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vendredi 23 janvier 2026

Propos centristes. France – L’Europe se défend / Budget et motions de censure / Multiplication des organismes étatiques / Frères musulmans, organisation terroriste / Présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre / Des trains sans enfants…


Voici une sélection, ce 23 janvier 2026, des propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France à propos de la nomination du gouvernement puis de la démission du premier ministre.

► Emmanuel Macron (Président de la République)
> Quand l’Europe réagit de manière unie, en utilisant les instruments à sa disposition tandis qu’elle est menacée, elle se fait respecter. C’est la politique de la France et des Européens.

> En cette journée de l’amitié franco-allemande, nous nous retrouvons ! Moment important de coordination entre l’Allemagne et la France avant de nous réunir à 27 au Conseil européen. 63 ans après la signature du Traité de l’Élysée, ensemble, nous portons une Europe plus forte, plus unie et plus souveraine.

> Nous ne laisserons rien passer. La Marine nationale a arraisonné ce matin un navire pétrolier en provenance de Russie, sous sanctions internationales et suspecté d'arborer un faux pavillon. Cette intervention a été effectuée en haute mer, en Méditerranée, avec le concours de plusieurs de nos alliés. Elle a été menée dans le strict respect de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Une enquête judiciaire est ouverte. Le navire a été dérouté. Nous sommes déterminés à faire respecter le droit international et à garantir l’efficacité des sanctions. Les activités de la flotte fantôme contribuent au financement de la guerre d'agression contre l’Ukraine.

> La France est aux côtés du Liban, pays ami, pour défendre sa souveraineté, soutenir ses forces armées et accompagner les réformes nécessaires à son redressement. À Paris, nous préparons la conférence de soutien aux Forces armées libanaises dont l’objectif est de renforcer les capacités et le rôle essentiel au service de la stabilité et de la souveraineté du Liban. La France et le Liban partagent la même exigence : le respect du cessez-le-feu, la stabilité et une paix durable au Proche et au Moyen-Orient.

> Heureux d’avoir accueilli à Paris le Président Félix Tshisekedi. Je lui ai réaffirmé le plein soutien de la France à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo, ainsi qu’aux efforts pour parvenir à un cessez-le-feu effectif et vérifiable à l’est du Congo. Nous sommes déterminés à répondre aux besoins de la population.

 

► Sébastien Lecornu (Premier ministre)
[Nota: Nous faisons figurer Sébastien Lecornu dans cette liste alors qu’il n’est pas centriste mais appartient à l’aile droite de Renaissance, parti centriste/central et qu’il s’est toujours défini comme un homme de droite; c’est à ce titre que ses propos sont retranscrits ici et du fait qu’il a composé un gouvernement d’axe central.]
> [Motions de censure de LFI et du RN / Intervention à l’Assemblée] Nous ne sommes pas réunis ce matin pour commenter une procédure, nous sommes réunis pour répondre à une question beaucoup plus profonde : comment une démocratie décide lorsqu’elle en arrive au point où plus personne ne veut décider. Depuis l’automne, le gouvernement se tient à un choix clair, assumé, transparent : celui de faire confiance aux débats parlementaires, de ne pas recourir par réflexe aux instruments les plus contraignants de notre Constitution. Celui de croire que le débat, l’amendement, la négociation pouvaient permettre d’aboutir, même sans majorité acquise d’avance.
Ce n’était pas une tactique. C’est une conviction, et cette conviction a été confirmée par les faits. Le projet de loi de financement de la sécurité sociale a été adopté, des compromis ont été trouvés, des désaccords ont été tranchés. La preuve a été faite qu’en laissant le Parlement aller au bout de son travail, l’essentiel pouvait être décidé. N’en déplaise à certains, cela a fonctionné.
C’est précisément parce que cela a fonctionné que s’est installée l’illusion que le temps pouvait se substituer à la responsabilité, l’absence de décision devenir une méthode, que l’État continuerait d’avancer sans que personne n’ait à assumer le moment d’un choix –
 le moment du choix. Progressivement, le débat sest figé. À partir de linstant où la perspective dun engagement de la responsabilité du gouvernement a été de nouveau évoquée par certains dans la presse, un phénomène bien connu est réapparu : chacun a commencé à regarder ailleurs.
Certains ont poursuivi leur obstruction, non pour convaincre, mais une fois de plus pour emp
êcher toute issue, organiser le blocage afin de mieux le dénoncer ensuite.
D
autres ont déserté les espaces de travail, comme si le compromis était devenu trop coûteux, trop exigeant, trop fatigant. Comme si ce qui avait été fait pour le PLFSS était un effort déjà trop grand pour être poursuivi.
D’autres enfin ont laissé s’installer l’idée que, quoi qu’il arrive, le gouvernement reprendrait la main.
Heureusement, il y a eu des députés pour poursuivre jusqu’au bout, courageusement, le travail avec le gouvernement et faire converger leurs propositions avec celles et ceux qui ne pensent pourtant pas comme eux. Ils ont permis d’obtenir un texte où chacun peut retrouver l’essentiel de ses convictions.
Mesdames et messieurs les députés, c’est à ce moment précis que la mécanique institutionnelle de la Ve République reprend sans doute tout son sens. Madame la présidente Le Pen, n’est pas gaulliste qui veut.
Notre Constitution n’a jamais été conçue pour organiser l’indécision, encore moins touchant les affaires budgétaires. Elle n’a jamais prévu que l’usure du temps remplace la clarté du choix. Elle repose sur une idée simple : quand le débat ne permet plus de conclure, quelqu’un doit assumer.
L’engagement de la responsabilité du gouvernement ne doit constituer ni une facilité ni un raccourci ; il est un instrument de dernier recours, pour ne pas dire de dernier secours. Il existe en vue de ces moments où il n’y a pas de majorité stable, où le terme des délais constitutionnels est plus qu’atteint, où la situation budgétaire et internationale, dont nous avons trop peu parlé ce matin, interdit l’attentisme, où surtout le Parlement n’est collectivement pas parvenu, hélas, à aller jusqu’au bout de sa propre responsabilité.
Je veux le dire avec gravité, sans détour : si le gouvernement a engagé sa responsabilité, ce n’est pas parce qu’il voulait décider seul, mais parce qu’à un moment donné, sur ces bancs, trop nombreux se sont retrouvés ceux qui ne voulaient pas décider du tout. Là se situe peut-être la rupture historique que nous vivons.
Pour la première fois depuis longtemps, le Parlement ne peut dire qu’il a été privé de son pouvoir. Il a eu le temps, il a eu les textes, il a eu les chiffres, il a eu les marges de discussion ; il a eu, en décembre, la démonstration concrète qu’une issue était possible. Aujourd’hui encore, ce n’est pas au gouvernement que revient le dernier mot, mais à vous, par les deux motions de censure présentées et les scrutins qui les suivront.
C’est cela, la vérité institutionnelle de notre Constitution : ce n’est jamais la fin de la démocratie parlementaire, c’est le moment où la démocratie oblige chacun à assumer jusqu’au bout ses choix, y compris celui de ne pas choisir.
Pour autant, cette expérience vécue depuis plusieurs semaines doit nous amener à nous poser les bonnes questions, y compris sur nos procédures budgétaires. La présidente de l’Assemblée nationale pousse à des changements : elle a mille fois raison. Que tout cela nous permette au moins d’avancer, de tirer des conclusions utiles pour celles et ceux qui entendent défendre encore la démocratie représentative.
Après 350 heures de débat, tout a été dit –
 ou presque – sur les questions budgétaires.
Depuis plusieurs jours, le contenu final de ce projet de loi de finances fait l’objet de commentaires, d’analyses, parfois de mises en cause, qui ne portent pas toujours sur ce que dit réellement le texte. C’est sûrement désormais le jeu normal du débat public, mais il arrive aussi que certaines lectures soient davantage guidées par des intérêts particuliers que par la stricte vérité budgétaire et l’intérêt général.
Dans un paysage médiatique que chacun connaît, où certains acteurs défendent légitimement les intérêts économiques ou fiscaux qui sont les leurs, la responsabilité du gouvernement est de ne pas se laisser entraîner dans des récits qui déforment le réel. C’est aussi cela, le gaullisme.
Non pour polémiquer, mais pour rappeler les faits. Car ce qui est en cause aujourd’hui, ce n’est pas la ligne éditoriale de quiconque, c’est la compréhension par les Français de ce qui est réellement décidé en leur nom. Sur ce point, la clarté et la sincérité ne sont pas négociables.
On prête à ce budget des intentions qu’il n’a pas. On lui attribue des choix qui n’y figurent pas. On le caricature parfois sans même l’avoir lu –
 cest malheureusement le cas de certains parlementaires aussi, pardonnez-moi de vous le dire.
La v
érité est pourtant simple : ce texte n’est pas le texte initial du gouvernement. C’est un texte issu du compromis. Un texte travaillé, modifié, ajusté, parfois au prix de renoncements pour le gouvernement lui-même, pour tenir compte des discussions et des équilibres recherchés dans cet hémicycle.
C’est précisément ce qui le rend aujourd’hui si inconfortable pour certains : il n’est le texte de personne. Ou plutôt, il est un peu le texte de tout le monde.
Alors chacun le critique. La gauche dira que c’est un budget de droite ; la droite dira que c’est un budget de gauche –
 antienne bien connue. Pendant ce temps, plus personne ou presque ne veut l’endosser, plus personne ne veut en répondre, plus personne ne veut même dire clairement ce qu’il contient, ni même ce qu’il y a pourtant gagné pour ses convictions et ses électeurs.
On affirme qu’il y aurait des augmentations d’impôts. Il n’y en a pas. Aucune. Ni pour les ménages, ni pour les entreprises. On continuera même en 2026 à payer globalement moins d’impôts qu’en 2019.
Certains nous le reprochent. Alors pourquoi propager des mensonges ?
D’autres, au contraire, et avec le même aplomb, alertent le monde économique sur des risques qui ne figurent pas dans ce texte, mettant à mal la confiance pourtant nécessaire à la croissance. C’est une faute lourde contre le pays et ses intérêts.
D’autres, encore, inquiètent les catégories populaires en invoquant de prétendues violences sociales ou des injustices fiscales qui ne sont ni prévues ni dissimulées dans ce budget.
D’autres, enfin, font semblant de ne pas voir les économies sur la dépense publique –
 plus quen 2025. Ce seront sans doute les premiers qui, dans quelques semaines, poseront des questions au gouvernement pour nous les reprocher.
Mesdames et messieurs les d
éputés, à force de tout dramatiser, on finit par ne plus rien éclairer. À force de tout caricaturer, on affaiblit la parole publique elle-même. Ne pas mentir aux Français, ce nest pas dire que ce budget est parfait.
Le gouvernement est lucide : il a fait, de bonne foi, du mieux qu’il pouvait avec les mille contraintes qui pèsent sur lui. Ce n’est pas non plus dire que ce budget est indiscutable. Le compromis aura été ouvert jusqu’au bout, y compris avec le Sénat pour le budget des collectivités locales.
Mais ne pas mentir aux Français, c’est tout simplement dire ce qu’est ce budget, et ce qu’il n’est pas. C’est refuser d’aller chercher artificiellement des colères là où il n’y a que des désaccords. C’est refuser d’instrumentaliser l’inquiétude quand l’intérêt général exige la clarté. C’est refuser de transformer chaque débat budgétaire en prélude politicien. Car gouverner, comme légiférer, ce n’est pas se préparer en permanence au prochain rendez-vous électoral. C’est répondre à celui qui est devant nous. C’est assumer, ici et maintenant, ce qui est nécessaire pour le pays.
Ce budget n’est pas le budget d’un camp. Ce n’est pas le budget d’une stratégie. C’est un budget possible. Un budget de responsabilité. Un budget qui permet au pays d’avancer, avec une trajectoire claire et sincère, notamment un objectif de déficit à 5 %, assumé et crédible, reposant sur de véritables mesures d’économie. S’il est aujourd’hui si violemment attaqué par quelques-uns, c’est peut-être parce qu’il révèle une chose simple : dans une démocratie de compromis, le courage politique ne consiste pas seulement à dénoncer, il consiste aussi à assumer.
Parce qu’on peut débattre de tout, sauf de l’intérêt général. Parce qu’une démocratie ne tient pas quand celles et ceux qui la font vivre cessent de dire la vérité à ceux au nom desquels ils décident.
Je veux maintenant tirer une leçon claire de ce que nous avons vécu ces dernières semaines. Les institutions de la Ve République ne sont pas en cause. Elles ont tenu. Elles ont fonctionné comme le constituant l’avait prévu. Elles ont permis le débat, puis la décision.
La question n’est pas de savoir s’il faut sauver nos institutions, mais de savoir si nous sommes prêts, individuellement et collectivement, à être à la hauteur de celles-ci.
Je n’ai pas engagé la responsabilité du gouvernement pour contourner les institutions de la Ve République ; au contraire, je l’ai fait pour les protéger. Mais aucune institution, aussi solide soit-elle, ne peut fonctionner durablement si celles et ceux qui l’incarnent renoncent à leur propre responsabilité.
Les recours à l’article 49, alinéa 3 ne pourront plus être utilisés demain comme avant. Ils ne pourront plus être un réflexe. Ils ne pourront plus être une facilité.
Ils seront désormais ce qu’ils sont par leur nature initiale : l’ultime réponse à l’impossibilité de conclure après avoir, de bonne foi, tout essayé.
L’inverse est tout aussi vrai. Le blocage permanent, la désertion du compromis, la fatigue organisée de l’effort collectif ne peuvent pas devenir la norme de notre vie parlementaire. Je crois que les débats d’hier ont été suffisamment marquants.
Une démocratie ne tient pas seulement par des règles.
Elle tient par des femmes et des hommes qui acceptent que décider soit difficile, coûteux, exposant.
Rien de ce qui s’est passé ces derniers mois n’a été inutile. Nous avons appris. Nous avons éprouvé nos institutions. Nous avons vu ce qui fonctionnait, et ce qui ne fonctionnait plus. Nous avons vu qui, lucidement, prenait au sérieux le contexte international et budgétaire actuel, et qui n’en tirait aucune conclusion pour le pays.
Un avant et un après s’ouvrent, je le crois, aujourd’hui. Un Parlement qui sait qu’il peut aller jusqu’au bout, si toutefois il le souhaite pour lui-même. Un gouvernement qui sait qu’il ne peut agir seul qu’en absolu et dernier ressort. Et, surtout, une exigence nouvelle adressée à chacun : celle de ne plus se dérober au moment de la décision.
Je le redis, j’ai engagé la responsabilité du gouvernement non pour contourner les institutions de la Ve République, mais au contraire pour les préserver ; car aucune institution, aussi solide soit-elle, ne peut tenir durablement si celles et ceux qui l’incarnent renoncent à assumer leurs responsabilités.

 

► Gouvernement
● Ministres centristes/centraux
Laurent Nunez (ministre de l’Intérieur)

> [Proposition de loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, dans l’exercice de leurs fonctions / Intervention à l’Assemblée] Depuis maintenant près de vingt ans que j’exerce des fonctions dans le champ de la sécurité, j’observe un net durcissement du contexte dans lequel interviennent les policiers et les gendarmes. L’exercice de leurs missions est tout à la fois marqué par une montée de l’ultraviolence –
 souvent dès le plus jeune âge –, les méthodes débridées du crime organisé et du narcotrafic, mais aussi, disons-le, par une crise de lautorité dont nos forces de sécurité intérieure sont à la fois les urgentistes et les victimes.
Les policiers et gendarmes sont constamment défiés : ne pas obtempérer à leurs injonctions est une option ; discuter leur monopole de la force légitime, une petite musique ; s’en prendre à leur intégrité physique, de moins en moins rare.
En 2024, le nombre d’agressions physiques de gendarmes dépassait leur niveau record de l’année précédente, avec près de 5 463 faits enregistrés, dont 40 % avec armes. Les agressions par armes à feu à leur encontre bondissaient quant à elles de 145 % tandis que le nombre de policiers en mission ou en service blessés volontairement du fait d’un tiers augmentait de 21 %.
C’est dans ce contexte que s’inscrit la proposition de loi présentée par Éric Pauget et ses collègues du groupe de la Droite républicaine. Le gouvernement en partage l’objectif général : sécuriser le cadre d’usage de leurs armes par les policiers et les gendarmes, et ne pas considérer cet usage, le cas échéant, comme a priori suspect. Il proposera néanmoins un amendement substantiel afin de réécrire l’article unique de la proposition de loi, dont l’adoption conditionnera son soutien au texte.
L’état du droit en matière d’usage des armes par les policiers et gendarmes est fixé par l’article L. 435-1 du code de la sécurité intérieure, issu de la loi du 28 février 2017, défendue par Bernard Cazeneuve.
Cet article pose les conditions dans lesquelles les armes peuvent être utilisées et limite à cinq les cas de leur usage. Il s’agit de l’application législative du fait justificatif de l’article 122-4 du code pénal, aux termes duquel « n’est pas pénalement responsable la personne qui accomplit un acte prescrit ou autorisé par des dispositions législatives ou réglementaires ». Ainsi, depuis la loi de 2017, qui a harmonisé le cadre légal d’usage de leurs armes s’appliquant aux agents des forces de l’ordre, les policiers comme les gendarmes bénéficient d’un fait justificatif fondé non pas tant sur la légitime défense que sur l’autorisation de la loi. Notre amendement de réécriture tire les conséquences de ce cadre juridique en prévoyant non pas une présomption de légitime défense, mais une présomption d’usage légitime de l’arme tant qu’il n’existe pas de preuve contraire que le policier ou le gendarme a violé les dispositions de la loi de 2017.
Par ailleurs, le 5° de l’article L. 435-1 du code de la sécurité intérieure sur les cas d’usage de l’arme, qui vise le cas où le policier ou le gendarme doit répondre ou mettre fin à un périple meurtrier, exige que celui-ci soit revêtu de son uniforme ou des insignes extérieurs et apparents de cette qualité. Cette obligation, qui n’existait pas lorsque la disposition a été introduite pour la première fois dans le code pénal en 2016, apparaît inadaptée aux contraintes opérationnelles d’une telle situation, pour ne pas dire contre-indiquée.

Qui assumerait d’exiger de nos policiers qu’ils prennent soin d’enfiler leur brassard avant de nous mettre à l’abri d’un périple meurtrier ?
C’est pourquoi l’amendement du gouvernement proposera également, de façon plus réaliste et plus sérieuse, de revenir à l’état antérieur du droit sur ce point.
Enfin, la présomption d’usage légitime de l’arme nous semble devoir être circonscrite, au moins pour l’heure, aux seules forces de sécurité intérieure, dans la mesure notamment où le cadre d’usage de l’arme par les policiers municipaux –
 quand ils en ont – nest pas celui qui sapplique aux policiers et gendarmes.
Avant que nous engagions la discussion, je tiens
à redire avec force quune présomption nest ni une immunité ni le bénéfice dun doute. Une présomption, cela se renverse par tout moyen, à tout moment, par toute personne. Si elle est adoptée, la présomption lèvera simplement l’automaticité de la garde à vue du policier qui a fait usage de son arme. Elle n’empêchera jamais le déclenchement d’une enquête judiciaire ou administrative. Elle n’empêchera jamais l’autorité judiciaire d’être saisie ou de se saisir, ni les policiers et les gendarmes de rester les fonctionnaires les plus contrôlés et les plus sanctionnés. Sans doute représenteront-ils toujours moins de 5 % des agents publics, mais plus de la moitié de ceux qui reçoivent des sanctions disciplinaires.
En vérité, cette proposition de loi, si elle était adoptée, n’empêchera pas le policier ou le gendarme d’être placé en garde à vue, et ce dès la première minute. Elle n’ôtera rien à la faculté du procureur de la République d’ouvrir une enquête et d’instruire –
 dès la première seconde sil le souhaite. Cest le principe même de la procédure inquisitoire. Cette proposition de loi ne vise donc pas limpunité de nos forces de lordre. Elle ne tend pas non plus à changer les conditions dusage de larme, ni à les étendre.
Cette présomption permettra simplement de corriger ce réflexe qui consiste à mettre en cause, par principe, l’engagement quotidien et si exigeant de nos forces de sécurité, c’est-à-dire à considérer, en l’état actuel du droit, qu’un policier qui fait usage de son arme a peut-être agi en dehors du cadre légal plutôt qu’en dedans. Voilà ce que cherche à corriger cette proposition de loi. Il s’agit de présumer que nos forces de sécurité ont fait leur devoir au lieu d’y manquer. Ayons cette petite audace de penser que ceux qui sont chargés de faire appliquer la loi agissent dans le cadre de celle-ci.
La réalité, du reste, ne démontre pas autre chose : l’autorité judiciaire, dans la grande majorité des cas, confirme la légitimité de l’usage de l’arme administrative. En 2024, trente-huit enquêtes judiciaires ont été ouvertes, dont vingt-quatre pour des usages d’armes suivis de blessures et quatorze pour des usages d’armes mortels. Sur ces quatorze usages mortels, le juge a conclu à la légitimité de l’usage de l’arme dans douze procédures –
 les deux dernières étant toujours en cours.
Ceux qui voudront faire croire qu’il s’agit ici de délivrer un « permis de tuer » méconnaissent le travail de nos forces de sécurité, je vous l’assure. Ils ignorent que l’usage de l’arme laisse toujours son onde de choc sur le policier ou le gendarme qui s’y trouve un jour obligé. En vérité, ils ne connaissent rien à la vocation profonde de nos forces de sécurité –
 donnez un permis de tuer aux policiers et aux gendarmes : ils changeront de métier.
En r
ésumé, le gouvernement soutiendra le texte sous réserve de ladoption de son amendement  preuve sil en faut de sa posture raisonnable, je dirais même raisonnée. Le gouvernement présume-t-il que ses policiers et gendarmes agissent dans le respect du cadre légal lorsqu’ils font usage de leur arme ? À cette question-là, et à elle seule, le gouvernement répond oui.

 

Catherine Vautrin (ministre des Armées et des Anciens combattants)
> Nous n’avons plus le luxe d’un fonctionnement de temps de paix. À Toulon, j’ai rappelé l’urgence : le monde se fracture, les conflits accélèrent, et la France doit tenir
son rang. La DGA, héritière de plus de 65 ans d’excellence scientifique, technique et industrielle, doit encore accélérer, se transformer, pour toujours demeurer à la hauteur des rendez-vous de l’Histoire. Raccourcir la boucle entre la détection d’un besoin opérationnel et la livraison d’une capacité, c’est précisément la mission de la DGA de combat. En s’appuyant sur le triptyque indissociable forces-industrie-DGA, ancré dans les territoires, en conjuguant impératifs du temps long et nécessités du temps court, innovation rapide et cohérence d’ensemble, le succès des armes de la France se construit avec audace.

> Nous vivons une période inquiétante avec l'opération américaine au Venezuela, les prétentions américaines sur le Groenland, la mobilisation du peuple d'Iran pour s'affranchir du joug de la République islamique. S’ajoute la poursuite de l'agression russe en Ukraine avec l'usage par le régime de Moscou, pour la seconde fois, du missile balistique Orechnik.

> Nous traversons une période inédite de mise à l'épreuve du lien transatlantique.

> Dans un environnement bousculé, la France doit continuer à tenir son rôle.

> Ce qui se joue en Ukraine, c'est la sécurité de l'Europe et donc la stabilité du monde.

> Mon cap est clair. L'accélération des périls doit nous conduire à l'accélération de notre réarmement. Si nous avons longtemps privilégié un modèle d'armée complet, nous devons désormais aller encore plus loin en étant solides sur nos deux jambes, celle de la haute technologie et celle de la masse.

> L’année 2025 a marqué une étape importante avec la pleine mise en œuvre d'un ensemble de mesures, dont les grilles indiciaires, qui soulignent que le réarmement est aussi humain

> Le Service national va permettre de répondre aux besoins opérationnels de nos armées en constituant un vivier futur de recrutement, tant dans l'armée active que dans la réserve.

> Notre obsession commune devra être que jamais notre pays ne soit confronté à cette étrange défaite où nous faillîmes disparaître sans la lucidité et le courage insensés de quelques-uns qui s'y refusèrent

> L’indépendance de la France repose sur trois mots: anticipation, souveraineté, crédibilité.

> En Afghanistan, la France s’est engagée dès 2001 aux côtés de ses alliés européens et canadien de l'OTAN, après l’activation de l’article 5 du Traité de l'Atlantique Nord par les États-Unis.  90 soldats français y sont morts en opérations et de nombreux autres ont été blessés. Nous nous souvenons de leur sacrifice qui impose le respect.

 

Roland Lescure (ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique)
> L'Europe a commencé à convaincre le Président américain qu'il fallait trouver d'autres voies et moyens que la force. Il a dit qu'on n'avait pas la force et les tarifs commerciaux. Voyons si ça se confirme. (…) Le mot magique des 48 dernières heures c'était la désescalade. Bon ben là, on désescalade.

> La caractéristique première du président des États-Unis c'est l'imprévisibilité. Donc ce n'est pas très bon pour les affaires. Et moi j'ai échangé avec des grands investisseurs internationaux qui confirment qu'aujourd'hui ils se diversifient. Y compris d'ailleurs en allant en Europe. Parce qu'en Europe on n'est peut-être pas assez vite, on n'est peut-être pas assez fort, mais au moins on est prévisible. Et ça c'est une bonne chose. L'imprévisibilité ce n'est pas bon pour les affaires. Ce n'est pas très bon non plus pour la géopolitique.

> Il vaut mieux être ferme et dissuader qu'être mou et se coucher, pour reprendre votre expression. Non, on est arrivé à un stade, et je pense que s'il y a une leçon de Davos, dont le slogan c'était " le dialogue ça paye ", la réalité c'est que la fermeté aujourd'hui, dans un monde où la loi du plus fort a tendance parfois à s'imposer, c'est important. Ça ne veut pas dire qu'il faut arrêter de dialoguer, ça ne veut pas dire qu'il faut arrêter de s'engager. Le président de la République souhaite réunir un G7, moi, je réunis un G7 Finances la semaine prochaine. Ce sera la semaine prochaine, on est en train de fixer la date, sans doute en milieu de semaine. C'est important qu'on continue à se parler, mais en étant, à la fois franc, sincère et ferme.

> Il faut partager les efforts entre hausse d'impôts et baisse des dépenses. On fait à peu près moitié-moitié. Trois, il faut préserver la croissance. Je pense qu'on le fera. La croissance a été bonne l'année dernière. Alors déjà, l'année dernière, on était à 0,7%, on va sans doute finir à 0,9%. Donc, on a eu de bonnes nouvelles. Pour l'année prochaine, on est à 1. On apparaissait optimiste. Il y a trois mois, tout le monde nous a rejoint, donc, on verra. Moi, je ne préfère pas raser gratis ou promettre la lune. Mais pour l'instant, du côté de la croissance, ça tient. Ça tient mieux qu'en Allemagne, mieux qu'en Italie, mieux qu'en Europe.

 

Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et des Affaires étrangères)
> Le monde se polarise. La France et l’Europe refusent l’alignement. L’autonomie stratégique n’est pas un retrait : c’est la condition de notre liberté et de notre crédibilité.

> La France fournira à l'Ukraine l'équivalent de 13 mégawatts d'énergie, soit une centaine de générateurs.

> En renvoyant l'accord Mercosur devant la Cour de Justice de l’Union européenne, le Parlement européen s'est exprimé en cohérence avec la position que nous avons défendue. La France assume de dire non quand il le faut, et souvent l’Histoire lui donne raison. Le combat continue pour protéger notre agriculture et garantir notre souveraineté alimentaire.

 

Stéphanie Rist (ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées)
> En France, on vit plus longtemps. Et de plus en plus longtemps sans incapacité. Aujourd’hui, à 65 ans, une femme vit encore environ 12 ans sans limitations dans son quotidien, un homme un peu plus de 10 ans. Ces années de vie sans incapacité progressent depuis plus de 15 ans. C’est le résultat des avancées médicales, de la prévention, mais aussi d’un meilleur accompagnement face aux maladies et au vieillissement.
Autre bonne nouvelle : la France se situe au-dessus de la moyenne européenne.
Notre responsabilité collective est claire : permettre à chacun de bien vivre plus longtemps, en préservant l’autonomie et la qualité de vie, mais également en sauvegardant notre modèle social à l’aune de ces évolutions.

> Protéger la santé mentale de nos enfants face aux écrans Aujourd’hui, au Centre hospitalier Paul-Brousse de Villejuif, j’ai visité le service d’addictologie du Pr Amine Benyamina.
L’exposition massive des enfants et des adolescents aux écrans et aux réseaux sociaux est devenue un enjeu majeur de santé publique. Troubles du sommeil, anxiété, baisse de l’estime de soi, conduites addictives : les impacts sont réels, en particulier sur la santé mentale. C’est pourquoi, dans le cadre de la Grande Cause nationale prolongée pour 2026, nous plaçons la santé mentale et en particulier celle des enfants au cœur de nos priorités. La prévention, l’accompagnement des parents et un usage plus responsable du numérique sont des leviers essentiels.
Cette visite illustre la volonté du Gouvernement d’agir, avec les professionnels de santé, pour construire des réponses concrètes et protéger nos enfants.

 

Amélie de Montchalin (ministre de l’Action et des Comptes publics)
> [Budget / Intervention au Sénat]
le taux de prélèvements obligatoires en 2019, année où le déficit était effectivement sous les 3 %, s'élevait à 44 %.
Dans le budget actuellement soumis au Parlement, à la suite de la prise de responsabilité du Premier ministre, il est de 43,9 %. Il n'y a donc pas de folie fiscale : nous sommes en dessous du taux de 2019.

> Emmanuel Macron a formidablement défendu le pays face à Trump.

> Arrêtons les fake news : il n'y a pas de hausse d'impôt pour 99,9 % des Français.

> Un moment j'ai cru jeter l'éponge. Notamment quand le RN a voté la taxe à 26 milliards d'euros d'impôts sur les multinationales et quand ils ont supprimé le Madelin.

> Aujourd'hui, le Premier ministre et le Gouvernement estiment qu'il ne faut pas renoncer à encourager ceux qui travaillent, bien au contraire !

> [Budget / Intervention au Sénat] Je confirme qu'en 2026 les impôts n'augmenteront ni pour les très petites entreprises (TPE), ni pour les petites et moyennes entreprises (PME), ni pour les commerçants ; ils baisseront même pour les entreprises de taille intermédiaire (ETI) entre 2025 et 2026.

Je confirme que nous laissons inchangé le barème de la surtaxe à l'impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises entre 2025 et 2026. Le rendement attendu de cette mesure s'élève à 7,3 milliards d'euros, selon les comptes établis par mon administration.
Je peux aussi confirmer que la dépense publique baissera en 2026. Elle était de 56,8 % en 2024 ; elle passera à 56,6 % en 2026. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.) Il nous faut baisser la dépense publique. J'ajouterai qu'une telle baisse n'a pas été observée depuis plus de trois ans.
Je confirme également que la dernière loi de financement de la sécurité sociale nous permettra de réaliser plus d'économies que les trois précédentes, pourtant adoptées après des recours à l'article 49.3 de la Constitution.
Enfin, j'y insiste : ce qui a un prix, c'est la rigueur, le sérieux, la transparence, la méthode.
En 2025, nous avions annoncé viser un déficit de 5,4 % ; ensemble, nous avons atteint cet objectif. Je vous le confirme encore : en 2026, nous continuerons grâce à cette méthode de tenir les engagements que nous avons pris devant le Parlement et la Nation.

 

Eléonore Caroit (ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger)
> [Inscrire la mouvance des Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes / Intervention à l'Assemblée] Vous avez raison de vous saisir de cette question du séparatisme et de l’islamisme politique, notamment celui des Frères musulmans, contre lequel le gouvernement lutte depuis des années, à la demande du président de la République ; vous le savez, il a lancé des travaux en janvier 2024, qu’il nous a demandé de reprendre. Dans son discours des Mureaux d’octobre 2020, le chef de l’État avait désigné clairement la menace après avoir sorti, dès 2017, la France de l’état d’urgence. À la suite de l’assassinat de Samuel Paty, plusieurs associations qui entretenaient le discours victimaire dont se nourrissent les courants séparatistes ont été dissoutes, entre autres le Collectif contre l’islamophobie en France et l’association Barakacity.
La loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République a réformé le droit des cultes, notamment en créant une obligation de déclaration des financements étrangers, en renforçant le cadre de l’éducation en dehors du milieu scolaire –
 en établissement hors contrat comme à domicile –, ainsi qu’en renforçant la transparence et les moyens de contrôle de l’État vis-à-vis de l’ensemble du monde associatif.
Le gouvernement se mobilise également à l’échelon européen contre le risque que représente l’entrisme des Frères musulmans. Nous travaillons avec les institutions et nos partenaires européens pour partager notre analyse de la stratégie de la confrérie et trouver des réponses communes à la menace qu’elle constitue. La France s’est également investie dans le renforcement des outils visant à limiter le risque de financer des entités portant des valeurs contraires à celles de l’Union européenne ; nous avons proposé des mesures concrètes pour assurer le respect des valeurs européennes dans l’ensemble des projets financés par le budget européen et pour renforcer la lutte, à l’échelle de l’Union, contre les crimes et les discours de haine, notamment l’européanisation de notre contrat d’engagement républicain : chaque bénéficiaire de fonds européens devrait au préalable signer un document dans lequel il s’engagerait explicitement à respecter les valeurs de l’Union européenne. Nous proposons également d’inclure les discours et crimes de haine dans la liste des infractions pénales européennes, les eurocrimes, à l’article 83 du TFUE, le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.
Aujourd’hui, l’enjeu est d’aller plus loin, sur la base des actions déjà menées par le gouvernement, afin de combattre encore plus fermement l’entrisme islamiste –
 compris comme la démarche proactive de certains acteurs ou mouvements séparatistes d’intégrer des institutions, des associations ou des structures publiques ou privées dans le but d’y faire prévaloir progressivement une vision politique de l’islam ; entrisme d’autant plus insidieux que ses acteurs dissimulent bien souvent leurs véritables intentions derrière un discours apparemment conforme aux principes républicains. Nous estimons que la mouvance des Frères musulmans a fourni un corpus idéologique à de nombreux groupes évoluant sur le territoire national et européen, qui cherchent désormais à subvertir nos institutions de l’intérieur.
S’il reste beaucoup à faire pour lutter contre cette menace –
 et je vous remercie à nouveau de vous être saisis du sujet –, gardons à lesprit que le séparatisme et lentrisme sont distincts du terrorisme. Dune part, la nature des Frères musulmans, qui relèvent davantage dune mouvance idéologique que dune organisation structurée, ne permet pas, eu égard aux critères juridiques en vigueur, leur désignation comme entité terroriste. Une sanction juridiquement faible nous exposerait à des risques de contentieux importants. D’autre part, s’il est exact que les Frères musulmans et ses référents intellectuels ont ouvert un espace doctrinal radicalisé dans lequel certains penseurs et acteurs du terrorisme islamiste moderne ont puisé, faisant apparaître un lien de filiation idéologique entre les Frères musulmans et plusieurs groupes désignés comme terroristes par l’Union européenne – je pense notamment au Hamas –, il n’existe cependant pas de continuité organisationnelle systémique entre eux.
L’absence de preuve, à ce stade, de l’implication des Frères musulmans dans des actes de terrorisme –
 tels que des attaques ou des enlèvements qui seraient commis avec une intention terroriste avérée – rend sa désignation comme organisation terroriste particulièrement hasardeuse. Je relève dailleurs que les États-Unis  dont le régime de preuve pour la désignation dune organisation terroriste est pourtant bien moins exigeant que celui de l’Union européenne – ne sont pas parvenus à désigner la confrérie des Frères musulmans dans son ensemble, ni les structures qui en sont issues sur le territoire américain, comme des organisations terroristes, ce qui était pourtant l’intention initiale de l’administration Trump ; celle-ci a dû se contenter de désigner comme telles les branches égyptienne, jordanienne et libanaise de la confrérie.
Nos interrogations quant à l’opportunité et à la faisabilité de la mesure que vous proposez ne signifient aucunement que le gouvernement sous-estime la menace à laquelle nous confronte la mouvance des Frères musulmans et, plus largement, le séparatisme et l’islamisme politique. Leur idéologie et leur stratégie d’entrisme font peser un risque bien réel sur la cohésion sociale. Afin d’entraver leur développement, le président de la République a demandé au gouvernement de proposer de nouvelles mesures, le cas échéant d’interdiction, et de nouveaux outils qui viendraient compléter la loi d’août 2021 confortant le respect des principes de la République, en vue d’entraver le développement de tels écosystèmes sur notre territoire.
L’objectif du gouvernement est bien d’agir contre la mouvance des Frères musulmans et son idéologie séparatiste, en déployant des mesures opérationnelles et juridiquement robustes. Comme je l’ai exposé, des incertitudes subsistent à cet égard quant à la proposition de résolution qui vous est soumise. Le gouvernement s’en remettra donc à la sagesse de l’Assemblée.

 

● Autres ministres
Edouard Geffray (ministre de l’Education nationale)

> [Suicide d’une élève / Intervention au Sénat]
Aucun mot ne permet de rendre compte de la douleur de la famille, de la souffrance vécue par la jeune fille avant de mettre fin à ses jours ou du choc de la communauté éducative devant cette vie brisée, cette famille anéantie et ces proches dont l'existence est définitivement meurtrie.

Vous avez évoqué les mesures prises en réaction à ce drame, dont je me permets de redonner la chronologie.

Immédiatement après le drame, une cellule psychologique a été mise en place pour les élèves et les personnels. Dès le jeudi matin, le procureur de la République a ouvert deux enquêtes judiciaires. Le même jour, j'ai personnellement ordonné une enquête administrative, conduite par l'inspection générale de l'éducation nationale. Trois inspecteurs généraux, désignés le vendredi, ont commencé leurs travaux ; ils me remettront leurs conclusions dans les plus brefs délais.

Je ne prendrai toutes les mesures qui s'imposent qu'à l'issue de cette procédure, et non avant, en fonction des éventuels dysfonctionnements, collectifs ou individuels, qui auront été révélés.

Au-delà, comme vous l'avez souligné – et je vous en remercie une nouvelle fois –, ces événements montrent qu'aujourd'hui encore le harcèlement ou les faits en question, quelle que soit leur qualification, tuent dans notre école. Malheureusement, chaque année, surviennent des drames à l'issue desquels nos jeunes mettent fin à leurs jours. Ce n'est pas acceptable.

Vous le savez, nous avons mis en place une politique de repérage et de prévention. Nous tentons également d'apporter une réponse par le biais du 3018 et des numéros académiques nationaux. Je peux vous garantir que nous poursuivrons ce combat, non seulement en mémoire de Camélia, mais aussi pour prévenir d'autres drames de même nature. Vous pouvez compter sur ma détermination et ma fermeté.

 

► Assemblée nationale 
Yaël Braun-Pivet (présidente) 

> Je regrette que le budget n’ait pas pu être voté par le Parlement. Mais l’adoption de la partie dépenses, après le rejet de deux motions de censure, répond à l’attente des Français : doter la France d’un budget.

> L’application des lois votées par le Parlement est une exigence démocratique. De nombreux décrets d’application de lois ne sont toujours pas pris. Le 10 février, pour la première fois, une séance de contrôle sera consacrée à ces retards, avec la possibilité pour les présidents de commission d’interpeler le Gouvernement sur ces délais.

> 2026 doit être une année d’action. Au plan intérieur, plusieurs textes majeurs sont attendus au Parlement : la fin de vie, une réactualisation de la loi de programmation militaire, le renforcement des pouvoirs des polices municipales. À l’international, la ligne est claire. Nous devons porter la voix de la France et rester fidèles à ce nous sommes dans un monde en plein bouleversement.

> L’aide à mourir répond à une attente forte des Français. Mon engagement est clair : permettre l’adoption du texte avant l’été 2026, pour une application avant la fin du quinquennat.

 

► Partis politiques 
● Renaissance 
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne sont pas centristes et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus retranscrits]
Gabriel Attal (député, secrétaire général de Renaissance, président du groupe Ensemble pour la république à l’Assemblée nationale)
> Lundi, nous aurons l'opportunité de devenir le premier pays européen à protéger notre jeunesse des réseaux sociaux en interdisant leur accès aux moins de 15 ans. Il y a des combats que l'on ne peut pas perdre. Protéger la santé mentale de nos enfants en est un.

> Nous avons le devoir de soutenir le peuple iranien. Renforçons les sanctions économiques contre le régime. Identifions dès maintenant tous ses relais pour qu’ils sachent qu’ils devront répondre de leurs actes. Faisons tout ce que nous pouvons pour fragiliser ce régime sanguinaire.

> L'ami des dictateurs Jean-Luc Mélenchon peut garder ses leçons. Aujourd'hui, le droit international ne régit plus les relations internationales. J'assume d'être lucide : si nous voulons faire respecter nos règles, nous devons avoir la puissance pour le faire.

> Nous devons assumer de parler le langage de la force. L'Europe doit montrer qu'elle peut mordre. C'est ce que nous avons fait avec l'arme anti-coercition.

 

Agnès Pannier-Runacher (députée)
> Hier, Bruno Retailleau et quelques sénateurs ont saboté la proposition de loi sur l’aide à mourir. Ce texte peut constituer une avancée majeure. Pour la liberté de chacun de disposer de sa fin de vie. Pour la dignité des personnes confrontées à des souffrances irréversibles. Pour le respect des parcours individuels, sans jugement moral, sans injonction, sans dogme imposé à quiconque. L’aide à mourir n’enlève rien à personne. Elle n’oblige personne. Elle n’impose rien. Mais elle est une réponse à des douleurs morales et physiques irrépressibles, une réponse attendue par les Françaises et les Français. Je continuerai à défendre cette avancée à l’Assemblée nationale. Avec force. Et en mémoire de mes ombres tant aimées qui me l’ont fait promettre.

> Le Parlement européen a renvoyé l’accord sur le Mercosur devant la Cour de justice de l’Union européenne. Une décision cohérente avec la position que le Président de la République a défendue et continue de défendre : aucun accord commercial ne peut se faire au détriment de nos agriculteurs et de notre souveraineté. Il ne faut rien lâcher.

 

Elisabeth Borne (députée)
> Face aux incertitudes du monde, ne cédons pas à la loi du plus fort. Choisir entre le droit et l’efficacité est un faux débat. Les valeurs ne bloquent pas l’action publique, elles sont ce qui la rend juste, efficace et durable. Les menacer ou les abandonner, c’est fragiliser la démocratie et les générations futures.

 

Marie Lebec (députée)
> [Proposition de résolution visant à suspendre toute nouvelle création d’instances administratives pour lutter contre le phénomène d’agencification de l’État et rendre plus lisible le fonctionnement de l’administration française / Intervention à l’Assemblée]
La proposition de résolution qui nous est soumise aujourd’hui vise à suspendre toute nouvelle création d’instances administratives, afin de lutter contre le phénomène d’agencification de l’État et de rendre plus lisible l’action publique.
Sur le diagnostic, permettez-moi d’être claire : nous le partageons largement. L’agencification pose de réels problèmes de lisibilité, d’efficacité et parfois de responsabilité démocratique. Nos concitoyens attendent un État plus simple, plus cohérent et plus rigoureux dans l’utilisation de l’argent public. Oui, la multiplication des opérateurs, des autorités administratives indépendantes, des comités et des structures intermédiaires peut fragmenter l’action publique, générer des doublons et diluer la responsabilité politique.
Ce constat, notre majorité ne l’a ni ignoré ni minimisé. Au contraire, nous n’avons pas attendu cette proposition de résolution pour agir. Dès le début du premier quinquennat, une démarche structurée de rationalisation a été engagée. Par la circulaire du 24 octobre 2017, le premier ministre Édouard Philippe a demandé à l’ensemble des ministres de réduire résolument le nombre de commissions existantes et de repenser les modalités de la consultation publique. Des règles claires ont alors été énoncées : toute création d’une nouvelle commission devait s’accompagner de la suppression d’une commission existante ; les commissions n’ayant pas tenu de réunion depuis deux ans devaient être supprimées ; la consultation devait s’inscrire dans une stratégie ministérielle décloisonnée.
Un premier bilan a été dressé dès 2018. Pour la première fois, le nombre de commissions consultatives est passé sous la barre des 400. Cette exigence a ensuite été renforcée : toute nouvelle création devait entraîner la suppression de deux commissions existantes, y compris lorsque la création résultait de la loi.
Cette dynamique s’est poursuivie dans le cadre des comités interministériels de la transformation publique. En 2021, le gouvernement a annoncé que la loi d’accélération et de simplification de l’action publique –
 dite Asap –, dont Guillaume Kasbarian avait été le rapporteur, ainsi que plusieurs décrets, avaient permis de supprimer plus de soixante commissions supplémentaires.
Ce bilan est concret, documenté et assumé. Il montre que la rationalisation de l’État est à l’œuvre, même si, nous le reconnaissons, il reste du travail à accomplir.
Cela étant, nous divergeons sur la méthode proposée par cette proposition de résolution. Suspendre toute création de nouvelle agence par un moratoire général n’est ni pleinement réaliste, ni pleinement efficace. En effet un gel général ne règle en rien le problème des structures existantes inutiles ou inefficaces : geler l’avenir ne simplifie pas le présent. Qui plus est, rationaliser implique souvent de fusionner, ce qui rend parfois nécessaire la création d’une nouvelle structure juridique. Ainsi la création de Business France, structure issue de la fusion d’UbiFrance et de l’Agence française pour les investissements internationaux (Afii), a-t-elle permis de supprimer des doublons et de renforcer l’efficacité de notre politique d’attractivité.
Enfin, une interdiction générale ferait peser un risque réel de blocage de l’action publique. Certaines agences sont non seulement utiles, mais indispensables. À l’heure des cyberattaques massives, qui peut sérieusement contester la nécessité d’une agence spécialisée comme l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) pour protéger nos hôpitaux, nos collectivités et nos infrastructures critiques ? Qui peut penser que le soutien à l’innovation, à la réindustrialisation et aux PME pourrait se faire sans un outil structurant et identifié comme BPIFrance, la Banque publique d’investissement, acteur central de France 2030 ?
Gardons-nous des amalgames ! Toutes les agences ne se valent pas. Le problème ne tient pas à leur existence en tant que telle, mais à leur évaluation, à leur pilotage et à leur contrôle démocratique. C’est pourquoi le groupe Ensemble pour la République défend une approche pragmatique, ciblée et responsable : poursuivre la simplification réelle du paysage existant, supprimer les structures obsolètes, fusionner les doublons avérés et renforcer l’exigence d’évaluation.
Nous partageons pleinement l’objectif de simplification de l’État et le constat dressé dans ce texte. Si la méthode proposée appelle des réserves et mérite d’être précisée afin d’éviter tout risque de blocage de l’action publique, nous estimons néanmoins que le signal politique adressé est d’autant plus utile et légitime qu’il s’agit d’une proposition de résolution, dépourvue d’effets normatifs contraignants. En effet, l’adoption de ce type de texte n’emporte pas de conséquences législatives ou réglementaires immédiates –
 cela ne diminue en rien le travail que vous avez mené, madame Blin, mais résulte de son statut.
C’est pourquoi, tout en restant vigilants quant aux modalités de sa mise en œuvre et en réaffirmant son attachement à une réforme de l’État pragmatique, équilibrée et tournée vers l’efficacité, le groupe EPR votera en faveur de cette proposition de résolution.

 

Caroline Yadan (députée)
> [Inscrire la mouvance des Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes / Intervention à l'Assemblée] Nous avons collectivement une responsabilité particulière lorsque les faits sont établis, que les alertes sont anciennes et que l’inaction devient en elle-même une forme de renoncement. Le texte que nous examinons ce matin s’inscrit dans ce moment précis : celui où la lucidité doit l’emporter sur les faux-semblants et où la clarté politique devient un impératif démocratique.
La présente proposition de résolution européenne repose sur un constat désormais solidement établi et largement partagé : la mouvance des Frères musulmans constitue une idéologie politique structurée et transnationale, incompatible avec les principes de la République et de la démocratie. Ce constat résulte de travaux convergents, ceux des services de l’État –
 en particulier du ministère de lintérieur –, ceux des parlementaires et ceux issus de nombreuses recherches académiques. Lensemble de ces analyses met en évidence une stratégie dentrisme patiente et méthodique, fondée sur des logiques dimplantation et dinfluence, visant à contourner les règles communes et à substituer progressivement aux normes républicaines un corpus idéologique concurrent, au détriment de l’universalité de la loi et de la cohésion démocratique.
Car il s’agit bien de cela. Les Frères musulmans défendent non pas une foi, mais un projet politique, fondé sur la hiérarchisation des individus, sur la remise en cause de l’égalité entre les femmes et les hommes, sur la contestation de la liberté de conscience et sur le rejet du pluralisme démocratique.
Partout où il a prospéré, ce projet a produit la division, la violence et la régression des libertés.
Leur stratégie s’appuie également sur des leviers matériels. Des financements opaques, des détournements de subventions associatives et des soutiens indirects à des campagnes électorales ont été mis en évidence. Nous devons le dire avec gravité : cette idéologie est mortifère. Elle constitue la matrice intellectuelle de l’islam radical qui a frappé notre pays à Toulouse, à Paris, à Nice, à Conflans-Sainte-Honorine ou à Arras.
Elle est aussi celle qui a inspiré les atrocités commises par le Hamas le 7 octobre en Israël. Les modalités diffèrent, les degrés de violence varient, mais le socle idéologique est le même : la négation de l’autre, la sacralisation de la violence et de la barbarie, la haine de la démocratie.
Face à cela, l’Union européenne ne peut rester dans l’ambiguïté. La proposition de résolution européenne, que nous soutenons, vise précisément à nommer clairement la menace, à doter l’Union d’un cadre cohérent et à harmoniser notre réponse politique et juridique. Elle donne aussi les moyens de lutter contre ses ressources, notamment en provenance de l’Iran et du Qatar, de geler ses avoirs, de renforcer les contrôles financiers et de coordonner l’action des États membres.
Inscrire la mouvance des Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes, c’est affirmer que nos démocraties ne sont ni naïves ni désarmées. D’autres pays, comme l’Autriche, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Jordanie ou les Émirats arabes unis, l’ont déjà fait.
Il ne s’agit évidemment ni de stigmatiser, ni d’assigner, ni de confondre. Il s’agit de protéger: protéger nos concitoyens, protéger nos institutions, protéger la liberté de conscience elle-même, qui ne peut survivre que dans un cadre républicain solide et impartial.
La République est un tout ; elle ne se fragmente pas, elle ne se négocie pas, elle ne tolère pas que, sous couvert des libertés qu’elle garantit, on organise méthodiquement sa remise en cause.
En soutenant cette proposition de résolution, le groupe Ensemble pour la République assume une ligne de lucidité, de fermeté et de responsabilité. Nous affirmons que la lutte contre l’islamisme est indissociable de la défense de l’État de droit, qu’il n’y a pas de liberté sans sécurité et qu’il n’y a pas de tolérance possible envers ceux qui instrumentalisent la démocratie pour mieux la détruire.
C’est dans cet esprit que nous appelons à l’adoption de la présente proposition de résolution européenne.

 

● MoDem 
Marc Fesneau (député, président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale)

> Face au retour de la loi du plus fort, certains voudraient nous faire croire que le droit serait un luxe. Grave erreur.

> Notre pays crève de l'absence de vérité : les postures des uns pour se tirer d'une alliance avec LFI, les attitudes des autres pour garder des marqueurs de droite.

 

Bruno Fuchs (député)
> [Motions de censure du RN et de LFI / Intervention à l’Assemblée] Il n’y a pas d’ambiguïté : le groupe Les Démocrates votera contre ces motions de censure déposées dans le seul but d’empêcher le pays de se doter d’un budget. Nous regrettons les excès des uns dans l’impôt et le manque de courage des autres dans la baisse des dépenses publiques. Avec plus de 3 000 milliards d’euros de dette, les efforts non réalisés aujourd’hui seront bien plus douloureux et bien plus violents demain pour nos concitoyens. À trop chercher les chemins de la facilité en 2026, c’est l’avenir de nos enfants que nous hypothéquons.
Depuis le début de l’examen du projet de loi de finances, nous avons toujours défendu la même approche, celle du dialogue et de la recherche de compromis. Le pire serait en effet de ne pas avoir de budget. Sans budget, il n’y aurait pas de réponse à la crise agricole ni d’augmentation de nos capacités de défense. Les revalorisations du RSA ou de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) seraient gelées. Sans budget, les rénovations thermiques des logements et les appels d’offres dans le solaire seraient à l’arrêt. Les embauches dans l’enseignement seraient gelées et il n’y aurait pas de revalorisation de bourses étudiantes. Les embauches et la revalorisation de soignants seraient reportées. Il n’y aurait pas de création de postes de gendarmes et de policiers, ni de nouvelles places de prison. Sans budget, la France entrerait dans une crise politique majeure au moment même où le monde bascule dans la force et la violence. C’est là ce que nous devons éviter.
La responsabilité d’un parlementaire est claire : permettre à la France de se doter d’un budget pour ne pas affaiblir notre pays et accélérer la perte de notre souveraineté. Voilà autant de raisons, parmi d’autres, qui expliquent pourquoi nous avons toujours cherché les termes d’un compromis. Le compromis n’est ni l’adhésion totale ni la satisfaction pleine et entière. Ce n’est pas seulement accepter ce qui nous plaît, mais aussi intégrer ce qui nous convient moins et qui est cher aux yeux de l’autre. Nous avons fait un choix responsable dicté par l’intérêt général, et non, comme d’autres groupes, par les calculs politiciens, les postures partisanes ou les ambitions personnelles.
Certes, nous avons des regrets. Toutefois, comme toujours, nous avons pris nos responsabilités. Nous faisons passer l’intérêt collectif avant toute autre considération sans succomber aux facilités démagogiques. Nous regrettons d’abord de ne pas avoir davantage progressé sur la question de l’égalité devant l’impôt. Dans le contexte d’une nécessaire réduction de la dépense publique et du respect de nos engagements européens, et compte tenu de l’objectif de ramener le déficit au-dessous de 3 % du PIB, les efforts doivent être équitablement répartis. Si nous nous félicitons de la prolongation de la contribution différentielle sur les hauts revenus, nous regrettons la dénaturation de certaines mesures, notamment la taxe sur les holdings, qui visait avant tout la rente et le capital improductif. Au sein du groupe Les Démocrates, nous faisons en effet une distinction claire et constante entre ce qui crée de la valeur, de l’emploi, ainsi que de l’innovation, et ce qui relève de mécanismes d’optimisation ou de gains sans risque ni effort.
Notre ligne est donc cohérente et assumée : mieux lutter contre l’optimisation fiscale, cibler les rentes et protéger le travail. Le consentement à l’impôt repose sur une condition essentielle : le sentiment de justice. Les Français acceptent l’effort lorsqu’ils ont la conviction que chacun contribue à hauteur de ses moyens. Cela vaut tout particulièrement pour l’impôt sur les sociétés (IS). Avec la surtaxe sur l’IS et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), l’effort demandé aux entreprises atteint près de 9 milliards, au lieu de 4 milliards prévus initialement, soit plus du double. Cet effort considérable est demandé à des entreprises qui investissent dans nos territoires, qui exportent, qui créent de l’emploi et de la richesse. Avec cette captation nouvelle, il y aura moins d’investissements en France, moins d’innovation et d’emplois. Nous prenons le risque de voir cette valeur partir loin de nos entreprises et de nos territoires. Ce risque est grand dans le contexte international actuel, où la politique américaine menée par Donald Trump montre que les leviers économiques sont désormais pleinement utilisés à des fins géopolitiques. Commerce, fiscalité, investissement : tout est devenu instrument de puissance. Renforcer nos capacités économiques et industrielles, c’est préserver notre souveraineté. Il y a d’ailleurs une contradiction à voir ceux-là mêmes qui surtaxent les entreprises s’indigner lorsqu’une entreprise française en difficulté ne trouve pas de repreneur par manque de capital et se révolter lorsque le repreneur est américain, chinois ou qatari !
Nous aurions également souhaité mieux protéger les générations futures du poids de la dette. Après avoir ramené le déficit à 5,4 % du PIB en 2025 avec François Bayrou, nous estimions nécessaire d’atteindre 4,6 % en 2026 pour rendre crédible la trajectoire d’un retour rapide sous les 3 %. Monsieur le premier ministre, le débat sur la dette, pourtant mis en avant par votre prédécesseur, n’a pas permis de rassembler une majorité dans cet hémicycle.
Pourtant, le rétablissement des finances publiques est tout simplement vital. Il conditionne notre capacité à agir, à protéger les Français en cas de crise et à peser sur la scène internationale. En 2026, le service de la dette atteindra au moins 70 milliards d’euros : 10 milliards de plus en une seule année, soit davantage que l’intégralité du budget du ministère de la culture ! Ces 70 milliards iront enrichir les bailleurs, qui, pour moitié, sont étrangers. Ils n’iront ni dans la défense nationale, ni dans les hôpitaux, ni dans les écoles, pas plus que dans la lutte contre la pauvreté ou dans l’éducation de notre jeunesse. Voilà ce qu’est la dette : moins de marges de manœuvre, de politiques publiques, de capacité à préparer l’avenir ; plus de dépendance et moins de souveraineté. Ce sont toujours les plus jeunes et les plus fragiles de nos concitoyens qui en pâtissent.
Le budget 2026 nous permettra néanmoins de poser les bases de la relance de plusieurs politiques publiques, comme celle du logement. La crise que nous traversons est profonde, durable et dramatique pour des millions de Français. Elle frappe les ménages, les jeunes, les classes moyennes et l’ensemble de la filière du bâtiment. Le travail conduit dans le cadre du rapport Cosson-Daubresse a permis de dégager des pistes sérieuses et opérationnelles pour relancer la construction et débloquer la situation. Le groupe Les Démocrates s’est mobilisé pour faire aboutir dans l’hémicycle le débat sur le statut du bailleur immobilier. Le projet retenu par le gouvernement est une première étape. Nous n’avons pas pu aller plus loin cette année, mais le logement n’est pas seulement une politique parmi d’autres : c’est une condition de la cohésion sociale, de l’accès à l’emploi, de l’égalité des chances et le moteur de notre économie.
Les collectivités locales constituent la majorité de l’investissement public. Si elles doivent contribuer à l’effort commun, il est nécessaire que celui-ci soit équilibré. Les intercommunalités, notamment, restent des leviers essentiels pour l’égalité territoriale et l’investissement local. Pour illustrer ce propos, je prendrai l’exemple de l’agglomération de Mulhouse, dont la dotation a baissé de 8 millions en 2025 et, selon les estimations, baissera encore de 9,2 millions en 2026. L’agglomération rencontre par conséquent des difficultés de plus en plus grandes à assumer les investissements et à poursuivre les efforts de modernisation du territoire.
Au fond, nous avons cherché à défendre une cohérence d’ensemble entre recettes et dépenses, entre responsabilité budgétaire et justice sociale. Un budget n’est pas un simple exercice comptable, mais un choix politique, un signal adressé à nos concitoyens, aux entreprises, à nos partenaires européens et aux marchés.
Permettez-nous de dire au moment de conclure que nous conservons des interrogations sur notre capacité réelle à ramener le déficit sous les 5 % à la fin de l’année 2026. Il ne faudrait pas que les renoncements d’aujourd’hui conduisent demain à des coupes budgétaires brutales au détriment de la capacité de l’État à faire face à des crises géopolitiques ou environnementales. Il faudra expliquer clairement comment nous tiendrons nos engagements, préserverons la crédibilité budgétaire et éviterons toute sanction des marchés. Cette crédibilité, nous la devons à nos partenaires européens et surtout aux Français.
Tout au long de cette séquence budgétaire, le groupe Les Démocrates a inlassablement cherché à construire des majorités et à permettre à la France d’avoir un budget. Le compromis suppose des concessions réciproques. Certains ont dès le début du débat tourné le dos à cette approche. Plusieurs orateurs l’ont dit, les Français sont lassés de l’instabilité. Ils attendent de nous de la clarté, de la responsabilité et de l’efficacité. Quant à nos concurrents internationaux, ils n’attendent qu’un faux pas pour en profiter et nous affaiblir. Or le vote de l’une des deux motions de censure aurait pour effet immédiat d’affaiblir la France.
La France a besoin d’un budget et elle en a besoin maintenant. Les Français nous le demandent. C’est pourquoi, pour être à la hauteur des défis qui nous attendent et assumer nos responsabilités, le groupe Les Démocrates votera contre ces deux motions de censure.

 

Maud Petit (députée)
> [Inscrire la mouvance des Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes / Intervention à l'Assemblée] La proposition de résolution européenne qui nous est soumise pose une question à la fois politique et juridique : la mouvance des Frères musulmans peut-elle et doit-elle être inscrite sur la liste européenne des organisations terroristes ?
Sur le plan juridique, cette liste repose sur des critères précis : l’identification d’une entité déterminée ; son implication avérée dans des actes terroristes ; une décision préalable, enfin, d’une autorité nationale compétente.
Ces exigences garantissent la sécurité juridique et la proportionnalité des mesures restrictives. Elles ne doivent cependant pas nous empêcher de nommer une réalité. Ne soyons pas naïfs, certaines menaces avancent masquées.
La mouvance des Frères musulmans est au nombre de ces menaces. Fondée en 1928 par Hassan al-Banna, elle poursuit depuis près d’un siècle un projet politique clair : instaurer, par une stratégie d’islamisation par le bas, d’entrisme et de conquête culturelle, un ordre islamique fondé sur la charia.
Si ce projet a su subtilement s’adapter aux contextes nationaux, ses fondements idéologiques sont constants : primauté de la loi religieuse sur la loi civile ; rejet de l’égalité entre les sexes ; refus de l’altérité religieuse ; diffusion d’un discours antisioniste, parfois antisémite.
Les Frères musulmans ont été les instigateurs d’attentats, au Moyen-Orient d’abord : en Égypte, avec l’assassinat du premier ministre Nokrachi Pacha, dès 1948 ; plus récemment, en Israël, le 7 octobre 2023, où le terrorisme du Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans, a fait plus de 1 200 victimes, dont 800 civils, parmi lesquels 40 enfants et 42 Français.
En Europe, la mouvance a choisi d’agir autrement. Elle infiltre, influence et s’implante à bas bruit. Le rapport du ministère de l’intérieur de mai 2025 sur les Frères musulmans et l’islamisme en France donne l’alerte sur une stratégie d’entrisme qui menace la cohésion nationale. Ce rapport identifie plus de 280 associations et 200 lieux de cultes affiliés ou proches de cette mouvance, qui diffuse son idéologie sous couvert de respectabilité en jouant sur le double discours et la posture victimaire.
Face à cette menace diffuse mais réelle, le groupe Les Démocrates votera en faveur de la proposition de résolution, par cohérence avec ses engagements : la lutte contre le terrorisme, contre le séparatisme et pour la défense de la République. L’inscription des Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes permettrait de geler les avoirs financiers des entités concernées, de renforcer la coopération policière et judiciaire entre les États membres et d’envoyer un signal politique clair : l’Europe ne sera pas le nouveau terreau de l’islamisme politique.
Notre soutien s’accompagne cependant d’une réserve juridique : la notion de mouvance reste floue. Elle doit être travaillée, car le droit européen exige une entité identifiable et structurée, directement impliquée dans des actes terroristes. L’absence d’une chaîne de commandement unifiée pourrait fragiliser cette inscription devant la Cour de justice de l’Union européenne ou la Cour européenne des droits de l’homme. Nous appelons donc à un travail rigoureux d’identification, de qualification juridique et de documentation des faits. Si la menace est réelle, la réponse doit être solide.

 

Sophie Mette (députée)
> [Proposition de résolution visant à suspendre toute nouvelle création d’instances administratives pour lutter contre le phénomène d’agencification de l’État et rendre plus lisible le fonctionnement de l’administration française / Intervention à l’Assemblée] Nous débattons aujourd’hui d’un sujet central pour l’action publique : l’agencification de l’État. Derrière ce terme technique se cache une réalité très concrète, la multiplication, au fil des décennies, d’agences, d’opérateurs et de structures autonomes chargés de mettre en œuvre des politiques publiques autrefois assumées directement par l’administration centrale.
La proposition de résolution que nous examinons vise à suspendre la création de nouvelles structures et à rationaliser celles qui existent. Elle s’inscrit dans un contexte que nul ne peut ignorer : celui de finances publiques durablement dégradées, avec un niveau de dette historiquement élevé, contexte qui nous oblige à nous interroger non seulement sur le volume de la dépense publique, mais aussi sur son efficacité. Le groupe Les Démocrates soutient cette démarche. Mais je veux le dire clairement : ce soutien ne procède ni d’une défiance à l’égard des agences, ni d’un rejet de leur utilité. Il procède d’une exigence : celle d’un État plus lisible, plus cohérent et pleinement stratège.
L’agencification n’est pas née par hasard : à partir des années 1980, notre pays a fait le choix de créer des structures spécialisées pour répondre à la complexification croissante de l’action publique. Dans bien des domaines –
 environnement, santé, numérique ou régulation –, les agences ont apporté expertise, réactivité et continuité dans laction. Ce choix était légitime. Mais ce qui était au départ un outil est progressivement devenu un système. Et aujourdhui, nous faisons face à un foisonnement administratif qui fragmente l’action de l’État, en brouille la compréhension pour les citoyens et complique parfois la prise de décision publique.
Soyons précis : les agences ne constituent pas, en elles-mêmes, un gouffre financier incontrôlé. Les rapports de la Cour des comptes montrent que leur masse salariale progresse même de manière plus contenue que celle des administrations centrales, et que leur coût est souvent inférieur à celui des externalisations vers le privé. Le problème n’est donc pas uniquement budgétaire : il est avant tout organisationnel, stratégique et démocratique.
Il réside dans l’enchevêtrement des compétences, dans la superposition des missions et dans la dilution des responsabilités. Trop souvent, on ne sait plus ni qui fait quoi, ni qui décide vraiment. Sur le terrain, les représentants de l’État découvrent parfois des initiatives menées en son nom, sans coordination réelle.
Cette complexité a un coût : doublons, lenteur, perte d’efficacité et de confiance en la démocratie. Face à cela, nous défendons non une suppression aveugle ou une approche idéologique, mais une rationalisation intelligente, fondée sur l’évaluation, la clarté des missions et le pilotage politique. C’est pourquoi le groupe Démocrates a trois exigences.
Premièrement : agences et opérateurs doivent systématiquement être encadrés par des contrats d’objectifs et de performance (COP) clairs, évaluables et publics, comme le propose le rapport Magnier-Mattei. On ne peut plus accepter que des structures financées par de l’argent public échappent à une évaluation rigoureuse de leurs résultats.
Deuxièmement : les rémunérations des directeurs et dirigeants doivent être pleinement contrôlées, y compris par le Parlement. Le respect de cette exigence de transparence et de responsabilité est indispensable pour maintenir la confiance des citoyens dans l’action publique.
Troisièmement : en dehors des établissements à vocation scientifique ou pédagogique, le poids de l’État doit être renforcé dans les conseils d’administration, en particulier lorsque celui-ci apporte plus de la moitié des financements publics. Celui qui finance doit pouvoir orienter, contrôler et demander des comptes.
Recentrer l’État n’est pas l’affaiblir. C’est au contraire lui permettre de jouer pleinement ses rôles de stratège, d’animateur et de garant de l’intérêt général, ainsi que d’entraîner avec lui les collectivités, les acteurs économiques et les citoyens.
Pour toutes ces raisons, le groupe Modem votera en faveur de la proposition de résolution, mais avec l’exigence qu’elle ne reste pas un message politique sans lendemain. La rationalisation des agences doit devenir l’objet d’une réforme opérationnelle dotée de critères précis, d’objectifs clairs et d’un suivi réel. C’est à ce prix que chaque entité publique répondra à un besoin identifié, sans dupliquer l’existant, et que l’État retrouvera toute sa lisibilité et sa capacité d’action.

 

Géraldine Bannier (députée)
> [Repas à 1€ pour les étudiants] Même s’il faut un budget - au vu du ras-le-bol général et de la situation préoccupante au plan international - on s’étonnera quand même de tel ou tel arbitrage qui semble davantage guidé par la nécessité d’emporter l’adhésion d’un groupe susceptible de censurer que par l’intérêt général. Ainsi du repas à un euro généralisé à l’ensemble des étudiants. 
Chacun évidemment - et nous sommes nombreux à l’avoir été, étudiant ! - ne peut qu’être sensible à la situation de précarité d’un certain nombre d’entre eux. 
Toutefois, comment expliquer à nos agriculteurs, en plein mouvement pour redire la difficulté de leurs métiers, de leurs rémunérations, que l’on va figer pour des années un tarif Crous à un euro, généralisé, alors que tous les politiques savent pertinemment que le coût de revient pour la collectivité s’élève en réalité à 9 euros et à minima à 2 euros - et encore ! - pour le coût produit… 
Cela veut dire, pour faire simple, qu’à un euro, c’est la collectivité qui rémunère l’agriculteur dans le meilleur des cas, voire l’agriculteur qui paie les pots cassés, au pire, et ne voit pas son coût de production couvert. Une belle porte aussi à l’introduction dans les repas étudiants de produits d’importation, moins chers mais souvent de moindre qualité. 
Alors rappelons bien que nous sommes très favorables au « un euro » pour les étudiants précaires, les boursiers, mais que oui, l’enfant « de riche » pour reprendre les mots habituels de ceux qui ont défendu à corps et à cris le « un euro » généralisé, doit pouvoir participer à hauteur de 3,30 euros à son alimentation afin de ne pas fragiliser notre agriculture. 
C’est aussi bien risqué que d’habituer toute la jeunesse, et particulièrement celle qui fait des études post-bac - donc pas socialement la plus en difficulté de manière générale ! -  à ne mettre qu’un euro dans son alimentation. Pour rappel, la proportion du budget des foyers qui y est consacrée ne fait que baisser depuis plusieurs décennies. 
Décidément donc, c’est un bien mauvais signal envoyé à la profession agricole, que chacun des bords politiques dit pourtant défendre, et un signe pour le moins visible d’une certaine perte des réalités. La nourriture ne tombe pas du ciel dans l’assiette ; ce n’est pas un symbole figé dans le marbre, une quête politique, mais bien la réalité quotidienne de nos éleveurs, des céréaliers et producteurs, si engagés, de la ruralité. 
Courage à celui qui voudra revenir un jour, en raison tout bêtement de la hausse des charges, sur ce nouveau symbole, déconnecté, « arraché » au profit d’une clientèle politique bien identifiée, dans ce moment certainement plus politique que réaliste !

 

► Autres 
● Commission européenne
Stéphane Séjourné (Vice-président exécutif à la Prospérité et à la Stratégie industrielle)

> L’opinion publique renoue avec la fierté d’être Européen.

> Nos dépendances économiques brident notre puissance. Un marché européen fort, c’est une Europe qui s’affirme. À Davos, j’ai donc rencontré des entreprises européennes & internationales avec un message clair : c’est le moment d’investir en Europe !

> Avec l’acte sur la cybersécurité, l’UE peut désormais exclure les acteurs à haut-risque de ses chaînes de valeur critiques (ex. Huawei pour les réseaux 5G). Par les temps qui courent, la cybersécurité n’est pas un luxe, c'est un gage de survie.

 

● Organisations centristes 
♦ Renew Europe
(Députés français du groupe centriste au Parlement européen) 
Valérie Hayer (députée, présidente)
> Grâce à Emmanuel Macron, on a des leviers pour faire pression sur Donald Trump. C’est lui qui a défendu le premier l’idée d’autonomie stratégique de l’Union européenne. Et c’est grâce à la France que nous avons aujourd’hui un arsenal de dissuasion à l’échelle européenne.

> La stratégie d’apaisement de l’UE vis-à-vis de Donald Trump ne fonctionne pas Il faut désormais actionner nos leviers de dissuasion.

 

Bernard Guetta (député)
> L’urgence est de cesser de nous sous-estimer. Nous avons su répondre à l’affaiblissement de l’Alliance atlantique par Donald Trump et à l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine en jetant les bases d’une défense européenne commune.

> Dos au mur, ils ont tué, tué, tué par milliers, mais maintenant ? Le régime iranien n’a plus un sou. Son allié russe est bien trop occupé à martyriser l’Ukraine pour pouvoir l’aider vraiment. Il n’a plus de relais régionaux. Il a été humilié par son impuissance face aux frappes israélo-américaines et n’a plus aujourd’hui qu’à méditer ce que disait Talleyrand de ce genre de situation : «On peut tout faire avec des baïonnettes, disait-il, sauf s’asseoir dessus».

 

● Personnalités centristes
Clément Beaune (haut-commissaire au Plan)

> Nous avons peut-être perdu en efficacité opérationnelle, mais je crois que la culture du grand projet reste profondément ancrée en nous. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai commandé ce rapport sur la simplification des projets d’infrastructures au préfet Michel Cadot. Partout en France, j’entends des élus et des citoyens réclamer du développement économique. Et j’insiste sur un point : il n’y aura pas de transition écologique sans infrastructures. (…)
Soyons clairs : les oppositions aux grands projets ne disparaîtront pas. Elles sont même légitimes dans une démocratie, dès lors qu’elles s’expriment dans un cadre légal et sans violence. Cependant, nous pouvons gagner du temps sans écraser les droits ni les exigences environnementales.
Aujourd’hui, les critères sont extrêmement complexes pour les porteurs de projets. Nous proposons de simplifier les procédures, notamment via le numérique, et surtout d’engager les consultations beaucoup plus tôt. En discutant avec les ONG et les constructeurs, le constat est unanime : une concertation anticipée permet de désamorcer de nombreuses tensions et d’améliorer les projets avant qu’ils ne se figent.

 

Sarah El Hairy (haut-commissaire à l’Enfance)
> [SNCF] Décider d’exclure une partie de la population en justifiant cela par un confort supplémentaire, cela n’a aucun sens. Encore plus pour une entreprise comme la SNCF qui fait partie du quotidien des Français, des familles. C’est une ligne rouge qui est franchie et leur justification ne tient pas. Développer une offre business parce que des gens utilisent le train sur leur temps de travail, je le comprends.
Cela peut aller avec plus de service à table, une qualité de wifi ou encore des espaces comme des bulles phoniques pour passer les coups de téléphone. Mais ce n’est pas en posant comme garantie l’absence et l’interdiction d’accès aux enfants qu’on bâtit une offre publique de transport. On n’aurait accepté cela pour personne d’autre. D’autant plus que le déséquilibre est extrêmement important entre le développement des aménagements pour les familles et cette offre. Je n’ai pas vu sur la SNCF d’annonces autour d’un espace ludique pour les enfants ou d’aménagement de zones de rangement pour les poussettes. (…)
On exclut les enfants donc les parents et de fait une grande majorité de mamans. C’est tellement fou, choquant, sidérant. Cela dit quelque chose de plus profond de notre société qui se fragmente. Pourquoi les parents ont tant envie d’avoir des enfants et pourquoi en font-ils si peu ? Si on commence par les exclure de certains wagons de train, ce n’est franchement pas de bon présage.

> Je prends le train toutes les semaines avec mon enfant, personne n’a envie de déranger personne. On a tous envie de passer un bon trajet, simplement. Je comprends ces parents qui angoissent ou stressent parce qu’il n’y a pas d’aménagements faits pour les enfants. Combien de parents passent tout le voyage au wagon bar ? Ou dans l’entre deux wagons. Pourquoi on reste là ? Pour ne pas déranger. S’il y avait des espaces un peu mieux pensés, cela pourrait permettre de répondre aux besoins de l’enfant et à ceux des autres passagers.
Tout le monde serait apaisé. On stigmatise les jeunes parents, les enfants. On ne donne aucune envie à une société de se faire confiance. Et après, on se pose la question de pourquoi notre modèle social est malade…. Peut-être est-ce parce qu’en réalité on ne supporte plus les enfants.