Voici une sélection, ce 23 janvier 2026, des propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France à propos de la nomination du gouvernement puis de la démission du premier ministre.
► Emmanuel Macron (Président de la
République)
> Quand l’Europe réagit de manière unie, en utilisant les instruments à sa
disposition tandis qu’elle est menacée, elle se fait respecter. C’est la
politique de la France et des Européens.
> En cette journée de l’amitié franco-allemande, nous nous retrouvons ! Moment important de coordination entre l’Allemagne et la France avant de nous réunir à 27 au Conseil européen. 63 ans après la signature du Traité de l’Élysée, ensemble, nous portons une Europe plus forte, plus unie et plus souveraine.
> Nous ne laisserons rien passer. La Marine nationale a arraisonné ce matin un navire pétrolier en provenance de Russie, sous sanctions internationales et suspecté d'arborer un faux pavillon. Cette intervention a été effectuée en haute mer, en Méditerranée, avec le concours de plusieurs de nos alliés. Elle a été menée dans le strict respect de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Une enquête judiciaire est ouverte. Le navire a été dérouté. Nous sommes déterminés à faire respecter le droit international et à garantir l’efficacité des sanctions. Les activités de la flotte fantôme contribuent au financement de la guerre d'agression contre l’Ukraine.
> La France est aux côtés du Liban, pays ami, pour défendre sa souveraineté, soutenir ses forces armées et accompagner les réformes nécessaires à son redressement. À Paris, nous préparons la conférence de soutien aux Forces armées libanaises dont l’objectif est de renforcer les capacités et le rôle essentiel au service de la stabilité et de la souveraineté du Liban. La France et le Liban partagent la même exigence : le respect du cessez-le-feu, la stabilité et une paix durable au Proche et au Moyen-Orient.
> Heureux d’avoir accueilli à Paris le Président Félix Tshisekedi. Je lui ai réaffirmé le plein soutien de la France à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo, ainsi qu’aux efforts pour parvenir à un cessez-le-feu effectif et vérifiable à l’est du Congo. Nous sommes déterminés à répondre aux besoins de la population.
► Sébastien Lecornu (Premier ministre)
[Nota: Nous faisons figurer Sébastien Lecornu dans
cette liste alors qu’il n’est pas centriste mais appartient à l’aile droite de
Renaissance, parti centriste/central et qu’il s’est toujours défini comme un
homme de droite; c’est à ce titre que ses propos sont retranscrits ici et du
fait qu’il a composé un gouvernement d’axe central.]
> [Motions de censure de LFI et du RN / Intervention à l’Assemblée] Nous ne
sommes pas réunis ce matin pour commenter une procédure, nous sommes réunis
pour répondre à une question beaucoup plus profonde : comment une
démocratie décide lorsqu’elle en arrive au point où plus personne ne veut
décider. Depuis l’automne, le gouvernement se tient à un choix clair, assumé,
transparent : celui de faire confiance aux débats parlementaires, de ne
pas recourir par réflexe aux instruments les plus contraignants de notre
Constitution. Celui de croire que le débat, l’amendement, la négociation
pouvaient permettre d’aboutir, même sans majorité acquise d’avance.
Ce n’était pas une tactique. C’est une conviction, et cette conviction a été
confirmée par les faits. Le projet de loi de financement de la sécurité sociale
a été adopté, des compromis ont été trouvés, des désaccords ont été tranchés.
La preuve a été faite qu’en laissant le Parlement aller au bout de son travail,
l’essentiel pouvait être décidé. N’en déplaise à certains, cela a fonctionné.
C’est précisément parce que cela a fonctionné que s’est installée l’illusion
que le temps pouvait se substituer à la responsabilité, l’absence de décision
devenir une méthode, que l’État continuerait d’avancer sans que personne n’ait
à assumer le moment d’un choix – le moment du choix. Progressivement, le débat s’est figé. À partir de l’instant où la perspective d’un engagement de la
responsabilité du gouvernement a été de nouveau évoquée par certains dans la
presse, un phénomène bien connu est réapparu : chacun a commencé à regarder ailleurs.
Certains ont poursuivi leur obstruction, non pour convaincre, mais une fois de
plus pour empêcher toute issue, organiser le blocage afin de mieux le dénoncer ensuite.
D’autres ont déserté les espaces de travail,
comme si le compromis était devenu trop coûteux, trop exigeant, trop fatigant.
Comme si ce qui avait été fait pour le PLFSS était un effort déjà trop
grand pour être poursuivi.
D’autres enfin ont laissé s’installer l’idée que, quoi qu’il arrive, le
gouvernement reprendrait la main.
Heureusement, il y a eu des députés pour poursuivre jusqu’au bout,
courageusement, le travail avec le gouvernement et faire converger leurs
propositions avec celles et ceux qui ne pensent pourtant pas comme eux. Ils ont
permis d’obtenir un texte où chacun peut retrouver l’essentiel de ses
convictions.
Mesdames et messieurs les députés, c’est à ce moment précis que la mécanique
institutionnelle de la Ve République reprend sans doute tout
son sens. Madame la présidente Le Pen, n’est pas gaulliste qui veut.
Notre Constitution n’a jamais été conçue pour organiser l’indécision, encore
moins touchant les affaires budgétaires. Elle n’a jamais prévu que l’usure du
temps remplace la clarté du choix. Elle repose sur une idée simple : quand
le débat ne permet plus de conclure, quelqu’un doit assumer.
L’engagement de la responsabilité du gouvernement ne doit constituer ni une
facilité ni un raccourci ; il est un instrument de dernier recours, pour
ne pas dire de dernier secours. Il existe en vue de ces moments où il n’y a pas
de majorité stable, où le terme des délais constitutionnels est plus
qu’atteint, où la situation budgétaire et internationale, dont nous avons trop
peu parlé ce matin, interdit l’attentisme, où surtout le Parlement n’est
collectivement pas parvenu, hélas, à aller jusqu’au bout de sa propre
responsabilité.
Je veux le dire avec gravité, sans détour : si le gouvernement a engagé sa
responsabilité, ce n’est pas parce qu’il voulait décider seul, mais parce qu’à
un moment donné, sur ces bancs, trop nombreux se sont retrouvés ceux qui ne
voulaient pas décider du tout. Là se situe peut-être la rupture historique que
nous vivons.
Pour la première fois depuis longtemps, le Parlement ne peut dire qu’il a été
privé de son pouvoir. Il a eu le temps, il a eu les textes, il a eu les
chiffres, il a eu les marges de discussion ; il a eu, en décembre, la
démonstration concrète qu’une issue était possible. Aujourd’hui encore, ce
n’est pas au gouvernement que revient le dernier mot, mais à vous, par les deux
motions de censure présentées et les scrutins qui les suivront.
C’est cela, la vérité institutionnelle de notre Constitution : ce n’est
jamais la fin de la démocratie parlementaire, c’est le moment où la démocratie
oblige chacun à assumer jusqu’au bout ses choix, y compris celui de ne pas
choisir.
Pour autant, cette expérience vécue depuis plusieurs semaines doit nous amener
à nous poser les bonnes questions, y compris sur nos procédures budgétaires. La
présidente de l’Assemblée nationale pousse à des changements : elle a
mille fois raison. Que tout cela nous permette au moins d’avancer, de tirer des
conclusions utiles pour celles et ceux qui entendent défendre encore la
démocratie représentative.
Après 350 heures de débat, tout a été dit – ou presque – sur les questions budgétaires.
Depuis plusieurs jours, le contenu final de ce projet de loi de finances fait
l’objet de commentaires, d’analyses, parfois de mises en cause, qui ne portent
pas toujours sur ce que dit réellement le texte. C’est sûrement désormais le
jeu normal du débat public, mais il arrive aussi que certaines lectures soient
davantage guidées par des intérêts particuliers que par la stricte vérité
budgétaire et l’intérêt général.
Dans un paysage médiatique que chacun connaît, où certains acteurs défendent
légitimement les intérêts économiques ou fiscaux qui sont les leurs, la
responsabilité du gouvernement est de ne pas se laisser entraîner dans des
récits qui déforment le réel. C’est aussi cela, le gaullisme.
Non pour polémiquer, mais pour rappeler les faits. Car ce qui est en
cause aujourd’hui, ce n’est pas la ligne éditoriale de quiconque, c’est la
compréhension par les Français de ce qui est réellement décidé en leur nom. Sur
ce point, la clarté et la sincérité ne sont pas négociables.
On prête à ce budget des intentions qu’il n’a pas. On lui attribue des choix
qui n’y figurent pas. On le caricature parfois sans même l’avoir lu – c’est malheureusement le
cas de certains parlementaires aussi, pardonnez-moi de vous le dire.
La vérité est pourtant simple : ce texte n’est pas le
texte initial du gouvernement. C’est un texte issu du compromis. Un texte
travaillé, modifié, ajusté, parfois au prix de renoncements pour le
gouvernement lui-même, pour tenir compte des discussions et des équilibres
recherchés dans cet hémicycle.
C’est précisément ce qui le rend aujourd’hui si inconfortable pour
certains : il n’est le texte de personne. Ou plutôt, il est un peu le
texte de tout le monde.
Alors chacun le critique. La gauche dira que c’est un budget de droite ;
la droite dira que c’est un budget de gauche – antienne bien connue. Pendant
ce temps, plus personne ou presque ne veut l’endosser, plus personne ne veut en
répondre, plus personne ne veut même dire clairement ce qu’il contient, ni même
ce qu’il y a pourtant gagné pour ses convictions et ses électeurs.
On affirme qu’il y aurait des augmentations d’impôts. Il n’y en a pas. Aucune.
Ni pour les ménages, ni pour les entreprises. On continuera même en 2026 à
payer globalement moins d’impôts qu’en 2019.
Certains nous le reprochent. Alors pourquoi propager des mensonges ?
D’autres, au contraire, et avec le même aplomb, alertent le monde économique
sur des risques qui ne figurent pas dans ce texte, mettant à mal la confiance
pourtant nécessaire à la croissance. C’est une faute lourde contre le pays et
ses intérêts.
D’autres, encore, inquiètent les catégories populaires en invoquant de
prétendues violences sociales ou des injustices fiscales qui ne sont ni prévues
ni dissimulées dans ce budget.
D’autres, enfin, font semblant de ne pas voir les économies sur la dépense
publique – plus qu’en 2025. Ce seront sans doute les premiers qui, dans
quelques semaines, poseront des questions au gouvernement pour nous les
reprocher.
Mesdames et messieurs les députés, à force de tout dramatiser, on finit par ne plus rien éclairer. À force de tout
caricaturer, on affaiblit la parole publique elle-même. Ne pas mentir aux
Français, ce n’est pas dire que ce
budget est parfait.
Le gouvernement est lucide : il a fait, de bonne foi, du mieux qu’il
pouvait avec les mille contraintes qui pèsent sur lui. Ce n’est pas non plus
dire que ce budget est indiscutable. Le compromis aura été ouvert jusqu’au
bout, y compris avec le Sénat pour le budget des collectivités locales.
Mais ne pas mentir aux Français, c’est tout simplement dire ce qu’est ce
budget, et ce qu’il n’est pas. C’est refuser d’aller chercher artificiellement
des colères là où il n’y a que des désaccords. C’est refuser d’instrumentaliser
l’inquiétude quand l’intérêt général exige la clarté. C’est refuser de
transformer chaque débat budgétaire en prélude politicien. Car gouverner, comme
légiférer, ce n’est pas se préparer en permanence au prochain rendez-vous
électoral. C’est répondre à celui qui est devant nous. C’est assumer, ici et
maintenant, ce qui est nécessaire pour le pays.
Ce budget n’est pas le budget d’un camp. Ce n’est pas le budget d’une
stratégie. C’est un budget possible. Un budget de responsabilité. Un budget qui
permet au pays d’avancer, avec une trajectoire claire et sincère, notamment un
objectif de déficit à 5 %, assumé et crédible, reposant sur de véritables
mesures d’économie. S’il est aujourd’hui si violemment attaqué par
quelques-uns, c’est peut-être parce qu’il révèle une chose simple : dans
une démocratie de compromis, le courage politique ne consiste pas seulement à
dénoncer, il consiste aussi à assumer.
Parce qu’on peut débattre de tout, sauf de l’intérêt général. Parce qu’une
démocratie ne tient pas quand celles et ceux qui la font vivre cessent de dire
la vérité à ceux au nom desquels ils décident.
Je veux maintenant tirer une leçon claire de ce que nous avons vécu ces
dernières semaines. Les institutions de la Ve République ne
sont pas en cause. Elles ont tenu. Elles ont fonctionné comme le constituant
l’avait prévu. Elles ont permis le débat, puis la décision.
La question n’est pas de savoir s’il faut sauver nos institutions, mais de
savoir si nous sommes prêts, individuellement et collectivement, à être à la
hauteur de celles-ci.
Je n’ai pas engagé la responsabilité du gouvernement pour contourner les
institutions de la Ve République ; au contraire, je l’ai
fait pour les protéger. Mais aucune institution, aussi solide soit-elle, ne
peut fonctionner durablement si celles et ceux qui l’incarnent renoncent à leur
propre responsabilité.
Les recours à l’article 49, alinéa 3 ne pourront plus être utilisés
demain comme avant. Ils ne pourront plus être un réflexe. Ils ne pourront plus
être une facilité.
Ils seront désormais ce qu’ils sont par leur nature initiale : l’ultime
réponse à l’impossibilité de conclure après avoir, de bonne foi, tout essayé.
L’inverse est tout aussi vrai. Le blocage permanent, la désertion du compromis,
la fatigue organisée de l’effort collectif ne peuvent pas devenir la norme de
notre vie parlementaire. Je crois que les débats d’hier ont été suffisamment
marquants.
Une démocratie ne tient pas seulement par des règles.
Elle tient par des femmes et des hommes qui acceptent que décider soit
difficile, coûteux, exposant.
Rien de ce qui s’est passé ces derniers mois n’a été inutile. Nous avons
appris. Nous avons éprouvé nos institutions. Nous avons vu ce qui fonctionnait,
et ce qui ne fonctionnait plus. Nous avons vu qui, lucidement, prenait au
sérieux le contexte international et budgétaire actuel, et qui n’en tirait
aucune conclusion pour le pays.
Un avant et un après s’ouvrent, je le crois, aujourd’hui. Un Parlement qui sait
qu’il peut aller jusqu’au bout, si toutefois il le souhaite pour lui-même. Un
gouvernement qui sait qu’il ne peut agir seul qu’en absolu et dernier ressort.
Et, surtout, une exigence nouvelle adressée à chacun : celle de ne plus se
dérober au moment de la décision.
Je le redis, j’ai engagé la responsabilité du gouvernement non pour contourner
les institutions de la Ve République, mais au contraire pour
les préserver ; car aucune institution, aussi solide soit-elle, ne peut
tenir durablement si celles et ceux qui l’incarnent renoncent à assumer leurs
responsabilités.
► Gouvernement
● Ministres centristes/centraux
Laurent Nunez (ministre de l’Intérieur)
> [Proposition de loi visant à reconnaître une présomption de légitime
défense pour les forces de l’ordre, dans l’exercice de leurs fonctions /
Intervention à l’Assemblée] Depuis maintenant près de vingt ans que j’exerce
des fonctions dans le champ de la sécurité, j’observe un net durcissement du
contexte dans lequel interviennent les policiers et les gendarmes. L’exercice
de leurs missions est tout à la fois marqué par une montée de l’ultraviolence – souvent dès le plus jeune âge –, les méthodes débridées du crime organisé et du narcotrafic, mais
aussi, disons-le, par une crise de l’autorité dont nos forces de sécurité intérieure sont à la fois les urgentistes et les victimes.
Les policiers et gendarmes sont constamment défiés : ne pas obtempérer à
leurs injonctions est une option ; discuter leur monopole de la force
légitime, une petite musique ; s’en prendre à leur intégrité physique, de
moins en moins rare.
En 2024, le nombre d’agressions physiques de gendarmes dépassait leur niveau
record de l’année précédente, avec près de 5 463 faits enregistrés,
dont 40 % avec armes. Les agressions par armes à feu à leur encontre
bondissaient quant à elles de 145 % tandis que le nombre de policiers en
mission ou en service blessés volontairement du fait d’un tiers augmentait de
21 %.
C’est dans ce contexte que s’inscrit la proposition de loi présentée par Éric
Pauget et ses collègues du groupe de la Droite républicaine. Le gouvernement en
partage l’objectif général : sécuriser le cadre d’usage de leurs armes par
les policiers et les gendarmes, et ne pas considérer cet usage, le cas échéant,
comme a priori suspect. Il proposera néanmoins un amendement substantiel
afin de réécrire l’article unique de la proposition de loi, dont l’adoption
conditionnera son soutien au texte.
L’état du droit en matière d’usage des armes par les policiers et gendarmes est
fixé par l’article L. 435-1 du code de la sécurité intérieure, issu de la
loi du 28 février 2017, défendue par Bernard Cazeneuve.
Cet article pose les conditions dans lesquelles les armes peuvent être
utilisées et limite à cinq les cas de leur usage. Il s’agit de l’application
législative du fait justificatif de l’article 122-4 du code pénal, aux termes
duquel « n’est pas pénalement responsable la personne qui accomplit un
acte prescrit ou autorisé par des dispositions législatives ou
réglementaires ». Ainsi, depuis la loi de 2017, qui a harmonisé le cadre
légal d’usage de leurs armes s’appliquant aux agents des forces de l’ordre, les
policiers comme les gendarmes bénéficient d’un fait justificatif fondé non pas
tant sur la légitime défense que sur l’autorisation de la loi. Notre amendement
de réécriture tire les conséquences de ce cadre juridique en prévoyant non pas
une présomption de légitime défense, mais une présomption d’usage légitime de
l’arme tant qu’il n’existe pas de preuve contraire que le policier ou le
gendarme a violé les dispositions de la loi de 2017.
Par ailleurs, le 5° de l’article L. 435-1 du code de la sécurité intérieure
sur les cas d’usage de l’arme, qui vise le cas où le policier ou le gendarme
doit répondre ou mettre fin à un périple meurtrier, exige que celui-ci soit
revêtu de son uniforme ou des insignes extérieurs et apparents de cette
qualité. Cette obligation, qui n’existait pas lorsque la disposition a été
introduite pour la première fois dans le code pénal en 2016, apparaît inadaptée
aux contraintes opérationnelles d’une telle situation, pour ne pas dire
contre-indiquée.
Qui assumerait d’exiger de nos policiers
qu’ils prennent soin d’enfiler leur brassard avant de nous mettre à l’abri d’un
périple meurtrier ?
C’est pourquoi l’amendement du gouvernement proposera également, de façon plus
réaliste et plus sérieuse, de revenir à l’état antérieur du droit sur ce point.
Enfin, la présomption d’usage légitime de l’arme nous semble devoir être
circonscrite, au moins pour l’heure, aux seules forces de sécurité intérieure,
dans la mesure notamment où le cadre d’usage de l’arme par les policiers
municipaux – quand ils en ont – n’est pas celui qui s’applique aux policiers
et gendarmes.
Avant que nous engagions la discussion, je tiens à redire avec force qu’une présomption n’est ni une immunité ni le bénéfice d’un doute. Une présomption, cela se renverse par tout moyen, à tout moment,
par toute personne. Si elle est adoptée, la présomption lèvera simplement
l’automaticité de la garde à vue du policier qui a fait usage de son arme. Elle
n’empêchera jamais le déclenchement d’une enquête judiciaire ou administrative.
Elle n’empêchera jamais l’autorité judiciaire d’être saisie ou de se saisir, ni
les policiers et les gendarmes de rester les fonctionnaires les plus contrôlés
et les plus sanctionnés. Sans doute représenteront-ils toujours moins de
5 % des agents publics, mais plus de la moitié de ceux qui reçoivent des
sanctions disciplinaires.
En vérité, cette proposition de loi, si elle était adoptée, n’empêchera pas le
policier ou le gendarme d’être placé en garde à vue, et ce dès la première
minute. Elle n’ôtera rien à la faculté du procureur de la République d’ouvrir
une enquête et d’instruire – dès la première seconde s’il le souhaite. C’est le principe même de la procédure inquisitoire. Cette proposition de loi ne vise
donc pas l’impunité de nos forces de l’ordre. Elle ne tend pas non plus à changer les conditions d’usage de l’arme, ni à les étendre.
Cette présomption permettra simplement de corriger ce réflexe qui consiste à
mettre en cause, par principe, l’engagement quotidien et si exigeant de nos
forces de sécurité, c’est-à-dire à considérer, en l’état actuel du droit, qu’un
policier qui fait usage de son arme a peut-être agi en dehors du cadre légal
plutôt qu’en dedans. Voilà ce que cherche à corriger cette proposition de loi.
Il s’agit de présumer que nos forces de sécurité ont fait leur devoir au lieu
d’y manquer. Ayons cette petite audace de penser que ceux qui sont chargés de
faire appliquer la loi agissent dans le cadre de celle-ci.
La réalité, du reste, ne démontre pas autre chose : l’autorité judiciaire,
dans la grande majorité des cas, confirme la légitimité de l’usage de l’arme
administrative. En 2024, trente-huit enquêtes judiciaires ont été ouvertes,
dont vingt-quatre pour des usages d’armes suivis de blessures et quatorze pour
des usages d’armes mortels. Sur ces quatorze usages mortels, le juge a conclu à
la légitimité de l’usage de l’arme dans douze procédures – les deux dernières étant toujours en cours.
Ceux qui voudront faire croire qu’il s’agit ici de délivrer un « permis de
tuer » méconnaissent le travail de nos forces de sécurité, je vous
l’assure. Ils ignorent que l’usage de l’arme laisse toujours son onde de choc
sur le policier ou le gendarme qui s’y trouve un jour obligé. En vérité, ils ne
connaissent rien à la vocation profonde de nos forces de sécurité – donnez un permis de tuer
aux policiers et aux gendarmes : ils changeront de métier.
En résumé, le gouvernement
soutiendra le texte sous réserve de l’adoption de son amendement – preuve s’il en faut de sa posture raisonnable, je dirais même raisonnée. Le
gouvernement présume-t-il que ses policiers et gendarmes agissent dans le
respect du cadre légal lorsqu’ils font usage de leur arme ? À cette
question-là, et à elle seule, le gouvernement répond oui.
Catherine Vautrin (ministre des Armées et
des Anciens combattants)
> Nous n’avons plus le luxe d’un fonctionnement de temps de paix. À Toulon,
j’ai rappelé l’urgence : le monde se fracture, les conflits accélèrent, et la
France doit tenir son rang. La DGA,
héritière de plus de 65 ans d’excellence scientifique, technique et
industrielle, doit encore accélérer, se transformer, pour toujours demeurer à
la hauteur des rendez-vous de l’Histoire. Raccourcir la boucle entre la
détection d’un besoin opérationnel et la livraison d’une capacité, c’est
précisément la mission de la DGA de combat. En s’appuyant sur le triptyque
indissociable forces-industrie-DGA, ancré dans les territoires, en conjuguant
impératifs du temps long et nécessités du temps court, innovation rapide et
cohérence d’ensemble, le succès des armes de la France se construit avec
audace.
> Nous vivons une période inquiétante avec l'opération américaine au Venezuela, les prétentions américaines sur le Groenland, la mobilisation du peuple d'Iran pour s'affranchir du joug de la République islamique. S’ajoute la poursuite de l'agression russe en Ukraine avec l'usage par le régime de Moscou, pour la seconde fois, du missile balistique Orechnik.
> Nous traversons une période inédite de mise à l'épreuve du lien transatlantique.
> Dans un environnement bousculé, la France doit continuer à tenir son rôle.
> Ce qui se joue en Ukraine, c'est la sécurité de l'Europe et donc la stabilité du monde.
> Mon cap est clair. L'accélération des périls doit nous conduire à l'accélération de notre réarmement. Si nous avons longtemps privilégié un modèle d'armée complet, nous devons désormais aller encore plus loin en étant solides sur nos deux jambes, celle de la haute technologie et celle de la masse.
> L’année 2025 a marqué une étape importante avec la pleine mise en œuvre d'un ensemble de mesures, dont les grilles indiciaires, qui soulignent que le réarmement est aussi humain
> Le Service national va permettre de répondre aux besoins opérationnels de nos armées en constituant un vivier futur de recrutement, tant dans l'armée active que dans la réserve.
> Notre obsession commune devra être que jamais notre pays ne soit confronté à cette étrange défaite où nous faillîmes disparaître sans la lucidité et le courage insensés de quelques-uns qui s'y refusèrent
> L’indépendance de la France repose sur trois mots: anticipation, souveraineté, crédibilité.
> En Afghanistan, la France s’est engagée dès 2001 aux côtés de ses alliés européens et canadien de l'OTAN, après l’activation de l’article 5 du Traité de l'Atlantique Nord par les États-Unis. 90 soldats français y sont morts en opérations et de nombreux autres ont été blessés. Nous nous souvenons de leur sacrifice qui impose le respect.
Roland Lescure (ministre de l’Economie,
des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique)
> L'Europe a commencé à convaincre le Président américain qu'il fallait
trouver d'autres voies et moyens que la force. Il a dit qu'on n'avait pas la
force et les tarifs commerciaux. Voyons si ça se confirme. (…) Le mot magique
des 48 dernières heures c'était la désescalade. Bon ben là, on désescalade.
> La caractéristique première du président des États-Unis c'est l'imprévisibilité. Donc ce n'est pas très bon pour les affaires. Et moi j'ai échangé avec des grands investisseurs internationaux qui confirment qu'aujourd'hui ils se diversifient. Y compris d'ailleurs en allant en Europe. Parce qu'en Europe on n'est peut-être pas assez vite, on n'est peut-être pas assez fort, mais au moins on est prévisible. Et ça c'est une bonne chose. L'imprévisibilité ce n'est pas bon pour les affaires. Ce n'est pas très bon non plus pour la géopolitique.
> Il vaut mieux être ferme et dissuader qu'être mou et se coucher, pour reprendre votre expression. Non, on est arrivé à un stade, et je pense que s'il y a une leçon de Davos, dont le slogan c'était " le dialogue ça paye ", la réalité c'est que la fermeté aujourd'hui, dans un monde où la loi du plus fort a tendance parfois à s'imposer, c'est important. Ça ne veut pas dire qu'il faut arrêter de dialoguer, ça ne veut pas dire qu'il faut arrêter de s'engager. Le président de la République souhaite réunir un G7, moi, je réunis un G7 Finances la semaine prochaine. Ce sera la semaine prochaine, on est en train de fixer la date, sans doute en milieu de semaine. C'est important qu'on continue à se parler, mais en étant, à la fois franc, sincère et ferme.
> Il faut partager les efforts entre hausse d'impôts et baisse des dépenses. On fait à peu près moitié-moitié. Trois, il faut préserver la croissance. Je pense qu'on le fera. La croissance a été bonne l'année dernière. Alors déjà, l'année dernière, on était à 0,7%, on va sans doute finir à 0,9%. Donc, on a eu de bonnes nouvelles. Pour l'année prochaine, on est à 1. On apparaissait optimiste. Il y a trois mois, tout le monde nous a rejoint, donc, on verra. Moi, je ne préfère pas raser gratis ou promettre la lune. Mais pour l'instant, du côté de la croissance, ça tient. Ça tient mieux qu'en Allemagne, mieux qu'en Italie, mieux qu'en Europe.
Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et
des Affaires étrangères)
> Le monde se polarise. La France et l’Europe refusent l’alignement.
L’autonomie stratégique n’est pas un retrait : c’est la condition de notre
liberté et de notre crédibilité.
> La France fournira à l'Ukraine l'équivalent de 13 mégawatts d'énergie, soit une centaine de générateurs.
> En renvoyant l'accord Mercosur devant la Cour de Justice de l’Union européenne, le Parlement européen s'est exprimé en cohérence avec la position que nous avons défendue. La France assume de dire non quand il le faut, et souvent l’Histoire lui donne raison. Le combat continue pour protéger notre agriculture et garantir notre souveraineté alimentaire.
Stéphanie Rist (ministre de la Santé, des
Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées)
> En France, on vit plus longtemps. Et de plus en plus longtemps sans
incapacité. Aujourd’hui, à 65 ans, une femme vit encore environ 12 ans sans
limitations dans son quotidien, un homme un peu plus de 10 ans. Ces années de
vie sans incapacité progressent depuis plus de 15 ans. C’est le résultat des
avancées médicales, de la prévention, mais aussi d’un meilleur accompagnement
face aux maladies et au vieillissement.
Autre bonne nouvelle : la France se situe au-dessus de la moyenne européenne.
Notre responsabilité collective est claire : permettre à chacun de bien vivre
plus longtemps, en préservant l’autonomie et la qualité de vie, mais également
en sauvegardant notre modèle social à l’aune de ces évolutions.
> Protéger la santé mentale de nos
enfants face aux écrans Aujourd’hui, au Centre hospitalier Paul-Brousse de
Villejuif, j’ai visité le service d’addictologie du Pr Amine Benyamina.
L’exposition massive des enfants et des adolescents aux écrans et aux réseaux
sociaux est devenue un enjeu majeur de santé publique. Troubles du sommeil,
anxiété, baisse de l’estime de soi, conduites addictives : les impacts sont
réels, en particulier sur la santé mentale. C’est pourquoi, dans le cadre de la
Grande Cause nationale prolongée pour 2026, nous plaçons la santé mentale et en
particulier celle des enfants au cœur de nos priorités. La prévention,
l’accompagnement des parents et un usage plus responsable du numérique sont des
leviers essentiels.
Cette visite illustre la volonté du Gouvernement d’agir, avec les
professionnels de santé, pour construire des réponses concrètes et protéger nos
enfants.
Amélie de Montchalin (ministre de l’Action
et des Comptes publics)
> [Budget / Intervention au Sénat] le taux de prélèvements obligatoires
en 2019, année où le déficit était effectivement sous
les 3 %, s'élevait à 44 %.
Dans le budget actuellement soumis au Parlement, à la
suite de la prise de responsabilité du Premier ministre, il est
de 43,9 %. Il n'y a donc pas de folie fiscale : nous sommes en
dessous du taux de 2019.
> Emmanuel Macron a formidablement défendu le pays face à Trump.
> Arrêtons les fake news : il n'y a pas de hausse d'impôt pour 99,9 % des Français.
> Un moment j'ai cru jeter l'éponge. Notamment quand le RN a voté la taxe à 26 milliards d'euros d'impôts sur les multinationales et quand ils ont supprimé le Madelin.
> Aujourd'hui, le Premier ministre et le Gouvernement estiment qu'il ne faut pas renoncer à encourager ceux qui travaillent, bien au contraire !
> [Budget / Intervention au Sénat] Je confirme qu'en 2026 les impôts n'augmenteront ni pour les très petites entreprises (TPE), ni pour les petites et moyennes entreprises (PME), ni pour les commerçants ; ils baisseront même pour les entreprises de taille intermédiaire (ETI) entre 2025 et 2026.
Je confirme que nous laissons inchangé le
barème de la surtaxe à l'impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises
entre 2025 et 2026. Le rendement attendu de cette mesure s'élève à
7,3 milliards d'euros, selon les comptes établis par mon administration.
Je peux aussi confirmer que la dépense publique baissera en 2026. Elle
était de 56,8 % en 2024 ; elle passera à 56,6 %
en 2026. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.)
Il nous faut baisser la dépense publique. J'ajouterai qu'une telle baisse n'a
pas été observée depuis plus de trois ans.
Je confirme également que la dernière loi de financement de la sécurité sociale
nous permettra de réaliser plus d'économies que les trois précédentes, pourtant
adoptées après des recours à l'article 49.3 de la Constitution.
Enfin, j'y insiste : ce qui a un prix, c'est la rigueur, le sérieux, la
transparence, la méthode.
En 2025, nous avions annoncé viser un déficit de 5,4 % ;
ensemble, nous avons atteint cet objectif. Je vous le confirme encore :
en 2026, nous continuerons grâce à cette méthode de tenir les engagements
que nous avons pris devant le Parlement et la Nation.
Eléonore Caroit (ministre délégué
auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères chargée de la
Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger)
> [Inscrire la mouvance des Frères musulmans sur la liste européenne des
organisations terroristes / Intervention à l'Assemblée] Vous avez raison de
vous saisir de cette question du séparatisme et de l’islamisme politique,
notamment celui des Frères musulmans, contre lequel le gouvernement lutte
depuis des années, à la demande du président de la République ; vous le
savez, il a lancé des travaux en janvier 2024, qu’il nous a demandé de
reprendre. Dans son discours des Mureaux d’octobre 2020, le chef de l’État
avait désigné clairement la menace après avoir sorti, dès 2017, la France de
l’état d’urgence. À la suite de l’assassinat de Samuel Paty, plusieurs
associations qui entretenaient le discours victimaire dont se nourrissent les
courants séparatistes ont été dissoutes, entre autres le Collectif contre
l’islamophobie en France et l’association Barakacity.
La loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la
République a réformé le droit des cultes, notamment en créant une obligation de
déclaration des financements étrangers, en renforçant le cadre de l’éducation
en dehors du milieu scolaire – en établissement hors contrat comme à domicile –,
ainsi qu’en renforçant la transparence et les moyens de contrôle de l’État
vis-à-vis de l’ensemble du monde associatif.
Le gouvernement se mobilise également à l’échelon européen contre le risque que
représente l’entrisme des Frères musulmans. Nous travaillons avec les
institutions et nos partenaires européens pour partager notre analyse de la
stratégie de la confrérie et trouver des réponses communes à la menace qu’elle
constitue. La France s’est également investie dans le renforcement des outils
visant à limiter le risque de financer des entités portant des valeurs
contraires à celles de l’Union européenne ; nous avons proposé des mesures
concrètes pour assurer le respect des valeurs européennes dans l’ensemble des
projets financés par le budget européen et pour renforcer la lutte, à l’échelle
de l’Union, contre les crimes et les discours de haine, notamment
l’européanisation de notre contrat d’engagement républicain : chaque
bénéficiaire de fonds européens devrait au préalable signer un document dans
lequel il s’engagerait explicitement à respecter les valeurs de l’Union
européenne. Nous proposons également d’inclure les discours et crimes de haine
dans la liste des infractions pénales européennes, les eurocrimes, à
l’article 83 du TFUE, le Traité sur le fonctionnement de l’Union
européenne.
Aujourd’hui, l’enjeu est d’aller plus loin, sur la base des actions déjà menées
par le gouvernement, afin de combattre encore plus fermement l’entrisme
islamiste – compris comme la démarche proactive de
certains acteurs ou mouvements séparatistes d’intégrer des institutions, des
associations ou des structures publiques ou privées dans le but d’y faire
prévaloir progressivement une vision politique de l’islam ; entrisme
d’autant plus insidieux que ses acteurs dissimulent bien souvent leurs
véritables intentions derrière un discours apparemment conforme aux principes
républicains. Nous estimons que la mouvance des Frères musulmans a fourni un
corpus idéologique à de nombreux groupes évoluant sur le territoire national et
européen, qui cherchent désormais à subvertir nos institutions de l’intérieur.
S’il reste beaucoup à faire pour lutter contre cette menace – et je vous remercie à nouveau de vous être saisis du sujet –, gardons à l’esprit que le séparatisme et l’entrisme sont distincts
du terrorisme. D’une part, la nature des Frères musulmans, qui relèvent davantage d’une mouvance idéologique que d’une organisation structurée, ne permet pas, eu égard aux critères juridiques en vigueur, leur désignation comme entité terroriste. Une sanction
juridiquement faible nous exposerait à des risques de contentieux importants.
D’autre part, s’il est exact que les Frères musulmans et ses référents
intellectuels ont ouvert un espace doctrinal radicalisé dans lequel certains
penseurs et acteurs du terrorisme islamiste moderne ont puisé, faisant
apparaître un lien de filiation idéologique entre les Frères musulmans et
plusieurs groupes désignés comme terroristes par l’Union européenne – je pense notamment au
Hamas –, il n’existe cependant pas de continuité organisationnelle systémique
entre eux.
L’absence de preuve, à ce stade, de l’implication des Frères musulmans dans des
actes de terrorisme – tels que des attaques ou des enlèvements qui seraient
commis avec une intention terroriste avérée – rend sa désignation comme organisation terroriste particulièrement hasardeuse. Je
relève d’ailleurs que les États-Unis – dont le régime de preuve pour la désignation d’une organisation terroriste est pourtant bien moins
exigeant que celui de l’Union européenne – ne sont pas parvenus à désigner
la confrérie des Frères musulmans dans son ensemble, ni les structures qui en
sont issues sur le territoire américain, comme des organisations terroristes,
ce qui était pourtant l’intention initiale de l’administration Trump ;
celle-ci a dû se contenter de désigner comme telles les branches égyptienne,
jordanienne et libanaise de la confrérie.
Nos interrogations quant à l’opportunité et à la faisabilité de la mesure que
vous proposez ne signifient aucunement que le gouvernement sous-estime la
menace à laquelle nous confronte la mouvance des Frères musulmans et, plus
largement, le séparatisme et l’islamisme politique. Leur idéologie et leur
stratégie d’entrisme font peser un risque bien réel sur la cohésion sociale.
Afin d’entraver leur développement, le président de la République a demandé au
gouvernement de proposer de nouvelles mesures, le cas échéant d’interdiction,
et de nouveaux outils qui viendraient compléter la loi d’août 2021 confortant
le respect des principes de la République, en vue d’entraver le développement
de tels écosystèmes sur notre territoire.
L’objectif du gouvernement est bien d’agir contre la mouvance des Frères
musulmans et son idéologie séparatiste, en déployant des mesures
opérationnelles et juridiquement robustes. Comme je l’ai exposé, des
incertitudes subsistent à cet égard quant à la proposition de résolution qui
vous est soumise. Le gouvernement s’en remettra donc à la sagesse de
l’Assemblée.
● Autres ministres
Edouard Geffray (ministre de l’Education nationale)
> [Suicide d’une élève / Intervention au Sénat] Aucun mot ne permet de rendre
compte de la douleur de la famille, de la souffrance vécue par la jeune fille
avant de mettre fin à ses jours ou du choc de la communauté éducative devant
cette vie brisée, cette famille anéantie et ces proches dont l'existence est
définitivement meurtrie.
Vous avez évoqué les mesures prises en réaction à ce drame, dont je me permets de redonner la chronologie.
Immédiatement après le drame, une cellule psychologique a été mise en place pour les élèves et les personnels. Dès le jeudi matin, le procureur de la République a ouvert deux enquêtes judiciaires. Le même jour, j'ai personnellement ordonné une enquête administrative, conduite par l'inspection générale de l'éducation nationale. Trois inspecteurs généraux, désignés le vendredi, ont commencé leurs travaux ; ils me remettront leurs conclusions dans les plus brefs délais.
Je ne prendrai toutes les mesures qui s'imposent qu'à l'issue de cette procédure, et non avant, en fonction des éventuels dysfonctionnements, collectifs ou individuels, qui auront été révélés.
Au-delà, comme vous l'avez souligné – et je vous en remercie une nouvelle fois –, ces événements montrent qu'aujourd'hui encore le harcèlement ou les faits en question, quelle que soit leur qualification, tuent dans notre école. Malheureusement, chaque année, surviennent des drames à l'issue desquels nos jeunes mettent fin à leurs jours. Ce n'est pas acceptable.
Vous le savez, nous avons mis en place une politique de repérage et de prévention. Nous tentons également d'apporter une réponse par le biais du 3018 et des numéros académiques nationaux. Je peux vous garantir que nous poursuivrons ce combat, non seulement en mémoire de Camélia, mais aussi pour prévenir d'autres drames de même nature. Vous pouvez compter sur ma détermination et ma fermeté.
► Assemblée nationale
Yaël Braun-Pivet (présidente)
> Je regrette que le budget n’ait pas pu être voté par le Parlement. Mais
l’adoption de la partie dépenses, après le rejet de deux motions de censure,
répond à l’attente des Français : doter la France d’un budget.
> L’application des lois votées par le Parlement est une exigence démocratique. De nombreux décrets d’application de lois ne sont toujours pas pris. Le 10 février, pour la première fois, une séance de contrôle sera consacrée à ces retards, avec la possibilité pour les présidents de commission d’interpeler le Gouvernement sur ces délais.
> 2026 doit être une année d’action. Au plan intérieur, plusieurs textes majeurs sont attendus au Parlement : la fin de vie, une réactualisation de la loi de programmation militaire, le renforcement des pouvoirs des polices municipales. À l’international, la ligne est claire. Nous devons porter la voix de la France et rester fidèles à ce nous sommes dans un monde en plein bouleversement.
> L’aide à mourir répond à une attente forte des Français. Mon engagement est clair : permettre l’adoption du texte avant l’été 2026, pour une application avant la fin du quinquennat.
► Partis politiques
● Renaissance
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne
sont pas centristes et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus
retranscrits]
Gabriel Attal (député, secrétaire général de Renaissance, président du
groupe Ensemble pour la république à l’Assemblée nationale)
> Lundi, nous aurons l'opportunité de devenir le premier pays européen à
protéger notre jeunesse des réseaux sociaux en interdisant leur accès aux moins
de 15 ans. Il y a des combats que l'on ne peut pas perdre. Protéger la santé
mentale de nos enfants en est un.
> Nous avons le devoir de soutenir le peuple iranien. Renforçons les sanctions économiques contre le régime. Identifions dès maintenant tous ses relais pour qu’ils sachent qu’ils devront répondre de leurs actes. Faisons tout ce que nous pouvons pour fragiliser ce régime sanguinaire.
> L'ami des dictateurs Jean-Luc Mélenchon peut garder ses leçons. Aujourd'hui, le droit international ne régit plus les relations internationales. J'assume d'être lucide : si nous voulons faire respecter nos règles, nous devons avoir la puissance pour le faire.
> Nous devons assumer de parler le langage de la force. L'Europe doit montrer qu'elle peut mordre. C'est ce que nous avons fait avec l'arme anti-coercition.
Agnès Pannier-Runacher (députée)
> Hier, Bruno Retailleau et quelques sénateurs ont
saboté la proposition de loi sur l’aide à mourir. Ce texte peut constituer une
avancée majeure. Pour la liberté de chacun de disposer de sa fin de vie. Pour
la dignité des personnes confrontées à des souffrances irréversibles. Pour le
respect des parcours individuels, sans jugement moral, sans injonction, sans
dogme imposé à quiconque. L’aide à mourir n’enlève rien à personne. Elle
n’oblige personne. Elle n’impose rien. Mais elle est une réponse à des douleurs
morales et physiques irrépressibles, une réponse attendue par les Françaises et
les Français. Je continuerai à défendre cette avancée à l’Assemblée nationale.
Avec force. Et en mémoire de mes ombres tant aimées qui me l’ont fait
promettre.
> Le Parlement européen a renvoyé l’accord sur le Mercosur devant la Cour de justice de l’Union européenne. Une décision cohérente avec la position que le Président de la République a défendue et continue de défendre : aucun accord commercial ne peut se faire au détriment de nos agriculteurs et de notre souveraineté. Il ne faut rien lâcher.
Elisabeth Borne (députée)
> Face aux incertitudes du monde, ne cédons pas à
la loi du plus fort. Choisir entre le droit et l’efficacité est un faux débat.
Les valeurs ne bloquent pas l’action publique, elles sont ce qui la rend juste,
efficace et durable. Les menacer ou les abandonner, c’est fragiliser la
démocratie et les générations futures.
Marie Lebec (députée)
> [Proposition de résolution visant à suspendre toute nouvelle création
d’instances administratives pour lutter contre le phénomène d’agencification de
l’État et rendre plus lisible le fonctionnement de l’administration française /
Intervention à l’Assemblée]
La proposition de résolution qui nous est soumise aujourd’hui vise à suspendre
toute nouvelle création d’instances administratives, afin de lutter contre le
phénomène d’agencification de l’État et de rendre plus lisible l’action
publique.
Sur le diagnostic, permettez-moi d’être claire : nous le partageons
largement. L’agencification pose de réels problèmes de lisibilité, d’efficacité
et parfois de responsabilité démocratique. Nos concitoyens attendent un État
plus simple, plus cohérent et plus rigoureux dans l’utilisation de l’argent
public. Oui, la multiplication des opérateurs, des autorités administratives
indépendantes, des comités et des structures intermédiaires peut fragmenter
l’action publique, générer des doublons et diluer la responsabilité politique.
Ce constat, notre majorité ne l’a ni ignoré ni minimisé. Au contraire, nous
n’avons pas attendu cette proposition de résolution pour agir. Dès le début du
premier quinquennat, une démarche structurée de rationalisation a été engagée.
Par la circulaire du 24 octobre 2017, le premier ministre Édouard Philippe
a demandé à l’ensemble des ministres de réduire résolument le nombre de
commissions existantes et de repenser les modalités de la consultation
publique. Des règles claires ont alors été énoncées : toute création d’une
nouvelle commission devait s’accompagner de la suppression d’une commission
existante ; les commissions n’ayant pas tenu de réunion depuis deux ans
devaient être supprimées ; la consultation devait s’inscrire dans une
stratégie ministérielle décloisonnée.
Un premier bilan a été dressé dès 2018. Pour la première fois, le nombre de
commissions consultatives est passé sous la barre des 400. Cette exigence a
ensuite été renforcée : toute nouvelle création devait entraîner la
suppression de deux commissions existantes, y compris lorsque la création
résultait de la loi.
Cette dynamique s’est poursuivie dans le cadre des comités interministériels de
la transformation publique. En 2021, le gouvernement a annoncé que la loi
d’accélération et de simplification de l’action publique – dite Asap –, dont Guillaume
Kasbarian avait été le rapporteur, ainsi
que plusieurs décrets, avaient permis de supprimer plus de soixante commissions supplémentaires.
Ce bilan est concret, documenté et assumé. Il montre que la rationalisation de
l’État est à l’œuvre, même si, nous le reconnaissons, il reste du travail à
accomplir.
Cela étant, nous divergeons sur la méthode proposée par cette proposition de
résolution. Suspendre toute création de nouvelle agence par un moratoire
général n’est ni pleinement réaliste, ni pleinement efficace. En effet un gel
général ne règle en rien le problème des structures existantes inutiles ou
inefficaces : geler l’avenir ne simplifie pas le présent. Qui plus est,
rationaliser implique souvent de fusionner, ce qui rend parfois nécessaire la
création d’une nouvelle structure juridique. Ainsi la création de Business
France, structure issue de la fusion d’UbiFrance et de l’Agence française pour
les investissements internationaux (Afii), a-t-elle permis de supprimer des
doublons et de renforcer l’efficacité de notre politique d’attractivité.
Enfin, une interdiction générale ferait peser un risque réel de blocage de
l’action publique. Certaines agences sont non seulement utiles, mais
indispensables. À l’heure des cyberattaques massives, qui peut sérieusement
contester la nécessité d’une agence spécialisée comme l’Agence nationale de la
sécurité des systèmes d’information (Anssi) pour protéger nos hôpitaux, nos
collectivités et nos infrastructures critiques ? Qui peut penser que le soutien
à l’innovation, à la réindustrialisation et aux PME pourrait se faire sans un
outil structurant et identifié comme BPIFrance, la Banque publique
d’investissement, acteur central de France 2030 ?
Gardons-nous des amalgames ! Toutes les agences ne se valent pas. Le
problème ne tient pas à leur existence en tant que telle, mais à leur
évaluation, à leur pilotage et à leur contrôle démocratique. C’est pourquoi le
groupe Ensemble pour la République défend une approche pragmatique, ciblée et
responsable : poursuivre la simplification réelle du paysage existant,
supprimer les structures obsolètes, fusionner les doublons avérés et renforcer
l’exigence d’évaluation.
Nous partageons pleinement l’objectif de simplification de l’État et le constat
dressé dans ce texte. Si la méthode proposée appelle des réserves et mérite
d’être précisée afin d’éviter tout risque de blocage de l’action publique, nous
estimons néanmoins que le signal politique adressé est d’autant plus utile et
légitime qu’il s’agit d’une proposition de résolution, dépourvue d’effets
normatifs contraignants. En effet, l’adoption de ce type de texte n’emporte pas
de conséquences législatives ou réglementaires immédiates – cela ne diminue en rien
le travail que vous avez mené, madame Blin, mais résulte de son statut.
C’est pourquoi, tout en restant vigilants quant aux modalités de sa mise en
œuvre et en réaffirmant son attachement à une réforme de l’État pragmatique,
équilibrée et tournée vers l’efficacité, le groupe EPR votera en faveur de
cette proposition de résolution.
Caroline Yadan (députée)
> [Inscrire la mouvance des Frères musulmans sur la
liste européenne des organisations terroristes / Intervention à l'Assemblée] Nous
avons collectivement une responsabilité particulière lorsque les faits sont
établis, que les alertes sont anciennes et que l’inaction devient en elle-même
une forme de renoncement. Le texte que nous examinons ce matin s’inscrit dans
ce moment précis : celui où la lucidité doit l’emporter sur les
faux-semblants et où la clarté politique devient un impératif démocratique.
La présente proposition de résolution européenne repose sur un constat
désormais solidement établi et largement partagé : la mouvance des Frères
musulmans constitue une idéologie politique structurée et transnationale,
incompatible avec les principes de la République et de la démocratie. Ce
constat résulte de travaux convergents, ceux des services de l’État – en particulier du ministère de l’intérieur –, ceux des
parlementaires et ceux issus de nombreuses recherches académiques. L’ensemble de ces analyses
met en évidence une stratégie d’entrisme patiente et méthodique, fondée sur des logiques d’implantation et d’influence, visant à contourner les règles communes et à substituer progressivement aux normes
républicaines un corpus idéologique concurrent, au détriment de l’universalité
de la loi et de la cohésion démocratique.
Car il s’agit bien de cela. Les Frères musulmans défendent non pas une foi,
mais un projet politique, fondé sur la hiérarchisation des individus, sur la
remise en cause de l’égalité entre les femmes et les hommes, sur la
contestation de la liberté de conscience et sur le rejet du pluralisme démocratique.
Partout où il a prospéré, ce projet a produit la division, la violence et la
régression des libertés.
Leur stratégie s’appuie également sur des leviers matériels. Des financements
opaques, des détournements de subventions associatives et des soutiens
indirects à des campagnes électorales ont été mis en évidence. Nous devons le
dire avec gravité : cette idéologie est mortifère. Elle constitue la
matrice intellectuelle de l’islam radical qui a frappé notre pays à Toulouse, à
Paris, à Nice, à Conflans-Sainte-Honorine ou à Arras.
Elle est aussi celle qui a inspiré les atrocités commises par le Hamas le
7 octobre en Israël. Les modalités diffèrent, les degrés de violence
varient, mais le socle idéologique est le même : la négation de l’autre,
la sacralisation de la violence et de la barbarie, la haine de la démocratie.
Face à cela, l’Union européenne ne peut rester dans l’ambiguïté. La proposition
de résolution européenne, que nous soutenons, vise précisément à nommer
clairement la menace, à doter l’Union d’un cadre cohérent et à harmoniser notre
réponse politique et juridique. Elle donne aussi les moyens de lutter contre
ses ressources, notamment en provenance de l’Iran et du Qatar, de geler ses
avoirs, de renforcer les contrôles financiers et de coordonner l’action des
États membres.
Inscrire la mouvance des Frères musulmans sur la liste européenne des
organisations terroristes, c’est affirmer que nos démocraties ne sont ni naïves
ni désarmées. D’autres pays, comme l’Autriche, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la
Jordanie ou les Émirats arabes unis, l’ont déjà fait.
Il ne s’agit évidemment ni de stigmatiser, ni d’assigner, ni de confondre. Il
s’agit de protéger: protéger nos concitoyens, protéger nos institutions,
protéger la liberté de conscience elle-même, qui ne peut survivre que dans un
cadre républicain solide et impartial.
La République est un tout ; elle ne se fragmente pas, elle ne se négocie
pas, elle ne tolère pas que, sous couvert des libertés qu’elle garantit, on
organise méthodiquement sa remise en cause.
En soutenant cette proposition de résolution, le groupe Ensemble pour la
République assume une ligne de lucidité, de fermeté et de responsabilité. Nous
affirmons que la lutte contre l’islamisme est indissociable de la défense de
l’État de droit, qu’il n’y a pas de liberté sans sécurité et qu’il n’y a pas de
tolérance possible envers ceux qui instrumentalisent la démocratie pour mieux
la détruire.
C’est dans cet esprit que nous appelons à l’adoption de la présente proposition
de résolution européenne.
● MoDem
Marc Fesneau (député, président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale)
> Face au retour de la loi du plus fort, certains voudraient nous faire
croire que le droit serait un luxe. Grave erreur.
> Notre pays crève de l'absence de vérité : les postures des uns pour se tirer d'une alliance avec LFI, les attitudes des autres pour garder des marqueurs de droite.
Bruno Fuchs (député)
> [Motions de censure du RN et de LFI / Intervention à l’Assemblée] Il n’y a
pas d’ambiguïté : le groupe Les Démocrates votera contre ces motions de
censure déposées dans le seul but d’empêcher le pays de se doter d’un budget.
Nous regrettons les excès des uns dans l’impôt et le manque de courage des
autres dans la baisse des dépenses publiques. Avec plus de
3 000 milliards d’euros de dette, les efforts non réalisés
aujourd’hui seront bien plus douloureux et bien plus violents demain pour nos
concitoyens. À trop chercher les chemins de la facilité en 2026, c’est l’avenir
de nos enfants que nous hypothéquons.
Depuis le début de l’examen du projet de loi de finances, nous avons toujours
défendu la même approche, celle du dialogue et de la recherche de compromis. Le
pire serait en effet de ne pas avoir de budget. Sans budget, il n’y aurait pas
de réponse à la crise agricole ni d’augmentation de nos capacités de défense.
Les revalorisations du RSA ou de l’allocation aux adultes handicapés (AAH)
seraient gelées. Sans budget, les rénovations thermiques des logements et les
appels d’offres dans le solaire seraient à l’arrêt. Les embauches dans
l’enseignement seraient gelées et il n’y aurait pas de revalorisation de
bourses étudiantes. Les embauches et la revalorisation de soignants seraient
reportées. Il n’y aurait pas de création de postes de gendarmes et de
policiers, ni de nouvelles places de prison. Sans budget, la France entrerait
dans une crise politique majeure au moment même où le monde bascule dans la
force et la violence. C’est là ce que nous devons éviter.
La responsabilité d’un parlementaire est claire : permettre à la France de
se doter d’un budget pour ne pas affaiblir notre pays et accélérer la perte de
notre souveraineté. Voilà autant de raisons, parmi d’autres, qui expliquent
pourquoi nous avons toujours cherché les termes d’un compromis. Le compromis
n’est ni l’adhésion totale ni la satisfaction pleine et entière. Ce n’est pas
seulement accepter ce qui nous plaît, mais aussi intégrer ce qui nous convient
moins et qui est cher aux yeux de l’autre. Nous avons fait un choix responsable
dicté par l’intérêt général, et non, comme d’autres groupes, par les calculs
politiciens, les postures partisanes ou les ambitions personnelles.
Certes, nous avons des regrets. Toutefois, comme toujours, nous avons pris nos
responsabilités. Nous faisons passer l’intérêt collectif avant toute autre
considération sans succomber aux facilités démagogiques. Nous regrettons
d’abord de ne pas avoir davantage progressé sur la question de l’égalité devant
l’impôt. Dans le contexte d’une nécessaire réduction de la dépense publique et
du respect de nos engagements européens, et compte tenu de l’objectif de
ramener le déficit au-dessous de 3 % du PIB, les efforts doivent être
équitablement répartis. Si nous nous félicitons de la prolongation de la
contribution différentielle sur les hauts revenus, nous regrettons la
dénaturation de certaines mesures, notamment la taxe sur les holdings, qui
visait avant tout la rente et le capital improductif. Au sein du groupe Les
Démocrates, nous faisons en effet une distinction claire et constante entre ce
qui crée de la valeur, de l’emploi, ainsi que de l’innovation, et ce qui relève
de mécanismes d’optimisation ou de gains sans risque ni effort.
Notre ligne est donc cohérente et assumée : mieux lutter contre
l’optimisation fiscale, cibler les rentes et protéger le travail. Le
consentement à l’impôt repose sur une condition essentielle : le sentiment
de justice. Les Français acceptent l’effort lorsqu’ils ont la conviction que
chacun contribue à hauteur de ses moyens. Cela vaut tout particulièrement pour
l’impôt sur les sociétés (IS). Avec la surtaxe sur l’IS et la cotisation sur la
valeur ajoutée des entreprises (CVAE), l’effort demandé aux entreprises atteint
près de 9 milliards, au lieu de 4 milliards prévus initialement, soit
plus du double. Cet effort considérable est demandé à des entreprises qui
investissent dans nos territoires, qui exportent, qui créent de l’emploi et de
la richesse. Avec cette captation nouvelle, il y aura moins d’investissements
en France, moins d’innovation et d’emplois. Nous prenons le risque de voir
cette valeur partir loin de nos entreprises et de nos territoires. Ce risque
est grand dans le contexte international actuel, où la politique américaine
menée par Donald Trump montre que les leviers économiques sont désormais
pleinement utilisés à des fins géopolitiques. Commerce, fiscalité,
investissement : tout est devenu instrument de puissance. Renforcer nos
capacités économiques et industrielles, c’est préserver notre souveraineté. Il
y a d’ailleurs une contradiction à voir ceux-là mêmes qui surtaxent les
entreprises s’indigner lorsqu’une entreprise française en difficulté ne trouve
pas de repreneur par manque de capital et se révolter lorsque le repreneur est
américain, chinois ou qatari !
Nous aurions également souhaité mieux protéger les générations futures du poids
de la dette. Après avoir ramené le déficit à 5,4 % du PIB en 2025 avec
François Bayrou, nous estimions nécessaire d’atteindre 4,6 % en 2026 pour
rendre crédible la trajectoire d’un retour rapide sous les 3 %. Monsieur
le premier ministre, le débat sur la dette, pourtant mis en avant par votre
prédécesseur, n’a pas permis de rassembler une majorité dans cet hémicycle.
Pourtant, le rétablissement des finances publiques est tout simplement vital.
Il conditionne notre capacité à agir, à protéger les Français en cas de crise
et à peser sur la scène internationale. En 2026, le service de la dette
atteindra au moins 70 milliards d’euros : 10 milliards de plus
en une seule année, soit davantage que l’intégralité du budget du ministère de
la culture ! Ces 70 milliards iront enrichir les bailleurs, qui, pour
moitié, sont étrangers. Ils n’iront ni dans la défense nationale, ni dans les
hôpitaux, ni dans les écoles, pas plus que dans la lutte contre la pauvreté ou
dans l’éducation de notre jeunesse. Voilà ce qu’est la dette : moins de
marges de manœuvre, de politiques publiques, de capacité à préparer
l’avenir ; plus de dépendance et moins de souveraineté. Ce sont toujours
les plus jeunes et les plus fragiles de nos concitoyens qui en pâtissent.
Le budget 2026 nous permettra néanmoins de poser les bases de la relance de
plusieurs politiques publiques, comme celle du logement. La crise que nous
traversons est profonde, durable et dramatique pour des millions de Français.
Elle frappe les ménages, les jeunes, les classes moyennes et l’ensemble de la
filière du bâtiment. Le travail conduit dans le cadre du rapport
Cosson-Daubresse a permis de dégager des pistes sérieuses et opérationnelles
pour relancer la construction et débloquer la situation. Le groupe Les
Démocrates s’est mobilisé pour faire aboutir dans l’hémicycle le débat sur le
statut du bailleur immobilier. Le projet retenu par le gouvernement est une
première étape. Nous n’avons pas pu aller plus loin cette année, mais le
logement n’est pas seulement une politique parmi d’autres : c’est une
condition de la cohésion sociale, de l’accès à l’emploi, de l’égalité des
chances et le moteur de notre économie.
Les collectivités locales constituent la majorité de l’investissement public.
Si elles doivent contribuer à l’effort commun, il est nécessaire que celui-ci
soit équilibré. Les intercommunalités, notamment, restent des leviers essentiels
pour l’égalité territoriale et l’investissement local. Pour illustrer ce
propos, je prendrai l’exemple de l’agglomération de Mulhouse, dont la dotation
a baissé de 8 millions en 2025 et, selon les estimations, baissera encore
de 9,2 millions en 2026. L’agglomération rencontre par conséquent des
difficultés de plus en plus grandes à assumer les investissements et à
poursuivre les efforts de modernisation du territoire.
Au fond, nous avons cherché à défendre une cohérence d’ensemble entre recettes
et dépenses, entre responsabilité budgétaire et justice sociale. Un budget
n’est pas un simple exercice comptable, mais un choix politique, un signal
adressé à nos concitoyens, aux entreprises, à nos partenaires européens et aux
marchés.
Permettez-nous de dire au moment de conclure que nous conservons des
interrogations sur notre capacité réelle à ramener le déficit sous les 5 %
à la fin de l’année 2026. Il ne faudrait pas que les renoncements d’aujourd’hui
conduisent demain à des coupes budgétaires brutales au détriment de la capacité
de l’État à faire face à des crises géopolitiques ou environnementales. Il
faudra expliquer clairement comment nous tiendrons nos engagements,
préserverons la crédibilité budgétaire et éviterons toute sanction des marchés.
Cette crédibilité, nous la devons à nos partenaires européens et surtout aux
Français.
Tout au long de cette séquence budgétaire, le groupe Les Démocrates a
inlassablement cherché à construire des majorités et à permettre à la France
d’avoir un budget. Le compromis suppose des concessions réciproques. Certains
ont dès le début du débat tourné le dos à cette approche. Plusieurs orateurs
l’ont dit, les Français sont lassés de l’instabilité. Ils attendent de nous de
la clarté, de la responsabilité et de l’efficacité. Quant à nos concurrents
internationaux, ils n’attendent qu’un faux pas pour en profiter et nous
affaiblir. Or le vote de l’une des deux motions de censure aurait pour effet
immédiat d’affaiblir la France.
La France a besoin d’un budget et elle en a besoin maintenant. Les Français
nous le demandent. C’est pourquoi, pour être à la hauteur des défis qui nous
attendent et assumer nos responsabilités, le groupe Les Démocrates votera
contre ces deux motions de censure.
Maud Petit (députée)
> [Inscrire la mouvance des Frères musulmans sur la liste européenne des
organisations terroristes / Intervention à l'Assemblée] La proposition de
résolution européenne qui nous est soumise pose une question à la fois
politique et juridique : la mouvance des Frères musulmans peut-elle et
doit-elle être inscrite sur la liste européenne des organisations
terroristes ?
Sur le plan juridique, cette liste repose sur des critères précis :
l’identification d’une entité déterminée ; son implication avérée dans des
actes terroristes ; une décision préalable, enfin, d’une autorité
nationale compétente.
Ces exigences garantissent la sécurité juridique et la proportionnalité des
mesures restrictives. Elles ne doivent cependant pas nous empêcher de nommer
une réalité. Ne soyons pas naïfs, certaines menaces avancent masquées.
La mouvance des Frères musulmans est au nombre de ces menaces. Fondée en 1928
par Hassan al-Banna, elle poursuit depuis près d’un siècle un projet politique
clair : instaurer, par une stratégie d’islamisation par le bas, d’entrisme
et de conquête culturelle, un ordre islamique fondé sur la charia.
Si ce projet a su subtilement s’adapter aux contextes nationaux, ses fondements
idéologiques sont constants : primauté de la loi religieuse sur la loi
civile ; rejet de l’égalité entre les sexes ; refus de l’altérité
religieuse ; diffusion d’un discours antisioniste, parfois antisémite.
Les Frères musulmans ont été les instigateurs d’attentats, au Moyen-Orient
d’abord : en Égypte, avec l’assassinat du premier ministre Nokrachi Pacha,
dès 1948 ; plus récemment, en Israël, le 7 octobre 2023, où le
terrorisme du Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans, a fait plus de
1 200 victimes, dont 800 civils, parmi lesquels 40 enfants
et 42 Français.
En Europe, la mouvance a choisi d’agir autrement. Elle infiltre, influence et
s’implante à bas bruit. Le rapport du ministère de l’intérieur de mai 2025 sur
les Frères musulmans et l’islamisme en France donne l’alerte sur une stratégie
d’entrisme qui menace la cohésion nationale. Ce rapport identifie plus de
280 associations et 200 lieux de cultes affiliés ou proches de cette
mouvance, qui diffuse son idéologie sous couvert de respectabilité en jouant
sur le double discours et la posture victimaire.
Face à cette menace diffuse mais réelle, le groupe Les Démocrates votera en
faveur de la proposition de résolution, par cohérence avec ses
engagements : la lutte contre le terrorisme, contre le séparatisme et pour
la défense de la République. L’inscription des Frères musulmans sur la liste
européenne des organisations terroristes permettrait de geler les avoirs
financiers des entités concernées, de renforcer la coopération policière et
judiciaire entre les États membres et d’envoyer un signal politique
clair : l’Europe ne sera pas le nouveau terreau de l’islamisme politique.
Notre soutien s’accompagne cependant d’une réserve juridique : la notion
de mouvance reste floue. Elle doit être travaillée, car le droit européen exige
une entité identifiable et structurée, directement impliquée dans des actes
terroristes. L’absence d’une chaîne de commandement unifiée pourrait fragiliser
cette inscription devant la Cour de justice de l’Union européenne ou la Cour
européenne des droits de l’homme. Nous appelons donc à un travail rigoureux
d’identification, de qualification juridique et de documentation des faits. Si
la menace est réelle, la réponse doit être solide.
Sophie Mette (députée)
> [Proposition de résolution visant à suspendre
toute nouvelle création d’instances administratives pour lutter contre le
phénomène d’agencification de l’État et rendre plus lisible le fonctionnement
de l’administration française / Intervention à l’Assemblée] Nous débattons
aujourd’hui d’un sujet central pour l’action publique : l’agencification
de l’État. Derrière ce terme technique se cache une réalité très concrète, la
multiplication, au fil des décennies, d’agences, d’opérateurs et de structures
autonomes chargés de mettre en œuvre des politiques publiques autrefois
assumées directement par l’administration centrale.
La proposition de résolution que nous examinons vise à suspendre la création de
nouvelles structures et à rationaliser celles qui existent. Elle s’inscrit dans
un contexte que nul ne peut ignorer : celui de finances publiques
durablement dégradées, avec un niveau de dette historiquement élevé, contexte
qui nous oblige à nous interroger non seulement sur le volume de la dépense
publique, mais aussi sur son efficacité. Le groupe Les Démocrates soutient
cette démarche. Mais je veux le dire clairement : ce soutien ne procède ni
d’une défiance à l’égard des agences, ni d’un rejet de leur utilité. Il procède
d’une exigence : celle d’un État plus lisible, plus cohérent et pleinement
stratège.
L’agencification n’est pas née par hasard : à partir des années 1980,
notre pays a fait le choix de créer des structures spécialisées pour répondre à
la complexification croissante de l’action publique. Dans bien des domaines – environnement, santé, numérique ou régulation –, les agences ont apporté expertise, réactivité et continuité dans l’action. Ce choix était légitime. Mais ce qui était au départ un outil est
progressivement devenu un système. Et aujourd’hui, nous faisons face à un foisonnement administratif qui fragmente
l’action de l’État, en brouille la compréhension pour les citoyens et complique
parfois la prise de décision publique.
Soyons précis : les agences ne constituent pas, en elles-mêmes, un gouffre
financier incontrôlé. Les rapports de la Cour des comptes montrent que leur
masse salariale progresse même de manière plus contenue que celle des
administrations centrales, et que leur coût est souvent inférieur à celui des
externalisations vers le privé. Le problème n’est donc pas uniquement
budgétaire : il est avant tout organisationnel, stratégique et
démocratique.
Il réside dans l’enchevêtrement des compétences, dans la superposition des
missions et dans la dilution des responsabilités. Trop souvent, on ne sait plus
ni qui fait quoi, ni qui décide vraiment. Sur le terrain, les représentants de
l’État découvrent parfois des initiatives menées en son nom, sans coordination
réelle.
Cette complexité a un coût : doublons, lenteur, perte d’efficacité et de
confiance en la démocratie. Face à cela, nous défendons non une suppression
aveugle ou une approche idéologique, mais une rationalisation intelligente,
fondée sur l’évaluation, la clarté des missions et le pilotage politique. C’est
pourquoi le groupe Démocrates a trois exigences.
Premièrement : agences et opérateurs doivent systématiquement être
encadrés par des contrats d’objectifs et de performance (COP) clairs,
évaluables et publics, comme le propose le rapport Magnier-Mattei. On ne peut
plus accepter que des structures financées par de l’argent public échappent à
une évaluation rigoureuse de leurs résultats.
Deuxièmement : les rémunérations des directeurs et dirigeants doivent être
pleinement contrôlées, y compris par le Parlement. Le respect de cette exigence
de transparence et de responsabilité est indispensable pour maintenir la
confiance des citoyens dans l’action publique.
Troisièmement : en dehors des établissements à vocation scientifique ou
pédagogique, le poids de l’État doit être renforcé dans les conseils
d’administration, en particulier lorsque celui-ci apporte plus de la moitié des
financements publics. Celui qui finance doit pouvoir orienter, contrôler et
demander des comptes.
Recentrer l’État n’est pas l’affaiblir. C’est au contraire lui permettre de
jouer pleinement ses rôles de stratège, d’animateur et de garant de l’intérêt
général, ainsi que d’entraîner avec lui les collectivités, les acteurs
économiques et les citoyens.
Pour toutes ces raisons, le groupe Modem votera en faveur de la proposition de
résolution, mais avec l’exigence qu’elle ne reste pas un message politique sans
lendemain. La rationalisation des agences doit devenir l’objet d’une réforme
opérationnelle dotée de critères précis, d’objectifs clairs et d’un suivi réel.
C’est à ce prix que chaque entité publique répondra à un besoin identifié, sans
dupliquer l’existant, et que l’État retrouvera toute sa lisibilité et sa
capacité d’action.
Géraldine Bannier (députée)
> [Repas à 1€ pour les étudiants] Même s’il faut un
budget - au vu du ras-le-bol général et de la situation préoccupante au plan
international - on s’étonnera quand même de tel ou tel arbitrage qui semble
davantage guidé par la nécessité d’emporter l’adhésion d’un groupe susceptible
de censurer que par l’intérêt général. Ainsi du repas à un euro généralisé à
l’ensemble des étudiants.
Chacun évidemment - et nous sommes nombreux à l’avoir été, étudiant ! - ne peut
qu’être sensible à la situation de précarité d’un certain nombre d’entre
eux.
Toutefois, comment expliquer à nos agriculteurs, en plein mouvement pour redire
la difficulté de leurs métiers, de leurs rémunérations, que l’on va figer pour
des années un tarif Crous à un euro, généralisé, alors que tous les politiques
savent pertinemment que le coût de revient pour la collectivité s’élève en
réalité à 9 euros et à minima à 2 euros - et encore ! - pour le coût
produit…
Cela veut dire, pour faire simple, qu’à un euro, c’est la collectivité qui
rémunère l’agriculteur dans le meilleur des cas, voire l’agriculteur qui paie
les pots cassés, au pire, et ne voit pas son coût de production couvert. Une
belle porte aussi à l’introduction dans les repas étudiants de produits
d’importation, moins chers mais souvent de moindre qualité.
Alors rappelons bien que nous sommes très favorables au « un euro »
pour les étudiants précaires, les boursiers, mais que oui, l’enfant « de riche
» pour reprendre les mots habituels de ceux qui ont défendu à corps et à cris
le « un euro » généralisé, doit pouvoir participer à hauteur de 3,30
euros à son alimentation afin de ne pas fragiliser notre agriculture.
C’est aussi bien risqué que d’habituer toute la jeunesse, et particulièrement
celle qui fait des études post-bac - donc pas socialement la plus en difficulté
de manière générale ! - à ne mettre qu’un euro dans son alimentation.
Pour rappel, la proportion du budget des foyers qui y est consacrée ne fait que
baisser depuis plusieurs décennies.
Décidément donc, c’est un bien mauvais signal envoyé à la profession agricole,
que chacun des bords politiques dit pourtant défendre, et un signe pour le
moins visible d’une certaine perte des réalités. La nourriture ne tombe pas du
ciel dans l’assiette ; ce n’est pas un symbole figé dans le marbre, une quête
politique, mais bien la réalité quotidienne de nos éleveurs, des céréaliers et
producteurs, si engagés, de la ruralité.
Courage à celui qui voudra revenir un jour, en raison tout bêtement de la
hausse des charges, sur ce nouveau symbole, déconnecté, « arraché » au profit
d’une clientèle politique bien identifiée, dans ce moment certainement plus
politique que réaliste !
► Autres
● Commission européenne
Stéphane Séjourné (Vice-président exécutif à la Prospérité et à la Stratégie
industrielle)
> L’opinion publique renoue avec la fierté d’être Européen.
> Nos dépendances économiques brident notre puissance. Un marché européen fort, c’est une Europe qui s’affirme. À Davos, j’ai donc rencontré des entreprises européennes & internationales avec un message clair : c’est le moment d’investir en Europe !
> Avec l’acte sur la cybersécurité, l’UE peut désormais exclure les acteurs à haut-risque de ses chaînes de valeur critiques (ex. Huawei pour les réseaux 5G). Par les temps qui courent, la cybersécurité n’est pas un luxe, c'est un gage de survie.
● Organisations centristes
♦ Renew Europe
(Députés français du groupe centriste au Parlement
européen)
Valérie Hayer (députée, présidente)
> Grâce à Emmanuel Macron, on a des leviers pour faire pression sur Donald
Trump. C’est lui qui a défendu le premier l’idée d’autonomie stratégique de
l’Union européenne. Et c’est grâce à la France que nous avons aujourd’hui un
arsenal de dissuasion à l’échelle européenne.
> La stratégie d’apaisement de l’UE vis-à-vis de Donald Trump ne fonctionne pas Il faut désormais actionner nos leviers de dissuasion.
Bernard Guetta (député)
> L’urgence est de cesser de nous sous-estimer. Nous avons su répondre à
l’affaiblissement de l’Alliance atlantique par Donald Trump et à l’invasion de
l’Ukraine par Vladimir Poutine en jetant les bases d’une défense européenne
commune.
> Dos au mur, ils ont tué, tué, tué par milliers, mais maintenant ? Le régime iranien n’a plus un sou. Son allié russe est bien trop occupé à martyriser l’Ukraine pour pouvoir l’aider vraiment. Il n’a plus de relais régionaux. Il a été humilié par son impuissance face aux frappes israélo-américaines et n’a plus aujourd’hui qu’à méditer ce que disait Talleyrand de ce genre de situation : «On peut tout faire avec des baïonnettes, disait-il, sauf s’asseoir dessus».
● Personnalités centristes
Clément Beaune (haut-commissaire au Plan)
> Nous avons peut-être perdu en efficacité opérationnelle, mais je crois que
la culture du grand projet reste profondément ancrée en nous. C’est d’ailleurs
pour cela que j’ai commandé ce rapport sur la simplification des projets
d’infrastructures au préfet Michel Cadot. Partout en France, j’entends des élus
et des citoyens réclamer du développement économique. Et j’insiste sur un
point : il n’y aura pas de transition écologique sans infrastructures. (…)
Soyons clairs : les oppositions aux grands projets ne disparaîtront pas.
Elles sont même légitimes dans une démocratie, dès lors qu’elles s’expriment
dans un cadre légal et sans violence. Cependant, nous pouvons gagner du temps
sans écraser les droits ni les exigences environnementales.
Aujourd’hui, les critères sont extrêmement complexes pour les porteurs de
projets. Nous proposons de simplifier les procédures, notamment via le
numérique, et surtout d’engager les consultations beaucoup plus tôt. En
discutant avec les ONG et les constructeurs, le constat est unanime : une
concertation anticipée permet de désamorcer de nombreuses tensions et
d’améliorer les projets avant qu’ils ne se figent.
Sarah El Hairy (haut-commissaire à
l’Enfance)
> [SNCF] Décider d’exclure une partie de la population en justifiant cela
par un confort supplémentaire, cela n’a aucun sens. Encore plus pour une
entreprise comme la SNCF qui fait partie du quotidien des Français, des
familles. C’est une ligne rouge qui est franchie et leur justification ne tient
pas. Développer une offre business parce que des gens utilisent le train sur
leur temps de travail, je le comprends.
Cela peut aller avec plus de service à table, une qualité de wifi ou encore des
espaces comme des bulles phoniques pour passer les coups de téléphone. Mais ce
n’est pas en posant comme garantie l’absence et l’interdiction d’accès aux
enfants qu’on bâtit une offre publique de transport. On n’aurait accepté cela
pour personne d’autre. D’autant plus que le déséquilibre est extrêmement
important entre le développement des aménagements pour les familles et cette
offre. Je n’ai pas vu sur la SNCF d’annonces autour d’un espace ludique pour
les enfants ou d’aménagement de zones de rangement pour les poussettes. (…)
On exclut les enfants donc les parents et de fait une grande majorité de
mamans. C’est tellement fou, choquant, sidérant. Cela dit quelque chose de plus
profond de notre société qui se fragmente. Pourquoi les parents ont tant envie
d’avoir des enfants et pourquoi en font-ils si peu ? Si on commence par
les exclure de certains wagons de train, ce n’est franchement pas de bon
présage.
> Je prends le train toutes les
semaines avec mon enfant, personne n’a envie de déranger personne. On a tous
envie de passer un bon trajet, simplement. Je comprends ces parents qui
angoissent ou stressent parce qu’il n’y a pas d’aménagements faits pour les
enfants. Combien de parents passent tout le voyage au wagon bar ? Ou dans
l’entre deux wagons. Pourquoi on reste là ? Pour ne pas déranger. S’il y
avait des espaces un peu mieux pensés, cela pourrait permettre de répondre aux
besoins de l’enfant et à ceux des autres passagers.
Tout le monde serait apaisé. On stigmatise les jeunes parents, les enfants. On
ne donne aucune envie à une société de se faire confiance. Et après, on se pose
la question de pourquoi notre modèle social est malade…. Peut-être est-ce parce
qu’en réalité on ne supporte plus les enfants.
