dimanche 13 août 2017

Vues du Centre. Le jeu dangereux des médias envers Emmanuel Macron

Par Jean-François Borrou

Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.
Jean-François Borrou est le pseudonyme d’un journaliste proche des idées centristes.

Emmanuel Macron
Les journalistes ont une mission: informer les citoyens tout en respectant une déontologie qui est contenue, en France, dans une «Charte du journaliste».
Donc, avant d’être de tel ou tel bord, on leur demande de délivrer des faits.
Ensuite, libre à des éditorialistes et autres commentateurs de donner le sens qu’ils veulent à ces faits.
Evidemment, aucun média dans le monde ne respecte cette séparation qui est pourtant essentielle afin d’informer correctement le citoyen pour qu’il se forme sa propre opinion avec les faits «bruts» pour qu’il sache ce qui se passe puis en consultant les opinions de personnes diverses et variées afin qu’il se forme sa propre conviction qu’il traduit ensuite dans son engagement politique (celui-ci pouvant résulter uniquement par un bulletin glissé dans l’urne).
La problématique en France est qu’actuellement à propos du pouvoir en place nous avons, dans les médias, des faits déjà sur-interprétés et sur-commentés dans la phase de la transmission d’une information la plus «objective» possible et que lors de celle-ci ainsi que dans la phase du commentaire, il n’y a qu’un point de vue à charge.
L’hostilité unanime des médias envers Emmanuel Macron, son gouvernement et sa majorité – je vous incite à regarder l’ensemble des titres des articles qui leur sont consacrés – vient de plusieurs facteurs.
Le premier et le principal est le positionnement politique du nouveau président de la république.
Il est largement centriste.
Or il n’existe aujourd’hui aucun média qui se revendique comme tel.
Certains sont de droite, d’autres de gauche, ce qui permet, lorsqu’un de ces camps l’emporte d’avoir une presse de soutien au pouvoir en place (même si elle peut être critique) et une presse d’opposition (même si elle peut refuser d’être dans la critique systématique).
Pour Macron, rien de tel ce qui aboutit à un flot d’information traité quasiment toujours à charge, donnant au début de son quinquennat une atmosphère particulièrement lourde.
On évitera de rappeler aux journalistes, dont je suis, qu’Emmanuel Macron et sa majorité législative ont été élus démocratiquement et qu’ils méritent un traitement normal et non celui d’un groupe factieux qui aurait usurpé son pouvoir.
De même, on les mettra en garde contre un effet éminemment pervers de leur attitude.
Délégitimer à ce point un pouvoir démocratique, de plus, qui vient d’être élu, est un mauvais service rendu, non pas à celui-ci mais, plus grave, à la démocratie représentative.
Tout comme l’ont été en leur temps les outrances des critiques envers Nicolas Sarkozy et François Hollande d’ailleurs.
L’emballement médiatique de la critique à charge du politique fait peut-être de bons taux d’audience et un certain hubris chez les journalistes.
Cependant, le débat politique dans une démocratie, mené au nom de la liberté d’opinion et de parole, doit toujours rechercher cette modération et ce respect car l’architecture du régime démocratique les demande pour fonctionner au mieux, surtout, pour ne pas être à la merci de tous les extrêmes qui, évidemment, se frayent un chemin dans l’attaque systématique et le déversement d’un flot de commentaires à la fois malveillants et irresponsables.
Ainsi, c’est bien le consensus autour de la démocratie et de ses règles qui permettent à ces dernières de fonctionner.
Or, dans ces postures et ces attaques, c’est bien ce consensus qui est écorné de plus en plus.
Espérons que cela ne conduira pas à une catastrophe.

Jean-François Borrou


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