samedi 2 mai 2026

La Quotidienne centriste du 2 mai 2026. La terrible faillite citoyenne des chaines d’information en continu


Un bon journalisme décrit les faits, voire les commente mais sans une mise en scène pour vendre l’information comme un spectacle.

Au public alors de réagir et à chacun d’éprouver une émotion personnelle vis-à-vis de ces faits qui l’amène alors à exprimer une opinion avec une inflexion particulière qui peut se caractériser par des superlatifs.

Or, c’est souvent l’inverse où le public doit s’astreindre à rechercher derrière le spectacle, l’information, derrière le superlatif, le fait.

C’est surtout vrai pour les chaines d’information en continu.

Ainsi avec la tentative d’assassinat de Trump par un Californien, on a atteint le degré plus que zéro du traitement de l’information par ces chaînes qu’elles soient françaises ou étrangères.

Ce n’est pas qu’essayer de tuer le président des Etats-Unis ne soit pas un événement mondialement important, c’est que la tentative a échoué – Trump n’a jamais été en danger – et qu’il n’y a eu aucun décès et que tout a été très vite terminé avec l’arrestation immédiate de l’individu qui était en cause.

Or, pendant plusieurs jours, les chaînes d’info n’ont cessé de nous abreuver de reportages plus ou moins chocs – comme de montrer l’affolement dans la salle où se déroulait le gala de la presse alors même que cet individu n’y était même pas entré! – dans le seul but était de faire de l’audience et non de délivrer de l’information.

Et on ne partait déjà pas de très haut comme elles nous le démontrent depuis fin février avec leur couverture des hostilités au Moyen-Orient (mais on pourrait prendre d’autres exemples tout aussi édifiant comme, par exemple, les gilets jaunes ou l’invasion de l’Ukraine par Poutine).

Quotidiennement, pour retenir le client (aka le téléspectateur) avec une mise en scène dramatique avec paroles d’«experts» désignés par les chaînes elles-mêmes voire autodésignés, bandeaux où sont inscrites des phrases chocs et des superlatifs pour susciter l’émotion, avec des images violentes en boucle (on peut reprendre celles des semaines passées quand il ne se passe rien et des annonces que tout va aller encore plus mal.

Ce sensationnalisme varie au gré des envies des directions et des rédactions (et ne vient même pas d’une information fiable) ou d’un message de Trump sur les réseaux sociaux, voire d’une déclaration propagandiste du régime des mollahs avec soit la terrible punition qui va s’abattre sur l’Iran ou la puissance de cette dernière qui menace les Etats-Unis, soit la décision prise de détruire l’Iran dans les heures qui viennent (reprise quotidiennement pendant des semaines) ou de faire la paix incessamment sous peu (reprise aussi quotidiennement).

Ici, elles sont toutes à mettre dans le même sac, de LCI à BFMTV, de Cnews à franceinfo en passant par France24 (et les chaînes étrangères ne sont pas en reste comme CNN ou la BBC, les soi-disant «modèles»).

Plus l’existence de ces chaînes avance, plus leur formule et leur fonctionnement apparaissent comme une caricature d’une information où toute la déontologie journalistique est sacrifiée pour la compétition à celle qui sera la plus rapide, qui détiendra le plus d’information même si elles ne sont pas vérifiées et qui suscitera le plus d’émotion avec ses artifices où le sensationnel (dans le genre «historique» et «du jamais vu») et la supputation (dans le genre «et si») sont les ingrédients principaux.

On a coutume de dire que «trop d’informations tue l’information» mais cet adage ne s’applique pas en l’espèce car il ne s’agit pas la plupart du temps d’information mais de supputations, de fantasmagories, d’opinions et d’ignorances avec comme objectif premier de rendre le téléspectateur «accro» à la mauvaise nouvelle et à la catastrophe qui ne saurait tarder.

Ce serait pitoyable si ce n’était pas une honte pour des médias d’une démocratie où l’information factuelle et vraie est un élément essentiel pour un citoyen éveillé et responsable.

 

[Retrouvez quotidiennement ce billet rédigé par l’équipe du CREC concernant l'actualité du jour]