent avec une IA, les contenus générés artificiellement devront
pouvoir être identifiés et certains deepfakes devront être clairement signalés.
Face à des technologies capables de produire des images, des voix ou des vidéos
de plus en plus réalistes, cette transparence est essentielle pour préserver la
confiance dans l’espace numérique.
Les enfants ne sont pas des utilisateurs comme les autres. Ils construisent
leur esprit critique, leur identité, leur rapport aux autres. Ils sont plus
sensibles aux mécanismes d’influence, plus vulnérables aux manipulations
émotionnelles et moins armés face à des systèmes capables de simuler
l’empathie, l’autorité ou l’amitié.
Les deepfakes ajoutent une violence supplémentaire : celle d’être mis en scène
dans des contenus qu’ils n’ont jamais créés, ni même imaginés. Ce détournement
alimente le cyberharcèlement, véritable fléau de notre société, mais aussi la
sextorsion dont les premières victimes sont des filles mineures.
Face à cette réalité, une conviction doit guider les politiques publiques : ce
qui est techniquement possible n’est pas toujours socialement acceptable.
C’est pourquoi je défends le principe du Safe Child by Design. La protection
des enfants ne peut plus être une option ajoutée à la fin d’un développement
informatique ou une clause perdue dans des conditions générales d’utilisation.
Elle doit être intégrée dès la conception des modèles, des interfaces et des
services.
Cela signifie des garde-fous adaptés à l’âge, des paramètres protecteurs
activés par défaut, une limitation des mécanismes de manipulation, une
protection renforcée des données des mineurs et une évaluation systématique des
risques avant toute mise sur le marché.
Autrement dit : la sécurité des enfants doit devenir une obligation de
conception, pas une promesse marketing. Certains répondront que cette ambition
risque de ralentir l’innovation européenne. C’est une vision à courte vue.
L’histoire montre exactement l’inverse. Les technologies qui s’imposent
durablement sont celles qui inspirent confiance. Les entreprises qui prospèrent
sont celles qui anticipent les attentes de la société. La régulation n’est pas
l’ennemie de l’innovation ; elle est ce qui lui permet d’être acceptée, adoptée
et pérenne.
L’Europe a déjà montré, avec le RGPD, qu’elle pouvait fixer des standards
mondiaux. L’IA Act peut devenir le nouveau référentiel international d’une
intelligence artificielle responsable. Non pas parce que nous serions plus
frileux que les autres, mais parce que nous refusons de considérer les droits
fondamentaux comme une variable d’ajustement.
Dans la compétition mondiale autour de l’IA, la véritable avance ne se mesurera
pas seulement en puissance de calcul ou en levées de fonds. Elle se mesurera
aussi à notre capacité à construire une technologie qui respecte la dignité
humaine.
Et si une priorité devait s’imposer à toutes les autres, elle serait évidente :
protéger les enfants. Parce qu’une démocratie se juge moins à la sophistication
de ses algorithmes qu’à la manière dont elle protège les plus vulnérables. Le 2
août, l’Europe ne choisit pas la prudence contre le progrès. Elle choisit de
rappeler une évidence que la révolution numérique avait parfois fait oublier :
la technologie doit rester au service de l’humain. Et lorsqu’il s’agit des
enfants, aucun compromis n’est acceptable.
> [Kidnapping d’enfants ukrainiens par Poutine] Le vol d’enfants est déjà l’un des crimes les plus révoltants de cette guerre. Les arracher à leur famille, les endoctriner, effacer leur identité, les envoyer combattre sous l’uniforme de l’agresseur contre leur pays est une négation absolue de leur humanité.
