jeudi 21 mai 2026

Propos centristes. France – Santé mentale des jeunes / La crise internationale ralentit la croissance / Résilience du marché du travail / Lutte contre le financement du terrorisme / Prix des carburants et aides de l’Etat / Loi agricole équilibrée / Plan pour l'hôpital…


Voici une sélection, ce 21 mai 2026, des propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France.

► Emmanuel Macron (Président de la République)
> [Attractivité : la France toujours championne d’Europe des investissements étrangers] Cette année encore, les investisseurs étrangers choisissent la France ! C’est le résultat de notre stratégie d’attractivité. Nous pouvons être fiers de réindustrialiser le pays, créer des emplois et faire rayonner nos territoires.

> [Discours de clôture lors de la conférence ministérielle du G7 « No Money For Terror »] Je suis très heureux, d'abord, de revenir à Bercy, maison qui m’est familière et que j'aime beaucoup, pour cette 5ème édition de la conférence « No Money For Terror ». Malheureusement pour moi, quand on est vétéran dans ce métier, on peut se souvenir des anciennes réunions, et donc je me souviens très bien de la première de ces réunions en 2018 à l'OCDE, où nous avons lancé cette initiative avec plusieurs d'entre vous. Je pense que c'est très important que le travail se soit poursuivi et que, huit ans plus tard, nous nous retrouvions, pouvant constater tout ce qui a été fait, mais aussi tout ce qui nous reste à faire.
En m'adressant devant vous aujourd'hui, en vous disant ma gratitude pour tous les ministres qui sont présents et tout le travail fait, je veux évidemment avoir une pensée pour les victimes de tous les attentats terroristes que nos pays, nos populations ont subi durant ces dernières années, parfois ces derniers mois, ainsi qu'à leurs proches.
Cette conférence est un rappel que la mobilisation ne faiblit pas et que la communauté internationale est décidée à véritablement aller au bout et lutter sans relâche contre le terrorisme sous toutes ses formes, et la criminalité qui l'accompagne, et qu'évidemment, la partie financière est ô combien importante dans cette lutte. Cette conférence a mobilisé de manière très large, et on le voit bien, durant toutes ces dernières années, beaucoup a été fait.
Nous avons, depuis l'édition de 2018, donné une impulsion considérable. Une impulsion d'abord qui a créé une dynamique, un véritable mouvement pour lutter contre le financement du terrorisme. Il a conservé tout son élan grâce à l'engagement de l'Australie, de l'Inde, de l'Allemagne, qui ont pris l'initiative d'organiser de nouvelles éditions, des rendez-vous « No Money For Terror », ainsi que celui de toutes les délégations qui ont pris part à ces événements importants.
La présence en ces murs aujourd'hui de près de 90 pays et organisations internationales issus de tous les continents témoigne encore de ce que la lutte contre le financement du terrorisme est une priorité de tous et un combat mené de concert par la communauté internationale.
On le voit bien, depuis 2018, on a réussi vraiment à mobiliser, à élargir le cercle, à avoir une action d'autant plus efficace qu'elle englobe une quasi-totalité de la communauté internationale. Cette approche unie, coordonnée, est la seule à même de faire obstacle aux organisations terroristes structurées et financées à l'échelle internationale.
Nous savons que chaque pays qui manque, c'est un angle mort dans lequel viennent s'engouffrer les groupes terroristes. Il est donc absolument essentiel de continuer à élargir ce cercle et à poursuivre cet élan de mobilisation qui est déjà le premier succès de ces huit dernières années. Je sais que votre réunion aujourd'hui fut précédée d'un intense travail préparatoire qui a fait intervenir les experts de la société civile, les organisations humanitaires intervenant dans les territoires les plus touchés, les acteurs privés en situation de détecter et prévenir des tentatives de financement du terrorisme. Tous ont répondu présents, et c'est très important.
En même temps qu'il y a une mobilisation géographique la plus large possible, la mobilisation de tous les secteurs et de tous les acteurs est essentielle. Elle a structuré, j'y reviendrai dans un instant, le modèle français. Elle continue de le structurer. Mais il est important que, dans tous les pays, on continue d'engager l'ensemble des partenaires privés pour, évidemment, attraper ces flux financiers qui nourrissent le terrorisme.
La première conférence « No Money For Terror » avait en outre abouti à l'adoption d'un agenda de Paris comme ambitieuse feuille de route, dont votre réunion aujourd'hui fut l'occasion d'un important travail de bilan. Une étape cruciale a été franchie un an après la première conférence à Paris avec l'adoption, sous la présidence française du Conseil de sécurité des Nations unies, de la résolution dite 2462, la première résolution des Nations unies intégralement dédiée à la lutte contre le financement du terrorisme. Celle-ci reprenait largement cet agenda de Paris et ce qui avait été fait par vous-mêmes ou vos prédécesseurs en 2018. Depuis, les États du monde entier ont l'obligation d'incriminer le financement du terrorisme selon une définition commune à tous, intégrant les nouvelles menaces et un niveau d'exigence à la hauteur de l'enjeu. Sur cette base, les pays ont considérablement renforcé les instruments à leur disposition, que ce soit par la création de cellules de renseignements financiers, par le renforcement des obligations de transparence de chaque transaction ou encore par la modernisation des cadres légaux permettant un partage d'informations entre partenaires le plus rapide possible, efficace et sûr. A titre d'illustration, pour montrer que ce travail continue, je veux saluer le MoU signé entre Tracfin et son homologue marocain à l'occasion de cet événement qui permet justement d'avancer.
Durant toutes ces années, nous avons continué dans tous vos pays, côté français aussi, à avancer sur la base de cet agenda. Je veux saluer le travail de nos services de renseignement intérieur et extérieur, de nos services enquêteurs [et] de nos magistrats, qui, durant toutes ces dernières années, ont consolidé la lutte contre le terrorisme. Cette lutte est profondément interministérielle : l'Intérieur, la Justice, avec aussi la pénitentiaire, les services financiers, les services sociaux aussi, [qui] constituent cet ensemble que nous avons su regrouper en bâtissant aussi une coordination de notre renseignement et de la lutte contre le terrorisme basée à l'Élysée, qui a été construite en même temps que la première réunion à la première conférence de « No Money For Terror ».
Tout ça a été, si je puis dire, l'édifice que nous avons consolidé en franco-français ces dernières années, avec un parquet national antiterroriste, avec des services spécialisés, un chef de filât donné à la Direction générale de la Sécurité intérieure et une coordination de toute une communauté du renseignement et de tous les services.
Tout ça nous a rendus beaucoup plus efficaces, et je sais que beaucoup de vos pays, chacun prenant sa voie, ont aussi renforcé ce travail, et la coopération a permis, justement, de consolider tout cela.
Nous avons renforcé aussi notre mécanisme national de gel d'avoirs. Nous avons mobilisé davantage pour faire des régimes de sanctions antiterroristes européens et onusiens des outils efficaces durant cette période, dans la lignée des résolutions 1373 et 2462 du Conseil de sécurité. Puis, nous avons aussi, au niveau européen, continué le travail et renforcé ce travail de manière très structurante durant ces dernières années. Tout ça est venu aussi consolider et réitérer le rôle central que joue le groupe d'action financière, le GAFI. Je crois que vos discussions de cet après-midi confirment que son rôle est plus que jamais essentiel contre le financement du terrorisme. Créé il y a 37 ans sous l'impulsion du G7, sous présidence française, c'est aujourd'hui un outil incontournable, qu'il s'agisse de l'émission de normes de référence, véritable boussole de l'action des États contre la criminalité financière, qu'il s'agisse aussi de l'évaluation régulière de l'efficacité des pays à lutter contre le financement du terrorisme et les autres flux financiers illicites, indispensables à assurer la crédibilité de nos engagements.
Au plan opérationnel, le groupe Egmont poursuit également sa mobilisation pour garantir la coopération efficace des cellules de renseignements financiers du monde entier contre le financement du terrorisme.
Donc oui, nous avons ces dernières années consolidé à la fois la norme, mais de manière très opérationnelle les liens entre nos services avec de véritables résultats. Nous nous sommes aussi engagés derrière le GAFI. La France s'était engagée lors de notre premier rassemblement à rehausser sa contribution volontaire au GAFI, et nous renouvelons une fois encore notre contribution volontaire à hauteur de trois millions d'euros pour l'exercice 2025-2027. Alors si l'Agenda de Paris conserve en 2026 sa pertinence, si vous avez collectivement beaucoup œuvré ces dernières années pour améliorer la lutte contre le financement du terrorisme, nos efforts sur plusieurs priorités doivent continuer de se porter et je voudrais revenir sur juste trois d'entre elles pour ne pas être trop long.
La première, elle me paraît tout à fait critique et doit alimenter les travaux du G7 et la coopération opérationnelle entre nous. C'est la question des innovations financières et de la lutte contre les paradis réglementaires. En effet, les innovations financières, et en particulier les cryptoactifs, sont porteuses de progrès et d'opportunités indéniables pour nos sociétés. Mais leur mésusage à des fins terroristes constitue un risque : reposant sur le pseudonymat, elles favorisent l'opacité et peuvent donc être détournées. Alors, nous avons des stratégies nationales sur ces cryptomonnaies, sur ces cryptoactifs. Plusieurs sont d'ailleurs en avance et aux avant-postes. Je sais toutes les réflexions, parfois en termes de non-régulation, de dérégulation sur ce sujet, qui peuvent paraître parfois très attractives. Mais enfin, une chose est sûre, c'est que c'est un instrument massif de contournement de toutes les règles que nous nous sommes données.
Je le dis avec beaucoup de gravité : si nous laissons un continent émergent totalement hors de régulation, hors des instruments que nous avons développés, d'abord, de facto, nous serons complices d'activités terroristes, coupables ou de criminalités organisées. Mais surtout, dès l'année prochaine ou l'année suivante, nous aurons des débats légitimes qui viendront d'acteurs régulés qui nous diront : « Vous ne nous apportez plus le level playing field », comme on dit en bon français. « Vous nous imposez toutes les règles et, à côté, vous nous créez des compétiteurs qui n'en ont plus aucune ». Il n'y a pas de monde soutenable, en paix, de régulation et de stabilité financière pour nos pays si, en quelque sorte, nous réinventons un Far West que nous avons régulé. Nous avons connu un monde financier sans régulation aucune. C'est celui-là même qui nous a conduits progressivement à réguler nos acteurs par des règles de soutenabilité, de liquidités, par aussi des règles de transparence pour traquer les flux illicites et le financement d'activités illicites.
Ne laissons pas s'installer autour des cryptoactifs une forme d'opportunité pour les criminels et les terroristes ou de voie de détournement des règles que nous avons créées. C'est le sens des travaux que nous avons engagés en France et en Europe pour faire de l'Europe une place forte de l'innovation dans le secteur, mais aussi pour réguler, rendre plus transparent.
À cet égard, plusieurs d'entre vous, je pense à nos amis du Golfe qui ont beaucoup développé ces activités, qui ont aussi eu des premières autorités de régulation, peuvent échanger aussi de manière très transparente et utile avec nous. Je salue tous les acteurs privés qui s'engagent dans cette démarche. Je les invite à le faire en France, gage aussi de bonnes régulations, mais nous devons absolument développer ce travail et le faire de manière commune.
Je pense qu’il est très important que le groupe que vous représentez, compte tenu de vos compétences et du fait qu'il y a tous les acteurs pertinents, avec justement une géographie là aussi pertinente qui est ici présente, le fasse dès maintenant ensemble. C’est la clé du succès. C'est ce cercle-là que vous représentez aujourd'hui, qui permettra de définir la bonne régulation au bon niveau, tout à la fois efficace pour lutter contre le financement du terrorisme et proportionnée pour continuer à laisser l'innovation prospérer. Parce qu'à côté de ça, ces cryptoactifs permettent de redonner de la liquidité, permettent des échanges aussi plus facilement, permettent de réduire certains frais pour de la circulation monétaire et financière entre plusieurs géographies, et c'est une source d'innovation. Mais il ne faut pas la laisser être détournée. Il nous reviendra collectivement, en particulier, dans le cadre du GAFI, de nous assurer de la mise en œuvre d'une régulation adéquate, harmonisée, sur des services sur cryptoactifs.
Là, le message est clair.
Ne laissons pas des paradis réglementaires nouveaux se développer alors que nous avons mis tant d'années à combattre ce qui préexistait.
La deuxième priorité que je voulais ici mentionner pour les années à venir, ce sont les interactions maintenant clairement identifiées entre la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée. Tous ces derniers mois, nous avons conduit en France ce travail. Le ministère de l'Intérieur, le garde des Sceaux ici présent, la ministre déléguée ici présente et les services de Bercy - je pense évidemment aussi à Tracfin, comme d'ailleurs aux collègues de la sphère sociale - ont beaucoup œuvré pour bâtir une stratégie de lutte contre la criminalité organisée. Nous l'avons fait en nous inspirant très profondément de ce qu'on avait bâti ces dernières années dans la lutte contre le terrorisme. Nous l'avons fait en identifiant que, dans de plus en plus de géographies, la connexion entre la criminalité organisée et le terrorisme est croissante. Nous avons bâti une organisation nouvelle avec un chef de filât. Je le disais : [pour] la lutte antiterroriste, nous avons confié le chef de filât à la Direction générale de la Sécurité intérieure. Nous avons, en septembre 2025, donné à la Direction nationale de la police judiciaire le chef de filât de la lutte contre la criminalité organisée. Comme nous avions bâti un parquet national antiterroriste, nous avons bâti un tout nouveau parquet national anticriminalité organisée. Nous avons aussi créé une structure avec un État-major de lutte contre la criminalité organisée rassemblant l'ensemble des services de l'État, travaillant de concert, mutualisant les moyens et les informations, et permettant d'être beaucoup plus efficaces dans cette lutte contre la criminalité organisée.
C'est ce travail qu'il nous faut conduire, je le crois très profondément, à l'échelle internationale et dans le cadre de ce forum. Plusieurs pays représentés aujourd'hui ont clairement alerté, à juste titre, sur les porosités qui existent entre financement du terrorisme et criminalité organisée. Nous l'avons constaté, nous l'avons fait avancer sur l'agenda national. Le GAFI, d'ailleurs, a toujours été vigilant à cet égard, et c'est pourquoi, il nous faut maintenant bâtir des coopérations nouvelles pour renforcer notre action. La criminalité organisée, toujours prompte à intégrer les innovations financières à ses modes de fonctionnement, peut aussi vendre son expertise et ainsi offrir aux entités terroristes la voie vers de nouvelles opportunités de financement illicites. Il faut nous garder de toute approche en silo.
Donc, de la même manière que nous avons structuré une réponse nationale qui vise à garantir l'interministérialité et la plus grande efficacité, il est très important de faire circuler le travail entre la lutte contre la criminalité organisée et la lutte contre le terrorisme. Il est important de le faire aussi dans vos enceintes, de multiplier les coopérations entre services de renseignement, de multiplier les échanges d'informations pertinentes et de multiplier les coopérations en matière judiciaire entre les réseaux identifiés. Si nous voulons démanteler les hydres qui souvent fonctionnent, et de plus en plus, entre plusieurs pays, avec une capacité d'adaptation extraordinaire, il nous faut, nous, redoubler de capacités d'innovation et être extrêmement rapides, transparents, et ouvrir les circuits d'information entre, parfois, ces différents silos.
La troisième priorité sur laquelle je voulais insister, c'est ce que j'appellerais l'emprise territoriale. Certaines organisations terroristes sont en mesure de générer des revenus importants par le contrôle qu'elles exercent sur un territoire même de superficie limitée. Nous ne pouvons ignorer les méthodes mises en place par des filiales de l'État islamique, d'Al-Qaïda en Afrique ou de Boko Haram, ou au Moyen-Orient ou en Asie, qu'il s'agisse d'extorsion de population, de pillage de ressources naturelles ou sur le continent latino-américain, d'enlèvement contre rançon. Contre les emprises territoriales terroristes, nous devons redoubler d'efforts et redoubler aussi notre soutien aux institutions légitimes. Ce soutien doit être total. L'ambiguïté ne doit jamais exister. Les médiations avec un tel ou un tel ne sont jamais légitimes. Dans la bataille que nous menons - et cela vaut aussi pour la lutte anti-terroriste de manière tout à fait militaire, c'est ce que nous faisons en coopération en apportant notre soutien à plusieurs États d'ailleurs africains, [soutien que nous avons] renforcé ces derniers mois. Comme en matière de lutte contre les financements, la lutte contre cette emprise territoriale est absolument clé.
Nos échanges, et c'est la nouveauté de cette cinquième édition des conférences « No Money For Terror », ont également porté sur les territoires qui ont connu une emprise terroriste et qui ont été confrontés au défi, justement, de permettre la réintégration dans les circuits financiers internationaux. C'est l'un des points sur lesquels je voudrais conclure.
Aussi important que tous les éléments de lutte et quelques priorités additionnelles sur lesquelles je voulais ici insister, lorsque nous libérons des territoires de l'emprise terroriste, il est très important d'être collectivement efficaces pour la réinsertion financière et la réinclusion financière des territoires libérés. On l'a vu parfois dans des batailles que nous avons perdues ou insuffisamment gagnées : à chaque fois qu'on gagne contre un groupe terroriste, si derrière le développement économique, la normalisation politique et administrative ne s'installent pas, les groupes terroristes reviennent.
Parce qu'en quelque sorte, ils proposent des opportunités économiques informelles.
On l'a vu pendant malheureusement plusieurs années au Sahel. À chaque fois que nous gagnons contre un groupe terroriste, que nous le poussons hors d'une emprise territoriale, il est nécessaire de permettre très rapidement aux territoires libérés d'être réinclus dans les enceintes internationales. La réinclusion financière est un aspect central du combat contre le terrorisme.
Il s'agit de lutter contre ses causes profondes en réunissant les conditions de l'accès humanitaire, de la stabilisation, du développement économique et de la reconstruction. Et ce sera clé, d'ailleurs, dans plusieurs pays du Moyen-Orient - je pense à la Syrie, je pourrais penser à beaucoup d'autres - où cette réinclusion est très importante et est à organiser de manière tout à fait véloce et structurée. Je le dis tout autant pour la Syrie que pour les chers voisins de celle-ci, dont le Liban, puisque le ministre nous fait l'honneur d'être présent parmi nous. C'est pour cette raison aussi que la France a soutenu l'adoption pérenne de la résolution des Nations unies 2664, prévoyant une exemption humanitaire transversale pour les régimes de sanctions.
Nous le savons parce que nous y avons été confrontés. Dans des pays où des régimes de sanctions existent, on s'était parfois trouvé confrontés à l'impossibilité de financer des actions humanitaires. Cette résolution est venue régler ce problème et il est absolument clé.
Par ailleurs, le retour des services financiers régulés dans les territoires contribue aussi à la transparence des transactions qui vont y opérer et donc à la prévention des futurs criminels. En somme, dès qu'on gagne contre les groupes terroristes, il faut très vite réinclure, normaliser et recréer un cadre régulé financier, car c'est ce qui coupe les potentielles voies de financement nouveau pour d'autres activités terroristes à venir.
Ainsi se concluent donc les cinquièmes éditions des conférences « No Money For Terror ». L'agenda que vous avez bâti est clair.
Je veux ici vous dire que la France s'efforcera de porter ses résultats sans relâche.
Nous le ferons dans le cadre, et le ministre vous l'a dit, de la présidence du G7 que nous assurons cette année, et nous le ferons aussi avec tous nos partenaires en parfaite intelligence.
Notre mobilisation ne pourra retomber aussi longtemps que des actes terroristes trouveront financement. C'est absolument indispensable.
Nous devons continuer d'agir.
Sur la base de tout ce qui a été fait ces dernières années, de tout ce que je viens d'essayer de manière imparfaite, sans être trop rapide, de récapituler, mais aussi sur la base des quelques priorités nouvelles qui sont les nôtres, il nous faut redoubler d'actions.
C'est ce que nous devons à la sécurité et la sûreté de nos populations, c'est ce que nous devons pour avoir, le monde dans lequel nous voulons vivre, un monde de paix, de stabilité, où les actions terroristes n'ont pas prise. Ceci suppose aussi d'être organisés pour continuer d'avoir un cadre transparent, sain, pleinement souverain, dans une coopération efficace et qui nous permette de bâtir la paix d'aujourd'hui et de demain.
Je veux vous remercier très chaleureusement de votre présence, mais du travail que vous conduisez tout au long de l'année et avec vous, l'ensemble de vos équipes, et je le dis aussi pour l'ensemble des équipes françaises qui sont ici présentes et dans tous les ministères représentés, qui œuvrent chaque jour avec une détermination absolue pour lutter contre le terrorisme et pour lutter contre la criminalité organisée.

> Heureux de retrouver mon ami le Premier ministre James Marape. Nous allons renforcer encore la forte relation qui unit la Papouasie Nouvelle-Guinée et la France. Continuons à travailler à la protection des forêts de Papouasie, véritable poumon du Pacifique, et à celle des océans, enjeu vital pour la région et pour le monde. Tenkyu !

> Je me suis entretenu avec le Président Ilham Aliev. J'ai rappelé le soutien de la France à la dynamique de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan et l'importance que ce processus continue d'avancer. Nous avons aussi évoqué les questions régionales et le potentiel de développement de notre relation bilatérale.

> Heureux de célébrer aujourd'hui l'attribution à Lille du siège de la nouvelle autorité douanière de l'Union européenne. Soyons très fiers de ce succès collectif. Ce qui va se jouer à Lille, c'est le renforcement de cette Europe qui protège, qui contrôle ses frontières, qui fait respecter ses normes par tous, y compris les plateformes de e-commerce. Nous renforçons ainsi notre souveraineté européenne et la confiance dans le marché unique de l’UE.

 

► Sébastien Lecornu (Premier ministre)
[Nota: Nous faisons figurer Sébastien Lecornu dans cette liste alors qu’il n’est pas centriste mais appartient à l’aile droite de Renaissance, parti centriste/central et qu’il s’est toujours défini comme un homme de droite; c’est à ce titre que ses propos sont retranscrits ici et du fait qu’il a composé un gouvernement d’axe central.]
> [Conséquences économiques de la crise au Moyen-Orient / Intervention à l’Assemblée] Monsieur le président Marcangeli, l’État répond qu’évidemment, nous n’abandonnerons aucun des métiers dont vous avez dressé la liste. Depuis le début, la philosophie de notre action est un accompagnement à l’activité, avec un soutien ciblé.
Je vous remercie d’avoir établi le lien avec la géopolitique, car parfois dans notre vie politique, nous isolons ce qui se passe au niveau domestique des grands conflits qui nous guettent. Je l’avais dit au président Marc Fesneau il y a quelques semaines, cette géopolitique s’est malheureusement installée dans le réservoir des Françaises et des Français, et d’une manière ou d’une autre, cela va durer. Il ne faut pas mentir aux Françaises et aux Français, les guerres hybrides ou les guerres plus directes vont se multiplier, et nous payons cash nos dépendances. Vous l’avez dit, à chaque crise, ce sont les mêmes qui paient.
Par chance –
 si j’ose dire – l’enjeu n’est pas le même qu’au déclenchement de la guerre en Ukraine car, tandis que cette dernière a provoqué une crise de volume, d’accès à l’énergie et au gaz, la crise que nous éprouvons est une crise du transport maritime. Pour l’instant, et c’est heureux, les infrastructures de production de pétrole n’ont pas été touchées autant que nous pouvions le redouter au début du conflit. De ce fait, la crise cause une inflation importée sur les prix de l’énergie. Tous les scénarios géopolitiques sont sur la table, y compris – et je veux le dire aux Françaises et aux Français par votre intermédiaire – la reprise des combats. Il faut malheureusement nous y préparer.
Cette crise a également un impact sur nos finances publiques et je sais que votre groupe politique y est attentif, bien que ce sujet soit un peu rapidement laissé de côté. La hausse des taux d’intérêt et l’activité de nos forces armées en opérations extérieures dans la région créent inévitablement des dépenses et ont des conséquences sur nos finances publiques qui n’étaient pas prévues lors du vote du budget. C’est une guerre, et le coût de 6 milliards d’euros que nous avions estimé devra être révisé. Nous y reviendrons en toute transparence, cela va sans dire.
Pour répondre plus précisément à votre question, mon obsession et celle du gouvernement depuis le début est d’empêcher que des pans entiers de l’activité économique du pays se mettent à l’arrêt. L’exemple des pêcheurs est toujours le plus facile à expliquer : nos amis pêcheurs font un calcul coût-avantage. S’il est rentable de sortir, les bateaux prennent la mer ; si ce n’est pas rentable, ils restent à quai. Cette philosophie nous a guidés pour les transporteurs, le BTP et les agriculteurs. Mais tandis que la crise s’installe dans la durée, nous allons devoir nous mettre à l’échelle, soit par filière soit en fonction de nouveaux métiers qui pourraient être concernés. Nous sommes en train de mettre la dernière main à ces différentes annonces.
Votre question porte également sur le dynamisme de notre activité et la croissance que nous sommes en droit d’espérer, ou que nous allons chercher en cette année 2026. Nous sommes seulement au mois de mai, nous maîtrisons certaines choses et pas d’autres. Certaines filières économiques tirent notre croissance vers le haut. La défense et l’aéronautique vont largement participer au soutien de l’activité, et je vous remercie pour la manière dont se sont déroulés les débats sur l’actualisation de la loi de programmation militaire. C’est également le cas des secteurs de la communication, de l’innovation et de l’énergie. Heureusement que nous avons pris le décret pour la programmation pluriannuelle de l’énergie. Heureusement que la production de notre parc nucléaire est beaucoup plus disponible que pendant la guerre en Ukraine, car c’est un des éléments d’amortissement de cette crise dont beaucoup de nos partenaires européens et d’autres pays dans le monde ne disposent pas.
Certaines filières sont dans une situation tangente, j’en citerai deux parmi d’autres, l’agriculture et le logement. La capacité à produire existe, mais le coût des intrants crée une inflation qui peut être contagieuse, et il ne s’agit pas uniquement du gazole non routier –
 le fioul rouge – mais aussi des engrais et de l’ensemble des matériaux dérivés du pétrole, dont le plastique et d’autres dérivés plus lointains. Mais il ne faut pas que certains secteurs en profitent pour jouer de cette inflation, nous devons constater uniquement une inflation sur les coûts dérivés des produits du pétrole. J’ai confié pour mission au ministre Serge Papin de bien clarifier l’ensemble des impacts de prix sur les filières. Le BTP est au cœur de ces préoccupations.
Une filière dont on parle peu est très exposée en ce moment, c’est la chimie. J’ai demandé aux ministres Roland Lescure et Sébastien Martin de me faire rapidement des propositions. C’est un secteur industriel important dans notre pays, qui compte dans bon nombre de circonscriptions représentées dans cet hémicycle, et qui est fortement exposé. Je ne veux pas être plus long, mais comme nous le voyons, cette crise ne peut pas être comparée à celle du covid, car le pays tourne.
Merci pour votre dignité ! Même quand un sujet est grave, mesdames et messieurs les députés de la France insoumise, vous allez chercher la querelle. Merci de votre contribution au désordre dans cet hémicycle ! (Mêmes mouvements.)
Puisque la perche m’est tendue et que la classe politique n’a pas toujours bonne mémoire, je rappelle que certains se sont succédé sur les plateaux de télévision à l’automne et à l’hiver dernier pour mentir droit dans les yeux aux Françaises et aux Français en expliquant que nous pouvions ne pas avoir de budget, que nous pouvions fonctionner avec une loi spéciale, mettant la pression sur l’ensemble des groupes politiques de cet hémicycle pour qu’il n’y ait pas de budget.
S’il n’y avait pas de budget, il n’y aurait pas d’aides ! S’il n’y avait pas de budget, il n’y aurait pas d’accompagnement pour les pêcheurs, ni pour les agriculteurs, ni pour le BTP, ni pour les transporteurs ! S’il n’y avait pas de budget, il n’y aurait pas de loi de programmation militaire ! S’il n’y avait pas de budget, il n’y aurait pas eu de niche de relance pour le logement ! Halte à votre cynisme ! Ce sont des guerres qui menacent la sécurité des Françaises et des Français, des Européens, de notre économie. Il est temps d’être patriote, d’avoir le calme des vieilles troupes et de traiter enfin les problèmes à la racine !

 

► Gouvernement
● Ministres centristes/centraux
Laurent Nunez (ministre de l’Intérieur)

> [
Ingérences étrangères lors des élections municipales / Intervention à l’Assemblée] Le sujet des ingérences numériques d’origine étrangère est extrêmement grave. Il ne vous aura pas échappé que, ces temps derniers, il y a en a eu beaucoup, particulièrement en période d’élections.
C’est pour cette raison que le gouvernement a décidé d’instaurer, lors des élections municipales, un réseau de coordination et de protection des élections, composé d’administrations et d’autorités indépendantes comme le ministère de l’intérieur, l’Arcom, la commission des comptes de campagne, le SGDSN, qui coordonne le tout, et le SGG. Quel est le but de ce réseau ? Tout d’abord, de détecter une ingérence et de caractériser la menace.
Il est aussi d’informer le public, notamment les électeurs, ainsi que les formations politiques concernées. Ce réseau a publié un bulletin très régulièrement pendant les élections et vous avez d’ailleurs cité l’une de ces publications, ce dont je vous en remercie.
Nous avons été très transparents : en effet, un mode opératoire informationnel a été détecté, composé de réseaux sociaux, de comptes manifestement inauthentiques, relayés à partir de l’intelligence artificielle et de fausses photos. Ces comptes ciblaient bien une formation politique, LFI, et les candidats que vous avez cités.
Nous avons donc été extrêmement transparents et LFI a été informée. S’agissant des questions précises que vous posez, non, nous ne cachons rien : le rapport sera évidemment publié.
Une action judiciaire est par ailleurs engagée, sur laquelle je n’ai pas à me prononcer. Le juge judiciaire fera son office. Nous parlons d’ingérences numériques étrangères, ce qui est assez grave vous en conviendrez. Quant à la qualification de cette ingérence, assez peu visible, elle a un caractère malveillant évident, je vous le confirme. Donc, un, le juge judiciaire est saisi. Deux, le rapport sera publié. Trois, il y a un contentieux électoral et le juge électoral dira s’il y a eu altération du scrutin.

> On ne laisse pas faire ! Avec RIPOST, nous créons trois délits liés au protoxyde d’azote pour donner à nos policiers et à nos gendarmes les moyens d’agir immédiatement contre les consommateurs et les réseaux qui écoulent ces bonbonnes.

> Est-ce normal qu’un match de football se déroule avec un cordon de CRS ou de gendarmes mobiles ? La réponse est non. Avec le projet de loi RIPOST, nous faisons le choix de mieux sanctionner individuellement ceux qui créent des troubles dans et autour des stades, plutôt que de renforcer les dispositifs applicables de dissolutions de groupes. 914 interpellations lors de la saison 2024-2025. 30 % des forces mobiles mobilisées les week-ends pour encadrer les matchs. Nous adaptons nos outils à la réalité des violences et des troubles à l’ordre public liés au football.

> [Narcotrafic / Intervention au Sénat] Je me suis rendu à Nantes. Un jeune de 15 ans a été abattu sur un point de deal, et deux autres ont été blessés ; c'est un véritable drame.
On dit souvent que l'État est dépassé par le narcotrafic. Mais nous agissons et déstabilisons les trafics. À Nice, il y avait douze points de deal, il n'y en a plus que deux. Et nous continuons à pilonner.
Oui, de plus en plus de jeunes sont impliqués dans cette sinistre hiérarchie du narcotrafic, jusqu'aux règlements de comptes. C'est intolérable.
Vous avez raison : le régalien ne pourra pas tout régler. Nous devons aussi comprendre comment les jeunes peuvent basculer dans le narcotrafic.
Dans les jours à venir, le Premier ministre réunira le comité interministériel de lutte contre la criminalité organisée, car tous les ministères sont concernés. Mme Marie-Pierre Vedrenne vient de lancer la stratégie nationale de prévention de la délinquance, pour éviter que les mineurs ne basculent dans la violence.
Nous devons agir sur les deux leviers : répression et prévention.

> [Proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d'attentat / Intervention au Sénat] Depuis 2015, et singulièrement depuis 2017, la France s'est attachée à bâtir puis à consolider son dispositif de lutte contre le terrorisme : chef-de-filat de la DGSI, état-major permanent rassemblant services de renseignement et judiciaires, parquet national antiterroriste, service national du renseignement pénitentiaire, doctrine de suivi des sortants de prison condamnés pour terrorisme islamiste ou radicalisés en milieu carcéral.
Les gouvernements successifs n'ont eu de cesse de resserrer les mailles du filet par des mesures opérationnelles pour favoriser le décloisonnement interservices, le partage de l'information et l'émergence d'une gouvernance clarifiée, centralisée et coordonnée.
Parallèlement, les moyens des services de renseignement et antiterroristes ont été considérablement accrus, en assurant la transposition dans le droit commun des dispositions dérogatoires de l'état d'urgence. La loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d'attentat (Silt) du 30 octobre 2017, confortée par la loi du 30 juillet 2021 relative à la prévention d'actes de terrorisme et au renseignement, a offert aux acteurs de la lutte contre le terrorisme un cadre légal et juridique efficace et protecteur, à la hauteur de la menace.
À partir de 2019, le Gouvernement s'est attaqué au séparatisme qui, comme l'attestera l'attentat tragique contre Samuel Paty à l'automne 2020, est parfois l'antichambre du terrorisme islamiste : cellules de lutte contre l'islamisme radical, loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République et, bientôt, projet de loi renforçant la lutte contre le séparatisme et l'entrisme.
Comme directeur général de la sécurité intérieure, secrétaire d'État, coordonnateur national du renseignement, et enfin ministre de l'intérieur, je me suis retrouvé au cœur de ces différents dispositifs qui forment le combat premier de mon engagement républicain.
Nous ne sommes pas seulement favorables à cette proposition de loi, mais convaincus de sa nécessité pour parachever le dispositif existant.
Près de 15 % des personnes inscrites au fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) présentent des troubles du comportement. Nos services les suivent, mais seul un psychiatre peut distinguer ces troubles de la radicalisation : nous ne demandons pas aux médecins de prévenir un passage à l'acte terroriste. À chacun son métier et son expertise.
C'est tout l'intérêt de l'injonction d'examen psychiatrique, sur laquelle j'ai entendu beaucoup de contre-vérités à l'Assemblée nationale. Il ne s'agit ni d'une injonction de soin ni d'une hospitalisation sans consentement, mais d'une simple présentation devant un médecin expert, à la demande du juge judiciaire. Le Gouvernement proposera de rétablir l'avis préalable du psychiatre, supprimé en commission. Je défendrai également un amendement de rétablissement visant à renvoyer la compétence de cet examen à la liste des psychiatres établie par la cour d'appel, qui présente toutes les garanties d'indépendance et de probité.
Depuis 2020, la moitié des attentats terroristes commis sur notre sol l'ont été par des individus présentant des troubles du comportement ; 47 % des 73 individus projetant un attentat terroriste présentaient de tels troubles, un tiers souffraient de pathologies psychiatriques diagnostiquées. C'est un fait : les fragilités favorisent la perméabilité aux thèses radicales. L'injonction d'examen psychiatrique et la rétention de sûreté terroriste n'ont rien d'inutile ou d'excessif. Idem pour l'information des préfets en cas de modification de la prise en charge de ces profils dans le cadre d'hospitalisations sans consentement. La commission a d'ailleurs conservé ces dispositions, inspirées des retours d'expérience.
Pour les responsables et les acteurs de la lutte antiterroriste, dont je fus, chaque attentat est un échec dont l'empreinte les suivra longtemps. Il en va de même des crimes les plus atroces, comme le meurtre de Philippine. Là encore, la proposition de loi du député Charles Rodwell corrige des dysfonctionnements objectifs, par exemple en rétablissant la base légale à 210 jours pour la rétention administrative des étrangers en situation irrégulière qui ont été condamnés pour terrorisme.
Le texte propose également, dans une rédaction équilibrée et entourée de garanties, d'étendre ce régime à certains condamnés pour troubles graves à l'ordre public et dont le comportement représente encore une menace réelle, actuelle et d'une particulière gravité. La commission a souhaité à la fois restreindre et élargir le champ des infractions visées. Dans un amendement de rétablissement, je tenterai de vous démontrer que la rédaction initiale répond déjà à ses craintes comme à ses attentes.
Je remercie enfin la commission d'avoir réintroduit l'article 8 bis, qui tire les conséquences de la décision du Conseil constitutionnel du 16 octobre 2025 en matière de réitération du placement en rétention. Afin de garantir la constitutionnalité du dispositif, le Gouvernement proposera de plafonner le nombre de réitérations possibles et de rendre leurs durées dégressives.
Je vous invite à soutenir largement ce texte, à la suite des députés et dans la continuité des travaux législatifs qui, au fil des ans, ont bâti notre dispositif anti-terroriste, grâce auquel 64 attentats islamistes ont été déjoués sur notre sol depuis 2017. Hélas, au cours de la même période, 34 attaques terroristes ont été perpétrées, dont nous avons le devoir de tirer humblement les leçons.
Si le risque zéro n'existe pas, que ce ne soit pas le fait d'une pudeur à se doter d'outils performants ou d'un dogmatisme malvenu. Le combat contre le terrorisme est apolitique ; plus que tout autre, il doit nous rassembler, comme au lendemain des attentats qui ont endeuillé notre pays.

 

Catherine Vautrin (ministre des Armées et des Anciens combattants)
> La décision suédoise d’acquérir quatre frégates de défense et d’intervention de Naval Group est une très belle victoire de l’équipe France, tous services confondus, auxquels je veux rendre hommage, et la fierté de Naval group et de notre base industrielle et technologique de défense !

> Suède et France renforcent leur partenariat stratégique en soutien à la défense de l'Europe. Après le choix par la France du GlobalEye de Saab, la Suède a sélectionné la frégate de défense et d'intervention du Naval Group. Cette décision reflète la confiance entre nos deux pays, une confiance qui, au cours des dernières années, s'est renforcée grâce à des engagements opérationnels communs. Elle illustre également la capacité de nos industries de défense. Cela contribuera à renforcer davantage l'interopérabilité de nos forces armées, pour une Europe forte au sein de l'Otan.

> [Actualisation de la loi de programmation militaire, avec 36 milliards d'euros supplémentaires] Pour gagner une guerre, il faut l'avoir anticipée. La loi votée en 2023 prévoyait une actualisation en 2027. En 10 ans, nous aurons doublé le budget des armées. L'effort devra se poursuivre au-delà de 2027. Nous devons faire évoluer nos équipements. LÉtat va investir huit milliards de plus rien que pour les munitions, plus d'argent pour les avions de combat, pour les chars. La position de la France est une position défensive. Pour être respecté, il faut être craint. Pour être craint, il faut être entraîné et équipé. La France est l'armée d'Europe la plus entraînée.

 

Roland Lescure (ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique)
> Il faut regarder les faits. (...) Évidemment on a des vents de face: la crise n’est pas une bonne nouvelle pour les taux d’intérêt, ça veut dire que je paye plus pour notre dette, près de 4 milliards d’euros. Mais pour l'instant l'économie française résiste et pas pour rien: parce qu'on a un meilleur mix énergétique que la plupart des pays européens, parce qu'on a des stabilisateurs automatiques comme le Smic qui va augmenter, ce qui fait que la consommation va résister.

> On est face à une crise internationale qui a de l'impact, qui fait que l'économie ralentit mais aujourd'hui, il n'y a ni stagflation ni récession en France et j'espère bien que cela va continuer. La réalité, c’est qu’on est dans une tempête mais on résiste et on continue à avancer. Mais elle ne doit pas durer pas trop longtemps. Et c’est un défi majeur de cette discussion multilatérale: mettre en place des négociations. C’est ce que la France veut faire le plus vite possible pour rouvrir le détroit d’Ormuz qui est le nœud économique du conflit au Moyen-Orient.

> [Prix des carburants] Même si on ouvre le détroit d'Ormuz demain, ça prendra du temps avant que les tankers arrivent sur nos côtes. Les prix à la pompe resteront donc sans doute élevés. Mais de la même manière que ça a monté vite, si le pétrole baisse, je m’attends à ce que les prix à la pompe baissent aussi. (…)
Ce que l'on souhaite, c’est, dans un moment où les finances publiques sont sous tension et que l’euro public est rare, se focaliser sur les plus vulnérables, sur ceux qui en ont le plus besoin, je ne suis pas là pour aider tout le monde mais sur celles et ceux qui travaillent.

> [G7 économie / Intervention au Sénat] Le multilatéralisme fonctionne. Même si nous ne sommes pas d'accord sur tout, nous pouvons parler de tout. C'est ce que nous avons fait, et c'est ce que nous ferons à Évian.
C
e qui se passe dans le monde affecte la vie de nos concitoyens, dans la Drôme comme ailleurs : leur pouvoir d'achat, leurs difficultés à faire le plein d'essence, notre capacité à réindustrialiser... Sans déblocage du détroit d'Ormuz, il n'y aura pas de baisse des prix à la pompe. Les déséquilibres - surcapacité en Chine, sous-investissement en Europe, déficits globaux aux États-Unis - font qu'il n'y a pas assez d'usines qui poussent partout en France. Nous devrons repenser l'aide au développement pour multiplier les partenariats et faire avancer le tissu industriel, en Afrique et ailleurs.
Nous avons réaffirmé notre soutien à l'Ukraine, notamment pour le financement de la restauration du sarcophage de Tchernobyl. Nous avons travaillé sur les terres rares, chaînon manquant de l'électrification.
La France montre, une fois de plus, qu'elle est au cœur  du multilatéralisme. Soyons-en fiers !

 

Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et des Affaires étrangères)
> Face à la violence et la brutalité du monde, les casques bleus agissent courageusement au service de la paix. 600 militaires français sont engagés aujourd'hui dans ces missions au Liban, en République centrafricaine ou en République démocratique du Congo. Aujourd'hui, à Rabat, le Maroc et la France ont réuni 62 pays et organisations francophones pour aborder l'avenir des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, au bénéfice des peuples éprouvés par la guerre.

> Les agissements de M. Ben Gvir à l'égard des passagers de la flottille Global Smud, dénoncés par ses propres collègues au gouvernement israélien, sont inadmissibles. J'ai demandé que l'ambassadeur d'Israël en France soit convoqué pour exprimer notre indignation et obtenir des explications. La sécurité de nos compatriotes est une priorité constante. Quoiqu'on pense de cette flottille - et nous avons indiqué à plusieurs reprises notre désapprobation de cette démarche -, nos compatriotes qui y participent doivent être traités avec respect et libérés dans les plus brefs délais. Je salue le travail des équipes du Ministère, de l’Ambassade et du Consulat qui, une nouvelle fois, se mobilisent pour assurer leur protection consulaire.

> [Discours à l'occasion de la neuvième édition du Concours des Jeunes ambassadrices et ambassadeurs] Bienvenue au Quai d’Orsay, le cœur battant de la diplomatie française. 
En tant que jeunes ambassadrices et jeunes ambassadeurs, vous êtes ici chez vous. Cette maison, vous le savez, a vu se succéder des générations de diplomates qui, un peu comme vous, ont tout fait pour que le dialogue l’emporte sur la confrontation et sur la guerre. 
C’est dans ces murs qu'est signé le traité de Paris, le 30 mars 1856, mettant fin à la guerre de Crimée. Et c'est dans ces murs, dans la salle d'à côté, dans le salon de l'Horloge, que Robert Schuman prononce sa célèbre déclaration du 9 mai 1950, proposant de mettre en commun la production franco-allemande de charbon et d’acier, l’acte fondateur de la construction européenne. Un discours d'une minute trente, beaucoup plus court que celui que je vais prononcer, qui a permis de sceller la réconciliation entre les ennemis d'hier et transformer un continent déchiré par deux guerres mondiales en un espace de paix et de prospérité. Pour vous, qui êtes de jeunes ambassadeurs, cette déclaration est un exemple à suivre. Certains de ses passages résonnent encore aujourd’hui. Je pense à cette phrase que vous connaissez sans doute : « L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre » ou encore celle-ci qui est un peu moins connue mais qui résonne avec une acuité particulière : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans les efforts créateurs à la hauteur des dangers qui la menacent. » 
Aujourd'hui encore, nous continuons à bâtir une Europe plus forte et plus souveraine. C'est d'ailleurs pour cela qu'en 2017, ce ministère a pris le nom de ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. À l’heure où le grand défi du siècle réside dans l'affrontement qui se met en place entre les États-Unis d’Amérique et la Chine, il nous revient tous ensemble de faire entendre la voix de l’Europe. Pourquoi ? Eh bien, pour défendre une vision du monde fondée sur le droit international, sur une certaine idée de l’homme et de la femme, sur la souveraineté des nations. 
Au fond, c’est ce qu’on appelle le multilatéralisme. Agir ensemble pour résoudre des problèmes d’envergure mondiale tels que le dérèglement climatique ou la protection des océans. C’est ce que nous avons fait à Nice, est-ce qu’il y en a d’entre vous qui viennent de Nice ? Félicitations à vous. Vous vous souvenez de ce qu’on a fait l’année dernière à Nice ? Non ? Vous n’êtes pas allés à (inaudible) ? Alors, à Nice, l’année dernière, nous avons accueilli la plus grande manifestation jamais consacrée à la préservation des océans. Et à cette occasion, nous avons permis l’entrée en vigueur du traité sur la haute mer, un espace qui couvre la moitié de notre planète, les deux tiers de l'océan, qui est un réservoir de biodiversité et qui est un puits de carbone, le principal, mais qui était jusque-là un espace de non-droit. Voilà un exemple concret de ce que nous sommes capables de faire grâce à la diplomatie et à sa créativité. 
En participant au concours des jeunes ambassadrices et ambassadeurs, vous avez pu découvrir certaines facettes du métier de diplomate. Et vous avez relevé un défi ambitieux, comprendre une époque lointaine, celle des années 30, et vous glisser dans la peau des ambassadeurs américain, britannique, soviétique, français présents à Londres en août 1938. Avec vos professeurs, que je remercie, vous vous êtes plongés dans des documents d'archives que vous avez su décortiquer. Ensemble, vous avez dialogué, défendu des positions souvent divergentes car la diplomatie, ce n’est pas uniquement discuter entre amis, c’est accepter de négocier, parfois avec des adversaires. Et pour ce faire, il faut trouver les mots justes, les arguments qui font mouche, il faut trouver des images suffisamment fortes pour marquer les esprits et emporter l'adhésion sans pour autant nier la complexité des situations et le besoin de nuances. 
Mais par-dessus toutes les qualités dont disposent nos ambassadrices et nos ambassadeurs, celles qui, à mon avis, distinguent ceux des grands diplomates qui ont changé le cours de l’Histoire, c'est la capacité à trouver en nous-mêmes la part d'humanité que nous allons mobiliser pour activer celle de l'autre, en étant capable de se mettre à sa place et de reconnaître en lui, tout adversaire qu’il soit, un semblable avec lequel nous partageons, malgré nos intérêts divergents, une part d'humanité commune. 
Grâce à ce concours, vous avez également pu comprendre comment la montée du nazisme avait affecté la Tchécoslovaquie et l'Europe toute entière. Les accords de Munich constituent un précédent tragique pour tous les diplomates. Car en 1938, les démocraties se sont couchées face aux prétentions territoriales, colonialistes et idéologiques du Troisième Reich. Elles n'ont pas su dire « non ». Elles n'ont pas réussi à arrêter la folie d'Hitler. On connaît la suite. Plus de 60 millions de morts et le plus grand génocide du XXe siècle. C'est un épisode de notre histoire que nous devons garder en mémoire. Il montre combien le métier de diplomate est exigeant et combien la compromission n'est jamais une solution. La paix est un travail de patience, de rigueur et de courage. Mais bien d'autres facteurs entrent en considération et malheureusement, la diplomatie n'est pas une science exacte.
Doit-on pour autant baisser les bras ? La réponse est non. Gardons à l'esprit la chance que nous avons de vivre dans un pays libre et démocratique. Cette liberté, nous nous sommes battus pour l'obtenir. Mais elle n'est pas acquise pour toujours. C'est pourquoi nous ne devons pas relâcher nos efforts. La guerre n'est jamais loin. Regardez en Ukraine, à 2.000 kilomètres d’ici, une guerre d'agression se déroule sous nos yeux. Une guerre qui est l’expression du projet révisionniste de Vladimir Poutine, une guerre brutale et injustifiable qui doit cesser. La France, avec ses alliés, continue à se mobiliser pour mettre un terme aux combats et permettre les conditions d’une paix durable. Ici, au Quai d’Orsay, nous travaillons chaque jour pour soutenir le peuple ukrainien qui se bat héroïquement pour sa liberté et son indépendance contestées par Vladimir Poutine. 
En Europe, depuis 80 ans, nous nous sommes quelque part un peu habitués à la paix. Nous avions déposé les armes de l’esprit, il nous faut aujourd’hui les reprendre. Nous avions cru que chacun avait entendu le message pacifique de Robert Schuman. Il faut le porter à nouveau. Tous nos espoirs reposent sur vous, jeunes ambassadrices et jeunes ambassadeurs. C'est à votre génération qu'il appartient désormais à son tour de dire « non » aux logiques de confrontation, « non » aux logiques de blocs, « non » à la guerre. 
Et pour cela, il vous appartient de nouer des liens nouveaux avec les autres jeunesses du monde. N'ayez pas peur de faire un pas les uns, les unes, vers les autres. Dans quelques années, certains et certaines d’entre vous embrasseront peut-être une carrière de diplomate, vous serez peut-être même un jour ambassadrice ou ambassadeur de France, peut-être même ministre des Affaires étrangères. Vous devrez alors résoudre des problèmes d'une grande complexité, comme ceux que vous avez eu à traiter dans le cadre de ce concours, vous devrez négocier avec des États qui ne partagent toujours nos valeurs et auprès desquels nous devons défendre avec fermeté nos intérêts pour protéger les Françaises et les Français. J’espère que cette immersion vous aura donner le goût de la négociation, du dialogue et de la diplomatie. 
En tout cas, vous pouvez d’ores et déjà être fiers d’avoir participé à ce concours. Félicitations à vous toutes et tous. Félicitations pour vos efforts et votre curiosité qui vous ont permis de remporter le premier prix du concours dans vos régions respectives. Félicitations aussi à toutes celles et tous ceux qui vous ont accompagnés et guidés, au premier rang desquels vos professeurs. Votre succès, c'est évidemment aussi le leur. Vous pouvez les remercier. Je rends hommage avec vous au travail qu'ils accomplissent au quotidien, avec passion et dévouement, pour vous transmettre le savoir, pour former votre esprit critique. À l'heure des manipulations de l'information, c'est une nécessité vitale. 
Que soient également remerciés les préfets de région, les rectrices et recteurs, ainsi que les conseillers diplomatiques des préfets de région, qui nous ont permis de proposer cette initiative à la majorité des établissements scolaires du territoire national.
Enfin, le meilleur pour la fin, je remercie vivement le directeur des archives et ses équipes qui conçoive[nt] et coordonne[nt] ce formidable concours depuis 2017. Par cette initiative à destination des jeunes, elle[s] [font] œuvre utile pour notre diplomatie d'aujourd'hui et celle de demain. Et puis, notre Académie diplomatique et consulaire qui nous permet de valoriser ce métier à nul autre pareil, je me réjouis de voir grandir cette jeune structure au service de tous les talents et j’espère vous compter un jour, chers ambassadrices et ambassadeurs, parmi les apprenants de notre Académie. 
En 2026, ce concours a réuni 6.300 participants dans neuf régions académiques. C’est un record et c’est aussi un message d’optimisme. Les jeunes s’intéressent de plus en plus aux relations internationales, au grand débat du monde, à la parole diplomatique. Oui, vous avez du talent et vous l'avez prouvé tout au long de ce concours. C'est pourquoi je vais maintenant laisser la parole à l’un des groupes de lauréats afin qu’il puisse jouer devant nous le dialogue qu’ils ont eux-mêmes mis en scène.

 

Stéphanie Rist (ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées)
> [Santé mentale des jeunes / Intervention à l’Assemblée] La santé mentale, en particulier celle des jeunes, est une urgence nationale mais aussi internationale. J’ai pu, lors de l’Assemblée mondiale de la santé qui s’est tenue ces deux derniers jours, échanger avec de nombreux ministres de la santé qui m’ont confirmé la place prédominante de ce sujet dans leurs pays. La santé mentale des jeunes garçons, pour lesquels les taux de suicide augmentent dans tous les pays, est particulièrement préoccupante. Nous devons y prendre garde.
C’est une urgence pour notre société –
 une urgence de notre société. Il est de la responsabilité du gouvernement et plus singulièrement de la ministre de la santé que je suis, mais aussi de chacun d’entre nous, de prendre soin de nos jeunes.
Le gouvernement agit, en premier lieu par des mesures financières. Le budget qui y est consacré a augmenté de 44 % en 2025 et s’élève à 13 milliards. Plus de 300 projets dédiés à l’amélioration de la santé mentale des enfants et des adolescents sont financés. Les centres médico-psychologiques sont renforcés. Le dispositif des maisons des adolescents est généralisé dans tout le territoire. Nous avons permis aux jeunes d’accéder directement à un psychologue dans le cadre de Mon Soutien psy. Les résultats sont au rendez-vous puisque le nombre de consultations a considérablement augmenté. Nous devons poursuivre nos efforts en ce sens.
Mes services et ceux de mon collègue Édouard Geffray ont pris un virage radical dans le travail de prévention et s’attellent ainsi à développer les compétences psychosociales des enfants et des jeunes. De nombreux parlementaires sont engagés sur ce terrain pour lutter contre l’usage des écrans ou l’addiction aux réseaux sociaux qui ont une grande part de responsabilité dans l’altération de la santé mentale des jeunes, ce qu’attestent toutes les études scientifiques. La santé mentale a été érigée grande cause nationale pour 2025 et vous êtes invités à participer, le 2 juin, au bilan qui en sera dressé ainsi qu’à la définition des perspectives pour 2026.

> [Congé supplémentaire de naissance / Intervention à l’Assemblée] La création du congé supplémentaire de naissance est un engagement que nous avons collectivement tenu. À partir du 1er juillet, tous les parents qui le souhaitent pourront prendre jusqu’à deux mois chacun de congé supplémentaire de naissance, à condition que leurs enfants soient nés après le 1er janvier 2026 inclus.
En matière de délais, notre engagement sera aussi tenu. Lors de l’examen du PLFSS, les députés avaient voulu les raccourcir et nous les respecterons. Tous les parents concernés pourront donc prendre leur congé supplémentaire de naissance.
Nous avions prévu cinq décrets : deux en Conseil d’État, qui viennent d’être pris, et trois décrets simples, que nous prendrons dans les prochains jours. Ainsi, les parents qui le souhaitent pourront, dès le 1er juin, demander un congé supplémentaire de naissance pouvant débuter le 1er juillet.
Certains employeurs sont inquiets d’éventuels congés simultanés, pris par ceux de leurs salariés qui ont accueilli un enfant après le 1er janvier. Il convient de rappeler aux parents d’enfants nés entre le 1er janvier et le 1er juillet 2026 qu’ils pourront prendre leur congé supplémentaire jusqu’en avril 2027.
Nous avons donc travaillé. Ce congé constitue une véritable avancée pour les parents et les délais annoncés seront tenus.

> [Plan d'action pour l'avenir de l'hôpital] Nous avons connu beaucoup de discours de gestion, de compassion, souvent aussi de promesse de révolution. Mais, l'hôpital, c'est avant tout ma maison. Je veux donc débuter par un mot plus personnel. Hospitalière de carrière, ministre au présent, je sais les attentes, les difficultés et les aspirations. L'hôpital, j'en ai découvert les couloirs il y a plus de 30 ans, en étant jeune étudiante en médecine, en y exerçant comme aide-soignante puis infirmière pour financer mes études. J'y ai ensuite exercé toute ma vie professionnelle de médecin, comme soignante mais aussi comme manager.
Ce sont toutes les dimensions de l'hôpital que je porte en moi : de la dimension la plus physique, autour du malade - qui m'est toujours la plus chère – jusqu'aux enjeux de développement et de coopération entre établissements lorsque je suis devenue responsable du projet médical du GHT. Après ces 30 ans, j'aime toujours l'hôpital et les femmes et les hommes qui y travaillent parce que j'ai vu qu'ils étaient capables de belles et grandes choses, dans les situations de crise comme dans l'accompagnement quotidien des malades. Là s'arrête le moment où je vous raconte ma vie.
Mais je commençais par là parce que mon expérience m'a forgé une conviction. De ces 30 années d'exercice, je retiens un immense besoin. Ce n'est pas seulement un besoin financier. Il existe, j'y reviendrai. Mais l'ONDAM a augmenté de 44 % depuis le premier quinquennat du président de la République après 5 années de croissance atone. Ce n'est donc pas uniquement cela. Ce n'est pas seulement un besoin de reconnaissance. Il est extrêmement fort, et compter sur la vocation des professionnels ne peut suffire à conduire des politiques RH. Ce n'est pas seulement un besoin d'organisation renouvelée. Il y a eu des avancées et des jalons importants ont été posés ces dernières années.
C'est un besoin, je le crois, d'horizon. Et d'horizon qui soit mobilisateur pour l'ensemble des acteurs qui le constituent.
Pour cela, il faut dépasser, je le crois, deux écueils :
- Le premier, c'est celui de la facilité démagogique. On pourra s'inquiéter d'une bureaucratisation croissante, d'un éloignement de la décision, on pourra critiquer le nombre d'administratifs comme on l'entend beaucoup dans les discours politiques. On pourra aussi se souvenir que ces dernières années ont aussi fait monter les logiques de parcours et amélioré l'organisation au service des patients.
- Le second écueil, c'est de tout attendre de l'État. Profondément, je crois que la situation de l'hôpital appelle à un partage collectif de la contrainte, qui doit nous pousser État – Assurance maladie – ARS – directions d'hôpital – soignants, à aller dans le même sens.
Au goût du dissensus et des injonctions faciles, aux discours descendants des pouvoirs publics, il nous faut préférer l'action collective et l'action à chaque échelon.
Je ne veux pas simplement que vous attendiez de l'État ce qu'il peut faire pour vous, mais à réfléchir à ce que vous, vous pouvez apporter de solutions pour l'intérêt général et pour celui des patients.
Ce point de méthode étant posé, et le temps restant avant la prochaine grande échéance électorale étant inversement proportionnel à l'ampleur des chantiers qu'il nous faut mener, je veux m'arrêter sur 3 chemins que je nous souhaite mettre sur de bons rails pour l'avenir de l'hôpital.
Pour nous aider, d'abord, il nous faut parler vision sur l'investissement.
Après des années de dispositifs d'efficience - vous m'excuserez de prononcer les gros mots «dispositif» et «efficience» -, il a été décidé, avec le covid19, de réaccorder une place centrale à l'investissement hospitalier avec le Ségur de la santé.
Cette démarche a permis de soutenir des projets d'investissement couvrant l'ensemble des champs d'activité des hôpitaux : médecine, chirurgie et obstétrique, santé mentale, soins médicaux et de réadaptation ou encore prise en charge des personnes âgées en perte d'autonomie.
Ce sont 16 milliards d'euros dédiés à l'investissement qui sont déployés sur la décennie 2021 – 2030.
À ce jour, 773 projets ont été inscrits dans les stratégies régionales d'investissement : 137 projets ont d'ores et déjà été finalisés, avec des nouveaux établissements mis en service. Tous les autres sont en cours de construction ou d'instruction. D'ici fin 2026, plusieurs projets hospitaliers structurants seront à leur tour mis en service. Mais la hausse des coûts de construction, l'évolution des taux d'intérêt et la fragilisation financière de nombreux établissements de santé nous imposent un double mouvement :
- réaffirmer une trajectoire claire de soutien aux investissements hospitaliers effectués en région à long terme ;
- tout en garantissant la soutenabilité des opérations à long terme.
C'est pourquoi je souhaite vous annoncer ici l'ouverture d'un nouveau chapitre pour nos investissements hospitaliers.
Je publierai, dans les tous prochains jours, une instruction donnant une visibilité de l'investissement sur les 10 prochaines années. Ce seront 6 milliards d'euros investis par l'État pour soutenir les projets en région.
L'intention, elle est claire : continuer à sortir du pilotage par à-coups, lever la tête du guidon et piloter les investissements dans la durée.
Cette enveloppe prendra le relai du plan Ségur.
Et car les choses doivent se construire ensemble, les décisions sur l'investissement resteront déconcentrées, fidèles aux diagnostics des besoins actuels et futurs, parmi lesquels les enjeux de vieillissement.
Mais je sais aussi que les déficits des établissements, publics comme privés, ne sont pas à conjuguer au passé.
Pour être soutenable, les investissements devront donc être conditionnés à la mise en œuvre de mesures d'efficience, pour que chaque euro d'argent public soit bien utilisé.
C'est là aussi une responsabilité commune et de partage de la contrainte que j'évoquais.
Pour nous aider, il nous faut donc poursuivre l'ouverture du système hospitalier sur son environnement extérieur.
De mes 30 années passées à l'hôpital, je ne souhaite ni la politique aveugle du rabot, ni celle d'un hôpital replié sur lui-même.
Nos près de 3 000 établissements hospitaliers, tous statuts confondus, sont à la fois la locomotive et le dernier recours des soins sur nos territoires. Il nous faut donc développer ce rôle de locomotive, au travers de plus de coopération entre établissements, plus de gradation des soins, et, in fine¸ vers des prises en charge de meilleure qualité pour le patient. Il nous faut donc nous projeter sur 15 à 20 prochaines années :
- En adaptant l'hôpital aux enjeux présents et futurs ;
- En intégrant pleinement les besoins et les attentes des patients ;
- Sans jamais renier les aspirations des soignants.
Surtout, je vous l'ai dit, j'attends que nous partagions la contrainte. Cette projection ne pourra pas se faire sans vous. C'est pourquoi, je réunirai, dans les toutes prochaines semaines, un premier comité stratégique national qui réunira l'ensemble des acteurs. Sans déflorer ces échanges, je souhaite vous énoncer 4 directions qu'il m'apparaît falloir prendre ou poursuivre pour ouvrir l'hôpital sur l'extérieur :
- La première, c'est celle du développement des activités complémentaires ou alternatives à l'hospitalisation complète. Je pense notamment à la télémédecine, notamment la télé-expertise, mais aussi l'ambulatoire, la HAD, l'hébergement temporaire non médicalisé ou la chirurgie hors bloc. Ces pratiques, elles doivent également s'appuyer sur le levier central de l'intelligence artificielle.
- La seconde direction, c'est la coopération. Nous célébrons les 10 ans des GHT cette année. Il nous faut désormais, collectivement, poser un acte II de la coopération. Il nous faut, pour cela, encourager les dynamiques de groupe, pour mieux coordonner les activités, mutualiser les moyens lorsque cela est pertinent et avoir un pilotage plus intégré de l'offre de soins sur nos territoires.
- La troisième direction, elle doit viser à continuer de dépasser le vieux clivage ville-hôpital. Au-delà de l'intérêt des patients, ce sont bien souvent les soignants qui ne s'y reconnaissent plus. Je reviens et j'insiste sur la télé-expertise : je souhaite que les établissements de santé se mettent en situation de répondre aux demandes de télé-expertise de la médecine de ville, notamment pour les structures du réseau France Santé. C'est aussi dans nos modes de financement que la dichotomie ville-hôpital doit être moins forte : d'ici au 1er janvier 2027, je souhaite en particulier l'aboutissement de la réforme des modes de financement de la radiothérapie et de la dialyse. Il faudra aller plus loin et entamer les discussions pour pouvoir faire converger les modes de rémunération des médecins.
- La quatrième direction, c'est enfin le dépassement public/privé. Les établissements privés, lucratifs comme non lucratifs, jouent un rôle absolument essentiel dans de nombreux territoires ainsi que dans certaines spécialités. J'ai souhaité engager un travail spécifique sur la situation des établissements de santé/privés, qui font face à des tensions financières croissantes. C'est pourquoi j'ai décidé de confier une mission à des personnalités qualifiées – issues de vos différents secteurs -, et à l'IGAS. L'enjeu, c'est de mieux connaître, mieux accompagner, et embarquer l'ensemble des acteurs dans une logique de coopération, d'efficience et d'accès aux soins pour tous.
Pour nous aider et se donner un horizon commun, il est, enfin, indispensable de continuer d'améliorer le rapport au travail. Je le disais tout à l'heure : le fait de compter sur les vocations ne peut pas être la base de notre politique RH.
Il nous faut donc renforcer notre action collective sur 4 champs :
- Le premier champ, c'est celui de la santé des professionnels de santé. Là encore, il nous faut partager diagnostics et solutions. Nous avons donc lancé une mission et une concertation, qui est désormais terminée. Forts de ces éléments, j'annoncerai, dans les tous prochains jours, un plan d'action opérationnel. Mais je ne veux pas oublier l'enjeu de la protection sociale complémentaire (PSC) de la Fonction Publique Hospitalière, en jachère depuis de trop nombreuses années. Les concertations ont été nombreuses depuis janvier. Je veux remercier les organisations syndicales, la Fédération Hospitalière de France (FHF) ainsi que les services pour le travail continu sur cet enjeu qui concerne plusieurs millions d'agents hospitaliers. Forte de ce travail de concertation, je souhaite pouvoir apporter une réponse sur le sujet très prochainement.
- Le second champ d'action pour améliorer le rapport au travail, c'est le renforcement des métiers et des compétences. Vous le savez, grâce notamment à l'impulsion donnée par mes prédécesseurs et la loi portée par les parlementaires que je veux saluer, nous arrivons cette année à l'aboutissement de la réforme du métier infirmier. Elle doit permettre de confirmer radicalement la place de l'infirmier dans le milieu hospitalier.
Mais je veux faire ici 3 incises. La première concerne la situation particulièrement complexe des Infirmiers en Bloc Opératoire (IBODE) dans certains établissements.
Elles souhaitent un engagement fort de notre part dans la formation et la tenue des engagements réalisés par le passé. Je ne trahirai pas ces engagements. Bien au contraire, je souhaite que les dispositions transitoires soient rapidement solvabilisées.
La seconde incise concerne les IPA. Mon attachement au développement du métier ne surprendra ici personne. Un comité de suivi de la profession est mis en place pour faire évoluer leur cadre d'exercice. Il doit aboutir à développer l'approche populationnelle dans leur prise en charge. La littérature nous a montré tout l'intérêt de cette approche, la loi l'a confirmée : il nous reste à réviser les compétences attendues et la formation associée.
Et la troisième incise concerne les internes et les étudiants en santé. Je l'ai dit à leurs représentants, et je le redis ici : je souhaite que vous me formuliez des propositions concrètes à mettre en œuvre pour la santé des étudiants en santé. Ils sont le pilier et le futur de notre système de santé ; il faut en prendre soin. J'aurai l'occasion de revenir sur la question de la santé mentale dans les prochains jours.
- Le troisième champ : améliorer le rapport au travail, c'est aussi ne pas venir au travail la boule au ventre. Sur la sécurité des professionnels de santé, je souhaite une tolérance zéro. Et vous pouvez compter sur ma détermination. À ce titre, je souhaite, dès les prochaines semaines, concrétiser l'application des mesures de la loi Pradal, et mettre en œuvre de nouvelles mesures sur les violences sexistes et sexuelles.
Enfin, améliorer le rapport au travail, c'est aussi redonner du sens à l'engagement quotidien des professionnels de santé. Et ce sens passe par la qualité de la relation avec le patient.
L'expérience patient constitue à cet égard un levier essentiel d'amélioration de la qualité des soins, mais aussi d'attractivité pour nos établissements.
En plaçant le patient au cœur du système, nous répondons à la fois aux attentes des Français et à la quête de sens des soignants. C'est pourquoi je souhaite engager un plan structuré pour développer l'expérience patient autour de quatre priorités :
- renforcer le rôle du patient comme acteur de sa santé,
- mieux prendre en compte son vécu tout au long du parcours de soins,
- valoriser son implication dans le système,
- soutenir les initiatives locales d'innovation.
C'est par vos pratiques qu'un plan sera déployé et s'appuiera sur un appel à projets national pour accompagner les établissements qui souhaitent pleinement s'impliquer dans cette démarche.
Les 4 champs que je viens d'évoquer ont vocation à améliorer le rapport au travail.
Mais tout cela sera rendu impossible si nous n'arrivons pas à renforcer l'attractivité des métiers.
C'est pourquoi nous aurons l'occasion de dresser un cap politique pour l'attractivité des métiers du soin et du lien
Ce cap devra notamment comprendre :
- le déploiement de la VAE, aujourd'hui insuffisante dans le champ de la santé, y compris pour les professions réglementées ;
- la réforme du cadre de la formation continue : en accélérant la certification périodique et en finalisant la réforme de l'ANDPC.
Je parlais de l'hôpital comme d'une locomotive. Face aux défis pour notre protection sociale, face au mur démographique, face aux enjeux d'accès aux soins, face aux progrès de la médecine et à ses coûts induits qui menacent la soutenabilité financière du système mais surtout face à ses propres défis, l'hôpital n'a jamais été aussi attendu, ni aussi indispensable. Face à ces nombreux défis, il nous faut dessiner un horizon mobilisateur. À nous, collectivement, de lui donner les conditions pour durer, pour se renouveler, et pour continuer à servir nos concitoyens avec une exigence accrue. Et comme je connais l'engagement et les ressources des hospitaliers, je crois que l'horizon qu'il mérite est à notre portée – à nous de l'assumer ensemble.

 

Marina Ferrari (ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative)
> Aucune forme de violence n’a sa place dans nos stades. J’ai condamné avec la plus grande fermeté les violences survenues ce week-end à Nantes et à Nice, ainsi que les chants homophobes encore trop présents dans le sport. Sur ce sujet, je salue le travail de la Ligue et de ses associations partenaires, qui contribuent à la lutte contre ces comportements.
Depuis un an, nous agissons :
- Circulaire aux préfets pour renforcer les sanctions individuelles
- Convention avec le ministère de l’Intérieur, de la Justice et la LFP pour mieux identifier les auteurs
- Expérimentation d’observateurs sur certains matchs de Coupe de France
Nous allons plus loin avec le projet de loi « Ripost » : création d’un nouveau motif d’interdiction administrative de stade pour les actes d’incitation à la haine ou à la discrimination. J’appelle enfin les associations de supporters à condamner clairement les incidents violents survenus à Nantes et à Nice. Face à ces dérives, la détermination du Gouvernement reste entière. Le sport doit rester un espace de respect et de rassemblement.

> La France devient la capitale mondiale de l’e-sport. Paris accueillera la Coupe du monde d’e-sport 2026. Des milliers de joueurs, des millions de fans et une passion partagée à travers le monde.

 

Aurore Bergé (ministre déléguée auprès du Premier ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations)
> 10 ans après MeToo, avons-nous vraiment appris ? Il serait temps. Temps de respecter la parole des victimes. Temps de comprendre que révéler des violences sexuelles peut prendre des années, des décennies. Par peur, honte, culpabilité. Et temps de respecter la présomption d'innocence. Pilier de notre Etat de droit. Les deux sont possibles. Les deux sont nécessaires.

 

Sabrina Roubache (ministre déléguée auprès du ministre du Travail et des Solidarités et du ministre de l’Education nationale chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage)
> La communauté éducative ne peut rester insensible face à « L’Abandon », le film de Vincent Garenq dédié à Samuel Paty. Ce film a le mérite rare d'une justesse de ton. Il révèle Samuel Paty dans sa pleine humanité, dans ce qu'il était : un homme, un professeur, tout en le faisant entrer dans une sorte d'éternité collective, celle des figures qui nous rappellent ce que l'École a de plus précieux et de plus fragile.   Un projet pédagogique est actuellement en cours de travail au sein de l'Éducation nationale, afin d'être mis à disposition des professeurs qui souhaiteront l'utiliser pour accompagner leurs élèves.

> [Samuel Paty / Intervention à l’Assemblée] Samuel Paty a été assassiné le 16 octobre 2020. Ce même soir, je projetais un film que j’avais produit sur le phénomène de radicalisation, Djellaba-basket  : il y a plusieurs manières de s’engager et de dire des choses !
Vous avez rappelé, avec raison, –⁠ et tout le monde a raison de le rappeler – que, parce qu’il avait choisi de faire son métier jusqu’au bout dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, Samuel Paty a été la cible d’un mensonge et d’une campagne de haine organisée sur les réseaux sociaux et qu’il en est mort. Je vous accorde que sa figure est devenue un symbole très puissant de ce que représente l’école – notre école de la République – et le visage de ce que le terrorisme islamiste cherche à détruire chaque jour.
La démarche de ceux qui demandent sa panthéonisation est profondément respectable. Certes, elle exprime quelque chose de juste et de très fort –
 la nécessité d’une reconnaissance nationale à la hauteur de ce que Samuel Paty incarne pour des millions d’enseignants et de Français et son entrée dans l’éternité de notre République. Mais l’admission au Panthéon doit être précédée d’une réflexion sérieuse. Historiquement, cette distinction a été associée à un apport individuel – littéraire, scientifique ou politique – si déterminant que la personne et son œuvre ont fini par se confondre.
Samuel Paty est une victime du terrorisme islamiste, devenue un symbole malgré elle, par la seule force de son engagement ordinaire et admirable de professeur. Si cela ne diminue en rien ce qu’il représente, cela pose la question de la forme la plus juste pour honorer sa mémoire.
Il est certain que Samuel Paty ne doit jamais être oublié et que la nation lui doit une reconnaissance à la mesure de son martyr mais –
 vous le savez et l’avez dit – cette décision dépend du président de la République. Sachez que je serai à vos côtés pour défendre ce projet auprès de lui.

> Top départ pour les examens 2026 ! Cette année, sur 727 000 candidats, près de 195 000 s’apprêtent à passer leur baccalauréat professionnel dans 93 spécialités, partout en France. La réforme du lycée professionnel engagée depuis 2023 produit des résultats concrets : +3 % de candidats pour le Bac pro cette session. Davantage de jeunes y croient, et ils ont raison d’y croire car la voie professionnelle est une voie d'excellence.
Cette session 2026 est aussi une session de transformation :
- 22 spécialités rénovées au Bac pro
- 8 nouvelles spécialités font leur entrée comme épreuve pour les Bac pro et les CAP, 3 pour le brevet professionnel et 2 pour le certificat de spécialisation
- Un nouveau calendrier, aligné sur les voies générales et technologiques, pour accompagner les élèves jusqu’aux derniers jours de l’année scolaire.
Parce qu’un diplôme, ce n’est pas qu’une ligne sur un CV. C’est la preuve d’une compétence acquise. D’un effort tenu dans la durée. D’une capacité à aller jusqu’au bout. Tous mes vœux de réussite aux candidats.

 

Catherine Chabaud (ministre délégué auprès de la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature chargée de la Mer et de la Pêche)
> [Co-signataire de la tribune « La mer a besoin de tous les talents »] Il faut « faire comprendre à une nouvelle génération de jeunes femmes que le maritime n’est pas un secteur du passé » estime dans une tribune collective les acteurs du secteur, alors que se tient ce 18 mai la Journée internationale des femmes dans le secteur maritime de l'OMI, l'Organisation maritime internationale.
Le maritime entre dans une nouvelle époque. La mer est redevenue stratégique. Elle transporte près de 90 % du commerce mondial, porte nos approvisionnements, notre souveraineté énergétique, une partie de notre sécurité économique et désormais une part des réponses à la transition écologique.
Le secteur maritime n’a jamais été aussi central dans les équilibres économiques et stratégiques mondiaux. Cette transformation change profondément les métiers de la mer. À bord comme à terre, les besoins évoluent. Les compétences se diversifient. Les parcours se transforment. Automatisation, nouvelles technologies, cybersécurité, nouvelles énergies, logistique décarbonée : le maritime de demain ne ressemblera plus à celui d’hier.
Et pourtant, la mer a été racontée comme un monde d’hommes. Aujourd’hui, les femmes représentent environ 1 % des marins dans le monde selon les derniers chiffres publiés par l’Organisation maritime internationale et WISTA International. Ce chiffre ne dit pas que les femmes ne veulent pas aller vers la mer.
Il dit surtout que, pendant longtemps, trop peu de jeunes filles ont grandi en imaginant que ces métiers pouvaient aussi être les leurs.
Une grande nation maritime ne peut pas construire son avenir en se privant de la moitié des talents dont elle a besoin.
Combien savent aujourd’hui que le maritime peut offrir certaines des carrières les plus internationales, technologiques et responsabilisantes de notre économie ? Combien savent que l’on peut travailler dans la cybersécurité maritime, piloter des projets énergétiques, commander un navire, gérer des flux logistiques mondiaux ou participer à la transformation écologique du commerce international ?
Le véritable enjeu est donc d’ouvrir l’imaginaire. Faire comprendre à une nouvelle génération de jeunes femmes que le maritime n’est pas un secteur du passé, mais l’un des grands secteurs d’avenir du XXIe siècle. La France possède la deuxième zone économique exclusive au monde. Elle dispose d’armateurs leaders aux niveaux européen et international, d’une filière d’excellence et d’ambitions fortes en matière de souveraineté et de transition énergétique. Mais une grande nation maritime ne peut pas construire son avenir en se privant de la moitié des talents dont elle a besoin.
Pourtant, les lignes commencent déjà à bouger. Dans les écoles, dans les ports, à bord des navires, des femmes prennent leur place et ouvrent la voie à d’autres trajectoires. Dans les écoles maritimes, les femmes sont de plus en plus nombreuses. Les parcours féminins se multiplient. Des officières, ingénieures, dirigeantes et professionnelles du maritime ouvrent déjà la voie à une nouvelle génération de parcours féminins dans le maritime.
À toutes celles qui cherchent un métier tourné vers l’international, l’innovation, la responsabilité et les grandes transformations du monde : la mer a besoin de vous.
Ce mouvement doit désormais changer d’échelle. Car il ne s’agit pas uniquement d’un enjeu de représentation. Il s’agit aussi d’un enjeu de performance et de compétitivité pour toute une filière. Dans un contexte de transformation et de forts besoins en recrutement, le secteur maritime a tout intérêt à pouvoir attirer et fidéliser l’ensemble des talents et des compétences disponibles afin de relever les défis qui l’attendent.
Parce qu’au fond, le sujet dépasse largement le seul secteur maritime : il pose une question simple. Comment continuer à renforcer l’attractivité d’un secteur stratégique de demain auprès de tous les talents ?
Le 18 mai ne doit pas seulement être une journée symbolique. Elle doit être une invitation adressée à toutes celles qui n’avaient jamais imaginé que la mer pouvait aussi devenir leur avenir. À toutes celles qui cherchent un métier tourné vers l’international, l’innovation, la responsabilité et les grandes transformations du monde : la mer a besoin de vous. A toutes celles qui ont déjà rejoint les rangs des entreprises et institutions maritimes : osez briguer des postes de direction et de gouvernance.

 

Mathieu Lefevre (ministre délégué auprès de la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature chargé de la Transition écologique)
> La crise va durer. Il faut donc agir à la fois sur des réponses de court terme pour aider les Français à passer ce cap, et agir aussi avec des réponses de long terme. C'est tout le sens de ce que fait le Premier ministre autour du grand plan d'électrification des usages pour nous aider à être moins dépendants. On importe chaque année 60 à 80 milliards d'euros d'énergies fossiles. Il l'a dit hier à l'Assemblée nationale : on paie cash notre dépendance. Il faut réduire cette dépendance en nous électrifiant. Et ça tombe bien parce qu'on a une électricité qui est abondante dans notre pays et décarbonée.

> La France paie 1,5 Milliards d'€/an de taxe à l’UE pour ses emballages plastiques au lieu de financer la transition écologique ou l'avenir de nos enfants. Le Plan Plastique active les leviers pour briser ce statu quo : éco-conception, réemploi, recyclage industriel et concertation sur la consigne.

> Le projet de loi agricole du gouvernement est un compromis ambitieux au service des agriculteurs et de l'environnement, notamment pour la qualité de l'eau. Opposer écologie et agriculture, c’est méconnaître et l’une et l’autre.

> L'ADEME restera l'ADEME : ses équipes font un travail d'excellence. On peut en revanche bâtir une organisation locale de l’Etat plus efficace, sans doublons. Chaque jour compte face aux défis environnementaux et économiques.

> Au Conseil d'administration de l’ADEME, le message est clair : l'agence est clé pour la transition écologique ! Le projet de loi « État efficace » préserve son autonomie stratégique et rapproche ses équipes des DREAL pour simplifier l’action publique et accélérer les projets.

> Face à la hausse des prix du carburant, Sébastien Lecornu maintient un cap de responsabilité : agir avec réactivité sans fragiliser nos finances. Des aides ciblées et évolutives protègent la France qui travaille, tandis que notre plan d'électrification réduit notre dépendance énergétique

 

Eléonore Caroit (ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger)
> La France est présente en Afrique et contrairement à ces idées et ce narratif décliniste, nous sommes présents.

> [Africa forward / Intervention à l’Assemblée] Je souhaite d’abord remercier tous les parlementaires qui se sont rendus à Nairobi et qui ont contribué au succès du sommet international Africa forward. Il a réuni 49 délégations venues de tout le continent africain ainsi que 35 chefs d’État et de gouvernement. Surtout, il a été l’occasion de rencontres entre parlementaires, entre membres de la société civile, entre jeunes, de rencontres sportives, de la mise en avant d’industries culturelles et créatives, de sessions sur la restitution d’œuvres, etc. En un mot, c’était une façon de montrer l’évolution de nos relations avec le continent africain, qui sont aujourd’hui résolument partenariales.
La veille de la session plénière qui a réuni les chefs d’État et de gouvernement, le forum d’affaires a réuni des entreprises venues de partout en France –⁠ grandes entreprises et PME –, qui ont annoncé un investissement en Afrique à hauteur de 14 milliards d’euros et à hauteur de 9 milliards de la part d’entreprises africaines.
Le sommet a également été l’occasion de discussions sur des sujets essentiels –
 l’économie bleue, l’agriculture, la santé.
Ce sommet n’est pas un aboutissement, mais le point de départ de relations renouvelées. Je souhaite que le Parlement y prenne toute sa part et qu’il assure le suivi de toutes les mesures qui ont été annoncées à Nairobi.

Les annonces faites en conclusion du sommet Africa Forward montrent avant tout une diversité des investissements. Ceux-ci sont réalisés par des entreprises françaises, à hauteur de 14 milliards d’euros, mais aussi par des entreprises africaines, pour 9 milliards d’euros. Le Kenya, en tant que pays hôte, a évidemment joué un grand rôle. Autre élément à considérer, ces investissements concernant aussi bien les pays africains francophones, anglophones que lusophones. Et l’objectif du G7, qui s’ouvre ce mois de juin à Evian, a comme objectif de refonder l’architecture financière internationale en continuant d’impliquer davantage le continent africain.

> [Afrique]Le constat sur les fonds issus des diasporas fait consensus. Les fonds diasporiques constituent des sommes colossales mais fragmentées. On estimerait à 9 milliards d’euros, les fonds qui proviennent des diasporas africaines en France et à 100 milliards d’euros ceux au niveau mondial. Mais elles subissent les taxes des agences spécialisées dans les transferts de ces fonds. Nous travaillons, sur ce sujet, sur les propositions de l’OCDE afin de limiter les taxes et les commissions et reconnaître le rôle des fonds diasporiques. Il faut limiter leur déperdition. Et il faut une vraie simplification. Nous avons tous intérêt à ce que ce flux financier provoque un effet de levier.

 

Camille Galliard-Minier (ministre délégué auprès de la ministre de la Santé, des

● Autres ministres
Jean-Pierre Farandou (ministre du travail et des solidarités)

> [Chômage / Intervention à l’Assemblée] Le taux de chômage atteint 8,1 % au premier trimestre 2026, ce qui représente une augmentation de 0,2 point sur le trimestre et de 0,7 point sur un an. Cette situation exige vigilance et mobilisation, et elles sont au rendez-vous.
Je rappelle tout de même que le contexte international est dégradé, marqué par des tensions commerciales, des incertitudes géopolitiques et le ralentissement de l’activité. Le marché du travail français fait preuve d’une résilience réelle. Ainsi, le taux d’emploi des 15-64 ans atteint presque 70 % –
 il est quasiment à son plus haut niveau historique –, tandis que le taux d’activité s’élève à 75,6 % – son plus haut niveau depuis cinquante ans. Autrement dit, jamais autant de Français n’ont travaillé ou souhaité travailler, y compris parmi les jeunes et les seniors. Depuis la fin de l’année 2019, cela représente une augmentation de plus de 1,1 million du nombre de personnes en emploi et de près de 1,2 million du nombre d’actifs.
La hausse du chômage, réelle, traduit un ralentissement conjoncturel –
 vous en conviendrez –, mais aussi et surtout une hausse de la population active. En effet, la systématisation de la démarche d’accompagnement des bénéficiaires du RSA que prévoit la loi pour le plein emploi donne lieu à la comptabilisation statistique de personnes qui étaient très éloignées de l’emploi et qu’on ne voyait plus. L’Insee le montre très clairement : sur le plan comptable, au cours du trimestre écoulé, les bénéficiaires du RSA et les jeunes de 15 à 29 ans inscrits auprès de France Travail contribuent pour près de 90 % à la hausse totale observée du chômage. Cela signifie qu’une part déterminante de cette hausse est le fruit d’une meilleure identification et d’un meilleur accompagnement de publics qui n’en bénéficiaient pas hier.
Avec France Travail et les filières industrielles, nous avons établi une feuille de route qui prévoit 600 000 recrutements cette année pour l’industrie. Nous avons lancé un plan d’accélération pour l’emploi des jeunes dits plan Emploi futur, qui comprend quinze mesures articulées autour de trois axes majeurs. Nous sommes pleinement mobilisés avec les entreprises pour développer l’emploi et offrir du travail à tous les Français, dans une période économique particulièrement difficile pour le pays.

> [Chômage / Intervention au Sénat] Nous ne contestons ni ne minimisons les chiffres, qui appellent à la vigilance. Mais le contexte international est très dégradé, avec notamment l'étau commercial : les Américains ne veulent pas qu'on exporte chez eux, les Chinois sont très contents d'exporter chez nous.
Une étude de la Banque de France souligne toutefois que, depuis 2015, les réformes de l'assurance chômage, de l'apprentissage et du marché du travail expliquent plus de 80 % de la baisse du chômage et un tiers de la baisse totale du chômage structurel. Aujourd'hui, le taux d'emploi des 15-64 ans atteint près de 70 %, celui de la population totale est à 75,6 % - plus hauts niveaux jamais atteints. Jamais autant de personnes n'ont travaillé en France.
La hausse du chômage est liée à la conjoncture internationale, mais aussi à une augmentation de la population active, notamment avec l'intégration des allocataires du RSA.
L'enjeu est de faciliter l'accès à l'emploi, de soutenir le recrutement et de rapprocher l'offre de la demande. C'est ce que nous faisons avec France Travail, grâce à notre accord avec les filières industrielles pour 600 000 recrutements dans les prochaines années.

 

Monique Barbut (ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature
> [Loi agricole / Intervention à l’Assemblée] Le texte dont vous débutez l’examen s’inscrit dans un contexte triplement exigeant.
Exigeant, d’abord, vis-à-vis de nos agriculteurs, qui attendent de nous des réponses concrètes aux difficultés qu’ils rencontrent. Permettez-moi de le préciser d’emblée : ces difficultés, pour l’essentiel, ne résultent pas de normes environnementales mais de revenus agricoles souvent insuffisants. Il ne faut pas nous tromper de cible : si les agriculteurs pouvaient vivre de leur travail, la plupart des questions que nous nous posons n’existeraient pas.
Exigeant, aussi, vis-à-vis des consommateurs qui, pour un grand nombre d’entre eux, souhaitent bénéficier d’une alimentation de qualité, produite près de chez eux et accessible sur le plan financier.
Exigeant, enfin, vis-à-vis des générations futures, car nous avons aussi le devoir de leur laisser des sols suffisamment fertiles et des cultures suffisamment résistantes pour leur permettre de produire, à leur tour, la nourriture dont elles auront besoin pour vivre.
Le texte qui vous est présenté, tel qu’il résulte de vos travaux en commission, me semble répondre à cette triple exigence. Il apporte des réponses concrètes aux difficultés que les agriculteurs peuvent rencontrer sur le terrain, réponses qui me semblent tracer une voie d’équilibre, entre, d’une part, le besoin de répondre aux attentes de nos agriculteurs et, de l’autre, celui de ne pas renoncer à nos ambitions environnementales.
Elles s’inscrivent dans un chemin qui doit nous permettre de préserver notre nature, mais aussi notre agriculture elle-même. Car de même qu’il n’y a pas d’écologie sans agriculture –
 notamment parce que le maintien d’une production nationale est un levier essentiel pour réduire l’empreinte carbone de notre alimentation –, il n’y a pas d’agriculture sans écologie.
Pour assurer sa pérennité, l’agriculture a d’abord besoin de sols en bonne santé, d’une eau de qualité et d’une biodiversité préservée.
C’est pourquoi nous nous opposons également à la réintroduction de certains pesticides interdits. L’enjeu est de protéger non seulement les consommateurs, mais aussi les populations exposées : celles qui vivent à proximité des lieux d’épandage et celles qui y travaillent. Notre responsabilité consiste donc à continuer à soutenir les alternatives et à éviter toute régression.
C’est justement parce qu’ils dépendent autant des ressources naturelles que nos agriculteurs figurent parmi les premières victimes du changement climatique.
Les soutenir, c’est aussi leur donner les moyens de s’adapter à la multiplication des épisodes de sécheresse, de gel tardif ou de grêle.
Les articles 5 à 8, relatifs à l’eau et qui relèvent du ministère de la transition écologique, s’inscrivent dans cette recherche d’équilibre. Ils découlent de la ligne que le premier ministre a fixée : accepter d’opérer certaines simplifications sur le plan quantitatif, tout en rehaussant nos ambitions sur le plan qualitatif.
S’agissant des enjeux quantitatifs, ce texte vise à faciliter l’accès des agriculteurs à l’eau. Nous devons évidemment examiner cet objectif à l’aune du contexte actuel : la raréfaction croissante des ressources en eau, qui pose la question de leur répartition entre les différents usages.
Si nous voulons nous adapter au changement climatique, nous allons devoir renforcer nos capacités de stockage. Il faudra le faire de manière compatible avec la disponibilité de la ressource, afin de répondre aux besoins de tous nos usages : ceux de l’agriculture, mais pas uniquement.
Le projet de loi tend donc à simplifier la mise en œuvre de certains projets de stockage, notamment lorsqu’un dialogue social les a accompagnés.
L’article 5 facilite la participation du public pour les projets de stockage qui ont déjà fait l’objet d’une concertation dans le cadre d’un projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE).
L’article 6 permet d’accorder des dérogations exceptionnelles à des projets de stockage qui s’inscrivent dans le cadre d’un PTGE. Les projets utiles, équilibrés et concertés doivent pouvoir aboutir dans des délais acceptables.
Plusieurs propositions visant à faciliter le stockage ont également fait l’objet de discussions. En commission, vous avez notamment adopté un amendement de bon sens de la rapporteure Nathalie Coggia, afin de faciliter le stockage de l’eau en cas d’inondation.
Vous l’aurez compris, notre approche des sujets quantitatifs n’est pas celle d’une dérégulation sans frein ; elle consiste à mieux accompagner les projets utiles, concertés et respectueux des grands cycles de l’eau. C’est cette approche que nous vous appelons à conserver lors de l’examen du texte en séance publique.
Avant d’en venir aux aspects qualitatifs, je veux dire quelques mots de l’article 7, relatif aux zones humides. Il s’agit, là aussi, de faire preuve de pragmatisme. Lorsqu’un agriculteur propose un projet portant sur une zone humide qui ne peut plus remplir ses objectifs, l’effort de compensation doit en tenir compte. Notre objectif général reste néanmoins la restauration des zones humides dégradées et, conformément à la proposition de la rapporteure Nathalie Coggia, nous proposerons de rappeler cet objectif dans l’article.
S’agissant maintenant des aspects qualitatifs, j’attire votre attention sur l’article 8, qui vise à renforcer la protection des zones où l’eau est captée. Nous devons faire preuve de lucidité : la qualité de nos eaux se dégrade. Chaque année, près de neuf captages d’eau potable sur dix connaissent au moins un dépassement des seuils de qualité.
Ce constat appelle le déploiement de solutions rapides ; à défaut, nous risquons de devoir continuer à fermer des captages et de priver ainsi des populations d’eau potable. C’est pourquoi le Gouvernement soutient le rétablissement de l’article 8, supprimé par la commission. Dans la continuité des travaux du groupe national captage (GNC), il propose de clarifier les responsabilités des collectivités et celles de l’État en fixant trois niveaux d’intervention en fonction du caractère prioritaire ou non du point de captage d’eau potable.
Lorsque la qualité de l’eau est bonne, la mise en œuvre d’un plan d’action préventif reste volontaire ; elle devient obligatoire lorsque le point de prélèvement est considéré comme vulnérable ; elle incombe au préfet, et non plus aux collectivités, lorsque ce point est identifié comme prioritaire –
 ce qui ne concerne que 4 % de notre surface agricole utile. Une cellule d’animation et un comité de pilotage seront créés pour accompagner les collectivités et les agriculteurs dans l’application de ces dispositions. Je compte sur vous pour soutenir cette démarche, qui reflète le chemin d’équilibre que nous souhaitons tracer.
Ce chemin inclut également notre attachement à la gouvernance actuelle, équilibrée, des instances de l’eau. L’eau est un bien commun et sa gouvernance doit rester représentative de l’ensemble des usagers.
Avant de conclure, j’aborderai un autre article relevant de la compétence de mon ministère : celui relatif à la prédation, en particulier au loup. Là encore, notre approche est pragmatique. Elle tient d’abord compte des difficultés vécues par nos éleveurs, qui font face à des attaques plus nombreuses et plus éparpillées. En 2025, les attaques ont augmenté de 8 %, avec des hausses particulièrement marquées dans les territoires nouvellement concernés.
Si nous voulons préserver notre modèle pastoral, qui fait partie de notre patrimoine et de notre souveraineté alimentaire, nous devons apprendre à gérer la présence du loup de manière durable. Cependant, cette gestion doit aussi tenir compte de la nécessité de maintenir un cadre de protection de l’espèce.
Tel était l’objectif de l’article 14 dans sa rédaction initiale ; nous déposerons un amendement pour revenir à celle-ci. Il convient en effet de sécuriser le cadre issu des arrêtés de février 2026, qui tenaient compte des besoins des agriculteurs, en relevant notamment le quota de prélèvement de 19 % à 21 %, sans pour autant remettre en cause la protection du loup.
Certains d’entre vous souhaitent aller plus loin et inscrire dans la loi un seuil plafond, avec un nombre maximum de loups sur notre territoire. Attention ! Ce serait une erreur car, en contrevenant à nos obligations envers les espèces protégées fixées par la convention de Berne, une telle mesure présenterait un risque élevé d’inconstitutionnalité.
En outre, ce seuil pourrait s’avérer inopérant, dans la mesure où les études scientifiques indiquent que l’objectif de population plancher tournerait autour de 2 500 loups –
 bien loin des 500 loups avancés par certains et des 1 000 animaux présents sur notre territoire.
Nous devons être responsables ; il faut apporter des réponses concrètes aux éleveurs sans créer de fausses promesses.
Les évolutions que nous vous proposons vont dans ce sens.
Je salue le travail remarquable des louvetiers, dont l’engagement permet une meilleure cohabitation avec le loup dans nos territoires. En commission, vous avez souhaité reconnaître cet engagement et faciliter leurs conditions d’exercice. Je salue le travail transpartisan réalisé et les évolutions législatives qui en résultent, et je rappelle l’engagement de l’État à mieux accompagner ces acteurs essentiels, notamment à travers l’attribution de moyens adaptés.
Mesdames et messieurs les députés, ce texte nous place devant une responsabilité collective : oui, nous devons aider les agriculteurs à produire, à investir, à stocker l’eau lorsque cela est nécessaire et à se protéger face à la prédation mais nous devons aussi préserver la qualité de l’eau, les zones humides, la biodiversité et la santé de nos concitoyens. Ce n’est pas une contradiction, c’est la condition d’une agriculture française forte, durable et souveraine. J’y veillerai avec détermination et je compte sur vous pour y veiller aussi.

 

Gérald Darmanin (garde des sceaux, ministre de la Justice)
> [Violence contre les mineurs / Intervention à l’Assemblée] Les violences, notamment les violences sexuelles contre les mineurs, comme je l’ai dit devant la commission de Mme Petit et de M. Baptiste et dans la presse ce week-end, sont une honte, et pas seulement pour le ministère de la justice –
 même si c’est avant tout au sein du ministère de la justice qu’en tant que garde des sceaux, sous l’autorité de M. le premier ministre, je veux défendre mes réformes.
Je réponds très concrètement à vos questions. Il faut que la honte change de camp et que des moyens, mais aussi une organisation –
 c’est sans doute cela, le plus important –, soient au rendez-vous. À cette fin, ma collègue Stéphanie Rist et moi-même avons présenté un texte en Conseil d’État, dont j’espère qu’il sera soumis au Parlement cet été – la conférence des présidents s’est réunie ce matin. Son premier article prévoit justement la création de l’ordonnance de sûreté de l’enfant qui permettra enfin la protection des victimes d’inceste, de viol ou d’attouchements sexuels par l’application du principe de précaution lorsqu’un enfant se dira victime ou lorsque les parents ou quelqu’un d’autre signaleront qu’il l’est. On mettra d’abord les enfants à l’abri, avant que la justice – rapidement, bien sûr – lève le doute ou poursuive les auteurs de ces violences, qui blessent l’humanité qui se niche en chaque enfant et que nous devons protéger. Je crois que nous le faisons déjà dans bien d’autres domaines qui ne touchent pas à l’essentiel de la vie humaine. Le texte qui sera prochainement mis à l’ordre du jour prévoit donc l’instauration de cette ordonnance de sûreté : c’est une révolution.
Dès janvier 2025, j’ai été le premier garde des sceaux à donner, dans ma circulaire de politique pénale générale, la priorité à la poursuite des violences faites aux enfants, mais ça ne suffit pas. Je proposerai au premier ministre un texte sur l’imprescriptibilité des viols touchant les enfants. J’espère que ce texte pourra être adopté par le Parlement avant la fin du quinquennat.
Enfin, je lancerai la concertation qui permettra, à l’automne, de proposer la fusion du juge des enfants, du juge aux affaires familiales et du juge correctionnel qui s’en occupe, en vue d’établir un unique juge des familles, pour que les enfants ne soient plus jamais ballottés par notre mauvaise organisation judiciaire.

 

Annie Genevard (ministre de l'Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire)
> [Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles / Intervention à l’Assemblée] À l’heure où débute l’examen de ce texte en séance publique, il nous faut absolument et collectivement lutter contre l’un des grands maux qui frappe trop souvent la France du XXIe siècle : l’amnésie politique. Oui, l’amnésie politique, ce trouble de la mémoire collective qui conduit les crises, sitôt les caméras éteintes, à déserter la conscience publique pour se dissoudre dans le flux continu de l’actualité. Comme si leurs causes, leurs conséquences, les colères qu’elles avaient révélées et les fractures qu’elles avaient mises au jour pouvaient être réduites à quelques images fugaces, fragmentées en courtes séquences sur les réseaux sociaux, commentées quelques jours sur les plateaux de télévision et les antennes de radio, avant d’être emportées par la controverse suivante.
Personne dans cet hémicycle ne doit être frappé de ce mal. Il y a quatre mois de cela, et quatre mois seulement, les agriculteurs rejoignaient les routes de tout le pays pour nous dire l’importance d’amplifier encore l’effort face aux multiples défis –
 économiques, climatiques, géopolitiques – qui, année après année, se renforcent et frappent leur quotidien. Jusqu’aux portes même de cette assemblée, leur message était clair : pour continuer à nourrir les Français dans de bonnes conditions, nous avons besoin d’eau, de moyens de production et de protection.
Sans cela, nous courons un triple risque. Un risque professionnel, évidemment, tant les défis contemporains exercent sur le quotidien agricole une pression considérable. Un risque personnel, bien sûr, tant cette pression se répercute sur l’équilibre intime des agriculteurs. Mais aussi un risque politique, mesdames et messieurs les députés, si l’ensemble des responsables publics qui se sont précipités à leur rencontre au plus fort de la crise devaient, une fois venu le temps des décisions, renoncer aux engagements pris devant eux.
C’est pourquoi, à compter de ce jour, débute l’examen d’un projet de loi de réconciliation. Une réconciliation appelée de leurs vœux par les agriculteurs, promise par le gouvernement et soutenue, au plus fort de la crise, par la totalité des forces politiques de cet hémicycle. Une réconciliation que nous avons voulue, le premier ministre et moi-même, la plus large possible, en construisant un texte du quotidien, un texte qui apporte des réponses concrètes à des difficultés concrètes. Une réconciliation entre les mondes politique et agricole. Une réconciliation entre l’urgence climatique et l’urgence de produire davantage pour reconquérir notre souveraineté alimentaire. Une réconciliation, enfin, entre l’abstrait de la norme et le concret du quotidien.
Pour y parvenir, j’ai décidé de mener, dans un espace de temps contraint par l’urgence, un cycle inédit de consultations du terrain dans toutes les régions de France, réunissant agriculteurs, élus, et toutes les parties prenantes susceptibles de contribuer à l’édification d’un texte taillé à la mesure du quotidien agricole. Fidèle à cette exigence de dialogue, j’ai également proposé à l’ensemble des groupes politiques représentés dans cet hémicycle, sans distinction ni exception, des temps d’échange consacrés à ce projet de loi, convaincue que sur un sujet aussi essentiel pour notre souveraineté agricole, aucune voix ne devait être tenue à l’écart du débat –
 mais certains d’entre eux, et je le regrette, ont fait le choix de se tenir eux-mêmes à l’écart.
Une réconciliation fondée sur des réponses concrètes, articulées autour d’un triptyque clair : libérer, protéger, construire.
Libérer, d’abord, en faisant du bon sens la boussole de l’application des normes, en desserrant, à la lumière d’années d’expérience, les contraintes inutilement lourdes dont la disparition ne remet nullement en cause nos ambitions, en matière climatique et environnementale notamment.
Libérer l’élevage, en mettant fin à une absurdité : celle qui fait qu’un bâtiment d’élevage relève de procédures comparables à celles imposées aux industries lourdes. Libérer aussi la gestion de l’eau de contraintes devenues inadaptées au défi climatique. Je le redis devant vous : sans eau, aucune agriculture n’est possible. Sans eau, notre alimentation dépendra demain de productions étrangères qui, elles, ne s’imposent ni nos règles, ni nos exigences, ni nos précautions.
Ce texte fait donc le choix de simplifier l’accès à l’eau, trop souvent entravé par des procédures interminables, complexes et dissuasives.
Nous faisons le choix inverse : simplifier, accélérer, responsabiliser. En adaptant les règles dans les territoires déjà engagés, en donnant davantage de capacité d’action aux préfets lorsque l’intérêt général le justifie, en proportionnant certaines exigences environnementales à la réalité du terrain, nous redonnons des marges de manœuvre à ceux qui produisent. Ceci, dans le but de stocker plus en période d’abondance et d’irriguer mieux en période de sécheresse. On compte 20 % de pluies en plus l’hiver et 20 % en moins l’été –
 faites vos calculs.
Libérer, c’est aussi accepter que toutes les réalités environnementales ne se ressemblent pas, et qu’aucune politique sérieuse ne peut durablement reposer sur l’application uniforme de contraintes identiques à des situations différentes. C’était précisément le sens des articles 7 et 8 de ce texte, supprimés en commission du développement durable. Je le regrette vivement.
L’article 7 visait à proportionner les exigences applicables aux zones humides à leur caractère réellement fonctionnel, parce qu’il n’y a aucun sens à imposer des contraintes excessives à des espaces qui ont parfois perdu depuis longtemps les fonctions environnementales qu’ils sont supposés protéger.
L’article 8 cherchait à introduire davantage de clarté et de pragmatisme pour les captages sensibles, afin d’agir là où les situations l’exigent réellement, tout en accompagnant les agriculteurs, sans jamais renoncer à produire. Car l’ambition de ce texte est simple : faire sortir les projets de terre plutôt qu’ajouter des couches supplémentaires d’immobilisme administratif. Adapter la norme à la réalité et non l’inverse, protéger avec discernement plutôt qu’empêcher par réflexe : voilà l’équilibre qui doit être retrouvé au cours de nos débats.
Parce que la parole donnée reste pour moi une exigence en politique, le gouvernement a déposé un amendement visant à donner une base législative à l’arrêté permettant de simplifier la procédure applicable aux plans d’eau de moins d’un hectare dans les zones humides. Il s’agit de concrétiser un engagement pris par le premier ministre de l’époque, Gabriel Attal, lors des mouvements agricoles de 2024. Afin de pouvoir avancer après la censure par le Conseil d’État du décret pris par mon prédécesseur, j’ai souhaité, avec mes collègues Monique Barbut et Mathieu Lefèvre, assurer la sécurité juridique du dispositif.
Le second objet de ce texte est de protéger.
Protéger, d’abord, contre cette concurrence déloyale qui s’est progressivement installée dans le commerce international. Face à elle, notre choix est simple : interdire l’entrée sur notre sol de denrées produites avec des substances interdites à nos propres agriculteurs. On ne peut pas exiger toujours davantage de nos producteurs tout en acceptant, dans le même temps, l’importation de produits qui ne respectent aucune des règles que nous leur imposons.
Parce qu’une norme sans contrôle n’est qu’une déclaration d’intention, cette loi donnera au gouvernement les moyens de créer une brigade –
 puissante, dissuasive, comptant plusieurs dizaines d’agents – dédiée au contrôle des denrées importées, dotée de pouvoirs renforcés aux frontières comme dans les points de vente. Cette disposition s’inscrit dans le prolongement d’une proposition de loi du groupe Droite républicaine, portée notamment par le député Antoine Vermorel-Marques, qui avait eu le mérite de poser avec clarté la nécessité de mieux protéger producteurs et consommateurs des importations ne respectant pas nos standards de production.
Nous donnons à cette proposition une traduction concrète et opérationnelle.
Protéger, aussi, contre la prédation lupine, en organisant la défense des troupeaux, alors que 12 000 bêtes ont encore été victimes d’attaques pendant la seule année 2025.
Je sais que vous êtes nombreux ici, au-delà des clivages politiques, à mesurer pleinement la détresse des éleveurs face à cette réalité. Ceux de votre département, monsieur le rapporteur Xavier Roseren, en savent quelque chose. La députée Émilie Bonnivard le sait bien elle aussi, qui dans le cadre d’un rapport parlementaire avait conduit un travail éclairant et exigeant sur cette réalité touchant le territoire de nombre de députés.
Protéger également contre les intrusions, les vols et les dégradations qui frappent les exploitations agricoles, en aggravant les sanctions contre ceux qui s’en prennent à l’outil de travail de nos agriculteurs et, ce faisant, à un intérêt général majeur de la nation.
Protéger encore contre les menaces sanitaires, dans un monde où les crises se multiplient, où les risques circulent plus vite avec le climat et l’intensification des échanges. Nous devons être capables d’agir plus rapidement, plus efficacement, plus collectivement. C’est le sens de l’habilitation à légiférer par ordonnance que nous vous demandons pour moderniser notre organisation sanitaire, renforcer la prévention, clarifier les responsabilités et soutenir le maillage vétérinaire sur l’ensemble du territoire, dans le prolongement des assises du sanitaire.
Protéger, enfin, nos terres agricoles, car il n’y a pas de souveraineté alimentaire sans foncier agricole sécurisé. Ce texte permettra de lutter contre les stratégies de contournement qui fragilisent l’action des Safer –
 les sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural –, qu’il s’agisse du démembrement de propriété ou de certains montages contractuels. Il rééquilibrera également les règles face à l’urbanisation, afin que ce ne soit plus systématiquement à l’agriculteur de reculer, de perdre des surfaces ou de s’effacer devant les projets qui viennent s’installer après et à côté de lui. Nous veillerons aussi à ce que les mécanismes de compensation agricole ou environnementale ne se traduisent plus par une diminution silencieuse du potentiel productif français.
Sur ce sujet essentiel du foncier, j’ai souhaité m’inscrire dans la continuité du travail engagé par le député Peio Dufau avec sa proposition de loi visant à lutter contre la disparition des terres agricoles et à renforcer la régulation des prix du foncier agricole, adoptée dans cet hémicycle à une quasi-unanimité. C’est l’esprit de ce texte transpartisan que nous avons choisi de reprendre, pour partie, dans notre réécriture globale de l’article 12.
Le troisième et dernier objet de ce texte est de construire –
 construire des débouchés, des perspectives et du revenu.
Construire, d’abord, à travers les projets collectifs issus des conférences de la souveraineté alimentaire que j’avais fait inscrire dans la loi d’orientation pour la souveraineté en matière agricole et le renouvellement des générations en agriculture (LOA), loi que vous avez votée et dont mon prédécesseur Marc Fesneau avait été à l’initiative. Je salue son engagement en faveur d’une loi dont toutes les mesures seront appliquées à la fin de l’été.
Parce que la souveraineté ne saurait rester un slogan, les objectifs définis avec les professionnels devront désormais se traduire concrètement sur le terrain, par des projets menés par les filières elles-mêmes, accompagnés, financés et structurés par l’État. L’ambition de cette loi est simple : aligner enfin notre stratégie nationale avec les capacités réelles de production de notre pays, sur la base de contrats d’avenir.
Construire, aussi, un patriotisme alimentaire assumé, en faisant de la restauration collective un débouché puissant pour nos productions et nos savoir-faire. Avec plusieurs milliards de repas servis chaque année, les cantines constituent un levier immense. Nous faisons donc le choix de privilégier les produits européens lorsqu’ils existent, de mieux reconnaître les produits de qualité et d’exiger davantage de transparence : derrière chaque acte de consommation se joue un choix de modèle agricole, d’indépendance et de souveraineté.
En tant qu’ancienne présidente de l’Association nationale des élus de la montagne (Anem), permettez-moi d’avoir une attention particulière pour nos territoires de montagne et pour la qualité de leurs productions. J’ai décidé que ces produits, dès lors qu’ils répondent à certaines exigences de durabilité et de qualité, pourront pleinement trouver leur place dans l’approvisionnement de la restauration collective.
C’est donc tout naturellement que je donnerai un avis favorable à l’amendement no 1109 de M. le député Jean-Pierre Vigier, président de l’Anem, que je salue et que je remercie pour son initiative.
Construire, enfin, une meilleure rémunération du travail agricole. Cela passe par un rééquilibrage réel des rapports de force dans la chaîne de valeur. En encadrant les délais de négociation, en donnant toute leur place aux indicateurs de coûts de production et en sanctionnant les contournements, nous redonnons du poids à l’amont agricole et de la visibilité aux revenus. Cela passe aussi par des outils plus protecteurs face à la volatilité du marché et par un renforcement du collectif. En consolidant les organisations de producteurs, en ouvrant la possibilité de recourir à des tunnels de prix et en donnant aux coopératives les moyens d’investir davantage, nous affirmons un principe simple : le revenu agricole ne peut plus être la variable d’ajustement de la chaîne alimentaire. Nous veillerons à respecter un équilibre à même de conserver un secteur de la transformation puissant, indispensable à un secteur de la production puissant.
Je veux également dire un mot des débats riches qui ont eu lieu en commission autour de l’article 19, relatif aux négociations commerciales. Je m’en réjouis, parce que la question du partage de la valeur mérite un débat exigeant et approfondi. Chacun devra néanmoins mesurer, au cours de nos échanges, que certains amendements peuvent faire peser un risque réel sur l’équilibre juridique progressivement construit autour du cadre Egalim. Nous devrons donc avancer avec responsabilité, afin de renforcer ce cadre sans fragiliser les protections qu’il apporte au monde agricole.
Naturellement, je ne peux clore ce paragraphe sans rendre un hommage sincère au travail fondateur engagé par le ministre Stéphane Travert, qui a porté les premières lois EgaIim et a ouvert la voie à une refonte en profondeur des relations commerciales au sein de la chaîne alimentaire, en posant les bases d’un meilleur partage de la valeur.
Libérer, protéger, construire, voilà les trois ingrédients de la réconciliation que j’appelle de mes vœux.
J’ai entendu ces derniers jours monter une petite musique : nous n’aurions finalement pas besoin d’une loi, il aurait mieux valu se concentrer sur l’application des textes existants. Ce raisonnement, permettez-moi de vous le dire, est un peu court –
 comme si l’adoption d’une loi empêchait, dans le même temps, la prise des décrets, des simplifications et des mesures réglementaires qui mobilisent chaque jour les équipes de mon ministère dans un effort constant et total au service du monde agricole. Permettez-moi surtout de rappeler à nouveau à ceux qui l’oublient une chose essentielle : ce projet de loi n’est pas né d’une initiative solitaire du gouvernement. Il a été demandé par les agriculteurs eux-mêmes et le premier ministre y a donné droit. Les dispositions qu’elle contient, parce qu’elles répondent à des besoins nouveaux, urgents et immédiats, nécessitaient précisément un lot de mesures nouvelles, par le recours à la voie législative.
C’est désormais votre rôle de faire vivre ce texte ; de confronter vos points de vue sans jamais vous éloigner de l’essentiel ; d’améliorer le texte sans en affaiblir l’ambition –
 de faire vivre, même, le désaccord démocratique, mais sans renoncer jamais à servir nos agriculteurs.
Je forme donc le vœu que nos débats soient à la hauteur de ce moment –
 à la hauteur des attentes placées dans ce projet de loi par les femmes et par les hommes qui, partout dans notre territoire, continuent malgré les difficultés d’assumer la lourde tâche de nourrir nos concitoyens. Notre devoir collectif est de ne rien céder à l’amnésie politique et de ne pas considérer que la colère agricole fut une parenthèse médiatique désormais refermée. Nous avons au contraire la responsabilité de faire vivre cette réconciliation dans les actes et d’agir dès maintenant, avec force et constance, pour améliorer concrètement le quotidien de nos agriculteurs. Soyons ensemble à la hauteur de cet enjeu – comme l’ont été, par leur qualité, les échanges en commission et le travail des quatre rapporteurs, que je tiens à saluer.
Je salue aussi la relative –
 toute relative – modération du nombre d’amendements, dans laquelle je vois une absence de volonté d’obstruction. J’espère que les débats à venir s’inscriront dans cette même démarche

 

Edouard Geffray (ministre de l’Education nationale)
> [Nombre d’élèves en baisse / Intervention à l’Assemblée] Je ne reviendrai pas sur les chiffres démographiques. Vous les connaissez, et je les ai rappelés à de nombreuses reprises. J’ai d’ailleurs été le premier à fournir des projections à dix ans, que mes successeurs pourront utiliser. Dans les dix prochaines années, notre système éducatif perdra environ 1,7 million d’élèves. En Meurthe-et-Moselle, depuis 2017, ce sont 9 200 élèves en moins, et vous en perdrez 1 740 à la prochaine rentrée.
Vous parlez d’une belle occasion, quand il s’agit plutôt d’une triste occasion, mais une occasion quand même. Nous avons déjà agi et décidé de ne pas subir les évolutions démographiques. En Meurthe-et-Moselle, en sept ans, le nombre moyen d’élèves par classe est passé de 23,9 à 21,5, et de 22,4 à 16,8 pour les classes prioritaires. Le taux d’encadrement a connu une amélioration sensible.
Cela étant, deux possibilités s’offrent à nous. Soit on continue, année après année, à observer les évolutions démographiques et à tirer des conséquences budgétaires à partir de règles de trois. Soit on inverse la logique : on part du terrain et on façonne une carte scolaire pour 5 ans à partir d’observations, dans une logique d’aménagement du territoire et d’amélioration de l’offre scolaire. Cela permettrait de nourrir la discussion du projet de loi de finances à partir des besoins effectivement constatés.
C’est ce que j’ai commencé à faire dans 18 départements, dont la Meurthe-et-Moselle. Personne ne s’en rend compte, mais il s’agit d’un bouleversement, à la fois de la méthode et de la culture administrative. J’ai bon espoir qu’on parvienne, grâce à cette nouvelle approche, à sortir d’une logique strictement annuelle et qu’on reprenne en main la politique territoriale et le destin de l’école.

> Un espace numérique plus sûr pour les mineurs. Avec mes homologues, nous avons fait de la protection des mineurs en ligne l'une des priorités majeures de cette édition du G7 Éducation. Cela passe par une vigilance accrue sur les usages numériques pendant le temps scolaire, la transmission de compétences numériques, médiatiques et informationnelles qui développent l’esprit critique, et enfin par une approche collective, à l’échelle de toute la société. En construisant une stratégie commune entre nos systèmes éducatifs, nous pouvons agir ensemble pour que chaque enfant grandisse, apprenne et s'épanouisse dans le meilleur cadre possible.

> 170 000. Près de 170 000 élèves ont participé au prix « Non au harcèlement » cette année. Ce prix offre aux élèves l'opportunité de s'exprimer en créant une affiche ou une vidéo de sensibilisation. Il leur rappelle que chacun d'entre eux a un rôle à jouer pour faire de l'École un lieu bienveillant, où le harcèlement n'a pas sa place. Je suis honoré d'avoir pu participer à la cérémonie de remise de prix de cette treizième édition et félicite vivement l’ensemble des élèves engagés, ainsi que les lauréats !

> [Soutien aux enseignants / Intervention au Sénat] À propos du film L'Abandon, je laisserai de côté les critiques, un peu confuses - pour le moins. Je l'ai trouvé très juste et assez équilibré ; il restitue Samuel Paty dans sa pleine humanité de professeur voué à ses élèves tout en le faisant entrer dans une forme d'éternité, comme le peut le cinéma.
Oui, ce climat peut entraîner chez certains professeurs une tentation d'autocensure - éventuellement inconsciente, la plus dangereuse.
Nous faisons tout pour que les menaces et mises en cause, dont les origines sont très variées, reculent.
Avant tout, il nous appartient à tous de ne pas fragiliser la figure du professeur. Le « prof-bashing » doit cesser. La fonction doit être regardée d'en bas, pas d'en haut.
Chaque fois qu'un professeur est mis en cause ou menacé dans son intégrité physique ou psychique, la réponse est désormais catégorique : protection fonctionnelle et plainte de l'institution.
Cette action commence à porter des fruits. Les atteintes à la laïcité sont en recul de 25 %, après moins 30 % l'année dernière. Preuve que, quand on explique et protège, les mises en cause reculent.

> Un lycéen sur trois passe un baccalauréat professionnel. Un nombre en hausse constante depuis trois ans : +3% cette année ! Pour eux, nous continuons de moderniser le calendrier et les formations qui y sont proposées, afin de mieux preparer les candidats à l'insertion professionnelle :
- Les épreuves écrites ont lieu entre fin mai et début juin, afin de préserver les temps d'apprentissage et l'accompagnement des élèves.
- Plus de 20 spécialités professionnelles sont créées ou renouvelées.
Pour la première fois cette année, des élèves vont être bacheliers en cybersécurité !
- L'épreuve de prévention-santé-environnement se déroulera le 1er juin. L'an prochain, toutes les épreuves seront repositionnées en seconde moitié de juin, en cohérence avec le bac général et technologique.

> Après 12 années de scolarité, le brevet constitue le premier véritable bilan des connaissances et des compétences. Le brevet 2026 fait l'objet de plusieurs évolutions :
- Les épreuves terminales passeront de 50 % à 60 % de la note finale ;
- Le contrôle continu sera basé sur la moyenne annuelle des notes dans toutes les matières ;
- L'épreuve de mathématiques comprendra une partie automatismes sans calculatrice et une partie raisonnement.

> Obtenir son brevet ou son baccalauréat, c’est attester d’un niveau. Ce matin, au service interacadémique des examens et concours, à Arcueil, au plus près de ceux qui assurent l’organisation logistique des examens, j'ai souhaité rappeler les ambitions du ministère pour la session 2026 du brevet et du baccalauréat :
- Réaffirmer notre confiance dans les professeurs, qui sont les correcteurs et connaissent le niveau requis ;
- Faire en sorte que l’exigence en termes de maîtrise du langage soit la même pour toutes et tous, sur tout le territoire ;
- Limiter les possibilités de points jury, pour ne pas fausser la réalité des résultats. Garantir la valeur d'un diplôme, c'est respecter autant le travail des élèves que celui des professeurs.

 

Maud Bregeon (porte-parole du Gouvernement et ministre déléguée auprès du Premier ministre chargée de l’Énergie auprès du ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique)
> [Prix des carburants] L'objectif est d'aider les secteurs d'activités les plus exposés et d'être aux côtés des Français les plus précaires qui roulent beaucoup.

> Ne créons pas aujourd'hui les impôts de demain.

> [Hostilités au Moyen-Orient] Le conflit s'enlise et les conséquences du conflit seront amenées à durer.

 

Sébastien Martin (ministre délégué auprès du ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique chargé de l’Industrie)
> [Inflation des normes / Intervention à l’Assemblée] Vous faites référence à de récents articles de presse qui abordent l’inflation normative. Je conçois que dans un souci politique vous cibliez les dernières années, d’autant plus que vous connaissez bien le fonctionnement de l’administration, en particulier Bercy, mais je rappelle que l’inflation normative remonte à 2005 et qu’elle s’élève à 84 %. Cependant, le Parlement continue de produire des lois, peut-être un peu moins compte tenu de la situation. Or on constate que certains textes qui ne contenaient qu’une dizaine d’articles lors de leur dépôt, en comptent parfois une centaine à l’issue de l’examen, participant de fait à l’inflation normative. C’est paradoxal !
Cela étant, chacun constate que la France souffre d’un excès d’administration ou de normes. C’est la raison pour laquelle le premier ministre a demandé à Mme Françoise Gatel de publier le « méga-décret » auquel vous avez fait référence. Il contient 36 mesures qui visent à simplifier les démarches administratives des collectivités. La ministre poursuit ce travail avec un projet de loi de simplification des normes applicables aux collectivités préparé avec les associations d’élus. De la même manière, M. Vincent Jeanbrun, en matière de politique du logement, a pris plusieurs mesures, dont certaines ont d’ailleurs fait débat, notamment celles qui concernent les passoires thermiques. En matière économique, M. Mathieu Lefèvre et moi-même, avons décidé de supprimer un échelon de juridiction pour les recours administratifs contre des projets industriels, notamment au titre d’une atteinte à l’environnement, afin de gagner un an sur leur réalisation et favoriser l’implantation d’entreprises. Pour les agriculteurs, le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, présenté par Mme Annie Genevard, contient également des mesures de simplification. Enfin, avec Roland Lescure, ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, nous nous efforçons chaque jour de simplifier la vie des entreprises.
Nous ne faisons pas seulement des discours, contrairement à vous. Nous agissons concrètement, au plus près du terrain !

 

Benjamin Haddad (ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères chargé de l’Europe)
> Le RN contre nos entrepreneurs. Le Rassemblement National vient de déposer une résolution contre le 28ème régime de droit des affaires, un texte européen qui simplifie la création d’entreprise pour nos starts up et PME partout dans l’UE. C’est un texte demandé par nos entreprises.

> Solidarité totale avec nos amis lituaniens. Ces derniers jours, les survols de drones russes et biélorusses dans les États baltes illustrent l’intensification des menaces qui pèsent sur l’Europe. L’alerte ce jour à Vilnius est une nouvelle illustration de la nécessité de renforcer la sécurité de nos frontières et approfondir notre défense commune.

 

► Assemblée nationale 
Yaël Braun-Pivet (présidente) 

> Quand l’intérêt supérieur de la Nation est en jeu, lorsqu’il s’agit notre sécurité, notre souveraineté, notre indépendance, le Parlement sait trouver les voies du dialogue et de la responsabilité. L’Assemblée nationale vient d’adopter l’actualisation de la Loi de programmation militaire, avec 36 milliards d’euros supplémentaires, portant notre investissement pour nos armées à 436 milliards d’euros sur 2024-2030. Un engagement à la hauteur des défis stratégiques de notre temps, au service de la protection des Français.

> En responsabilité, l’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi organique portant régularisation des natifs dans le corps électoral pour les élections au congrès et aux assemblées de province de Nouvelle-Calédonie. Après ce premier pas que je salue, les élections provinciales vont avoir lieu le 28 juin prochain. Il faudra ensuite poursuivre le dialogue afin d'œuvrer collectivement en faveur d'un avenir apaisé pour la Nouvelle-Calédonie.

> [Présidentielle] Je n’irai à aucun meeting pour le moment. L’heure n’est pas à l’ambition personnelle, mais à la construction d’un projet collectif. Nous devons aussi avoir une année utile à l’Assemblée nationale, où des textes importants sont à l’ordre du jour.

> Sur l'aide à mourir je me bats depuis des années pour que nous puissions aboutir ! Il y a une attente très forte de la part des Français : cette loi doit être effective avant la fin du quinquennat !

> Le pluralisme des opinions et la liberté de création doivent être protégées en démocratie ! Je suis favorable à une loi qui puisse préserver pour les années à venir notre modèle culturel français.

> Il y a urgence à changer de traitement pour la santé de demain ! Grand âge, déserts médicaux, pratiques addictives, prévention du cancer : nous devons apprendre à mieux prévenir, pas seulement à guérir.

 

► Partis politiques 
● Renaissance 
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne sont pas centristes et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus retranscrits]
Gabriel Attal (député, secrétaire général de Renaissance, président du groupe Ensemble pour la république à l’Assemblée nationale)
> Face aux crises, notre bouclier, c'est l'Europe. Moins de naïveté, plus de souveraineté : nous continuons à nous battre pour une Europe forte qui protège les Français face à ceux qui veulent la détruire de l'intérieur.

 

Elisabeth Borne (députée)
> En tant que Première ministre, j’ai fait adopter deux lois de programmation afin de donner des moyens supplémentaires à la police, à la gendarmerie et à la justice. Donner aux forces de l’ordre et aux autorités judiciaires les moyens nécessaires est indispensable pour lutter efficacement contre le narcotrafic, la délinquance et les incivilités du quotidien.

> Nous avons besoin de constance dans l’action publique. Les lois votées pour répondre aux préoccupations des Français doivent être pleinement appliquées, par exemple sur le service public de la petite enfance. Ces mesures doivent se traduire concrètement dans le quotidien de nos concitoyens.

> 80 % des maires sont des hommes. Malgré la parité des listes aux élections municipales, la politique demeure encore largement masculine, y compris à l’élection présidentielle, où les candidats sont en très grande majorité des hommes. Il reste encore du chemin à faire pour atteindre une véritable parité en politique.

 

Jean-René Cazeneuve (député)
> [Loi agricole / Intervention à l’Assemblée] Le monde agricole nous regarde. Les agriculteurs ont manifesté pour nous dire qu’ils ne pouvaient plus vivre de promesses et de reconnaissances abstraites ; ils veulent des actes.
Des actes, en voilà ! Ce projet de loi est à la fois attendu et nécessaire : attendu, parce qu’il est le résultat d’une longue concertation avec l’ensemble du milieu agricole depuis des mois ; nécessaire, tant l’agriculture est au cœur de notre économie, de notre souveraineté et de notre identité.
Ce projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles constitue une réponse à une réalité que plus personne ne peut nier dans notre pays : les agriculteurs n’arrivent pas à vivre dignement de leur travail.
Dans le Gers, deuxième département agricole de France, l’agriculture représente à peu près 11,5 % de l’emploi. De petites et moyennes exploitations, souvent familiales, y travaillent la terre depuis des générations. Et pourtant, un agriculteur non salarié ne gagne que 1 084 euros par mois, contre 1 955 euros dans les autres secteurs.
Cela ne peut plus durer ; cela n’est pas acceptable. La rémunération de nos agriculteurs doit augmenter. Les risques sur l’inflation sont modérés, et maîtrisés : sur 100 euros dépensés par nos concitoyens, 15 le sont pour l’alimentation, et seuls 8 % de cette somme vont aux agriculteurs, soit 1 % du total.
Ce texte apporte des réponses concrètes –
 pas à tout, évidemment, car personne ne prétend qu’une loi suffit pour s’adapter aux changements climatiques de plus en plus fréquents ou pour supprimer la concurrence mondiale. Néanmoins, il apporte des réponses concrètes pour simplifier la vie des agriculteurs, les rémunérer justement, mieux les protéger, renforcer les filières.
Dans le cadre des articles dont je suis le rapporteur, nous menons trois combats.
Le premier est de mettre fin à une injustice foncière. L’article 11 redéfinit la prise en charge des zones de non-traitement (ZNT). Jusqu’à présent, on disait à l’agriculteur : « Vous étiez là avant, mais c’est à vous de reculer. C’est vous qui travaillez, mais c’est vous qui devez payer ! » Ce n’est pas juste. C’est pourquoi le texte crée une servitude de voisinage agricole, laquelle s’impose aux promoteurs et non plus aux agriculteurs.
Les articles 12 et 13 renforcent, quant à eux, l’action des Safer contre les contournements que peuvent induire le démembrement ou les baux emphytéotiques.
Notre deuxième combat est de garantir la protection des agriculteurs. En 2024, on a enregistré sur le territoire national plus de 15 000 atteintes au monde agricole : vols, agressions, dégradations.
Les articles 18 et 23 renforcent l’arsenal juridique en vue de protéger nos agriculteurs. L’article 18 élargit les circonstances aggravantes au vol et, grâce au travail mené en commission, aux dégradations et aux intrusions. Avec l’article 23, les agriculteurs pourront désormais demander des dommages et intérêts à ceux qui abusent des recours.
Ces deux articles protecteurs auraient dû faire l’unanimité –
 ils relèvent du bon sens. Pourtant, en commission, écologistes et Insoumis s’y sont opposés. Après le « J’en ai rien à péter de leur rentabilité » de Sandrine Rousseau à propos des agriculteurs, nous avons eu droit à « Ce n’est pas si grave qu’on vienne les agresser ».
Notre troisième combat est de rémunérer leur travail à sa juste valeur.
Le titre IV vient améliorer la mise en œuvre des lois Egalim. Pour protéger la part agricole dans le partage de la valeur, les contrats entre les agriculteurs et leurs premiers acheteurs doivent être équilibrés. L’article 19 s’y attache, avec la limitation de la durée de cette négociation, le renforcement de la place des indicateurs de coût de production produits par les interprofessions et la sanction des pratiques de contournement des organisations de producteurs (OP) par les acheteurs.
L’article 20 favorise la structuration de l’amont agricole en fixant à cinq ans la durée minimale d’adhésion aux OP laitières.
L’article 21 reconduit l’expérimentation de l’utilisation obligatoire d’une clause de tunnel de prix dans les contrats.
Enfin, l’article 22 permettra de renforcer les fonds propres des coopératives agricoles, donc leurs capacités d’investissement.
Mes chers collègues, ce texte nous place face à une responsabilité claire : celle de dire à nos agriculteurs que nous ne nous résignons pas ; celle de choisir une agriculture française compétitive, protégée et justement rémunérée.
C’est le dernier texte agricole avant les élections de 2027. Laissons nos postures de côté pour aider concrètement nos agriculteurs. Vive la ferme France !

 

Sandrine Lalanne (député)
> [Violences contre les enfants / Intervention à l’Assemblée] La honte ; la honte d’un système judiciaire qui laisse des enfants entre les mains de leurs bourreaux ; la honte d’une société qui ferme les yeux depuis trop longtemps. Cette honte, vous l’avez vous-même nommée en disant avec force qu’un enfant était victime de viol ou d’agression sexuelle toutes les trois minutes en France. Un enfant sur dix victime d’inceste, ce sont trois enfants par classe.
Je pense à cette mère qui a témoigné dimanche dernier au journal de 20 heures. Elle a déposé une plainte en février dernier parce que sa fille de 5 ans –
 5 ans ! – avait été agressée sexuellement par un animateur périscolaire de la ville de Paris – nouveau scandale de la honte. Depuis, le silence ; aucune réponse ; elle attend. Son enfant attend. Mais les médias s’en emparent, alors tout va s’accélérer !
Je suis membre de la commission d’enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales commises contre les enfants et la situation des parents protecteurs, notamment des mères protectrices, et je salue la détermination de sa présidente Maud Petit. Semaine après semaine, nous y voyons défiler magistrats, policiers, représentants d’associations, procureurs, avocats. Tous font le même constat glaçant : il s’agit d’un phénomène de masse et le système judiciaire échoue à en protéger l’enfant. Les remontées sont là : les parquets se voient fixer des priorités –
 le narcotrafic, la criminalité organisée. Mais quid des violences sexuelles et incestueuses dont nos enfants sont les victimes ?
Il faut saluer votre courage, monsieur le garde des sceaux dans votre tribune parue ce dimanche, dans votre audition devant notre commission, vous avez annoncé des mesures fortes : ordonnance de sûreté, juge unique des familles, parquets spécialisés. Nous sommes à l’heure des compromis politiques, mais il ne faut pas en nouer un autour de cette cause. Quand il s’agit de défendre les enfants, il n’y a pas de camp politique : il n’y a que l’évidence. Il n’y a pas de bon moment pour agir : il n’y a que l’urgence.
J’ai trois questions. L’examen du projet de loi prévoyant l’instauration de l’ordonnance de sûreté, tant attendue, sera-t-il inscrit à l’ordre du jour avant l’été ? Quel calendrier pour le juge unique des familles et les parquets spécialisés ? Au-delà de ces réformes, quelle instruction donnez-vous aux procureurs pour faire de la protection des enfants une priorité absolue ?

 

Alim Latrèche (député)
> [Santé mentale des jeunes / Intervention à l’Assemblée]  Madame la ministre de la santé, depuis maintenant deux mois, j’ai l’honneur de siéger dans cette assemblée pour représenter les habitants de la 1e circonscription de l’Isère. Je veux leur dire ma reconnaissance pour leur confiance et mon engagement total à porter ici, avec sincérité et détermination, les préoccupations du quotidien qu’ils me confient.
La santé mentale des jeunes est devenue une urgence nationale.
Cette année encore, vous avez fait de la santé mentale une grande cause nationale et nous vous en remercions. Pourtant, les chiffres témoignent d’une réalité toujours alarmante : depuis 2019, les hospitalisations pour tentative de suicide ont augmenté de 76 % chez les 20-24 ans, et de 118 % chez les 10-14 ans.
Derrière les chiffres se cachent des vies fragilisées, des familles épuisées, des jeunes qui décrochent, des soignants à bout de souffle. En effet, nos jeunes ont grandi dans un contexte de crises successives, de pression sociale et de surexposition aux réseaux sociaux. Beaucoup souffrent d’un mal-être profond, souvent dans le silence.
Partout dans le territoire, les professionnels alertent. Il faut parfois compter plusieurs mois avant d’obtenir un rendez-vous en pédopsychiatrie. Dans certains départements, des familles doivent parcourir des dizaines de kilomètres pour accéder à une consultation spécialisée. Les centres médico-psychologiques sont saturés, les lits ferment et les personnels soignants manquent.
Ma question est simple : quelles mesures concrètes le gouvernement entend-il prendre pour garantir à chaque jeune, partout sur le territoire, un accès rapide, effectif et équitable à un accompagnement en santé mentale ?

 

Nathalie Coggia (députée)
> [Loi agricole / Intervention à l’Assemblée] Il me revient, en tant que rapporteure, de vous présenter le volet eau du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Avant toute chose, je souhaite remercier chaleureusement mon équipe et l’administrateur qui m’ont accompagnée dans ce rôle exigeant. Je souhaite également remercier toutes les personnes auditionnées ou qui ont souhaité échanger avec moi ; elles ont grandement nourri notre réflexion.
Les articles du volet eau répondent aux préoccupations légitimes du monde agricole, dans le respect des enjeux environnementaux et sanitaires et avec les garanties requises en matière scientifique et pour ce qui concerne la gouvernance.
Aux termes de l’article L. 110-1 du code de l’environnement, l’eau est un élément du patrimoine commun de la nation. Sans eau, pas d’agriculture ; sans agriculture, pas de souveraineté alimentaire. Cette réalité simple doit guider notre travail législatif.
Je refuse l’opposition trop facile entre, d’un côté, celles et ceux qui produisent, de l’autre, celles et ceux qui protègent. Les agriculteurs et agricultrices ne sont pas les adversaires de l’eau, ils en dépendent. Les collectivités et les défenseurs des milieux ne sont pas non plus les adversaires du monde agricole, ils ont simplement besoin de garanties.
Il ne faut pas non plus opposer les modèles agricoles. L’agriculture conventionnelle, l’agriculture biologique, les cultures céréalières ou l’élevage contribuent ensemble à notre souveraineté et à notre résilience face au dérèglement climatique. En outre, il serait regrettable de renoncer à nos capacités d’exportation, car d’autres pays, notamment voisins, ont besoin d’importer nos produits. Notre responsabilité dépasse nos frontières et la sobriété que nous devons nous imposer réside dans un usage efficient de l’eau, non dans la décroissance.
Les réponses caricaturales ne nous aideront pas. Rejeter en bloc toute politique de stockage, c’est se priver d’une solution d’adaptation au changement climatique. Affaiblir les garanties environnementales, scientifiques et démocratiques, ce n’est pas protéger les exploitations, c’est fragiliser les projets et nourrir de futurs contentieux.
Le volet eau du projet de loi s’inscrit dans cette recherche d’équilibre ; j’en déplore la suppression des articles 7 et 8, en commission. Il s’agit d’abord de faciliter un stockage vertueux –
 économe, adapté et justifié – de l’eau, dans un esprit de concertation et de bonne gouvernance, et grâce à des décisions scientifiquement fondées. Nous devons sortir des blocages qui paralysent trop souvent les projets.
Il nous faut ensuite être exigeants sur les pratiques agricoles dans les aires d’alimentation de captage (AAC) les plus polluées, en passant d’une logique curative à une logique de prévention. Préserver la qualité de l’eau brute est un impératif écologique, sanitaire et économique.
Enfin, en ce qui concerne les zones humides, concentrons nos efforts sur la restauration de celles dont la dégradation est réversible et passons d’une logique surfacique à une approche fonctionnelle.
Mes chers collègues, ce texte n’est pas une grande loi sur l’eau. Il correspond à ce qu’il est possible de faire aujourd’hui : à la fois un minimum et un maximum. Il propose des avancées concrètes, acceptables pour toutes et tous. Sans accompagnement, il sera pourtant difficilement applicable. J’appelle donc le gouvernement à s’engager sur l’accompagnement financier et technique des agriculteurs et des collectivités.
À l’article 5, je me réjouis de plusieurs améliorations apportées en commission : la transparence renforcée des stratégies des organismes uniques de gestion collective (OUGC), l’association des commissions locales de l’eau à l’élaboration des PTGE et un meilleur encadrement de l’intervention des préfets.
Je regrette la suppression de l’article 7, mais salue le dépôt d’un amendement du gouvernement visant à en proposer une nouvelle rédaction, qui clarifie l’objectif de restauration et de préservation des zones humides.
De même, la nouvelle rédaction proposée pour l’article 8 en améliore l’équilibre, en y incluant notamment l’accompagnement financier et technique des collectivités ainsi que l’évaluation et la révision des programmes d’action.
Je salue également l’engagement du gouvernement de publier dans un délai de six mois les décrets inclus dans l’article, qui, à défaut, resterait lettre morte.
Certains jugeront ce texte insuffisant, d’autres excessif –
 mais c’est le point d’équilibre atteignable aujourd’hui. Votons-le, appliquons-le et donnons-nous le temps d’en mesurer les effets. Nous avons l’occasion d’adopter des mesures concrètes qui renforceront notre souveraineté alimentaire, amélioreront la qualité de notre eau et préserveront la santé de nos concitoyens et concitoyennes, sans renoncer ni aux exigences de la démocratie ni à celles de la science. Cela suppose de dépasser les postures, de nuancer nos positions et de chercher le compromis. Ne laissons pas passer cette chance : je sais pouvoir compter sur votre sens des responsabilités pour être à la hauteur de cet enjeu. (

 

Stéphane Travert (député)
> [Loi agricole / Intervention à l’Assemblée] Nous examinons enfin ce projet de loi d’urgence pour les producteurs, et plus généralement pour le monde agricole, que nous avions appelé de nos vœux parce que les agriculteurs l’attendaient. Ils nous l’avaient clairement dit lorsque nous les avions rencontrés au Salon de l’agriculture, en février dernier. Dans la commission des affaires économiques et dans celle du développement durable, à qui la délégation au fond a été donnée pour les articles 5 à 10 et 14, nous avons mené un travail important sur ce projet de loi, qui comptait vingt-trois articles avant son examen en commission et qui en compte désormais quarante-cinq.
La commission a procédé à l’audition des représentants des grandes filières agricoles, qui nous ont sensibilisés à leurs besoins et à leurs aspirations. Après que le projet de loi a été présenté en Conseil des ministres, le 8 avril, nos rapporteurs Jean-René Cazeneuve et Julien Dive ont mené, en quelques semaines, un travail considérable d’audition et d’analyse, afin de recueillir les observations et les propositions des professionnels, syndicats, associations, filières en vue d’améliorer le texte qui nous était proposé. La commission des affaires économiques a été saisie de 660 amendements, dans une ambiance respectueuse et constructive, qui a permis un débat attentif et éclairé ; je m’en félicite. Je tiens à saluer le travail mené en commission avec l’ensemble des parlementaires, de tous les bancs.
Avant cela, j’avais été conduit à déclarer irrecevables certains amendements au titre de l’article 45 de la Constitution, parce que leur lien, même indirect, avec les dispositions du projet de loi n’était pas suffisamment établi. Ils représentent environ 18 % du total de ceux qui avaient été déposés, contre 22 % pour la loi d’orientation agricole de 2024. Ce fut le cas pour ceux concernant la fiscalité agricole, la gouvernance des Safer, l’étiquetage des produits alimentaires, l’autorisation ou l’importation de produits phytosanitaires ou encore l’aval de la chaîne de transformation et de distribution des produits agricoles et alimentaires. Ces sujets mériteraient un débat, mais nous ne leur avons pas trouvé d’accroche dans les articles du projet de loi. J’espère qu’ils pourront être abordés –
 ils devront l’être – dans de prochains textes.
Au total, notre commission a adopté 191 amendements, ce qui est considérable. Je note également –
 cela prouve la qualité de nos travaux – que ces amendements provenaient de groupes politiques très variés, tant de la majorité que de l’opposition.
Le présent projet de loi prévoit notamment le lancement de « projets d’avenir agricole », qui pourront jouer un rôle structurant afin de soutenir l’essor économique des filières.
Le texte aborde la question des importations d’aliments pouvant présenter des résidus de produits non autorisés et potentiellement dangereux, celle de la préférence pour les produits européens dans la restauration collective, renforcée en commission, ou encore celle des moyens dont disposent les Safer pour conduire leurs activités. Il renforce en outre la protection des exploitations agricoles contre le vol –
 auquel nous avons ajouté les dégradations commises à cette occasion – encadre davantage les contrats dits amont entre les producteurs agricoles et leurs premiers acheteurs, régule les prix de manière à protéger la rémunération des producteurs.
Plusieurs articles autorisent le gouvernement à légiférer par voie d’ordonnance, ce qui appelle la vigilance des parlementaires ; ils concernent le contrôle de la sécurité sanitaire des aliments, celui de la santé, le bien-être des animaux, la protection des végétaux, le financement et la gestion des informations pour la sécurité sanitaire en agriculture, la création d’une police spéciale adaptée à la spécificité de l’élevage des animaux et les installations classées pour la protection de l’environnement. Concernant les négociations de contrats en amont, la commission a prévu de renforcer les sanctions pour méconnaissance des règles relatives à la contractualisation, en particulier pour les opérations de contournement des organisations de producteurs et des appellations d’origine protégée (AOP) par les acheteurs.
Nous avons ajouté, après l’article 19, d’autres articles afin de reconduire l’expérimentation prévue par la loi tendant à renforcer l’équilibre dans les relations commerciales entre fournisseurs et distributeurs, dite Descrozaille, en matière de règlement des différends dans le cadre des litiges sur les négociations commerciales, afin d’encadrer le contenu des clauses de révision des conventions par la prise en compte d’indicateurs, ou encore afin de lutter contre certaines pratiques commerciales problématiques.
Certains points, notamment ceux concernant, à l’article 4, le type de produits servis en restauration collective, nécessiteront des ajustements ou des correctifs. Nous devrons également trouver le moyen de simplifier et de rééquilibrer ce que nous avons adopté à l’article 19 sur la négociation des contrats dit Hamon. Les règles établies sont destinées à mieux protéger nos agriculteurs.
J’en termine en remerciant une nouvelle fois nos rapporteurs pour le travail effectué en commission, qui a permis d’améliorer le texte et d’en renforcer l’ambition. Je vous invite, mes chers collègues, à apporter à ce texte et au monde agricole qui nous regarde tout le soutien qu’ils méritent.

 

Sandrine Le Feur (députée)
> [Loi agricole / Intervention à l’Assemblée] L’agriculture n’est pas un secteur parmi d’autres ; elle touche à notre alimentation, à notre territoire, à notre avenir commun. Le monde agricole est en crise. Les attentes sont immenses et légitimes. Nous en avons tous conscience ; j’en suis témoin comme présidente de la commission du développement durable, mais aussi comme agricultrice. Ce dont les agriculteurs ont besoin, c’est d’une simplification des démarches administratives, d’un meilleur revenu et d’une installation plus facile ; c’est aussi d’un cap, d’un soutien pour s’adapter au changement climatique, d’un accompagnement financier de l’État.
La moyenne d’hier ne peut pas être la norme de demain. Les agriculteurs sont les premiers observateurs du changement climatique. Il est illusoire de laisser croire que les normes environnementales sont responsables de leurs difficultés. À force de simplifier les procédures, on complexifie les conflits. Il faut traiter les causes, pas les symptômes. C’est avec ces enjeux en tête que la commission a examiné les articles relatifs à l’eau, à la compensation agricole et au loup.
L’eau constitue un enjeu majeur de santé publique. En 2024, près de 20 millions de personnes ont été alimentées au moins une fois par une eau ne respectant pas les normes de qualité. Depuis 1980, plus de 14 300 captages ont dû être fermés. Aux pollutions liées aux produits phytosanitaires s’ajoutent désormais des menaces croissantes, notamment les substances per- ou polyfluoroalkylées (PFAS) et les métaux lourds. Nous devons agir vite, mais trouver des solutions viables. Moins de concertation aujourd’hui, c’est plus de contentieux demain. C’est pourquoi nous devons préserver la démocratie de l’eau en évitant d’affaiblir les instances de concertation où sont prises des décisions essentielles pour la protection de la ressource, tant en qualité qu’en quantité.
La suppression par la commission de l’article 7 est importante, car dire qu’une zone humide est irrécupérable, c’est acter un renoncement –
 nous ne sommes pas là pour cela. Au contraire, préserver les zones humides aujourd’hui, c’est sauver l’agriculture demain. Évaluer l’utilité d’un milieu, au lieu de le protéger, constituerait un renversement complet. Il n’y a pas de bonne rédaction possible de cet article.
S’agissant de la protection des captages sensibles, je déplore profondément l’absence de coordination empêchant tout débat de fond, alors que la commission avait mené un travail de longue haleine, en particulier à travers l’examen de deux propositions de loi de Jean-Claude Raux.
Un premier amendement a supprimé l’identification des zones les plus vulnérables aux pollutions dans les aires d’alimentation. Un second amendement, concernant les programmes d’action, a ensuite supprimé les dispositions relatives à la définition des points de prélèvement prioritaires et au déclenchement immédiat du programme obligatoire. Ces dispositions constituant le cœur même du dispositif, la commission a rejeté l’article 8, ainsi vidé de sa substance, alors qu’il visait à clarifier les responsabilités autour des captages sensibles et qu’il proposait des outils opérationnels pour améliorer durablement la qualité de l’eau, tout en tenant compte des réalités agricoles. Il pouvait certes être enrichi et ajusté, mais le choix de ne pas l’adopter pèserait sur nos territoires ; il retarderait la mise en œuvre de solutions face à un enjeu de santé publique majeur, objet de préoccupations croissantes.
Je tiens à saluer la volonté du gouvernement de rétablir cet article et je compte sur les députés de tous bords pour la faire aboutir. Pour que le dispositif soit à la hauteur des défis sanitaires et environnementaux, il faut fixer des seuils de déclenchement des plans et des programmes d’action ambitieux, dans une logique préventive. Cela implique une mobilisation forte de l’État dès les premiers signes de vulnérabilité des captages, car le premier niveau de protection ne peut reposer sur les collectivités, qui ne sauraient assumer seules la maîtrise d’ouvrage et le financement des plans d’action.
Le rapporteur a retracé les débats sur les articles relatifs à la compensation agricole. Pour ce qui concerne la prédation par le loup, je salue la reprise du travail transpartisan relatif au statut des lieutenants de louveterie, qui jouent un rôle essentiel. Je remercie chaleureusement Nathalie Coggia et Xavier Roseren, ainsi que tous les députés de la commission, pour leur implication. Je ne doute pas de leur mobilisation tout au long des deux semaines de débats, que j’espère constructifs.

 

● MoDem 
Marc Fesneau (député, président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale)

> L'Assemblée adopte la loi intégrant les natifs au corps électoral de Nouvelle-Calédonie. Ce vote met fin à une anomalie démocratique : +10 000 Néo-calédoniens supplémentaires voteront le 28 juin. Cela ne résout pas tout : poursuivons, étape par étape, sur le chemin du dialogue.

 

Éric Martineau (député)
> [Loi agricole / Intervention à l’Assemblée] Le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles est attendu par nos agriculteurs, dans un contexte de profondes tensions économiques, climatiques et géopolitiques. Depuis plusieurs mois, les agriculteurs nous disent leur épuisement face à l’accumulation des crises et leur inquiétude pour l’avenir de leurs exploitations. L’urgence, c’est celle de préserver notre souveraineté agricole, tout en garantissant des conditions de vie dignes à celles et ceux qui nous nourrissent.
Pour le groupe Les Démocrates, quatre priorités doivent guider nos travaux et nos réflexions : la poursuite de notre souveraineté alimentaire, l’amélioration du partage de la valeur ajoutée tout au long de la chaîne, la transition environnementale, le soutien au renouvellement des générations.
Bien sûr, nous ne répondrons pas à toutes les difficultés de notre agriculture en multipliant les lois. Il y a d’abord urgence à appliquer totalement les trois lois votées en trois ans ; urgence ensuite à mettre en place des politiques publiques ou à les poursuivre, parce que tout ne dépend pas du législatif ; urgence enfin à préparer la future PAC –
 politique agricole commune. Mais ce projet de loi comporte des avancées concrètes et utiles que nous souhaitons reconnaître et soutenir, comme les dispositions relatives aux concurrences déloyales. Comment demander à nos agriculteurs de respecter des normes sanitaires, environnementales ou sociales toujours plus exigeantes, si nous importons des produits qui ne respectent pas ces mêmes règles ? C’est une injustice. L’interdiction d’importer des produits traités avec des substances prohibées dans l’Union européenne est une avancée importante. Nous veillerons à son effectivité.
En ce qui concerne la gestion de l’eau, nous savons tous que le dérèglement climatique bouleverse d’ores et déjà les équilibres agricoles : sécheresses plus fréquentes, tensions sur la ressource, aléas climatiques extrêmes. Notre agriculture doit s’adapter. Nous devons sécuriser l’accès à l’eau et simplifier des procédures parfois excessivement longues. Cela suppose des logiques de stockage, d’anticipation, de partage et de sobriété des usages.
Notre groupe considère qu’il ne faut pas opposer agriculture et environnement. Il n’y aura pas d’agriculture forte sans préservation durable de la ressource en eau ; il n’y aura pas de transition écologique réussie sans agriculteurs. Nous devons avancer dans le domaine de la gouvernance de l’eau. Nous y serons particulièrement attentifs lors des débats dans l’hémicycle. Cela suppose une politique nationale, déclinée territorialement, dans la concertation.
La question du revenu reste cependant au cœur du malaise agricole. Trop d’agriculteurs ne vivent pas correctement de leur travail. Trop d’exploitations peinent à couvrir leurs coûts de production. Certaines filières souffrent de chutes brutales de revenus, alors même que les contraintes augmentent. Cette situation n’est plus soutenable. Sur ce point, le texte comporte plusieurs dispositions utiles : le renforcement des indicateurs de coûts de production, l’encadrement des négociations commerciales, la limitation des délais de négociation ou encore le renforcement du rôle des organisations de producteurs. J’y suis personnellement attaché, puisque la structuration des filières est à mon sens l’une des solutions pour améliorer le revenu des agriculteurs.
Aujourd’hui encore, les agriculteurs sont la variable d’ajustement d’une chaîne agroalimentaire dominée par les acteurs de l’aval. Le prix payé au producteur doit enfin partir des coûts de production, et non plus seulement dépendre du rapport de force commercial. Nous serons vigilants à ce que les ajustements prévus s’adaptent aux différentes filières et renforcent la transparence entre distributeurs et fournisseurs. Nous ne devons pas oublier l’essentiel : il faut mieux rémunérer les agriculteurs.
Enfin, nous devons avoir en tête l’enjeu immense du renouvellement des générations. D’ici à 2030, plus d’un tiers des agriculteurs atteindront l’âge de la retraite. C’est un défi majeur pour notre pays. Qui voudra encore s’installer si le métier ne permet plus de vivre dignement, si l’image donnée du monde agricole demeure celle d’un secteur sous pression permanente ? L’attractivité du métier se construit dans la durée, par la confiance, par la stabilité des règles et par une juste reconnaissance du travail agricole. Elle suppose aussi de préserver le foncier agricole, les capacités de production et les infrastructures de transformation.
Le débat agricole est trop souvent caricaturé, opposant performance économique et transition environnementale. Pourtant, les agriculteurs sont déjà engagés dans des transformations profondes. Beaucoup innovent, investissent, adaptent leurs pratiques et prennent des risques considérables. Nous devons les accompagner, non les opposer ou les dénigrer.
Le groupe Les Démocrates abordera ce texte avec responsabilité. Nous ferons des propositions pour accompagner notre agriculture et nos agriculteurs, qui produisent pour nous nourrir. Il ne s’agit pas seulement de répondre à l’urgence ; c’est aussi et avant tout un choix stratégique pour l’avenir de notre pays.

 

Anne Bergantz (députée)
> [Congé de naissance supplémentaire / Intervention à l’Assemblée] En votant le PLFSS 2026, notre Assemblée a offert une avancée importante pour les familles avec le congé supplémentaire de naissance, fruit d'une longue réflexion débutée par la Ministre Aurore Berger, puis Sarah El Haïry, et réaffirmée dans le rapport de ma collègue Delphine Lingemann et de Sarah Legrain sur la parentalité. Rapporteur de la branche famille, je me suis réjouie de ce nouveau droit qui répond aux attentes des parents et aux besoins des enfants. 
Ce congé doit, vous le savez, entrer en vigueur le 1er juillet prochain avec une application rétroactive à toutes les naissances intervenues depuis le 1er janvier. Lors du démarrage, vous et moi avions alerté sur une mise en vigueur trop rapide car nous anticipions un défi technique, notamment sur le support logiciel, amené à porter ce congé. 
Aujourd'hui, le temps presse. De nombreuses familles s'inquiètent de l'absence du décret car rappelons-le, les parents doivent prévenir leur employeur un mois avant le début de leur congé, c'est-à-dire dans dix jours, car nous sommes le 20 mai, pour ceux qui souhaitent le prendre dès le 1er juillet, et on peut penser qu'ils sont nombreux, compte tenu du nombre d'enfants nés depuis le début de l'année. Les familles et les entreprises doivent pouvoir anticiper et s'organiser, et je pense au cas particulier de certaines administrations - éducation nationale, hôpitaux - qui ont besoin de visibilité pour assurer la continuité du service public. 

Au groupe Les Démocrates, nous sommes particulièrement attentifs à la parution des décrets d'application, étape essentielle à la mise en œuvre des lois que nous votons. Madame la ministre, les questions sont nombreuses. D'abord, pouvez-vous nous confirmer l'entrée en vigueur au 1er juillet du congé supplémentaire de naissance ? Quelle démarche pour les familles, pour les entreprises, auprès de qui, quel organisme ? Vos réponses sont attendues par de nombreuses familles et employeurs. Il est important de garantir un démarrage fluide et réussi de ce nouveau congé. 

 

► Autres 
● Commission européenne
Stéphane Séjourné (Vice-président exécutif à la Prospérité et à la Stratégie industrielle)

> Avec le plan engrais, l’Europe soutient ses agriculteurs et ses industriels face à la crise. La guerre en Iran nous rappelle que notre souveraineté alimentaire dépend aussi de notre approvisionnement souverain en engrais.

 

● Organisations centristes 
♦ Renew Europe
(Députés français du groupe centriste au Parlement européen) 
>
Le Parlement européen a adopté aujourd’hui la révision de la directive sur les droits des victimes, la réforme la plus importante de la législation européenne en matière de protection des victimes depuis plus d’une décennie.
Renew Europe a joué un rôle clé dans l’élaboration du texte final, en mettant l’accent sur trois priorités : des droits renforcés pour les victimes dans les procédures pénales, une meilleure protection des données personnelles et un accès aux soins de santé et au soutien pour les victimes de violences sexuelles.
La révision de la directive renforce les garanties pendant les procédures pénales, en veillant à ce que les victimes soient informées des décisions les concernant et puissent demander un réexamen. La protection de la vie privée est également renforcée, limitant l’accès des auteurs d’infraction à des données personnelles sensibles, sauf en cas de stricte nécessité.
La réforme apporte également des améliorations concrètes dans toute l’UE, notamment la création d’une ligne d’assistance européenne pour les victimes et, pour la première fois, la possibilité de signaler certains crimes en ligne, sans devoir se rendre dans un commissariat.
Renew Europe a également œuvré pour garantir l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive (SRHR) pour les victimes de violences sexuelles. L’accès à un avortement sûr et légal, conformément au droit national, est reconnu dans les considérants de la directive. Les victimes doivent également avoir accès à la contraception d’urgence et à un soutien psychologique gratuit, adapté aux traumatismes, aussi longtemps que nécessaire.

> Renew Europe condamne fermement la décision de la Commission européenne d'inviter des représentants des talibans à Bruxelles et l'appelle à revenir immédiatement sur sa décision.
Les talibans bafouent systématiquement tous les droits des femmes et des filles afghanes. Plus de 150 réglements interdisent aux filles d'aller à l'école au-delà de six ans, privent les femmes d'emploi, de liberté de circulation et d'accès à la justice. Rien qu'en 2025, au moins 170 femmes ont été flagellées publiquement.
Récemment, les talibans ont adopté un nouveau code de procédure pénale pour les tribunaux, fermement condamné par la résolution du Parlement européen votée aujourd'hui, qui légalise les violences domestiques, criminalise les femmes qui cherchent à se protéger des abus et impose des châtiments corporels assimilables à de la torture.
Il ne s'agit pas de politiques abstraites. Ce sont des instruments délibérés de déshumanisation. La Cour pénale internationale a émis des mandats d'arrêt contre de hauts responsables talibans pour crimes contre l'humanité, au motif de persécution fondée sur le genre. Ce ne sont pas des interlocuteurs, ce sont des bourreaux.
Dans ce contexte, inviter une délégation talibane à Bruxelles – quel que soit le motif invoqué - revient à conférer un statut officiel à des criminels. La Commission peut présenter cela comme un engagement pragmatique sur les questions migratoires. Mais la realpolitik a ses limites. On ne peut négocier avec des bourreaux sans les légitimer.

 

Valérie Hayer (députée, présidente)
> Oui, le marché unique n’est pas l’idée la plus romantique qui soit de l’Union européenne. Comme le disait Jacques Delors : « on ne tombe pas amoureux d’un grand marché ». Mais ce marché unique, ce sont les emplois des Européens. C’est la réussite des entreprises de tous nos territoires. C’est leur capacité de grandir et de créer de la richesse. C’est le ressort le plus efficace de notre politique de compétitivité. Alors les mois qui viennent doivent être ceux de l’action et non des reculs. C’est maintenant ou jamais.

> Ce fut un plaisir d'accueillir la présidente Maia Sandu hier au Parlement européen — et de la féliciter chaleureusement en tant que lauréate de l'Ordre européen du mérite. Cette distinction reconnaît son leadership courageux, son engagement inébranlable envers les valeurs européennes et les progrès remarquables de la Moldavie sur la voie européenne malgré une immense pression géopolitique. Renew Europe se tient fermement aux côtés de la Moldavie. Nous soutenons pleinement l’ouverture des chapitres des négociations d’adhésion et l’avenir de la Moldavie au sein de l’Union européenne. Les citoyens moldaves ont déjà choisi l'Europe. L’Europe doit désormais agir avec unité, ambition et détermination. Nous continuerons à soutenir la Moldavie contre les pressions russes, les menaces hybrides et les tentatives visant à déstabiliser sa démocratie. L’avenir de l’Europe inclut la Moldavie.

> C'est un grand plaisir d'accueillir le commissaire McGrath et membre de notre famille Renew Europe famille. En tant que commissaire chargé de la démocratie, de la justice, de l’État de droit et de la protection des consommateurs, vous dirigez des travaux clés pour l’avenir de l’Europe : depuis la loi sur l’équité numérique et la protection des mineurs en ligne, jusqu’au renforcement des règles contre les produits non conformes et au renforcement de la résilience démocratique de l’Europe. Nous saluons également vos progrès en faveur des adultes vulnérables, les travaux sur le 28e régime pour les entreprises et l'engagement continu en faveur de la défense de l'État de droit dans toute l'Europe. Il s’agit d’étapes essentielles vers une Union européenne plus forte, plus juste et plus résiliente.

 

Pascal Canfin (député)
> La Commission européenne a présenté hier son plan engrais. C’est une bonne réaction selon moi aux problèmes auxquels nous faisons face sur le sujet en ce moment : d’une part des prix des engrais très élevé pour nos agriculteurs qui minent la compétitivité à l’export, et d’autre part les difficultés de nos industries des engrais qui subissent les prix élevés du gaz en Europe et l’absence de marché du carbone dans les pays exportateurs comme l’Égypte ou même la Russie.
Le plan d’action de la Commission propose des mesures de court terme, notamment utiliser la réserve de crise de la PAC pour soulager les agriculteurs européens, mais aussi de maintenir en place la taxe carbone aux frontières pour faire redémarrer notre industrie des engrais sur notre territoire. Il n’y avait pas lieu de choisir entre l’agriculture d’un côté ou l’industrie de l’autre, il faut choisir les deux, c’est ce que fait la Commission.
Ce n’est qu’un début néanmoins pour assurer notre souveraineté sur ce sujet.

> Ce matin, en compagnie de la députée européenne Ingeborg ter Laak, nous avons organisé une conversation avec le général Tom Middendorp, ancien chef de la défense des Pays-Bas et auteur de The Climate General: Stepping Up the Fight. Un échange riche sur les implications du changement climatique sur la sécurité et sur les raisons pour lesquelles la décarbonation n'est pas seulement un impératif environnemental, mais un impératif stratégique pour la sécurité et la souveraineté de l'UE. Le climat et la défense sont trop souvent traités comme des programmes distincts – façonnés par des communautés différentes, motivés par des urgences différentes. Mais à l’heure où l’autonomie stratégique de l’UE et sa transition verte sont toutes deux impératives, les séparer n’est plus une option. Merci au général Tom Middendorp pour votre temps et vos précieuses idées, ainsi qu'à tous ceux qui ont rejoint et contribué à la conversation.

> Filtrage des investissements étrangers : l'Europe a tranché
Nous avons adopté définitivement le règlement sur le filtrage des investissements étrangers. Cette loi européenne est simple dans son principe, mais fondamentale dans ses conséquences : qui a le droit d'investir dans nos secteurs stratégiques, de racheter nos entreprises européennes, et à quelles conditions ?
Pendant des années, l'Europe a fonctionné de façon très simple : toute porte ouverte dans un État membre est une porte ouverte sur l'ensemble du marché unique. Cette ouverture vers un marché de 450 millions de consommateurs est notre force. Pourtant, nous n'avons pas toujours eu les moyens de la protéger. Des investisseurs étrangers parfois dissimulés derrière des structures opaques ou des holdings installées dans un pays tiers dont les actionnaires réels sont inconnus, ont pu acquérir des entreprises européennes dans des secteurs aussi sensibles que les semi-conducteurs, les infrastructures portuaires les réseaux énergétiques ou les médias, sans aucun contrôle harmonisé de l’Europe. Le cas le plus emblématique est celui du port du Pirée, en Grèce : en pleine crise de la dette, le géant maritime chinois COSCO — une entreprise d'État — a racheté la majorité du premier port de Méditerranée orientale en 2016. Résultat : une infrastructure stratégique pour le commerce européen est aujourd'hui sous contrôle de Pékin, sans que l'Union ait pu dire son mot. Autre exemple, en Italie et au Portugal, China Three Gorges a pris des participations significatives dans des opérateurs d'énergie renouvelable. En Allemagne, en 2022, COSCO a failli prendre 35 % d'un terminal du port de Hambourg, une décision qui a dû être partiellement bloquée en urgence, et qui a mis à nu l'absence de mécanisme européen commun.
Cela ne sera désormais plus possible. Le nouveau règlement impose à tous les États membres de contrôler les investissements dans les secteurs critiques. Pas pour fermer le marché, l'Europe reste l'une des zones d'investissement les plus ouvertes au monde, à nouveau c'est notre force. Mais pour mieux en assurer le contrôle et la sécurité, et in fine notre souveraineté. Ce qui est nouveau, c'est que l'Europe s'est enfin dotée d'un cadre harmonisé et contraignant pour ses 27 États membres. Concrètement, si un investissement est considéré à risque grâce à ce mécanisme, l'État membre concerné peut l'interdire, le conditionner à des garanties (par exemple limiter l'accès de l'investisseur à certaines données ou technologies sensibles). La Commission européenne et les autres États membres ont aussi un droit de regard et peuvent aussi donner leur avis, et l'État qui décide doit s'en expliquer.
Plusieurs avancées concrètes méritent d'être soulignées.
- Premièrement, certains secteurs seront désormais obligatoirement couverts par le mécanisme, et non laissés à la discrétion des États, en raison de leurs intérêts stratégiques pour l'Europe entière : les semi-conducteurs, l'intelligence artificielle, les technologies quantiques, les matières premières critiques, les infrastructures énergétiques, de transport et numériques, les équipements militaires et dual-use, les systèmes électoraux.
- Deuxièmement, les structures d'actionnariat opaques deviennent un critère de risque explicite. Si on ne sait pas qui est derrière un investissement, c'est un signal d'alarme.
- Troisièmement, les investissements intra-européens réalisés par des entités contrôlées par des pays tiers sont désormais couverts. La technique du contournement via filiale européenne ne fonctionnera plus.

L'objectif de ce texte n'est pas d'empêcher les investissements étrangers en Europe. Loin de là. Mais de mettre l'autonomie stratégique en pratique : non pas se fermer, mais choisir en connaissance de cause. Ce combat n'est évidemment pas terminé, nous allons le mener à nouveau pour contrôler les investissements dans des installations nouvelles comme celle de BYD en Hongrie pour assurer le transfert de technologies dans les secteurs stratégiques comme l’automobile. Mais la loi adoptée aujourd’hui est une nouvelle brique de l'Europe puissance ; il faut la saluer.

 

Stéphanie Yon-Courtin (députée)
> La pêche et l’aquaculture doivent être officiellement reconnues dans le droit de l’UE comme des secteurs stratégiques essentiels à la souveraineté alimentaire et au développement des régions côtières — avec un espace garanti dans les plans de planification maritime, des zones prioritaires pour la pêche et l’aquaculture, ainsi qu’une implication obligatoire des professionnels dans la gestion de l’espace maritime. (…)
Les pêcheurs et les producteurs aquacoles ne doivent pas être sacrifiés dans la planification de l’espace maritime. La coexistence équitable des activités est essentielle pour l’avenir de nos secteurs maritimes, le respect de ceux qui travaillent en mer et la santé de nos écosystèmes marins.

 

● Personnalités centristes
Clément Beaune (haut-commissaire au Plan)

> Du rapport au réel. Aller plus vite sur les grands projets et préserver les exigences environnementales, c’est possible !

> Le véhicule autonome est déjà une réalité aux États-Unis et en Chine. L’Europe ne peut pas rester à l’arrêt ! À l’occasion de la présentation de la contribution de Thomas Matagne, Stratégie Plan a réuni experts et décideurs pour débattre d’une stratégie française et européenne. Il y a urgence. L’enjeu est clair : il ne s’agit pas de changer les voitures, mais de repenser notre système de mobilité et de préserver notre souveraineté.

 

Sarah El Hairy (haut-commissaire à l’Enfance)
> Pour les enfants du Pacifique échange fort avec Maiana Bambridge, Présidente du CESEC de Polynésie française : partout, chaque enfant doit être accompagné et protégé des violences et avoir accès à ses droits.

> J’ai rencontré les équipes du 116 000 Enfants disparus. Derrière ces disparitions : des enfants confrontés à l’emprise, l’exploitation sexuelle et des familles souvent dans l'impuissance et la solitude. Merci aux équipes qui s’engagent chaque jour pour accompagner les familles.