On parle souvent de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, de la guerre économique ou financière, voire de la guerre tout court.
Mais on parle peu de la guerre des «rêves».
Or, celle-ci pourrait s’avérer, si ce n’est plus importante que les autres, aussi cruciale.
En tout cas, cette bataille est un choix de société entre deux modèles qui se repoussent absolument et qui façonnent la réalité des deux régimes en place et qui se font face.
On connait la genèse du rêve américain, un concept inventé en 1931 par James Truslow Adams dans son livre «The Epic of America» qui souhaitait décrire ce qui motivait les Américains, individuellement et collectivement à bâtir la société étasunienne.
Au-delà des interprétations partisanes de ce rêve avec la prédominance de la réussite matérielle pour les républicains et de la réussite de l’émancipation pour les démocrates, il demeure les fondamentaux qui sont ceux de la démocratie républicaine libérale même si l’on peut se poser la question d’une dérive vers des principes autocratiques de la vision républicaine avec l’accession au pouvoir de Donald Trump.
En revanche, le grand public est moins au courant de celle du rêve chinois.
Pourquoi donc Xi Jinping, l’actuel potentat de la Chine l’a-t-il inventé et promu?
Tout simplement parce qu’il s’est rendu compte qu’une des pièces essentielles du soft-power dominant, celui des Etats-Unis, était le fameux rêve américain et que si la Chine voulait devenir la première puissance mondiale, il fallait qu’elle possède le sien pour motiver son peuple mais également pour susciter une communauté d’Etats, ce qui est en train de se passer avec l’internationale totalitaire.
Mais, bien évidemment, en tant que leader d’un régime dictatorial, son rêve prend l’exact contrepied du rêve américain.
Ici, pas question de réussite individuelle et d’émancipation de l’individu, tout est dans le collectif autour d’un nationalisme intransigeant et guerrier, voire revanchard, ainsi que d’un pouvoir centralisé qui dirige le peuple et lui indique l’unique bon chemin à suivre.
Autant le rêve américain est basé sur la liberté d’individus égaux, autant le rêve chinois est construit sur l’obéissance au pouvoir et le nivèlement dans une communauté où personne, à part le chef et ses acolytes, ne peut exprimer sa propre personnalité et son projet de vie s’il ne rentre pas dans les canons définis par le Parti communiste.
Quand, aujourd’hui, certains mettent sur le même plan les deux premières puissances mondiales et leurs impérialismes respectifs, ils oublient cette différence fondamentale qui leur permet même de trouver des avantages au rêve chinois.
Demain, si celui-ci devient la référence principale des peuples alors la démocratie républicaine libérale sera proche de l’extinction.
Alors, aussi imparfait et illusoire qu’il soit, le rêve américain sera toujours préférable et est une des références des centristes.
