«Fragmentée», «perdue», sans «volonté politique», les critiques de Volodymyr Zelensky à l’attention des Européens et plus spécifiquement de l’Union européenne lors de son discours au Forum de Davos alors qu’il venait de rencontrer Donald Trump ont surpris, voire choqués ceux-ci et certains ont parlé d’ingratitude.
Mais on peut aussi y voir de la pertinence.
Au-delà de la situation sur le terrain et celle de la population civile après quatre ans d’une agression de Poutine dont on ne voit pas encore la fin malgré les accords de sécurité entre Zelensky et Trump (les Russes exigeant maintenant que l’armée de Kiev quitte le Donbass avant d’entamer des négociations de paix) qui permettent de comprendre le désarroi et la lassitude du président ukrainien qui s’est traduite dans des propos injustes pour beaucoup, il y a de la lucidité dans son constat.
Oui, l’UE est un «kaléidoscope beau mais fragmenté de petites et moyennes puissances» qui «a l’air perdue lorsqu’elle essaye de convaincre le président américain de changer» alors que ce dernier «ne changera pas».
Oui, l’UE manque de «volonté politique» face à Poutine.
Tout cela est une réalité partagée par nombre de leaders européens dont Emmanuel Macron qui tente depuis son accession à la tête de la France de changer la donne.
Affirmer que l’Union européenne est aujourd’hui une puissance qui compte et qui peut imposer ses vues notamment sur sa sécurité et obliger des pays comme la Russie à ne pas l’agresser ou agresser des pays européens alliés et démocratiques est un mensonge.
Zelensky met le doigt où cela fait mal aux Européens mais est malheureusement une réalité dont nous payons tous les jours le prix exorbitant parce que nous n’avons pas voulu nous préparer à la situation que nous vivons actuellement alors que nous avions les moyens de le faire et de ne pas être «fragmentés», «perdus» et sans «volonté politique».
En revanche, le président ukrainien est malgré tout ingrat parce que l’UE et les principaux pays européens l’aident depuis quatre ans et se tiennent à ses côtés alors que ce n’est pas le cas de l’Amérique de Trump.
Et, quoiqu’il arrive, il aura besoin des Européens, soit pour continuer à affronter l’armée de Poutine, soit pour assurer la sécurité de son pays et le reconstruire.
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