Voici une sélection, ce 2 mars 2026, des propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France.
► Emmanuel Macron (Président de la
République)
> [Discours sur la dissuasion nucléaire de la France] Mesdames et messieurs,
c'est avec gravité que je me tiens aujourd'hui devant vous, au cœur de l'Île
Longue, cette cathédrale de notre souveraineté, symbole de l'engagement
constant de notre pays pour la dissuasion nucléaire depuis maintenant plus de
65 ans.
Dans quelques jours, le sous-marin nucléaire lanceur d'engin, le Téméraire,
qui vous fait face, prendra la mer. Il disparaîtra dans une discrétion absolue
et jouera pleinement, depuis les profondeurs, son rôle de gardien ultime de
notre liberté d'action, de notre indépendance. Tout cela, nous le devons à
l'engagement continu de mes prédécesseurs, de nos armées, depuis le premier
essai nucléaire français en 1960, la première alerte opérationnelle des forces
aériennes stratégiques en 1964, la première pierre posée ici même, à l'Île
longue, en 1965, et encore la première patrouille du SNLE, Le Redoutable, en
janvier 1972. Nous le devons aussi au savoir-faire de nos centres de recherche,
de nos industriels, au professionnalisme et au dévouement des militaires et des
civils qui servent, où qu'ils se trouvent, dans un atelier secret, au fond des
mers ou dans le ciel, notre dissuasion nucléaire. J'en suis reconnaissant à
chacun.
Pour la dissuasion, notre Nation a consenti un effort financier,
scientifique et technologique constant, à tous égards, exceptionnel et sans
égal sur le continent. Déjà, trois générations de femmes et d'hommes se sont
succédées pour œuvrer à l'édification, à la consolidation, à l'optimisation de
ce qui constitue la pierre angulaire de notre stratégie de défense. À l'heure
où vacillent les certitudes, où les adversaires s'enhardissent, où les
alliances faseyent, la dissuasion est et doit demeurer un intangible français.
En tant que président de la République, élu au suffrage universel direct, j'en
suis le garant. Je suis venu ici vous redire avec la plus grande force
l'attachement de la Nation, mon attachement à la poursuite de cette mission
fondamentale.
Notre dissuasion est robuste et efficace. Tous ceux qui auraient l'audace
de vouloir s'en prendre à la France savent le prix insoutenable qu'il y aurait
pour eux, à payer. Mais intangible ne veut pas dire inerte. En février 2020, il
y a six ans déjà, fidèle à la tradition républicaine, j'avais exposé les
fondements de notre doctrine nucléaire et de sa place dans le monde. Depuis
lors, les choses ont changé. Les six années écoulées pour la France et pour
l'Europe pèsent comme des décennies. Et les derniers mois comme des années. Nos
concurrents ont évolué, nos partenaires aussi. Le monde se durcit et les
dernières heures l'ont encore démontré. C'est donc avec beaucoup de gravité que
je viens aujourd'hui annoncer à la Nation une évolution à la hauteur de nos
défis nationaux et européens. Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire
face à la combinaison des menaces et nous devons penser notre stratégie de
dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de
notre souveraineté, avec la mise en place progressive de ce que j'appellerai
une dissuasion avancée.
Oui, nous vivons actuellement, au plan géopolitique, une période de
rupture, pleine de risques, et nos compatriotes en ont pleinement conscience.
Cette période justifie un durcissement de notre modèle. La Russie mène à
l'Ukraine voisine une guerre lente et cruelle qui constitue, comme l'a
identifié notre revue nationale stratégique, un risque majeur pour notre
Europe. Cette même Russie assume un révisionnisme, un impérialisme brutal et,
déjà forte d'un arsenal nucléaire pléthorique, ne cesse de développer de
nouvelles armes. Des missiles nucléaires hypersoniques, d'autres à propulsion
nucléaire censés voler sans limite, des torpilles nucléaires, et même un projet
particulièrement dangereux pour l'humanité, d'armes nucléaires envoyées dans
l'espace.
La Chine, de son côté, s'est engagée dans un rattrapage à marche forcée des
Etats-Unis. Elle fabrique plus d'armes aujourd'hui que n'importe quel autre
pays. Elle a exposé encore récemment les derniers perfectionnements de sa
triade. Nul ne sait quelles seraient les ramifications, directes ou indirectes,
nucléaires ou non, d'un conflit qui éclaterait en Extrême-Orient ou ailleurs,
elles ne sauraient en tout état de cause être sans conséquences pour nous. La
Chine, comme la Russie, développe des systèmes de plus en plus sophistiqués de
protection de leur territoire, une logique qu’épousent d'ailleurs les Américains aussi avec leur projet de Golden
Dome.
En Asie, les arsenaux ou les forces stratégiques d'autres Etats
possesseurs, comme l'Inde, le Pakistan et la Corée du Nord, sont en pleine
expansion. Par ailleurs, nous ne pouvons plus considérer les menaces de manière
isolée, car de nouveaux liens sont apparus entre elles. Quel est le prix du
soutien massif de la Corée du Nord à la guerre d'agression que mène la
Russie ? Quelles sont les ramifications du traité d'alliance entre les
deux pays ? Que dire de la dépendance extrême dans laquelle la Russie
s’est placée vis-à-vis de la Chine ? De tout cela, nous devons tenir
compte. A cela s'ajoute la guerre en cours au Proche et Moyen-Orient, qui porte
et portera son lot d'instabilité et d'embrasements possibles à nos frontières,
avec un Iran aux capacités nucléaires et balistiques non encore détruites. Sur
cela, je reviendrai dans les prochains jours. Quant à nos alliés américains,
qui eux-mêmes modernisent leur arsenal, ils jouent depuis 1945 et continueront
de jouer un rôle clé dans la défense de l'Europe. Nous leur en savons gré, et
au plan de la dissuasion, ils participent directement à notre protection avec
la mission nucléaire de l'OTAN. Mais leur récente stratégie nationale de
sécurité et de défense manifeste un réagencement des priorités américaines et une
incitation forte à ce que l'Europe s'occupe plus directement de sa propre
sécurité. Il nous faut entendre cette invitation à prendre davantage en main
notre destin, et comme vous le savez, je ne dis pas autre chose depuis le
premier jour de mon premier mandat.
Il y a par ailleurs une autre caractéristique, de la période que nous
vivons. Dans l'atmosphère d'anomie actuelle, nous assistons à la fois à un
renforcement du risque que les conflits franchissent le seuil nucléaire, mais
aussi dans le même temps à une intensification de la conflictualité sous ce
seuil. Et cela a des implications très directes pour nous. Le risque de
franchissement est plus grand d'abord parce que les conflits impliquant des
puissances dotées des Etats possesseurs ou proliférants s'accroissent. N'a-t-on
pas vu tout récemment des explosions de violences impliquant l'Inde, le
Pakistan, l'Iran, Israël ? N'a-t-on pas vu aussi des comportements
irresponsables de la Russie en particulier, avec une modification de sa
doctrine cousue main pour menacer l'Ukraine, une banalisation du discours sur
l'arme, des officiels qui agitent des menaces inconsidérées, des tirs de
missiles duaux comme l'Orechnik, à proximité des frontières européennes ?
Tout cela est un changement majeur qui rend plus tangible le risque de
franchissement.
Dans le même temps, les puissances nucléaires comme la France doivent aussi
s'accoutumer à la possibilité de conflits majeurs sous le seuil nucléaire dans
leur environnement immédiat. N'a-t-on pas vu ces derniers mois des salves de
missiles tomber sur des puissances dotées ou des Etats possesseurs ?
L'Europe pourrait un jour se trouver dans une position similaire. Pour gérer ce
genre de situation avant qu'elle ne franchisse le seuil nucléaire, il faut des
capacités spécifiques. L'alerte avancée pour détecter les menaces, la défense
aérienne élargie pour s'en prémunir, la frappe dans la profondeur pour contrer
et agir au plan offensif. C'est tout cela qu'on appelle l'épaulement. Pour être
forts dans notre dissuasion nucléaire, nous devons être forts dans nos
capacités conventionnelles dans toutes leurs dimensions. C'est bien sur ces
deux piliers que se fonde notre défense et j'en ai souligné l'importance dès
2020. Mais les dernières années ont bien montré le manque criant de capacités
d'épaulement en Europe. Et cette situation n'est pas tenable. Et vous verrez
qu'elle occupe une place importante dans mon raisonnement.
Tout cela montre en tout cas que les menaces nucléaires s'accroissent, se
diversifient, qu'elles sont davantage connectées entre elles, qu'elles risquent
d'être précédées d'épisodes de conflits intenses sous le seuil et que les
défenses de nos adversaires potentiels se renforcent. Nous devons donc en tirer
les leçons. Car en effet, dans ce monde dangereux et instable, comme vous
m'avez déjà entendu le dire à plusieurs reprises, pour être libre, il faut être
craint. J'en ai la conviction. Notre pays détient cette arme hors du commun
qu'est l'arme nucléaire et il en fait le socle de sa sécurité. La chaîne de
commandement est d'une clarté totale et la décision ultime revient au seul
président de la République.
Devant la Nation, dans ces temps d'incertitude, je le redis aujourd'hui
avec force, en ma qualité de président de la République, je n'hésiterai jamais
à prendre les décisions qui seraient indispensables à la protection de nos
intérêts vitaux. Si nous devions utiliser notre arsenal, aucun Etat, si
puissant soit-il, ne pourrait s'y soustraire. Aucun, si vaste soit-il, ne s'en
remettrait. Un seul de nos sous-marins, tel que celui derrière moi, emporte
avec lui une puissance de frappe qui équivaut à la somme de toutes les bombes
tombées en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est près de mille fois
la puissance des premières bombes nucléaires. C'est donc un discours de
puissance assumé au service de la paix que je viens vous tenir aujourd'hui. Et
cette puissance, vous le savez mieux que quiconque, ne vient pas sans effort.
Le maintien de la crédibilité de cet outil est le fruit de décisions
importantes prises ces dernières décennies et accélérées ces dernières années.
Les trois décennies d'après la guerre froide nous avaient offert cette
parenthèse de l'histoire où nous bénéficions de l'affaiblissement de nos
adversaires et de l'empathie assurée de nos alliés. En conséquence, nous avions
progressivement renoncé à la composante terrestre de notre dissuasion et nos
arsenaux avaient décru. Ces temps pourtant si proches semblent déjà lointains.
Dès 2017, j'ai pris acte de la fin des dividendes de la paix. Je me suis
employé à assurer le renouvellement de tous nos moyens pour les prochaines
décennies. Nos futurs sous-marins stratégiques ont été mis en chantier. Ceux
qui assurent avec vaillance une présence permanente à la mer depuis 1972
verront donc la troisième génération prendre la mer. Ici même, à l'Île-Longue.
Les premières découpes de l'acier qui façonnera les coques de ces nouveaux
sous-marins ont commencé il y a plusieurs mois à Cherbourg. Je tiens ici à
féliciter les acteurs militaires, industriels, scientifiques qui œuvrent à ce
succès. Très peu de nations dans notre monde sont capables de construire de
tels sous-marins nucléaires, prodiges inégalés de technologies, aussi discrets
que performants, capables de frapper en tous points nos agresseurs potentiels.
Dans la tradition qui préside au baptême de nos sous-marins, j'ai ainsi
aujourd'hui l'insigne honneur de vous annoncer que le futur sous-marin
nucléaire lanceur d'engin qui battra pavillon français se nommera l'Invincible
et naviguera en 2036.
La même rigueur s'est appliquée au renouvellement intégral des autres
domaines de la dissuasion. Nous disposons depuis quelques mois du nouveau
missile M51.3 sur nos SNLE et d'une nouvelle tête nucléaire océanique optimisée
pour pénétrer toutes les défenses. Notre force aérienne stratégique et la force
aéronavale nucléaire ont vu leur missile de croisière nucléaire rénové et nous
allons lancer cette année le très ambitieux programme de missiles stratégiques
hypersoniques et manœuvrants qui équipera nos avions de combat et le futur
porte-avions dans la prochaine décennie.
Notre programme national Tritium a été consolidé, nous assurant de notre
capacité à poursuivre la production d'armes nucléaires en totale indépendance
et autosuffisance. Notre réarmement, vous le voyez, engagé depuis presque dix
ans, porte donc ses fruits. Vous en voyez certains effets ici même et l'effort
se poursuivra bien sûr symétriquement sur le volet conventionnel. Et pourtant,
le contexte que j'ai évoqué au début de mon propos m'amène à une conclusion
claire : nous ne pouvons pas nous satisfaire de la trajectoire actuelle.
Je dois à la Nation, pour aujourd'hui mais aussi pour l'avenir, l'assurance
absolue que notre dissuasion demeurera crédible et qu'au moment des
circonstances extrêmes, elle nous soustraira à tout chantage et toute
capitulation.
L'évolution des défenses de nos compétiteurs, l'émergence de puissances
régionales, la possibilité de coordination entre adversaires et les risques
liés à la prolifération, tout cela après un examen minutieux, m'a conduit à
cette conclusion. Un rehaussement de notre arsenal est indispensable.
Il ne s'agit pas ici d'entrer dans une quelconque course aux armements.
Cela n'a jamais été notre doctrine. Il serait inutile de prétendre entrer dans
une coûteuse surenchère. L'essentiel, comme je le disais, est que tout
adversaire ou toute combinaison d'adversaires ne puisse entrevoir la
possibilité d'une quelconque frappe à l'encontre de la France sans la certitude
de se voir infliger des dommages dont ils ne se relèveraient pas. Il n'est
point besoin de symétrie des arsenaux pour cela. Notre doctrine refuse donc
l'idée de riposte nucléaire graduée. L'armement nucléaire français est
stratégique et exclusivement stratégique car il s'agit bien d'armes d'une toute
autre nature que celles dont on pourrait user sur un champ de bataille.
La France, depuis le président François Mitterrand, a ainsi abandonné tout
concept d'emploi tactique des armes nucléaires et nous n'y reviendrons pas.
Dans cette optique d'asymétrie assumée, la France a toujours envisagé pour son
arsenal les seuils strictement cohérents avec l'efficacité opérationnelle de
notre dissuasion. Ma responsabilité est d'assurer que notre dissuasion conserve
et qu'elle conservera à l'avenir son pouvoir de destruction assuré dans
l'environnement dangereux, mouvant et proliférant que je viens de rappeler.
C'est pourquoi j'ai ordonné d'augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre
arsenal. Pour couper court à toute spéculation, nous ne communiquerons plus sur
les chiffres de notre arsenal nucléaire, contrairement à ce qui avait pu être
le cas par le passé. Pour être libre donc, il faut être craint et, pour être
craint, il faut être puissant. Cette augmentation de notre arsenal en témoigne.
Mais pour être puissant, et c'est le deuxième temps de mon propos
aujourd'hui, il faut être plus uni. Et c'est d'Europe que je vais vous parler à
présent. Notre sécurité ne s'est jamais conçue dans les seules limites de notre
territoire, au plan conventionnel comme au plan nucléaire. C'est un fait
évident de la géographie qui est là et qu'on ne peut négocier. J'ajouterai
d'ailleurs, aujourd'hui plus que jamais : l'indépendance ne peut être la
solitude. Dans le domaine nucléaire, cela a été reconnu par tous mes
prédécesseurs sans distinction. Mais aujourd'hui, les conditions sont désormais
véritablement réunies pour en tirer les conséquences concrètes.
Pour expliquer ce point, permettez-moi de m'attarder un instant sur un
élément central de notre doctrine nucléaire, les intérêts vitaux de la Nation.
La dissuasion nucléaire française a vocation à dissuader tout État de s'en
prendre à nos intérêts vitaux. Quels sont-ils ? Nous ne les avons jamais
énoncés précisément. Nous ne les avons jamais énoncés précisément, à dessein.
Nos lignes rouges ne sont pas lisibles. Elles ne sauraient l'être. À coup sûr,
pourtant, nos intérêts, s'ils couvrent le territoire hexagonal et ultramarin,
ne peuvent se confondre avec le seul tracé de nos frontières nationales.
Peut-on envisager que la survie de nos partenaires les plus proches soit
mise en jeu sans que cela affecte nos intérêts vitaux ? Ou à l'inverse,
qu'une menace extrême en Europe ne concerne que nous-mêmes ? Pour ces
raisons fondamentales, les Présidents successifs ont évoqué la dimension
européenne des intérêts vitaux de la France. En février 2020, j'avais réitéré
l'offre de tous mes prédécesseurs, depuis le Président François Mitterrand,
d'un dialogue avec les pays européens qui seraient désireux d'approfondir avec
nous cette dimension. J'avais même proposé d'associer ces pays à des exercices
de notre dissuasion.
Six ans plus tard, nous sommes dans un autre univers stratégique. Nous
devons passer à une toute autre étape et formuler pour notre époque ce dont le
général de Gaulle avait déjà l'intuition. Je crois pouvoir affirmer que nos
partenaires y sont prêts.
Nous avons d'abord resserré en juillet dernier les liens avec le
Royaume-Uni, partenaire majeur et puissance nucléaire indépendante avec
laquelle nous reconnaissons depuis 1995 qu'il n'y a pas de situation engageant
les intérêts vitaux de l'une sans que ceux de l'autre ne soient affectés. Nous
avons renforcé nos coopérations nucléaires bilatérales, affirmé notre
solidarité commune avec les Européens et ouvert la possibilité d'une
coordination de nos dissuasions respectives. Dès cet hiver, de hauts responsables
britanniques ont assisté, pour la première fois depuis l'existence de notre
dissuasion, à l'un des exercices de nos forces aériennes stratégiques.
Mais notre ambition doit être plus grande, car c'est la sécurité du
continent, la nôtre, qui est en jeu pour l'avenir. Des contacts ont été pris
avec un premier groupe d'alliés, à commencer, bien entendu, par notre
partenaire essentiel, l'Allemagne. Ils ont répondu favorablement à l'offre de
la France.
Aujourd'hui, une nouvelle étape de la dissuasion française peut donc se
concrétiser. Nous entrons sur le chemin de ce que j'appellerai la dissuasion
avancée. Je préfère le dire tout de suite, il n'y aura aucun partage de la
décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre. En vertu de
notre Constitution, elle appartient au seul président de la République
comptable devant le peuple français.
En conséquence, il n'y aura pas non plus de partage de la définition des
intérêts vitaux, qui restera d'appréciation souveraine pour notre pays. Et pour
cette raison, comme dans les autres alliances nucléaires, y compris
lorsqu'elles ont des plans et des procédures, il n'y aura pas de garantie au
sens strict du terme. Une garantie rigide, d'ailleurs, serait imprudente. Elle
abaisserait le seuil nucléaire et réduirait d'autant l'incertitude de nos
adversaires.
Avec la dissuasion avancée, notre doctrine conservera ses fondations
originelles, son caractère strictement défensif, le refus de la bataille
nucléaire, la rupture totale et assumée entre le conventionnel et le nucléaire.
Il en va de même pour l'opportunité d'un avertissement nucléaire unique et non
renouvelable. Il sera toujours décidé, à la seule discrétion de la France, pour
signifier très concrètement que le conflit vient de changer de nature et que la
France entend par ce moyen préserver une ultime chance de rétablir la
dissuasion.
La France assumera donc toujours seule, en intégrant à sa réflexion les
intérêts de nos alliés, le franchissement délibéré du seuil nucléaire. La
dissuasion avancée est une démarche progressive. Elle offre la possibilité pour
les partenaires de participer aux exercices de la dissuasion, tout d'abord.
Cela pourra impliquer également du signalement, y compris au-delà de nos
frontières strictes ou la participation conventionnelle de forces alliées à nos
activités nucléaires. Elle pourra enfin prévoir le déploiement de
circonstances, d'éléments de forces stratégiques chez nos alliés.
De la même façon que nos sous-marins stratégiques se diluent naturellement
dans les océans, garantissant une capacité permanente de frappe, nos forces
aériennes stratégiques pourront ainsi se disséminer dans la profondeur du
continent européen. Cette dispersion sur le territoire européen, à la manière
d'un archipel de forces, compliquera le calcul de nos adversaires et donnera à
cette dissuasion avancée beaucoup de valeur pour nous. Elle renforcera notre
défense en lui accordant du champ et lui offrira une profondeur stratégique
nouvelle, cohérente des enjeux de sécurité en Europe. Sa valeur sera, je le
crois, très forte aussi pour les partenaires qui entreront dans cette logique
avec nous, et dont le territoire gagnera un lien affirmé avec notre dissuasion.
Il a été clair dès le début, pour nous et pour nos partenaires, que cet
effort viendrait en plus de la mission nucléaire de l'OTAN. A laquelle, je le
rappelle, nous ne prenons pas part. La dissuasion avancée que nous proposons
est un effort distinct qui a sa valeur propre et qui est parfaitement
complémentaire de celui de l'OTAN au plan stratégique comme au plan technique.
Le travail que nous avons entamé sur ce projet avec les Européens s'est fait en
pleine transparence avec les Etats-Unis d'Amérique et en coordination étroite
avec le Royaume-Uni.
Que les Alliés, qui nous ont témoigné leur confiance en travaillant
intensément à ces futurs partenariats, dans le respect de nos obligations
internationales, et tout particulièrement du Traité sur la non-prolifération
des armes nucléaires, en soient ici, aujourd'hui, remerciés. L'Allemagne sera
un partenaire clé de cet effort, naturellement, le plus ambitieux dans l'esprit
du traité d'Aix-la-Chapelle. Les premières étapes de la coopération
commenceront dès cette année et pourront inclure des visites de sites
stratégiques et des exercices conjoints.
Dès à présent, d'autres pays ont accepté ce dialogue et, au-delà de nos
partenaires et amis britanniques et allemands déjà évoqués, la Pologne, les
Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark s'y joindront. C'est
une véritable convergence stratégique entre nos pays, de nature à donner une
réelle profondeur à la défense de notre continent. Les discussions sont aussi
ouvertes avec plusieurs autres pays, se poursuivront dans les semaines et les
mois à venir.
A l'image de ce que nous avons mis en place avec le Royaume-Uni, des
organes d'échange, au niveau politique, vont être créés avec chacun de ces
pays, dès les prochains jours. Cela suppose un travail commun sur la menace et
le renseignement, des moyens de communication spécifiques, une organisation,
mais aussi une compréhension commune des ressorts de l'escalade et de comment y
faire face, en particulier dans sa phase conventionnelle.
C'est pourquoi aussi la démarche de la dissuasion avancée, de par sa
nature, accroît notre protection et celle de nos partenaires. De la même
manière que la France crée pour les adversaires de l'Europe de nouveaux
dilemmes stratégiques à travers cette dissuasion avancée, nos partenaires
contribuent en retour à la sécurité collective et donc à celle de la France.
C'est la nature même de l'épaulement stratégique.
L'expérience des dernières années montre bien qu'il y a au moins trois
domaines où notre Europe, si elle devait faire face à une escalade et la gérer
sous le seuil nucléaire, bénéficierait de nouveaux moyens collectifs. L'alerte
avancée, donc la capacité, par une combinaison de satellites et de radars, de
détecter et de suivre les missiles qui pourraient nous viser, la maîtrise de
notre ciel avec la défense aérienne élargie et les protections anti-missiles et
anti-drones, et enfin les capacités de frappe dans la grande profondeur. En
entrant avec nous dans cet épaulement réciproque, les pays partenaires peuvent
aider à renforcer les capacités de l'Europe dans ces trois domaines. Ce serait
une juste répartition des efforts, et la France y sera donc clairement
gagnante.
D'ores et déjà, les projets avancent, et nous continuerons de forcer le
pas. Pour ce qui est de l'alerte avancée, d'abord, le programme JEWEL donnera
des capacités souveraines aux Européens pour détecter depuis l'espace les
missiles qui les viseraient. Pour ce qui est de la défense aérienne, le système
SAMP/T NG offrira des performances de premier rang mondial. Déjà, le Danemark
et l'Ukraine en ont annoncé l'acquisition. Pour ce qui est de la frappe dans la
profondeur, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France, dans le cadre de notre
initiative dite ELSA, vont travailler ensemble à des projets de missiles de
très longue portée. Cela nous donnera de nouvelles options pour gérer
conventionnellement l'escalade, à l'heure où les adversaires déploient
technologies et armements nouveaux. À mesure que s'intensifiera le partenariat,
d'autres projets, d'autres contributions verront le jour, dans un esprit de
complémentarité et de souveraineté européenne.
Voilà donc la nouvelle épaisseur que je souhaite donner à la défense de la
France, et la nouvelle cohésion qui en résulterait pour notre continent. Vous
le mesurez, c'est une évolution majeure que j'ai souhaité donner à notre
dissuasion. Le contexte permettant enfin de mettre sur ces mots de dimension
européenne, prononcés par presque tous mes prédécesseurs, une réalité qui
bénéficie à la fois à notre pays et à nos alliés.
Mais dans la période troublée que nous vivons, il sera nécessaire aussi de
repenser les règles qui régissent la sécurité de notre continent et du monde.
C'est tout un cadre qu'il faut recréer, et les Européens devront pouvoir y
prendre pleinement leur place et y défendre leurs intérêts. Ils le pourront
d'autant plus qu'ils auront su prendre leur part du fardeau, renforcer leur
autonomie stratégique et prendre les décisions majeures que je viens d'évoquer.
Aujourd'hui, en effet, les accords internationaux de maîtrise des armements
sont à la peine. Regardons la situation avec lucidité. Chacun a pris ses
libertés. Les Etats-Unis ont mis fin aux traités sur les missiles
antibalistiques. Les Etats-Unis et la Russie ont mis fin aux traités sur les
forces nucléaires intermédiaires, dont la Russie violait depuis longtemps les
dispositions. Le traité New Start, qui encadrait les arsenaux nucléaires
américains et russes, a cessé d'exister il y a quelques semaines. La Russie a
dératifié le traité d'interdiction sur les essais nucléaires, que les
Etats-Unis n'avaient eux jamais ratifiés. Une reprise des essais romprait un
moratoire de près de 30 ans. La Chine, quant à elle, en plein rattrapage, ne
s'associe à rien. Alors, disons-le franchement, le champ des règles est un
champ de ruines. Et l'animosité ambiante se prête assez peu à la confiance
qu'il faut pour rebâtir les normes de sécurité collective. C'est pourquoi nous
avons raison de durcir notre position et de prendre les décisions que je viens
d'annoncer.
Cette anomie, malheureusement, ne vaut pas que pour ceux qui ont déjà
l'arme, mais aussi pour ceux qui cherchent à l'acquérir. La conférence d'examen
du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires se tiendra en mai, dans
un paysage lourd de menaces, avec les progrès inquiétants du programme
nord-coréen, la crise iranienne, et aussi les tentations croissantes de tous
ceux qui, en Asie, en Europe ou ailleurs, cherchent des alternatives aux
garanties de sécurité sur lesquelles ils croyaient pouvoir compter. Tel est
l'esprit des temps. Mais la France ne compte pas s'y résoudre.
Dans le domaine de la maîtrise des armements, notre propre bilan est en
effet exemplaire. Et je veux aujourd'hui ici le rappeler. Nous avons démantelé
la composante terrestre de notre dissuasion et nos installations
d'enrichissement à des fins militaires. Nous avons cessé nos essais nucléaires,
développé un système performant de simulation et toujours refusé toute course
aux armements. La démarche de dissuasion avancée que nous proposons n'est pas
escalatoire, et en ce qu'elle accroît le sentiment de sécurité en Europe, elle
est résolument bénéfique pour ne pas encourager un jour les risques de
prolifération sur notre continent.
Mais c'est surtout de logique que nous devons changer. Oui, les Européens
ont pris l'habitude que leur sécurité dépende de règles faites par des tiers,
en d'autres temps, faites aussi, parfois à leur insu, souvent à leur dépens.
Soyons clairs, l'architecture de sécurité européenne, c'était cela, des accords
datant de la période de guerre froide négociés par d'autres que nous, y compris
quand ils nous concernaient et qui ont été dénoncés par ceux-là même qui les
avaient signés sans aucune concertation, quand bien même ces derniers étaient
nos alliés. Notre époque appelle une autre méthode. Nous devons reconstruire un
corpus de règles, mais pour ce qui nous concerne, à partir de nos intérêts de
sécurité et ceux de notre continent.
Cela passera tout d'abord par un travail que les Européens doivent conduire
sur la manière dont doit être organisée la stabilité de notre Europe. J'invite
donc les partenaires à se joindre aux premiers travaux que nous avons entamés
avec les Allemands et les Britanniques sur ce sujet. Les convergences
organisées dans le cadre de la dissuasion avancée y aideront. Lorsque nos
intérêts européens seront établis, il sera possible d'aller plus loin et
d'ouvrir un cadre de négociation afin de contrôler certaines capacités
conventionnelles et leur positionnement. Cette démarche est à préparer dès à
présent par l'accroissement de notre indépendance européenne et elle doit viser
demain un nouveau cadre de sécurité sur tous ces sujets, en particulier entre
Européens et Russes, à tout le moins, et au niveau international, en cherchant
à impliquer les Etats-Unis d'Amérique et la Chine, y compris concernant les
capacités nucléaires sur une base équitable.
Mais ce que je souhaite plus que tout, vous l'aurez compris, c'est que les
Européens reprennent le contrôle de leur propre destin. N'oublions pas, tout
ceci étant dit, qu'au-delà de la comptabilité des arsenaux et des architectures
de sécurité, il y a une dimension éthique à ce dont nous parlons. L'arme
nucléaire a sa charge d’épouvante. Ses questions morales ne se résument pas aux
lois d’airain de la stratégie avec ses logiques désincarnées. Il n'est que
juste qu'une telle arme continue de susciter une discussion de raison pour en
limiter l'usage, l'encadrer et préserver l'objectif à terme d'un monde sans
arme nucléaire. Cela doit rester notre horizon.
Il n'est que juste aussi de militer avec persistance en faveur des usages
pacifiques de l'énergie atomique. C'est tout l'esprit du TNP. Et la France est
en bonne position pour promouvoir à cet égard le nucléaire civil. Après tout,
quel autre pays repose sur cette énergie comme nous ? L'énergie nucléaire
qui permet de produire 70% de notre électricité. Une énergie décarbonée à bas
coût qui rend notre pays attractif. C'est ce qui fait que la France sera
pleinement légitime pour organiser à Paris le 10 mars prochain un sommet pour
encourager le développement de cette énergie, ses usages et son financement. Je
crois aux vertus d'un nucléaire de confiance, aux vertus aussi des innovations
dans la matière. Je crois à sa valeur pour faire face aux besoins voraces de
nouvelles technologies. Je suis déterminé à aider l'Agence internationale de
l'énergie atomique à favoriser avec un encadrement approprié les nouvelles
technologies sensibles.
Mesdames et Messieurs, le temps est venu pour moi de conclure. J'aimerais
vous inviter un moment à prendre la mesure de cet endroit à nul autre pareil.
La base opérationnelle de l'Île-Longue, à l'extrémité du Finistère.
L'Île-Longue, qui est tout à la fois la pointe avancée de l'Europe, son cap
occidental et sa forteresse. Je vous invite à prendre conscience de tout ce
qu'il signifie dans toutes ses dimensions. Masse, puissance, indépendance,
donc. Et j'ajouterai solidarité stratégique. Ce que vous avez sous les yeux est
un héritage précieux que nous sommes les dépositaires et que nous continuerons
à faire vivre avec ténacité. Nous continuerons donc de développer le formidable
outil de puissance, expression du génie français, patiemment érigé depuis le
début de la Vème République. Je me suis fermement engagé depuis 2017 dans le
renouvellement de nos forces stratégiques. Et je m'y emploierai jusqu'au terme
du mandat.
La France sera forte d'un feu nucléaire modernisé, puissant, souverain et
adapté à nos menaces. Toujours souveraine, elle sera forte aussi de son
enracinement dans l'espace européen, de la profondeur stratégique qu'il lui
donne, du renforcement des liens entre alliés et des complémentarités nouvelles
qu'ils permettent. Le demi-siècle qui vient sera un âge d'armes nucléaires. La
France déterminée, libre, confiante, y tiendra tout son rôle. Elle continuera
de se fortifier et pour son propre bénéfice elle arrimera ce cap sur
l'Atlantique au socle européen. Tel est mon message aujourd'hui, soyons
puissants, soyons unis, soyons libres.
> [Déclaration conjointe du Président
Macron et du Chancelier Merz sur le renforcement de la coopération de la France
et de l’Allemagne en matière de dissuasion en réponse à l’évolution des menaces]
Dans l’esprit de leur partenariat étroit, tel que défini à l’article 4 du
traité d’Aix-la-Chapelle, la France et l’Allemagne ont décidé de renforcer leur
coopération en matière de dissuasion en réponse à l’évolution des menaces.
La France et l’Allemagne ont mis en place un groupe de pilotage nucléaire de
haut niveau qui servira de cadre bilatéral pour le dialogue doctrinal et la
coordination de la coopération stratégique, notamment pour les consultations
relatives à l’articulation optimale de capacités conventionnelles, de défense
antimissile et de capacités nucléaires françaises. La France et l’Allemagne se
sont engagées à prendre des mesures concrètes dès cette année, notamment la
participation de l’Allemagne aux exercices nucléaires français, des visites
conjointes sur des sites stratégiques et le développement de capacités
conventionnelles avec leurs partenaires européens. La France et l’Allemagne
renforceront également leur capacité, en tant qu’Européens, à gérer l’escalade
sous le seuil nucléaire, en particulier dans les domaines de l’alerte avancée,
de la défense aérienne et des frappes de précision en profondeur.
Cette coopération franco-allemande repose sur la conviction partagée que la
dimension nucléaire de la dissuasion demeure un pilier de la sécurité
européenne, laquelle s'appuie sur la dissuasion élargie des États-Unis,
notamment les armes nucléaires américaines prépositionnées en Europe, et sur
les forces nucléaires stratégiques indépendantes de la France et du
Royaume-Uni, qui ont un rôle dissuasif propre et contribuent significativement
à la sécurité globale de l'Alliance. Cette coopération franco-allemande viendra
compléter, et non remplacer, la dissuasion nucléaire de l'OTAN et les accords
de partage nucléaire de l'OTAN, auxquels l'Allemagne contribue et continuera de
contribuer. La France et l'Allemagne continueront de respecter leurs
obligations au titre du droit international, notamment le Traité sur la
non-prolifération des armes nucléaires.
Compte tenu de leur ferme engagement envers l'article 5 du Traité de
l'Atlantique Nord et l'article 42, paragraphe 7, du Traité sur l'Union
européenne, la coopération franco-allemande vise à renforcer les systèmes de
sécurité collective auxquels appartiennent les deux pays. Elle vise à renforcer
la sécurité de l'Europe dans son ensemble. Une attention particulière sera
portée à la coordination avec les États-Unis, le Royaume-Uni, les autres Alliés
et l'OTAN.
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque
de l’Iran / Propos introductifs lors du Conseil de défense et de sécurité
nationale (1er mars)]
Les frappes que mènent depuis hier matin les États-Unis et Israël contre l'Iran
ont conduit à une escalade régionale sans précédent. Et les attaques de
missiles, de drones lancés en réponse par l'Iran d'une manière totalement
disproportionnée et indiscriminée ont touché des emprises militaires, de
nombreuses cibles civiles chez nos partenaires et alliés de la région.
Dans ce contexte-là, notre priorité, je l'évoquais hier, c'est la sécurité de
nos ressortissants, évidemment de nos emprises militaires, diplomatiques, des
ressortissants qui vivent ou font séjour dans ces pays partenaires. Et je
remercie le ministre et les équipes d'avoir avancé sur la base des instructions
d'hier, et nous ferons le point détaillé pays par pays de la situation, à la
fois pour protéger et pour pouvoir rapatrier dès que les espaces aériens seront
ouverts.
Ensuite, il y a la sécurité et la souveraineté de nos partenaires dans la
région. Les Émirats arabes unis sont de très loin les plus touchés et les plus
exposés. Le Qatar est aussi très ciblé. Tous les autres pays de la région ont
été frappés. Nous avons, aux Émirats arabes unis, un hangar de notre base
mitoyenne de la base émirienne qui a été touchée dans une attaque de drone qui
a ciblé le port d'Abu Dhabi. Les dégâts ne sont que matériels et limités. Il
n'y a aucun blessé à déplorer. Mais tout cela nous conduit, là aussi, à
rehausser notre posture et notre accompagnement défensif pour être aux côtés de
ceux avec lesquels nous avons des traités de défense et pouvoir adapter la
posture à l'évolution des dernières heures que rien ne justifie et que nous ne
laisserons pas passer.
Nous avons, dès les premières heures, pris nos responsabilités, en effet, pour
protéger nos ressortissants nos intérêts et être aux côtés des pays de la
région, et nous continuerons de le faire. Et je souhaite que ce Conseil nous
permette d'examiner l'ensemble des options, regarder aussi la cinétique des
opérations et des frappes, l'évolution en Iran, l'évolution dans la région. Et
enfin, nous ferons le point sur la situation nationale, les risques tels que
nous les évaluons, et évidemment les conséquences économiques de ce conflit.
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque
de l’Iran / Propos introductifs lors du Conseil de défense et de sécurité
nationale (28 février)]
Merci beaucoup d'être là pour ce Conseil de défense, pour qu’on puisse passer
en revue à la fois l'analyse de la situation, évidemment, et les actions utiles
à prendre, en plus de ce qui a déjà été fait. Les États-Unis d'Amérique et
Israël ont décidé de frapper l'Iran ces dernières heures. La France n'a été ni
prévenue, ni impliquée, tout comme d'ailleurs l'ensemble des pays de la région
et nos alliés. L'Iran a répliqué dans de très nombreux pays, de très nombreux
pays amis, où nous avons, dans nombre d'entre eux, des emprises militaires et
des ressortissants, avec donc des conséquences sur la stabilité régionale, la
paix dans la région et au-delà.
La priorité absolue pour nous est évidemment la sécurité de nos ressortissants
dans tous les pays qui sont aujourd'hui frappés. C'est ensuite la sécurité de
nos emprises, militaires et diplomatiques dans l'ensemble de ces pays et ceux
qui seraient exposés. Et c'est évidemment aussi la sécurité sur le territoire
national, nous aurons l'occasion d'y revenir.
Deuxièmement, c'est d'être aux côtés de tous les pays qui sont aujourd'hui
touchés par la riposte iranienne ou qui sont menacés par celle-ci dans leur
intégrité territoriale, leur souveraineté. J'ai eu l'intégralité de ces pays,
ces dernières heures, au téléphone, je vous en rendrai compte, et le ministre
des Affaires étrangères sans doute aussi. Et enfin, je souhaite que nous
puissions prendre toutes les initiatives utiles pour que le travail
diplomatique reprenne ses droits.
Nous avons, d'ores et déjà, appelé à une réunion exceptionnelle du Conseil de
sécurité des Nations unies, nous devons multiplier les initiatives pour que la
question se règle par la voie diplomatique, car nul ne peut penser que la
question du nucléaire iranien, de l'activité balistique, des déstabilisations
régionales se régleront simplement par les frappes. Et évidemment aussi les
droits légitimes du peuple iranien à se faire entendre, ce qu'il a exprimé ces
derniers mois encore en étant terriblement réprimé, c'est de pouvoir décider
lui-même de son destin. Et c'est aussi une des choses que nous devons tout
faire pour défendre.
> Coup dur pour la flotte fantôme : en Mer du Nord, nos hélicoptères de la Marine nationale ont contribué cette nuit à l’arraisonnement par les forces belges d’un pétrolier sous sanctions internationales. Les Européens sont déterminés à couper les sources de financement de la guerre d’agression de la Russie en Ukraine en faisant respecter les sanctions.
► Sébastien Lecornu (Premier ministre)
[Nota: Nous faisons figurer Sébastien Lecornu dans
cette liste alors qu’il n’est pas centriste mais appartient à l’aile droite de
Renaissance, parti centriste/central et qu’il s’est toujours défini comme un
homme de droite; c’est à ce titre que ses propos sont retranscrits ici et du
fait qu’il a composé un gouvernement d’axe central.]
> Le Président de la République a fixé notre doctrine de dissuasion pour les
années à venir. Elle s’inscrit pleinement dans la continuité de la doctrine
historique d’indépendance stratégique voulue par la France depuis l’origine et
que nous mettons en œuvre avec constance depuis 2017. Autonomie de décision
préservée. Crédibilité renforcée. Format adapté aux menaces de notre temps. Le
Gouvernement traduira ces orientations en actes : moyens budgétaires
consolidés, capacités modernisées, soutien accru à notre base industrielle et
technologique de défense. La dissuasion avancée proposée à nos partenaires
européens organise un épaulement stratégique nouveau, qui renforce la sécurité
collective tout en maintenant la décision ultime au niveau national. À ceux qui
ont parlé trop vite, nous répondons par des faits : continuité stratégique,
clarté politique, exécution budgétaire.
► Gouvernement
● Ministres centristes/centraux
Catherine Vautrin (ministre des Armées et des Anciens combattants)
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de l’Iran Au Centre de
planification et de conduite des opérations (CPCO), où le déroulement du
conflit est suivi heure par heure, afin d’éclairer les décisions que le chef
des armées est appelé à prendre.
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de l’Iran Un hangar de notre base navale mitoyenne de celle des Émiriens a été touché dans une attaque de drones qui a ciblé le port d'Abu Dhabi. Les dégâts ne sont que matériels et limités. Aucun blessé n'est à déplorer. La vigilance de nos forces est maximale face à une situation qui évolue d’heure en heure.
> [Agression de Poutine contre l’Ukraine] Derrière la flotte fantôme, il y a un objectif clair: contourner les sanctions pour financer la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine. Notre réponse est tout aussi claire : frapper les ressources financières de la Russie et faire respecter, aux côtés de nos partenaires, les décisions européennes.
Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et
des Affaires étrangères)
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de l’Iran] Le Moyen-Orient
est à nouveau entraîné tout entier dans une dangereuse escalade militaire.
Soyons clairs, le régime iranien porte une responsabilité écrasante dans cette
situation, du fait de son obstination coupable à se doter des moyens de la
déstabilisation et de la menace : par son programme nucléaire, par ses
missiles balistiques, par son soutien constant à des groupes terroristes. Par
son refus, aussi, d’entrer de bonne foi dans une négociation avec l’Europe,
puis avec les États-Unis. Et par la répression sanglante des aspirations
légitimes du peuple iranien.
Depuis des décennies, ce régime viole le droit international. Il bafoue les
résolutions du Conseil de sécurité encadrant son programme nucléaire et
prohibant le soutien à des groupes armés. Il viole sans retenue les droits de
l’Homme en tournant, comme encore récemment, ses armes contre son propre
peuple.
Il est profondément regrettable que cette situation n’ait pu être réglée dans
le cadre des institutions internationales, qui sont les seules susceptibles de
créer les fondations d’une paix et d’une stabilité durable. Mais chacun le
sait, le veto brandi par certains membres permanents du Conseil de sécurité des
Nations unies a paralysé l’action collective, y compris lorsque le recours à la
force aurait été nécessaire pour faire respecter le droit.
Malgré cela, l’intervention décidée unilatéralement par Israël et les
États-Unis d’Amérique aurait mérité d’être débattue dans les instances
collectives prévues à cet effet. Chacun aurait ainsi pu prendre ses
responsabilités. Car ce n’est qu’en se confronter au Conseil de sécurité que le
recours à la force peut revêtir la légitimité nécessaire.
La réplique inconsidérée et indiscriminée du régime iranien est à l’image de la
stratégie qu’il poursuit depuis longtemps : la terreur et le chaos. Hier,
un hangar de notre base navale aux Émirats a été touché dans une attaque de
drone qui a ciblé le port d’Abou Dabi, avec heureusement des dégâts uniquement
matériels et limités. Cette nuit, c’est une base britannique à Chypre, où un
drone se serait écrasé. Aux pays amis qui ont été ciblés délibérément par les
missiles et les drones des gardiens de la révolution et entraînés dans une
guerre qu’ils n’avaient pas choisie, Arabie saoudite, Émirats arabes unis,
Qatar, Irak, Bahreïn, Koweït, Oman et Jordanie, la France exprime son soutien
entier et sa pleine solidarité. Elle se tient prête, conformément aux accords
qui la lient à ses partenaires et au principe de légitime défense collective
prévue par le droit international à participer à leur défense.
Au Liban, le Hezbollah a commis une lourde faute, dont la population a payé ce
matin le prix, avec des dizaines de morts et des dizaines de milliers de
déplacés, en rejoignant un conflit dans lequel les autorités comme le peuple
libanais refusent d’être entraînés. Il doit mettre immédiatement un terme à ses
opérations. Le Liban doit être préservé de l’embrasement régional. La France
restera engagée pour la souveraineté et la stabilité de ce pays et organisera
dès que possible une conférence internationale de soutien à ses forces armées.
Dans ce contexte très dégradé, notre priorité absolue va à la sécurité des
ressortissants français et de nos emprises. J’ai présidé à l’instant une
réunion des services de l’État, pleinement mobilisés à cet effet, et en
particulier ceux du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, que je
veux remercier pour leur engagement sans faille, dans les pays de la région
comme ici à Paris.
Près de 400.000 Français sont résidents ou de passage dans la douzaine de pays
de la région directement concernés par la situation. À notre connaissance,
aucune victime française n’est à déplorer à ce stade. 15 postes diplomatiques,
ambassades et consulats, sont pleinement mobilisés pour assurer la sécurité des
ressortissants français et leur porter assistance le cas échéant. En soutien à
leur action, le centre de crise et de soutien du ministère a mis en place une
cellule téléphonique d’urgence, joignable 24h sur 24, 7 jours sur 7. Depuis le
début des interventions militaires, près de 5.000 appels ont été reçus et
traités à Paris ou dans nos postes. Notre dispositif est déjà organisé
localement pour faciliter les sorties par voie terrestre, lorsque c’est possible,
ce qui n’est pas le cas dans tous les pays concernés.
Les messages passés à nos compatriotes à l’étranger sont clairs : à tous,
consultez régulièrement le site diplomatie.gouv.fr. Les consignes y sont mises
à jour quotidiennement. Aux Français de passage, inscrivez-vous sur le Fil
d’Ariane. C’est indispensable pour que nous puissions vous informer et vous
localiser si nécessaire. En cas d’urgence, contactez les numéros de nos
ambassades et consulats ou celui du centre de crise et de soutien, qui
s’affichent juste à côté de moi, et qui ont été largement diffusés sur les
réseaux sociaux du ministère des affaires étrangères et dans les médias
français.
Je sais l’inquiétude de nos compatriotes sur place. Je sais l’angoisse de leurs
familles qui attendent leur retour. Avec la ministre Éléonore Caroit et
l’ensemble des équipes du ministère de l’Europe et des affaires étrangères,
nous sommes totalement mobilisés pour répondre à ces attentes. Nous
n’économiserons aucun effort.
Deuxième priorité : la désescalade. La prolongation indéfinie des
opérations militaires sans but précis emporte le risque d’un engrenage qui
entraînerait l’Iran et la région dans une longue période d’instabilité, dont
l’issue serait très incertaine et porterait atteinte à nos intérêts. C’est
pourquoi l’escalade militaire doit cesser au plus vite. Le régime iranien, qui
a désormais perdu son guide, doit mettre fin à ses attaques. Il doit se
résoudre à des concessions majeures et à un changement de posture radical pour
qu’une solution politique puisse être trouvée, qui rende possible la
coexistence pacifique de l’Iran avec son environnement régional et la
communauté internationale. Une solution qui prenne en compte les aspirations du
peuple iranien à disposer de lui-même, à être respecté dans ses droits, à
construire son avenir librement.
L’histoire nous l’enseigne, particulièrement dans cette région : la
sécurité et la stabilité collective de long terme ne peuvent être construites à
l’écart des principes de la justice et du droit. La France et l’Europe sont
prêtes à jouer un rôle de premier pour y parvenir. C’est dans ce sens que la
France s’est exprimée depuis 48 heures, par la voix du Président de la
République et lors des réunions du Conseil de sécurité des Nations unies, du G7
et de l’Union européenne.
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque
de l’Iran] Comme l’a rappelé le Président de la République, nous n’avons pas
été informés et nous n’avons pas participé aux opérations militaires lancées
par les États-Unis et par Israël. Et comme je viens de le dire, ce n’est qu’en
se confrontant au Conseil de sécurité que de telles opérations auraient pu
revêtir la légitimité du droit international.
S’agissant plus particulièrement de nos partenaires dans la région qui ont été
ciblés, visés délibérément par le régime iranien, nous nous tenons prêts à
concourir à leur défense en fonction de leurs demandes, de manière
proportionnée et conformément au principe de légitime défense collective prévu
par le droit international.
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de l’Iran] Nous nous préparons à toute éventualité et nous suivons avec beaucoup d’attention l’évolution de la situation sur place. C’est tout l’objet de la réunion que je viens de présider, associant l’ensemble des services de l’État. S’agissant des espaces aériens, tous ne sont pas fermés. L’espace aérien demeure ouvert au Liban, en Jordanie, en Égypte, en Oman et en Arabie saoudite notamment.
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque
de l’Iran] Sur la question de la base française aux Émirats, dont l’un des
hangars a été touché. Le Président de la République l’a dit hier soir :
nous rehaussons notre posture de défense. Et s’agissant de nos partenaires, je
viens de répondre à l’instant, en fonction des demandes qui nous sont
adressées, dans un esprit de proportionnalité et conformément aux droits
internationaux, nous nous tenons prêts à concourir à leur défense. (…)
Il s’agit d’assurer la sécurité de nos emprises, de nos bases, de nos
personnels militaires dans la région. De nous tenir prêts également, je le
rappelais, à concourir à la défense de nos partenaires dans les conditions
évoquées, s’ils en faisaient la demande, de manière proportionnée et
conformément au droit international.
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de l’Iran] La désescalade est nécessaire, puisque la prolongation indéfinie des opérations militaires à l’échelle de cette région pourrait déclencher un engrenage gravissime portant atteinte, menaçant nos propres intérêts et évidemment certains de nos intérêts économiques. C’est pourquoi aujourd’hui tous les efforts doivent être portés, c’est la deuxième priorité que j’évoquais tout à l’heure, vers cette désescalade.
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de l’Iran] Le Président de la République s’est entretenu avec le Premier ministre irakien ainsi qu’avec le président de la région autonome du Kurdistan. Je me suis entretenu pour ma part à deux reprises avec mon collègue irakien. Nous avons exprimé aux autorités irakiennes notre soutien dans leurs efforts pour éviter que l’Irak ne se trouve entraîné d’un côté ou de l’autre de ce conflit, et notre intention de continuer à apporter le soutien et toute la solidarité nécessaire à l’Irak pour préserver sa sécurité mais aussi sa souveraineté.
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de l’Iran] les pays du Moyen-Orient sont ciblés par des attaques massives et injustifiées de l'Iran. Arabie saoudite, Émirats Arabes Unis, Qatar, Bahreïn, Koweït, Oman, Jordanie sont entrainés dans une guerre qu'ils n'ont pas choisie. En contact étroit avec leurs ministres des Affaires étrangères, j'ai exprimé à chacun d'entre eux la condamnation sans appel, la pleine solidarité et le soutien entier de la France.
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de l’Iran] Coordination avec les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne pour protéger nos ressortissants, défendre nos intérêts et affirmer notre solidarité avec les pays ciblés par des attaques injustifiées de l'Iran.
Stéphanie Rist (ministre de la Santé, des
Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées)
> La lutte contre les maltraitances franchit une nouvelle étape. Depuis le
1er mars, la plateforme nationale de signalement est opérationnelle avec 21
écoutants formés, mobilisés pour accompagner et orienter les personnes en
situation de vulnérabilité. Un dispositif renforcé, accessible via le 31 33,
pour mieux protéger les personnes âgées et les personnes en situation de
handicap.
Aurore Bergé (ministre déléguée auprès du
Premier ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la
Lutte contre les discriminations)
> [Mélenchon ironise sur le nom de Raphaël Glucksmann] Qui cela peut-il
(encore) faire rire ? Honte à tous ceux qui portent l'étiquette LFI, les
acceptent sur leurs listes ou envisagent une alliance au nom de prétendues «circonstances
locales». Vous perdrez et vous perdrez dans la honte.
● Autres ministres
Gérald Darmanin (garde des sceaux, ministre de la Justice)
> Pour la sécurité des Français et par respect pour les victimes, il n’était
pas concevable que la Justice libère des prévenus criminels, faute de pouvoir
les juger dans les délais fixés par notre droit. C’est pourquoi, devant les
principaux cadres du ministère de la Justice, j’ai annoncé notre stratégie pour
empêcher ces libérations : un projet de loi dédié à l’audiencement criminel au
printemps, ainsi que des moyens exceptionnels immédiats pour juger davantage.
> Face à la criminalité organisée, aux mafias et au narcotrafic, la mobilisation de l’État et de l’ensemble de la société sont indispensables pour protéger nos démocraties.
> Aux victimes, nous devons accompagnement, information, soutien et empathie. Aux usagers, nous devons un service public moderne, fonctionnel, rapide, aussi bien digital qu’humain. C’est tout le sens de la direction des victimes et des usagers que je vais créer au ministère de la Justice dans les prochains mois, et pour laquelle le rapport de préfiguration m’a été rendu.
> La Justice est une Institution, mais c’est aussi un Service public ! J’ai réuni le Top 100 des cadres gestionnaires du ministère : les chefs de cour et les directeurs interrégionaux des services pénitentiaires et de la protection de la jeunesse. Au lendemain de la notification d’un budget très ambitieux pour la Justice, j’ai rappelé les chantiers prioritaires de notre ministère : mettre les victimes, et l’accès au droit, au cœur de notre justice, renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants et poursuivre la modernisation de nos prisons avec plus de fermeté et de dignité.
> Respecter les victimes, c’est aussi doter la Justice de toutes les avancées technologiques pour résoudre les affaires les plus complexes, en particulier les « Cold cases ». C’est ce que nous faisons avec le projet de loi que je porterai prochainement au parlement, qui permettra à la Justice d’avoir recours à la généalogie génétique. Une grande avancée pour les victimes en attente de justice.
Maud Bregeon (porte-parole du Gouvernement
et ministre déléguée auprès du Premier ministre chargée de l’Énergie auprès du
ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle,
énergétique et numérique)
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de l’Iran] On ne peut que se
satisfaire de la disparition de Khamenei, dictateur sanguinaire qui a opprimé
son peuple. Il appartient désormais au peuple iranien libre de faire le choix
de son destin.
> Jean-Luc Mélenchon a sombré dans une dérive antisémite évidente.
> Jean-Luc Mélenchon fantasme d’un second tour LFI-RN.
► Assemblée nationale
Yaël Braun-Pivet (présidente)
> Le Salon de l'Agriculture : des rencontres, des engagements et un trophée
Cette semaine au SIA, je repars avec une conviction renforcée : l'agriculture
française mérite bien plus que des discours. « Venir, c'est soutenir »
rappelait l’affiche : l'engagement se mesure aux actes.
Des échanges qui marquent
Lundi, j’ai rencontré agriculteurs, producteurs, représentants syndicaux et
acteurs locaux en prolongement des discussions que nous avions eues sur le
terrain. Des échanges directs, toujours sincères. Le malaise agricole n'est pas
un slogan : c'est une réalité quotidienne pour ceux qui nous nourrissent tout
en subissant des pressions sans précédent : crise des revenus, concurrence
déloyale, crises sanitaires, changements climatiques, poids des normes… Signal
d'alarme : pour la première fois, la balance commerciale agricole française
n’est plus bénéficiaire.
Dimanche, j'ai remis le Trophée international de l'Enseignement agricole, sans
bovins, un crève-cœur pour cette épreuve reine. Un vrai moment de fierté sur le
salon et la clôture d’une semaine sous le signe de la jeunesse agricole à
l’Assemblée. Nos selfs et restaurants ont mis à l'honneur les productions de 23
lycées agricoles, de l'Ardèche aux Pyrénées-Orientales, en passant par la
Manche, la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie, une initiative lancée
en 2023 avec 9 établissements, qui grandit chaque année. Mardi, les élèves du
lycée d'Aubenas ont découvert l'hémicycle, échangé avec les députés et intégré
que cette institution leur appartient autant qu'à nous tous. Ces jeunes
innovent et portent des savoir-faire d'exception. Ils incarnent la souveraineté
alimentaire de demain. La République doit être à leurs côtés.
Quelles réponses politiques concrètes ?
Les agriculteurs attendent trois choses : des revenus dignes, de la visibilité,
des règles du jeu équitables. Ces revendications traduisent un malaise profond
auquel nous devons répondre. La loi d'urgence agricole, annoncée en fin mars
par le gouvernement, devrait apporter un arsenal de mesures sur la gestion de
l’eau, les moyens de production et la prédation. Mais il faudrait commencer par
mettre en œuvre les lois adoptées par le parlement, comme la loi de programmation
agricole pour laquelle manquent encore des décrets d’application. C’est une
question de démocratie et d’efficacité.
Un engagement sociétal qui nous concerne tous
Préserver l'agriculture française, c'est l'affaire de tous : consommateurs,
entreprises, collectivités, services de l'État et élus. Déconstruisons une idée
reçue : bien manger ne coûte pas plus cher. Un plat cuisiné maison est souvent
moins onéreux que son équivalent industriel… Et bien meilleur. C'est aussi une
question d'éducation alimentaire : apprendre à nos enfants d'où vient leur
nourriture, comment la produire et la préparer, c'est leur transmettre des repères
pour toute une vie.
Merci aux agriculteurs, éleveurs, élèves et enseignants pour leur engagement
sans faille. La France a besoin de vous.
► Partis politiques
● Renaissance
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne
sont pas centristes et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus
retranscrits]
Gabriel Attal (député, secrétaire général de Renaissance, président du
groupe Ensemble pour la république à l’Assemblée nationale)
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de l’Iran] Khamenei, le
régime des mollahs, c'est plus de 40 ans d'une chape de plomb sur tout un
peuple. Ce sont des femmes brisées par l'islamisme. Ce sont des étudiants
abattus à bout portant dans la rue. Ce sont des manifestants écrasés par des
engins blindés. Ce sont des mères rançonnées pour pouvoir récupérer la
dépouille de leur enfant. Ce sont des dizaines de milliers de prisonniers
politiques. Des dizaines de milliers de morts en quelques semaines. Je ne peux
que saluer et me réjouir qu'il ait été mis hors d'état de nuire.
> Matin, midi et soir, on se demande ce que vont faire Donald Trump et les États-Unis sur les questions internationales. Je souhaite que demain, matin, midi et soir, on se demande ce que vont faire la France et l'Europe sur les questions internationales.
> Je suis libéral économiquement. Intransigeant sur les questions de sécurité et d'autorité. Pro-européen. Progressiste sur les questions de société. Les Français n'attendent ni la grande division ni le retour en arrière promis par certains. Un projet d'espoir est possible. Nous avons des atouts extraordinaires. Tout est entre nos mains.
> Je me bats contre le Rassemblement national et la France insoumise. Je me bats contre l'extrême droite et l'extrême gauche. Ils se nourrissent les uns les autres. Ils l'assument et le revendiquent. Pour se retrouver face à face au second tour de l'élection présidentielle.
> En fermant les yeux, quand on écoute Jean-Luc Mélenchon, on peut imaginer que c'est Alain Soral ou Jean-Marie Le Pen qui s'exprime. C'est l'antisémitisme le plus abject, le plus immonde, qui resurgit sous l'impulsion du leader insoumis.
> Je constate que l'ONU est devenue un guichet humanitaire et une ONG climatique. Elle ne permet plus de prévenir, d'éviter les conflits ni de les résoudre. Face à cette guerre mondiale par fragments, nous devons imaginer une nouvelle gouvernance, de nouveaux multilatéralismes pour apaiser le monde.
> Ma génération n'a pas connu l'âge d'or du droit international, la mondialisation heureuse, la chute du mur de Berlin comme une promesse de la fin de l'histoire. Ma génération n'a connu que le monde régi par les rapports de force et la brutalité. Je suis un pragmatique. La responsabilité de ma génération doit être de mettre fin à cette guerre mondiale par fragments.
Marc Ferracci (député)
> Transformer le gaspillage en ressource : une industrie solidaire à
construire Rien ne se perd quand on s’engage pour l’intérêt général. À l’Hôtel
des Arts & Métiers, j’ai rencontré Jonas Caillet et Stéphane Gorce,
président de la Société des Ingénieurs Arts & Métiers, qui m’ont présenté
le projet Le Blé du Cœur. Cette initiative vise à structurer une filière
nationale de revalorisation des résidus de pain pour les transformer en farine
utile, solidaire et durable. Une démarche qui illustre parfaitement ce que peut
être l’industrie de demain : innovante, responsable et ancrée dans les besoins
concrets de la société. Ils m’ont proposé de rejoindre le conseil
d’administration de leur association. J’ai accepté avec enthousiasme, convaincu
que ces projets, à la croisée de l’économie circulaire, de la solidarité et de
la souveraineté alimentaire, doivent être accompagnés et amplifiés. Faire
émerger des filières industrielles utiles, c’est aussi cela préparer l’avenir
productif de notre pays.
Olivia Grégoire (députée)
> A juste titre Gabriel Attal insiste, avec lucidité, sur la nécessité
d’admettre que la nostalgie n’est pas une stratégie, et que comme le dit
Carney, « nous ne comptons plus uniquement sur la force de nos valeurs,
mais également sur la valeur de notre force ». Un avis salutaire.
Pieyre-Alexandre Anglade (député)
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de l’Iran] La fin d’un tyran
! Nous pensons aux iraniens qui luttent depuis si longtemps et avec courage
pour leur liberté. Nous sommes à leurs côtés pour qu’ils mettent un terme
définitif à l’oppression qu’ils subissent.
● MoDem
Bruno Fuchs (député)
> La vision multilatérale qui prévalait est aujourd’hui clairement
remise en cause par la raison du plus fort et les situations de conflits qui se
multiplient.
Par ailleurs, sur le terrain, la France
se trouve mise en concurrence avec de nouveaux acteurs qui ne jouaient pas, il
y a vingt ans, un rôle international aussi important qu’aujourd’hui.
Face à la nouvelle donne diplomatique, la
France doit changer d’approche. Et faire appel, parfois, à d’autres méthodes. Là
où auparavant le traditionnel jeu d’allers-retours des exécutifs suffisait à
mettre de l’huile dans les rouages de nos relations bilatérales, il faut
désormais être plus présents, mettre plus de monde sur le terrain, avec des
rôles un peu différents.
Dans ce cadre, la diplomatie
parlementaire a un rôle majeur à jouer pour déployer la stratégie pensée par le
président de la République et le Quai d’Orsay.
Très concrètement, nous intervenons en
force additionnelle à l’action de la diplomatie française.
> Aujourd’hui, nous
voyons que l’Europe est attaquée de toutes parts. Il y a donc une urgence
absolue à contribuer à faire devenir l’Europe une puissance mondiale.
C’est un sujet central pour la survie de
notre modèle démocratique. Voilà pourquoi je souhaite renforcer la coordination
entre les divers parlements nationaux. À l’exception de l’APFA (Assemblée
parlementaire franco-allemande), ce travail reste encore largement à mener et
ce comité permet d’y répondre.
Nous sommes également mobilisés pour
faire progresser le triangle de Weimar, ce cercle de discussion rassemblant la
France, la Pologne et l’Allemagne.
Je rentre justement d’une mission
diplomatique à Varsovie, où la Présidente de l’Assemblée nationale française a
proposé une première rencontre des trois parlements.
Même si je suis un fédéraliste convaincu,
force est de constater que dans le contexte actuel c’est par les nations que
nous permettrons de faire avancer l’Europe, pour lui assurer un statut de
puissance. À travers ce format inédit, je souhaite renforcer la coordination
entre les divers parlements nationaux. Il nous faut partir de la souveraineté
des États et voir quelles compétences ils souhaitent mettre en débat. Voilà
pourquoi les parlements nationaux doivent avoir toute leur place dans les
instances européennes. Ils en ont été un peu dessaisis depuis la création du
Parlement européen. Pourtant, les députés nationaux voient les populations, ils
sont sur le terrain, avec une légitimité qui n’est pas exactement la même que
celle des eurodéputés.
> Avec la
commission des Affaires étrangères, je cherche en permanence des approches
nouvelles qui permettent d’apporter quelque chose de concret à nos concitoyens.
Je cherche aussi à faire des propositions à la diplomatie française pour
améliorer nos relations bilatérales. Par exemple, nous menons une action avec
le parlement de la République démocratique du Congo (RDC), premier pays
francophone au monde. Lorsque je m’y suis rendu, j’ai pu constater, à rebours
du discours ambiant, que la France y était fortement attendue, notamment par le
biais de l’action économique. (...)
La commission des Affaires étrangères
peut aussi venir en appui de la diplomatie française dans des situations
délicates, comme ce fut le cas récemment à Madagascar. Après le récent
changement de gouvernance, et alors que l’Union africaine avait imposé des
sanctions contre l’île, il était alors délicat pour le ministre Jean-Noël Barrot
de s’y déplacer. En concertation avec lui, j’ai ainsi été le tout premier à m’y
rendre. C’est évidemment un travail que mène au quotidien notre ambassadeur sur
place, mais les autorités locales sont sensibles au fait de recevoir un
politique et nous avons pu lancer une vraie dynamique favorable à la France.
Madagascar est un enjeu géopolitique
majeur pour l’océan Indien et, sans grande surprise, Américains, Russes et
Chinois y sont déjà présents. La France se doit évidemment de jouer son rôle.
C’est un enjeu important.
> La France assoit son influence dans le monde sur de nombreux vecteurs. Elle a deux grands relais : l’Europe et l’espace francophone.
La Francophonie doit
être, dans le dérèglement mondial actuel, l’acteur central de notre vision du
multilatéralisme.
C’est, je pèse mes mots, une évidence
stratégique et quasiment vitale pour l’avenir de notre modèle de société et de
notre influence. Je pense d’abord en Afrique, continent en plein développement
et qui est pris entre les influences russes, turques, chinoises et européennes.
Et si l’on peut louer les grands discours régulièrement prononcés par nos chefs
d’État, les moyens ne suivent jamais. Il y a donc urgence pour la France de
prendre, enfin, ses responsabilités et de contribuer au développement rapide de
la francophonie.
À moins d’un an de l’élection
présidentielle, il devient possible d’esquisser un bilan de la politique
étrangère macroniste. En matière d’influence diplomatique, la France vous
paraît-elle plus forte en 2026 qu’en 2017 ?
Il y a évidemment des points saillants.
Le président Macron est parvenu tout au long de son mandat à pousser de grandes
inspirations qu’il a pu partager avec ses partenaires.
Il y a eu de vrais succès, comme la
reconnaissance du droit à la Palestine d’avoir un État. Je pense aussi à la
coalition des volontaires pour l’Ukraine, ou le grand emprunt européen qui a
permis le plan de relance consécutif à la période pandémique.
En contrepoint, je dirais que la France a
parfois tendance à rassurer dans une vision du monde un peu datée. Ça ne lui
permet pas toujours d’affronter au mieux les nouvelles situations complexes. Il
nous faut actualiser notre compréhension de l’évolution du monde, puis repenser
notre stratégie et enfin lui donner les moyens pour se déployer.
L’augmentation du budget de la défense de
plus de six milliards d’euros est évidemment indispensable, mais il ne peut pas
s’accompagner, comme c’est aujourd’hui le cas, d’une stagnation du budget
alloué à notre diplomatie. La défense et la diplomatie vont ensemble ; c’est un
effort simultané qu’il nous faut accomplir.
Anne Bergantz (députée)
> [Opinion: « Face à
la crise de la natalité, refonder notre politique familiale pour aider le désir
d’enfant à se concrétiser »] En tant que vice-présidente de la mission d’information sur les causes et
conséquences de la natalité, dont le rapport a été rendu public le 11 février
2026, Anne Bergantz a pris part à plusieurs dizaines d’auditions visant à
identifier les raisons du recul des naissances en France, ainsi que des
solutions concrètes qui pourraient être mises en place pour limiter l’ampleur
de ce phénomène.
Au début de l’année 2026, un chiffre a
été abondamment commenté : pour la première fois, le nombre de décès
enregistrés en France au cours de l’année écoulée (651 000) a dépassé celui des
naissances (645 000). Dans le même temps, l’indice conjoncturel de fécondité
(ICF) s’établissait à 1,56 enfant par femme, son niveau le plus bas depuis la
Première Guerre mondiale.
Comment expliquer ces chiffres, qui nous
interpellent collectivement ? Certes, le choix d’avoir un enfant relève d’une
décision intime propre à chaque couple. Mais celle-ci est inévitablement
influencée par des facteurs économiques, sociaux et culturels propre à chaque
époque. Par exemple, la hausse continue des prix de l’immobilier que nous
observons depuis les années 2000 rend de plus en plus difficile l’accès à un
logement propice à l’accueil d’un enfant. De même, l’âge de naissance du
premier enfant se trouve retardé avec une entrée sur le marché du travail plus
tardive. En outre, la perte de confiance en l’avenir à une époque où se
multiplient les crises (politique, climatique, sanitaire, géopolitique…) peut
également conduire à différer, voire à renoncer, à un projet d’enfant. Avoir un
enfant est aussi une question de confiance dans l’avenir.
En réponse à ces dynamiques
contemporaines, nous devons réinventer une politique familiale ambitieuse,
adaptée aux réalités du XXIe siècle. Il ne s’agit pas de rétablir une politique
nataliste héritée du passé - qui serait culpabilisante pour les jeunes - mais
plutôt de soutenir les parents dans leur désir d’enfant et dans l’exercice de
leur parentalité. Et ce, afin de créer les conditions dans lesquelles les
enfants peuvent grandir épanouis.
Pour y parvenir, nous devons donc nous
doter d’une politique familiale claire, dans laquelle chaque famille sait ce à
quoi elle a le droit. Or, depuis la création de la branche Famille de la
Sécurité sociale, nous avons accumulé des dizaines de prestations différentes
(allocations familiales, complément familial, allocation de rentrée scolaire,
prime de naissance...) possédant chacune leurs propres critères d’accès (selon
les revenus des parents, l’âge de l’enfant, son rang dans la fratrie, la
composition du foyer…). Cette complexité nuit à la lisibilité du système et
affaiblit la portée de la solidarité nationale. Il convient donc de regrouper
certaines aides et de distinguer nettement ce qui relève de la politique
familiale – qui doit reposer sur une logique universelle – et ce qui ressort de
la politique sociale, fondée sur la redistribution.
C’est dans cet esprit que j’ai porté une
proposition de loi, adoptée à l’unanimité en commission des affaires sociales
le 19 février 2025, visant à simplifier et à réorienter notre politique
familiale vers le premier enfant. Ce texte propose d’établir des allocations
familiales pleinement universelles, sans modulation liée aux revenus des
parents, ni à l’âge de l’enfant, ni à sa place dans la fratrie, afin que chaque
enfant ouvre droit aux mêmes prestations. Elle appelle aussi à ouvrir le
bénéfice des allocations familiales dès le premier enfant, et non à partir du
second comme c’est le cas aujourd’hui. Car si, tout au long des Trente
Glorieuses, on considérait que le premier enfant « venait tout seul » et que
l’effort public devait porter sur les suivants, il est clair qu’à notre époque,
les obstacles se concentrent à la naissance du premier enfant. De plus, près de
4 millions de familles se composent désormais d’un seul enfant et sont
actuellement exclues de toute allocation.
Notre politique familiale doit aussi être
actualisée dans le champ socio-fiscal. Ainsi, le quotient familial accorde une
demi-part fiscale pour chacun des deux premiers enfants, puis une part entière
à partir du troisième, ce qui valorise davantage les familles nombreuses. Le
cumul des prestations sociales et des avantages fiscaux aboutit ainsi à une
courbe en « U » : les ménages les plus modestes et les plus aisés sont,
proportionnellement, les mieux accompagnés, tandis que les classes moyennes
supportent l’essentiel de l’effort. Un rééquilibrage s’impose, et l’universalité
constitue, là encore, un principe structurant.
Autre dimension essentielle de notre
réflexion : la conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle,
qui constitue une attente majeure des familles. Celle-ci suppose des congés
parentaux accessibles, suffisamment rémunérés, d’une durée adaptée et
réellement partageables entre les deux parents. L’instauration, à compter de
juillet 2026, d’un congé supplémentaire de naissance indemnisé à 70 % du
salaire net le premier mois et à 60 % le second, en complément des congés
existants, représente une avancée qu’il faut saluer.
L’aspiration des pères comme des mères à disposer
d’un temps de présence plus long auprès de leur enfant dans ses premiers mois
est en effet de plus en plus affirmée, et les travaux consacrés aux « 1000
premiers jours » menés par Boris Cyrulnik ont souligné l’importance décisive de
cette période pour le développement de l’enfant. Il est à souligner que les
femmes sont aujourd’hui plus diplômées que les hommes et ne veulent plus
supporter seules le coût de la maternité, il faut donc permettre, sans
contraindre, un partage plus égalitaire des congés à l’instar des pays
nordiques. Ici aussi il y a un enjeu de simplification de notre modèle puisque
nous ne comptons pas moins de cinq congés différents (congé maternité, le congé
paternité, le congé de naissance, le nouveau congé supplémentaire de naissance
et le congé parental d’éducation). Les entreprises ont ici rôle essentiel à
jouer, certaines ayant déjà pris l’initiative de proposer des dispositifs plus
favorables que le minimum légal.
Par ailleurs, la question du logement
demeure un frein majeur à la constitution ou à l’agrandissement des familles.
On estime que ces 25 dernières années, un jeune couple a perdu entre 20 et 30
mètres carrés de pouvoir d’achat immobilier dans les grandes villes, soit
l’équivalent de deux chambres ! Il convient donc de faire des familles actives
une priorité de la politique du logement, notamment en favorisant l’accession à
la résidence principale et en réexaminant les modalités de transmission du
capital et patrimoine afin d’encourager les transferts vers les plus jeunes
générations par une fiscalité plus incitative.
Enfin, si les causes de la baisse de la
natalité sont principalement d’ordre socio-économique, les difficultés liées à
la fertilité représentent un drame pour les couples concernés. Une meilleure
information sur la préservation de la fertilité doit être diffusée dès le jeune
âge adulte (à partir de 25 ans) et les délais d’accès à la procréation
médicalement assistée doivent être réduits afin que les femmes et les couples
puissent bénéficier, sur le territoire national, d’un accompagnement à la
hauteur de leurs attentes.
La baisse de la natalité impose donc de
redonner toute sa place à la famille dans notre pacte républicain et d’adapter
nos politiques publiques aux nouvelles attentes des familles. Nous disposons de
leviers pour agir : pas nécessairement pour inverser la courbe des
naissances, car cet objectif demeure improbable, mais au moins pour permettre
aux familles qui le souhaitent de concrétiser leur projet parental.
Celle-ci constitue enfin un défi majeur
pour le pacte social. Elle nous impose en effet d’anticiper dès à présent les
effets du vieillissement de la population, et en particulier sur la solidarité
entre les générations. Il en va notamment de l'avenir de notre régime de
retraites, qui voit le rapport entre cotisants et bénéficiaires se dégrader
inexorablement avec l'évolution de la démographie.
Plus largement, c'est l’ensemble de notre
système de Sécurité sociale, reposant très majoritairement sur les
travailleurs, qui se trouve fragilisé ces tendances de fond. Une réflexion
urgente doit donc être menée quant au financement de notre modèle social : nous
avons le devoir d’engager ce débat dès aujourd’hui, par responsabilité envers
les jeunes générations, qui en assumeront durablement les conséquences.
● Parti radical
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de
l’Iran] La mort annoncée de l’ayatollah Ali Khamenei doit ouvrir la voie à une
transition pacifique, démocratique et laïque. L’avenir de l’Iran appartient aux Iraniennes et aux Iraniens, libres et
souverains !
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque
de l’Iran] Le Parti radical exprime son
soutien inconditionnel au peuple iranien et appelle à la protection des civils.
Face aux bombardements en cours sur le territoire
iranien dans le cadre des opérations conduites par les forces armées des
États-Unis et israéliennes, le Parti radical tient à exprimer avec gravité et
clarté sa position.
Notre première pensée va au peuple iranien, victime
depuis plus de quarante ans d’un régime meurtrier, autoritaire, violent et
liberticide.
Nous appelons également à l’extrême prudence et à la
sécurité absolue de nos compatriotes et ressortissants français en Iran.
«Le Parti radical exprime son soutien inconditionnel au peuple iranien
et à celles et ceux qui, au péril de leur vie, aspirent à la liberté, à la
justice et à la démocratie. Nous appelons à ce que toutes les mesures
nécessaires soient prises pour assurer la mise en sécurité des populations
civiles durant les opérations militaires en cours. La protection des innocents
doit constituer une priorité absolue et non négociable. » exprime Maxime
Moulazadeh, secrétaire national du Parti radical à la Défense et aux Armées.
Nous réaffirmons que la responsabilité première de la tragédie que traverse
aujourd’hui l’Iran incombe au régime en place, dont l’isolement international,
les provocations et la répression interne ont conduit le pays dans une impasse
dramatique. Le Parti Radical appelle à la capitulation immédiate de ce régime
meurtrier, afin d’éviter de nouvelles souffrances au peuple iranien.
« L’avenir de l’Iran appartient à son peuple. Nous formons le
souhait ardent qu’à l’issue de cette période tragique puisse naître un Iran
libre, démocratique et pacifiée, pleinement intégrée dans la communauté des
nations et respectueuse des principes universels qui fondent la dignité humaine. »
indique la présidente du Parti radical, Nathalie Delattre.
Fidèle à ses valeurs humanistes, républicaines et laïques, le Parti Radical
restera vigilant et mobilisé aux côtés de toutes celles et tous ceux qui
œuvrent pour la liberté et la paix.
Nathalie Delattre (présidente)
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de
l’Iran] Solidarité avec le peuple iranien, qui aspire à la liberté et à la
dignité. Nous devons être à ses côtés face à l’oppression. Dans ce contexte de
tensions extrêmes, la priorité de la France doit rester double : encourager la
voie diplomatique pour éviter l’embrasement, et protéger nos ressortissants au
Moyen-Orient.
> Lorsqu’un enfant est frappé par la
maladie, un handicap ou un accident grave, c’est l’équilibre de toute une
famille qui vacille. Le quotidien devient un combat, rythmé par les soins,
l’inquiétude et les démarches administratives. Notre rôle est d’éviter
d’aggraver l’épreuve.
Je me félicite du large consensus autour de ce texte, qui apporte des réponses
concrètes et attendues:
- suspension des remboursements de crédits pour les parents bénéficiaires de
l’allocation journalière de présence parentale ;
- extension du droit au logement ;
- solution d’hébergement à proximité des lieux d’hospitalisation ;
- protection renforcée contre le licenciement après un congé de présence
parentale;
- allongement du congé lors de l’annonce d’un handicap lourd ou d’une maladie
grave ;
- partage de l’allocation en cas de résidence alternée ;
- simplification et accélération des démarches administratives.
J’ai défendu que nous allions plus loin dans la prise en charge des séances
d’accompagnement psychologique pour les mineurs atteints d’affections graves,
avec un remboursement intégral. J’espère que l’Assemblée nationale l’introduira
en seconde lecture.
Avec ce texte, nous affirmons que la maladie ou le handicap d’un enfant ne doit
jamais conduire une famille à l’isolement ou à la précarité. Comme le rappelait
Léon Bourgeois, « la solidarité n’est pas seulement un sentiment moral, elle
est une obligation juridique ».
> [Journée internationale des maladies
rares (28 février)] 3 millions de Français vivent avec une maladie rare.
Derrière ces chiffres, des familles confrontées à l’incertitude, à la
difficulté d’obtenir un diagnostic et à des parcours de soins souvent
éprouvants.
Réduire ces délais, mieux coordonner les prises en charge et soutenir la
recherche, c’est répondre à une attente légitime et humaine.
Les maladies rares ne doivent pas rester invisibles. Au Sénat, je resterai
mobilisée pour que ces réalités trouvent toute leur place dans nos décisions.
Aucune famille ne devrait affronter seule l’inconnu.
> Malgré les crises successives, la
forme coopérative tient le cap.
La coopération agricole, c’est :
- investir pour moderniser l’outil de production
- mutualiser les moyens pour sécuriser les exploitations
- intégrer les exigences RSE et environnementales
- maintenir la valeur ajoutée et l’emploi sur le territoire.
> Conférence à l’Université Paris II —
Assas réunissant Roberto Saviano, Jean-Michel Blanquer et le Professeur
Francesco Martucci, pour penser la démocratie contemporaine face à la
criminalité organisée.
1. L’indépendance de la magistrature Saviano a rappelé avec force que la lutte
contre les réseaux criminels ne peut être efficace que si la magistrature est
pleinement indépendante et protégée des pressions politiques et économiques.
Une justice forte et autonome constitue un rempart indispensable contre
l’infiltration mafieuse, car les organisations criminelles prospèrent là où les
institutions sont affaiblies ou instrumentalisées.
2. Criminalité organisée et actualité internationale Sur le plan international,
Saviano a montré combien les phénomènes criminels ont dépassé les frontières
nationales pour devenir des enjeux géopolitiques complexes.
Au Venezuela, il a décrit comment certains réseaux criminels interagissent avec
l’appareil d’État jusqu’à en devenir des leviers de pouvoir — non pas en
défiant l’État, mais en utilisant ses structures et ses ressources pour se
renforcer.
Concernant le Mexique et d’autres zones touchées par les cartels, son travail
révèle comment certains groupes ont acquis une capacité concurrente à l’État
dans des territoires entiers, exploitant corruption et violence pour s’intégrer
dans les circuits économiques et sociaux.
Il a également évoqué le basculement stratégique que représente le fentanyl :
une drogue de synthèse à coût minimal, car elle ne nécessite plus de cultures,
contrairement à la cocaïne ou à l’héroïne, et aux marges colossales.
Aux États-Unis, près de 80 000 décès par an sont liés aux opioïdes de synthèse,
principalement le fentanyl — illustration d’une criminalité mondialisée devenue
industrielle et prête à intégrer la létalité dans son modèle économique.
3. L’art de l’écriture Son écriture ne se contente pas de décrire : elle met en
visibilité des dynamiques que beaucoup voudraient ignorer.
Cette conférence a rappelé avec force que la lutte contre le crime organisé ne
se mène pas uniquement sur le terrain des forces de l’ordre ou des tribunaux :
elle passe aussi par le renforcement des institutions démocratiques et par la
puissance de la parole publique.
La liberté d’expression, la rigueur du droit et la transparence des
institutions restent, aujourd’hui plus que jamais, des lignes de front
essentielles.
► Autres
● Organisations centristes
♦ Renew Europe
(Députés français du groupe centriste au Parlement
européen)
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de l’Iran] L'Iran se trouve
à un tournant historique.
Nous exhortons les dirigeants de l'UE à contribuer à garantir au peuple iranien
le droit de déterminer son propre avenir, libre de toute tyrannie.
Paix et liberté sont indissociables.
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque
de l’Iran] Nous appelons à la retenue et à la désescalade immédiates dans la
région.
La sécurité des citoyens de l'UE et le respect de la vie humaine sont
primordiaux.
Valérie Hayer (députée, présidente)
> [Hostilités au Moyen-Orient suite à l’attaque de l’Iran] Khamenei est
mort, les principaux dirigeants du régime aussi. Pas d’hypocrisie : nous ne
regrettons pas leur sort tant ces monstres ont torturé et tué leur peuple
durant de trop nombreuses années. Ces éliminations brutales vont-elles
précipiter un changement de régime en Iran ? Je le souhaite profondément pour
le peuple Iranien. Pour les aider et pour ramener la sécurité dans la région, y
compris pour nos ressortissants français, il est indispensable de rétablir le
droit international et d’associer l’ensemble des parties prenantes, dont fait
partie l’Union européenne. Le plus difficile commence aujourd’hui pour le
peuple Iranien. Seule une action internationale concertée pourra apporter une
solution durable.
Bernard Guetta (député)
> [Opinion: «La parenthèse du
droit international s’est refermée dans le ciel iranien»] La mort d’un tyran, ça ne se regrette pas. Ça
se fête et il y avait, samedi soir, toutes les raisons de penser au bonheur des
Iraniens, aux dizaines de milliers d’opposants, de prisonniers et de
manifestants que ce «Guide suprême» avait fait assassiner, aux quelque 1 500
personnes qu’il avait fait pendre la seule année dernière, à Mahsa Amini
tabassée à mort pour un voile mal porté, à l’invention du djihadisme par son régime et à toutes les
victimes des attentats qu’il avait fomentés à travers le monde et pourtant…D’où
vient pourtant ce malaise dont on ne se défait pas ? Tient-il au fait que c’est
à un homme qui est tout sauf un démocrate et qui espère en tirer un profit
politique que l’on doit d’être débarrassé d’Ali Khamenei? Non, pas du tout, car
s’il serait absurde de regretter que l’URSS ait tant contribué à la fin de
Hitler, comment regretterait-on que ce soit sous les coups de l’Amérique, même
celle de Trump, que ce tyran soit tombé ?
Que craint-on en l’occurrence ?
Est-ce alors qu’il faudrait craindre le
«vide politique» créé par cette mort et le « chaos régional» qui pourrait s’ensuivre ? Non, pas plus, car
il faudrait à ce compte souhaiter la pérennité des dictatures de Vladimir
Poutine ou Xi Jinping. Tout changement brutal est porteur d’instabilité, mais
cela ne rend pour autant pas tout statu quo souhaitable et que craint-on en
l’occurrence ?
Le régime iranien dispose encore d’armes
mais pas en assez grand nombre pour vraiment mettre le Golfe à feu et à sang.
Sunnite, la rue arabe ne va, quant à elle, pas se soulever pour défendre une
dictature perse, chiite, en perte de vitesse et qui, de surcroît, la bombarde.
Il n’est en revanche pas exclu que, dans les frontières de l’Iran, les
nostalgiques du Guide tentent de conserver leur pouvoir par la force. Le sang
peut couler à flots, mais les différents courants du régime vont tous jouer
leur carte et de nouvelles alliances vont se nouer. Les plus durs seront isolés
et le chaos créateur prend ainsi le pas sur l’absolu désordre qu’est l’ordre
figé par la peur.
Serait-ce donc, autre hypothèse, qu’une
aspiration à l’indépendance des minorités ethniques et religieuses des confins
de l’Iran puisse bouleverser l’ensemble des frontières proche-orientales ?
Ce n’est pas impossible mais, même si
cela se produisait, ce n’est pas la disparition d’Ali Khamenei qu’il faudrait
incriminer. Ce serait la fin de l’Empire ottoman sous lequel il n’y avait pas
de frontières ; les colonisations française et britannique qui avaient refusé aux
Kurdes un foyer national et dessiné des Etats plurinationaux pour mieux assurer
leur domination ; la guerre froide qui avait provisoirement permis
l’intangibilité de ces frontières artificielles et l’écroulement soviétique qui
a réveillé une myriade de conflits gelés au Proche-Orient comme partout – bref,
tout le XXe siècle.
Effacer plusieurs mois d’échecs
L’ombre à cette joie est ailleurs. Elle
est que ces bombardements et l’élimination du Guide ont définitivement enterré
le droit international.
Donald Trump a beau invoquer la « menace
imminente » que la République islamique aurait fait peser sur les Etats-Unis,
il n’y a aucune raison d’y croire. Il est intervenu parce que ses alliés
israélien et saoudien l’en pressaient, que les renseignements israélien et
américain faisaient état de cette possibilité de cibler, samedi matin, une
réunion des plus hauts dirigeants iraniens autour du Guide et qu’il a souhaité
effacer plusieurs mois d’échecs en s’adjugeant la gloire d’avoir fait tomber
une indéfendable dictature.
Donald Trump est intervenu en Iran car ça
l’arrangeait et Vladimir Poutine peut maintenant feindre de s’insurger contre
une « violation cynique » du « droit international » afin de relativiser son
agression contre l’Ukraine. Personne ne sera dupe mais le droit du plus fort
est désormais aussi bien promu par la Maison Blanche que par le Kremlin. La
parenthèse de l’après-guerre s’est refermée dans le ciel iranien et de cela, il
n’y aurait aucune raison de se réjouir
Christophe Grudler (député)
> [Relations franco-suisse] Chaque jour, des millions de citoyens européens
et suisses franchissent la frontière pour travailler, étudier, se faire soigner
ou contribuer au dynamisme de nos régions. Cette réalité concrète fait de la
relation entre l’Union européenne et la Suisse l’une des plus étroites du
continent. Dans un contexte international instable, la signature de ce train
d’accords marque une étape décisive : elle consolide notre partenariat, le
modernise et lui donne les moyens de perdurer. Concrètement, ces accords
bilatéraux III faciliteront la vie des citoyens et des entreprises grâce à des
règles plus claires pour voyager, étudier, travailler et coopérer de part et
d’autre de la frontière. Le processus démocratique se poursuit au Parlement
européen. Nous examinerons attentivement ces accords afin de garantir un cadre
équilibré, stable et avantageux pour les deux parties.
● Personnalités centristes
Clément Beaune (haut-commissaire au Plan)
> Jean-Luc Mélenchon sombre à nouveau dans un ‘moment Durafour’. Ce n’est
pas une sortie de route, c’est une stratégie délibérée qui nourrit
l’antisémitisme. Il provoque et récidivera.
> Je ferai toujours barrage à l’extrême le plus dangereux.
