Voici une sélection, ce 3 octobre 2026, des propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France.
► Emmanuel Macron (Président de la République)
> Je viens de réunir les dirigeants du G7 pour évoquer la situation
énergétique mondiale. Nous sommes d’accord pour travailler de manière
coordonnée pour contribuer à la baisse des prix des produits pétroliers,
notamment du diesel. Nous avons décidé de :
- flexibiliser la production pour
produire au maximum de nos capacités de nos raffineries,
- libérer nos réserves
stratégiques jusqu’à 100 millions de barils, sous 4 mois, avec nos partenaires,
sous la coordination de l’Agence internationale de l’énergie,
- ne prendre
aucune mesure de restriction des échanges de produits énergétiques et
pétroliers entre pays partenaires.
> [Déclaration des dirigeants du G7 sur la sécurité énergétique mondiale et la stabilité des marchés] Aujourd’hui, nous, dirigeants du G7, avons convoqué une réunion virtuelle pour relever les défis croissants qui pèsent sur notre sécurité énergétique. Face à une volatilité sans précédent sur les marchés pétroliers – avec une flambée des prix menaçant la stabilité économique et le bien-être de nos citoyens – nous sommes convenus de mesures décisives et coordonnées pour stabiliser les approvisionnements énergétiques immédiats, protéger les ménages et les entreprises des chocs de prix et renforcer la résilience à long terme des systèmes énergétiques mondiaux. Nous coordonnerons les calendriers de maintenance dans les raffineries du G7 pour éviter les arrêts simultanés de capacité et augmenterons temporairement les taux d'utilisation lorsque cela est possible. Nous encourageons également l’engagement avec les pays disposant d’importantes capacités de raffinage pour stimuler la production mondiale de produits raffinés, en particulier de diesel, à la lumière des pressions actuelles du marché dans ce segment. Le G7 demande à l’AIE de surveiller la mise en œuvre immédiate et complète des engagements de mars 2026. À cet égard, en tenant compte des engagements déjà remplis, nous mettrons en œuvre nos engagements avec une libération coordonnée par l'intermédiaire de l'AIE de 100 millions de barils (MB) qui commencera immédiatement sur 4 mois, y compris une libération substantielle de diesel en début de période dans les 20 premiers jours par les membres et partenaires du G7. Nous nous réunirons dans le cadre de l’AIE dans les prochains jours pour discuter de la possibilité de rejets supplémentaires de diesel si nécessaire. Nous réaffirmons notre engagement à s'abstenir de toute restriction à l'exportation d'énergie et de produits énergétiques entre les pays du G7 et appelons tous les producteurs à s'abstenir d'imposer des interdictions qui pourraient exacerber les tensions sur le marché. Nous invitons l'AIE à surveiller l'impact de ces mesures sur la sécurité énergétique et la stabilité du marché et à surveiller la mise en œuvre des engagements. Un rapport de suivi doit être remis dans les 20 jours et inclure des recommandations concrètes pour améliorer les réponses futures, y compris la reconstitution des stocks. Nous condamnons les attaques continues de l’Iran contre ses voisins régionaux et ses perturbations du commerce international, de la sécurité énergétique et de l’économie mondiale. Nous appelons au rétablissement immédiat et complet des droits et principes de navigation dans le détroit d’Ormuz et exprimons notre détermination à redoubler d’efforts collectifs à cette fin. Nous félicitons les États-Unis pour leurs efforts visant à garantir la libre circulation du commerce à travers le détroit d’Ormuz. Nous maintiendrons les sanctions contre la Russie tout en travaillant avec l’AIE et nos partenaires mondiaux pour empêcher de nouvelles retombées sur les marchés du carburant, du gaz et d’autres matières premières. Les préoccupations de nos citoyens concernant les prix de l’énergie restent une priorité absolue. Nous suivrons de près l’évolution de la situation et serons prêts à ajuster les mesures si nécessaire. Les accords d’aujourd’hui marquent une étape vers un avenir énergétique plus sûr, transparent et résilient.
> J'entends et je comprends les angoisses, parfois
les colères que notre jeunesse peut avoir qu'il s'agisse du climat, des
évolutions technologiques, des situations géopolitiques. Le Gouvernement comme
moi-même avons chaque fois essayé d'y répondre de la manière la plus concrète
possible, avec des actes, d'essayer d'organiser les débats, et je continuerai
de le faire jusqu'à la dernière seconde. Je ne veux pas ici laisser penser
qu'au fond notre jeunesse n'aurait pas de légitimes débats à avoir et des légitimes
craintes et puis des adhésions. Tout ça fait partie de la vie démocratique et
c'est une bonne chose. Par contre, aucun de ces débats, aucune de ces craintes
ne légitime la violence.
En aucun cas des responsables politiques, le terme en l'espèce est mal choisi,
ne sauraient légitimer une violence. On a vu beaucoup de responsables aller
devant les lycées pour exciter les élèves. Je pense que c'est grave. Et j'ai vu
plusieurs de ces jeunes, étaient-ils lycéens ou venaient-ils en opportunité
devant les mêmes lycées, même brutaliser des journalistes. C'est inacceptable.
Donc oui aux interrogations, aux débats, non à la violence quelle qu'elle soit
et rien ne la légitime. Dans une démocratie, tous les débats sont légitimes, la
violence, elle, ne l'est jamais, jamais. Et donc, la première chose à laquelle
j'appelle, c'est que tous les responsables politiques, quand ils sont élus de
la République, se rappellent de leur rôle. Ils sont là parce qu'il y a un
mandat démocratique, parce qu'ils ont été élus de manière calme dans un cadre
organisé et ils ne sont pas là pour agiter les peurs et faire commettre le
pire.
J'appelle tout le monde au calme. Je veux ici redire aussi ma solidarité avec
les familles, avec le corps enseignant, puisque plusieurs ont été brutalisés,
et avec les forces de l'ordre qui font leur travail et qui doivent le faire
dans le cadre déontologique qui est le leur. Et donc s'il y a des écarts qui
sont vus, ils doivent être poursuivis.
Mais je pense que la violence, elle vient surtout de ceux qui ont bousculé des
professeurs et les ont foulés aux pieds. Elle vient de ceux qui ont bousculé
des journalistes et de ceux qui ont pris à partie des forces de l'ordre qui
font leur travail. Les lycées sont faits pour être ouverts et transmettre un
savoir ; ils ne sont pas faits pour être bloqués ou brûler des poubelles.
Voilà comment je vois les choses de manière simple sur ce sujet. Et je vais ici
redire mon soutien évidemment aux enseignants, aux forces de l'ordre et ils
agissent dans le cadre déontologique.
Le ministre de l'Éducation a parlé hier justement pour rappeler le cadre et le
ministre de l'Intérieur aussi, et pour rappeler évidemment l'exigence
déontologique qui est la sienne, dont il est garant en matière d'intervention.
> La lutte contre l'antisémitisme est une des
priorités de la République. Je l'ai constamment rappelé. Parce qu'elle est
existentielle à la République elle-même. Et donc jamais nous n'accepterons de
propos antisémites, jamais. D'abord les propos qui ont été rapportés sont
évidemment gravissimes et inacceptables, et ils ne souffrent pas de quelque
commentaire que ce soit, ils appellent à la condamnation la plus extrême. Ça
n'est pas la République.
Et la deuxième chose, ils impliquent que les responsables clarifient. Voilà,
c'est le rôle des responsables politiques, qu'ils clarifient la ligne, les mots
et les gens qui, dans leur parti, peuvent prononcer de telles choses. Pour le
reste, je déplore comme vous la violence qui s'installe. Et je pense que la
violence langagière conduit toujours après à une escalade et que même quand
c'est métaphorique, ce qui doit accompagner un débat démocratique, c'est le
respect et c'est l'argument.
Les Françaises et les Français auront dans quelques mois à faire un choix
important et choisiront pour leur avenir. Mon rôle, c'est d'essayer d'éclairer
ce débat, je l'ai fait il y a quelques jours encore, de confronter ceux qui
veulent des responsabilités au réel et de partager ce que nous en savons de la
situation géopolitique, mais tout ça doit se faire dans le respect parce que,
de toute façon, ces femmes et ces hommes auront peut-être pour certains à
gouverner ensemble, auront de toute façon à avoir d'autres élections ensuite et
ils auront à être dans la vie de la nation, peut-être les uns avec une
majorité, les autres avec une opposition. Et la vie politique, c'est justement
une sortie de la violence, c'est parce qu'il est donné aux concitoyens la possibilité
de changer de manière régulière celles et ceux à qui on confie les
responsabilités, de le faire dans le calme et dans le respect. On peut avoir
des désaccords qu'on exprime de manière respectueuse. Donc oui, je pense qu'il
est inacceptable d'avoir des mots violents à l'égard des adversaires politiques
et qu'il est inacceptable de s'en prendre à ceux qui sont, pour partie, les
organisateurs de ce débat et que les journalistes qui font leur profession en
indépendance ne puissent pas être l'objet d'attaques et de ces propos violents.
C'est le seul cadre qui permettra à notre pays, quel que soit son choix, de le
faire dans de bonnes conditions et de choisir son avenir.
> Si les Britanniques veulent revenir [dans l’UE], si le Premier ministre va en ce sens, je pense que c'est une très bonne nouvelle à la fois pour son pays et pour les Européens. Je pense que les Britanniques ont toujours été utiles pour nous aider à simplifier les choses, des partenaires exigeants avec lesquels d'ailleurs les relations bilatérales se poursuivent sur des sujets comme la défense, la sécurité, l'immigration et beaucoup d'affaires stratégiques. Mais je pense que ce serait une bonne décision et je pense qu'il a raison d'avoir cette audace. En tout cas, nous serons là pour essayer de faire les choses. Sinon, on voit les limites malgré tout pour la Grande-Bretagne quand elle veut réengager avec nous, d'être en dehors parce qu'on ne peut pas choisir entre les libertés de l'Union et on ne peut pas décider de prendre ce qui nous arrange et pas le reste. Donc revenez.
> [Voyage officiel en Espagne] (…) Nous partageons une même ambition : faire de l’amitié entre la France et l’Espagne une force pour l’Europe. Défense, compétitivité, énergies décarbonées, politique agricole commune, protection de nos démocraties et de notre jeunesse, régulation du numérique, frontières, prochain budget européen : ensemble, nous œuvrons pour une Europe plus souveraine, plus forte et qui protège.
> > [Voyage officiel en Espagne] Il y a très
clairement une amitié, une estime et une vitalité de la relation bilatérale qui
est une force pour nos deux pays. Alors elle s'inscrit dans cette histoire que
nous rappelions hier avec Sa Majesté le roi, qui est : les combats de
liberté ont toujours connu les Espagnols et les Français côte à côte. Et ce fut
vrai durant la lutte des Républicains espagnols. Ce fut vrai lors de la
Libération de la France. Et en effet, nous n'oublions pas cette mémoire qui
nous lie et qui a beaucoup irrigué notre imaginaire.
C'est vrai des relations humaines. Ce sont des choses qu'on ne peut pas
décréter. On peut accompagner ou créer des instruments, mais il est frappant de
voir encore la vitalité de l'enseignement de nos deux langues de part et
d'autre, de l'intensité des relations entre nos réseaux culturels,
linguistiques et scolaires. Et de voir que le Bachibac que nous avons créé il y
a 15 ans à peine est un très grand succès qui permet, là aussi, d'améliorer les
choses. Et quand on parle d'Erasmus, qui est sans doute une des incarnations
les plus concrètes de l'Europe, je constate que nous sommes des destinations
privilégiées de part et d'autre des Pyrénées pour nos étudiants. Donc ça, ça
reste une très grande chance et ça montre la force de ce lien.
Et ce lien, on le retrouve dans la relation commerciale, culturelle et humaine.
Et c'est vrai que, vous l'avez rappelé, j'étais ce matin avec Sa Majesté le roi
à l'ouverture du Forum de nos entreprises et de la coopération économique.
Lorsque nous étions ensemble il y a à peine 3 ans à Barcelone, on disait :
il y a près de 80 milliards d'euros d'échanges de biens et de services. On est
à 90 milliards aujourd'hui. La France est le premier client, le premier
employeur étranger en Espagne, le troisième fournisseur. Donc il y a une très
grande force du lien entre nos entreprises et beaucoup étaient là dans notre
délégation, qui sont des grands employeurs dans votre pays, d'Orange qui vient
de réaliser un investissement stratégique majeur, en passant par Renault qui
continue dans ses sites de Palencia et Valladolid d'être présent, de Veolia,
Carrefour, mais aussi EDF, Engie et j'en passe.
C'est aussi la relation qu'on veut continuer d'avoir et consolider en matière
de défense. On a commencé à en parler, on va poursuivre. Nous sommes des
partenaires de très longue date dans l'A400M, les hélicoptères Tigre, le NH90.
On a une coopération aérospatiale très dynamique avec aussi les projets
spatiaux Thales Alenia Space, Hisdesat et Airbus Defence and Space, et la
consolidation avec le projet BROMO que nous soutenons et qui est très important
pour nos industries. Et puis on intensifie justement ces relations. J'ai vu
plusieurs entreprises remarquables du New Space espagnol. On a le projet IRIS²
que nous soutenons ensemble avec financement commun, qui va nous permettre
d'avancer. Et donc on le voit dans beaucoup de secteurs, on a aussi une
ambition nouvelle pour démultiplier le partenariat économique stratégique.
Nous poursuivons aussi notre coopération en matière transfrontalière et de
connectivité. Et ici, je veux dire combien cet agenda est important pour nous
deux. D'abord en matière ferroviaire, et je veux là réaffirmer l'importance des
liaisons. Donc on a mis en service des lignes grande vitesse Tours-Bordeaux,
Nîmes-Montpellier, qui a étendu le réseau français aussi de LGV vers l'Espagne.
Réaffirmer ici que nous avons cet objectif de relier Paris à Madrid en 6
heures, Lyon à Barcelone en 4h20, et que nous avons confirmé en mai dernier le
lancement des grands projets qui est attendu. Et donc nous mobilisons nos
financements de part et d'autre et ensemble nous nous mobilisons aussi pour
obtenir les financements européens nécessaires à ces projets d'intérêt européen
commun sur plusieurs de ces lignes et toutes celles que je n'ai pas citées.
Sur la question des interconnexions énergétiques, on a aussi beaucoup progressé
ces dernières années. Le golfe de Gascogne d'un côté, H2med de l'autre, ou
BarMar, qui permet justement la liaison hydrogène et l'équipement. Et il est
clair qu'on doit continuer l'interconnexion électrique transpyrénéenne. Elle
suscite, on le sait bien, parfois plus de réticences sur le terrain local, mais
c'est notre travail justement de savoir convaincre. Mais au-delà de ça, nous
allons ensemble aussi mobiliser des financements européens parce que ces
interconnexions sont évidemment très importantes de part et d'autre, mais si on
veut les accélérer, il faut qu'on arrive à aller au bout aussi d’une capacité à
montrer qu'elles sont importantes pour le réseau européen tout entier. Et c'est
pourquoi, à cet égard, je l'ai rappelé ce matin, Monsieur le Vice-président,
chez vous au ministère, mais on doit poursuivre deux objectifs sur lesquels
nous nous accordons : la neutralité technologique, l'interconnexion
électrique. C'est à cette condition qu'on aura une Europe plus efficace et
qu'on pourra accélérer nos interconnexions transpyrénéennes.
Au-delà de cette relation bilatérale, et de ces liens, évidemment, on a aussi
un agenda européen où, là, la complicité est forte. Et le Président du
gouvernement vient de le rappeler. D'abord, le soutien à l'Ukraine, le rôle que
nous jouons dans la coalition des volontaires, la clarté que nous avons à cet
égard, la défense du peuple ukrainien, de sa souveraineté, de la sécurité des
Européens, la consolidation d'un pilier européen au sein de l'OTAN et le fait
que je crois pouvoir dire que nos deux pays font partie de ceux qui assument de
ne pas avoir de double standard et donc aussi de défendre la souveraineté dans
d'autres régions du monde. C'est-à-dire d'avoir eu la clarté de reconnaître la
Palestine tout en soulignant l'importance de la sécurité d'Israël, de ne rien
céder à ce combat pour la paix et la stabilité et d’œuvrer pour la souveraineté
territoriale du Liban, qui est une clé aussi de la sécurité de la région. Cette
clarté est, je crois, importante.
Sur nos différents agendas européens, nous avons évidemment l'agenda de
compétitivité où là nous œuvrons ensemble sur le numérique. Nos ministres ont
signé une déclaration conjointe très ambitieuse qui appelle à bâtir par
l'investissement et la préférence européenne un écosystème européen souverain
sur l'ensemble de la chaîne de valeur du quantique, de l'IA, du cloud, des
puces et de la 6G. Et donc ça, c'est, je pense, un élément extrêmement
important. Et donc nous soutenons une approche ambitieuse en matière
d'investissements et nous soutenons aussi une approche ambitieuse en termes de
budget européen. Et là-dessus, je veux ici souligner, vous venez de le faire à
l'instant, l'importance pour nous deux d'avoir un budget qui permette de tenir
nos ambitions en matière de politique agricole, de politique de cohésion, mais
également de développer des financements conjoints en matière justement de
nouveaux secteurs et d'assumer d'avancer sur l'agenda également de l'union de
l'épargne et de l'investissement.
Mais l'ambition du budget européen, notre capacité justement à décider de
ressources propres au mois d'octobre, et à défendre cette ambition et une juste
taille de ce budget pour nos investissements d'avenir est clé, nous la
partageons.
À côté de ça, il y a la nécessité de déployer une
préférence européenne dans nos financements et nos marchés publics, c'est ce
qui est fait avec le règlement accélérateur industriel, et d'avoir
véritablement une défense du contenu européen et de protéger nos industries. Et
nous en voyons l'importance et nos pays sont exposés par exemple à l'industrie
automobile qui exige d'avoir cette clarté et cette ambition, et nous la
défendons. On a eu une très bonne discussion à l'instant aussi avec Monsieur le
Président du Conseil sur justement la relation avec la Chine. Nous pensons l'un
et l'autre que l'Europe doit rester un lieu, et c'est ce que nous faisons pour
nos diplomaties, d'ouverture, de diversification, de discussions stratégiques.
Et je suis allé chaque année en Chine et les relations sont évidemment très
importantes. Et vous y allez aussi très régulièrement, mais nous sommes
attachés à ce qu'il y ait une juste compétition. Et donc à cet égard, nous
défendons une approche qui consiste à dire : on doit protéger beaucoup
mieux, beaucoup plus vite l'industrie européenne. C'est tout ce qu'on a demandé
à la Commission avec la modernisation des outils commerciaux et de protection.
Dès le mois d'octobre, on va le mettre en œuvre.
On doit être très pragmatiques, restaurer les conditions d'une juste
concurrence quand elles n'existent pas et donc protéger nos acteurs industriels
quand il le faut. Mais aussi, on doit convaincre nos partenaires chinois de
faire des transferts de technologie. Vous en avez fait en Espagne, nous en
avons fait en France, qui respectent l'emploi européen et qui permettent de
faire, sur certaines technologies de pointe où les Chinois sont, ce que nous
avons fait il y a 25, 30 ans. C'est une approche européenne unifiée qui nous
permettra d'être efficaces à cet égard et c'est celle que nous défendons. Et
donc budget ambitieux, politique d'innovation, financement conjoint et
préférences européennes sont les clés.
Nous avons aussi rappelé notre solidarité avec l'Espagne après la crise
migratoire de Ceuta parce que nous partageons le même attachement à l'équilibre
qui a été trouvé entre responsabilité et solidarité et qui préside à la mise en
œuvre du pacte asile-immigration, qui paraît la seule chose efficace à faire
pour notre Europe. Et donc nous devons continuer à développer des solutions de
fermeté, de protection de nos frontières communes, d'efficacité, mais dans le
respect du droit de l'Union européenne et de nos valeurs sur les retours, la
coopération de réadmission face aux filières et aux modèles économiques des
passeurs, avec tous les leviers qui sont les nôtres, avec les pays de transit
ou d'origine, en étant fermes, mais en étant solidaires en européens et en
étant conformes à l'histoire qui est la nôtre et à nos valeurs.
Enfin, nous sommes mobilisés ensemble sur la protection de nos démocraties et
de notre jeunesse, et bâtir ainsi une régulation européenne du numérique. Nous
avons, ces dernières années, bâti ensemble, il y a eu une mobilisation très
forte franco-espagnole pour arriver sous présidence française à la mise en
œuvre des deux directives DMA et DSA, qui étaient déjà clés, et notre
mobilisation commune avec quelques autres collègues a été décisive. Et on était
il y a quelques jours, ensemble, encore aux Nations Unies pour présider, aux
côtés du premier ministre australien et du président kényan, une mobilisation
pour la protection de nos enfants face aux évolutions technologiques et à l'IA.
Et je dois dire que ce sont nos initiatives qui ont permis de faire évoluer pas
simplement le débat, mais les décisions européennes. Et je me félicite de
l'acte européen de protection des enfants qui a été annoncé par la présidente
de la Commission européenne, et qui est le fruit d'une mobilisation commune. Et
nous sommes attachés à une Europe qui protège ses enfants et ses adolescents,
qui protège l'espace démocratique numérique européen des ingérences étrangères
et des manipulations algorithmiques. Nous sommes pour l'innovation. Et pour
capter les parts d'innovation et la croissance qui l'accompagne, nous sommes
contre la prédation du cerveau et des cœurs de nos enfants et de nos
adolescents. Et nous sommes contre la détention de ces innovations dans la main
de quelques-uns.
À cet égard, nous avançons et nous continuerons d'avancer ; ce qui passe
aussi par une information et des contenus européens de qualité. Et c'est ce
qu'Arte fait lors de cette visite d'État avec le lancement des contenus Arte+
sur RTVE, jalon majeur aussi d'une plateforme véritablement européenne, et
c'est un point très important.
Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je pouvais ajouter ou confirmer des propos
de monsieur le Président du gouvernement. Mais vous redire, te redire, cher
Pedro, le bonheur que nous avons avec ma délégation d'être ici et le bonheur
personnel que j'ai de me retrouver à tes côtés et poursuivre notre travail.
Merci beaucoup.
> [Voyage officiel en Espagne] Il faut protéger nos
acteurs européens. On a, des deux côtés des Pyrénées, des acteurs qui,
aujourd’hui, quand ils subissent une concurrence déloyale, doivent être
protégés. C’est les clauses de sauvegarde, c’est la modernisation des
instruments de commerce qu’on a demandés à l’Europe, et là, on est totalement
alignés.
La deuxième chose, c’est que nous ne pensons pas qu’on doit rentrer en guerre
commerciale ou tout couper avec la Chine. Ça n’aurait pas de sens. D’abord
parce qu’on a encore des acteurs qui y travaillent. Ensuite parce qu’il y a
aussi des innovations technologiques dont on a besoin.
J’avais écrit, il y a 18 mois, une tribune à cet égard avec plusieurs points de
cette stratégie qu’il portait, et d’ailleurs, c’est ce que nous avons pratiqué
l’un et l’autre : c’est le transfert de technologie.
L’Espagne a reçu plusieurs entreprises chinoises qui ont fait du transfert de
technologie dans certains domaines. Nous avons fait pareil. Je pourrais vous
citer Douai avec Envision où, pour partie, notre succès dans la batterie
électrique automobile est lié à ce transfert de technologie. Il doit être
encadré et respectueux. Et donc, on est dans une vision qui consiste à garder
un engagement stratégique, mais à protéger et à assumer de protéger.
Et enfin, je vais vous dire, si on n’est pas unis en Européens, on n’a aucune
chance d’avoir un résultat. Et ça, je crois qu’on est totalement alignés, tous
les deux. Et donc, je dois pouvoir dire que la ligne que nous poursuivons, elle
n’est ni d’être naïfs ni de stigmatiser. Elle est de restaurer les termes d’une
concurrence juste et équilibrée avec la Chine, de protéger des acteurs qui sont
les victimes d’une concurrence déloyale quand elle existe, de permettre à notre
économie de bénéficier des innovations chinoises lorsque nous en avons besoin
par des technologies, des transferts de technologies, et de le faire en étant
unis en Européens pour protéger notre marché.
Et c’est aussi pour ça qu’on croit à une politique douanière réunifiée.
Voilà les termes de ce qui, à mon avis, est la seule politique efficace au
niveau européen et que je crois pouvoir dire aussi le reflet de la très bonne
discussion qu’on a eue avec le président du Gouvernement espagnol à l’instant.
Sur le budget européen, là aussi, on a une très forte convergence. Nous devons
augmenter la taille du budget, pas de doute. Et je le rappelais, on l’a
augmenté la dernière fois pendant le Covid avec REPowerEU, parce qu’on est face
à des défis en matière de défense et de sécurité, de technologies vertes,
d’intelligence artificielle et de quantique qui font que, si on n’augmente pas
notre budget, eh bien, soit on ne fera pas ces dépenses et on ne sera pas dans
la course de l’innovation, soit on renverra à chaque pays la responsabilité de
le faire et donc on fragmentera notre marché unique et on aura 27 politiques du
spatial, 27 politiques de l’intelligence artificielle, ce qui est une stupidité
parce que nous n’aurons pas la taille critique pour le faire. Donc, nous devons
avoir un budget plus ambitieux. La clé pour avoir ce budget plus ambitieux sans
augmenter nos contributions nationales, c’est d’être innovants.
La première discussion qu’on va avoir, là, en octobre, c’est l’agenda qu’on va
travailler ensemble des ressources propres. Le budget européen a besoin de plus
de ressources propres. Il y a des moyens d’avoir ces ressources propres qui
nous permettront d’avoir un budget plus important sans augmenter les
contributions nationales.
Deuxième chose, être peut-être innovants par rapport au remboursement de
l’emprunt qu’on a fait il y a six ans. Est-ce qu’il faut s’empresser de le
rembourser maintenant ? Est-ce qu’on ne peut pas en prolonger les
maturités ? Les maturités de nos États, elles sont beaucoup plus longues,
elles vont jusqu’à 30 ans et même au-delà. L’Europe est une signature forte.
Deuxième élément.
Et puis, troisièmement, on pourra regarder, ce sera le fruit de la discussion,
où est-ce qu’on peut ajuster les choses et avoir des coupes raisonnables. Voilà
dans quel ordre nous voyons les choses, mais l’ambition de ce budget est la clé
pour répondre à ce qui est le principal facteur explicatif du problème européen
aujourd’hui : son manque d’innovation. L’innovation ne se fera que si on a
des financements publics et des financements privés, d’où l’importance du
marché unique des capitaux beaucoup plus fort.
> [Ceuta] D'abord, je dois dire ici qu'en évoquant
ce qui s'est passé à la fin du mois de juillet dernier, on doit avoir une
pensée pour les plus de 140 personnes qui sont mortes durant ces événements. Je
le dis parce que ce qui caractérise quand même notre Europe, ce qui nous a
faits, c'est un certain humanisme. Et donc il y a des femmes et des hommes et
des enfants qui ont péri en voulant traverser une frontière. Ça, ne l'oublions
pas.
La deuxième chose, je crois comprendre que votre gouvernement, votre pays,
notre Europe a été victime plutôt d'une attaque. Ce n'est pas l'Espagne qui a
organisé ces traversées. Et donc, moi, j'ai un réflexe très simple quand ça
arrive, et c'est vrai avec tous les pays européens qui ont eu à connaître des
mouvements migratoires non organisés qui arrivaient les uns sur leurs côtes,
sur leur territoire. On doit la solidarité. L'Espagne, elle a subi une attaque,
sans doute d'ailleurs multiple. On voit bien, l'analyse que nous avons, c'est
qu'il y a eu des attaques informationnelles. Il y a des gens qui ont expliqué à
des gens que quelque chose était possible, et donc qui ont utilisé la misère
pour pousser des dizaines de milliers de familles, de jeunes, parfois très
jeunes, à prendre tous les risques pour venir sur Ceuta. Et donc ça, je pense
que ça appelle une réponse de notre part première qui a été la solidarité et
qui restera la solidarité. Je m'étonne que beaucoup d'Européens n'aient pas eu
cette solidarité alors qu'ils en avaient bénéficié quand ils avaient été
confrontés à des mêmes événements et qu’ils l'ont demandée.
Avec cette solidarité va la responsabilité. C'est exactement ce que votre
gouvernement est en train de faire. D'abord, il y a eu beaucoup de gens qui
sont retournés vers leur pays d'origine ou de transit, et le travail doit se
poursuivre en lien étroit évidemment avec les autorités marocaines, et je crois
que le travail se passe bien. A côté de ça, donc c'est une politique de
rigueur. La leçon que j'en tire, c'est que nous devons renforcer nos
fonctionnements européens. Et donc la réponse à ce qui s'est passé, ce n'est
pas des invectives de court terme ou des mises au pilori. Solidarité
européenne, responsabilité européenne, la mise en œuvre du pacte
asile-migration qui nous permet d'être plus efficaces quand un tel événement
arrive, la tenue de nos frontières communes et des politiques de retour bien
organisées qu'on fait de manière concertée.
Et donc moi, j'en ressors avec une conviction : on a besoin encore plus de
renforcer nos coordinations, nos coopérations en matière sécuritaire pour
prévenir ces événements qui, parfois, se jouent dans l'espace numérique avant
de pousser des gens justement à prendre tous les risques. On doit continuer
d'améliorer notre coordination entre pays européens et au sein de l'Union
européenne, en particulier de l'espace Schengen, pour nous améliorer
collectivement. Mais c'est vraiment la seule réponse que j'en tire et je trouve
que les propos simplistes ou les mises au pilori ne sont pas efficaces et sont
un peu indignes. Voilà. On a plutôt du soutien avec ce que vous vivez, de la
considération pour chaque personne humaine et la volonté d'avoir une politique
efficace et d'aller jusqu'au bout parce qu'on veut protéger aussi notre espace
et nos frontières, on y tient. C'est le sens du pacte asile-immigration, la
politique de retour qu'on défend, mais on le fait en étant fidèles à nos
valeurs et à nos principes.
> Je pense qu'il faut essayer de caractériser
peut-être plus précisément ce que vous appelez dépression démocratique. Quand
on regarde ce qu'on peut qualifier, comment nos systèmes de démocratie
libérale, au sens politique du terme, qui se sont bâtis à partir du XVIIIe
siècle, dans notre Europe et ont émergé, se sont sophistiqués. Elles se sont
construites sur quoi ? Parce qu'en fait, les formes politiques ne tombent
pas sur les peuples comme venues de l'éther pour s'y figer. C'est qu'il y a
quelque part des idées qui arrivent à se traduire en structures, en
institutions politiques et qui correspondent à des organisations sociales.
C'est ça qui fait que les choses durent et qu'on vit dans une société, qu'on
vit depuis le XVIIIe siècle dans des démocraties.
Donc ces démocraties, elles se sont construites sur un compromis entre les
idées des Lumières qu'on a après consolidées, élaborées, qui ont été bousculées
par les totalitarismes du XXe siècle, vous l'avez évoqué, mais qui se sont
revivifiées au sortir de la Deuxième Guerre mondiale à travers en particulier
sans doute la Convention européenne des droits de l'homme, et cette
réinvention, cette revitalisation de nos principes, mais donc primat de la
dignité humaine, principe de liberté, croyance dans l'individu libre rationnel,
et donc c'est toute la philosophie politique à laquelle nous croyons depuis le
XVIIIe siècle. C'est l'organisation de systèmes d'équilibre de pouvoirs. C'est
le consensus avec les classes moyennes, c'est-à-dire ce qui a permis d'installer
ça, c'est qu'on a expliqué aux classes moyennes qu'elles allaient vivre de
mieux en mieux, donc il y a l'idée de progrès qui est attachée à nos
démocraties et à cet équilibre. Il y a donc une structure productive qui les a
accompagnées avec des hauts, des bas, des crises multiples, mais qui est qu'en
quelque sorte, par l'innovation technologique et la capacité à la diffuser, on
allait donner un meilleur futur à tout le monde. Et on a eu des soubresauts
quand ces idées-là, d'ailleurs, ont été percutées. Ce qui a été dit par
Monsieur Cercas à l'instant sur la crise de 29 et les conséquences qu'elle a
eues, c'est exactement ça, c'est-à-dire qu'à un moment donné, des idées qui
viennent fragiliser l'édification institutionnelle qui était en place avec, par
exemple, la République de Weimar, mais surtout la crise de confiance qu'ont les
classes moyennes européennes parce qu'elles n'ont plus leur part de richesse
fait que le système se tord et le fascisme arrive à émerger dans plusieurs pays
en Europe.
Donc si on se dit que c'est à peu près ça, l'idée démocratique, cette espèce de
fatigue, de crise que vous décrivez, elle s'installe sur quoi ? Elle
s'installe, je crois, d'abord sur le fait qu'on n'a plus tenu la promesse
économique. Ça, ça a commencé à partir de la désindustrialisation. Alors, il y
a des histoires très différentes selon les pays européens. L'Espagne n'a pas la
même que la France, etc. Mais il y a eu en tout cas une phase de la
mondialisation à partir des années 90 qui vient déjà, quand même fragiliser ce
consensus parce qu'elle crée les vagues de délocalisations, etc. Donc on voit
des idées apparaître, enfin des vraies sensibilités politiques fortes, mais en
gros, la promesse qu'on va continuellement dans une économie politique qui va
vous permettre de vivre mieux n'est pas si validée. Donc cette idée se
fragilise dans nos sociétés. Le grand coup de massue, ça a été dit, c'est à
coup sûr la crise de 2008-2012, je dirais, parce qu'elle ne s'arrête pas en
2008 chez nous. Pourquoi ? Parce que cette crise, qui est une crise
financière, qui vient des États-Unis d'Amérique, qui est d'acteurs de marché
qui s'étaient déjà beaucoup enrichis, fait émerger en Europe une crise de
certains opérateurs, puis des dettes souveraines.
Qui a payé cette crise ? On a mis d'abord longtemps à la régler, mais si
je devais schématiser les choses, on ne l'a pas vécue à la même intensité, elle
a été asymétrique en Europe. Vous l'avez vécue beaucoup plus durement que nous,
et vous avez fait des ajustements, comme on dit affreusement, budgétaires et
économiques beaucoup plus durs, c'est-à-dire qu'il y a des vies qui ont été
changées à ce moment-là, et il y a eu une régression économique et sociale mais
ce sont les classes moyennes qui ont payé l'addition. Mais ça, c'est vrai
partout en Europe. Ça, il ne faut pas sous-estimer ce qu'a été le choc de
2008-2012, parce que, quelque part, les classes moyennes partout en Europe ont
dit : la promesse n'est pas tenue. On vit quand même encore tous avec ça.
Quand on regarde les choses, même dans des pays qui ont été moins touchés, il y
a certaines catégories qui n’ont pas totalement retrouvé le pouvoir d'achat, le
niveau de vie qu'elles avaient avant cette crise. Dans certains autres pays,
même si le pays va beaucoup mieux en termes macroéconomiques, il y a eu cette
trahison. Premier point.
La deuxième chose qu'il ne faut pas sous-estimer par rapport à ce que
j'évoquais, c'est la crise démographique. Je pense qu'on sous-estime dans le
débat public beaucoup ce point, mais nous avions toujours vécu depuis le XVIIIe
dans des économies, et ça participe d'ailleurs de l'histoire de croissance et
de progrès, où, je ne vais pas ici faire un cours de macroéconomie ou de modèle
de croissance endogène, mais il y avait deux drivers qui étaient
l'innovation et la démographie, qui sont deux éléments clés qui tirent les
économies vers le haut. Nous sommes devenus vieux. Alors on ne veut pas le
voir, on ne veut jamais le voir quand on vieillit, mais notre continent est
devenu vieux et nous sommes entrés en phase accélérée dans la transition
démographique, l'Espagne avant même la France. Mais ça veut dire qu'on est
beaucoup de pays en Europe où le solde naturel, aux bornes de la nation est
souvent négatif et, en fait, on n'a rééquilibré que par l'immigration. Et ça,
on ne l'a pas véritablement pensé, mais c'est un deuxième choc très profond
pour l'idée démocratique et les modèles qu'on avait construits, parce que ça
les bouscule, là aussi, parce que ça veut dire que, d'abord, soit la croissance
ne se fait pas de la même manière ; elle s'amoindrit parce qu'il y a moins
de croissance démographique. Soit, elle ne peut se faire que si on sait aussi
gérer la question migratoire parce qu'en vérité, vos modèles vieillissent et
donc les modèles sociaux qu'on a construits sur des équilibres entre les
générations d'après-guerre se transforment et sont de moins en moins valides,
ça ne marche plus, soit ils peuvent se revivifier, mais si on se régénère avec
de l'immigration. Il y a le consensus, on le voit bien dans nos sociétés, il
est travaillé. La société espagnole comme la société française sont bousculées
par ça. Donc deuxième crise quand même importante. Ce sont des grandes
transitions qu'on a vécues.
Troisième élément clé à mes yeux, c'est qu'il y a une crise que j'appellerais
d'efficacité de nos démocraties. Elle est plus complexe, on pourra y revenir si
vous avez des questions ou des interrogations, mais on a sophistiqué nos
modèles, mais nous sommes devenus extrêmement complexes parce qu'on gère des
problèmes très complexes, et donc on est devenus de moins en moins
intelligibles et de plus en plus lents. C'est vrai partout, parce qu'on gère
des mondes très compliqués, des sociétés très sophistiquées, et donc on a créé
des systèmes de checks and balances partout, d'autorités indépendantes,
avec de très bonnes raisons derrière ça, mais cela a ralenti la capacité d'agir
de nos systèmes démocratiques. Et ça a créé une impatience dans des sociétés
qui voudraient qu'on règle très vite les choses et, en quelque sorte, où la
tolérance à la décision lente ou à la maïeutique de décision a faibli, a
diminué, elle. Mais on a une crise d'efficacité démocratique qui rend moins
acceptables les systèmes qu'on avait eus et qui crée une fascination pour les
régimes autoritaires ou les systèmes autoritaires. Pourquoi ce que vous appelez
le national-populisme peut émerger ? Parce que c'est des réponses très
simples, c'est beaucoup plus rapide. Même si elles ne sont que des réponses que
j'appellerais, moi, symptomatiques ou démagogiques, en vrai, parce que ce qu'on
appelle populisme, je me méfie de ce mot, peut-être parce que moi, quand j'ai
émergé il y a 10 ans, on disait que j'étais un populiste. Donc depuis, je me
méfie. Mais populiste, il y a le mot peuple dedans. Il faut faire attention, il
ne faut pas donner le sentiment que les peuples auraient tort ou seraient
méprisables. C'est terrible. Moi, j'appelle ça de la démagogie, c'est-à-dire
qu'on flatte plutôt les opinions publiques en leur disant : on a une
solution beaucoup plus rapide, beaucoup plus simple. Donc troisième crise.
La quatrième, je ne suis sans doute pas exhaustif et je reviendrai sur
l'Europe, c’est une transition, un changement très profond, anthropologique,
que sont les réseaux sociaux et maintenant l'intelligence artificielle ajoutée
aux réseaux sociaux. Ça, je pense qu'on a réussi à l'installer ces quelques
dernières années dans le débat public, mais ça a été totalement sous-estimé et
ça commence en vérité à peu près après la crise financière, mais dans les mêmes
années. Ça se développe 2008-2010, ça se démocratise vraiment entre 2010-2015,
mais nous vivons depuis une décennie dans un système qui a totalement changé,
totalement. Et c'est-à-dire que donc nous apprenons, nous débattons, nous
échangeons, dans un système dont l'infrastructure informationnelle et démocratique
s'est profondément transformée. D'ailleurs, votre génération, elle est arrivée
bien souvent à la conscience et à l'apprentissage dans un système qui, en fait,
n'a rien à voir avec la mienne.
C'est une révolution qui est très profonde. Ça veut dire que notre truchement
au monde, notre relation au monde, elle se construit beaucoup plus par ces
réseaux. Notre rapport à l'information, notre rapport à la connaissance de tel
ou tel pays, notre rapport parfois au savoir. Dans votre génération, quand on
regarde les chiffres, on s'informe de plus en plus massivement à travers ces
réseaux sociaux. On n'a pas du tout fait attention à quelle était la structure
de ces réseaux, enfin, en fait, pourquoi ils étaient faits et comment ils
étaient faits ? Ils ne sont pas faits pour vous informer ou que la
démocratie marche bien. Ils sont faits, et là aussi on pourra y revenir, je ne
veux pas être trop long, mais pour susciter le maximum d'excitation chez vous,
créer des dépendances cognitives et affectives pour que vous restiez le plus
longtemps possible devant l'écran, plutôt devant des contenus très courts. Il a
un ordre de mérite qui est l'exact contraire de ce que depuis des siècles nous
enseignons dans ces lieux comme celui qui nous accueillent, des universités,
lieux de savoir, de transmission. C'est-à-dire que ce qui est le plus important
dans les réseaux sociaux, c'est l'émotion négative. Elle est plus importante,
en tout cas elle crée plus de viralité que l'émotion positive, laquelle crée
plus de viralité que le raisonnement. Donc on est dans un ordre où, en fait,
tout le système, il est plutôt mû par les gens qui savent bien exciter par les
émotions négatives.
Mais ça, ce sont des machines à diffracter les démocraties. Parce qu'en vrai,
ce qui va marcher, ce à quoi on va être exposés pendant des heures par jour,
c'est des choses qui nous séparent. C'est-à-dire l'inverse d'une université qui
va nous apprendre un même savoir, qui nous permettra d'ailleurs de converser,
de dialoguer, peut-être d'exprimer des désaccords respectueux, mais on a
appris, on vous a appris, on nous a appris, on a évolué dans une société où le
cœur de l'infrastructure, de conversations démocratiques sont devenus ces
réseaux qui donnent une prime plutôt à l'émotion négative, plutôt au clash
et donc plutôt à ce qui nous écarte et donc qui polarise nos sociétés.
Donc au fond, on a à traiter ensemble d'une crise de modèle économique, d'une
crise démographique de notre Europe, d'une crise d'efficacité démocratique, de
notre capacité à aller plus vite et à être plus efficaces, et en même temps
d'une crise un peu, que je dirais, anthropologique, c'est qu'on n'évolue plus
dans le même espace, qu'aujourd'hui cet espace numérique, on lui a laissé
manger beaucoup de choses et il nous a un peu ensevelis. On pourra y revenir
dans les questions là-dessus.
Donc face à ça, et je ne suis pas exhaustif parce qu'il y a en plus de ça
évidemment la grande transformation géopolitique qu'on vit avec la réémergence
d'empires, le retour de la guerre en Europe, évidemment, la Chine et les
États-Unis qui, pour la première fois de leur histoire, sont deux immenses
puissances hostiles à l'idée européenne. Donc tout ça mis bout à bout fait
qu'en effet, on est un peu assiégés et on se dit, rien ne va. C'est très dur.
Et il y a cette fatigue démocratique qui s'est installée.
Alors elle fait émerger ce que vous avez appelé des national-populismes.
Pourquoi ? Parce que quand il y a une angoisse qui monte face à cette
multicrise, les extrêmes sont beaucoup plus à même d'attraper l'angoisse et la
colère. C'est plus efficace. Donc vous avez des montées d'extrêmes partout en
Europe, c'est clair, avec des réponses simplistes, mais des réponses, en
disant : avec moi, ça ira beaucoup plus vite, ce sera beaucoup plus
radical. Ça correspond à la polarisation des sociétés et ça correspond aux
conséquences de ces crises multiples qui ont émergé. Est-ce que je pense qu'on
va les arrêter du jour au lendemain ? Je ne crois pas. Je pense que c'est
là, ça s'installe, ça va aux extrêmes. La question, c'est quelles réponses on
peut apporter et comment agir pour traiter en profondeur ce que nos sociétés
vivent.
La première réponse, je pense qu'elle est de réhumaniser ces réseaux sociaux.
Là, je pourrais développer si vous voulez, si ça vous intéresse. Il faut
reprendre le contrôle, et des réseaux sociaux comme de l'intelligence
artificielle qui arrive. Je ne veux pas être plus long, je le suis déjà, mais
ça, c'est clé. C'est une bataille européenne. C'est celle qu'on mène d'ailleurs
avec l'Espagne, et maintenant on a gagné, on a européanisé pour dire qu'il faut
protéger nos jeunes de moins de 15 ans des réseaux sociaux. Mais donc moi,
j'appelle ça réhumaniser, c'est reprendre le contrôle pour remettre tout ça au
bon rythme et refaire démocratie. La deuxième chose, c'est de retrouver de
l'efficacité collective. Certains appellent ça de la dérégulation, d'autres de
la simplification. Ça veut dire qu'il faut qu'on aille un peu plus vite par
rapport à la pulsation du monde. On a une Europe qui s'est désynchronisée et
qui est trop lente par rapport à la Chine, aux États-Unis. Donc on doit
retrouver de la vitalité de décision. La troisième chose par rapport à la crise
économique, c'est de retrouver de la capacité à innover. Et pour moi, c'est
très complémentaire avec les équilibres européens qu'on a toujours connus. On
est les seuls à savoir faire ça. Réhumaniser la technologie et donc la
maîtriser par de la régulation intelligente, mais en même temps être dans la
technologie.
Donc la bataille européenne des prochaines années, c'est vraiment d'innover
beaucoup plus vite et beaucoup plus fort. Ces 20 dernières années, en produit
intérieur brut par habitant, on a décroché par rapport aux États-Unis. Plus des
deux tiers de l'explication de ça, c'est qu'on innove moins. Donc on doit
réinnover beaucoup plus fort si on veut recréer du consensus dans nos
démocraties. Et à cet égard, l'innovation qui va à travers l'IA, la robotique,
il faut la voir aussi comme une opportunité si on sait bien l'organiser, parce
qu'elle va redonner, elle peut redonner des marges de manœuvre à nos sociétés
pour nos modèles sociaux et pour permettre justement de les financer et
retrouver ce compromis avec les classes moyennes et leur permettre de
réavancer. Tout ça suppose de renforcer et réadapter nos modèles éducatifs
parce qu'il n'y a pas de progrès social sans modèle éducatif adapté à ces
évolutions technologiques.
Mon dernier point auquel je crois beaucoup aussi, et j'arrêterai là, c'est que
dans ce contexte-là, pour réussir cet agenda, il faut une Europe plus
indépendante. Parce que si cette Europe, elle est faible face au retour des
empires, elle va perdre sa souveraineté. Si elle n'achète que de la technologie
américaine, elle ne pourra rien réguler. Et si elle est simplement
consommatrice de ce qui est fait ailleurs, elle ne réglera pas le problème de
croissance qu'elle a avec ses classes moyennes et de modèle économique. C'est
pour ça que l'agenda d'autonomie stratégique, de la défense à la technologie,
en passant par tous les domaines de la chaîne de valeur, est clé, parce que
c'est ce qui nous permet de décider pour nous-mêmes.
Voilà un peu comment, à mes yeux, j'essaie de répondre, de réagir à votre
point, comment on caractérise le moment qu'on vit et quelles sont les pistes
pour avancer. Moi, je ne suis pas pessimiste du tout. Ça prendra des années.
Mais à côté de tout ça, je pense que si l'Europe arrive à rester solidaire et
unie, et à jouer aussi sur ce que sont ses éléments de stabilité, de décence,
de respect, d'équilibre, de respect de la personne humaine et de sa dignité, ce
qui est le cœur de notre philosophie politique, on a un énorme avantage parce
que je pense qu'on attirera les talents du monde entier qui vont nous aider, et
on gardera, et on va vous former, pour nous aider à faire cette transition.
Parce qu'en vrai, quand on regarde la Chine ou les États-Unis, la violence qui
est en train de monter et les sous-jacents qu'il y a dans ces sociétés,
l'Europe est désirable.
> Platon, c'est la métaphore du pharmakon, qui est
à la fois ce qui vous soigne, mais qui peut être un poison. Donc il y a
toujours cette ambivalence de l'innovation technologique, c'est vrai. Après, je
pense que quand on parle des innovations contemporaines, là aussi, je voudrais
distinguer plusieurs d'entre elles et essayer de répondre de manière très
précise à votre question.
Il y a une première innovation qui est technologique et d'usage, qui est
déjà là depuis 10 ans, qui est ce que j'ai déjà commencé à évoquer : les
réseaux sociaux. Ça, c'est une vraie révolution technologique. Elle a permis de
faire des tas de choses. Elle permet de faire des choses formidables,
c'est-à-dire de savoir ce qui se passe à l'autre bout du monde, de révéler des
choses, de partager des contenus, d'avoir des gens qui suivent, par exemple,
votre œuvre à travers le monde, vous, d'échanger avec des lecteurs et autres.
Donc c'est formidable, ce qui s'est passé. Ça, c'est la partie positive.
Qu'est-ce qu'on n'a pas réussi à faire sur ces réseaux sociaux depuis 15 ans, à
ce stade ?
En fait, on a fait un test en grandeur nature pour savoir de quel côté du pharmakon
on était. On l'a plutôt fait avec votre génération, quand je regarde vos
visages. C'est-à-dire, on s'est dit : « On n'est pas sûr de ce que ça
crée, donc on va l'essayer, on vous l'a inoculé. » On a à peu près le bilan. On
a eu une épidémie de problèmes de santé mentale dans nos sociétés
démocratiques, une épidémie. On a eu une montée des extrêmes, c'est-à-dire, on
a eu beaucoup plus de jeunes filles qui étaient obsédées par leur corps parce
que sur ces réseaux, elles voyaient des standards qui n'étaient pas du tout la
réalité de ce qu'on voit forcément autour de soi. Enfin, tout ça est très bien
caractérisé, il y a des tas de corrélations qui ont été faites. Et puis, dans
nos sociétés, on l'a déjà évoqué, c'était votre première question tout à
l'heure, il y a une montée de la polarisation. Donc là, on commence à se
dire : « On est en train de tomber du mauvais côté du pharmakon. »,
c'est-à-dire qu'il y a de plus en plus de gens qui quittent ces réseaux sociaux
en disant : « Ce n'est plus là que je vais échanger avec ceux avec qui
j'ai envie de voir, parce que je vais en trouver d'autres pour être plus
protégé. » et on laisse tout le monde dans ce climat en quelque sorte de
violence, un peu d’ensauvagement. Ça, c'est les réseaux sociaux. On a laissé
quelques acteurs décider pour nous tous parce que c'est quelques groupes privés
qui l'ont dans leurs mains, et on a fait le test sur vous. Donc là, comment on
reprend le contrôle ?
Écoutez, point 1 : protéger les enfants et les ados. On a fait des
commissions dans nos pays, moi, j'en ai fait une en 2024, les chiffres sont
assez clairs, les corrélations sont solidement établies, la science est là,
votre pays aussi fait des études, il y a des études universitaires, même
américaines, qui ont été faites, etc. On sait ce que ça crée chez les enfants
et les adolescents. Donc, je pense raisonnablement qu'on serait irresponsables
à dire : on laisse jusqu'à 15-16 ans ; c'est-à-dire l'âge dans lequel
on fait son développement affectif, cognitif, personnel. Non, il
Alors, il y a des débats : Est-ce qu'on bloque totalement jusqu'à 13
ans, puis entre 13 ans et 15 ans, il y a un système accompagné ? Moi, je
crois quand même qu'il faut protéger les enfants et les adolescents des réseaux
sociaux. En moyenne, en tout cas en France, c'est plus de 4 heures par jour
d'écran sur ces réseaux. Ça veut dire que c'est du temps qui est mangé à la
lecture, au sport, à la capacité à connaître d'autres. Donc, c'est pour ça
qu'en même temps, et on le voit encore dans les derniers tests de PISA, vous
avez un effondrement de la capacité à apprendre et de la lecture dans tous nos
pays. Ces générations-là, de la même manière, ont de plus en plus de mal à voir
un film long parce qu'on est habitués à scroller sur des contenus très rapides.
Donc, on crée une excitation du cerveau, on habitue le cerveau à quelque chose
qui ne permet pas de bien apprendre et d'être stable. Donc protéger les
enfants.
La deuxième, c'est que moi, j'ai envie de savoir, on s'écoute, on est dans
une salle, vous me posez des questions, après vous allez m'en poser. S'il y a
quelqu'un qui n'est pas d'accord, il dira : « Je ne suis pas d'accord,
vous posez une question. » On se voit de visage à visage, on se respecte,
on sait d'où nous parlons. Les réseaux sociaux, c'est l'inverse de ça. Celui
qui crie le plus fort et qui insulte le plus vite, c'est celui qui a raison et
il va créer le plus de volume. Derrière, moi, je ne sais pas si c'est un vrai
compte ou pas, je ne sais pas ce que fait l'algorithme ou pas, c'est-à-dire que
celui qui va me présenter les gens, en plus masqués, dans un réseau social,
c'est un algorithme. Mais l'algorithme, il a ses biais. Alors, son biais, il est
plutôt commercial, c'est créer le maximum d'excitation chez vous. Mais ce n'est
pas normal que je ne connaisse pas ce biais. Vous n'avez pas envie d'être dans
une salle obscure où on vous amènerait des gens face à vous qui vous insultent.
Raisonnablement, on ne ferait jamais cette expérience physique. C'est ce qu'on
fait à chaque fois qu'on se met sur nos réseaux sociaux. On est fous. Et dans
nos démocraties, c'est très grave parce que c'est utiliser, cette
vulnérabilité. Donc quand on a des débats démocratiques sur les réseaux sociaux
aujourd'hui, ils ont une volumétrie qui est polarisée à cause du mode de
fonctionnement de l'algorithme qui vous emmène vers l'excitation maximale et,
comme je le disais tout à l'heure, qui tire vers les émotions négatives et donc
plutôt aux extrêmes.
Mais surtout, il est manipulé par des gens qui créent du volume, et on l'a
vu dans tous nos pays, par les ingérences, parce que c'est tellement facile de
voir quelles sont les émotions négatives qui marchent dans la société espagnole
ou dans la société française, et si je suis contre vos dirigeants aujourd'hui,
si je veux affaiblir leur capacité à soutenir l'Ukraine, si je veux, par
exemple, faire gagner tel ou tel parti, je vais me mettre sur vos réseaux, je
vais pousser des contenus qui vont faire surréagir et je vais même le faire
avec des faux comptes parce que je ne sais pas derrière s'il y a un vrai compte
ou pas. Ce faux compte, je vais lui multiplier ses abonnés pour qu'il crée de
la viralité. Et on a accepté ça. Donc première folie : on a accepté d'y
laisser sans défense nos enfants et nos ados. Ça, il faut le corriger tout de
suite. Deuxième folie : on laisse des acteurs extérieurs à visage masqué
manipuler nos démocraties et on laisse des algorithmes dans la main de
quelques-uns manipuler nos goûts et nos choix. On est fous. Ce n'est pas un
choix rationnel pour des démocraties structurées comme les nôtres.
Donc qu'est-ce qu'on doit faire avec ça ? On a commencé à poser les
bases. On avait lancé sous la présidence française en 2022 ce fameux Act,
cette directive sur les services numériques. Parfois, vous l'entendez avec le
terme de DSA. Il y a toutes les bases, il faut s'en saisir et il faut le faire
très vite. Aujourd'hui, on est beaucoup trop lents et honnêtement, on ne le
fait pas assez. Donc nous, on pousse la Commission européenne à le faire
davantage, mais elle nous permet de faire quoi ? On a les textes. 1)
Dire : nous, on veut la transparence de l'algorithme. Vous devez nous
expliquer comment vous m'amenez les contenus, qui est favorisé, qui n'est pas
favorisé ? Transparence, puis chacun pourra regarder. Vous pourrez
regarder. Chacun fera son audit en quelque sorte, et puis on dira les choses.
2) Interdire les faux comptes. On a le droit d'être anonyme, c'est un vrai
débat. Moi, je suis plutôt encore pour avec des systèmes de responsabilité
quand ça va dans du judiciaire. Je suis radicalement contre le fait qu'il n'y
ait pas de personne réelle derrière un compte sur un réseau social. Ça, c'est
inacceptable. C'est la deuxième chose.
Troisième chose, il faut des pare-feu immédiats pour lutter contre les
ingérences. Quand on identifie qu'il y a une puissance étrangère, il faut tout
de suite mettre le pare-feu et couper pour ne pas que ça prenne dans le débat
démocratique. Derrière, il faut créer des systèmes où, en fait, on oblige ces
acteurs, pardon du terme, mais à jouer en architecture ouverte, c'est-à-dire
qu'ils ne puissent pas nous capturer avec des algorithmes imposés. Il faut que
je puisse choisir mes algorithmes. Ça, c'est sur les réseaux sociaux, c'est
reprendre le contrôle. On est au début de la bataille, il faut l'accélérer. On
a les textes, c'est vital. Tant qu'on continuera de faire des élections ou de
fonctionner en démocratie comme on le fait avec les réseaux sociaux, on pourra
déplorer le national-populisme ou les démagogies nouvelles ou les extrêmes,
elles continueront d'advenir.
Après, il y a l'intelligence artificielle, et ça, c'est une innovation très
différente parce qu'elle est beaucoup plus en rupture d'un point de vue
technologique et anthropologique. L'intelligence artificielle, là, pour le
coup, on essaie de réagir tout de suite. Elle apporte des choses formidables.
Vous l'utilisez, j'imagine. Elle permet de faire des recherches beaucoup plus
rapides et sophistiquées. Elle est en train de résoudre des problèmes de maths
qu'on n'arrivait pas à résoudre. Elle permet d'aller beaucoup plus vite sur de
la médecine individualisée, l'énergie. Donc on est déjà en train, grâce à
l'intelligence artificielle, qui est en fait une capacité exponentielle à faire
calculer la machine et donc à résoudre nos problèmes. Ça, on est en train de
faire des choses formidables. Donc oui, il faut en être.
Mais à côté de ça, qu'est-ce qu'on ne veut pas ? Deux choses. La
première, que ce soit concentré entre quelques mains uniquement. La deuxième,
perdre le contrôle, c'est-à-dire que l'intelligence artificielle finisse par
être un système où c'est la machine qui donne une instruction à une autre
machine, et nous, on finit sur un banc à les regarder faire. Ça, c'est les deux
drames.
Donc face à ça, qu'est-ce qu'on doit faire, nous, Européens ? 1) On
doit être dans la partie. Donc on doit avoir des capacités de calcul et ne pas
les laisser toutes entières aux États-Unis. C'est ces fameux data centers
parce que si on a des capacités de calcul, on peut avoir des acteurs qu'on
entraîne et qui pourront avoir des modèles très performants. 2) Il faut former
des talents, les développer, développer des écosystèmes et avoir des vrais
modèles européens souverains. On en a dans nos pays. Mistral est un des modèles
de ce qu'on appelle les LLM, de modèles de langage large, qui est derrière un
peu dans la compétition par rapport aux grands Américains, mais qui est encore
dedans. Donc, il faut aller plus vite et plus fort en Européens pour avoir ces
modèles de frontière. Et puis, il faut réussir à bâtir l'écosystème pour
adopter beaucoup plus vite l'IA filière économique par filière économique pour
que ça se diffuse.
Mais à côté de ça, il faut bâtir une régulation internationale. Nous,
Européens, on a été les premiers à poser ces jalons. Mais ce qu'on veut faire,
ce n'est pas faire la même erreur qu'avec les réseaux sociaux et se dire :
Dès maintenant, on doit bâtir une régulation qui doit dire quoi ? Les
modèles frontières, ça ne peut pas être dans la main que de quelques acteurs et
on doit réussir à maîtriser les conséquences, et donc on doit mettre des
pare-feu sur ces modèles pour ne pas que ce soit la machine qui puisse dicter à
la machine. Plus d'autres évolutions technologiques, mais je vais m'arrêter là.
Voilà comment je vois les choses.
> Premier élément : le soi-disant free
speech américain, enfin, aujourd'hui, qui a eu cette publicité faite par
certains, c'est l'inverse du free speech. Il n'y a pas de liberté s'il n'y a
pas de limitation à ma liberté qui commence par la liberté des autres et le
respect d'un cadre commun. Je le sais quand je marche dans la rue, ma liberté,
ça ne peut pas être de vous frapper, de vous insulter ou de saccager l'espace
commun pour tous. L'idée que certains se font du free speech, c'est ça.
Donc, il y a une liberté s'il y a le respect de la liberté de l'autre et, au
fond, ce qu'on appelle un ordre public. Dans cet ordre public, il faut qu'il y
ait un traitement de l'information. Ça, c'est le premier point, parce qu'il y a
un rapport à la vérité.
Deuxième élément : nous, nous sommes dotés de règles. Est-ce qu'elles sont
suffisamment appliquées ? Non. Donc aujourd'hui, le cœur de notre
bataille, j'ai écrit il y a quelques semaines à la présidente de la Commission
européenne, c'est qu'on applique cette fameuse directive sur les services
numériques. Il y a des premiers instruments pour déjà faire beaucoup, mais il
faut y aller. En particulier, au-delà des instruments que j'ai déjà cités, on
peut aller chercher la responsabilité des plateformes, ce qui est clé. Tant
qu'on n'ira pas chercher la responsabilité des gens qui diffusent des contenus
sur les réseaux sociaux, on ne le régulera pas. Nous, on est tous dans des
systèmes où nos démocraties se sont faites, nos opinions publiques se sont
forgées par la presse libre. Quand quelqu'un écrit, quand un journaliste écrit
n'importe quoi ou qu'un directeur de rédaction le publie, on va chercher sa
responsabilité. Il est condamné. Soit il est obligé de donner un droit de
réponse, soit il est obligé lui-même d'écrire que c'était faux, et il est
condamné, et ça peut aller loin.
Aujourd'hui, ce n'est pas condamné. Vous l'avez très bien dit, YouTube et
d'autres ont revendiqué de mettre d'ailleurs des vidéos, de majorer le
climatoscepticisme dans leurs vidéos. Pourquoi ? Parce que ça crée plus de
réactions chez les gens, parce que leur objectif n'est pas d'informer, il est
de vendre de la publicité individualisée. C'est tout. Donc on doit utiliser
beaucoup plus, beaucoup plus vite, beaucoup plus fort le DSA. Nous, on va
continuer de mettre la pression. En fait, la pression, c'est de pousser la
Commission à le faire, et/ou en parallèle de prendre des initiatives nationales
pour bousculer.
Donc je veux vraiment insister sur ce point qui était votre autre sujet, je
conclurai là-dessus. En même temps que la responsabilité des plateformes, il
faut en effet des tiers de confiance, structures de fact-checking qui
permettent justement de restaurer la vérité, c'est-à-dire en tout cas de
restaurer des faits pour que les gens puissent confronter ces faits aux
théories auxquelles ils sont exposés. Ça, c'est absolument clé. C'est ce qui
suppose justement cette transparence des algorithmes pour assurer que les fact-checkers
ne sont pas exclus de l'espace ou ne sont pas minorés.
> Il y a une hyperconcentration du pouvoir, on l'a
connue dans d'autres temps dans la main de quelques-uns et il se trouve qu'ils
sont plutôt américains. Il y en a qui émergent aussi en Chine.
Face à ça, je ne veux pas ici donner le sentiment d'être en quoi que ce soit
technophobe. Ces entreprises, elles sont là parce qu'elles ont formidablement
réussi, innové, continué à innover, donc elles sont remarquables à certains
égards. Mais l'usage qu'elles font d'une rente d'innovation légitime est à mes
yeux, lui, dysfonctionnel. Donc ce qu'on ne doit pas accepter, c'est qu'une
entreprise qui a très bien réussi parce qu'elle a une rente d'innovation, donc
elle arrive à avoir une bonne position sur le marché, elle l'utilise pour tuer
tous les concurrents sur d'autres marchés qui sont adjacents, et avec la
complicité, en effet, d'un système politique qui, lui, n'a pas envie de le
réguler. L'histoire nous a enseigné qu'à la fin, et moi, c'est ma conviction,
le système américain aura un intérêt lui-même à réguler ses propres acteurs qui
deviendront trop puissants. On n'en est pas encore là.
Donc nous, qu'est-ce qu'on doit faire par rapport à ça ? Bâtir, c'est ce
que j'appelle l'autonomie stratégique. On doit être plus indépendants. On a
quand même réussi ces dernières années. Tout le monde nous disait que c'était
impossible. Sur les données privées, on a fait une directive européenne, on a
bâti un règlement qui protège nos données privées en Européen. C'était quelque
chose qu'on a imposé quand même à des acteurs en quasi-totalité américains, on
a imposé des règles. Alors est-ce que c'est parfait ? Non, certains ont
réussi à le contourner. 2) on le fait sur les services numériques, il faut
l'appliquer pour les réseaux. 3) on commence sur justement notre sujet d'IA. Il
faut continuer.
Mais à côté de ça, il faut consolider des acteurs européens. Donc dans ce même
débat, si on veut réussir à tenir face à cette géopolitique et à cette
brutalité, on doit, nous, être beaucoup plus innovants et compétitifs.
C'est-à-dire qu'il faut bâtir des champions européens beaucoup plus puissants.
C'est pour ça que je défends un budget européen qui investit dans l'avenir bien
plus massivement et pas simplement dans nos politiques historiques. C'est pour
ça que je suis pour une politique d'innovation européenne beaucoup plus
ambitieuse qu’on a monté une stratégie d'IA en France qui fait qu'on investit
beaucoup dans les data centers, dans les acteurs justement de l'IA et de
son adoption, mais il faut le faire au niveau européen, plus fort, plus vite.
Nous nous sous-estimons. L'Europe, c'est un marché, si on est vraiment
intégrés, qu'on joue tous ensemble, qui est plus puissant que le marché
américain. Simplement, aujourd'hui, on est beaucoup plus lents, on a moins de
capitaux publics et privés, et donc on joue divisés. Et donc marché unique,
budget européen bien plus massif pour avoir de l'argent public sur
l'innovation, sa diffusion, sur ce qui est stratégique, marché des capitaux
européens pour avoir de l'argent privé qui s'y mette beaucoup plus, et culture
du risque plus forte au niveau européen, parce que ça passe aussi par une
culture du risque qui est aujourd'hui moins efficace en Europe qu'aux
États-Unis. Ça, pour moi, c'est la clé.
Le dernier point géopolitiquement, il faut tenir tête à cette politique
extraterritoriale américaine. C'est sur l'IA là, on l'a eue par le passé sur
des taxes, sur des chantages. Et donc la clé pour faire ça, c'est une Europe
unie et une Europe qui n'a pas peur parfois de prendre des coups parce qu'elle
sait que ce qu'elle va rendre en retour peut être dissuasif. Donc je trouve que
dans le débat aujourd'hui, on est plus unis qu'il y a 10 ans, mais on est trop
pusillanimes, trop frileux parce qu'on a toujours le sentiment que c'est
terrible, on va tout perdre si on est sanctionnés. Non, parce que si on est
vraiment unis et qu'on bloque l'accès à notre marché de 400 millions
d'habitants et de consommateurs, ça fait très mal à ces acteurs. Donc nous,
Européens, on ne doit pas sous-estimer la puissance de rétorsion qu'on a. Donc
voilà pour moi les quelques-unes des lignes, et c'est ce qu'on va d'ailleurs
faire avec des mesures de restauration du juste équilibre, là pas tellement sur
l'IA, mais plus avec d'autres acteurs industriels et la Chine. C'est la même
philosophie.
> [Interdiction de l'accès aux réseaux sociaux pour
les moins de 15 ans] Alors d'abord, nous, on va continuer à refaire, repréparer
un texte national, c'est ce qu'on est en train de faire pour répondre aux
observations du Conseil constitutionnel, mais on a surtout en parallèle
déclenché une dynamique européenne qui fait qu'aujourd'hui, la présidente de la
Commission européenne l'a dit, elle va proposer un Kids Protection Act, qui est
le fruit de ce travail, et d'ailleurs très largement franco-espagnol, avec
quelques autres affinitaires, où on a comme ça poussé cet agenda.
Donc là, il va y avoir ce dispositif européen. C'est une compétence européenne,
la vérification de l'âge. Et je peux vous garantir qu'elle sera protectrice de
vos données personnelles, beaucoup plus protectrice que la plupart des actes
que vous faites sur ces plateformes au quotidien et qui viennent piller vos
données pour les monétiser avec d'autres acteurs, parce que c'est dans les
règles de l'Europe. Et donc oui, ce sera protecteur. Alors il y aura des
sujets, il y a des innovations technologiques de reconnaissance d'image, de
technologie avec la main, on utilise justement l'IA, mais ce sera protecteur et
les données ne seront pas conservées. Justement, là aussi, ce qui est un point
important pour protéger l'intimité. Et le DSA, enfin la directive sur les
services numériques, permet de sanctionner ceux qui ne respecteront pas ces
règles. Et donc, bien sûr, comme on a déjà d'ailleurs lancé des actions contre
ceux qui ne les respectent pas aujourd'hui, on le fera pour tous ceux qui
continuent d'attaquer nos enfants. (…)
Et il faut assumer le fait de dire que pendant les premières années de la vie,
d'abord, il faut du temps pour son développement affectif, il ne faut pas être
exposé à certaines images, à certaines choses, il faut apprendre avec les
autres, ses parents, sa famille, ses camarades, ses amis. Il faut du temps pour
la lecture parce que c'est ce qui vous permet d'absorber un contenu, de le
comprendre, de l'analyser, et ce temps-là suppose de la concentration. Et les
réseaux sociaux vous volent de la concentration et parfois même du sommeil.
Vous imaginez, c'est en moyenne, en tout cas en France, c'est 4h20 en moyenne
par jour pour un enfant et un ado. C'est-à-dire qu'il y a des enfants, et moi
j'en ai vu, pour qui c'est 6 heures par jour. 6 heures par jour, vous ne lisez
plus, vous n'interagissez plus avec les autres.
Donc en fait, on ne vous permet pas, on ne vous donne pas la chance de devenir
un enfant puis un adulte et de construire le citoyen que vous avez à être. Donc
je dirais, vous protéger, c'est ne pas vous exposer à des choses dont je ne
suis pas sûr qu'elles soient faites pour vous. Et moi, j'ai expérimenté parce
que de 2018 à 2022, j'ai essayé la régulation proactive avec les plateformes.
Elles m'ont baladé pendant 6 ans. Enfin, en l'espèce, oui, ça a duré, il me
semble, parce qu’on a sauté de 17 à 23. Mais on a discuté, discuté. Ils m'ont
dit : « On va modérer les contenus pour les plus jeunes. » Elles ne le
font pas du tout parce qu'il n'y a pas de modèle économique. Et leur problème,
ce n'est pas d'éduquer des jeunes, toutes ces plateformes, c'est de vendre le
maximum de pubs. Et ce n'est pas une offense, il ne faut juste pas se tromper.
C'est-à-dire qu'on n'envoie pas nos enfants, quand on a à les éduquer, dans un
supermarché et un sex-shop.
Avec les réseaux sociaux, c'est un peu ce qu'on a fait. On a dit, c'est super,
on va les laisser accéder librement aux supermarchés, aux sex-shops, à la vente
d'armes, etc., c'est-à-dire à tous les trucs qu'on a plutôt régulés. Non, on
dit, on les garde dans un cadre. Donc c'est du temps qu'on vous sauve pour la
lecture, le sport, les arts, les amis, pour vous former et être des
adolescents, puis des adultes.
Et après, autour de 15 ans, on voit qu'on est en âge de pouvoir accéder. Et
donc en parallèle, on prépare à cela. Et c'est aussi pour ça que dans nos
programmes, on met l'éducation aux réseaux numériques, c'est-à-dire on apprend
à démêler le vrai du faux. Et donc moi, je pense qu'avant d'aller sur les
réseaux, 1) il faut avoir eu des connaissances et des certitudes, c'est-à-dire
il faut avoir bâti un rapport à la vérité, aux faits, c'est-à-dire il faut
avoir appris les mathématiques, le raisonnement, il faut avoir appris sa
langue, il faut avoir appris des références historiques, c'est-à-dire des
choses qui font d'abord un socle de connaissances.
Après le socle de connaissances, l'esprit critique, c'est-à-dire celui par
lequel vous allez apprendre le doute légitime qui vous permet de progresser
dans la connaissance et d'aller chercher les informations. Et à ce moment-là,
quand vous maîtrisez vos connaissances et ce socle de connaissances et que vous
avez acquis un esprit critique, vous pouvez vous balader dans les réseaux
sociaux parce que vous allez être moins exposés, eh bien, au complotisme, au
relativisme absolu, à l'effondrement de la science, aux fausses informations,
parce que vous allez d'abord avoir des connaissances que vous avez consolidées,
donc vous allez pouvoir dire : « Ça, c'est n'importe quoi. » Et puis vous
avez eu cet esprit critique qui va vous dire : « J'ai quand même
l'impression que c'est n'importe quoi, je vais aller vérifier. » Si je vous
laisse dans la jungle à 12 ans, vous n'avez aucun de ces réflexes. Vous n'avez
pas encore appris, donc vous ne savez pas si ce à quoi vous êtes confronté,
c'est n'importe quoi ou c'est vrai. Et si vous n'avez pas bien bâti un esprit
critique, qui est une vraie méthode.
L'esprit critique, ça n'est pas le scepticisme permanent, c'est une méthode
pour apprendre et avoir un doute qui vous aide à accéder à la vérité. C'est
aussi ce que vous consolidez à l'université. C'est, je dirais, l'exact opposé
de ce qu'on voit sur les réseaux sociaux naître, c'est-à-dire face au
déferlement de contenus permanents, on ne sait pas si c'est de l'IA ou pas, qui
l'a fait, etc., on ne croit plus en rien. Et du coup, c'est ce qui fait que je
retrouve des certitudes communautaires et je deviens complotiste. C'est-à-dire,
comme je ne sais plus démêler le vrai du faux parce que je n’ai pas un socle de
connaissances, je n'ai pas une bonne méthode, je suis exposé à quelque chose
qui n'est pas adapté, je me referme dans ma communauté la plus proche et cette
communauté-là me dit que c'est ça, que la Terre est plate, et donc la Terre est
plate.
C'est exactement ce qui est en train de se passer. Donc vous voyez, pour toutes
ces raisons, pour la protection affective, pour avoir d'abord le temps
d'apprendre, de lire, puis de forger votre esprit critique. Je pense qu'un
enfant, un adolescent n'est pas prêt et on ne lui rend pas service en le
mettant sur les réseaux. Puis en parallèle, on doit le préparer pour
qu'ensuite, quand il y aille, il le fasse avec discernement.
> Notre Europe s'est concentrée avec un modèle
totalement tiré par l'export, et ce qui fait d'ailleurs qu'elle a totalement
sous-estimé la demande intérieure européenne, qu'elle a largement dépréciée par
sa politique monétaire et sa politique budgétaire des dernières décennies. Et
c'est un modèle, en fait, très productif tiré par l'export.
En soi, déjà, c'était un déséquilibre qui ne permettait pas d'harmoniser
complètement. On l'a compensé par les politiques, dont la politique de cohésion
pour certains points. Ce modèle, il est en crise. Et je vais vous dire très
simplement, il reposait pour une partie d'ailleurs de l'Europe, moins chez vous
et chez nous que chez nos amis du centre de l'Europe et de l'Est, mais la
compétitivité européenne avait un facteur clé qui était le gaz très peu cher
venant de Russie, fini depuis 2022. Mais notre grand marché export, c'était la
Chine. C'est fini. L'Europe, elle est déficitaire commercialement à l'égard de
la Chine. Aujourd'hui, chaque jour, on perd 1 milliard d'euros en commerce avec
la Chine. Il y a deux ans, plusieurs pays étaient encore exportateurs nets.
Par exemple, l'Allemagne a été jusqu'en 2025 exportatrice nette avec la Chine.
C'est fini, même l'Allemagne. Et la Chine aujourd'hui est en train d'attaquer
notre marché domestique sur les machines-outils, véhicules automobiles. Elle
l'a fait, déjà sur la chimie. Et donc elle est en train de massacrer notre base
industrielle, pour partie parce qu'elle a très bien innové, très fortement
après le Covid, et ça, c'est son mérite, pour partie aussi parce qu'elle
subventionne beaucoup plus ses entreprises que les nôtres, 8 fois la moyenne de
l'OCDE, ça, ce n'est pas acceptable, et parce qu'on n'arrive pas à respecter
les règles du jeu et qu'on ne protège pas nos entreprises.
Donc moi, je ne crois pas du tout à un modèle naïf comme le nôtre. Et nous, on
a été naïfs, Européens. C'est-à-dire on a dit, on est ouverts aux quatre vents
parce que nous, on veut faire du commerce chez les autres. En vrai, on fait
beaucoup moins de commerce chez les autres, en tout cas le grand marché
chinois, et tous les autres sont en train de se re-régionaliser post-covid19.
Les Américains protègent leur marché, marché nord-américain, il y a des règles,
c'est très dur pour nous d'y entrer. Les Chinois protègent leur marché, il y a
beaucoup de clauses, y compris non tarifaires, dans les marchés émergents. Et
nous, on ouvre à tout le monde. Donc moi, j'ai une approche très simple, je
veux qu'on soit beaucoup plus compétitifs, simplification, plus innovants, plus
d'investissements publics et privés, un marché unique plus intégré, en
particulier pour les capitaux. Ça, c'est la part offensive. Diversification de
nos accords commerciaux, donc ça, pour justement avoir d'autres économies
export, il faut garder ce modèle. Mais en même temps préserver notre marché
unique et nos acteurs. Et donc pour ce faire, qu'est-ce qu'on doit faire ?
Des clauses de sauvegarde quand on est attaqué de manière injuste, c'est-à-dire
des instruments commerciaux qui font que quand j'ai un véhicule, qui vient par
exemple de Chine ou du bout du monde, qui arrive sur le marché européen, s'il a
touché 8 fois plus de subventions que son compétiteur européen, je dis, ce
n'est pas juste, je rectifie les règles de la juste concurrence. C'est normal.
Et ce qu'on appelle les clauses miroirs que vous avez citées, c'est juste de
dire, si moi j'impose par exemple à un fermier européen de ne pas utiliser
telle ou telle molécule pour produire, si j'importe, j'impose les mêmes
molécules, sinon on est des fous. C'est-à-dire on dit, nous, pour la planète,
on interdit des pesticides, etc., mais on va continuer de pouvoir les importer
et les manger. Donc on ne règle rien du problème de la planète et en plus on va
créer des dépendances alimentaires. Donc les clauses miroirs, c'est une forme
de bon sens. Donc je crois à fond à cet agenda où il faut davantage protéger
notre Europe. (…)
Je pense que nous, Européens, on est à un moment où on doit devenir une
puissance. Et si on veut devenir une puissance commerciale, eh bien, il faut
apprendre à retrouver la juste valeur de notre marché intérieur. Vendre déjà
sur ce marché de 400 millions d'habitants plutôt aisés à l'échelle de la
planète, ça a beaucoup de valeur. Et pour les autres, accéder à notre marché,
ça doit avoir de la valeur.
> [IA] C'est une des grandes angoisses dans nos
sociétés, ce que vous avez évoqué, c'est-à-dire les métiers qui vont être
transformés. Est-ce que j'ai un avenir ? Est-ce qu'on aura encore une
place ? Ma réponse est oui, et je pense que ça peut être une formidable
opportunité si on s'organise bien. Ce n'est pas un optimisme bête. Je pense que
c'est là, et je pense que la pire des choses, ce serait d'en avoir peur et de
ne pas le saisir. Premier point.
Je dis ça parce que typiquement, quand les robots sont apparus dans l'industrie
dans les années 80-90, en France, on a eu ce débat. Et on a plutôt moins que
les autres pris les robots, beaucoup moins, par exemple, qu'en Italie ou en
Allemagne. On a désindustrialisé beaucoup plus vite. Et donc, on a accru le
problème. Si nous, Européens, on ne se saisit pas de l'intelligence
artificielle en disant : « oh là là, terrible, ça va enlever nos jobs »,
donc si on a peur de la technologie, je pense qu'on sera balayés beaucoup plus
vite par les puissances qui s'en saisiront. Mon premier message, qui n'est pas
un message d'adhésion naïve en aucun cas que ce soit, vous m'entendez depuis
tout à l'heure essayer de vous dire, comment prendre les choses et d'être
plutôt sur un chemin critique, il faut se saisir des innovations
technologiques. Et je pense qu'une des clés, ce sera dans notre rapidité
d'ailleurs à ce qu'on appelle adopter l'intelligence artificielle, c'est-à-dire
la diffuser dans d'autres secteurs de l'économie. Donc ça, c'est une
opportunité, il faut la saisir.
Maintenant, bien le faire, ça va consister à savoir anticiper et accompagner
ces changements. Comme dans toute transition, c'est un peu un modèle
schumpétérien. C'est ce qu'on appelle le mouvement de création destructive. On
va créer de nouveaux secteurs et oui, on va en détruire. La clé, c'est
d'accompagner les personnes dont les emplois peuvent être remplacés ou changés
par l'intelligence artificielle. Et pour ça, c'est un très gros effort de
réapprentissage qu'on doit faire. Donc, il ne faut pas du tout laisser nos
compatriotes qui vont être bousculés dans ces métiers sans solution. Il faut
l'anticiper. Il faut vouloir le faire, il faut dire la vérité, je pense que
c'est fondamental, et il faut accompagner ces personnes en les reformant pour
pouvoir leur permettre de construire un avenir professionnel dans d'autres
secteurs.
Pour se préparer à ça, d'abord, moi, je pense que pour votre génération,
l'éducation est encore plus importante. Et ne pensez pas du tout que parce que
l'IA fait des maths, ce serait intelligent de ne pas faire des maths pour vos
générations ou autres. Je pense que la capacité justement à maîtriser soi-même,
tous ceux qui auront le plus de maîtrise des sciences, de la philosophie, de la
capacité à maîtriser le langage sont celles et ceux qui auront le plus de
capacités à maîtriser l'instrument et justement à faire que l'IA sera aussi à
notre service. Et donc, je ne pense pas du tout que ça rend caduques les
études, au contraire, je pense que ça les rend encore plus importantes et ça
nous met encore plus dans des sociétés où on fera des études tout au long de la
vie. Donc ça, c'est vraiment pour moi un point clé.
Et puis, une autre remarque que je voudrais faire par rapport à ça, c'est que
je crois que ça va revaloriser les métiers de contact, les métiers artistiques,
les métiers du soin, les métiers de relation directe. Parce que dans une
société qui va donner une place plus importante à la technologie, il y a une
singularité de l'humanité qui n'est pas substituable. Et donc, oui, on pourra
avoir des robots pour faire des tâches très pénibles. Et ça, c'est une avancée
sociale. Ça veut dire qu'il n'y aura plus de troubles musculosquelettiques, les
gens feront des choses beaucoup moins dures. Mais un robot ne vous donnera
jamais le regard, la douceur, la tendresse.
Et nous sommes quand même des sociétés, si on regarde notre évolution ces
dernières décennies, qui a sous-valorisé les métiers du soin ou de
l'accompagnement, qui a sous-valorisé les métiers de la transmission, qui a
sous-valorisé des composantes artistiques, la part humaine qu'il y a dans nos
métiers. Et je pense que c'est une opportunité aussi pour lui redonner une
valeur et la rémunérer mieux parce qu'on a des machines qui feront des choses
peut-être plus mécaniques et taylorisables, on aurait dit avant. Donc oui, on
est au début d'une grande réorganisation. Moi, je pense qu'on doit avoir un fil
directeur qui est que cette réorganisation doit être une réhumanisation de nos
sociétés. Et l'intelligence artificielle peut permettre de le faire si on
décide qu'elle ne soit pas dans la main de quelques-uns, qu'on n'en perde pas
le contrôle et qu'on sache retrouver le cœur des valeurs que nous défendons. Et
au fond, quelle est l'aspiration qu'on a dans notre société ? C'est
essayer de vivre en harmonie et heureux. Ce n'est pas d'avoir l'IA qui me
résoudra tel problème qui ne s'est jamais résolu, parce que c'est formidable
pour la connaissance. Ça, ça me fascine, mais la priorité, c'est de vivre plus
harmonieusement et heureux et de rebâtir des équilibres.
Et donc, voyez-le plutôt comme une opportunité, mais en ayant tous ces défis en
tête. On va avoir à s'organiser, anticiper, dire la vérité, former, construire
de nouveaux métiers et peut-être revaloriser l'humain dans nos sociétés, assez
paradoxalement. Tout ça me rend très optimiste. Pour dire d'un mot sur votre
dernière question, je pense que les Européens, vous savez, Milan Kundera avait
une très jolie formule. Il dit : « est européen celui qui a la nostalgie
de l'Europe. » Alors, dans la bouche de celui qui avait connu le rideau de fer
descendant sur l'Europe et la tragédie de l'exil, ça voulait dire beaucoup de
choses, mais on est un peu comme ça collectivement, c'est-à-dire qu'on est ce
vieux continent qui se sous-estime, qui est toujours nostalgique d'une période
d'or, mais on ne se débrouille pas si mal, je vous assure.
Regardez, on est sortis du covid19. Toutes les revues de sciences, ça a été
« gâteau avalé n'a plus de saveur », comme on dit. Mais en sortant du
covid19, il a été montré par toutes les revues scientifiques que les pays
européens sont ceux qui se sont le mieux débrouillés. On est ceux qui ont le
plus protégé, le moins perdu en éducatif, le plus tôt donné le vaccin, etc.
Derrière, on a réussi à émettre de la dette en commun pour relancer nos
économies. L'Espagne en a beaucoup bénéficié. C'est le plan qu'on a bâti dès
juillet 2020, en franco-allemand d'abord puis en compromis européen. Qui aurait
pensé en 2020 qu'on allait faire une dette commune pour relancer en sortie de
covid ? On l'a fait.
Il y a la guerre en Europe qui revient. Ça faisait des décennies qu'on
disait : « il n'y aura plus la guerre sur notre continent. » Elle est là.
En 48 heures, on est du côté de l'Ukraine et on n'a pas bougé depuis 4 ans et
demi. On l'aide. Les Européens, c'est 90 % de l'aide apportée aux Ukrainiens.
On a sanctionné la Russie en 48 heures et on a continué. Donc, on est du côté
du droit international et de notre sécurité. Quand je regarde ça, je me dis
qu'on n'est pas si mauvais que beaucoup disent. Alors oui, on est trop lent,
trop complexe. Donc, qu'est-ce qu'il faut faire ? Je pense à un choc
d'unité, de simplification et de confiance en soi, si vous voulez le fond de ma
pensée et d'investissement dans l'avenir.
Notre Europe, elle a besoin d'investir dans son avenir, sa jeunesse, son
éducation, son innovation, de gérer ses problèmes de modèle social, mais plus
on investit dans sa jeunesse et crée de l'innovation, plus on les réglera parce
qu'on créera de la richesse. Mais voilà, il ne faut pas qu'elle se rétrécisse
sur elle-même. Mais moi, je crois profondément en cela. Et il y a un réveil
européen. Et le moment qu'on est en train de vivre, c'est le réveil, je
l'évoquais tout à l'heure, qui est le réveil de la puissance. C'est-à-dire
notre Europe, elle a d'abord dit : « je vais faire la paix. Ça fait 2 000
ans que je fais des guerres civiles en permanence. » On l'a fait entre Espagne,
France, Allemagne, 2000 ans. On n'avait pas 20 ans sans guerre civile. On dit :
« à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, on va faire la paix. On met ensemble
l'acier et le charbon. On l'utilisait pour faire nos armes. Puis on a fait le
marché. » On a tenu cette promesse, on ne s'est plus fait la guerre. Ce n'est
jamais arrivé.
Deuxième promesse qu'on a faite : le marché unique. On a dit : « on
va se mettre ensemble, on va faire un truc génial. Ça sera génial pour le
consommateur européen, ça va créer de la richesse. On l'a fait. Et on a été à
la hauteur de la promesse. Notre Europe, elle a fait ce marché unique. Elle a
fait ce marché où on voyage librement. Et d'ailleurs, j'en veux pour preuve que
tous ceux qui arrivent en Europe, dans nos pays, avec un programme en
commençant à dire : moi, je vais foutre tout ça en l'air, à l'exception
funeste du Brexit, qui a perdu 8 points de PIB depuis le Brexit.
Le Brexit, c'est le plus grand mensonge des 30 dernières années. Ceux qui
disaient : « on sera plus riches, 8 points de PIB en moins 10 ans plus
tard. On va régler le problème de l'immigration, c'est plus compliqué qu'avant
et on va cartonner en commerce international », c'est pire. Mais à l'exception
de ça, y compris les dirigeants européens qui arrivaient avec des programmes
très nationalistes, très anti-européens, ils ont vu que l'Europe, ça donnait
quand même cette richesse, ils y sont restés.
Après la paix, après la prospérité, notre Europe, elle doit bâtir la puissance
dans cette nouvelle géopolitique, la puissance technologique et économique, et
donc, savoir se protéger, valoriser son marché unique, être aux avant-postes de
ces innovations, La puissance militaire pour protéger ses frontières, et ça
aussi, c'est un acquis des 4-5 dernières années. Il y a 5 ans, on n'avait pas
le droit de parler de pilier européen de l'OTAN. Maintenant, on parle de
défense européenne. Et donc, il faut aller au bout de ce combat. Et donc, si on
arrive à faire ça, je pense, oui, que l'Europe a un avenir formidable. En tout
cas, moi, je crois que c'est la plus belle aventure depuis des siècles et des
siècles, honnêtement.
C'est une utopie qu'on a transformée de l'Europe. On avait toujours rêvé
l'unité de notre continent et, à travers les siècles, on l'avait toujours fait
par l'hégémonie de l'un sur quelques autres, des empires. C'est la première
fois qu'on a créé cette utopie égalitaire et respectueuse où des États,
ensemble, en se respectant les uns les autres, avancent. Et on l'a fait. C'est
un trésor, ne l'oubliez jamais. Vos générations n'ont jamais connu que cette
Europe et votre pays a fêté ses 40 ans d'adhésion, ce qui est formidable. Donc
vous, vous êtes trop jeunes, vous avez toujours vécu dedans. Mais ne pensez pas
que ça a toujours été comme ça.
J'adorerais que vos générations soient des générations d'Européennes et
d'Européens exigeants, voulant qu'on aille plus loin, plus vite, voulant
davantage, mais qui tiennent à cette Europe, qui ne la voient pas comme quelque
chose d'acquis, de vieillot, qui aurait toujours existé, qui serait une idée du
passé. C'est la plus belle des idées qu'on ait faites ensemble. C'est celle par
laquelle, au fond, nous nous sommes relevés de l'effondrement moral de la
Deuxième Guerre mondiale. C'est un trésor. Donc transformez-le, amenez-le plus
loin, mais ne l'abandonnez jamais.
> [Propos lors du Forum économique franco-espagnol]
Je tiens à remercier d'abord le ministère espagnol de l'Economie, du Commerce
et des entreprises, qui nous accueille, l'ICEX et Business France, pour leur
organisation, ainsi que la CEOE, le MEDEF et tous ceux qui se sont mobilisés
pour ces journées. Merci infiniment pour cela. Et c'est vrai que quand on
regarde les chiffres, on pourrait se dire, on n'a pas besoin de faire un tel
forum. Parce que la relation est déjà si forte, elle marche tellement bien sans
nous qu'on pourrait se dire qu'il n'y a pas besoin de cela. Mais je crois, au
contraire, que vivifier en permanence ces liens, montrer de quoi ils procèdent
et avoir une claire stratégie ensemble, en particulier européenne, c'est ce que
vous nous invitez à faire à l'instant, monsieur le vice-président, est
absolument essentiel.
De nombreuses entreprises françaises sont là et ont une présence ancienne en
Espagne. Elles ont trouvé ici un marché dont le dynamisme ne se dément pas avec
les années. Nombre d'entre elles sont d'ailleurs présentes lors de cette visite
d'Etat, Renault, Peugeot, aujourd'hui dans le groupe Stellantis et leurs usines
historiques, de Valladolid et de Vigo, mais aussi Orange, qui vient de réaliser
un important investissement en Espagne, Louis Vuitton, L'Oréal, Carrefour, qui
est là et qui est un grand employeur, Pernod Ricard, Veolia, profondément
implantés dans le tissu économique espagnol. Je pourrais ainsi citer aussi
beaucoup d'autres groupes. La délégation qui nous accompagne a aussi des
entreprises du numérique, de l'intelligence artificielle, du quantique, du
spatial, ainsi que des institutions de recherche qui vont signer des accords
approfondissant nos coopérations.
En effet, lorsque j'étais là en 2023, j'indiquais que le total de nos échanges
avoisinait les 80 milliards d'euros. 3 ans plus tard, il dépasse les 90
milliards d'euros. Donc la dynamique propre est très forte. Vous l'avez
rappelé, la France est le 1er client et le 3e fournisseur de l'Espagne. Elle
est aussi le 1er employeur étranger en Espagne avec près d'un demi-million
d'emplois dans 4 000 filiales. C'est une chance, et nous voulons continuer à
développer cette relation. Donc, pour nos entreprises de tous les secteurs, y
compris les plus émergents, pouvoir investir davantage et venir bâtir des
relations nouvelles. Nous voulons aussi que les entreprises et les
investisseurs espagnols viennent davantage en France. C'est l'objet du Choose
France que nous avons chaque année. Nous aurons à nouveau une session le 18
janvier prochain. La France qui a su bâtir à la fois un modèle de
diversification économique, une attractivité liée à son modèle énergétique, de
ce côté des Pyrénées reposant davantage sur les renouvelables, de notre côté
des Pyrénées reposant davantage sur le nucléaire, mais avec une vraie
complémentarité. Donc, je veux ici insister sur l'attractivité française et la
volonté que nous avons aussi d'accueillir davantage d'entreprises et
d'investisseurs espagnols dans notre pays.
Maintenant, qu'est-ce que nous pouvons faire de plus ? Je crois que vous
avez parfaitement posé la question. C'est que nous avons besoin, ensemble, en
Européen, d'avoir une approche beaucoup plus volontariste pour que nos
entreprises réussissent bien mieux et que les investissements se poursuivent à
Madrid comme à Paris et dans l'ensemble de nos régions. Je crois que,
maintenant que je me suis satisfait des très bons chiffres économiques entre
nos deux pays, qui sont une réalité, de la vitalité de la relation bilatérale,
nous ne pouvons pas mésestimer que notre Europe est en train de traverser une
crise très profonde et que nous ne sommes pas passifs face à cette crise et
qu'il y a, je crois, de vrais changements à opérer. Il y a une crise qui vient,
je dirais, de loin. Elle a été maintenant parfaitement documentée ces dernières
années par des rapports successifs. On a un problème de compétitivité et
d'innovation. Les rapports Letta, Draghi l'ont très bien dit. Tout ça, au fond,
s'est aggravé après la crise financière, que nous avons sans doute moins bien
réglé que les Américains. Je considère qu'on a bien réglé la crise Covid, mieux
que beaucoup, qu'on s'est trop divisé au moment de la crise financière et qu'on
a, du coup, sous-investi collectivement.
Mais quand on regarde les chiffres, ils sont assez cruels. Depuis le début de
ce millénaire, les Européens ont décroché en termes de création de richesses
par habitant. Et donc, si on prend le produit intérieur brut par habitant, en
effet, il a crû deux fois moins vite qu'aux Etats-Unis. Et nous avons un modèle
social beaucoup plus généreux, et donc, on voit bien que ce n'est pas une
situation soutenable. Donc, on a un premier problème, qui est ce manque de
création de richesses qui est largement dû, à plus des deux tiers, à un manque
d'innovation de nos modèles. On a moins investi en public et privé dans
l'innovation que nos alliés américains.
La deuxième chose, c'est qu'à ça s'est ajoutée une crise énergétique. Elle a
commencé en 2022, mais l'Europe avait une compétitivité qui reposait beaucoup
sur, pour moins cette région de l'Europe que d'autres, le gaz russe peu cher,
mais ce qui a créé une crise dans tout le continent. Aujourd'hui, on voit cette
crise, si je puis dire, sous une nouvelle forme, enfin, une nouvelle crise
énergétique. C'est que nous avons coupé cet approvisionnement qui était clé
pour notre compétitivité industrielle avec la guerre d'agression russe en
Ukraine. Donc, plus ce gaz peu cher qui irriguait, si je puis dire, l'Europe
lotharingienne, qui était aussi un cœur productif et qui tirait le reste de nos
économies. On a aujourd'hui une vraie dépendance à des énergies fossiles. On le
voit bien avec ce qui se passe à Ormuz, qui pose problème à nos modèles. Même
des pays qui ont beaucoup décarboné, comme l'Espagne ou la France, chacun avec
leur chemin, on a encore ces dépendances qui existent et l'Europe, en tant que
telle, a des vraies dépendances. Ce qui fait que si nous voulons à la fois être
plus souverains, compétitifs et tenir nos objectifs de décarbonation, nous
avons un gros problème énergétique. Ceci est lié aussi au fait que l'Europe ne
s'est pas construite sur l'énergie, qui faisait partie des rares secteurs qui
étaient à part du marché unique.
Et puis, le 3e problème, c'est qu'on a eu une accélération et une brutalisation
du monde économique et des relations économiques internationales, et qu'il y a
eu une transformation qu'on n'a pas voulu voir ces dernières années, qui a été
la Chine. Je le dis ici parce que c'est peut-être un sujet sur lequel, en tout
cas, les gouvernements espagnols et français sont moins alignés. J'en parlerai
tout à l'heure avec le président du gouvernement, et on va avancer ensemble.
Mais je crois très profondément que nous avons trop tardé collectivement à voir
ce qu'était le phénomène chinois sur l'Europe. Dès l'après-Covid, la Chine a
réinvesti massivement sur sa production, et les chiffres sont très clairs. Dans
des domaines qui étaient notre force, elle a complètement envahi le marché
européen.
Pendant des décennies, on s'était dit, formidable, la Chine, c'est un grand
marché pour nous, Européens, on a besoin de la Chine. C'est vrai, on a fait
beaucoup de transferts, on a beaucoup vendu, on continue un peu. Mais on n'a
pas voulu se réveiller assez tôt et voir que la Chine, certes, réussissait
formidablement, avait investi, avait réussi dans la décarbonation beaucoup plus
vite et mieux que nous, dans les industries, en tout cas, de green tech,
que la Chine allait très vite et qu'elle avait aujourd'hui des technologies sur
lesquelles elle avait quasiment l'intégralité du marché mondial, parfois parce
que les acteurs chinois sont meilleurs que nous. Mais enfin, on a voulu nier
aussi une réalité, c'est qu'elle subventionne ses entreprises 8 fois plus que
la moyenne de l'OCDE et qu'elle arrive sur le marché européen avec des prix
cassés, qu'elle pratique massivement le dumping juste pour tuer les
acteurs d'un secteur et récupérer tout le secteur. C'était un gros mot, il y a
3 ans. On fait partie des rares pays qui ont défendu, poussé la Commission à
protéger les véhicules électriques. Bien nous en a pris, on les a sauvés. Mais
regardez ce qui s'est passé sur la machine-outil, sur l'automobile et plus
encore sur la chimie avant. Ce qui était des forces européennes et qui tiraient
notre capacité industrielle et d'innovation est dans une situation dramatique.
Nous avons encore des débats pour savoir si c'est bon, si c'est pas bon. Alors,
il y a eu des débats très longtemps avec des entreprises qui disaient qu'on a
encore beaucoup de marché. Chaque jour, aujourd'hui, au moment où nous nous
parlons, nous avons, nous, Européens, 1 milliard d'euros de déficit commercial
avec la Chine. Chaque jour, 1 milliard d'euros.
Ne vous posez pas la question trop longtemps. On peut décider d'avoir des longs
débats pendant des mois. Ce chiffre augmente chaque mois, il continuera
d'augmenter et il signera la désindustrialisation européenne. Du coup,
aujourd'hui, on a un énorme problème qui s'ajoute aux 2 qu'on avait déjà, c'est
cette dépendance qu'on est en train de créer à l'égard de la Chine par une
désindustrialisation liée à notre naïveté. Donc problème d'innovation et
dépendance à l'égard du fournisseur américain, problème d'énergie liée à notre
modèle, problème d'accélération et de total changement de la relation avec la
Chine.
Face à ça, la réaction doit être européenne. Là, on doit réussir à se
réaligner. La seule réponse peut être européenne. La première, donc, c'est
l'innovation. Il faut une politique beaucoup plus volontariste dans des
secteurs clés, l'IA, le quantique, les green tech, le spatial, les
secteurs aussi duaux, et donc la défense et la sécurité sont clés. C'est les
secteurs qui vont tirer notre économie pour eux-mêmes, d'une part, mais aussi
en tant qu'ils irriguent et améliorent la productivité des autres. Ils vont
permettre, dans des domaines où nous sommes déjà très bons, de la grande
distribution au secteur des utilities, en passant par le secteur
financier ou autre, aussi de transformer notre productivité et d'être plus
efficaces.
Donc, face à ça, on doit avoir une politique européenne, d'abord de
construction de centres de données, elle est fondamentale, si on veut avoir des
capacités de calcul européennes, c'est clé, de formation de talents et de
développement, justement, de modèles, donc on doit rester dans la course des
modèles frontières, de capacité à développer tout un écosystème qui est lié à
celui-ci, et d'avoir une vraie stratégie d'adoption de l'intelligence
artificielle. On en parle insuffisamment, mais c'est clé pour pouvoir agir dans
les grands secteurs économiques et pouvoir avoir une productivité européenne
qui s'améliore. Dans ces domaines, on doit avoir une approche européenne qui
consiste à simplifier, à intégrer bien davantage et à avoir le plus vite
possible et le plus fortement possible un marché unique. Donc, une vraie
stratégie d'innovation est fondamentale en la matière.
Deuxième chose, avec cette stratégie d'innovation et d'adoption de
l'innovation, c'est évidemment la simplification. Si on veut réussir à réduire
nos dépendances à l'égard des Américains et des Chinois, à permettre à nos
acteurs industriels d'être dans la course, on a besoin d'une Europe qui aille
plus vite et donc qui ait des règles beaucoup plus simples. C'est vrai que, ces
dernières décennies, on a empilé les règles, ce qui a créé des contraintes, on
a mis des poids aux pieds de nos acteurs, indépendamment des difficultés qu'on
avait. Donc, ce qu'on a commencé à faire avec nos fameux omnibus de
simplification est fondamental, il faut l'accélérer, mais la simplification est
clé. Avec cette simplification, l'approfondissement du marché unique. C'est
pour ça qu'on défend le 28e régime. C'est très bien, ça va être un vrai
changement. Mais partout, dans tous les secteurs, c'est d'approfondir ces
simplifications par la possibilité qui doit vous être offerte quand vous créez
une entreprise ou vous la développez dans un pays, de traiter des autres pays
comme des pays natifs, de se dire le marché domestique d'une entreprise
espagnole, ça doit être le marché européen nativement, comme une entreprise du
Kentucky, son marché domestique nativement, c'est les Etats-Unis, pas le
Kentucky. Sinon, on ne tire pas les bénéfices de ce qu'est la force de ce
marché unique. Donc, cet agenda de simplification, il est absolument
fondamental, et il doit être fondamental pour accélérer dans des domaines comme
tous ceux que j'évoquais d'innovation.
Il est aussi clé dans l'énergie. Et permettez-moi ce petit mot pour dire que,
si on veut réussir à traiter le problème que j'évoquais comme l'un des 3
grandes difficultés contemporaines, on doit aller vers un marché européen au
moins de l'électricité. On a des modèles très différents, mais on a besoin, si
on veut réussir, de 2 choses. La première, c'est la neutralité technologique et
la deuxième, c'est l'interconnexion électrique. Et ça doit se penser à
l'échelle de l'Europe, parce qu'on voit bien parfois même les difficultés avec
la meilleure bonne volonté qu'on a entre nous. On a réussi à améliorer sur le
golfe de Gascogne, sur BarMar, avec ce qu'on a fait ces dernières années, mais
c'est parfois très dur de mettre nos acteurs d'accord pour savoir qui paye
quoi, parce que, si on ne le regarde qu'aux bornes de l'Espagne et de la
France, ces projets, parfois, n'ont pas beaucoup de sens. Et surtout, le
rendement économique n'a pas de sens. On ne peut pas payer chacun 50-50. Ça a
du sens à l'échelle de l'Europe. Et donc, notre Europe doit être neutre
technologiquement. On doit produire en Europe des électrons décarbonés les
moins chers possibles. C'est ça, notre but. Et je me fiche de savoir s'il vient
du solaire espagnol, de l'éolien en mer baltique ou du nucléaire français. Et
une entreprise partout en Europe doit pouvoir signer des contrats les plus
stables possibles et les moins chers possibles. Et donc, on doit créer la libre
circulation de l'électron décarboné en Europe. On a su le faire dans plein d'autres
secteurs. Donc, pour ça, neutralité technologique, arrêtons de s'embêter avec
des règles impossibles pour savoir si ça vient du nucléaire, si ça vient du
renouvelable de ceci ou cela. Si c'est bas carbone et produit chez nous, c'est
mieux que si ça a beaucoup de carbone et encore plus que si on l'importe. Et la
2e chose, c'est un vrai grid européen qui permettra cette circulation. Ça,
c'est clé et je pense qu'on peut être alignés là-dessus. C'est fondamental sur
la simplification et pour traiter le problème de l'énergie.
Le troisième élément, c'est le financement. Si on veut réussir cet agenda, et
vous l'avez évoqué, on est très alignés sur le budget entre Espagne et France.
Il faut beaucoup plus de financement public et privé. On a besoin d'un budget
européen ambitieux. Aujourd'hui, on voit des pays qui s'expriment pour dire pas
trop de budget, pas ceci, pas cela. La réalité, c'est que ça fait maintenant 15
ans qu'on double la taille de nos budgets, mais on les double par le côté. Pour
le budget européen sous le président Juncker, on a fait à côté le plan Juncker,
on double la taille du budget avec des prêts. Il y avait déjà quelque chose qui
n'allait pas. Pendant le Covid, accord franco-allemand d'abord, puis accord
européen en juillet 2020, on double la taille du budget. Et ça a été très
utile. L'Espagne est un des grands bénéficiaires de ce plan, et je m'en
félicite, et c'est très bien, parce que ça tire aussi l'économie du continent,
mais ça a été très important pour l'Espagne. Aurions-nous eu en 2020 le même
budget que d'habitude, REPowerEU n'existait pas. Je vous laisse imaginer pour
vos entreprises ce que c'était en moins ici. Donc là, face à cette triple crise
que j'évoquais, dans un monde de bascule où il faut accélérer et être dans la
partie, si on a un budget qui revient à la taille historique, on est dans la
compétition.
Donc on doit défendre un budget européen bien plus fort, qui permet aussi
d'avoir des vraies politiques européennes, et en particulier d'avoir ce fonds
de compétitivité qui, dans les domaines clés, va permettre de financer de
l'innovation, de financer des technologies de rupture, mais doit aussi
permettre d'avoir des stratégies d'achat européennes. Parce qu'un des points où
nous avons beaucoup moins de capacités d'entraînement que les Américains, c'est
quand il y a des innovations, il y a de l'achat public massif américain. Nous,
Européens, on ne le fait quasiment pas. Et donc on doit avoir cette capacité
d'achat et donc ce budget. Et à côté de ça, il faut aussi un financement privé,
beaucoup plus important. Nous, Européens, nous avons plus d'épargne que les
Américains. Cette épargne va dans nos banques et nos assurances. Comme nous
avons construit des règles extrêmement restrictives après une crise financière
qui venait des acteurs de marché américains, on a surrégulé nos banques et nos
assurances. Ce qui fait que ces acteurs qui représentent 75 % du financement de
nos économies n'ont plus le droit d'investir dans l'equity et
l'innovation. Vous cherchez le problème. Je dois dire que je ne suis pas arrivé
hier au Conseil européen, ça fait 9 ans que je le dis, j'ai un succès d'estime.
Parce que personne ne veut prendre le risque, il y a toujours des corps
techniques, etc., qui disent malheureux, on ne va pas recréer du risque, etc.
Sans recréer le risque, regardons comment ça se passe ailleurs, il faut
resynchroniser notre Europe. Je pousse encore pour que sur Bâle et Solvency, on
allège un peu ces règles pour remettre de l'argent. Du coup, qu'est-ce qu'on
doit faire à court terme ? Un grand plan de titrisation, c'est ce qu'on
défend. Et ce plan de titrisation, ça consiste à sortir une partie de cette
épargne du ventre des banques et des assurances pour les replonger dans le
financement de fonds propres européens dont on a besoin. On l'a fait en France
ces dernières années, ça a très bien marché, c'est ça qu'on doit pousser en
Europe et on doit le finaliser d'ici la fin d'année. Et puis l'autre chose,
c'est d'avoir ce vrai marché unifié des capitaux, de l'épargne et des
financements, qui doit nous permettre d'avoir vraiment une plus grande
intégration et une plus grande efficacité de ce système. Ça, c'est clé. Mais si
on n'a pas plus d'investissements publics et d'investissements privés sur nos
secteurs d'innovation, la transformation de nos économies, on perdra cette
bataille.
Et puis le dernier point, c'est la réponse à la Chine, la réponse commerciale.
Et là-dessus, il y a un double moteur. Il y en a un où on va être d'accord,
l'autre où on n'est aujourd'hui pas toujours d'accord. Il y en a un, c'est la
diversification. C'est très important. Moi, je crois à la diversification
juste, c'est-à-dire la diversification avec des clauses miroirs, pas la
diversification pour se faire tailler des croupières. Mais diversification pour
dire qu'on était très dépendants de quelques marchés. Le continent
nord-américain et la Chine protègent beaucoup plus leurs marchés, ont
diversifié avec d'autres économies émergentes. C'est une très bonne chose,
c'est bon pour l'Europe. Mais ce n’est pas suffisant. Et tous ceux qui pensent
qu'on va se mettre à vendre massivement des voitures au Brésil grâce au
Mercosur, là où les Chinois ont déjà une part de marché dominante et que sur
notre marché domestique, ils nous taillent des croupières, bon courage. Ou
alors il se passe un truc au Brésil que je n’ai pas compris. Ça n'arrivera pas.
On a déjà deux métros de retard.
Donc la clé, c'est de revaloriser le marché européen et de construire notre
croissance aussi sur notre capacité à tenir notre marché et pas être que des
exportateurs hors du marché européen.
C'est un marché de 400 millions de consommateurs extrêmement riche. Mais ne le
cédons pas au reste du monde. On a un besoin de protection. Gros mot dans la
doxa européenne, fondamental si on ne veut pas mourir. Et ce n’est pas du
protectionnisme. Le protectionnisme, c'est mettre des barrières pour protéger
des gens inefficaces. La protection, c'est mettre des barrières pour restaurer
la juste concurrence. Je crois dans la concurrence, le commerce libre et
équitable, mais quand vous avez une entreprise chinoise qui arrive sur le
marché européen et qui est huit fois plus subventionnée que son concurrent
espagnol ou français, l'acteur européen n'a aucune chance de survivre. Il est
balayé. C'est exactement ce qui se passe.
Quand vous avez une entreprise d'un autre continent qui arrive sur notre marché
et qui a le droit d'utiliser des molécules qu'on a interdites à nos acteurs
européens, comment voulez-vous qu'on gagne ? C'est exactement ce qu'on a
fait sur plein de secteurs. C'est pour ça qu'on défend les clauses miroirs.
Nous avons sacrifié nos producteurs au bénéfice de la réduction des coûts pour
les consommateurs. Cette stratégie a marché pendant des décennies quand il
fallait faire un marché unique. Elle est en train de tomber, sinon on deviendra
un continent de consommateurs de plus en plus vieux, mais avec de moins en
moins de salariés, de moins en moins de producteurs. Je ne souhaite pas cet
avenir, je ne le veux pas, et je pense clairement qu'on peut l'arrêter.
Il faut pour ça innover, simplifier, financer, mais aussi protéger. Cette
protection, il faut l'accélérer, parce que l'attaque chinoise est en train
d'accélérer. Pour ça, des clauses de sauvegarde. Il faut défendre, comme on le
fait dans l'acte, justement, sur l'accélérateur industriel, un contenu
européen, et il faut assumer que dans certains secteurs, on doit avoir un
pourcentage de production faite en Europe. Sinon, on n'a aucune chance.
Vous avez des acteurs formidables qui refont, par exemple, des terres rares,
des minerais critiques dont on a besoin dans l'industrie en Europe. On en a en
France, on en a en Espagne. Si nos producteurs industriels, par exemple ceux
qui font des voitures, vont continuer d'acheter pour des raisons de soi-disant
compétitivité, les mêmes minerais critiques ou terres rares en Chine, on n'a
aucune chance d'émerger avec notre autonomie stratégique. Vous voyez bien que
pour faire ça, il faut protéger et donc réussir, quand il y a des attaques, à
avoir des clauses de sauvegarde, ce qu'on a fait sur l'acier, ce qu'on fait sur
d'autres points.
Réussir à imposer des enquêtes beaucoup plus rapides de la Commission et à
moderniser les instruments de protection commerciale, et il faut défendre un
contenu européen. Et ce n'est pas un gros mot. Le continent nord-américain le
fait. Quand vous êtes entre le Mexique, le Canada et les Etats-Unis, depuis des
décennies, ils défendent l'idée d'un contenu NAFTA ou ALENA. Et donc s'il n'y a
pas ce contenu-là, vous n'êtes pas éligibles aux aides ou vous n'êtes pas
reconnus comme étant parti de ce marché. Nous avons besoin de faire un peu ce
changement de doctrine, sinon on va continuer de se désindustrialiser. Et tout
ça pour pouvoir permettre d'abord de réindustrialiser notre continent et
d'avancer, mais surtout de renforcer notre autonomie stratégique. Car si, à la
fin, nous sommes les consommateurs des technologies des uns ou des terres
rares, des minerais critiques ou de l'industrie des autres, on pourra légiférer
à bon droit en Europe sur beaucoup de secteurs, nous légiférerons sur des
choses que nous n'avons plus dans les mains.
Moi, je crois à l'indépendance de l'Europe, à sa possibilité de choisir son
avenir, pour nous, pour nos enfants, si on veut préserver cela. On a absolument
besoin d'innover, de financer, de simplifier et de protéger. Cette stratégie
est clé au niveau européen, avec une finalité, l'indépendance et l'autonomie
stratégique en matière d'innovation, de technologie, d'industrie, de défense et
de sécurité. Sur ce point aussi, je pense qu'il y a énormément de coopérations
nouvelles qu'on peut bâtir entre nos deux pays, sur le spatial, sur la défense,
dans les entreprises duales, qui sont clés pour renforcer cette autonomie
stratégique européenne, c'est-à-dire produire sur le sol espagnol, sur le sol
français, au service des acteurs européens, plutôt qu'importer ce qui est fait
à l'autre bout du monde.
Je vais m'arrêter là. En tout cas, je vous remercie infiniment pour votre
invitation. Je vous souhaite de très bons travaux aujourd'hui. J'ai vu les
thèmes de vos travaux qui me semblent être parfaitement en lien avec ce que je
viens d'évoquer, compétitivité, autonomie stratégique, souveraineté
industrielle et technologique. Tout ça suppose un goût du risque et, pour nous,
d'aller très vite sur l'agenda que je viens d'évoquer. En tout cas, Votre
Majesté, merci infiniment pour cette visite d'Etat et pour l'honneur qu'il nous
a fait de pouvoir ouvrir ensemble le forum du jour. Et je vous souhaite à
toutes et tous d'excellents travaux. Merci beaucoup.
► Sébastien Lecornu (Premier ministre)
[Nota: Nous faisons figurer Sébastien Lecornu dans cette liste alors qu’il
n’est pas centriste mais appartient à l’aile droite de Renaissance, parti
centriste/central et qu’il s’est toujours défini comme un homme de droite;
c’est à ce titre que ses propos sont retranscrits ici et du fait qu’il a
composé un gouvernement d’axe central.]
> Beaucoup de commentaires et d’analyses approximatives ce matin sur le
projet de budget. La situation de nos finances publiques et la pression des
marchés nous imposent d’être rigoureux et transparents. Alors soyons précis.
Oui, nous faisons le choix de la stabilité fiscale : nous n’augmenterons pas
les impôts. Le barème de l’impôt sur le revenu ne sera pas gelé. Les niches
fiscales les plus importantes sont sanctuarisées. Oui, l’État commencera par
lui-même : ses dépenses progresseront moins vite que l’inflation. Pour la
première fois depuis quatre ans, la dépense publique reculera par rapport à la
richesse produite par le pays. Oui, nous préservons notre modèle social : les
dépenses de la Sécurité sociale continueront d’augmenter, notamment pour notre
santé et pour faire face au vieillissement de la population. Mais nous en
maîtrisons la progression. Et non, la hausse des prélèvements obligatoires
n’est pas synonyme d’une hausse générale des impôts. Quand l’économie
progresse, les salaires, la consommation et les bénéfices progressent : à
fiscalité inchangée, les recettes augmentent aussi. Nous assumons également des
choix ciblés contre la fraude, les rentes et l’optimisation fiscale. Au total :
54 milliards d’euros d’effort pour ramener le déficit à 4,8 %. En y ajoutant le
nouvel effort pour notre défense, le déficit sera ramené à 5 %. Une seule
boussole : faire des efforts aujourd’hui pour éviter d’avoir à faire des
sacrifices demain. C’est le projet que nous soumettons au Parlement. Il lui
appartient désormais de le débattre, de l’amender et de le faire évoluer. Le
Gouvernement sera disponible pour construire les compromis nécessaires et
donner un budget à la France.
► Gouvernement
● Ministres centristes/centraux
Roland Lescure (ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté
industrielle, énergétique et numérique)
> [Budget 2027] Nous présentons le projet de budget pour 2027 au terme d’une
année difficile, marquée par une multiplication des chocs au niveau national et
international : conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, canicules et
sécheresses, mais aussi incertitudes associées à la loi spéciale en début
d’année. Ces tensions ont freiné notre croissance et conduit à une hausse de
l’inflation et des taux d’intérêt. C’est dans ce contexte complexe que la
croissance française a été révisée à 0,5 % en 2026. Ces chocs ont eu un effet
sur notre déficit, qui devrait atteindre 5,4 % du PIB cette année. En 2027,
nous reprenons le chemin de la consolidation budgétaire. Nous proposons un
effort très significatif : 43 Md€ de mesures nouvelles, pour un effort total de
redressement des comptes de 54 Md€. Les dépenses publiques reculeront à 56,9 %
du PIB, sous leur niveau de 2017. Cette trajectoire repose sur une prévision de
croissance de 1,0 %. Celle-ci est fondée sur l’hypothèse d’une amélioration
progressive de la situation internationale et d’une maîtrise de nos finances publiques,
qui conforte la confiance des ménages et des entreprises, et sauvegarde ainsi
la consommation et l’investissement. Ce budget préservera notre potentiel de
croissance. Nous maintenons notre stratégie de politique économique, résolument
tournée vers l’avenir, l’innovation et la transition écologique. Nous proposons
un pacte de stabilité qui donne de la visibilité aux entreprises : le crédit
d’impôt recherche, le pacte Dutreil et le soutien à l’apprentissage sont
préservés, la surtaxe d’impôt sur les sociétés est réduite. Nous poursuivons
notre soutien à l’innovation et à l’investissement, avec l’extension du crédit
d’impôt industries vertes et un suramortissement pour la robotisation. Nous
poursuivons l’électrification massive de notre économie et lançons le chantier
du nouveau nucléaire pour conserver notre avantage compétitif et renforcer
notre indépendance énergétique. Ces investissements nous rendront demain moins
vulnérables aux crises. Enfin, nous protégeons les plus modestes en évitant
toute hausse généralisée d’impôts et en indexant le barème de l’impôt sur le revenu
sur l’inflation. Ces efforts pour préserver nos marges de manœuvre et la soutenabilité
de notre modèle social sont nécessaires. Notre responsabilité collective est de
trouver un chemin vers un budget responsable et de compromis, pour améliorer
nos comptes publics et poursuivre la modernisation de notre économie. Réduire
le déficit et préserver la croissance, nous pouvons y parvenir. D’autres pays
l’ont fait avant nous. Nous avons le choix.
> Nous avons présenté aujourd’hui le budget 2027 au
terme d’une année difficile.
La loi spéciale en début d’année puis les conflits géopolitiques mais aussi les
canicules à répétition de l'été et la sécheresse ont abîmé l’élan de notre
croissance.
Les résultats nous les connaissons et les vivons : hausse de l’inflation et des
taux d'intérêt ont amené à une révision de notre croissance à 0,5 % en
2026.
Ces chocs multiples ont aussi eu un effet sur notre déficit, qui devrait
atteindre 5,4 % du PIB cette année.
Pour 2027, le Gouvernement a construit un budget sérieux, réaliste et
responsable.
Il se fonde sur une prévision de croissance étayée de 1 % et un objectif de
déficit maîtrisé à 5 % du PIB.
Je ne transigerai pas avec ce cap.
Nous faisons ainsi un effort de 54 milliards d’euros dont 43 milliards d’euros
de mesures nouvelles afin de consolider nos comptes publics et retrouver des
marges de manœuvre.
Cet effort sera partagé, avec une réduction ciblée des dépenses publiques, qui
passeront sous leur niveau de 2017 à 56,9 % du PIB.
Mais le sérieux ne signifie pas l’immobilisme.
Nous continuons d’investir dans l’avenir :
- Innovation et compétitivité : maintien du crédit d’impôt recherche, du pacte
Dutreil, et réduction de la surtaxe sur les sociétés.
- Transition écologique : extension du crédit d’impôt pour les industries
vertes et accélération de l’électrification, notamment avec le chantier du
nouveau nucléaire.
- Protection des plus modestes : indexation du barème fiscal, du minimum
vieillesse, du RSA.
Réduire le déficit tout en préservant la croissance, voilà ce qui guide notre
budget 2027.
Nous avons le choix, et nous avons les moyens. La responsabilité collective est
plus que jamais nécessaire.
> [Blocage des lycées] Le Gouvernement, d'abord,
écoute les revendications. Sans doute certaines sont légitimes. Le ministre de
l'Education reçoit aujourd'hui les représentants des lycéens. Et puis le
Gouvernement va être extrêmement ferme sur les violences, parce que vous ne
pouvez pas, d'un côté, dire, mon lycée n'est pas au niveau et de l'autre dire,
c'est en brûlant qu'on va régler le problème. Donc, je pense qu'il y a deux
composantes à ce mouvement : il y a des inquiétudes des lycéens qu'il faut
écouter, et puis il y a aussi de l'agitation, sans doute en grande partie
nourrie de l'extérieur, qu'il faut réprimer parce que c'est absolument inacceptable.
(…)
Le trotskisme, c'est un métier. Ça fait des années que Jean-Luc Mélenchon le
pratique. On a vu les élus sur les manifs, nourrir, dire pour certains même que
la violence était légitime. Ce sont des gens qui aspirent à gouverner la
France. Donc je ne dis pas que ça explique tout, mais au minimum, on souffle
sur les braises. Peut-être même qu'on a tendance à pousser un peu au crime, si
je puis dire. Et c'est malheureux parce que, au fond, les responsables
politiques aujourd'hui, dans des moments difficiles — on est face à une crise
internationale, on a des enjeux de pouvoir d'achat, on a des enjeux de budget,
on va sans doute en parler —, arriver en soufflant sur les braises et en
poussant à la violence, c'est absolument inacceptable. Ça n'empêche qu'il faut écouter
les lycéens. Vous savez que le budget de l'Education nationale, c'est celui qui
augmente le plus après la défense : 3 000 recrutements, 1,100 milliards... Donc
on est vraiment dans une logique où évidemment on accompagne la jeunesse.
> Ce dont je suis convaincu, en revanche, c'est que Jean-Luc Mélenchon ne veut pas être président de la République. D'ailleurs, il serait sans doute incapable de l'être. Il est en train de s'organiser pour être le premier opposant à Marine Le Pen présidente. Je ne veux ni de l'un ni de l'autre. Mais on voit bien aujourd'hui que dans sa manière de diviser, de pousser, d'instrumentaliser, au fond, il est en train de générer du chaos et peut-être aussi de générer des solutions qui pourraient donner l'impression qu'il n'y en aura pas.
> [Budget 2027] Il fallait mettre une copie de
départ. La barre très haute : vous savez qu'on a 54 milliards d'efforts sur ce
budget et la mesure qu'on a mise en place dans le budget, c'est 5,5 milliards
pour les retraités. Les retraités, c'est 25% de la population, et en
l'occurrence, ce serait 10% de l'effort. Moi, je comprends les inquiétudes des
uns et des autres. Et c'est bien pour ça, d'ailleurs, qu'on préserve les
petites retraites, pour s'assurer évidemment que les petites retraites soient
préservées. Pour le reste, la négociation va s'ouvrir. (…)
Je veux quand même alerter tout le monde. On est dans une France qui a une
signature solide, qui émet encore des obligations, qui est capable, j'allais
dire, de gérer ses fins de mois. Les pays qui n'ont pas fait les efforts, on
les a vus : la Grèce, l'Italie, l'Espagne. Les retraites, elles ont baissé chez
eux. Moi, c'est ce que je veux éviter. Je veux préserver les retraites et
demander des efforts justes à tout le monde, y compris aux retraités qui
peuvent le faire.
> Les prophètes de malheur, je ne les écoute pas. Hier, on a émis douze milliards d'euros sur les marchés. C'est passé comme une lettre à la poste. On émet très bien, mais à des taux très hauts. Et donc c'est pour cela qu'il faut adopter un budget pour que les taux baissent. Parce que les taux, c'est nos découverts, nos crédits immobiliers qui montent et évidemment, mes crédits, à moi, qui montent. Et ça, il faut l'éviter.
Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et des Affaires
étrangères)
> Ce mercredi une tragédie a été évitée de justesse lors d'un vol commercial
reliant Dubaï à Tel-Aviv. Je salue le courage et le sang-froid du pilote et des
passagers dont l'action héroïque a permis de sauver 180 vies humaines.
L'enquête à venir doit permettre de faire toute la lumière sur cet incident
gravissime et sur les motivations de l'assaillant.
Stéphanie Rist (ministre de la Santé, des Familles, de
l’Autonomie et des Personnes handicapées)
> [Loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles / Intervention à
l’Assemblée] Pour vaincre le poison des violences sexistes et sexuelles, nous
avons besoin d’une chaîne de protection qui fonctionne, qui repère mieux les
violences, mette les personnes en sécurité et assure les soins qui leur sont
nécessaires. Sans jamais laisser une victime seule, il faut l’écouter et la
croire.
Aujourd’hui, alors que cette chaîne se rompt encore trop souvent, chaque
maillon qui cède est une victime que nous laissons en chemin. Pour restaurer
cette chaîne, il nous faut développer une responsabilité collective, dont la
puissance publique se porte garante. Nous le devons à celles et ceux qui ont
subi des violences.
C’est le chemin que nous avons emprunté depuis 2017. Nous avons d’abord connu
un temps de libération de la parole, qui a rendu visible une réalité
vertigineuse : 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles
chaque année, soit un enfant toutes les trois minutes.
Face à ces vies abîmées et ces silences imposés, nous avons souhaité structurer
notre réponse. Alors qu’il y a dix ans, il n’y avait pas d’unité d’accueil
pédiatrique des enfants en danger (Uaped) pour accueillir la parole de
l’enfant, elles sont désormais au nombre de 154, couvrant l’ensemble du
territoire. Alors qu’à la même époque, il n’y avait pas de maison des
femmes-santé permettant un accueil et une prise en charge globale des femmes
victimes de violences, on en compte actuellement 120 et nous avons publié
aujourd’hui même le décret qui ancre leurs missions au sein des établissements
de santé, dans tous les départements.
Tandis qu’il y a dix ans, il fallait passer par le commissariat pour déposer
plainte, il est désormais possible de le faire dans les trois quarts des
établissements de santé. Alors qu’il y a dix ans, il n’y avait pas de parcours
structuré pour les enfants et jeunes majeurs suivis par l’aide sociale à
l’enfance (ASE), nous venons de créer le parcours coordonné renforcé pour leur
offrir ce à quoi ils ont droit : un bilan, des soins et un suivi coordonné
dans la durée, et nous soutenons fortement le déploiement des centres d’appui à
l’enfance Asterya.
Tout cela n’est pas suffisant pour prendre en charge les soins des femmes et
enfants victimes de violences sexistes et sexuelles. C’est pourquoi le
gouvernement partage pleinement l’ambition de cette proposition de loi
d’apporter une réponse plus forte et plus efficace à ces violences.
Je soutiens tout particulièrement les mesures relatives au champ sanitaire et à
l’engagement des professionnels de santé dans l’accompagnement des victimes. Du
fait du rôle éminent qu’ils jouent, ils doivent être exemplaires. Si les lieux
du soin – cabinet du médecin, urgences, maternité, service
de pédiatrie – sont souvent les premiers où la violence se révèle, ils
doivent devenir les lieux où elle est arrêtée. Cela suppose de lever les
derniers freins au signalement par les soignants, de former dans le cadre de sa
formation initiale chaque professionnel de santé au repérage des violences et,
enfin, de renforcer partout la prise en charge du psychotraumatisme.
Je le dis avec la plus grande fermeté : un soignant qui abuse d’un patient
trahit sa mission et n’a plus sa place dans le soin. C’est pourquoi nous
inscrivons dans le projet de loi relatif à la protection des enfants un
contrôle d’honorabilité et une interdiction d’exercer.
Mais – c’est le message que je veux vous adresser –, loin d’attendre
seulement de nous l’instauration de nouveaux droits, les victimes espèrent que
leurs droits deviennent réels, partout, pour chacune et chacun. Une loi vaut
uniquement par ce qu’elle change dans la vie d’une femme qui pousse la porte
des urgences ou d’un enfant qui se confie à son médecin. C’est à l’aune de
cette exigence d’effectivité que le gouvernement abordera nos débats.
Avec le garde des sceaux, nous défendrons le même pragmatisme dans le cadre de
l’examen du projet de loi relatif à la protection des enfants. Nous devons la
vérité aux victimes : ajouter des dispositifs sans les relier entre eux,
reviendrait à créer des droits sur le papier et des déceptions dans la vie
réelle.
J’ai dit en commission spéciale que la confiance ne viendrait que des actes
concrets. Nous ne partons pas d’une feuille blanche et il faut nous garder de
la tentation de vouloir tout réécrire. Notre responsabilité n’est pas de
rédiger la loi la plus longue, mais celle qui protégera le mieux. C’est à cette
condition que nous rendrons opérante la chaîne de protection que nous devons
aux victimes. Ces dernières ne nous demandent pas des symboles ; elles
nous demandent d’être au rendez-vous. Le gouvernement y sera.
> [Budget 2027] Notre modèle social, créé en 1945, est un héritage à protéger et à faire perdurer pour les générations futures. Le Gouvernement est engagé dans un combat : celui de sa préservation, au service des Français, et en premier lieu des plus vulnérables. Cette protection est le plus puissant ciment de notre cohésion sociale. Trop facilement considérée comme acquise, nous oublions qu’elle est aujourd’hui menacée. Menacée conjoncturellement, par les conséquences du conflit au Moyen-Orient. Menacée structurellement, par le virage démographique et l’explosion des pathologies chroniques, qui mettent sous pression notre système de santé et nos politiques d’autonomie. Face à ce constat, deux mots s’imposent : lucidité et action. Je refuse d’être la Ministre qui n’aura pas pris les décisions indispensables à la préservation de notre système de santé, à l’amélioration de la prise en charge de la perte d’autonomie ou du handicap, à l’accompagnement des transformations de nos politiques familiales. Ce PLFSS ne réduit pas la dépense. Il en freine uniquement la croissance, avec la participation de l’ensemble des branches de la sécurité sociale. Au-delà des chiffres, il s’agit plus fondamentalement d’améliorer la vie de nos concitoyens et notamment les plus fragiles : pour les patients, pour nos aînés, pour les personnes en situation de handicap, pour nos enfants. Nous proposons un PLFSS pour les patients, par la poursuite des efforts engagés depuis 2017 en matière d’accès aux soins, avec la montée en charge du réseau France Santé pour atteindre 5 000 maisons France Santé d’ici fin 2027. C’est permettre à chaque personne d’accéder à une solution de santé en moins de 30 minutes et d’obtenir un rendez-vous médical sous 48 heures, si son état de santé le nécessite. Ce PLFSS permet également 3 Md€ de moyens supplémentaires pour l’hôpital, afin de garantir la stabilité des tarifs hospitaliers et de mettre en œuvre la protection sociale complémentaire pour ses professionnels. Protéger c’est prévenir. Nous portons également une politique volontariste en matière d’accès à la vaccination ou aux dépistages organisés, pour que la prévention soit accessible à chacun. Nous proposons un PLFSS pour nos aînés et nos concitoyens en situation de handicap, par la poursuite de la hausse des moyens de l’objectif général de dépenses pour les personnes en situation de handicap et pour les personnes âgées. La hausse de 2,6 % des moyens qui leur sont consacrés en 2027 permettra de poursuivre le développement de l’offre et de tenir les engagements de la Conférence Nationale du Handicap. Nous proposons un PLFSS pour protéger nos enfants et accompagner les familles, par la préservation des places en crèches malgré le contexte de baisse de la natalité et le soutien à l’accès à la propriété pour les parents de jeunes enfants. Nous renforçons également l’accompagnement et la prise en charge sanitaire des enfants protégés, dont le parcours de soins ne doit plus être chaotique : le Gouvernement est pleinement mobilisé pour accompagner ces enfants dans le cadre du projet de loi « protection des enfants » en cours d’examen au Parlement. Ce PLFSS permet également d’améliorer le parcours des enfants victimes de violences sexuelles, en lien avec la proposition de loi « intégrale ». En somme, c’est un PLFSS pour 2027 empreint de lucidité et d’action que nous proposons, au service des Français, comme depuis le premier jour, et jusqu’à la dernière minute.
> Je veux rassurer les patients traités par Zoladex : ils auront accès à une solution thérapeutique pour permettre de les soigner. Le laboratoire AstraZeneca, qui commercialise ce médicament en France notamment dans le traitement de certains cancers du sein et de la prostate, a demandé son retrait du remboursement pour des raisons économiques et industrielles. Avant toute décision, nous nous sommes assurés d’un point essentiel : l’existence d’autres traitements permettant de garantir la continuité de la prise en charge des patients. La Haute Autorité de Santé, après analyse notamment des données de l’Agence nationale de sécurité du médicament, a confirmé l’existence d’alternatives thérapeutiques remboursées, aussi efficaces. C’est sur cette base que la demande du laboratoire a été acceptée. Mais changer de traitement ne se fait évidemment pas du jour au lendemain. Un délai de plusieurs mois a donc été prévu avant l’entrée en vigueur de la radiation, le 15 décembre 2026. Ce temps doit permettre à chaque patient actuellement traité par Zoladex d’échanger avec son médecin et, lorsque cela est nécessaire, d’organiser le passage vers un autre traitement pris en charge par l’Assurance maladie. Aucun patient ne doit interrompre ou modifier seul son traitement. C’est avec son médecin que cette transition doit être préparée. Notre responsabilité est claire : lorsqu’un laboratoire décide de retirer un médicament du remboursement, nous devons nous assurer que les patients disposent d’alternatives et que leur parcours de soins reste sécurisé. C’est ce que nous faisons pour Zoladex.
David Amiel (ministre de l’Action et des Comptes
publics)
> [Budget 2027] Le projet de loi de finances pour 2027 repose sur un choix
clair : sauvegarder l’avenir de notre pays, en réduisant le déficit public tout
en continuant à investir pour les futures générations. Notre situation
budgétaire nous impose de ramener le déficit public à 5,0 % du PIB en 2027, en
baisse par rapport à 2025. Pour y parvenir, l’effort reposera prioritairement
sur la maîtrise de la dépense publique. L’effort sera partagé par l’ensemble
des administrations publiques, mais sera d’abord porté par l’État : en 2027,
ses dépenses, hors Défense, prélèvements sur recettes et dépenses liées aux
crises passées, seront stables par rapport à 2026. Les collectivités territoriales
devront contenir leurs dépenses de fonctionnement au rythme de l’inflation. Les
dépenses sociales, dynamiques notamment sous l’effet du vieillissement,
contribueront aussi au redressement de nos comptes grâce à des mesures
d’efficacité et à des réformes structurelles. Les Français comme les
entreprises ont besoin de visibilité. Nous ne voulons pas ajouter de nouvelles
contraintes fiscales qui pèseraient sur l’activité, l’investissement et la
compétitivité. Nous supprimons les dispositifs qui ne sont plus efficaces et
mettons à contribution certains secteurs bénéficiant de situations économiques particulières.
Mais nous réduisons aussi la surtaxe sur l’impôt sur les sociétés, pour
confirmer son caractère temporaire, et indexons le barème de l’impôt sur le
revenu sur l’inflation. Réduire le déficit ne signifie pas renoncer à préparer
l’avenir. C’est au contraire la condition pour préserver notre capacité à
financer les priorités qui détermineront la puissance et la prospérité de la France.
La première est notre souveraineté. La loi de programmation militaire sera
respectée et le budget des Armées progressera de 6,4 milliards d’euros, soit la
hausse la plus importante de tous les budgets de l’État. Nous continuerons
également à investir dans la transition écologique, l’électrification, les
énergies renouvelables et l’adaptation au changement climatique, tout en
préservant notre capacité à innover et à produire en France, notamment grâce au
soutien à l’industrie verte et à l’investissement productif. Notre deuxième
priorité est la jeunesse. L’Éducation nationale, la Recherche, la Jeunesse et
la Justice préparent la France de demain. Nous renforcerons également la
protection de l’enfance et continuerons à soutenir les familles et les jeunes
ménages. Préparer l’avenir, c’est aussi ne pas transmettre aux générations futures
les déséquilibres que nous refusons de traiter aujourd’hui. C’est le sens des
mesures engagées pour rétablir les comptes de la sécurité sociale. La
soutenabilité de notre système de retraite constitue un enjeu majeur pour les
générations qui travaillent comme pour celles qui sont déjà à la retraite. De
même, la progression des dépenses de santé nous impose de mieux cibler nos
financements : préserver l’accès aux soins, soutenir l’innovation médicale et
les professionnels de santé, tout en maîtrisant les dépenses qui ne produisent
pas suffisamment de résultats. Ce budget est aussi un budget de transformation.
L’État doit montrer l’exemple en modernisant ses fonctions support, en accélérant
sa transformation numérique et en réinternalisant certaines compétences. La
lutte contre la fraude sera renforcée, notamment à la DGFiP, à la DGCCRF, à la
Douane et dans les caisses de sécurité sociale. Nous améliorerons également la
transparence de nos comptes publics, notamment sur le financement des retraites
des fonctionnaires de l’État. Nos relations financières avec les collectivités
territoriales seront modernisées, avec une évolution du FCTVA davantage orienté
vers les priorités environnementales et une meilleure articulation des financements
entre l’État et les collectivités. Enfin, ce budget est un budget de
protection. Protection de nos concitoyens face aux menaces du quotidien, avec
des moyens renforcés pour l’Intérieur, la Justice, la Douane et la
cybersécurité. Protection des plus fragiles, avec l’indexation des minima
sociaux. Lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Protection, enfin, face
aux crises, avec la capacité de soutenir nos agriculteurs, de répondre aux
événements climatiques exceptionnels et d’accompagner nos territoires
ultramarins. Nous choisissons ainsi de réduire le déficit sans renoncer à
l’avenir, de maîtriser la dépense tout en affirmant nos priorités, et de réformer
sans affaiblir nos protections. C’est le sens de ce projet de budget : regarder
la réalité en face, et faire des choix aujourd’hui pour préserver les marges de
manœuvre de la France demain.
> À quelques mois d'une présidentielle, la tentation d’habitude c’est un budget électoraliste : lancer les dépenses, laisser l'ardoise au successeur. Nous faisons l'inverse : nous lançons des économies, et tous les gels que nous prévoyons seront réversibles à tout moment par le prochain gouvernement.
> L’objectif de déficit public à 5 % doit être notre ancre dans les débats budgétaires qui s'ouvrent. Nous serons donc très ouverts, sans sectarisme, sur le "comment", c’est à dire les mesures, et très fermes sur le "combien", c’est à dire le déficit.
Aurore Bergé (ministre déléguée auprès du Premier
ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte
contre les discriminations)
> [Loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles / Intervention à
l’Assemblée] Suffoquer, c’est avoir de l’air tout autour de soi et ne plus
pouvoir respirer. Suffoquer, c’est ouvrir la bouche et que rien ne vienne.
Suffoquer, c’est ce que vivent, dans notre pays, des centaines de milliers de
femmes, des centaines de milliers d’enfants. Vous les connaissez ; vous
les avez croisés : c’est la femme qui se tient droite, sourit, travaille
et compte les marches avant de rentrer chez elle, l’enfant « sage »
et « réservé », qui ne dit rien et grandit la poitrine serrée, la
femme qui voudrait partir mais qui n’a plus d’argent à elle, plus vraiment
d’amis à elle et parfois même plus de téléphone à elle, l’enfant qui voudrait
raconter ce qu’on lui fait mais n’a pas les mots pour le dire.
Cette suffocation n’est pas un silence choisi. C’est un silence imposé par la
peur de ne pas être cru, par la honte que l’agresseur a imposé à sa victime, ou
par l’emprise, cette main invisible qui referme un peu plus sa mâchoire chaque
jour, jusqu’à ce que la victime ne sache plus ce qui lui appartient – ses
journées, ses choix, son propre jugement, sa propre liberté. Pour les enfants,
c’est par l’impossibilité même de comprendre. À 4 ans, à 7 ans ou à
10 ans, comment nommer un crime commis par celui qui devrait vous
protéger ? Comment se défendre de celui dont on dépend ? Comment
accuser celui qu’on aime ? C’est cela, l’effroyable singularité de
l’inceste : un enfant peut aimer celui qui lui fait du mal.
Ces dernières années, beaucoup ont parlé de « libération de la
parole ». Cette expression est trompeuse : les victimes ont toujours
parlé. Avec les mots qu’elles avaient, avec leurs silences, quand les mots
manquaient ; avec un dessin ; avec une phrase ; avec leur corps
aussi, quand il ne restait plus que lui, avec leur maladie, leurs mutilations
parfois, leur mort. Elles ont parlé à une mère, à un proche, à un ami, à un
médecin, à un professeur, à un policier, à des bénévoles dans des associations.
Elles ont parlé parfois longtemps après les faits, et souvent à demi-mot.
Il n’y a jamais eu de silence des victimes mais une surdité de la société. Ce
n’est pas la parole qui a manqué, mais l’écoute. Entendre aurait obligé à
regarder et regarder, à agir. La société a donc inventé mille manières de ne
pas entendre : c’étaient des « histoires de famille », une
« affaire privée », un « divorce qui se passe mal », un
enfant « qui invente », un enfant « qu’on peut manipuler ».
« Pourquoi n’est-elle pas partie ? » « Pourquoi n’a-t-elle
pas crié ? » « Pourquoi n’a-t-elle pas porté
plainte ? » À celles qui parlaient, nous demandions encore de se
justifier. Et pendant que la société mettait en accusation les victimes,
disséquait leur vie privée et les suspectait, les prédateurs, eux, respiraient
sans mal.
Certaines voix ont transpercé le silence. En 1978, à Aix-en-Provence, Gisèle
Halimi a fait entendre à la France ce qu’était un viol ; il a fallu deux
ans pour que la loi change. Les livres, les films, les visages ont fait entrer
dans notre conscience collective ce que nous avions si longtemps tenu à
distance. Christine Angot a raconté l’inceste d’un père et la faiblesse d’une
mère, Vanessa Springora, l’emprise maquillée en amour d’un adulte sur une
enfant, Camille Kouchner, le secret protégé par un clan, Neige Sinno, la vie
qu’il faut reprendre après. À chaque fois, un verrou saute. Le cinéma, lui
aussi, nous oblige à voir. Jusqu’à la garde, un père qui ne frappe pas
encore, mais qui surveille, traque, étouffe et qu’un tribunal renvoie vers ceux
qu’il terrorise ; Les Chatouilles, une petite fille qui danse pour
ne pas hurler ; L’Amour et les forêts ou Si tu penses bien,
l’étau qui se resserre, emprisonne, isole.
Certains visages sont aussi entrés dans notre mémoire collective. Celui de
Marie Trintignant, un féminicide longtemps justifié avec les mots de la
passion, de la jalousie, du drame amoureux, alors que personne ne meurt d’amour
et que Marie Trintignant est morte sous les coups. Celui de Jacqueline Sauvage,
qui a vécu quarante-sept années de violences avant un geste irréparable.
Derrière son histoire, une question : que reste-t-il de la liberté d’une
femme quand la peur a gouverné toute sa vie ? Deux femmes, la même
secousse : ce que la société avait appris à considérer comme une affaire
privée devenait enfin l’affaire de tous.
C’est ainsi que la parole affleure. Elle ne surgit pas soudainement du silence.
Elle remonte de loin pour traverser la peur, la honte, le doute. Elle cherche
un passage, reprend son souffle, et, en reprenant son souffle, découvre qu’elle
n’est pas seule. Une histoire en reconnaît une autre, une voix en appelle une
autre, jusqu’au jour où toutes ces voix séparées commencent à se répondre, à se
reconnaître, à respirer ensemble. Deux mots ont tout changé : « moi
aussi ». Nous les avons prononcés et écrits. Nous les avons vus et
compris. Nous avons su que nous étions des millions : nos mères, nos
sœurs, nos amies, nos collègues, elles aussi… Nous n’étions plus une exception,
nous n’étions plus seules. MeToo n’a pas créé la parole ; MeToo a rendu
impossible de continuer à organiser notre surdité.
Depuis, d’autres silences sont tombés. Les milliers de témoignages recueillis
par la Ciase – Commission indépendante sur les abus sexuels
dans l’Église – et la Ciivise nous ont confrontés à une réalité
vertigineuse : le fait que la violence n’habite pas un monde parallèle
mais bien notre monde, nos familles, le sport, la culture, le cinéma, le monde
médical, l’école, le périscolaire… Chaque secteur qui croyait pouvoir garder
son secret a vu sa porte s’ouvrir, comme enfoncée de l’intérieur. Suffocation
face au nombre, face à la répétition, face à la question : comment cela
a-t-il pu durer si longtemps ? Comment cela peut-il durer encore ?
Tant que nous écoutions chaque témoignage séparément, nous pouvions encore
croire à l’exception – un homme violent, une famille dysfonctionnelle,
une institution défaillante – avec toujours la tentation de dire : « ailleurs »,
« chez les autres », « pas ici », « pas chez nous »,
« pas chez moi ». Nous aurions préféré le monstre, parce que le
monstre rassure. Il vit loin, on le reconnaît, on peut le montrer du doigt, le
mettre à l’écart et rentrer chez soi.
Le procès de Mazan a pulvérisé cet alibi. Sur le banc des accusés, il y avait,
sous les capuches et les masques, cinquante et un visages : des voisins,
des collègues, des pères, des fils, des maris, des frères. Au milieu de ce
procès, une femme a accompli un geste dont nous n’avons pas encore mesuré toute
la portée. Alors qu’elle pouvait choisir le huis clos, Gisèle Pelicot a demandé
que les portes du tribunal d’Avignon soient ouvertes. Une phrase en est sortie,
entrée depuis dans l’histoire, reprise par des millions de Français, portée
dans les manifestations, collées par les militantes en lettres noires sur fond
blanc sur les murs de nos villes : « La honte doit changer de
camp ». Elle a aussi révélé au grand jour la réalité de la soumission
chimique, cette violence longtemps méconnue et devenue depuis un enjeu majeur
de nos politiques publiques. Il existe des crimes dont on ne peut pas parler
puisqu’on n’en a pas le souvenir. C’est l’objet de la campagne que nous avons
lancée avec Sandrine Josso et Caroline Darian.
Après Mazan, il y eut aussi le procès Le Scouarnec :
299 victimes, 299 vies d’enfants marquées par le même bourreau. Puis,
au mois de juin, l’assassinat de Lyhanna, une enfant de 11 ans. Des
alertes existaient ainsi que des procédures. Et pourtant, nous n’avons pas su
la protéger.
Alors, que faisons-nous maintenant ? Un mouvement de société n’est jamais
un éclair, mais une accumulation : des gouttes, puis un ruisseau, un
fleuve, l’océan, jusqu’au jour où la digue cède. Et lorsque la digue a cédé, il
est devenu impossible de prétendre encore que chaque goutte était isolée.
Les violences ne sont pas une succession de faits divers. Elles sont un fait de
société, et donc un fait politique qui appelle une réponse à la mesure de ces
crimes de masse, une réponse de la société tout entière. Cette vague ne
s’arrêtera pas et notre responsabilité n’est pas de l’arrêter, mais au
contraire de transformer ce qu’elle a révélé.
Nous ne partons pas d’une page blanche. Depuis bientôt dix ans, notre droit a
changé ainsi que la protection de la vie des Français. En dix ans, les maisons
de protection des familles (MPF) sont passées de 0 à 100 et sont présentes dans
tous nos départements. Les maisons de santé des femmes se sont déployées :
104 sont déjà ouvertes dans 100 départements. Les salles d’audition
Mélanie, où l’on recueille la parole des enfants, sont passées de 300 en 2020 à
486 aujourd’hui. Plus de 90 000 femmes ont déjà bénéficié de l’aide
universelle d’urgence (AUU) depuis sa création en 2023.
D’ici à la fin de l’année, dans 100 % des départements, il sera possible
de porter plainte à l’hôpital, mais aussi de faire constater les faits et de
recueillir les preuves sans qu’un dépôt de plainte soit nécessaire. Tout cela
existe, tout cela protège, tout cela sauve des vies. Je veux ici souligner le
rôle des parlementaires qui, sur tous les bancs, ont contribué de manière
décisive à ces évolutions.
Mais nous devons aussi faire preuve de lucidité. Face à un continent de
violences, nous avons trop souvent avancé par sédimentation : une avancée
après l’autre, une loi après l’autre, un dispositif après l’autre. Il ne s’agit
pas aujourd’hui de défaire ce qui existe, mais de regarder l’ensemble et de
nous poser, à chaque fois, la même question : sommes-nous au plus haut
niveau de protection possible ? Voilà l’ambition de votre texte.
Intégrale ne veut pas dire infinie. Intégrale signifie ne rien laisser hors du
regard. Parce que les violences, elles, ne connaissent aucune cloison. Elles
frappent les femmes et les enfants, elles sont physiques, sexuelles,
psychologiques, numériques, chimiques, économiques ou administratives. Elles
passent d’un âge à un autre, d’une chambre à un écran, du domicile à l’école,
de l’intime à l’espace public. Et surtout, elles savent s’immiscer dans les
interstices de nos protections.
Alors, à ce continuum de violences, nous devons opposer un continuum de
protection. Prévenir, éduquer, détecter, former, écouter, mettre à l’abri,
accompagner, enquêter, poursuivre, juger, réparer : c’est tout cela, une
loi intégrale. Non pas recommencer, mais relier et faire système contre ce qui,
pendant trop longtemps, a fait système.
Face à l’ampleur des violences, nous avons besoin d’une mobilisation générale.
Cette mobilisation, votre texte l’incarne déjà. Je veux saluer le rôle majeur
des associations de la Coalition féministe et enfantiste qui, depuis deux ans,
ont confronté leurs expériences, défendu leurs propositions et contribué à
faire naître cette loi.
Je veux saluer également le travail accompli par les parlementaires de tous les
bancs et la rapporteure générale, Céline Thiébault-Martinez, avec lesquels nous
avons travaillé main dans la main. Je veux remercier le président de la
commission spéciale, Christopher Weissberg, pour l’examen exigeant et
transpartisan de ce texte. Associations, Parlement, gouvernement : chacun
prend sa part.
Trois avancées éclairent la révolution que nous voulons engager. La première
concerne l’inceste, qui doit désormais être nommé pour ce qu’il est, et de
manière explicite. L’inceste n’est pas un viol auquel viendrait simplement
s’ajouter une circonstance aggravante. C’est un crime qui doit porter son
propre nom. Il est commis par celui que l’enfant aime, celui dont il attend
amour, soutien et protection. Nous ne devons plus jamais entendre parler
d’« inceste heureux », parce qu’il n’y a pas d’inceste heureux. Il y
a un enfant, un adulte et un interdit absolu.
Deuxième avancée : mieux protéger l’enfant qui parle et le parent qui le
protège. Nous connaissons ces situations impossibles : un enfant trouve la
force de révéler des violences qu’il subit, sa mère l’écoute et le croit, elle
cherche à le mettre à l’abri. Et pourtant, la loi peut l’obliger à le
représenter à son bourreau.
Face au doute, notre première responsabilité, elle, ne doit souffrir d’aucun
doute : protéger nos enfants. Lorsqu’un enfant dit « on me fait du
mal » et qu’un parent sait lui répondre « je te crois », la
République doit être capable de leur dire « je vous protège. »
Le troisième territoire, c’est le numérique. La violence traverse désormais les
murs. Elle suit la victime, la localise, l’humilie et diffuse sans son
consentement une image à des milliers de personnes. L’intime devient une arme
et la confiance un moyen d’assouvir la violence. L’intelligence artificielle
ouvre un vertige nouveau. Les outils changent mais nos principes demeurent :
la révolution numérique ne peut pas devenir la révolution de l’impunité.
Je veux dire maintenant ce que le gouvernement entend porter plus loin :
tout d’abord, le contrôle coercitif, que je vous proposerai par amendement
d’inscrire dans notre droit. Je l’ai dit et je le répète : les femmes ne
sont pas stupides ; si un homme levait la main sur nous dès le premier
jour, nous partirions en courant. Mais les violences ne se limitent ni ne se
résument jamais aux coups : un téléphone qu’on fouille, une tenue qu’on
critique, un mot de passe qu’on demande « juste comme ça », une amie
que l’on voit de moins en moins, un compte bancaire que l’on contrôle, un
horaire qu’il faut justifier.
Puis l’espace se réduit, les amis disparaissent, les ressources diminuent, les
choix deviennent impossibles. Et un jour, sans qu’aucun mur n’ait été
construit, la prison est là. C’est cela, le contrôle coercitif : une
stratégie, une dépossession progressive de la liberté, barreau après barreau,
jusqu’à la cage que notre droit doit désormais reconnaître, parce qu’il y a des
femmes qui ont décidé de partir, qui ont décidé d’être libres et qui ont été
tuées pour l’avoir fait.
Ensuite, se pose cette question que ce texte ne tranche pas, mais qui nous
regarde tous : l’imprescriptibilité des crimes sexuels commis sur nos
enfants. Parce que le temps de la mémoire n’est pas celui de la procédure,
parce qu’un enfant devenu adulte peut mettre parfois toute une vie à retrouver
la parole et que la justice n’a pas le droit – n’a
plus le droit – de lui répondre « prescription ».
Nous ne pouvons pas demander à un enfant devenu adulte et qui n’a pas pu parler
à temps de payer le prix du silence qui lui a été imposé. Le temps a longtemps
joué pour les agresseurs. Il doit maintenant jouer pour les victimes.
Il fut un temps, pas si lointain, où battre sa femme relevait de la vie
privée ; où l’inceste était un secret qu’une famille devait garder ;
où le harcèlement était présenté comme de la séduction ; où l’on enquêtait
sur la vie sexuelle d’une victime avant de décider si elle pouvait vraiment
avoir été violée ; où des adultes se demandaient si l’enfant n’avait pas
provoqué, séduit ou tenté, plutôt que de rappeler cette évidence : un
enfant ne séduit pas un adulte. Un adulte est toujours responsable de ce qu’il
fait à un enfant.
Ces frontières ont bougé et doivent aujourd’hui être pulvérisées. Nous ne
changerons pas l’âme humaine par décret. Aucun article de loi n’abolira le mal,
mais nous pouvons changer le monde dans lequel les prédateurs prospèrent. Nous
pouvons leur retirer ce sur quoi ils ont trop longtemps compté : le
silence, l’isolement, la honte des victimes, notre incrédulité, les failles de
nos institutions, l’impunité.
En cet instant, je pense à celles et ceux qui nous écoutent, à celle qui n’a
jamais parlé comme à celui qui a parlé et qu’on n’a pas cru ; à la femme
qui, ce soir, entendra la clé dans la serrure et reconnaîtra le bruit de la
peur ; à l’adulte qui porte encore en lui l’enfant que personne n’a
protégé ; à l’enfant qui, quelque part, retient sa respiration dans le
noir.
Je pense aussi aux absents, aux femmes que nous n’avons pas protégées à temps,
aux enfants qui auraient dû grandir, à ces places vides qui nous rappellent que
derrière nos lois et nos dispositifs, il y a des vies que nous n’aurons pas une
seconde chance de protéger. C’est aussi pour elles, pour eux et pour tous ceux
que nous pouvons encore protéger.
Pendant trop longtemps, nous avons demandé aux victimes de parler, de prouver,
de convaincre, d’être fortes alors qu’elles avaient déjà dépensé tant de forces
à survivre. Aujourd’hui, nous leur disons : « Nous vous avons
entendus. Nous vous croyons. Nous vous protégerons et nous ne détournerons plus
le regard. »
Je pense enfin à nos enfants, à ma fille de 4 ans, à tous nos enfants. Un
jour, leur génération regardera la nôtre et nous posera certainement une
question et une seule : « Quand vous avez su, avez-vous fait ce qu’il
fallait ? » C’est à cette question que nous répondons aujourd’hui,
parce qu’une génération ne choisit pas le monde dont elle hérite, mais le monde
qu’elle transmet.
Je veux transmettre à ma fille, à nos enfants et à leurs enfants après eux un
pays où chacun sait que son corps lui appartient, où un adulte n’a aucun droit
sur un enfant mais seulement des devoirs ; une société dans laquelle une
femme n’apprend pas à organiser sa vie autour de la peur. Je veux une société
où les batailles de nos mères et de notre génération ne soient plus celles de
nos enfants.
Deux mots ont rompu le silence : « moi aussi ». Cette loi leur
répond, pour que plus jamais un enfant, plus jamais une femme n’ait à les
prononcer. Pendant trop longtemps, nous avons eu le souffle coupé, nous avons
suffoqué. Il est temps de nous permettre de respirer. Voilà l’héritage que nous
pouvons leur laisser. Voilà la révolution que nous leur devons.
> Une maison de santé des femmes par département avant la fin de l'année 2026 : c'est notre engagement et il sera tenu. 105 sont déjà ouvertes dans 72 départements. 29 en projet. Un décret consacre désormais cet engagement.
> Nous nous y étions engagés. La parole est tenue. Tout classement sans suite pour viol devra désormais être motivé. Le décret est paru.
> LFI est passionnément antisémite. Le RN l’est intrinsèquement. Nous n'avons pas le droit de laisser aux Français le choix qu'entre ces deux poisons.
> Qui peut s’étonner ? Le président d’un parti d’extrême droite aurait donc tenu des propos antisémites… Nous avons un seul devoir : empêcher un second tour RN - LFI.
Mathieu Lefevre (ministre délégué auprès de la
ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations
internationales sur le climat et la nature chargé de la Transition
écologique)
> Pas de budget, pas d'investissements. Pour mener à bien la transition
écologique, il nous faut un budget voté. Sans cela, c'est le risque d'une année
blanche : nous paralyserions tous les investissements nécessaires pour protéger
les Français face au changement climatique.
> Le ministère de la transition écologique prend toute sa part à l'effort collectif fixé par le Premier ministre. Des comptes en désordre, c'est la certitude de ne plus pouvoir répondre aux urgences écologiques et de subir le poids de la dette.
> L’adoption d’un budget est une nécessité impérieuse pour continuer à investir en faveur de la transition écologique. Le message d’alerte du Haut Conseil pour le climat doit être entendu.
Eléonore Caroit (ministre délégué auprès du
ministre de l’Europe et des affaires étrangères chargée de la Francophonie, des
Partenariats internationaux et des Français de l’étranger)
> Derrière la stratégie de dé-diabolisation du RN, certaines constantes
demeurent : une remise en cause de l’État de droit, des libertés et des
contre-pouvoirs.
● Autres ministres
Jean-Pierre Farandou (ministre du travail et des solidarités)
> [Loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles / Intervention à
l’Assemblée] Avant toute chose, permettez-moi de rappeler mon soutien total à
l’ambition défendue par les auteurs de cette proposition de loi transpartisane.
La gravité des violences sexuelles et sexistes requiert d’engager un vrai
travail de fond, au-delà des clivages politiques et des postures partisanes.
Le premier ministre a décidé de faire de ce texte une priorité du gouvernement.
Et en tant que ministre du travail et des solidarités, je souhaite être
clair : pour moi, les violences sexistes et sexuelles au travail, c’est
tolérance zéro.
Il est inadmissible qu’aujourd’hui encore, les femmes soient victimes de
violences dans notre société ou sur leur lieu de travail. C’est la raison pour
laquelle je soutiens pleinement l’inscription d’un nouveau chapitre consacré
aux violences sexistes et sexuelles dans le code du travail. Il constituerait
un signal fort, donnant à cette question une place claire et durable dans notre
droit du travail. Il permettrait aussi et surtout de mieux structurer l’action
des acteurs concernés et de renforcer la prévention comme la protection des
victimes.
Cet engagement n’est pas nouveau pour moi : j’ai déjà agi résolument sur
ces sujets dans mes responsabilités précédentes, en tant que PDG de la SNCF.
Depuis ma nomination, j’ai souhaité faire de la lutte contre les violences
sexistes et sexuelles et, plus largement, de la place des femmes dans le monde
de travail, une priorité de la feuille de route de mon ministère.
Le plan santé au travail 2026-2030 publié en juin dernier vise explicitement à
renforcer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Notre objectif
est de donner aux entreprises les moyens de prévenir ces violences, de mieux
les détecter et de mieux protéger celles et ceux qui en sont victimes. J’ai
donné instruction très claire aux directions déconcentrées concernées d’en
faire une priorité dans l’élaboration des plans régionaux de santé au travail
(PRST).
Cette proposition de loi constitue l’occasion d’aller encore plus loin dans ce
combat sociétal, parce que la première responsabilité d’un employeur est de
garantir la santé et la sécurité de celles et ceux qui travaillent pour lui.
Les violences sexistes et sexuelles n’ignorent pas le monde du travail. Elles
peuvent survenir en milieu professionnel, au quotidien, à l’occasion d’un
déplacement, d’un travail de nuit ou d’un événement festif. C’est une réalité
que nous devons regarder en face.
Il ne faut pas opposer les salariés et les employeurs. Le chemin parcouru par
les entreprises et la prise de conscience sur ce sujet sont réels. Beaucoup
d’entreprises ont déjà construit des politiques sérieuses, ambitieuses, voire
exemplaires. Créer des obligations ne suffit pas, il faut s’assurer qu’elles
soient effectives sur le terrain. C’est tout l’enjeu de l’appropriation par les
acteurs concernés.
Face à cette situation, je crois d’abord à la prévention. Attendre qu’une
violence survienne pour agir, c’est déjà agir trop tard. C’est pourquoi je
partage totalement votre conviction, madame la rapporteure générale et monsieur
le président de la commission spéciale : il est essentiel de renforcer le
cadre de prévention et de protection des violences sexuelles et sexistes au
travail.
La proposition de loi introduit plusieurs dispositifs utiles. Premièrement,
elle impose l’évaluation de ce risque professionnel particulier pour tous les
employeurs. Elle améliore également l’information des salariés, a fortiori
lorsqu’ils occupent des fonctions d’encadrement.
Ensuite, elle rappelle que lorsqu’un signalement intervient, il faut agir
rapidement sur trois leviers essentiels : établir les faits, protéger la
victime, tirer les conséquences qui s’imposent. C’est tout l’enjeu des enquêtes
internes. Le principe de mieux les encadrer me paraît utile. Nous devrons
simplement nous assurer que le dispositif retenu fonctionne dans toutes les
entreprises – peu importe leur taille – et ne complique
pas excessivement le travail de ceux qui les réalisent. Ce sera l’un de nos
points d’attention dans l’application du texte.
Notre exigence est désormais de construire une loi ambitieuse et applicable
partout, dans toutes les entreprises. Vous le savez, je suis un fervent
défenseur du dialogue social.
C’est précisément la raison pour laquelle j’ai réuni les partenaires sociaux,
avec les rapporteurs, en amont de la séance publique. Ma méthode est
constante : lorsqu’on modifie le droit du travail, on écoute ceux qui le
font vivre chaque jour dans les entreprises ou les administrations.
Ce travail a permis de faire progresser le texte et de dégager des
convergences. Je pense notamment à l’accompagnement des salariés des très
petites entreprises, qui constituait une difficulté particulière. C’est
pourquoi je défendrai un amendement à l’article 41, visant à introduire un
conseiller TPE, afin de garantir un accompagnement effectif des salariés des
très petites entreprises, celles de moins de onze salariés, notamment en
matière de prévention et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles
et, plus généralement, d’amélioration des conditions de travail.
Cette mesure présente l’avantage d’être immédiatement applicable et de couvrir
l’ensemble des TPE qui ne disposent pas d’instances de représentation du personnel.
Désormais tous les salariés, peu importe la taille de l’entreprise, auront un
interlocuteur dédié : conseiller TPE pour les moins de onze salariés,
référent VSS du comité social et économique (CSE) pour les PME et, en
complément, le référent désigné par l’employeur, que le gouvernement souhaite
donc maintenir pour les entreprises de plus de 250 salariés.
Le conseiller TPE pourra mobiliser jusqu’à quinze heures par mois pour traiter
des questions relevant des conditions de travail, de la santé au travail, de la
prévention et de la lutte contre les agressions sexuelles, le harcèlement
sexuel et les agissements sexistes, ainsi que les questions d’emploi et de
formation. Le gouvernement est également favorable aux amendements qui
prévoient le déplafonnement des heures pour le référent du CSE – cette
question des moyens a fait l’objet des réunions que nous avons organisées. Il s’agit
d’une avancée concrète, qui sera utile aux employeurs, aux salariés, aux
apprentis et aux stagiaires.
Vous savez que je n’ai pas l’habitude de regarder passer les trains mais plutôt
celle de les conduire à destination.
Depuis plusieurs mois, dans un climat de confiance, mes équipes et mes services
ont travaillé avec la rapporteure générale et le rapporteur thématique pour
accompagner la recherche d’un équilibre sur ce texte.
À mon sens, quelques points méritent une attention particulière. Premièrement,
l’adéquation aux réalités du terrain est décisive. L’abaissement des seuils ne
doit pas méconnaître la réalité des ressources disponibles, qui sont
nécessairement différentes dans une boulangerie de quatre salariés et dans une
grosse PME.
Deuxièmement, l’encadrement des enquêtes internes doit être retravaillé avec
les praticiens pour garantir leur efficacité.
Enfin, si la création d’un congé rémunéré par l’employeur, dont nous soutenons
le principe, est une grande avancée pour les victimes, ce congé devra être
mieux encadré juridiquement, compte tenu de l’impact majeur qu’il est
susceptible d’avoir sur l’organisation des entreprises, et, particulièrement,
des plus petites d’entre elles. Dès lors que la loi définit un socle de droits,
celui-ci peut toujours être amélioré dans le cadre du dialogue social.
Ce sont des sujets sérieux ; traitons-les comme tels, sans rien céder sur
l’ambition de ce texte, que je soutiens pleinement !
Au fond, la question à nous poser est la suivante : demain, cette loi
protégera-t-elle mieux la victime qui en aura besoin ? Je le souhaite
profondément et je suis persuadé que cela sera le cas si nous parvenons à un
texte équilibré, de nature à mobiliser l’ensemble des acteurs de l’entreprise.
Notre responsabilité collective est de mieux prévenir, de protéger réellement
et de construire des règles suffisamment solides pour être appliquées partout.
Vous pourrez compter sur moi pour continuer ce combat avec les partenaires
sociaux et le Parlement.
Vous avez devant vous un ministre qui a fait de la place des femmes dans le
monde du travail l’un des piliers de son action. Je continuerai à me battre
pour que les femmes prennent toute leur place dans la société et pour que
l’égalité professionnelle soit enfin une réalité dans le monde professionnel.
> [Budget 2027] Les budgets pour l’année 2027 reposent sur une seule ligne : la responsabilité, l’efficacité et l’intérêt général. Nous le savons, le redressement des comptes publics, est impératif car la dette et son coût réduisent chaque année nos marges de manœuvre. Mais le faire ne peut équivaloir à renoncer à protéger, à préparer l’avenir ou à favoriser le travail. C’est tout le sens des choix que nous présentons. Le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la sécurité sociale forment un tout. L’effort doit être partagé, proportionné et concentré là où il est nécessaire. Nous avons d’abord choisi de préserver nos priorités et de protéger les plus fragiles : la jeunesse tout d’abord, avec la consolidation de l’apprentissage et le maintien du Contrat d’engagement jeune. L’égalité entre les femmes et les hommes ensuite, en poursuivant la réduction des écarts de pension et en proposant des droits familiaux plus simples et plus redistributifs, notamment pour les mères. La solidarité, enfin, avec un bouclier pour les bénéficiaires du RSA, du minimum vieillesse, de l’AAH et des petites retraites, qui seront protégés à 100 % de l’inflation, ainsi qu’un effort renforcé pour l’aide alimentaire et les entreprises touchées par les incendies de l’été. Le Gouvernement fait aussi le choix du travail. L’objectif est de mieux prévenir les ruptures de parcours, favoriser le retour à l’emploi lorsqu’il est possible et éviter qu’un éloignement temporaire du travail ne devienne durable. Ainsi en va-t-il de la réforme des modalités des arrêts de travail. Nous faisons enfin le choix de l’efficacité et de l’équité. L’État doit commencer par prendre sa part de l’effort. Nous prévoyons ainsi une marge d’efficience de l’ordre de 5 % sur une grande partie des politiques publiques du ministère. La lutte contre la fraude sera renforcée et une contribution pourra être demandée à la mesure des capacités de chacun, qu’il s’agisse des entreprises, des retraités ou des bénéficiaires des indemnités de rupture les plus élevées. Préserver nos priorités, protéger ceux qui en ont le plus besoin, mieux inciter au travail et demander à chacun une contribution proportionnée au redressement des comptes publics : ce budget assume des choix, de la manière la plus équilibrée possible, toujours en faveur de l’intérêt général.
Gérald Darmanin (garde des sceaux, ministre de la
Justice)
> [Blocage des lycées] Je suis ministre de la Justice et mon travail, c'est
que lorsqu'il y a des exactions, des attaques contre des personnes... Il y a eu
hier, en tout, 300 policiers et gendarmes blessés, plus de 60 enseignants ou
chefs d'établissement qui ont été attaqués physiquement, des lycées qui ont été
brûlés. Donc, je pense que ça n'a rien à voir avec une contestation légitime
que peuvent avoir une partie des lycéens, des étudiants, de la jeunesse de
France, qu'il faut évidemment écouter. Mais lorsqu'il y a des attaques de
profs, lorsqu'on s'attaque au service public, évidemment, il faut que la
justice soit au rendez-vous.
> Les agriculteurs, comme les lycéens, sont à écouter. Ce que j'ai fait lorsque j'étais à l'Intérieur pendant quatre ans et demi, c'est que, lorsqu'ils s'attaquaient à des bâtiments publics ou s'en prenaient à des policiers et des gendarmes, ils ont été interpellés et la justice les a d'ailleurs condamnés. Donc, il y a une minorité agissante et violente dont chacun voit, dont on n'est pas tout à fait certain qu'ils soient d'ailleurs des lycéens eux-mêmes. Les lycéens, d'ailleurs, le disent, si j'entends depuis ce matin les échos de la presse. Mais attaquer dans le dos des chefs d'établissement, mettre sur les réseaux sociaux leur tête à prix, parfois leur famille... Il y a, dans l'ouest de la France, un proviseur : "Pour 150 euros, on lui casse la gueule." J'ouvre les guillemets des réseaux sociaux. On doit interpeller ces personnes et les présenter devant la justice.
> [Blocage des lycées] Depuis le début du mouvement, à peu près 90% des arrestations concernent des mineurs. Voilà. Mais il y a quand même 10% de majeurs, donc sans doute des gens qui ne sont pas lycéens ou quasiment pas. Et j'ai demandé aux procureurs généraux de faire requérir, bien sûr, une réponse ferme, la plus rapide possible, mais surtout de demander la responsabilité civile, c'est-à-dire de demander que les parents soient solidaires de l'exécution des dommages causés par leurs enfants. (…) Il y a une loi désormais qui nous permet de le faire et qui leur fasse payer financièrement les réparations. Je pense que c'est bien plus utile, d'ailleurs, que l'enfermement, sauf cas extrême, bien sûr. Il y a une seule détention provisoire prononcée jusqu'à présent pour un majeur. Donc, on voit bien que la justice n'est pas aveugle et sourde aux revendications de la jeunesse. Mais lorsqu'on détruit des lycées, lorsqu'on s'attaque à des abribus, lorsqu'on attaque des transports, on demande la responsabilité civile des parents. Désormais, j'espère, lorsque les magistrats du siège confirmeront ce que demandent les procureurs de la République.
> [Blocage des lycées] Je crains toujours,
lorsqu'on est passé de manifestations de lycéens à un désordre d'ordre public.
Quand on s'en prend aux bus, quand on brûle des lycées, ce n'est plus un
problème de manifestation. Donc, moi, je crains des violences urbaines. Ça,
c'est en effet possible. C'est possible ce week-end, c'est possible ce soir.
Donc, il faut faire très attention à cela.
Et puis, en effet, à la journée de mardi, si c'est une journée de
revendication, moi, je la comprends tout à fait et la jeunesse de France a des raisons
de s'inquiéter, de manière générale, de son avenir. Mais, en effet, il faut
éviter que les violences se multiplient. On a quand même eu un tiers de ces 2
000 interpellations hier pour des violences faites aux personnes,
> Je trouve que ceux qui allument devant une
jeunesse qui peut être désemparée et donc on doit écouter les revendications, le
feu de la violence, ont une responsabilité immense.
Et c'est-à-dire que ça présage, pour les élections présidentielles, d'un
comportement extrêmement inquiétant. Et ce serait bon que Monsieur Mélenchon
dise qu'il s'engage pour que cette campagne présidentielle se fasse sans
violence. Dans la campagne présidentielle.
> Censurer un Gouvernement, priver la France, ses fonctionnaires, son économie de budget, alors que, dans quelques semaines, nous allons voter, rentrons en campagne, nous allons voter pour l'élection présidentielle... Pardon, mais c'est un acte extrêmement politicien. En revanche, le Gouvernement, les ministres, dont je suis, doivent discuter avec le Parlement, si possible avec les oppositions, y compris, bien sûr, de gauche, pour trouver un compromis pour la France. Et j'espère que demain les choses seront plus claires, avec une majorité absolue pour celui qui sera ou celle qui sera élue. Mais aujourd'hui, c'est un acte qui est objectivement contre notre propre intérêt
> Les classes populaires, c'est celles qui
souffrent le plus de la dette. Vous savez, il n'y a que les riches qui aiment
bien la dette. C'est ce qu'on appelle un effet de levier, vous connaissez sans
doute. Moi, j'en connais des gens qui sont aisés et ils sont remplis de dettes.
Pourquoi ? Parce qu'on ne prête qu'aux riches, comme dit le dicton populaire.
Le pauvre, ou la personne qui travaille pour simplement vivre avec sa famille,
quand il a des dettes, ça l'empêche de dormir.
Moi, je viens d'une famille où, quand on avait des dettes, ça nous empêchait de
dormir, parce qu'on en était à devoir de l'argent à la banque, puis à des
crédits à la consommation, puis à être interdits bancaires. Donc, la dette,
quand on la rembourse, quand on fait des efforts, quand on travaille pour la
rembourser, on aide les classes plus populaires.
> [Bardella] Un militant de 17-18 ans, qui aime
Alain Soral et qui soit militant du RN, ait été antisémite. Ça me paraît assez
évident.
Cependant, sa stratégie, qui consiste à mentir aux Français, si jamais les
preuves sont incontestables et incontestées, ça pose un doute énorme sur sa
capacité à être en responsabilité politique. Veut-on d'un Premier ministre qui,
non seulement, est antisémite, mais par ailleurs mente aux Français devant des
preuves qui l'accablent ? C'est une question que doit se poser Madame Le Pen.
Madame Le Pen doit dire, se demander : est-ce qu'elle nommera toujours Monsieur
Bardella Premier ministre ?
Serge Papin (ministre des Petites et moyennes
entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat)
> Aujourd'hui, j'ouvre un guichet pour aider nos artisans à électrifier leur
outil de travail.
En tout, c'est 16 millions d'euros partout en France.
Électrifier, c'est moins d'entretien, plus de contrôle sur ses usages et
surtout ne plus dépendre des énergies fossiles.
Edouard Geffray (ministre de l’Education nationale)
> [Blocage des lycées] À ce jour, nous avons 65 personnels blessés, dont 40
proviseurs. Derrière ces chiffres, des femmes et des hommes attachés au service
public qui continuent de protéger nos élèves alors qu’ils sont eux-mêmes pris
pour cible. Hier, à Nantes, les personnels ont évacué 160 élèves internes
pendant que l’entrée de leur lycée brûlait. Je veux leur rendre hommage et
saluer tout particulièrement le courage des chefs d’établissement. En première
ligne depuis le début de ces violences, ils tiennent et font tenir notre École.
Ils ont mon soutien total.
> [Blocage des lycées] Les lycéens doivent être écoutés. Leurs difficultés appellent des réponses concrètes, dans leur établissement comme au niveau national. C’est le sens du dialogue engagé dans les lycées et les académies, que je poursuis aujourd’hui avec les représentants des personnels, des parents et des lycéens. Dès lundi, une plateforme permettra à chaque lycéen d’exprimer ses attentes et ses propositions, individuellement ou collectivement. Les contributions seront analysées localement et feront l’objet d’une restitution nationale. La démocratie scolaire doit permettre à chacun de faire entendre sa voix et d’obtenir des réponses.
> [Blocage des lycées] Avec 65 personnels blessés et d’importants dommages sur les établissements scolaires, nous faisons face à une véritable volonté de destruction du service public de l’éducation. J’en appelle aux parents : ne laissez pas vos enfants se mettre en danger. Protéger nos élèves et nos personnels est notre priorité absolue. Demain, plus de 400 établissements seront donc fermés. Les cours seront assurés à distance : les élèves doivent pouvoir continuer à apprendre, en toute sécurité.
> [Blocage des lycées] « Nous, on est des enfants, et on nous a volé notre mouvement. » Ces mots d’une élue lycéenne, aujourd’hui, disent tout : le mouvement a changé de nature. Des groupes ultra-violents l’ont pris en otage. Redonner la parole à tous les lycéens : voilà notre réponse. C’est ce que nous faisons dans tous les établissements.
> [Blocage des lycées] Écouter les lycéens,
examiner leurs demandes, apporter des réponses : c’est le sens du dialogue que
nous engageons, alors que de nombreux lycées connaissent des perturbations et,
malheureusement, dans un certain nombre d'entre eux des violences inqualifiables
souvent commises par des individus extérieurs, au péril de la santé de nos
élèves et des personnels qui les protègent et les instruisent.
Quel est l'intérêt général ? Permettre à tous nos élèves d'aller en cours,
d'apprendre et de progresser. Entendre aussi des demandes ou inquiétudes
légitimes, et y apporter des réponses concrètes, sans idéologie.
En démocratie, les revendications doivent s'exprimer dans un cadre démocratique
: le droit de manifester, qui est une liberté fondamentale et ne peut être
dévoyé par la violence ; mais aussi le dialogue, notamment avec les élus
lycéens, qui est le seul moyen d'apporter des réponses.
C'est dans cet esprit de transparence et de dialogue que j’ai demandé aux
proviseurs de réunir dès cette semaine, partout où c’est nécessaire, les
conseils de la vie lycéenne, et aux recteurs de réunir sous 48 heures les
conseils académiques de la vie lycéenne. Les proviseurs sont également invités
à convoquer un conseil d’administration extraordinaire associant représentants
des personnels, des lycéens et élus locaux pour travailler ensemble.
Enfin, pour permettre à toutes les lycéennes et tous les lycéens qui le
souhaitent d'exprimer leurs attentes, leurs inquiétudes et leurs propositions,
une grande plateforme de concertation sera ouverte dès lundi matin.
Chaque voix doit pouvoir être entendue. Les contributions seront analysées
localement, à l'échelle académique et à l'échelle nationale. Pour agir, dans
l'intérêt des élèves et de l'École.
> [Blocage des lycées] Un lycée incendié, des personnels aspergés d’essence, un bilan de blessés qui s’alourdit : les violences commises depuis ce matin aux abords des lycées sont d’une extrême gravité. Elles dépassent largement la seule question de l’École. Aucune revendication ne peut justifier de tels actes. J’adresse tout mon soutien aux victimes et pense aux élèves et aux personnels qui vont retrouver leur établissement saccagé. Je veux saluer tout particulièrement le courage des chefs d’établissement : en première ligne, directement pris pour cible, ils continuent de protéger leurs élèves et leurs équipes. Ils peuvent compter sur mon soutien total. Ceux qui commettent ces violences doivent être poursuivis et sanctionnés. Chacun doit mesurer la responsabilité de ses paroles et de ses appels à la mobilisation. Notre responsabilité est claire : protéger les élèves et les personnels, et permettre aux enseignements de se poursuivre. J’ai donc demandé que les cours soient assurés à distance lorsque des dégradations ou des blocus empêchent l’accueil des élèves en toute sécurité. Ces décisions seront prises au cas par cas par les chefs d’établissement, en lien avec les autorités académiques. Les préfets seront préalablement informés pour coordonner la sécurisation des abords. La violence ne privera pas nos élèves de leur droit fondamental à l’instruction.
> [Blocage des lycées] Nous aurons un peu plus de 400 lycées qui seront fermés aujourd'hui. Soit parce qu'il y a eu des dégradations matérielles qui empêchent, en fait, l'accueil des lycéens. Je pense par exemple aux destructions de systèmes incendie. Et donc, on ne peut plus accueillir des lycéens tant qu'ils n'ont pas été réparés. Soit parce qu'il y a des personnels qui ont été directement et délibérément visés. Et dans ce cas-là, il y a aussi mon devoir d'employeur, qui est de protéger non seulement les élèves, mais les personnels. Et dans ces hypothèses-là, les établissements ont été fermés aujourd'hui.
> [Blocage des lycées] A ce stade, on a eu 65 personnels blessés, on a eu 40 proviseurs parmi eux qui ont été blessés. 40, quand même. Donc, je les appelle au fur et à mesure pour avoir évidemment de leurs nouvelles, et puis pour leur apporter mon soutien. La plupart me disent : "Les personnes que j'avais en face de moi, ce n'étaient pas mes élèves." Quand même. Je veux dire, au moment des faits violents. Donc, on a des individus violents, ça a été aussi documenté par le renseignement territorial, qui prennent en otage le mouvement, infiltrent les groupes de lycéens. Et ensuite, évidemment, il y a des lycéens qui, j'allais dire, dans la chaleur du moment, suivent. Mais au départ, on n'a pas forcément de lycéens violents, en tout cas très peu. On a des individus extérieurs, très clairement, ça, c'est documenté, qui sont là pour nuire. Accessoirement, quand même, quand vous avez des tirs de mortiers, je rappelle que les mortiers, ce n'est pas en vente libre, vous ne les trouvez pas à l'épicerie à côté de chez vous. Donc, ces gens-là aussi ont une logistique qui leur permet de faire ce qu'ils font.
> [Blocage des lycées] Il y avait un mouvement réel et avec, objectivement, une situation qui n'était pas normale, au passage, qu'on a résolu pour la quasi-totalité dans la semaine qui a suivi quand même. Parce qu'il manquait une infirmière, il manquait un directeur des travaux, il manquait un proviseur adjoint. Tout ça a été pourvu dans la semaine qui a suivi. Donc, on a réagi, on a trouvé des solutions. Mais très clairement, trois jours plus tard, c'est-à-dire le 21 septembre, le lundi 21, vous avez un député LFI qui vient sur site, qui harangue la foule et qui incite sur les réseaux sociaux ensuite à propager le mouvement. Et ensuite vous avez des députés LFI, ensuite, qui font le tour des établissements en incitant aux blocages, aux manifestations, etc. Et au moment où les choses dégénèrent, et c'est là que, pour le coup, il y a quand même un sujet, au moment où les choses dégénèrent, où des individus extérieurs commencent à tirer des mortiers, et cetera, au risque de blesser les élèves, ces mêmes élus incitent à l'extension des blocages. Et c'est là que moi, je dis que c'est irresponsable. C'est quand on a la responsabilité de mineure… Pardon, moi, j'ai la responsabilité de 12 millions de mineurs. Aujourd'hui, il y a une chose que je sais : c'est que les envoyer sur des lieux de blocage, c'est les mettre en danger compte tenu des éléments qu'il y a autour. Et ça fait une semaine que je le dis.
> Il y a une question de savoir si la démocratie est encore audible quand tout le monde appelle à la contourner. C'est ça, le problème. Si vous faites un court-circuit de la démocratie par la violence, évidemment, la démocratie est moins audible. Mais dans un État de droit, c'est ce à quoi je crois, et ce que je sers, c'est quand même la démocratie qui permet d'en sortir. La démocratie, c'est se réunir dans des instances avec des élus ou même sans élus, d'ailleurs. Les gens que je reçois ne sont pas tous élus, mais ce n'est pas grave.
> [Blocage des lycées] Quand vous avez des éléments violents, ultra-violents comme ceux qu'on a vus… Enfin, hier, ils ont mis le feu à un établissement dans lequel j'avais 160 internes, quand même. Enfin, il faut se rendre compte de ce qui se passe. J'ai des personnels de la région à Marseille qui ont été aspergés d'essence parce qu'ils tentaient d'éteindre un incendie et on leur a tiré dessus des pétards. Donc, si la question est de savoir si, dans un contexte de violence comme ça, il est possible qu'il y ait un drame qui arrive, autant contre nos élèves, contre le personnel, enfin… Moi, je considère déjà que des drames, certes pas ultimes, mais enfin quand même, il y a eu des situations dramatiques et c'est pour ça qu'une fois encore, je rappelle et j'appelle vraiment tout le monde au calme et à l'apaisement : la classe politique, les élèves, les jeunes qui essaient de les récupérer. Il faut que tout le monde s'apaise.
Philippe Baptiste (ministre de l’Enseignement
supérieur, de la Recherche et de l’Espace)
> [Mouvementé étudiant] Hier, on a eu une mobilisation étudiante avec une
quarantaine de sites, c'est-à-dire soit des bâtiments, soit des morceaux de
campus qui se sont mobilisés. Quasiment aucune violence. Je voudrais saluer ça
parce que je pense qu'être jeune et avoir des revendications, avoir des choses
à dire sur l'état de la jeunesse, etc., c'est légitime et c'est à nous aussi de
l'écouter. Je pense que vraiment… Mais ça doit se faire sans violence. Et ce
qu'on voit aujourd'hui, à ce stade, dans les universités, c'est le cas. Et je
voudrais souligner la responsabilité de tout le monde et le travail aussi des
présidents d'université, des enseignants-chercheurs qui sont à l'écoute et qui
sont sollicités. Maintenant, évidemment, on voit qu'il y a un mouvement lycéen
qui ne ressemble pas du tout à ça, évidemment, et qui est extrêmement massif.
Et, pour le coup, les violences sont terribles. Mais je pense que ces
violences, elles sont terribles et, quelque part, elles ne servent aucune cause
puisqu'on a basculé dans un phénomène de violence urbaine. Et je pense vraiment
que c'est quelque chose qui n'est pas productif, qui, en plus, est récupéré de
manière assez lamentable, par La France insoumise, pour dire les choses un peu
brutalement. Et donc tout ça ne sert en rien, je crois, la cause de la jeunesse
et la cause des lycéens.
> [Blocage des lycées] Je ne veux pas de violence,
c'est ça qui me semble être essentiel. Maintenant, est-ce qu'aujourd'hui on ne
peut que constater que… Moi, je crois qu'il y a un sujet autour de la jeunesse
en général, et je pense qu'il faut qu'on arrive effectivement à dialoguer et à
comprendre, à expliquer et aussi, quelque part, à faire des propositions. Donc
je pense qu'il faut qu'on arrive à avancer sur ce sujet-là. Pour ça, il faut
qu'il y ait un dialogue. Et pour ça aussi, il faut aussi que, quelque part, les
violences qu'on a pu voir ces derniers jours, mais qui sont quand même
abominables… Pardon de revenir là-dessus. Enfin ce qu'on a vu dans les lycées,
où on a vu des professeurs, des enseignants, des proviseurs, des lycéens se
faire blessés. Mais des pompiers aussi. Enfin, tout ça est quand même
abominable, quoi. (…)
Je crois qu'il y a une forme de déchaînement de violence. On a basculé un peu
dans le terme de violence urbaine, c'est-à-dire que c'est un phénomène qui est
assez inédit, assez complexe, avec des revendications qui ne sont pas toujours
très structurées. Je parle pour les lycéens. Dans le supérieur, c'est
différent. Je pense que les revendications sont très structurées, au contraire.
Des revendications qui ne sont pas toujours très structurées. Et puis, à côté
des lycéens qui, quelque part, enfin, être lycéen et revendiquer, pardon, mais
enfin, on l'a tous fait à un moment ou à un autre. Enfin, j'espère qu'on l'a
tous fait. Mais par contre, ce qui ne va pas aujourd'hui, c'est le déchaînement
de violence, c'est la récupération, voire parfois LFI qui allument des mèches à
droite à gauche. Et puis à côté de ça, c'est aussi, on voit qu'à côté des
lycéens, il y a aussi des gens qui ne sont pas des lycéens, qui peuvent être
des casseurs, qui peuvent piller. Et puis on a aussi maintenant l'apparition de
black blocs. Donc ça, c'est évidemment aussi une difficulté.
> [Blocage des lycées] Le terme de répression policière ne me semble pas du tout être le terme adapté. Je crois qu'au contraire, il y a eu une très grande maîtrise des forces de l'ordre aujourd'hui. Il faut voir la massification de ce qui se passe aujourd'hui, le fait que c'est quelque chose d'extrêmement… des comportements qui sont parfois extrêmement violents. Et, encore une fois, pas toujours de lycéens, de personnels qui sont très souvent en dehors de l'établissement et qui sont d'une très grande violence aujourd'hui, d'une très grande agressivité. Et je crois qu'il y a eu beaucoup de mesures jusqu'à maintenant. Mais voilà, il faut être extrêmement prudent. Et puis il faut ouvrir le dialogue. C'est ce qu'a fait Édouard Geffray, il l'a annoncé hier, le ministre de l'Éducation nationale. Et je pense que c'est extrêmement important que ce dialogue se tienne.
> [Blocage des lycées] On a à la fois des
responsables LFI qui, effectivement, viennent allumer quelque part le feu à
droite, à gauche et après tentent de récupérer le mouvement. Et très souvent,
d'ailleurs, les lycéens n'aiment pas ça. Mais enfin, il y a une tentative de
récupération. Mais au-delà de ça, moi, ce qui me choque profondément, mais
vraiment, qui me choque profondément, c'est quand j'entends des responsables de
La France insoumise expliquer de manière… Alors parfois en utilisant quelques…
peut-être pas de manière complètement directe, mais que la violence est
légitime. Eh bien non. Non. (…)
On est dans un État de droit. Et dans un État de droit, la violence n'est pas
légitime. Si on conteste ça, ça veut dire qu'on conteste même le principe de
l'État de droit. C'est un parti qui est quand même un parti qui est représenté
au Parlement, qui se veut être un parti de Gouvernement. (…)
Moi, ça me choque profondément. Et j'attends quelque part une condamnation
ferme et claire, de la part de Jean-Luc Mélenchon, de la part de tous ces
responsables de La France insoumise, des violences. On a le droit de
revendiquer, on a le droit de ne pas être d'accord, évidemment. Je veux dire,
on… Mais là, on est, on est dans autre chose. Et faire basculer les lycéens
dans autre chose, c'est de la manipulation.
> On a déjà annoncé 200 emplois de plus pour les restaurants universitaires. Au-delà de ces 200 emplois, on pourra en mettre 600 autres de plus. Donc au total, c'est 800 personnes en plus qui vont venir renforcer les restaurants universitaires. Pourquoi ? Parce qu'avec le repas à 1 euro, on est face à un afflux gigantesque aujourd'hui d'étudiants. Certains restaurants universitaires ont vu leur taux de fréquentation progresser de 140 %. Donc vous imaginez bien que c'est très difficile de suivre. On met aussi beaucoup d'argent sur la table pour l'an prochain, près de 150 millions d'euros en plus pour les restaurants universitaires. Donc on sera mobilisés. C'est un exemple. Et après, je pense qu'il y a d'autres sujets. Il faut qu'on les ouvre, il faut qu'on les discute. C'est vrai. Voilà.
> [Budget 2027] On est dans une situation qui est, dans une situation budgétaire, qui est extrêmement tendue, avec un niveau d'endettement de la France qui est très élevé, comme vous le savez, des taux d'intérêt qui montent aussi régulièrement. Donc aujourd'hui, on a un devoir de responsabilité. Et ce devoir de responsabilité, je sais que ça peut paraître extrêmement abstrait pour beaucoup des auditeurs, mais pardon, je veux dire, c'est vraiment quelque chose de fondamental. Si on n'a pas cette responsabilité, et bien derrière, en fait, rien ne sera possible. Donc il faut qu'on soit responsable et donc il faut aussi qu'on trouve des mesures d'économie.
> [Bardella] Moi, je vais vous dire, première
réaction, c'est déjà la nausée. Moi, j'ai la nausée quand je vois
l'antisémitisme d'extrême gauche ou quand je vois l'antisémitisme d'extrême
droite. Après, de quoi on est en train de parler ? On est en train… Moi, j'ai
une révélation à vous faire. Le Front national a été fondé par des Waffen-SS et
des miliciens, je veux dire. Enfin bon, ben voilà, le Front national, la suite
du Front national, c'est le Rassemblement national. Et là, aujourd'hui, on est
en train de se dire : tiens, c'est bizarre, Jordan Bardella aurait tenu
des propos antisémites. Ah bah ça ! C'est surprenant. (…)
Je n'arrive pas à être complètement surpris par le scandale qui arrive
aujourd'hui. Et j'entends aussi que le Rassemblement national veut être
respectable et passe son temps à ripoliner ses murs. Mais enfin, je veux dire
c'est comme les écuries d'Augias. Visiblement, ils ont du mal.
Maud Bregeon (porte-parole du Gouvernement et ministre
déléguée auprès du Premier ministre chargée de l’Énergie auprès du ministre de
l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et
numérique)
> La responsabilité politique et morale de LFI face aux violences est
évidente. Depuis les prémices du mouvement, comme à plusieurs reprises par le
passé, leurs élus instrumentalisent les revendications et organisent une
stratégie électorale fondée sur l’engrenage de la violence.
> Des forces de sécurité, des pompiers, des personnels de l’éducation nationale, des étudiants, des journalistes ont été ciblés à coup de tirs de mortiers ou des bars de fer. Ces modes opératoires sont ceux de violences urbaines et de factieux, pas de revendications étudiantes.
Benjamin Haddad (ministre délégué auprès du
ministre de l’Europe et des Affaires étrangères chargé de l’Europe)
>Dix ans après le Brexit, le premier ministre britannique ouvre le débat sur
un retour dans l’Union Européenne. Un message fort à tous nos anti-européens:
aucun pays n’est plus fort seul.
► Assemblée nationale
Yaël Braun-Pivet (présidente)
> Je suis profondément en colère. Aujourd’hui, des femmes et des hommes
chargés de notre sécurité sont roués de coups. Une policière entend « tuez-la »
avant d’être frappée. Des pompiers sont pris pour cible. Des lycées brûlent.
C’est insupportable. Aux députés, je vous le demande avec la plus grande
fermeté : appelez au calme. Maintenant. Faites cesser cette escalade. On ne
transige pas avec la violence. On ne lui cherche aucune excuse. On la condamne
et on fait tout pour qu’elle cesse.
> Le Bureau de l’Assemblée nationale a été renouvelé dans le respect de nos règles démocratiques et de la diversité politique de notre hémicycle. Cette année, les Français attendent beaucoup de nous. Nous devons poursuivre notre travail et être à la hauteur de leurs attentes. Je remercie les présidents de groupe et les députés qui ont contribué à ce que toutes les sensibilités politiques des Français soient pleinement associées au fonctionnement de notre Assemblée. Je félicite également les présidents de commission et les membres de leurs bureaux, tous reconduits dans leurs fonctions.
► Partis politiques
● Renaissance
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne sont pas centristes
et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus retranscrits]
Gabriel Attal (député, secrétaire général de Renaissance, président du
groupe Ensemble pour la république à l’Assemblée nationale)
> [Loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles / Intervention à
l’Assemblée] Au moment même où nous parlons, il y a sans doute, quelque part en
France, une petite fille qui a appris très tôt à avoir peur ; une petite
fille qui ne sait peut-être pas mettre les mots sur ce qui lui arrive ;
une petite fille qui connaît la crainte de la douleur et la solitude de
l’angoisse ; une petite fille qui se demande si c’est normal – qui
se demande si quelqu’un la croira si elle parle.
Au moment même où ce débat commence dans l’hémicycle, il y a certainement en
France une femme qui attend, garée en face d’un commissariat, assise à
l’intérieur de sa voiture, la main sur la poignée, tétanisée, incapable de
sortir. Elle a répété cent fois dans sa tête ce qu’elle allait dire. Mais elle
a peur – peur de ne plus trouver les mots, peur qu’on lui
demande pourquoi elle est restée, pourquoi elle n’a pas parlé plus tôt ;
peur qu’on relativise ; peur de la suite.
Il y a aussi toutes celles et tous ceux qui ont parlé. Il y a ces femmes qui
ont réussi à rassembler le courage dont elles avaient besoin pour briser les
chaînes du silence. Il y a ces enfants qui ont réussi à mettre des mots sur
l’indicible.
Aujourd’hui, tous nous entourent. Ils nous regardent ; ils comptent sur
nous.
Car derrière les violences sexistes et sexuelles, derrière les articles du code
pénal et derrière les statistiques, il y a d’abord des vies : des
existences coupées en deux, une enfance qui ne sera plus tout à fait une
enfance, une confiance qui ne sera plus jamais intacte. Trop souvent, une vie
entière est passée à essayer de reconstruire ce qu’un autre a détruit. Tel est
le drame de ces violences : une condamnation à vie pour la victime.
Parfois, le choc devient l’émotion d’une nation tout entière : l’affaire
Le Scouarnec ; les auditions de la Ciivise ; l’affaire
Bétharram ; le scandale du périscolaire parisien, où l’ampleur et la
monstruosité des violences sur nos enfants sont apparues ; Mazan, où le
courage de Gisèle Pelicot est devenu une inspiration pour tout un pays ;
Lyhanna, un nom devenu comme une meurtrissure dans l’âme de notre pays,
synonyme d’un échec collectif, car nous aurions pu éviter ce drame effroyable.
Après chacun de ces drames vient le temps de la sidération, de l’indignation et
de la colère ; mais je refuse que vienne le temps de l’oubli. Je refuse
que vienne le temps, plus effroyable encore, de la résignation. Au fond, une
seule question doit nous guider : avons-nous fait tout ce qui est en notre
pouvoir pour éviter ces drames ? Avons-nous fait tout ce qui est possible
pour les empêcher ? Non ; malheureusement non.
Depuis dix ans, nous avons mené un effort sans précédent pour combattre les
violences sexistes et sexuelles : allongement des délais de prescription
des crimes sexuels commis sur des enfants, formation des forces de l’ordre,
bracelet antirapprochement, téléphone grave danger, ordonnance de protection,
réforme de l’autorité parentale, lutte contre les violences sexuelles en ligne,
inscription du non-consentement dans la définition pénale du viol. Nous avons
fait des pas de géant, mais nous partions de très loin.
Il reste pourtant quelque chose d’irrespirable pour les victimes dans notre
société. Nous devons le reconnaître, nous ne sommes pas encore à la
hauteur : il reste beaucoup de chemin à parcourir pour éveiller les
consciences, pour que chaque parole puisse se libérer sans crainte, pour que
chaque victime sache qu’elle ne brise pas le silence en vain.
Car la réalité est là : encore aujourd’hui, près des trois quarts des
plaintes pour violences sexistes et sexuelles et plus de neuf plaintes pour
viol sur dix sont classées sans suite. Si le nombre de plaintes pour viol a
triplé depuis 2016, le nombre de condamnations n’a augmenté que d’un tiers.
Ces chiffres ont un sens : à la violence s’ajoute encore trop souvent une
autre souffrance – celle de ne pas être entendue, de n’être pas
protégée, ou de l’être trop peu, trop tard, trop lentement, celle de voir sa
parole se heurter au mur des procédures et des lourdeurs.
C’est précisément pour cette raison que nous avons besoin de cette proposition
de loi. Avec ma formation politique, je la soutiens et l’appelle de mes vœux
depuis plus d’un an.
Le fait qu’elle ait été inscrite à l’ordre du jour, portée et défendue par
différents groupes politiques, constitue à la fois une force et un soulagement.
C’est la démonstration de notre capacité à nous retrouver lorsque l’essentiel
est en jeu.
C’est la preuve que certaines causes, certains combats, méritent mieux que les
déchirements partisans et qu’il faut savoir s’allier lorsque les circonstances
l’exigent – pour libérer la parole des victimes, pour qu’aucune
femme, aucun enfant, n’ait plus peur des violences.
Je salue la rapporteure générale, Mme Céline Thiébault-Martinez, qui a
déposé cette proposition de loi et qui œuvre, avec les corapporteurs, dans un
esprit d’action et de respect des positions de chacun.
Je remercie Christopher Weissberg, qui préside la commission spéciale en
permettant à chaque sensibilité de s’exprimer et au texte de s’enrichir.
Je remercie également la présidente de la délégation aux droits des femmes et à
l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, Véronique Riotton, qui
mène ce combat depuis plusieurs années.
Enfin, je salue l’engagement de la ministre Aurore Bergé et de l’ensemble des
membres du gouvernement concernés par ce texte. Je sais, madame la ministre,
combien cette cause vous tient à cœur et combien votre engagement est sincère.
Mais nous ne serions pas là sans l’engagement de toutes les pionnières, sans le
courage de toutes les femmes qui se sont dressées contre les inégalités, contre
une société où l’on considérait qu’il pouvait exister des baffes acceptables ou
des coups mérités, sans le combat incessant des associations qui aident et
accompagnent les victimes. J’en ai encore rencontré ce matin – elles
sont l’aiguillon du progrès.
S’unir contre les violences sexistes et sexuelles dans nos débats est important ;
s’unir, c’est précisément ce que permet cette proposition de loi.
Le constat est simple : notre réponse ne peut plus être fragmentée. La prévention,
le repérage, la protection, la justice, le soin et l’accompagnement ne peuvent
fonctionner en vase clos comme autant de mondes séparés. Nous devons construire
une chaîne complète de protection, depuis les premiers signaux jusqu’au
jugement des auteurs et à la reconstruction des victimes.
Nous devons mettre fin à ce débat dépassé entre ceux qui voudraient seulement
prévenir et ceux qui voudraient uniquement sanctionner. Ce clivage est
mortifère pour les victimes. Il ne conduit qu’à des lenteurs coupables, à des
défiances absurdes et à des drames effroyables.
La prévention, la protection et la sanction sont indissociables. C’est
précisément le sens du mot intégral : ne pas choisir entre prévenir et
sanctionner ; ne pas opposer éducation et justice, protection et
répression, accompagnement des victimes et fermeté à l’égard des auteurs. Il
s’agit d’unir nos forces et de permettre à chacun d’avancer dans le même sens.
Nous menons un combat pour l’égalité des droits, contre la violence, pour les
femmes et pour notre jeunesse. C’est aussi un combat pour un modèle de société
dans lequel chaque femme peut vivre librement, sans crainte et sans
danger ; un modèle dans lequel chaque enfant peut grandir dans
l’insouciance sans risque de voir son avenir se briser.
Ce combat, il me tient passionnément à cœur – probablement
plus que tout autre. Je le mène en tant que fils, et en tant que frère
de trois sœurs. Je le mène en tant que responsable politique engagé depuis la
première heure pour l’égalité et qui a eu l’honneur, comme premier ministre, de
faire aboutir l’inscription du droit à l’avortement dans notre Constitution.
J’ai l’honneur d’apporter le soutien de mon groupe à ce texte fondamental. Nous
continuerons à nous battre corps et âme pour l’égalité, contre les violences,
pour notre jeunesse, parce que c’est notre ADN, la racine de notre engagement.
Nous continuerons de nous battre tant que ce combat ne sera pas gagné.
Ce texte constitue une nouvelle étape majeure dans le combat contre les
violences, car il cherche à agir avant comme après – avant
par la prévention, après par la sanction.
Aucune loi ne rendra une enfance volée ; aucun article du code pénal n’effacera
jamais une violence commise ; nous ne rendrons jamais aux victimes les
jours, les années – parfois les décennies – de peur, de coups
et de larmes.
Mais nous pouvons décider de les écouter ; nous pouvons décider que leur
parole ne soit jamais vaine ; nous pouvons faire en sorte qu’une femme qui
pousse la porte d’un commissariat rencontre quelqu’un qui saura l’entendre,
qu’un enfant qui tente d’exprimer sa souffrance trouve devant lui un adulte
capable de comprendre, que jamais plus une victime ne se sente obligée de se
demander si parler était une erreur, que jamais plus un dossier ne traîne au
risque de conduire à l’irréparable.
Nous ne devons plus attendre le prochain prénom, le prochain visage, le
prochain drame qui bouleversera la France.
Cet après-midi, je pense à cette femme qui hésite à porter plainte, à cette
petite fille qui, quelque part en France, hésite encore à parler. Nous ne
pourrons pas effacer ce qu’elles ont subi, mais nous devons pouvoir leur faire
une promesse – dès qu’elles parleront, la République sera là.
> Au milieu des violences, un proviseur éclaboussé par de l'essence, plusieurs lycées incendiés, des professeurs attaqués, des proviseurs molestés, des membres des forces de l’ordre pris pour cible, des pompiers assaillis… Et vous [M. Mélenchon] préférez jouer sur les mots ? Reconnaissez votre responsabilité devant les Français. Cessez de faire des jeunes de la chair à canon. Vous êtes et serez tenu responsable des drames.
> À la Maison des femmes de Saint-Denis ce matin, j'ai écouté. J'ai été touché par le courage de celles qui se relèvent et par le dévouement de celles et ceux qui les accompagnent.
> Chères et chers professeurs de France,
Depuis le début de la semaine, des centaines d’établissements sont bloqués. Vos
cours sont annulés, les élèves qui veulent travailler sont intimidés, les
retards s’accumulent déjà avec les mêmes victimes : les jeunes qui en ont le
plus besoin. Pire, les violences se multiplient. Violences contre les
établissements : poubelles incendiées, mobilier dégradé, collèges et lycées
saccagés. Violences contre vous également, car aux injures et aux intimidations
se sont ajoutées des agressions physiques inacceptables, comme l’un de vos
collègues à Lille en a été victime. Ces blocages sont inadmissibles. Ces
violences sont intolérables. Et vous le savez pour le voir, les meneurs des
blocages ne sont souvent même pas les élèves de vos établissements. Ces
bloqueurs professionnels sont formés et envoyés par La France Insoumise, qui
utilise les élèves comme de la chair à canon à des fins purement électorales. Les
problèmes de l’école ne les intéressent pas. Les difficultés des élèves ne les concernent
pas. Pour eux, seuls le désordre et le chaos comptent. Nous avons un point
commun : notre amour pour l’école. Notre conviction qu’elle est le seul chemin
vers la liberté et l’émancipation. Qu’elle seule permet l’élévation de chacun. Comme
ministre, j’ai agi à vos côtés : choc des savoirs pour enfin élever le niveau, restauration
de votre autorité, fin du "pas de vague", affirmation des valeurs de
la République. J’ai montré qu’il était possible d’engager des changements
majeurs sans provoquer aucun blocage. Faute de volonté et d’impulsion
politiques, ces changements ont trop souvent été abandonnés par la suite. Nous
croyons en notre jeunesse. Nous refusons de voir ses inquiétudes sincères être
manipulées politiquement. Nous devons répondre au problème à la racine : chaque
heure de cours doit être assurée. Pour cela, il faut revaloriser la profession
d’enseignant, rendre votre métier, le plus beau du monde, plus attractif. C’est
pourquoi je propose la plus importante hausse de salaires des professeurs
jamais menée : entre 200 et 500 euros supplémentaires par mois. Nous devons
organiser une permanence des cours pour qu’il y ait un professeur en face de
chaque classe. C’est pourquoi je souhaite donner plus d’autonomie aux chefs
d’établissement pour qu’ils puissent l’organiser librement avec vous. Je veux
aussi réaffirmer votre autorité. Comme ministre, je vous ai rendu le dernier
mot sur le redoublement. Je souhaite que ce soit le cas pour chaque décision.
Une note, une sanction ne doit pas être le prétexte à des discussions à
l’infini. C’est vous qui savez ce qui est juste. Et plus largement, nous avons
besoin de combattre sans relâche la montée de la violence dans notre jeunesse. Vous
en êtes les premiers témoins, et parfois les premières victimes. Les réseaux sociaux
banalisent la violence, la relativisent. Ils laissent croire que tout serait permis,
tout serait possible et sans conséquences. Alors, je veux faire aboutir
l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, que je porte depuis des
années maintenant. C’est une mesure de salubrité publique pour notre jeunesse. Mais
ce n’est pas tout, et je veux remettre au cœur de notre jeunesse un principe simple
: la responsabilité. Notre droit n’est plus adapté et donne le sentiment
qu’aucun acte n’aurait de conséquences. C’est pourquoi je veux mettre en place
une échelle nationale des sanctions, dans les établissements, pour que les
choses soient désormais claires et identiques partout. C’est pourquoi je
propose une réforme de la Justice des mineurs pour sanctionner réellement et
rapidement ceux qui commettent des dégradations ou des violences. Notre
jeunesse mérite mieux que d’être manipulée. Nous devons lui donner les armes
pour réussir. C’est votre vocation et c’est mon engagement depuis la première
minute. L’école sera la priorité absolue de mon mandat. Comptez sur moi pour
continuer à me battre avec vous, pour vous et pour notre jeunesse.
Elisabeth Borne (députée)
> Face aux mouvements en cours dans certains lycées, je veux apporter
mon soutien aux proviseurs, aux professeurs et à tous les personnels des
établissements, ainsi qu’aux forces de l’ordre mobilisées pour garantir la
sécurité de chacun. Les inquiétudes et les revendications d’une partie de notre
jeunesse doivent être entendues. Mais les violences, les dégradations et les
intimidations sont inacceptables. Elles appellent une réponse ferme, juste et
proportionnée. En soufflant sur les braises, des élus LFI ne défendent pas la
jeunesse : ils instrumentalisent ses inquiétudes et font le choix de l’escalade
et du chaos. Notre jeunesse mérite mieux.
Marc Ferracci (député)
> Des biens publics incendiés, des enseignants ou des policiers tabassés:
voilà le résultat lorsque certains édiles comme le maire LFI de Saint-Denis
proclament que « la violence peut être légitime. » Les revendications
des lycéens doivent être entendues. Mais aujourd’hui, elles sont
instrumentalisées par les ingénieurs du chaos de la secte insoumise… qui font à
peu de frais la campagne du RN. La République, ce n’est pas cela.
> La Commission européenne a annoncé ce jeudi la clôture des deux procédures ouvertes en 2015 et en 2019 sur l'hydroélectricité. Un bras de fer qui pesait lourdement sur l'investissement dans notre deuxième source d'électricité, et la première renouvelable. Ce dénouement, je l'ai accompagné. Ministre chargé de l'Industrie et de l'Énergie, j'ai porté le compromis trouvé avec Bruxelles en août 2025. Il garde nos barrages dans le giron de l'État et permet à Électricité de France (EDF) comme à la Compagnie nationale du Rhône (CNR) de continuer à les exploiter. En juin, nous l'avons inscrit dans la loi. Concrètement, le secteur passe d'un régime de concession à un régime d'autorisation. Les exploitants conservent les ouvrages pendant 70 ans. Et 40 % des capacités installées s'ouvrent pendant 20 ans à d'autres acteurs, pour faire vivre la concurrence sans démanteler notre modèle. En Aveyron, à la centrale de Montézic, les équipes d'EDF m'avaient fait mesurer ce que représentent ces investissements désormais possibles pour nos territoires. Des emplois qualifiés, des savoir-faire industriels uniques, une électricité pilotable et décarbonée au cœur de nos vallées. Une nouvelle centrale de 466 MW y viendra compléter les 910 MW déjà en service. Ces équipes attendaient de la visibilité pour investir. Elles l'ont désormais. Moderniser les ouvrages, relancer les investissements, augmenter nos capacités. C'est aussi dans nos vallées que se joue notre souveraineté énergétique.
Violette Spillebout (députée)
> Voir la casse, les dégradations, le feu aux abords de plusieurs lycées
lillois, c'est une terrible image de notre ville. Voir des jeunes, des
policiers, des enseignants attaqués et même blessés, c'est intolérable. Nous
sommes face à un mouvement qui dépasse largement les revendications des lycéens
sur les moyens d'enseignement : il s'agit d'une violence urbaine légitimée,
organisée et attisée par des élus LFI et des groupuscules d'extrême-gauche.
Bien loin de manifestations pacifiques pour l'école. Tout mon soutien à la
communauté éducative, aux élèves qui veulent étudier et à leurs parents, aux
forces de l'ordre et de secours, pour leur difficile travail pendant cette
crise inédite. J'espère que la réponse judiciaire sera à la hauteur pour
sanctionner les casseurs et agresseurs.
Laure Miller (députée)
> Vous l’avez peut-être vu cet été, le Conseil constitutionnel a censuré
en partie ma proposition de loi sur les réseaux sociaux. Si l’interdiction de
l’utilisation du téléphone portable au lycée a bien été validée, les Sages ont
considéré que l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans était une
mesure trop attentatoire à leur liberté d’expression, balayant d’ailleurs trop
rapidement à mon sens l’enjeu de santé publique, alors même qu’un rapport de
l’ANSES démontrait en début d’année la dangerosité intrinsèque de ces réseaux
pour la santé mentale, notamment des plus jeunes. Cette décision s’impose à
nous, naturellement. Cela ne veut cependant pas dire qu’il faut abandonner ce
combat et je me suis très vite remise au travail avec le Gouvernement pour essayer
de trouver une nouvelle rédaction qui pourrait convenir aussi bien à la
Commission européenne qu’au Conseil constitutionnel, ce qui n’est pas une tâche
aisée puisque le second nous demande de faire à peu près tout ce que la
première nous avait demandé de ne pas faire... Et quoi qu’il arrive, le combat
mené depuis 18 mois n’aura pas été vain, non seulement car il a permis à de
nombreux parents de prendre conscience de ce qu’il se passait dans le téléphone
de leur enfant, mais aussi, et surtout, car la large adoption de ce texte en
France a certainement joué un rôle majeur dans les annonces de la Commission
européenne du début du mois. Celle-ci a en effet proposé un nouveau règlement
visant justement à interdire les comptes personnels pour des mineurs de moins
de 15 ans sur les réseaux sociaux, parmi toute une série de mesures pour mieux
protéger les jeunes en ligne, qui vont pour la plupart d’entre elles dans le
bons sens. Je continue aussi, comme vous le verrez ci-dessous, à porter ce
sujet localement et nationalement dans le débat public, notamment pour que
chacune et chacun soit amené à se positionner dans la perspective des échéances
de l’année prochaine. Ce type de bataille n’est jamais sans heurt, mais je
continue, avec d’autres, à la mener avec détermination et confiance dans
l’avenir. Nous finirons par pouvoir enfin protéger correctement nos enfants
dans le monde numérique !
Guillaume Gouffier Valente (député)
> [Loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles /
Intervention à l’Assemblée] Au moment de commencer mon propos, je dois vous
faire une confidence : préparer cette intervention n’a pas été simple. Il
y a certainement un peu de fatigue après ces dernières semaines de travail
intense – et je tiens dès maintenant à remercier les
administratrices et les administrateurs, nos équipes parlementaires pour tout
le travail accompli. (Applaudissements sur tous les bancs.)
S’y ajoute l’émotion devant le chemin parcouru, par les associations, d’abord,
qui depuis des années alertent, accompagnent, documentent, parfois dans
l’indifférence, mais ne lâchent jamais – je les salue –, par notre coalition
parlementaire, ensuite, qui a choisi de dépasser les clivages pour construire
cette proposition de loi intégrale. Je tiens à saluer la démarche
transpartisane lancée par notre rapporteure générale, Céline Thiébault-Martinez
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC), le gouvernement, pour son
soutien, la ministre Aurore Bergé, pour les travaux et les échanges que nous
avons poursuivis au cours des dernières années et l’action décisive de la
présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, pour l’inscription à
l’ordre du jour de ce texte. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR
et Dem ainsi que sur les bancs des commissions et du gouvernement.)
S’y mêle, enfin, une forme d’humilité face à l’ampleur du fléau que nous
combattons. En effet, lorsque nous parlons de violences sexistes et sexuelles,
nous parlons de violences profondément ancrées dans notre société, et nous
devons regarder la réalité en face. Depuis dix ans, nous avons légiféré, nous
avons créé des dispositifs, nous avons agi. Pourtant, les violences perdurent.
Elles touchent les femmes, les enfants. Elles traversent tous les territoires,
tous les milieux sociaux, toutes les générations, tous les métiers, toutes les
institutions. Nous parlons de plusieurs centaines de milliers de victimes par
an. Nous parlons de millions de victimes dans tout notre pays. Nous parlons de
violences qui perdurent depuis toujours, de violences issues du patriarcat qui,
pendant trop longtemps, ont été banalisées, invisibilisées, tues. C’est un
phénomène systémique.
Les cris des victimes, nous les entendons. Nous les comprenons. Certains nous
habitent pour toujours. Ils nous obligent.
Aussi la question qui nous est posée aujourd’hui n’est-elle pas de savoir s’il
faut agir. Nous le savons et nous le faisons. La question est de savoir si nous
sommes prêts à agir autrement.
Face à un phénomène systémique, nous ne pouvons plus répondre par une
succession de mesures isolées. Nous devons construire une politique globale.
C’est le sens de cette proposition de loi intégrale : sortir des silos,
faire travailler ensemble tous les acteurs, accompagner les victimes à chaque
étape de leur parcours, réinterroger nos procédures lorsqu’elles ne
fonctionnent pas, lever les tabous, briser les silences et, lorsqu’il le faut,
affronter les logiques d’omerta. Pour y arriver, il faut aussi donner à celles
et ceux qui sont en première ligne les moyens d’agir. Il faut former. Il faut protéger.
Il faut financer. Parce qu’une politique publique sans moyens reste une
intention.
Telle est l’ambition que nous défendons dans les titres V et VII de cette
proposition de loi, consacrés à l’enseignement supérieur et la recherche et à
la santé, que j’ai l’honneur de rapporter.
Dans le domaine de la santé, nous faisons des choix très concrets. Nous
facilitons le signalement par les professionnels de santé et nous les
protégeons lorsqu’ils agissent pour protéger les victimes. Nous instaurons une
prise en charge intégrale des soins pour les victimes, sur le modèle de celle
qui existe pour les victimes de terrorisme : sans condition de dépôt de
plainte, sans avance de frais et sans dépassement d’honoraires. Ce choix dit
quelque chose de notre conception de la protection des victimes, même si des
améliorations peuvent encore être apportées. Se soigner ne doit pas dépendre de
ses ressources ni de sa capacité à déposer plainte. Se soigner, être
accompagné, se reconstruire est un droit.
Nous renforçons aussi la formation des professionnels et nous faisons entrer
dans la loi une réalité trop longtemps passée sous silence : celle des
violences obstétricales et gynécologiques. Je veux ici remercier l’association
Stop VOG – Stop aux violences obstétricales et gynécologiques –,
ainsi que les professionnels de santé et les collègues qui ont contribué à la
construction de l’article 58. Reconnaître ces violences, ce n’est pas
mettre en accusation l’ensemble des soignants, mais rappeler que personne ne
devrait sortir d’un rendez-vous médical la peur au ventre, humilié, dénigré ou
déshumanisé.
Enfin, nous renforçons les procédures disciplinaires lorsqu’un professionnel de
santé commet des faits d’une particulière gravité susceptibles de mettre en
danger les patientes et les patients. Sur ce sujet, nous devons avoir
collectivement une exigence très claire : une affaire comme celle de Joël
Le Scouarnec ne doit plus pouvoir se reproduire. Jamais !
Et c’est cette même ambition que nous nourrissons pour l’enseignement supérieur
et la recherche. Nous ne pouvons pas accepter que des alertes se perdent, que
des silences protègent davantage une institution que les personnes qu’elle doit
protéger, que la peur soit du côté de celles et ceux qui viennent se faire
soigner, étudier ou demander de l’aide.
Voilà, au fond, l’ambition de ce texte et des titres V et VII que nous
avons adoptés en commission. En séance, en dehors de l’article 49 pour
lequel je vous proposerai de revenir à la philosophie initiale de la
proposition de loi, je forme le vœu que nous gardions l’architecture de ce que
nous avons arrêté en commission : faire de la protection des victimes non
plus seulement une promesse, mais une politique publique cohérente, faire en
sorte que la parole puisse être entendue, que les alertes puissent être
suivies, que les professionnels puissent agir, que les victimes puissent être
accompagnées et que plus jamais personne n’ait peur de pousser la porte d’un
lieu de soin ou d’un établissement d’enseignement supérieur.
Mes chers collègues, sur un sujet comme celui-ci, notre responsabilité est
immense. Elle nous oblige à dépasser les déclarations d’intention, à agir et,
surtout, à faire en sorte que, cette fois, notre action change définitivement
la vie des victimes et renforce notre combat pour, un jour, éradiquer ce fléau.
Christopher Weissberg (député)
> [Loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles /
Intervention à l’Assemblée] La proposition de loi intégrale, qui vous est
soumise après son examen en commission spéciale, n’aurait sans doute pas dû
vous être présentée cet après-midi. Une proposition de loi de près de
quatre-vingt-quatorze articles, touchant à la police, à la justice, à l’école,
au travail, à la santé et la protection sociale est quelque chose de
profondément inédit dans notre Ve République. Un texte d’une
telle ambition est normalement proposé par le gouvernement, qui a les
administrations pour le concevoir, la responsabilité de le financer et les
moyens de le mettre en œuvre.
Cette fois, l’impulsion est venue de la société civile : des
140 propositions de la Coalition féministe et enfantiste, du travail des
associations, des professionnels et des victimes elles-mêmes. Ils ont rencontré
des parlementaires de sensibilités différentes, qui ont choisi de faire de
cette exigence un travail législatif commun. Je remercie Mme la
rapporteure générale et les rapporteurs de leur travail ainsi que le
gouvernement qui l’a constamment facilité.
Ce texte a ensuite suivi un parcours d’une ampleur rare pour une proposition de
loi. Je vous remercie, madame la présidente de l’Assemblée nationale d’avoir
vous-même saisi le Conseil d’État pour améliorer sa rigueur juridique.
Cette loi intégrale n’est pas simplement une loi de plus. Elle transforme en
profondeur notre chaîne pénale pour que les victimes soient mieux accueillies,
accompagnées et protégées tout au long de la procédure. Elle a l’ambition
d’opérer un changement culturel sur les violences sexuelles et sexistes dans
l’ensemble de notre société.
Depuis vingt ans, notre droit a progressé par étapes : création de
l’ordonnance de protection en 2010, loi de 2014 pour l’égalité réelle entre les
femmes et les hommes et loi de 2016 sur le système prostitutionnel. Si d’autres
étapes ont été franchies depuis 2017 – création de l’outrage sexiste, bracelet
antirapprochement, protection renforcée des mineurs, aide universelle
d’urgence, inscription du non-consentement dans la définition du viol –,
nous avons trop souvent légiféré par morceaux sur des vies que la violence
bouleverse tout entières.
La coalition a choisi une réponse radicale, intégrale et systémique, mais cette
radicalité doit maintenant résister à l’épreuve du réel. Je crois profondément
qu’à la radicalité du texte doit succéder l’effectivité de la loi. La
radicalité fait avancer le débat, l’effectivité fait avancer la société. La
première nous oblige à voir, tandis que la seconde nous force à agir.
Certains préféreront transformer chaque débat sur l’application d’une mesure en
procès pour manque d’ambition, mais une promesse faite aux victimes puis
démentie dans un commissariat, à l’école ou devant un tribunal, est une
violence supplémentaire. Notre travail est d’obtenir une loi qui tienne
juridiquement, matériellement et budgétairement, qui soit adoptée au Sénat et
qui soit appliquée après avoir été votée.
Nos travaux en commission ont permis d’avancer sur la spécialisation de la
justice, sur l’élargissement de l’ordonnance de protection et la désignation
d’un référent pour chaque enfant confié à l’aide sociale à l’enfance. Ils ont
aussi fait apparaître des débats réels – évoqués tout à l’heure par notre rapporteur –
sur la place des jurys populaires et sur les modalités de l’entretien
individuel à l’école. Nous aurons l’occasion de les aborder lors de l’examen du
texte en séance.
Le fléau des violences sexistes et sexuelles traverse l’ensemble de la société,
tous les milieux sociaux et toutes les organisations. Je le sais par mon
histoire car, adolescent, j’ai été victime d’une tentative de viol et
d’homicide. Comme pour des centaines de milliers de victimes chaque année, au
calvaire de l’agression s’est ajoutée la douleur de la procédure pénale :
la déposition des faits dans la froideur du poste de police, la comparution à
l’hôpital pour prendre les preuves de mon agression, la remise en cause de mon
témoignage par les psychiatres, la confrontation avec l’auteur présumé des
faits.
Contrairement à des centaines de milliers de victimes, j’ai eu le privilège
d’avoir droit à la justice. Les faits d’homicide retenus au moment du dépôt de
plainte ont favorisé la diligence des policiers ; les preuves ont été
trouvées ; les rapprochements avec d’autres affaires ont été faits ;
une enquête minutieuse a débouché sur un procès devant la Cour d’assises des
mineurs et m’a permis d’obtenir la vérité. Au terme d’une procédure qui aura
duré près de trois ans, mon bourreau a été reconnu coupable et écroué. Cette
décision m’a permis de me reconstruire et le temps a réparé la plaie de
l’agression.
Depuis, je pense à celles et ceux qui n’arrivent jamais jusque-là ; à la
plainte qui n’aboutit pas ; aux mois qui passent sans aucune nouvelle de
la procédure ; aux victimes – très majoritairement des femmes – à qui l’on
demande de répéter leur histoire, puis d’attendre et de se débrouiller avec les
conséquences de cette attente.
Il nous appartient désormais de transformer cette ambition en une loi solide,
applicable et susceptible d’aboutir, puis de lui donner les moyens de produire,
dans la vie des victimes, les effets que nous lui prêtons aujourd’hui dans cet
hémicycle.
Depuis des années, nous demandons aux victimes de parler. Elles ont parlé et
nous ont même apporté des solutions. À nous, désormais, de faire en sorte que
lorsqu’une victime parle, ce ne soit plus à elle de chercher seule une réponse
mais à nos institutions de la lui apporter.
● MoDem
Marc Fesneau (député, président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale)
> Ce que nous voyons n’a rien d’une mobilisation lycéenne : établissements
incendiés, bus brûlés, enseignants frappés. Les pancartes ont cédé aux
destructions. Dans ce contexte, les élus LFI revendiquant une « violence
légitime » engagent gravement leur responsabilité politique. Je pense aux
milliers de lycéens qui veulent simplement étudier et qui en sont aujourd’hui
empêchés. À Nantes, des élèves eux-mêmes décrivent des individus cagoulés venus
pour casser. Les revendications de la jeunesse doivent être entendues. Mais on
ne réclame pas davantage de moyens pour l’école en la détruisant. On ne
respecte pas l'Éducation nationale en agressant les fonctionnaires qui la
servent avec dévouement. Aux lycéens, je veux dire une chose simple : c’est
aussi à vous de ne pas laisser saccager vos attentes pour demain. Ceux qui
incendient vos établissements ne défendent pas votre cause, ils la trahissent.
Honte à ceux, notamment à LFI, qui encouragent et défendent l’indéfendable.
Honte à ceux qui prétendent qu’en détruisant les lieux d’apprentissage, l’on
règlera les problèmes. Honte à ceux qui ont choisi la destruction plutôt que la
réconciliation. La violence ne peut être la voie de la démocratie. Elle en est
même la négation la plus absolue. J’appelle chacun au calme et à la
responsabilité. À commencer par ceux qui exercent des responsabilités et qui ne
sont définitivement pas à la hauteur. Et merci aux forces de l’ordre, services
de secours et agents de l’Éducation nationale, une nouvelle fois, qui assument,
eux, leurs responsabilités.
Perrine Goulet (députée)
Erwan Balanant (député)
> [Loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles / Intervention à
l’Assemblée] Dix ans ! 10 ans, c’est l’âge moyen auquel la moitié des
enfants victimes d’inceste ont été pour la première fois victime et dix ans,
c’est la durée moyenne de leur calvaire. Toutes les trois minutes, un enfant
est victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle. Ces chiffres sont
alarmants. Et la réponse institutionnelle doit être à la hauteur de la prise de
conscience qui doit, elle, être générale.
Fruit d’un long travail de la part des associations – que
je salue – formant la Coalition féministe et enfantiste pour une loi cadre
intégrale contre les violences sexuelles et de quelques députés, réunis depuis
deux ans autour de Céline Thiébaut Martinez, et de leurs équipes – dont
je salue également le remarquable travail –, ce texte a aussi été amélioré
et enrichi par nos travaux collectifs en commission spéciale. Il tente de répondre
à un fléau bien réel, qui sévit depuis de nombreuses années et que la société a
trop longtemps refusé de regarder en face.
Face aux VSS, ce texte doit marquer le basculement de notre société vers une
culture de l’écoute et du signalement, mais aussi préparer la fin d’une culture
patriarcale, qui tue chaque jour.
Véritable angle mort de nos politiques publiques, l’enfance est trop souvent
l’oubliée des dispositifs législatifs. Derrière chaque enfant brisé par des
violences, se trouvent des défaillances systématiques en matière de prévention,
de signalement ou de protection.
Les dispositions du titre IV doivent permettre à chaque enfant, dans
chaque sphère de notre société, de pouvoir trouver un lieu d’écoute et de
protection tout au long de sa vie.
L’école est le deuxième lieu plus fréquenté par les enfants, après la sphère
familiale. Nous devons y créer les conditions propres à la libération de la
parole individuelle, afin que chaque enfant puisse s’adresser à une personne de
confiance, formée à recueillir sa parole. Il nous faut encore opérer un
changement de paradigme : nous devons prévenir, protéger et accompagner.
En séance publique, je vous proposerai une réécriture de l’article 30. Il
était attendu ! Un tel article était nécessaire. Il est le fruit
d’échanges, nombreux et constructifs, avec le ministère, les associations et
les syndicats, que je remercie. Nous proposerons d’instaurer un entretien
individuel annuel obligatoire pour chaque élève, de son entrée en maternelle à
sa majorité. L’entretien sera conduit par des membres du personnel de santé,
des psychologues et des assistants de service social de l’éducation nationale
(ASSAE) formés à l’écoute des enfants et au repérage des violences faites aux
enfants, et l’obligation entrera en vigueur à compter du 1er janvier
2032.
Dans la période qui nous sépare de cette date, nous proposerons que soient
instaurés quatre entretiens obligatoires au cours de la scolarité de l’élève – en
maternelle, en primaire, au collège et au lycée –, afin qu’au cours des
prochaines années, chaque élève, quel que soit son âge, puisse être reçu au
moins une fois en entretien. Ce délai peut paraître long, mais il nous a paru
indispensable, afin que l’éducation nationale s’organise, mobilise les membres
du personnel nécessaires et s’assure du niveau de leur formation à
l’accompagnement des risques psycho-sociaux. J’espère sincèrement que nous nous
mettrons d’accord sur ce dispositif qui vise à mieux protéger nos enfants et
qui répondra à l’une des recommandations les plus importantes de la Ciivise – Commission
indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants.
L’article 31 pose le principe de l’assistance obligatoire des mineurs
victimes de violences sexistes et sexuelles et de violences intrafamiliales par
un avocat, à tous les stades de la procédure judiciaire. Cette assistance
serait prise en charge de droit par l’aide juridictionnelle. Cette disposition
permet d’aller plus loin en matière d’accompagnement de ces mineurs victimes de
violences.
L’article 32 confie à l’aide sociale à l’enfance une mission claire :
repérer et orienter les mineurs victimes d’exploitation sexuelle et leur
garantir un hébergement adapté, non mixte et sécurisé.
L’article 33, relatif à l’instauration du contrôle d’honorabilité, ainsi
que les articles 34 à 36 ont été supprimés en commission. Bien que le
contrôle d’honorabilité soit un dispositif très important, dont je défends
comme d’autres collègues la systématisation depuis plusieurs années, nous nous
sommes en effet collectivement engagés à ne pas inscrire de dispositions
similaires dans deux textes examinés en même temps. Or l’ensemble de ces
mesures font partie du projet de loi relatif à la protection des enfants qui
sera examiné au Sénat à partir du 27 octobre et sur lequel le gouvernement
a engagé la procédure accélérée. Je le répète, nous soutenons ces dispositions.
Si nous les avons supprimées, ce n’est pas de gaieté de cœur, mais dans un
souci d’efficacité et afin d’éviter toute incohérence avec les dispositions
actuellement en navette.
> La question des violences faites aux enfants a longtemps été un angle mort dans notre société et un angle mort des politiques publiques. C'est évident. Depuis trop longtemps, on a caché cette violence, on l'a étouffée, on l'a mise sous la couverture. Et quand je dis « sous la couverture », vous voyez ce que je veux dire : c'est que ces violences ont lieu principalement dans la famille, dans le cercle familial. C'est dans le cercle familial qu'interviennent 75% des enfants victimes de violences, voire peut-être même 80%. Donc oui, je crois que notre société doit profondément évoluer sur cette question-là. On doit avoir une révolution sociale et sociétale sur les violences faites aux enfants. Cent soixante mille enfants, ce sont 160 000 victimes qui, pendant toute leur vie après, vont souffrir de ces traumatismes. Donc oui, on doit avoir un changement complet de paradigme sur la question de l'enfance et sur la question de la protection de l'enfance dans notre société.
> Le cap, c'est de faire en sorte que nos déficits ne dérapent pas, parce que s'ils dérapent, on est sous la menace d'un choc financier qui, pour le coup, serait dommageable pour tout le monde et surtout pour ceux qui sont les plus fragiles. Donc l'idée, c'est effectivement d'avoir un budget qui n'est pas le budget le plus marrant qu'il y ait eu dans l'histoire des budgets en France. Oui, c'est un budget sur lequel on demande des efforts, mais nous, on veillera à ce que les efforts y soient consentis, qu'on emporte l'adhésion de tout le monde. Et ça, ça ne va pas être évident parce que quand on a des efforts à faire, c'est toujours difficile. L'idée, c'est que chacun puisse, à hauteur de ce qu'il peut, faire des efforts. C'est-à-dire qu'on demandera plus d'efforts à ceux qui peuvent plus et moins à ceux qui peuvent évidemment moins, dans un esprit de justice fiscale et sociale.
Sandrine Josso (députée)
> [Loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles /
Intervention à l’Assemblée] Depuis beaucoup trop longtemps, l’ensemble de la
société française est dans le déni, comme le dit si bien Hélène Perlant. Depuis
quelques années, il est vrai, nous avons obtenu des avancées, mais elles sont
loin d’être suffisantes. La libération de la parole a été plus rapide que notre
capacité collective à nous montrer intransigeants vis-à-vis des violences
sexistes et sexuelles et à écouter vraiment les victimes.
Alors, certes, nous avons allongé les délais de prescription, nous avons
renforcé l’ordonnance de protection et nous avons créé l’ordonnance provisoire
de protection immédiate. Maintenant, à nous d’être à la hauteur pour le reste,
comme nous l’avons été pour l’IVG.
Or les violences ne connaissent pas nos frontières administratives, juridiques
ou institutionnelles. Elles traversent la famille, le travail, l’espace public,
le numérique, la santé, l’économie et nos institutions. Les auteurs savent
exploiter les failles et les défauts de coordination de notre système – j’en
sais quelque chose.
Chère Céline Thiébault-Martinez, je te remercie : j’ai immédiatement
cosigné la proposition de loi, dont la force réside dans la construction d’une
réponse intégrale, cohérente et transversale. Cette approche, notamment
inspirée du modèle espagnol de 2004, constitue un véritable changement de
méthode.
Mais une politique ne peut pas être intégrale uniquement dans la loi. Elle doit
l’être aussi dans les moyens. Avec ma collègue Élise Leboucher, nous avons
travaillé pendant six mois sur le coût des violences sexistes et sexuelles et
sur l’accompagnement des victimes. Notre constat est sans appel : le coût
réel des violences sexistes et sexuelles est largement sous-estimé. Selon la
chercheuse Lucile Peytavin, l’anthropologue Pascal Picq et la Ciivise, il s’élèverait
au total pour notre société à près de 100 milliards d’euros par an.
Selon la Fondation des femmes et le rapport sur le coût des violences sexistes
et sexuelles que nous avons remis il y a deux jours, l’État ne consacre que
184 millions d’euros à la lutte contre les violences sexistes et
sexuelles. Le premier ministre a annoncé vouloir y consacrer 1,5 milliard
d’euros, une somme largement insuffisante : entre 2,6 et
5,4 milliards d’euros seraient nécessaires.
Si nous votons une loi intégrale, nous devrons en tirer toutes les conséquences
budgétaires, car créer des droits sans donner les moyens de les appliquer
serait une désillusion de plus pour celles et ceux qui se battent.
Mes chers collègues, suite à la recommandation que j’ai formulée avec la
sénatrice Véronique Guillotin dans notre rapport sur la soumission et la
vulnérabilité chimiques, une campagne nationale de sensibilisation vient d’être
lancée par la ministre Aurore Bergé, aux côtés de l’association M’endors pas et
de l’agence Havas Paris. C’est une avancée importante.
Mener une telle campagne suppose cependant d’accepter la responsabilité de ce
que la sensibilisation révélera.
Lorsque davantage de victimes identifieront ce qu’elles ont subi et pousseront
la porte d’un commissariat, d’une gendarmerie, d’un cabinet médical, d’un
laboratoire ou d’une association, il faudra être à la hauteur.
Nous devons aussi être lucides quant aux conditions dans lesquelles nous
examinons ce texte. Une réforme de cette ampleur, qui implique de consacrer
plusieurs milliards d’euros à la transformation en profondeur de notre réponse
judiciaire, sociale, sanitaire et éducative, aurait mérité un plan
gouvernemental d’ensemble, s’appuyant sur une étude d’impact rigoureuse. Ce que
nous construisons dépasse en effet largement le domaine de la loi. Nous devrons
coordonner l’éducation, la prévention, la santé, la justice, la sécurité, la
culture et l’accompagnement social. Il en faudra, du courage politique – partout
où il en manque.
Pour le groupe Les démocrates, trois exigences doivent nous guider. Il faut d’abord
protéger les victimes, en adoptant des mesures qui fonctionnent réellement.
Nous devons refuser les mesures d’affichage et élaborer des solutions
concrètes, applicables et efficaces ; il y va de notre responsabilité. Les
victimes doivent rester notre seule boussole. Donnons à cette loi toute sa
force en l’inscrivant dans une réponse globale.
Notre groupe est fier de contribuer à une meilleure reconnaissance de
différentes formes de violence et d’emprise. Je pense notamment au contrôle
coercitif, sur lequel je travaille depuis plusieurs années avec des collègues,
des chercheurs, des juristes et des magistrats. Je salue Émilie Chandler, qui
fut la première à évoquer cette notion à l’Assemblée nationale dans un rapport.
Il s’agit d’une stratégie de domination qui vise à réduire progressivement les
libertés, l’autonomie et les ressources d’une personne. Je pense aussi à la
violence économique, puissant instrument d’emprise encore insuffisamment
identifié et condamné. Je salue les travaux de notre collègue Marie-Pierre
Rixain, qui ont abouti à une loi. Nous avons également porté une attention
particulière aux violences faites aux enfants et à la protection spécifique
dont ils doivent faire l’objet, notamment quand il s’agit de recueillir leur
parole. Aucun enfant ne devrait être privé d’écoute dans notre pays ! Je
remercie nos collègues Maud Petit et Christian Baptiste pour leurs travaux.
Nous porterons aussi la voix des outre-mer. L’égalité n’est pas synonyme
d’uniformité ; elle exige des moyens et des réponses adaptées aux réalités
de chaque territoire.
Enfin, il y a quelque chose que la loi ne pourra jamais décréter à elle
seule : le changement culturel. Les violences sexistes et sexuelles
prennent racine dans les représentations, les rapports de domination, les
silences, les renoncements collectifs et le déni. Lorsqu’une institution censée
protéger minimise les faits, décourage les victimes ou laisse perdurer un
danger, elle ajoute une violence institutionnelle à la violence initiale – c’est
du vécu ! Elle peut même devenir, sans le vouloir, le relais du contrôle
exercé par l’auteur. La domination s’insinue alors jusque dans les procédures
censées protéger les victimes. Elle prend parfois aussi la forme d’un
harcèlement de meute. Voilà pourquoi le droit ne suffira pas. Il faut retrouver
une responsabilité civique en cessant de détourner les yeux.
Il y a quelques jours, une victime m’a adressé ces mots : « Merci
pour ce que vous faites. Vous me donnez de l’espoir. » À nous de
transformer cet espoir en actes, pour que cesse la mort sociale des victimes
que décrit Florence Porcel et l’impunité des auteurs dénoncée par l’ancienne
ministre Isabelle Rome. Soyons collectivement et individuellement à la hauteur
de cet enjeu : les Françaises et les Français n’en attendent pas moins de
nous.
► Autres
● Commission européenne
Stéphane Séjourné (Vice-président exécutif à la Prospérité et à la Stratégie
industrielle)
> L’argent public européen doit soutenir nos usines et nos emplois. En
Slovénie, la production de la Dacia Spring revient de Chine. Prochaine étape :
des composants européens. C’est le Made in Europe que je défends.
● Personnalités centristes
Sarah El Hairy (haut-commissaire à l’Enfance)
> Un enfant malade est d’abord un enfant. Heureuse de lancer avec 11
associations le Collectif National Enfants Malades pour porter une approche
globale du soin : santé mentale, qualité de vie, présence des parents,
scolarité et parole de l’enfant !
