La France se revendique une puissance qui compte en particulier au Moyen-Orient où elle défend le Liban (avec la présence de soldats français dans les casques bleus déployés dans le pays), a des alliances de défense avec plusieurs pays du Golfe dont le Qatar et le Koweit ainsi qu’une présence militaire en Irak et surtout à Abou Dabi où elle possède une base, compte des amis comme l’Egypte sans oublier son soutien à l’existence d’Israël, à la création d’un Etat palestinien et au peuple kurde.
Ayant dit cela, la France peut-elle tenir la position voulue par le Président de la république qui est de prétendre qu’elle est «en dehors» de la guerre qui oppose les Etats-Unis et Israël à l’Iran tout en voulant respecter sa parole à des pays qui y sont impliqués et défendre ses intérêts mis à mal avec, par exemple, la fermeture du détroit d’Ormuz?
L’attaque la nuit dernière d’une base des Kurdes en Irak de plusieurs soldats français dont un est décédé par un groupe terroriste ayant fait allégeance au régime des mollahs iraniens montre que cela va être très difficile d’être, à la fois, dehors – c’est-à-dire de ne pas prêter main-forte aux Américains et aux Israéliens – et dedans – en déployant une force militaire qui peut intervenir à tout moment pour défendre ses alliés et ses intérêts – sachant que l’Iran a tout intérêt plus le conflit se prolonge à impliquer les puissances européennes dont la France qui, avec le Royaume-Uni, a une histoire dans la région.
Cette attaque est évidemment une provocation sachant, qu’en plus, les militaires présents au Kurdistan remplissaient une mission de formation contre le terrorisme de Daesh, musulmans sunnites qui sont les ennemis jurés des chiites au pouvoir en Iran et en Irak.
La première réaction d’Emmanuel Macron est
dans la droite ligne de ses précédentes réactions :
«L’adjudant-chef Arnaud Frion du 7ème bataillon de chasseurs alpins de Varces
est mort pour la France lors d’une attaque dans la région d’Erbil en Irak. À sa
famille, à ses frères d’armes, je veux dire toute l’affection et la solidarité
de la Nation. Plusieurs de nos militaires ont été blessés. La France se tient à
leurs côtés et avec leurs proches. Cette attaque contre nos forces engagées
dans la lutte contre Daech depuis 2015 est inacceptable. Leur présence en Irak
s’inscrit dans le strict cadre de la lutte contre le terrorisme. La guerre en
Iran ne saurait justifier de telles attaques.»
Reste que si d’autres attaques meurtrières ont lieu, la France devra choisir entre demeurer sur place et s’impliquer plus fortement dans le conflit ou se retirer pour éviter d’être conduite dans une escalade voulue par les mollahs.
Une reculade de la France serait une défaite mais les Français sont-ils prêts à payer un prix élevé pour une présence où nos soldats seraient les chassés sans possibilité d’être les chasseurs?
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